Layla jeta un regard de mauvaise augure à sa dame de compagnie puis attrapa une robe de chambre étendue sur un tabouret de bois et sortit en courant de la pièce, ne supportant plus la présence de cette détestable femme. Elle ouvrit la porte en trombe et se précipita dans le corridor, se dirigeant vers les bains du château. En passant, elle croisa durant un infime instant Erendor qui se dirigeait vers la salle du trône, mais la jeune femme n'avait même pas remarqué sa présence, bien trop perturbée par la situation et ses songes qui lui disaient de fuit le plus loin possible de Kérberos. Néanmoins, cette fuite dont Layla était à l'origine interpella le roi : il s'était arrêté un moment, essayant de comprendre pourquoi sa reine était dans un pareil état. Il vit la porte de leur chambre – qu'il avait déserté la nuit dernière – grande ouverte il s'en approcha alors doucement et y vit la dame de compagnie de Layla, plantée près de la grande armoire où étaient disposées les plus belles toilettes de la reine. Le roi attendit derrière la porte, glissant un œil aiguisé afin de surveiller la quinquagénaire et ses faits et gestes. Soudain, cette dernière ouvrit la porte boisée de l'armoire et déchira de ses ongles usés et pointus la robe soigneusement rangée que le roi avait offerte à sa nouvelle épouse lors de son arrivé au château. Erendor leva le menton et inspira profondément en voyant cette profanation, signe d'un énervement imminent. Il émit ensuite une hypothèse sur l'origine de l'état de Layla, il s'était à coup sûr passé quelque chose entre les feux femme. Erendor ne chercha pas plus d'explications puis il continua finalement son ascension vers la salle du trône, l'endroit où il devait se rendre avant cette interruption.
Plus tard dans la journée, la dame de compagnie de Layla fût convoquée par Erendor. Ce dernier souhaitait s'entretenir avec elle. La concernée se présenta alors à son roi lequel était installé sur son trône. Deux gardes étaient postés de part et d'autre de la grande chaise d'or, tandis que deux autres gardaient la porte. La femme arriva dans la vaste pièce et s'arrêta au pied des quelques marches la séparant du roi. Elle se tenait droitement puis lui fit une révérence en guise de salut. Le roi leva un sourcil et la toisa de haut en bas. Il parût ensuite légèrement anxieux :
- Je vous ai convoqué afin de discuter avec vous de ma nouvelle femme, annonça aussitôt le roi d'une voix grave et soucieuse. Étant sa dame de compagnie, vous êtes la mieux placée pour m'éclairer sur cette dernière, de plus, j'ai grande confiance en vous, voilà des années que vous avez dignement servie ma défunte femme.
- Je vous écoutes votre altesse, que voulez-vous savoir à son propos, répondit-elle.
- Se plais-t-elle chez nous ?
- Je crains que non votre altesse.
- Soit. Dîtes-moi plutôt, comment se comporte-t-elle avec vous ?
- Fort mal altesse, cette jeune fille n'est encore qu'une enfant indisciplinée et grossière ! Pas plus tard que ce matin, la jeune reine a volontairement déchirer sans le moindre scrupule la radieuse robe dont vous lui avait fait cadeau pour votre mariage, m'ordonnant vulgairement de la recoudre. A mon humble avis, la jeune reine profite de son nouveau statut afin de me tourmenter, il est d'un tel supplice pour moi que d'être sa dame de compagnie ! De plus, je ne conçoit pas qu'elle ne remplisse son rôle d'épouse envers vous, quelle insolence !
- Je vois, fit alors le roi d'un ton solennel en effet, cela est terriblement fâcheux. Dîtes-moi, que pensez-vous qu'il soit préférable de faire afin de remédier à cet exaspérant comportement ? La punir ?
- Cette jeune fille ne peut prétendre au rang de reine, elle n'a point les qualités nécessaires pour faire une bonne souveraine. La punir, je le crains, serait inutile, elle est entêtée et fière. Sire, jamais elle ne pourra vous satisfaire, vous devriez vous débarrasser d'elle, elle ne vous rendra jamais heureux comme le faisait le reine Samara cette enfant ne peut la remplacer, la seule reine d'Eraklyon sera à jamais la reine Samara.
- Fort bien, répondit le roi avant d'ajouter une énième devinette : dans ce cas, comment mérite-t-elle d'être châtiée ?
- Sa tête devrait finir au bout d'une pic pour insubordination à son roi et insulte au titre de souveraine d'Eraklyon.
