"Mrs Lestrange ? Je ne vous attendais pas si tôt après votre dernière visite. Quelque chose..." commença le Directeur de Poudlard.

Il s'était presque imperceptiblement raidi à son arrivée. Quelque chose n'allait pas. La jeune femme, toujours impeccable, était apparue échevelée, le regard hagard, et pas le jour prévu.

Il était tôt, deux heures tout au plus. Et ils n'avaient pas rendez-vous avant une huitaine de jours, vers minuit.

"Je n'ai pas le temps. Il m'a marquée." le coupa-t-elle d'un ton sans réplique.

Il ne lui fit pas l'affront de lui demander de quoi ou de qui elle parlait.

"Bien. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ?" demanda gravement le Professeur.

Elle était terrifiée, releva-t-il. Les mots s'entrechoquaient sur ses lèvres, elle arpentait la pièce à grands pas, elle sursautait au moindre bruit.

"Je prendrais bien un verre d'un des liquides douteux que vous conservez dans cette pièce mais mon mari va rentrer. Il vaut mieux que je reparte." dit-elle avec un sourire qui sonnait faux.

Elle jeta de la poudre dans la cheminée, murmura "Manoir Lestrange", puiis elle disparut.

...

Bellatrix prit une gorgée du thé fumant qu'un elfe de maison de Poudlard venait de déposer devant elle. Du thé à l'orange. Elle fit une grimace. Elle ne partageait pas l'amour de Dumbledore pour les agrumes.

"Alexis Dolohov pense qu'il y a une faille dans le système de sécurité du Ministère et que c'est de cette façon qu'on pourra y pénétrer. Il n'a rien dit de plus et je ne veux pas qu'il me soupçonne d'être trop curieuse. Trouvez-la. C'est un gros coup, on n'interviendra pas avant des semaines, des mois peut-être."

Ce qui vaudrait mieux. L'attaque serait très certainement de grande envergure. Stravius, Macnair, Avery et Malefoy étaient sans doute les meneurs sur ce coup. Cela promettait beaucoup de victimes. Albus Dumbledore prit le temps de considérer son propos.

"Alexis Dolohov ne me semble pas quelqu'un de très bavard. Son jeune frère en revanche... Peut-être devriez-vous changer de cible." observa-t-il après réflexion.

Bellatrix eut un sourire dédaigneux. Son rôle avait tendance à déteiindre sur elle ces temps-ci.

"Alexis est plus discret au sujet de ses conquêtes qu'Antonin. Et lui ne maltraite pas sa femme. Le danger me semble donc moindre de le prendre lui comme amant plutôt que son frère. Si cela venait aux oreilles de Rodolphus... De plus il est plus proche du cercle très privé de Voldemort." répondit-elle.

Il y eut un silence lourd de non-dits.

"En aucun cas vous ne devez vous sentir contrainte de devoir séduire vos informateurs, Bellatrix." se permit le vieux professeur.

Elle haussa les épaules, lasse. Obtenir des informations d'aussi bonne qualité sans éveiller la méfiance n'était pas aisé et sa méthode avait déjà fait ses preuves.

"Poser des questions éveille moins de soupçons une fois qu'ils ont bu et ça délie leur langue. Ce qui se passe après... Alexis n'est certes pas quelqu'un d'une grande moralité mais il est bien plus tendre que Rodolphus dans ses affections. Poursuivre une liaison avec lui n'est pas un désagrément."

C'était vrai. En partie. Elle ne tenait pas vraiment à ce qu'un homme comme lui pose ses mains meurtrières sur elle, mais se savoir désirée sans être humiliée était agréable pour son ego.

Et puis elle n'était pas innocente au crime.

Pendant un instant, l'espionne et le vieillard se fixèrent sans un mot.

"Puis-je être honnête avec vous ?" finit-il par lui demander.

Bellatrix acquiesça. Tout en se préparant à l'attaque personnelle qui, d'après son expérience, allait suivre.

"Votre manque de compagnie disons hum fréquentable me fait craindre un revirement de votre part." déclara Albus Dumbledore, jaugeant sa réaction.

