Chapitre 13
Un cri dans la brume.
Koga et Ayame restèrent avec Kagome, Sango, Miroku, Shippô et Kirara. Inuyasha n'était toujours pas revenu. La jeune miko se forçait à afficher une mine sereine mais ses amis n'étaient pas dupes : elle était inquiète.
Ils discutèrent jusqu'à ce que le jour commence à décliner. Kagome avait cessé d'entretenir l'illusion et ne parlait plus, se contentant d'acquiescer de temps à autre. Son bras la faisait moins souffrir, et elle entretenait l'espérance d'être encore capable d'utiliser son arc.
Ses amis trouvaient son inquiétude excessive, Inuyasha était grand et il était juste vexé. Il n'avait pas grand-chose à craindre, Naraku était encore loin d'eux, et peu de choses avaient pu venir à bout du demi-démon, surtout lorsqu'il était mal luné.
Néanmoins lorsqu'il finit par apparaître non loin du campement, la jeune fille ne cacha pas son soulagement. Il arriva près d'eux, s'efforçant de garder son air renfrogné, et Ayame posa sa main sur le bras de Koga pour l'enjoindre au silence. Seuls Sango, Miroku et Shippô continuaient leur discussion comme si de rien n'était. La force de l'habitude.
Le demi-démon vint s'asseoir près de Kagome. Dans ses mains elle vit des plantes, qu'elle reconnut aussitôt pour les avoir étudiées avec Kaede : des plantes médicinales.
Croisant son regard, il lâcha d'un ton bourru :
- Fallait bien que quelqu'un s'y colle, et puis toute façon tu voulais pas que je te touche alors…
La jeune fille se garda bien de répondre tandis qu'Inuyasha enlevait ses bandages et soignait sa blessure. Le contact de ses doigts sur sa peau provoquait des frissons qu'elle tentait vainement de contrôler, priant pour qu'il ne les remarque pas. Etrangement, ses gestes étaient très tendres, ce qui contrastait avec son air renfrogné.
Elle articula des remerciements auquel il répondit par un "Keh" caractéristique.
Très vite, l'attention générale se reporta sur la discussion interrompue et plus personne, à l'exception peut être de Koga qui regardait Inuyasha d'un air suffisant, ne se soucia plus de la gêne de Kagome. Celle-ci rêva peut être mais il lui sembla que les mains du demi-démon s'éternisèrent sur sa peau, bien après qu'il ait soigné la plaie.
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- Kanna.
La petite fille aux cheveux blancs se retourna vers Kagura.
- Est-ce que tu aimes Naraku ?
Aucune expression ne passait jamais sur le visage de celle qui représentait le Néant. Kagura n'en était pas étonnée, cela faisait parti de son caractère, mais si cette absence de sentiments la rendait presque… Inhumaine.
- Tu l'as trahi, n'est ce pas ?
Autre trait de caractère typique de Kanna. Elle éludait. S'abstenant de répondre en posant une autre question. Elle fuyait toute forme de discussion qui pourrait l'obliger à dévoiler ce qu'elle ressentait. Dans ces conditions, comment savoir ce qu'elle pensait ?
- Tu vas devoir choisir ton camp.
Une fois encore, Kagura avait parlé d'un ton sec, presque un reproche.
- Nous n'avons pas à choisir. Nous devons rester avec celui qui nous a créés.
La fille du vent savait que les certitudes de la petite fille seraient ancrées en elle.
- Chaque individu devrait pouvoir avoir le choix.
Si elle n'avait pas été aussi persuadée que c'était impossible, elle aurait cru voir Kanna esquisser un sourire.
- Je ne connais rien d'autre. Ma place est ici.
- Tu n'es rien ici. Rien d'autre qu'un jouet au service de Naraku.
- Et dehors, je suis quoi ?
C'était la première que Kanna parlait aussi ouvertement. Et quelque part, elle avait raison. Un ancien sbire de Naraku n'avait rien à espérer.
- Il va mourir. Il mourra un jour. Même si ce n'est pas à cause d'Inuyasha ou de quelqu'un d'autre, même si c'est de vieillesse, il mourra, tu le sais aussi bien que moi. La mort est la seule chose que Naraku ne peut pas écarter de son chemin.
Kanna hésita avant de répondre.