Erendor se leva brutalement du trône. Ces paroles avaient été l'élément déclencheur de sa furie. Il fit un vif geste de la main et vociféra d'une voix rugueuse :
- Mensonges ! C'est de toi qu'il s'agit ! Tu as prononcé ta propre sentence et il t'adviendra ce que tu as dis.
Les deux gardes s'emparèrent de la quinquagénaire sur ordre du roi et la traînèrent vers la sortie. La femme ne comprit pas ce qu'il se passait, pourquoi le roi la condamnait-elle ? Elle l'en conjura de la relâcher, criant de sa voix railleuse et âcre, poussant des clameurs, mais le roi resta de marbre face à cette condamnation. Il la regarda partir, la transperçant de son regard plus froid que le plus rude des hivers. Les deux autres gardes ouvrirent les portes afin qu'elle soit emportée, puis avant qu'elle ne disparaisse pour toujours lorsqu'ils refermèrent les portes derrière elle, Erendor ajouta : « Samara est morte. »
Le roi n'avait jamais crû aux paroles de cette femme, il avait prit la peine de faire témoigner d'autres domestiques au service de Layla afin de connaître son véritable comportement et évidemment, les paroles de sa dame de compagnie n'étaient en rien cohérentes à celles des autres domestiques. Elle ne l'avait pas sue, mais en ayant ainsi craché son venin, elle avait aggravé son jugement, scellant son triste sort à jamais. La pauvre Layla avait été la victime dans cette histoire et il l'avait compris le matin-même. Au moment où la brune s'était précipitée à toute allure dans le corridor – cherchant visiblement à fuir quelque chose – le roi avait pu voir la moitié du visage de sa jeune reine rougit et cela l'avait amener à conclure bien des choses. Cela n'avait fait qu'attiser sa colère, le poussant à condamner au repos éternel celle qui avait lever la main sur son épouse.
De son côté, Layla s'était réfugiée dans le seul endroit où elle avait une parfaite intimité et où elle pouvait rester en tête-à-tête avec elle-même : les bains. Elle s'était coincée entre deux grandes colonnes en marbre blanc, repliée sur elle-même, les genoux sur la poitrine. Ses grands yeux bleus clairs étaient enflés : des larmes avaient encore souillé ses joues satinées et cela lui donna encore fort mauvaise mine.
Une fois à peu près calmée, frisson s'empara d'elle elle décida alors de se plonger dans un bain chaud. Elle se délecta plusieurs minutes de cette agréable sensation avant d'en sortir requinquée. Au moment où elle revêtit sa tunique, on frappa à la porte. La jeune reine s'empressa alors se finir de mettre ses vêtements, puis permit que l'on entre. Un petit visage apparût, c'était une jeune domestique du palais. Layla ne se rappela pas immédiatement d'elle, elle ne la croisait que très rarement dans le château, mais il lui avait semblé l'avoir déjà vue autrefois, c'était comme si son visage lui était familier. Son physique était modeste et très commun : elle avait une longue chevelure bleu outremer dont des longueurs ondulaient son petit nez était rehaussé d'une grosse paire de lunettes derrières lesquelles étaient dissimulés de grands yeux bleus ciel son visage blanc et angélique inspirait confiance à Layla. La reine s'approcha d'elle et lui demanda ce qu'elle lui voulait, intriguée par sa présence. La jeune fille fit une timide révérence puis délivra son message :
- Veillez pardonner mon intrusion altesse, mais sa majesté le roi Erendor m'envoie. Il souhaiterait, m'a-t-il dit, vous montrer quelque chose, un présent je crois. Il vous demande de le rejoindre sur les terrasses du premier.
- Un présent ? s'étonna la jeune fille.
La domestique hocha la tête et émit un sourire timide puis fût permise de se retirer.
Suite à cette annonce, Layla fit quelques pas pour réfléchir à cette convocation. Elle se mordilla des doigts, avait-elle vraiment envie de le retrouver après tout ce qu'il s'était passé ? Il était inutile qu'elle se mente à elle-même, elle avait à présent terriblement peur de son époux. Mais ne pas répondre à cette demande la mettrait certainement dans une position plus que délicate. Alors elle décida de se présenter à lui, comme il le souhaitait. Elle regagna sa chambre et se vêtit d'abord d'une robe de sortie confortable et simple puis releva sa tignasse humide en un chignon distingué. Elle jeta furtivement un œil à son reflet dans le miroir : elle avait bien meilleure mine, son visage était clair et ses yeux tirés par sa coiffe. Elle rejoignit ensuite les escaliers qui la mèneraient jusqu'au roi. Elle grimpa les marches dorées unes à unes à pas de biche une fois arrivée à leur sommet, elle aperçut Erendor à travers la porte vitrée entourée de deux grand rideaux de velours rouge qui menait à l'extérieur, sur la terrasse. Il était seul, paisible, le visage au vent, les mains jointes dans le dos et le regard dirigé vers l'horizon. Elle s'approcha pour le rejoindre : elle clancha la porte ce bruit signala au roi sa présence, celui-ci se retourna pour la voir et leva un sourcil. La brune avança vers lui, tête baissée, anxieuse à l'idée de croiser ses yeux ténébreux. Erendor redirigea son regard dans le vague. Layla restait derrière lui :
- Vous m'avez demandé sire ? articula-t-elle entre ses dents, signe que lui adresser la parole l'écorchait véritablement.
