Enfin il poussa la dernière porte. Bellatrix se retourna immédiatement, une main sur sa baguette.
"Tu es venu." constata-t-elle, le sourire aux lèvres.
"Joyeux anniversaire." répondit-il en l'embrassant tendrement.
Elle lui prit la main et l'entraîna dans la maison.
"Je suis heureuse de voir que tu vas bien." observa-t-elle en s'arrêtant brusquement au milieu d'un couloir.
Ils ne s'étaient pas vus depuis un moment. La dernière fois, ils étaient tous les deux à Azkaban.
"Tu m'as manquée."
Il avait détesté la laisser, mais elle ne voulait pas sortir, et Harry avait besoin de lui. Il ne pouvait pas lui laisser croire qu'il avait tué Lily et James.
Il passa ses bras autour d'elle et l'étreignit.
Un bruit les fit sursauter et ils sortirent tous les deux leur baguette.
Pour la pointer sur un individu que Sirius connaissait fort bien. Il soupira en abaissant sa baguette. Bellatrix hésita un peu plus longtemps que lui.
"Désolé d'interrompre de si charmantes retrouvailles mais il faut que cela cesse."
"Remus."
Sirius l'avait rarement vu aussi en colère.
"Tu ne me présentes pas ta dulcinée ?" demanda Remus d'un ton grinçant.
Bellatrix retint un soupir de frustration. Pour une fois que tout se passait bien...
"Si vous comptez faire une scène, j'aimerais autant que cela se passe dans le salon." intervint-elle en s'y dirigeant.
Les deux hommes lui emboîtèrent le pas.
"Tu m'as suivi." grommela Sirius, un peu vexé que Remus ne lui fasse pas confiance.
Même si c'était sans doute à raison parce qu'ils s'étaient retrouvés dans la maison d'une Mangemort.
"Tu sais où les Lestrange se terrent et tu n'as rien dit !" explosa Remus.
Bellatrix se retourna vivement, alors qu'elle s'apprêtait à franchir le seuil du grand salon.
"Il n'y a que moi ici. Et je ne me terre pas. Ceci est la maison d'été des Rosier. Ma mère me l'a léguée." répliqua-t-elle sur un ton glacial.
"Je pourrais vous dénoncer." rétorqua Remus sur le même ton.
"Faites. Nous sommes en Russie." dit-elle en lui adressant un grand sourire.
"Nous sommes venus ici à pied. Ne me prenez pas pour un idiot." asséna sèchement le loup-garou.
"Et vous n'avez rien remarqué d'étrange en entrant ici, Professeur ?" interrogea Bellatrix, amusée.
Elle ouvrit les grands rideaux qui gardaient la pièce à l'ombre. Le paysage qui s'offrit à eux n'avait rien de londonien. Remus en fut bouche-bée. La sorcière lui adressa un rictus satisfait.
"Bellatrix, arrête de jouer. Le manoir communique avec les plus grandes villes d'Europe via des portes, si tel est le souhait de son propriétaire. Les quinze manoirs Rosier sont reliés entre eux de cette façon." révéla Sirius à son ami.
"Ne désirant pas me faire assassiner par mes charmants cousins du côté maternel pendant mon sommeil, je garde toutes les portes fermées. Sauf celle de Londres, bien sûr. J'ai hérité de ce manoir aussi."
Elle aurait pu se passer de cette précision, Remus ne l'écoutait déjà plus.
"Des portes spatiales. La Russie ne pratique pas l'extradition. Intelligent. Cependant il m'est possible de faire poster des Aurors du côté londonien." reprit-il avec gravité.
Bellatrix parut dubitative.
"Contre la volonté de votre leader ? Ne me faites pas croire que le grand Dumbledore n'a pas pensé à cette maison comme retraite potentielle pour Lestrange et moi. Mais comme vous pouvez le voir, il a laissé faire." observa la Mangemort avec une pointe de dédain.
Elle maîtrisait de mieux en mieux l'art d'exprimer des sentiments inexistants. C'en était presque inquiétant.
"Mais pourquoi ?" s'interrogea Remus à voix haute.
Il ne valait mieux pas qu'il réfléchisse à la question trop longtemps.
