"Tu as vu Andromeda récemment ?"

Il était allongé à ses côtés, une main dans ses cheveux, l'autre autour de sa taille. Il se redressa en entendant sa question, en alerte.

"Je ne te demande rien qui pourrait la mettre en danger. Juste si elle va bien." soupira Bellatrix.

Il ne lui faisait pas confiance. Ce qui n'avait rien de surprenant, la campagne anti-moldu de Voldemort s'intensifiait bien que le Ministère tente de temporiser les multiples raids des Mangemorts.

"Pas trop mal au vu des circonstances." se contenta de dire Sirius en observant sa cousine.

"Quelles circonstances ? Elle est de nouveau enceinte ?" demanda-t-elle, ses yeux sombres plongés dans les siens.

Elle le prit par surprise. Il ne savait pas qu'elle connaissait l'existence de sa nièce, elle ne l'avait jamais évoquée.

"Tu es au courant pour..." commença-t-il, pour éclaircir les choses.

Comment ? Seuls les membres de l'Ordre pouvaient être au courant. Andromeda, Ted et leur fille vivaient dans un endroit isolé.

"Peu importe. Quelles circonstances ? Ted les a quittées ? Leur maison a été brûlée par des Mangemorts ? Comment va Andy ? Et la petite fille ?"

Le flot de paroles qui sortait de sa bouche témoignait de son inquiétude. Sirius fut touchée qu'elle est l'air si concerné par le sort de sa sœur, bien qu'elles appartiennent à des camps ennemis.

"Doucement. Tout va bien, Bella." tenta-t-il de la calmer, utilisant le surnom de son enfance pour la rassurer.

"Tu me le jures ?" demanda-t-elle, anxieuse, en levant la tête vers lui.

"Je te le jure. Ta sœur n'a pas de problèmes. C'est juste que parfois c'est difficile d'élever un enfant pendant une guerre." dit-il en lui embrassant le front.

Il la sentit se détendre contre lui.

"Comment est-elle ?" finit-elle par demander au bout de quelques minutes de silence.

Elle était curieuse de le savoir. La petite fille devait avoir près de huit ans maintenant.

"Ta nièce ? Merveilleuse. Et aussi maladroite que Cissy l'était quand elle était petite." lui révéla Sirius avec un sourire.

"Tu te rappelles de cette fois chez les Malefoy où elle a marché sur sa robe qui s'est déchirée sur une bonne partie de la longueur ? Elle était mortifiée, la pauvre !"

A ce souvenir commun, ils furent pris d'un fou-rire.

"Je me rappelle que Lucius l'avait rassurée. Tu crois qu'il l'aime vraiment ?" demanda Sirius.

"Dans ses lettres elle semble heureuse, mais ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu. Elle s'occupe beaucoup de son fils."

Elle resta songeuse. Elle aussi dans ces lettres paraissait heureuse. Elle espérait sincèrement que Lucius ne fasse pas subir à Narcissa ce que Rodolphus lui faisait subir à elle.

"Il a l'âge du fils de James, non ?" demanda Sirius.

Pourquoi avait-il évoqué Harry ? Il eut envie de se frapper. Bellatrix n'était pas qu'une confidente, elle était aussi une Mangemort. Il ne fallait pas faire prendre de risques inutiles à l'enfant en mentionnant son nom devant elle.

"Un peu plus d'un an. Il est adorable, je dois avoir une photo sur la commode de ton côté. Dans le tiroir." rétorqua Bellatrix, ignorant les pensées de son amant.

Ils contemplèrent ensemble le petit Drago Malefoy d'un an qui soufflait ses bougies d'anniversaire, sérieux comme un pape. La photographie les fit rire.

"Aussi blond que Lucius, on dirait. Il n'a pas trop pris du côté des Black." remarqua Sirius, essayant de discerner des traits familiaux caractéristiques sur le petit visage.