- C'est exact, répondit-il. Je voulais vous montrer ce-ci.
Il désigna le mur bordant le château de sa royale main. Layla releva la tête, curieuse, et osa s'approcher de la bordure pour voir de quoi il s'agissait. Une bourrasque soudaine fit cingler leurs chevelure et apporta jusqu'à la jeune reine l'odeur fétide de la mort. C'est à travers un rideau de quelques mèches de cheveux qui s'étaient échappés de son chignon qu'elle pu la voir : la tête de Kérberos, plantée au bout d'une pic, exposée sur la muraille de pierres rouges. Voyant ce macabre spectacle, Layla porta ses doigts à ses lèvres, elle semblait perdue. Elle s'interrogea : qu'est-ce que cela signifiait ? Elle jeta ensuite un regard à son époux, cherchant une explication à cette mise à mort.
- Croyez-vous que je sois bête et méchant ? s'enquit-il. Layla resta coite face à cette étonnante question. Je sais ce que cette femme vous a fait, reprit-il, et si vous n'avez pas encore l'initiative de prendre des décisions en conséquence, et bien je me dois de le faire pour vous. Sachez qu'on ne lève pas la main sur sa reine à Eraklyon, jamais. C'est un grave sacrilège.
Un sacrilège disait-il, quelle facétie ! Comment cette simple gifle pouvait-elle être plus grave que ces violentes obscénités dont elle avait été victime par le roi ? Décidément, ses pensées étaient radicalement différentes de toutes les autres. La brune ne parvint pas à répliquer car le sinistre traitement qu'il lui avait infligé lui avait à coup sûr donné l'illusion qu'il était bien une mauvaise personne. Pouvait-elle réellement croire en ses paroles ? Hors de question. Pourtant, pour la première fois, il lui parlait réellement comme à une vraie personne, une personne qui semblait un peu compter à ses yeux. Elle osa le penser un instant, mais sa rancune tenace revint aussi vite qu'elle n'était partie. Elle bougea simplement les sourcils et la bouche d'une façon interrogatrice et coordonnée cette question lui brûlait les lèvres :
- Comment pouvez-vous dire une pareil sottise alors que vous m'avez fait pire !? s'exclama-t-elle prise d'une rage certaine.
Erendor la foudroya du regard, comment osait-elle s'adresser à lui de cette façon ? Lui, dire des sottises ? Bien rares avaient été les têtes brûlées qui s'étaient enhardi à lui parler ainsi, elle avait été la première femme à le faire, tout les autres avaient été châtiés. Mais se rendait-elle vraiment compte de sa bêtise ? Bien sûr que non.
- Quelle audace ma chère, répliqua-t-il, dommage que vous ne mettiez pas tant d'ardeur à me satisfaire de vos inexistantes cajoleries.
- Pourquoi le ferais-je ? lui cria-t-elle. Je ne vous aime point, vous n'êtes qu'un homme cruel et sans cœur !
- Vous avez peut-être raison. Néanmoins, un présent est un présent, il est gage de ma bienveillance à votre égare et symbole de ma protection éternelle, mais n'en profitez pas trop, je pourrais changer d'avis ! En attendant, cette tête est pour vous.
Erendor tourna les talons et se retira, ennuyé par les déplaisantes remarques que lui avait faite sa jeune épouse. Quant à cette dernière, toujours très bornée, elle resta sur ses positions. Cependant, elle n'avait osé l'avouer mais ce funeste cadeau lui avait beaucoup plu. Un sourire se traça sur son visage lorsqu'elle regarda Kérberos une dernière fois, elle lui envoya un aimable signe des doigts pour lui dire au revoir avant de la quitter, et chaque jour, elle viendrait la regarder pourrir un peu plus.