Elle resta muette un moment, tandis que ses yeux s'illuminaient d'une émotion difficile à identifier.

"Je n'oublie pas Simon. Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour lui. Si j'ai choisi de conserver sa baguette, c'est pour me souvenir, chaque fois que je m'en sers, de son possesseur. J'ai gardé tous ses cadeaux, même si j'ai dû brûler ses lettres pour que Rodolphus ou un elfe de maison ne les trouve jamais. Ne doutez pas de moi, Dumbledore. Chaque meurtre, chaque torture commise me rappellent ce qu'ils lui ont fait." répliqua-t-elle avec sérieux.

"Quelle est la nature de votre relation avec Mr Black ?"

Le soudain changement de conversation la prit de court.

"Ce que je fais ou non avec Sirius ne vous regarde pas." parvint-elle cependant à murmurer.

Comment le sorcier avait-il su ? La faisait-il surveiller ? Ou comme elle le soupçonnait depuis un moment déjà, Sirius était chargé de vérifier si elle lui donnait bien toutes les informations en sa possession ?

"C'est à Mr Regulus Black que je faisais référence. Il semble s'être rapproché de personnes peu recommandables récemment."

Est-ce que sa question avait été volontairement ambiguë ? Elle ne le saurait sans doute jamais. La colère qu'elle ressentait, la trahison, se traduisit dans ses paroles.

"Dans l'enceinte de Poudlard ? Comme c'est surprenant. A quoi jouez-vous Albus ? Ce château est une véritable fabrique à Mangemorts ! Chaque année, de nouvelles recrues sortent de votre établissement. Beaucoup ne sont même pas encore diplômés et en contact avec des Nés-moldus vulnérables quotidiennement !" cracha-t-elle.

Elle avait été l'un de ses enfants confrontés à un choix inhumain. Elle avait vu des adolescents torturer des enfants à peine plus jeunes qu'eux.

"Ce sera tout, Mrs ? Ou comptiez-vous encore remettre en question ma gestion de Poudlard ?"

Bellatrix prit une autre gorgée de son thé, malgré son goût déplaisant. Elle devait se calmer. Perdre sa maîtrise de soi devant Dumbledore ne lui servirait à rien.

"Que voulez-vous savoir sur Regulus ?" obtempéra-t-elle.

Elle était curieuse de savoir ce que Dumbledore lui voulait.

"L'état de vos relations et son potentiel en tant que recrue." exigea l'homme âgé. "Cela pourrait être utile en temps venu."

Bellatrix avait très vite constaté que toute information qui pouvait servir de point de pression avait son importance, pour Dumbledore comme pour Voldemort.

Ils excellaient dans l'art de trouver les points faibles des autres et les utiliser à leur avantage.

"Regulus n'est pas un leader. Il a l'habitude de suivre, contrairement à son frère. Mes relations avec lui sont cordiales tout au plus. Il est influençable mais je ne le pense pas aussi extrémiste que le reste de la famille. Le faire basculer de notre côté doit être possible. Cependant, si j'étais vous, je n'enverrais pas Sirius pour le convaincre." dit-elle lentement, pesant ses mots.

Regulus était juste un enfant qui voulait être aimé. En quoi était-ce une faute ?

Pourtant Sirius ne comprenait pas ça. Il n'avait jamais cherché l'approbation de sa famille.

"Et pourquoi cela ?" interrogea le Directeur en penchant la tête.

Il fallut quelques secondes à Bellatrix pour se rappeler de quoi il parlait. Ah. Elle venait de lui recommander de ne pas utiliser Sirius comme médiateur avec Regulus.

"Ils ont trop de choses à se reprocher l'un l'autre. Vous ne pouvez pas forcer une réconciliation. Cela prendra du temps." remarqua la jeune sorcière en lissant sa jupe.

Regulus ne pardonnerait pas plus à Sirius de l'avoir abandonné que Sirius à Regulus de ne pas l'avoir suivi. Les mettre ensemble dans une même pièce était une mauvaise idée. Ils ne feraient que rouvrir d'anciennes blessures.