"Avec Narcissa, tu ne pouvais pas vraiment t'attendre à un bébé aux cheveux bruns et bouclés. Est-ce que Nymphadora..." interrogea Bellatrix avec hésitation.

"Elle tient plus de son père." répondit Sirius.

Il préférait ne pas lui dire qu'elle était Métamorphomage. Andromeda préférerait que l'information ne circule pas, pour la sécurité de sa fille. Les Métamorphomages étaient rares et prisés, il ne valait mieux pas que l'information parvienne au Seigneur des Ténèbres.

Il reposa la photo du fils de Narcissa et se tourna vers Bellatrix.

"Peut-être qu'un jour, nous deux, on pourrait..."

Il avait déjà essayé d'aborder le sujet, mais elle n'était pas à l'aise avec. Elle se mordit les lèvres avant de le regarder droit dans les yeux.

Etre honnête n'était pas dans sa nature. Etre une espionne n'avait pas aidé à y remédier. Elle n'hésita que quelques instants.

"Sirius. Je t'ai dit la dernière fois que je ne voulais pas d'enfants. Ce n'est pas tout à fait exact. Je ne peux pas. J'ai fait ce choix parce que je ne voulait pas donner d'enfants à Rodolphus."

La déception se lisait dans ses yeux, même si elle savait qu'il comprenait.

"Ecoute. Tu n'es pas obligé d'être avec moi. Tu es libre. Le jour où tu voudras fonder une famille, je ne te retiendrai pas." lui dit-elle.

Les mots lui arrachaient la gorge mais elle n'empêcherait jamais Sirius d'être heureux. Elle se l'était promis. Elle le laisserait partir s'il voulait. Elle espérait juste qu'un tel jour n'arriverait jamais.

"C'est toi que je veux." lui dit-il avec toute la passion qu'il pouvait avant de l'embrasser.

Il aimait tellement l'embrasser. Elle laissa ses inquiétudes se dissiper lentement avec ces quelques mots.

"Pour le moment." fut sa réponse prudente quand ils reprirent leur souffle.

"Pour toujours." répliqua-t-il, et ça sonnait comme une promesse.

Il la serra contre lui et tous deux se turent pendant quelques minutes.

"Je suis désolée pour les MacKinnon. Je sais que les deux plus jeunes étaient à Poudlard avec toi."

Elle avait ses mots sur le cœur depuis qu'il était entré dans la pièce.

"Mais tu ne peux pas me dire que tu n'en as pas tué un seul ?" murmura Sirius d'un ton froid.

Ses yeux lui vrillaient le cœur. Pourquoi lui parlait-elle de cela ? Il ne voulait pas l'entendre.

"Tu sais bien que non." dit-elle en baissant les yeux.

C'était à elle de s'occuper du père. Au moins n'avait-il pas souffert. Elle aurait quand même préféré qu'il n'hurle pas le nom de ses enfants le temps qu'elle le tue.

Les larmes coulèrent sur ses joues, silencieusement. Elise ne devait pas être plus vieille que Sirius et Marlène et Stephen n'étaient pas bien plus âgés.

Elle revoyait le visage de Stephen quand elle avait tué son père sous ses yeux. Vous brûlerez en Enfer. Tous. avait assuré la cadette, tenant sa petite sœur dans ses bras. Elle l'avait empêchée de regarder quand elles avaient reçues le rayon de la mort.

"Change de côté, Bellatrix. Tu n'aimes pas ce que tu fais." lui enjoignit Sirius en la tenant un peu plus près de lui alors qu'elle était agitée de sanglots.

"On en a déjà parlé. Ne nous engageons pas à nouveau sur ce terrain." souffla-t-elle d'une voix rauque.

La dernière fois ils s'étaient violemment disputés à ce sujet, avant de décider de ne plus parler de la guerre quand ils se voyaient.

"Désolé. Tu sais que c'est juste que je m'inquiète pour toi."

Elle hocha la tête, pensive.

"J'ai vraiment essayé d'empêcher Regulus de rejoindre nos rangs, tu sais."