Le jour suivant, Layla se réveilla de bonne humeur, sereine et pressée d'accomplir son nouveau rituel – celui-ci étant de rendre visite à la tête de Kérberos à chacun de ses réveils avant de prendre son petit-déjeuné. Elle s'étira. Son regard se posa un instant sur cette place vide à côté d'elle. Voilà trois jours que le roi ne l'avait pas touché et n'avait pas prit la peine de se coucher dans son lit avec elle. Elle soupira. Après tout, ce n'était pas plus mal, mais en y pensant, elle trouva ce geste fort respectueux envers elle. La brune se leva alors de son lit et alla faire sa toilette quotidienne. Après son bain, elle regagna la chambre, s'installa à sa coiffeuse et entreprit de dompter sa longue chevelure rebelle.
On toqua à la porte. Layla, toujours concentrée sur son délicat exercice, donna la permission d'entrer. Elle pu voir la personne qui venait de pénétrer dans la pièce sans même avoir à se retourner grâce à son miroir. C'était la jeune domestique à lunettes de la dernière fois. Sa présence fit sourire Layla celle-ci s'arrêta alors une minute puis la salua. Elle s'étonna ensuite de la voir vêtue d'une autre façon : ses vêtements étaient ceux des dames de compagnie, pas ceux d'une domestique. Layla lui demanda alors : « Serais-tu ma nouvelle dame de compagnie ? » La jeune fille lui répondit que oui, au grand bonheur de la jeune reine.
- Dis-moi, continua Layla, il me semble t'avoir déjà vue, ne serait-ce pas à Alféa ? Me tromperais-je en affirmant que tu es une ancienne étudiante de cette école ?
- Non altesse, répondit la jeune fille. En effet nous avons fréquenté cette école toutes les deux durant deux ans, avant que je ne retourne sur Erakyon pour entrer au service de la famille royale.
- Deux ans ! Ciel, comment ais-je fait pour ne pas me souvenir de toi ?
- Oh je ne vous en tiens absolument pas rigueur. Pour tout vous avouer, je n'était pas une fée très habille majesté, j'étais plus douée avec les livres qu'au combat, j'étais toujours très effrayée de ce genre de chose, alors je me faisais toujours très discrète. De plus, n'ayant pas eu les compétences physiques nécessaires à mon passage en troisième année, il m'a fallu refaire ma deuxième année, nous n'étions donc pas dans la même classe.
- Mais bien sûr, tu es Ortensia n'est-ce pas ? se souvint enfin Layla. La concernée hocha la tête. Alors nous avons le même âge allons, appelles-moi donc par mon nom et cesse de me vouvoyer, lui commanda-t-elle.
Ortensia la remercia pour cette permission.
Le regard de Layla vacilla enfin sur ce qu'Ortensia avait entre les mains et reconnu immédiatement une robe. Elle la questionna à ce propos :
- Quelle est cette robe ?
- C'est un présent pour la reine de la part du roi Erendor pour remplacer celle que ton ancienne dame de compagnie a eut le malheur d'abîmer, répondit-elle.
Ortensia la plaça sur le dossier d'une chaise afin que Layla puisse l'admirer. « Encore un présent ! » constata-t-elle de mauvaise foie. La robe était encore plus somptueuse que la précédente, teintée d'une radieuse couleur verte anis – la couleur préférée de Layla – et avait été confectionnée avec de soie finement taillée. Cette dernière s'extasia avant d'étouffer un rire. Certainement que le roi pensait qu'il pourrait acheter sa reine avec de magnifiques présents ! Il n'en était rien. Sa dame de compagnie reprit le travail de Layla sur ses cheveux et lui demanda dans un même temps ce qui l'avait faite rire elle lui expliquai alors, mais Ortensia ne sembla pas tout à fait de son avis. Layla l'interrogea alors à son tour sur cette idée.
- Certes, cela ne fait pas très longtemps que je travail pour lui, lui expliqua-t-elle, mais j'ai appris à le connaître lui et sa famille. Je l'ai vu tout perdre d'un seul coup. Ce n'est pas un mauvais roi, il était un père et un mari aimant c'est le chagrin qui a fait de lui cet homme brutal et sanguinaire. Je pense réellement qu'il prend plaisir à t'offrir toutes ces choses, pas dans le but d'obtenir de toi des faveurs, mais parce que tu réussis à prendre une place de plus en plus importante dans sa vie. Il a besoin d'avoir cette nouvelle personne qui éloignera ses obscures pensées, j'en suis persuadée. Même si je pense que votre traitement eut été tout de même très barbare. Je pense que le roi n'avait pas encore tellement accepté que tu puisses prendre la place de sa femme mais peut-être que quelque chose en toi l'aura fait changé d'avis.