- Je veux rester là…
- Il va me tuer et après cela, il tuera Kohaku.
Le corps de la petite fille se raidit. Une amitié inavouée s'était formée entre ces deux « enfants » qui avaient grandi trop vite. Une proximité que Kagura n'avait jamais eue avec Kanna qui était pourtant sa sœur. Elle savait que la mort de Kohaku affecterait plus la petite fille que sa mort à elle. Elle esquissa un sourire : peut être parviendrait elle à ébranler les convictions de sa sœur.
Kanna releva la tête et son regard croisa celui de la fille du vent. Elle ouvrit la bouche mais une autre voix couvrit la sienne.
- Kagura.
Tout le corps de la fille du vent se raidît. Elle sentit la peur s'insinuer dans chaque parcelle de son corps, comme chaque fois que Naraku s'adressait à elle. Le temps qu'il lui avait accordé, c'était retarder l'échéance. Il savait déjà ce qu'elle projetait de faire, la maintenant en vie uniquement parce qu'il pensait qu'elle ne tenterait pas de convaincre quiconque du bien fondé de sa « rébellion ». Mais il venait de la surprendre tentant de corrompre Kanna. Elle n'avait plus rien à espérer. Kohaku aurait agi de la même façon. Cette pensée la réconforta.
Elle se retourna lentement vers celui qui avait été son « père ».
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Miroku parvint à convaincre Koga et Ayame de ne repartir que le lendemain, à l'aube. L'attaque du youkai les avait pris par surprise et les avait considérablement ralentis. 24 heures seulement les séparaient encore de l'échéance. Passé ce délai, la « promesse » de Kagome serait considérée comme un mensonge par Kagura, et la jeune fille le redoutait.
De plus, le bras de Kagome l'inquiétait. Elle ne voulait pas être un poids lors du combat contre Naraku. Or elle craignait que son bras blessé ne l'empêche d'utiliser son arc.
La nuit venue, elle ne trouva pas le sommeil ; inquiète de savoir que le combat contre Naraku se rapprochait ; inquiète pour Kagura ; inquiète de ne pouvoir aider autant qu'elle l'aurait voulu.
Elle se décida à se retourner vers ses amis. Ils dormaient tous. Pour une fois, Shippô lui avait préféré la fourrure de Kirara, comme chaque fois que l'air se faisait froid. C'était une chance, le petit renardeau avait un sommeil extrêmement léger, elle n'aurait jamais pu se le ver sans le réveiller.
Inuyasha lui-même semblait s'être assoupi, ce qui lui arrivait de plus en plus rarement à mesure que la distance les séparant de Naraku s'amenuisait.
Kagome se leva en faisant le moins de bruit possible. Elle prit son arc et ses flèches et s'éloigna du campement, sans voir les deux yeux ambre qui s'attachaient à ses pas.
Arrivée près des arbres où le youkai l'avait attaquée, elle serra plus fort son arc, par réflexe. Mais elle devait avancer, s'assurer qu'elle ne serait pas un poids pour ses amis. Inuyasha la suivait de branches en branches, veillant sur elle à son insu.
Kagome choisit un arbre, se positionna à quelques dizaines de mètres et arma son arc. Elle ne retint pas une grimace, se croyant seule. La blessure menaçait de se rouvrir mais tout ce qui préoccupait la jeune fille, s'était de savoir si elle était toujours capable de viser correctement. Sur son arbre, le demi-démon serra les poings.
La flèche partit et se figea dans le tronc avec un bruit sourd. Satisfaite, Kagome poussa un soupir de soulagement, et se préparait à armer une autre flèche quand une main arrêta son geste. Retenant un cri de surprise, elle se laissa faire en reconnaissant les doigts d'Inuyasha.
- Pff tu changeras jamais hein ? Allez arrête ces conneries et donne moi ça.
Et sans attendre de réponse de la jeune fille encore sous l'effet de la surprise, le demi-démon lui prit son arc et ses flèches et repartit vers le campement.
Une nouvelle fois Kagome soupira. Mais cette fois elle ne lâcherait pas.
- Osuwari.
Sans accorder un regard au hanyô étendu par terre, elle se pencha et récupéra son arc.