Elle voulait qu'il le sache.

"On se dispute sans cesse à cause de la guerre mais tu n'arrêtes pas d'y revenir. Qu'est-ce qu'il se passe ?"

"'Ce soir sera un grand soir.' C'est ce que Vold- le Seigneur des Ténèbres a dit à la réunion de ce matin. Je ne sais pas ce qui va se passer, mais quelque chose d'énorme se prépare. Et je veux que tu saches, quoi qu'il se passe ce soir, qu'au fond je ne suis pas une personne entièrement mauvaise."

"Tu ne me dis pas tout, n'est-ce pas ? Tu ne l'as jamais fait. Et je t'aime, Bellatrix, je vois forcément quelque chose de bon en toi."

"Sirius ? Peut-être qu'après ce soir on ne pourra plus jamais être ensemble, mais je veux que tu le saches. Je sais que je ne te l'ai jamais dit mais ça a toujours été réciproque. Je t'...t'aime."

"Rien ne peut nous empêcher d'être ensemble."

Il avait tort bien sûr, mais ils pouvaient encore faire semblant d'y croire.

Ce ne fut plus que baisers et caresses jusqu'à ce qu'un hibou frappe au carreau.

Ils s'interrompirent, Bellatrix hésita, se rappela du 'grand soir', enfila rapidement une robe de chambre et ouvrit la fenêtre pour récupérer sa missive.

En la lisant elle pâlit brusquement. Elle fit sortir le hibou et ferma la fenêtre en vitesse.

"Va chez les Potter, peut-être que... Fais attention. Dumbledore est déjà au courant." dit-elle à Sirius en s'habillant le plus vite possible.

Elle sortit de sa chambre et courut jusqu'à se trouver face à la cheminée du salon.

Dumbledore n'était pas encore au courant mais il allait l'être. Elle espérait sincèrement qu'il n'était pas en réunion avec ses collègues parce qu'elle aurait des difficultés à justifier sa présence mais elle ne pouvait se contenter de l'attendre dans son second bureau, plus privé.

Elle jeta la poudre de cheminette dans l'âtre en soufflant 'Bureau d'Albus Dumbledore, Poudlard'.

Le grand sorcier était seul et en la voyant il sut immédiatement que quelque chose était arrivé. Elle l'avait prévenu pour ce 'grand soir'.

"Les Potter." furent ses seules paroles et Dumbledore et elle partirent pour Godric's Hollow, en passant par la maison des Dumbledore.

Quand ils furent sur place, elle comprit que c'était trop tard. Elle se précipita dans la maison aussi vite que possible avant de penser à se jeter un sort d'invisibilité. La maison n'allait pas tarder à grouiller d'Aurors. Et il y avait de grandes chances que Sirius ne veuille pas d'elle ici.

En chemin elle avait expliqué la situation à Dumbledore. La lettre de Narcissa demandant s'il était vrai que le Seigneur des Ténèbres avait été défait par le bébé des Potter. Dumbledore n'avait pas paru très surpris. Cet homme était un mystère.

"Je suis déjà monté. Lily aussi..."

La voix semblait sortir d'outre-tombe et quand elle aperçut son propriétaire Bellatrix se retint de pousser un cri.

Sirius était assis sur les marches, au côté du cadavre de James Potter, Harry serré contre sa poitrine. Son regard semblait vide, ses épaules étaient affaissées et il paraissait avoir incroyablement vieilli depuis qu'ils s'étaient séparés, une demi-heure, peut-être même qu'un quart d'heure, plus tôt.

Le corps sans vie de James Potter faisait penser à un pantin grotesque auquel on aurait coupé les fils. Il était affalé contre le mur, le corps en travers l'escalier, un filet de sang sur le visage descendant de sa tempe à son menton, de son menton à son cou et de là ayant tâché le col de son pull rayé. Des morceaux de verre parsemaient le sol, ses lunettes ayant été brisées par la violence du combat gisaient près de ses pieds, tordues. Sa baguette avait roulé quelques marches plus bas. Ses yeux étaient tournés vers le plafond. Ses dernières pensées avaient-elle étaient pour les deux êtres à l'étage ?