Ortensia acheva ses paroles en même temps qu'elle acheva la tresse qu'elle avait faite à sa reine. Mais celle-ci ne disait plus rien. Tout cela n'était que des suppositions ! Pourtant, quelque chose en elle refusait de croire que toutes ces paroles n'était que de viles balivernes imaginées par une fée qui avait une vision trop optimiste de la vie. Se pouvait-il alors qu'Erenor soit attaché à elle ? Même un tout petit peu...?
Vint l'heure du dîné. Comme d'habitude, les deux souverains prenaient leur repas en tête à tête dans la grande salle à manger du palais. Layla avait revêtue la robe offerte ce matin par Erendor. La reine prit place en face de son roi, comme toujours bien silencieux. Ce soir-là, il fallait dire qu'elle avait fait un très gros effort de présentation, pourtant elle n'était conviée à aucune réception importante et ce jour n'étaient en rien véritablement spécial. Sa longue tresse lui donnait une allure très majestueuse son visage était lumineux, finement maquillé de couleurs pastelles s'accordant avec son vêtement et comme toujours, décoré de son diadème. Sa fine robe lustrée, épousant parfaitement ses formes lui donnait un petit air mystique. Mais Erendor la regarda à peine sûrement avait-il remarqué cette mise en beauté, seulement, il ne fit aucun commentaire à ce sujet. Layla en revanche, ne l'entendait pas de cette manière, elle avait en tête de le faire parler et il était bien connu qu'elle allait tout faire pour arriver à ses fins. Elle avait plusieurs choses à lui dire, mais à vrai dire, voilà des jours qu'elle aurait voulu discuter avec lui afin de comprendre son odieux comportement envers elle, seulement, elle n'y était jamais parvenue, se sentant trop loin de lui affectivement, elle n'avait jamais osé. Néanmoins, les fructueux échanges qu'elle avait pu enfin avoir avec lui la veille lui avait donné confiance en elle. Elle avait enfin pleinement conscience de son rang et de ce que tout cela lui permettait, de plus, ce que lui avait dit Ortensia la faisait douter sur les sentiments d'Erendor à son égare. Tout pouvait réellement s'arranger entre eux, elle avait décidé d'y croire, mais il fallait qu'elle en ai la certitude.
C'est après la troisième cuillerée de son onctueux breuvage de crème de poireau qu'elle annonça enfin le sujet de leur imminent échange :
- Je ne vous ai pas encore remercié pour votre cadeau de la veille, dit-elle, il était très original et me plais beaucoup.
- J'en suis ravi, déclara-t-il en ne levant pas le nez de sa soupe.
- Je vous remercie également pour cette somptueuse tunique, ajouta-t-elle, me va-t-elle ?
- A merveille, lui répondit-il sur le même ton faussement intéressé.
Erendor termina son écuelle de soupe et s'essuya la bouche. Il posa sa serviette, soutenu sa tête de son poing puis poussa un discret soupir qui n'avait pas échappé à la jeune femme. Il venait de prendre cet air habituellement taciturne et morose. Était-ce encore le souvenir de sa femme et de son fils qui le torturait ? Layla prit une nouvelle initiative qui lui permettrait sans doute de mieux connaître et comprendre son mari elle voulu simplement l'entraîner à parler. Elle posa alors délicatement ses couverts sur la table et mit ses mains sur ses genoux, adoptant une posture pieuse.
- Sire, s'enquit-elle ensuite, j'aimerais, si vous me le permettez, que vous me parliez de la reine Samara. Erendor leva le nez en sa direction et répondit subitement :
- La reine Samara n'existe plus. Pourquoi parler de ce qui est mort et enterré ?
- Je n'en ai entendu que du bien, alors j'ai pensé que j'aurais aimé la connaître, rétorqua-t-elle. Dîtes-moi, comment était-elle ?
Erendor leva les yeux au ciel, indiquant qu'il cherchait une petite anecdote à lui annoncer afin de satisfaire sa curiosité. Il en trouva rapidement une et la lui conta. Cette histoire fit automatiquement régir Layla, laquelle s'empressait toujours de lui donner la réplique afin qu'il poursuive.
Il ne fallu pas longtemps pour que Layla entraîne complètement Erendor dans une plaisante palabre. Elle était captivée par ses paroles et en redemandait toujours plus. Elle s'étonnait même de voir de quelle manière il lui parlait de sa défunte famille : des étincelles s'illuminaient au fond de ses yeux à chaque fois qu'il parlait d'un valeureux exploit de son fils, de la tendresse se dégageait de sa voix pour toutes les fois où il évoquait Samara et ses trais se durcissaient lorsqu'il lui racontait le nombre de soucis que lui avait causé Sky durant ses années à Fontaine Rouge mais cela fit ricaner la jeune fille. Elle avait même pu lui faire part de son jugement sur la merveilleuse personne qu'était son fils a ses yeux – il ne fallait pas oublier qu'elle l'avait côtoyé elle aussi – elle détenait énormément de respect pour ce dernier et Erenor s'en était réjouit. Elle le découvrait sous un autre jour, sans cet affreux masque qu'il portait en permanence, lequel atténuait ses émotions et ses sentiments.