"Je ne suis pas exactement dans les petits papiers du vieux fou, aussi quand vous le saurez, faites moi parvenir la réponse. Assez perdu de temps. Vous êtes ici pour nous confronter, Sirius et moi, je me trompe ?" lui rappela Bellatrix avec agacement.
Leurs regards s'affrontèrent. Sirius les regardait sans rien dire, les bras croisés. Ils l'ignoraient tous les deux depuis un bon moment.
Remus prit la parole en premier, d'un ton menaçant.
"Je ne sais pas à quel jeu vous jouez Bellatrix, mais il ne trahira jamais le bon côté."
La propriétaire du manoir se tourna vers son amant un instant.
"Continuez de faire comme si je n'étais pas là." déclara celui-ci en sentant le regard des deux autres posé sur lui.
Ce qu'ils prirent au pied de la lettre, en reportant leur attention l'un sur l'autre.
"Vous croyez ça ? A votre place je ne lui demanderai jamais de choisir entre vous et moi." affirma la plus âgée des sœurs Black.
Elle sentit Sirius s'agiter dans son dos. Elle se demanda si le regard noir de Lupin était pour elle ou pour lui.
"C'est ridicule. Il sait que nous devons protéger Harry. C'est son parrain. Il ne nous abandonnerait pas pour vous." siffla Remus.
Ce n'était tellement pas son genre. Il devait vraiment être inquiet pour être presque cruel avec elle.
"Oh vraiment ? Et si je tombais enceinte ?"
"Tu..."
"Non. On en a déjà parlé."
Lupin les regarda avec des yeux ronds, qui semblaient hurler à Sirius "Tu as déjà pensé avoir des enfants avec elle ? Elle ?"
L'héritier des Black évita de croiser son regard.
"Je lui montrais juste à quel point ta loyauté est relative." continua Bellatrix négligemment, imperturbable.
Sirius semblait vouloir répliquer quelque chose, n'importe quoi pour assurer son ami que ce n'était pas le cas, mais celui-ci le devança.
"Et qu'en est-il de la vôtre, Mrs Lestrange ?"
Elle fit de son mieux pour cacher la peur qui l'avait assailli brutalement. Ils ne devaient pas savoir. Elle réussit à conserver son masque nonchalant au prix d'un grand effort.
"Je vous en prie, appelez moi Bellatrix. Ne doutez jamais en quoi je place ma loyauté. Vous étiez des enfants quand la guerre a véritablement commencé. J'avais choisi mon camp avant même que vous ne soyez sortis de Poudlard. Que dis-je, avant que vous ne soyez entrés à Poudlard." dit-elle, venimeuse.
Ce qui avait le mérite d'être la pure vérité. Elle servait Dumbledore depuis plus longtemps que les deux hommes. Elle s'aperçut alors qu'elle tremblait de rage. Ce qui était stupide, vraiment. Il était normal que les deux autres ne sachent pas qu'elle avait toujours été loyale à leur propre leader.
"Et si je faisais une visite de courtoisie aux Malefoys pour leur dire que vous voyez Sirius ?" la défia l'ancien professeur.
Elle s'approcha de lui à pas lents, jusqu'à ce qu'ils soient vraiment proches l'un de l'autre. Assez pour qu'il se sente mal à l'aise en tout cas.
"Lupin, ne vous aventurez pas sur ce terrain. Je ne vous laisserais pas réduire à néant le travail de toutes ces années. Ce que je ressens pour Sirius ne m'empêchera pas de vous tuer si nécessaire."
L'avertissement était sincère. Dumbledore le lui avait même dit : éliminer les obstacles gênants pourrait s'avérer nécessaire. Elle préférait éviter, mais sa couverture devait rester intacte. Elle connaissait sa valeur pour l'Ordre.
"Bella..." protesta Sirius, un peu faiblement, pour prendre la défense de son ami.
Lupin et elle l'ignorèrent d'un accord tacite.
"Oubliez-le. Vous ne pouvez pas l'aimer. Il se bat contre tout ce que vous êtes." cracha le loup-garou avec mépris.
Il était tellement inquiet pour Sirius. C'était touchant. Mais elle ne pouvait pas céder.