- Comment vous allez faire si je suis incapable de vous aider devant Naraku ? Je serai un handicap si je ne peux pas me défendre ! Je voulais m'assurer que…
- Comment ça un handicap ?
Elle consentit à baisser les yeux vers le regard interrogatif d'Inuyasha, qui ne songeait même pas à être en colère.
- Si vous devez me protéger plutôt qu'attaquer, vous allez être blessés et ce sera ma faute !
-… Non.
Elle s'attendait à ce qu'il hésite, à ce qu'il tente de la rassurer, ou même qu'il se mette en colère. Mais la réponse catégorique d'Inuyasha la décontenançait. Il se releva et se rapprocha de Kagome.
- On s'en fout de devoir te protéger ou non Kagome. Le simple fait que tu sois là nous rends plus forts, c'est Kaede qui nous l'a dit tu te souviens ? Lorsque je t'ai renvoyé chez toi, pensant te protéger, je me suis senti vulnérable, c'était la première fois. Pareil pour Shippô et pour Miroku, et je suis certain que Sango aurait ressenti la même chose.
Elle acquiesça.
- Tu ne seras jamais un poids, quand bien même je devrais te défendre pendant toute la bataille.
Elle se sentit rougir. Inuyasha était tout près d'elle à présent, soutenant son regard. Le médaillon devait le blesser, mais il ne recula pas, ce dont la jeune fille lui fut reconnaissante.
Kagome tenta d'enlever le pendentif mais il l'arrêta.
- Il te protègera, garde-le. Ne l'enlève jamais, quelque soit le prétexte.
Elle ne voulait plus bouger. Rester là, avec lui. Ne pas affronter Naraku en ayant peur de perdre une autre personne qui lui était chère. Elle se souvint brutalement des derniers instants de Kikyo. Elle se souvenait parfaitement de la peine qu'elle avait éprouvée alors, et elle n'avait jamais été très proche de l'ancienne miko.
Que se passerait il si elle perdait Sango, devenue la sœur qu'elle n'avait pas, ou Shippô, si jeune encore pour affronter tout cela ?
Et Rin, petite enfant fragile mais tellement adulte, qui suivait Seshommaru où qu'il aille. Un esprit d'adulte dans un corps d'enfant. De grands pouvoirs dans un corps vulnérable.
Mais la jeune fille secoua la tête, s'efforçant de chasser cette inquiétude.
Elle sourit à Inuyasha, un sourire forcé, il le devina aisément, et repartit vers le campement. Elle jeta un rapide coup d'œil à son épaule. Son tir l'avait légèrement rouverte. Le sang commençait à couler, mais elle ne souffrait presque pas.
- T'es vraiment têtue tu sais ça ?
Il était partagé entre reproche et complicité.
- J'ai eu un excellent professeur.
Cette fois il sourit pour de bon et la suivit jusqu'au campement.
- Cette fois tu me laisses te soigner correctement hein ?
Elle acquiesça.
L'aube pointait à peine.
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Seshommaru veillait, comme chaque nuit. Il avait vu la miko partir du campement suivie par son… Frère. Comme leur père, Inuyasha avait donc cette faiblesse pour les humaines.
Le taiyoukai posa son regard sur Rin, paisiblement endormie, un sourire sur le visage. Etait-il lui aussi devenu faible ? A cause de l'importance qu'avait cette enfant pour lui ?
Il entendit un faible bruit de tissu. Rin était réveillée. Lorsqu'il regarda à nouveau vers elle, elle lui souriait, ses grands yeux marron posés sur lui. Elle souriait toujours, il ne lui avait jamais rendu ce sourire qu'elle arborait en permanence lorsqu'elle le regardait.
Le combat qu'ils allaient mener contre Naraku se rapprochait, il ne pouvait l'ignorer. Quelle place avait Rin dans cette bataille ?
- Lorsque j'affronterai Naraku, tu resteras à l'arrière. Jaken sera avec toi.
Il avait parlé d'une voix calme et demeurait inexpressif, s'efforçant d'ignorer l'inquiétude naissante qui lui semblait déplacé. Un youkai n'a pas peur. Surtout pas pour un humain.
Cette faiblesse pour les humains qu'il avait méprisée chez Inuyasha ne lui était plus inconnue, et il ne voulait pas l'admettre.