Au fur et à mesure que la discussion s'étalait, Layla voyait le visage d'Erendor se détendre petit à petit. C'était comme s'il oubliait tout le reste, tout ce qui l'avait fait souffrir et chaque éclat de rire de Layla le transportait dans un autre monde, un monde meilleur que le sien.
Le repas avait inévitablement duré plus longtemps que d'habitude, néanmoins, il leur avait semblé passer si vite ! Ils ne s'étaient tout deux pas ennuyé une seule seconde et ils décidèrent de continuer leurs chaleureux échanges. Ils s'accordèrent une balade digestive pendant près de deux heures dans le domaine autour du château. Ils étaient seuls et le coucher de soleil les accompagnait en silence. La soirée était tiède et l'atmosphère parfumée tout aurait été parfait si en regardant son interlocuteur, Layla ne se remémorait pas sans cesse son horrible et douloureuse première fois. Parfois, cela la troubla, l'amenant à se perdre dans ses pensées et se demandant réellement ce qu'elle faisait là. Mais même si leur histoire avait terriblement mal commencé, elle décida d'oublier, de tout effacer afin de repartir sur de bonnes bases en espérant qu'elle ne se trompe pas en faisant ce choix plus que saugrenu.
La nuit s'abattit brutalement sur eux, leur annonçant qu'il était l'heure de rentrer, ce qu'ils entreprirent de faire. Ils marchèrent jusqu'aux portes et Erendor accompagna même Layla jusqu'à leur chambre. Il lui avait fait savoir qu'il ne voulait pas dormir avec elle alors que sa présence n'était pas désirée, cela avait bien entendu étonné Layla. Il était le roi, il pouvait tout faire, tout exiger dans l'enceinte de son royaume et pourtant, il ne s'était pas imposé à elle depuis la fois où elle lui avait fait comprendre qu'elle n'en pouvait tout simplement plus ses cris, lui avait-il avouer, lui avaient été insupportables, coupant tout bonnement son envie.
- Vous ne m'en voulez point pour cela ? lui avait-elle demandé en le regardant droit dans les yeux.
- Si, mais vous êtes trop délicieuse pour que je vous en veuilles encore, avait-il répondu.
Layla décela un léger sourire dissimulé derrière sa grosse barbe brune et une légère pointe d'ironie dans sa voix. Elle étouffa un petit rire face à ce faux compliment, pourtant, cela la fit sourire de bon cœur c'était là le premier compliment qu'elle recevait de lui, qu'il soit réellement sincère ou non. Le simple fait qu'il plaisantât avec elle était plus que suffisant pour la rassurer et l'amener à l'apprécier d'avantage. Oui, finalement, il n'était pas l'affreuse personne qu'il paraissait être. Layla commença même à éprouver un peu de tendresse pour lui. Oserait-elle avouer que son côté brutale et froid ainsi que son côté un tantinet sensible l'avait charmé ? Quelle douce association.
Le couple arriva au seuil de la porte de la suite royale, Erendor déposa une tendre bise sur la joue de son épouse avant de se séparer d'elle et de la laisser seule. Il effleura sans permission son bras afin de lui faire comprendre son envie, mais il décida simplement de l'en informer et point d'essayer quoi que ce soit. Ils s'étaient tout deux énormément rapprochés ce soir-là et tout cela n'avait fait que raviver l'envie du roi pour la jeune femme, de plus, cette audacieuse fermeté dont elle avait fait preuve l'avait fort séduit. En était-il de même pour elle ? Erendor pensa que non. Il entreprit donc de partir après lui avoir souhaiter une bonne nuit. Mais Layla le stoppa en lui attrapant la manche. Les pensés de la jeune reine étaient bien troubles ce soir-là Erendor avait fait à ses yeux beaucoup d'efforts pour elle, notamment la mise à mort de Kérbéros. Il l'avait éliminé afin de la protéger mais il ne fallait pas oublié que cette femme avait été une grande amie de Samara. Sans oublier ces présents qu'il lui avait offert et qui l'avait aidé à se sentir un peu plus à son aise, devait-elle l'oublier ? Tout cela l'avait aidé à revoir son jugement sur son époux mais cette soiré l'avait définitivement conquise.