Sirius était assis un peu en hauteur par rapport au cadavre, l'air hagard. Un bébé en grenouillère s'amusait à tapoter ses joues d'un rire ravi. L'héritier des Black paraissait sur le point d'être malade. Il était pâle comme la mort, ses yeux posés sur le cadavre de son meilleur ami, de son presque frère, sans réaction au babillement ininterrompu de l'enfant qu'il tenait contre lui.

Dumbledore et elle, toujours invisible, étaient restés interdits face à la scène.

Finalement Sirius avait péniblement détourné les yeux du cadavre de James, s'était levé et avait descendu les marches jusqu'à Dumbledore, frôlant Bellatrix au passage. Mais pour l'heure, il était sourd au bruit du tissu qui se froisse. Ses propres sensations lui étaient étrangères. Il tendit le bébé à Dumbledore.

"Prenez-le. Je vais revenir, Harry. J'ai... une affaire à régler."

Cela sonnait plus comme un meurtre à commettre qu'une affaire à régler mais Dumbledore s'était retrouvé avec Harry dans les bras avant d'avoir pu dire un mot, et Sirius avait transplanné.

Bellatrix ne comprenait pas. Quelque chose ne tournait pas rond.

"Où est-ce qu..."

"Mrs Lestrange, se peut-il que vous soyez celle qui ait mis Sirius au courant de la situation actuelle ?" interrogea Dumbledore sans la regarder.

Elle était toujours invisible, ce n'était peut-être pas volontaire, mais il y avait une froideur dans sa voix qu'elle n'apprécia pas. Elle mit fin au sortilège d'invisibilité. Le bébé des Potter la regarda d'un air intrigué. Elle eut un sourire crispé dans sa direction avant de se reconcentrer sur l'homme qui s'adressait à elle.

"Si cet euphémisme désigne le danger encouru par les Potter, oui." dit-elle en défiant le regard bleu.

Il n'allait pas lui reprocher cela, si ?

"Ne vous est-il jamais venu à l'esprit que Sirius Black était le gardien des Potter ?"

"Bien évidemment, mais... Non. Non ! Pas Sirius. Il n'y avait aucun signe..."

"Tenez Harry. Des arrangements doivent être pris. Ce ne sera pas long." déclara le vieil homme en montant l'escalier, sans doute pour aller examiner le cadavre de Lily Potter et de tenter de comprendre ce qu'il s'était passé avec Voldemort avant de prévenir les Aurors et quelqu'un pour s'occuper du petit garçon dans ses bras.

Elle aurait bien voulu protester mais à quoi bon ? Dumbledore ne devait pas avoir plus de connaissances qu'elle dans le domaine de s'occuper des enfants en bas âge.

Elle préféra ne pas rester dans l'escalier, là où gisait le père de l'enfant, qui devait penser qu'il dormait. Elle l'emmena dans la cuisine. Il se mit à pleurer. Elle le berça comme elle put, se remémorant une comptine chantée par sa sœur au petit Drago.

"Vole mon ami,

Vole et attrape la nuit,

Et avec elle le vif doré,

Et avec elle le vif doré."

Le bébé finit par se rendormir et Bellatrix se demanda si le bébé des Potter connaissait déjà la comptine.

Dumbledore redescendit et lui reprit Harry, qu'elle n'abandonna qu'avec réticence. Les Aurors allaient arriver. Il fallait qu'elle rentre.

"Et pour Voldemort et les missions ?" demanda-t-elle.

Etait-ce trop rêver que d'espérer que tout était fini ?

"Demain, à 18h dans mon second bureau. Jusque là continuez de jouer votre rôle, même si des innocents sont mis en danger." trancha Dumbledore.

Elle hocha la tête, caressa le front du bébé marqué d'un éclair puis se retira.