"C'est possible. Mais il m'aime." dit-elle, espérant que ses joues ne devenaient pas rouge pivoine.
Sirius n'intervint pas cette fois-ci. Elle en fut soulagée.
"Et vous êtes prête à risquer sa vie en restant en contact avec lui."
"Vous ne savez rien sur nous." répondit-elle dans le plus grand calme.
Il ne savait pas que c'était réciproque, qu'elle ne se contentait pas de se servir de lui et qu'ils avaient été là l'un pour l'autre pendant des temps difficiles.
"Elle a raison, Lunard." approuva Sirius en voyant que son ami s'apprêtait à protester.
Le loup-garou se tut. Quelque chose dans l'attitude de Bellatrix le troublait.
"Nous aimons Sirius tous les deux. A titre personnel, je vous aime bien aussi. Votre vie n'a pas été facile, la nôtre non plus. Laissez-nous avoir ça." implora-t-elle presque en lui tournant le dos pour plonger ses yeux dans ceux de son cousin.
Là encore, quelque chose perturbait Lupin.
"Il y a quelque chose chez vous... Vous cachez quelque chose. Vos réactions ne sont pas cohérentes." marmonna-t-il en se creusant la cervelle.
Son interlocutrice le regarda avec de grands yeux innocents.
Quelque chose ne tournait décidément pas rond. Mais quoi ?
"Ah oui ? On ne vous a jamais dit que j'étais folle ?" lui demanda-t-elle à l'oreille.
Lupin rougit et Sirius se racla la gorge. Elle haussa les épaules avant de laisser un peu d'espace personnel au sorcier lui faisant face.
Il put poursuivre son raisonnement à voix haute plus facilement.
"Justement, vous ne l'êtes pas. Vous n'en avez que la réputation. Je vous ai déjà vu combattre, et vous paraissiez bien folle, mais quand on discute avec vous on s'aperçoit vite que ce n'est pas le cas." pointa-t-il.
Bellatrix se sentit fébrile. Elle espérait honnêtement qu'un loup-garou n'avait pas la capacité d'entendre les battements de cœur car le sien s'était affolé d'un coup.
"Je suis la seule femme Mangemort. Demandez-vous comment je suis arrivée à une telle position auprès de Voldemort." répondit-elle avec un sourire charmeur.
"Assez." décida finalement Sirius, las d'être laissé pour compte.
Bellatrix se saisit de l'occasion pour faire ce dont elle rêvait depuis que Lupin avait mis le pied dans sa demeure : le mettre dehors.
"Oh, on s'amusait tellement... Je n'ai pas vu le temps passé. Je vous raccompagne, M. Lupin ?" proposa-t-elle en prenant le rôle de la parfaite hôtesse.
Le professeur fut forcé d'accepter, Sirius ayant disparu dans la cuisine après qu'ils aient partagé une brève accolade.
"Je sais." lui dit-il en chemin.
"Vous croyez savoir." répondit Bellatrix en jetant un coup d'œil derrière elle pour être certaine que Sirius ne les avait pas suivis.
Elle continua de marcher, Lupin sur ses talons.
"Vous faites partie de l'Ordre. Même Severus n'a pas accès à toutes les informations dont Dumbledore dispose sur les Mangemorts." commenta-t-il alors qu'elle s'arrêtait devant une porte.
"Qui vous croirait ? Répétez cela à quiconque et on ne retrouvera jamais votre dépouille." menaça Bellatrix en ouvrant la porte.
Elle ne fit cependant pas un pas de plus.
"L'Angleterre vous tend les bras si vous franchissez le seuil. Ce que vous allez faire, parce que je ne tiens pas à ce que Sirius me demande ce qui nous a pris temps de temps et se pose de sérieuses questions sur ma relation avec son meilleur ami."
Le loup-garou ne vit d'autre option que d'obéir.
"Remus est-il toujours vivant ou faut-il que je t'aide à cacher son cadavre ?" questionna Sirius, à moitié sérieux, quand elle le rejoignit dans la cuisine.
Attrapant la tasse de thé qu'il lui tendait, elle prit son temps pour trouver la bonne formulation.
"Il a commencé les hostilités." finit-elle par répondre.