- Sire, fit elle doucement, me rejetteriez-vous si je vous invitai pour cette nuit ?
Erendor sembla plus que surpris. Ses paroles semblait si dénudées de sens. Rêvait-il ? Avait-elle abusé de l'alcool ? Non, il ne dormait pas encore et elle n'avait point touché à son vin ce soir. Layla le prit par la main et le guida à l'intérieur de la sombre chambre, simplement éclairée de la lueur de quelques chandelles. Une fois la porte refermée derrière eux, elle se plaça devant lui, ferma les yeux et attendit qu'il fasse le premier geste. Ne sachant de quoi il avait envie, elle préféra le laisser mener le jeu. Il se retrouva alors face à son petit visage lisse et brillant et bizarrement, il ne su quoi faire. Habituellement, il voulait seulement satisfaire ses envie, mais là, elle s'offrait à lui, pleinement. Était-elle désireuse de tendresse comme elle n'en avait jamais eu ? Elle aurait parfaitement été en droit de l'exiger.
Voyant qu'Erendor restait inactif pendant plusieurs secondes, Layla rouvrit les yeux qu'elle avait fermé et vit son visage inquiet. Elle ne comprit sur le coup pas pourquoi il n'arrivait pas à reproduire ses actes d'autrefois, pourtant, son geste lui avait fait comprendre qu'il voulait encore la goûter. Elle laissa glisser sa longue robe le long de son corps mince, dévoilant sa complète intimité. Erendor ne régit pas et laissa simplement ses yeux s'en délecter. Elle guida ensuite ses mains sur ses fesses afin de lui rappeler qu'il avait adoré jouer avec. Il se laissa manier et apprécia cela. Mais bien que sentant son excitation monter en lui, il décolla ses mains et les plaqua sur les joues saillantes de la jeune femme. Ils se regardaient dans les yeux en silence puis doucement, il avança son visage vers le sien et déposa sur sa bouche un léger baiser aussi doux qu'une caresse. Ce moment fût si exquis. Elle avait ressentir comme un agréable courant passer en elle lors de ce contacte, comme s'ils s'étaient enfin connectés l'un à l'autre. Et après, tout se fit naturellement : la jeune fille enroula ses bras autour de lui et entreprit d'approfondir leur étreinte. Leur envie subissait une gradation constante à mesure que leurs corps se touchaient, enfin la fougue du roi se ravivait petit à petit mais visiblement, celle de Layla était plus forte. La brune obligea son roi a retirer ses vêtements puis elle l'amena vers leur lit. Là, elle s'allongea sur le matelas, son corps fiévreux attendait bien gentiment la suite des événements, la main était au roi. Il suivit son épouse et s'avachit sur elle, un sourire charmeur et mesquin venait de naître sur le visage de la belle, elle remonta et plia sa jambe gauche pour la faire glisser entre les jambes d'Erendor afin qu'elle se presse contre sa virilité déjà éminemment fièrement levée. Un frisson parcouru sa colonne vertébrale à l'idée qu'au lieu de ce doux effleurement, elle aurait aussi bien pu lui asséner un grand coup fatale. Il accorda son malicieux visage, grisé d'envie au sien, adorant cette sensation et prit d'un regain d'excitation, il se découvrait une passion pour la jeune fille qui avait su mieux que personne lui faire éprouver de tels émois elle était à la fois réservée et demandeuse, soumise et entreprenante. Il décida de faire durer le plaisir et chercha les zones qui lui seraient le plus agréable à titiller. Il s'arrêta sur sa raisonnable et plaisante poitrine satinée. Il sentait le cœur palpitant de sa jolie poupée sous cette dernière. Il s'amusait à la presser entre ses doigts bagués, se comportant toujours de manière vile et autoritaire avec son corps mais elle ne dit mot. Devait-il comprendre qu'elle aimait cette majestueuse fureur ? Il fit patiner sa main sur tout son buste, reconnaissant toutes ses côtes, son nombril et les os pointus de ses hanches avec une sorte d'appétit espiègle, dégustant langoureusement chacun de ses membres. Il passa ensuite sa main entre ses deux cuisses afin de pouvoir toucher ce petit bout de peau lisse et tendre qui s'y trouvait bien cachée. La jeune fille grimaça légèrement, appréhendant la douleur qui, contre toute attente de sa part, n'arriva jamais, bien au contraire. Elle se mordit les lèvres à se les faire blanchir sous la sensation du plaisir qui la transperçait. Mais elle le stoppa soudainement. Erendor écarta ses mains, voyant qu'elle lui réservait bien une autre surprise. Elle se redressa