Elle soupira. Elle se souvenait des garçons qui galopaient dans le parc des Black, qui jouaient à la Bataille Explosive dans la chambre de Sirius, des jeunes adolescents qui se battaient en duel au grenier ou s'aidaient quand l'un deux voulait sortir en douce.

Ils étaient tellement différents maintenant.

En sentant le regard du vieux sorcier posé sur elle, Bellatrix releva la tête.

"Vous entretenez une relation avec Mr Sirius Black ?" fut la question suivante.

Cette fois, elle s'y attendait.

Elle se doutait qu'il chercherait à exploiter l'information qui lui avait malencontreusement échappé.

"En effet." dit-elle prudemment avant de boire encore un peu de thé sous le regard intense du Directeur de Poudlard.

Elle ne tenait pas spécialement à dévoiler plus que nécessaire à son ancien professeur.

"De quelle nature ?" insista son interlocuteur.

L'espoir d'avoir un semblant de vie privée semblait compromis. Eh bien, tant pis. S'il tenait tant à savoir...

"On ne partage pas du jus de citrouille en jouant aux Bavboules, si c'est la question." rétorqua-t-elle en haussant un sourcil suggestif.

L'ancien gryffondor ne parut pas perturbé. Il avait dû en voir, depuis le temps qu'il côtoyait des adolescents. Il balaya les mots de Bellatrix d'un geste de la main.

"Ce n'est pas ce que je voulais savoir. Êtes-vous impliqués émotionnellement ?" explicita le sorcier.

C'était donc là le cœur du problème. Bellatrix prit soin de réfléchir à la question, ou du moins à ce qu'elle pouvait se permettre de révéler dans sa réponse.

"Je ne me permettrais pas de parler pour mon cousin, quant à moi... J'apprécie sa compagnie. Si vous redoutiez que je ne m'implique sentimentalement, soyez tranquille. Aussi charmant que Sirius puisse être, son regard de dégoût lorsqu'il me quitte me rappelle exactement dans quelle estime il me tient." lâcha l'espionne, tendue, avec quelque chose comme du regret dans la voix.

Elle espérait qu'il n'entendrait pas l'amertume dans ces mots. Si elle était honnête avec elle même, elle devait bien s'avouer qu'elle ressentait plus que ça, qu'elle voulait plus que ce que Sirius lui donnait. Après tout, il revenait toujours vers elle.

Même si c'était sans doute uniquement pour recueillir des informations.

Albus Dumbledore lui lança un regard attristé empli de compassion. Elle soutint son regard et attendit qu'il prenne la parole à son tour.

Il pianote sur son bureau avant de prendre la décision qu'il jugeait la plus raisonnable.

"Mon enfant, je ne veux que votre bien, vous pouvez en être certaine. Fréquenter un membre de l'Ordre n'est pas dans votre intérêt."

Bellatrix ouvrit la bouche pour rétorquer avant de la refermer en comprenant ce que ces quelques mots impliquaient.

"Il fait déjà partie de l'Ordre ? Tête brûlée comme il l'est, il va se faire tuer !" s'exclama-t-elle horrifiée, en portant sa main à sa bouche.

Elle savait que ça arriverait. Bien sûr. Elle n'était pas idiote. Elle avait 22 ans quand Dumbledore l'avait recrutée à sa propre demande. Mais Sirius était à peine majeur, au fond.

Quel idiot ! Elle ne savait pas si elle en voulait plus à son cousin ou à son ancien Directeur. Elle fulminait.

"Je me doutais bien qu'il cherchait à m'extorquer des informations mais je ne savais pas qu'il le faisait dans votre dos. Si j'étais la Bellatrix Lestrange que je prétends, il serait mort. Il vaut mieux que je le garde occupé plutôt que de le laisser s'attaquer à une femme plus dangereuse. Et il me semble que ma solitude vous rendiez inquiet à mon sujet. Vous voilà rassuré, j'espère."

...