Sirius se redressa et jeta un rapide coup d'œil autour de lui. Il portait ses vêtements de la veille, bien chiffonnés, et s'aperçut rapidement qu'il avait passé la nuit dans le lit de Bellatrix. La jeune femme lui tournait le dos, choisissant de quoi s'habiller dans une grande armoire en bois clair.
"Il faut qu'on parle." décréta le sorcier d'une voix embrumée en se frottant les yeux.
Il venait tout juste de se réveiller en entendant Bellatrix ouvrir la porte de son armoire.
Bellatrix se figea. Elle comptait ne plus être dans la pièce à son réveil, ce qui aurait contraint le jeune homme à s'en aller. Il n'aurait pas pris le risque d'être vu dans la maison des Lestrange.
"Pas maintenant." lui répondit sa cousine en soupirant.
Il était encore tôt, trop tôt pour une discussion grave qui s'accompagnerait sûrement d'une dispute mémorable.
Et si Rodolphus était certainement parti faire un tour sur l'Allée des Embrumes après être sorti de sa chambre et y était toujours s'il ne changeait pas brusquement ses habitudes, les elfes de maison les entendraient élever la voix.
Elle posa la tenue qu'elle comptait mettre au pied du lit et disparut dans la salle de bains avant que Sirius ait eu le temps de la retenir.
Il s'installa sur le lit en position assise et repoussa les draps, la tête pleine de questions sans réponses.
Comment Bellatrix pouvait-elle laisser Rodolphus lui faire ça ? Quand elle était plus jeune, ses parents la surnommait l'Indomptable. Elle était connue comme une Mangemort impitoyable.
Elle ressortit de la salle de bain enveloppée dans un peignoir fin, les cheveux mouillés. Quand elle vit que Sirius la regardait, elle tira sur les manches pour cacher les hématomes.
Il ne dit rien mais se leva tandis qu'elle ôtait son peignoir en soie, détournant le regard.
Bellatrix lui en était reconnaissante. Elle saisit la robe qu'elle avait précédemment laissée au bout du lit.
Elle enfila l'habit pourpre du mieux qu'elle pouvait sans l'aide d'un elfe. Sirius, n'ayant pas pu s'empêcher de la regarder et la voyant en difficulté s'approcha d'elle. Elle fit de son mieux pour lui cacher les bleus sur son corps.
"J'ai entendu ce qu'il te faisait. Je sais." lui rappela-t-il doucement en l'aidant à passer les manches délicatement.
"Non, tu ne sais rien !" le fusilla-t-elle du regard, un frisson la parcourant.
Elle attrapa sa baguette rageusement mais à la surprise de Sirius elle ne l'a dirigea pas vers lui mais vers elle.
Un simple sort et les rubans dans son dos s'attachèrent tous seuls.
Elle ne devrait pas laisser les actes de Rodolphus l'affecter autant, mais elle n'était qu'humaine. Son corps comme son esprit avait ses limites.
La souffrance la faisait encore réagir. Ce qui ne voulait dire qu'une chose : elle était encore vivante.
Elle prit une longue inspiration pour regagner son sang-froid.
"Tu n'as jamais senti ses mains sur ton corps, crois-moi. Et ne te mêle pas de ça, tu n'es pas concerné." ajouta-t-elle en guise d'explication avant de se saisir de sa brosse.
Elle se sentait salie par les mains de Rodolphus sur elle. Elle aurait aimé oublier. Que Sirius lui fasse oublier, mais il la voyait comme un monstre. Quand ils étaient ensemble, c'était lui qui se sentait sali. Ça lui donnait envie de s'arracher les cheveux.
Elle remarqua qu'elle tenait encore sa brosse dans sa main.
Elle se mit à coiffer mécaniquement sa longue chevelure en silence, observant Sirius du coin de l'oeil dans la glace. Il s'était assis sur le lit, dans ses vêtements froissés de la veille, l'air un peu hirsute et passait une main lasse dans ses cheveux emmêlés.
"Ne vois-tu pas qu'il te brise ?"
Elle l'entendit à peine prononcer ses mots d'une voix tremblotante et ne comprit qu'il pleurait seulement parce qu'il avait la tête baissée.
Sirius ne baissait jamais la tête. Elle abandonna sa brosse sur le meuble le plus proche et se leva pour le rejoindre. Il renifla.
"Ne pleure pas pour moi. Ce sont mes décisions." dit-elle en séchant ses larmes après s'être elle aussi assise sur le lit.
C'était elle la plus âgée des deux après tout. Il n'avait pas à veiller sur elle, à chercher à la protéger de tout. Elle caressa son front avant de laisser sa main droite sur sa joue.