La petite fille acquiesça et ferma à nouveau les yeux. Seshommaru reporta son attention sur le lointain. Rin était épuisée. Elle avait guérie la louve. Il savait depuis quelques temps déjà que la petite fille qui s'attachait à ses pas possédait des pouvoirs purificateurs.
Son avenir de miko était un nouvel obstacle entre eux. Il méprisait les humains, sauf elle. Il détestait les mikos, parviendrait-il à haïr celle que Rin s'apprêtait à devenir ?
La petite fille avait les yeux fermés mais ne dormait pas. Elle réfléchissait à ce qui s'était passé cet après midi là, lorsqu'elle avait… Soignée l'amie louve de Kagome-sama.
Seshommaru pensait que Rin voulait lui cacher ces pouvoirs parce qu'elle craignait sa colère. Comment aurait-il comprit que la seule crainte de la petite fille était de devoir s'éloigner de lui ? La colère du taiyoukai lui était égal, peut être même la frapperait il, elle s'en fichait éperdument. Tant qu'il la gardait près de lui. Tant que leur vie continuait à être ce qu'elle avait toujours été jusqu'à maintenant.
Seshommaru ne voulait pas réfléchir à tout cela. Il allait tuer Naraku de ses propres mains. Il aviserait ensuite en ce qui concernait Rin. Il chassait instantanément de ses pensées tout ce qui l'aurait obligé à admettre qu'il ne considérait plus la petite fille comme une humaine depuis longtemps.
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- Kagome ! Debout !
La jeune fille ouvrit péniblement les yeux… Et sursauta en voyant le visage de Shippô à trois centimètres de son visage.
Autour d'elle, tous s'affairaient. Elle interrogea Sango du regard.
- Tu es blessée Kagome-chan. On a pensé que, peut être, il était plus utile que tu dormes plutôt que de nous donner un coup de main.
Le regard de Kagome se porta ensuite sur Inuyasha. D'un regard, il lui fit comprendre qu'il n'avait rien dit aux autres, ce dont elle lui fut reconnaissante. Quelques jours, quelques heures…
Le temps passait, imperturbable, et leur filait entre les doigts. Il fallait faire vite. La jeune fille se releva et voulut aider Sango qui ramassait les couvertures, mais Miroku l'arrêta en l'enjoignant à du repos. Elle tenta vainement de discuter, prétextant qu'elle ne sentait plus rien (mensonge éhonté) mais ils ne cédèrent pas.
Koga et Ayame étaient déjà partis. Personne n'avait pu faire fléchir le loup, mais la jeune fille ne s'en inquiétait pas. Ayame lui avait fait une promesse, il n'y avait plus qu'à espérer qu'elle saurait la tenir.
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Rin était montée sur AhUn.
Seshommaru marchait loin devant tandis que Jaken restait aux côtés de la petite fille, obéissant à son maître. Mais cela ne le dérangeait pas. La compagnie de Rin, si vivante, si joyeuse, le changeait de Seshommaru qui, bien qu'il inspirât une admiration sans limites à son serviteur, n'était pas d'une compagnie particulièrement agréable.
Le taiyoukai s'immobilisa soudain.
- Rin. Jaken. Restez en arrière.
La petite fille interrogea du regard Jaken, qui articula silencieusement « Naraku ».
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Inuyasha marchait en tête, portant Kagome sur son dos. Une fois encore, les protestations de la jeune fille n'y avaient rien changé même si il avait cette fois consenti à ce qu'elle glisse le médaillon de Kikyo dans la petite boîte offerte par Kaede.
Une ombre s'installa au dessus d'eux mais le temps que Kagome lève la tête, Seshommaru s'était posté devant eux.
Inuyasha fit glisser la jeune fille le long de son dos, dans un geste protecteur, et lui donna sans un mot la boite contenant le médaillon. Kagome s'empressa de le remettre à sa place. Le demi-démon n'avait aucune envie que la scène survenue quelques jours plus tôt se reproduise.
Il releva alors la tête, intrigué par une odeur qu'il reconnaissait, bien que très faible.
Seshommaru croisa le regard de son frère. Ils se regardèrent silencieusement puis Inuyasha, sans se retourner, parla à voix haute.
- Naraku.
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- Tu es pitoyable. Tu vas mourir ici. Seule.