et se retourna vivement afin de prendre la position dans laquelle le roi préférait la prendre, mais cette fois, son visage l'invitait à s'y rendre : son regard était planté dans le sien, elle était prête à tout regarder afin de mieux ressentir ce moment. Il s'avançait alors, ne pouvant refuser de lui faire profiter son intrusion il se saisit du petit surplus de chair qu'il y avait sur ses reins, réduisit petit à petit la distance qui séparait leur intimité et s'introduisit en elle avec ardeur. Elle fronça les sourcils sous les frénétiques coup de reins du roi, partagée entre le plaisir et la douleur. Le passage avait perdu son étroitesse et les fluides nés de l'excitation de la jeune femme facilitait les frottements. Mais tout cela n'était en rien une nouvelle sensation car il l'avait déjà appliqué auparavant. L'envie d'Erendor lui chuchota d'emprunter une autre voix à présent, jusque-là inconnue pour les deux amants. Il se retira et se rendit alors doucement vers une entrée un peu plus haute et s'y engouffra lentement. La jeune reine, prise au dépourvu, afficha un visage toisé de surprise et se raidit. Mais aucune douleur. Cette sensation était bizarre, elle arqua un sourcil sous l'effet de cette soigneuse pénétration mais une fois tout le membre du roi à l'intérieur, le visage de Layla se décontracta. Il débuta ses mouvements et Layla s'étonna elle-même de voir qu'elle aimait cela. De faibles gémissement sortirent de sa bouche pulpeuse à mesure que cela lui plu. Elle mit sa main sur sa propre croupe afin d'avoir un meilleur équilibre et de mieux pouvoir se cambrer. Sa main rencontra alors celle de son époux, déjà présente depuis le début de l'acte c'est alors que tout deux entremêlèrent leurs doigts, se caressant chaleureusement tout en poursuivant leur danse charnelle.
Cette nuit sous le signe de la luxure – et sujette à bien des expériences – avait fait naître en eux un précieux sentiment d'affection qui grandissait de jour en jour. Grâce à cela, la froideur qui s'était emparée du roi se dissipait petit à petit la reine fût enfin délivrée de cette prison dorée pour enfin pouvoir s'épanouir et devenir elle-même. Le quotidien des deux amants s'était métamorphosé. Il devenait de moins en moins pénible pour un jour atteindre le stade de la plénitude totale.
Un matin, alors que la roi revenait d'un conseil de guerre de quatre jours, la jeune reine arriva à toute allure vers lui dès son retour auprès d'elle. Elle lui sauta au cou, inhabituellement joyeuse, et l'embrassa avec passion. Erendor lui demanda alors à quoi était dû ce cordial et enthousiaste accueil. Layla se blottit contre son mari et prit sa main qu'elle amena sur son petit ventre.
- Je porte votre fils, lui annonça-t-elle d'une voix chatoyante.
Erendor ne su quoi répondre à l'annonce de cet événement, son souffle s'était coupé, mais son sourire illumina immédiatement son visage. Voilà des semaines entières qu'ils rêvaient d'avoir un enfant et aujourd'hui leur vœux était exaucé. La roi ne parvint à retenir les petites perles qui naissaient au coin de ses yeux, submergé par le bonheur. Il donna un tendre baiser à son épouse et la serra contre lui. Il lui annonça dans un même temps qu'Eraklyon allait éminemment entrer en guerre contre Andros, une nouvelle fois. Le visage de Layla s'éleva afin qu'elle croise celui d'Erendor puis elle lui murmura d'un radieux visage confortant : « Nous allons tous les écraser. » Peut lui importait la raison ou l'ennemie contre lequel ils allaient se battre, elle était reine d'Eraklyon et en temps que telle, elle était prête à écraser ses ennemis pour le bien de son royaume.
FIN.
WOF : Je remercie tout ceux qui auront osé lire ce two-shot ! En effet je me suis vraiment attaquée à quelque chose d'extrêmement différent en comparaison avec ce que j'ai eu l'habitude d'écrire ; mais voilà que s'achève un bien long écrit ! Je vous avoue que j'avais vraiment très envie de le terminer, mais il était interminable.
J'espère en tout cas que vous avez apprécié et que cela ne vous aura pas trop choqué, j'attends vos avis avec impatience. J'espère surtout que la fin vous aura plu et que la surprise quant au tournant de l'histoire aura été bonne. :) Vous y attendiez-vous ? En tout cas, il est clair que j'en ai définitivement fini avec Layla. x) Je ne pensais pas, un jour, pouvoir écrire quelque chose sur elle seule ! x_x