"Je ne te ferai jamais ça." lui promit-il en embrassant la paume qui s'attardait sur son visage.
"Je sais." lui dit-elle en le regardant dans les deux yeux, son visage entre ses mains.
C'était vrai. Elle lui faisait confiance. Il ne l'avait jamais brutalisée.
Elle lui fit un sourire et il essaya d'y répondre. Puis il prit sa main et exerça une légère pression.
"J'aimerais t'emmener loin d'ici... Mais tu diras non, n'est-ce pas ?"
Il avait cet espoir dans la voix... Elle détourna les yeux un instant, détacha leurs mains avec douceur et déglutit. Elle aurait voulu lui dire que c'était ce qu'elle voulait, elle aurait aimé lui dire que leurs vies leur appartenaient et qu'ils n'étaient pas obligés de se battre, qu'ils n'avaient qu'à tout abandonner, que cette fichue guerre n'était pas la leur.
"Sans l'ombre d'un doute." parvint-elle néanmoins à articuler, la gorge sèche.
Car c'était faux. C'était aussi leur guerre. Il fallait bien que quelqu'un se batte pour que le bon côté gagne.
Elle se leva mais les doigts suppliants de Sirius sur son poignet nu la retint.
"Je peux t'offrir ce qu'Il ne te donnera jamais, tu sais."
Il ne parlait plus de Rodolphus, elle le savait. Les larmes de Sirius trouvèrent un reflet sur son visage.
Elle savait. Si elle le lui demandait, il mettrait l'univers à ses pieds. Il décrocherait des systèmes solaires entiers pour la rendre heureuse, lui ramènerait des galaxies inconnues rien que pour voir son sourire.
"C'est probable." bredouilla-t-elle entre deux sanglots qu'elle n'arrivait pas à contrôler.
Elle avait fait de son mieux pour retenir les larmes mais c'était trop. Elle avait compté rompre les ponts avec Sirius ce matin, mais ce ne serait pas aujourd'hui qu'elle l'enverrait paître. Ils étaient trop dépendants l'un de l'autre. Elle était fatiguée, tellement fatiguée. Elle voulait juste pouvoir rester dans ses bras jusqu'à la fin des temps, peu importe le prix. S'il n'excluait pas que Sirius vive. Evidemment.
Elle dût s'asseoir de nouveau, un tournis d'émotions l'assaillant.
"Je t'aime." dit-il sans oser la regarder.
C'était réciproque. Elle ne savait pas comment réagir. Elle avait envie de rire, de l'embrasser et de le fuir, de le protéger. Elle ne connaissait plus la marche à suivre. Dumbledore avait raison. Cette relation n'était pas une bonne chose. Et, pour être honnête, ça lui importait peu.
Elle eut ce sourire amer avant de le serrer dans ses bras comme si c'était la dernière fois.
"Oh Sirius..." murmura-t-elle en appuyant son front contre le sien.
Quand leurs yeux se croisèrent il vit la peur dans les siens.
"Qu'avons nous fait ?" dit-elle dans un petit rire étranglé.
Elle avait la réponse : ils étaient tombés amoureux et maintenant ils en souffraient.
Et elle savait qu'elle ne serait pas la plus brisée des deux par leur relation, que la guerre prenne fin d'une manière ou d'une autre.
Elle savait qu'il était du bon côté de la guerre, il savait qu'elle était du mauvais côté. Ou il croyait le savoir.
Si Dumbledore gagnait cette guerre, elle n'avait aucun doute sur comment cela se terminerait pour elle. Elle devrait sans doute fuir, avec l'aide du mage dans le meilleur des cas. Si c'était Voldemort... ce serait une victoire bien amère. Elle ne pourrait sans doute pas sauver Sirius.
Ou alors la guerre perdurerait, les brisant un peu plus chaque seconde.
Il allait essayer de la convaincre de rejoindre l'Ordre, de la ramener à la raison. Elle le savait et ça lui brisait le cœur qu'il puisse penser qu'elle était vraiment ce monstre qu'elle prétendait être.
Mais pour l'instant ils s'embrassaient dans la chambre de Bellatrix, dans les bras l'un de l'autre, et ils savaient tous deux qu'il aurait été fou de rêver plus à cet instant. Ils s'aimaient, le savaient et étaient presque heureux. C'était déjà beaucoup.
La guerre attendrait bien une autre matinée pour être ramenée sur le tapis de la discorde.
Ce moment n'appartenait qu'à eux et à personne d'autre décida-t-elle alors que Sirius embrassait sa nuque. Elle ne voulait plus penser, ne serait-ce que pour quelques minutes hors du temps.