Une fois encore, la fille du vent se releva. Tous ses muscles étaient endoloris et elle saignait abondamment. Naraku admirait sa ténacité, qualité qu'entre d'autres circonstances, il se serait félicité de lui avoir « légué ».
Kagura respirait avec difficulté. Elle savait qu'elle allait mourir. Depuis les quelques heures qu'elle affrontait son père, elle savait qu'elle allait mourir.
Kagome ne viendrait pas à temps. Et après tout, Kagome viendrait elle ?
Et Kohaku ? Qu'allait-il lui arriver ? Et Kanna ? Serait-elle triste ?
C'était étonnant de voir toutes ces questions futiles qu'elle se posait maintenant qu'elle savait sa fin proche. Elle qui avait toujours vécu pour elle-même, la voilà qui s'inquiétait pour les autres.
Elle était la fille de Naraku, mais ne l'égalait pas.
Il était toujours affaibli, ce qui expliquait que la fille du vent ait pu tenir aussi longtemps.
- Tu vas mourir Naraku. Et mon seul regret sera de ne pas avoir été là pour voir cela.
Il esquissa un sourire mauvais.
- Je devrais te faire souffrir. Je devrais tuer tous ceux que tu as aimés. Lorsque j'en aurai fini avec Inuyasha, je tuerai Kohaku, en m'assurant que sa sœur soit morte sous ses yeux. Je devrais tuer Kanna également, rien que pour te faire du mal.
Kagura se releva. Elle avait le monde entier en horreur. Le monde ne lui avait rien apporté de bon, si ce n'est la vie, si seulement on pouvait considérer que devoir servir quelqu'un de profondément mauvais soit une vie.
Peut être avait elle mérité de mourir. Mais elle ne pouvait pas imaginer que Kohaku meure sans retrouver sa sœur. Que Kanna meure de la main de celui en qui, malgré elle, elle avait confiance. Une confiance plus forte que l'affection qu'elle avait pour Kohaku.
Naraku attendait patiemment. Il attendait que la colère la rendre hargneuse. Qu'elle se relève une dernière fois.
Alors, essuyant les larmes qui coulaient à flot sur ses joues sans vie, la fille du vent regarda celui qu'elle avait considéré comme son père, et elle cria.
- Fuji no Mai !
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Plus personne ne parlait. En fait c'était comme si le temps s'était arrêté. Depuis plus d'une heure maintenant le même paysage décharné défilait. Tout était calciné, mort et… Silencieux. A croire que rien de vivant ne pouvait évoluer ici. Ils marchaient dans un ravin assez large. Les falaises étaient hautes de plusieurs mètres, condamnant tout espoir de fuite. Naraku aurait-il voulu leur tendre un piège qu'il n'aurait pas trouvé d'endroit plus approprié.
Kagome frissonna. Ce lieu lui rappelait trop celui de la bataille qu'elle avait mené avec Kikyo.
Tout cela lui semblait déjà si loin. L'ancienne miko était morte ce jour là. Qui allait-elle perdre aujourd'hui ?
Tous étaient silencieux. Shippô, sur le dos de Kirara, regardait nerveusement autour de lui, tout en s'agrippant fermement aux poils de la youkai. Sango tenait la main de Miroku et Inuyasha marchait en tête sans les regarder mais tous ses sens étaient en alerte.
La jeune fille avait un étrange pressentiment. Un mauvais pressentiment.
Seshommaru s'était rapproché d'eux. Seul. Kagome en était heureuse, elle ne voulait pas que Rin-chan soit blessé.
Toujours aucune trace de Koga ou Ayame. Elle espérait que la youkai louve avait tenu parole.
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Rin les suivait, faisant taire Jaken qui la sermonnait depuis leur départ.
Lorsque Seshommaru était parti, la petite fille avait eu peur. Pour lui. Pour Kagome-chan, pour Shippô, qui avait été si gentil avec elle.
Alors pour la première fois, elle avait désobéi à Seshommaru. Quelques heures après son départ, elle était montée sur AhUn et l'avait suivi. Elle savait que le taiyoukai pourrait sentir son odeur si elle restait trop près de lui, et elle maintenait une distance raisonnable entre eux. Jaken l'avait suivi, craignant les remontrances de son maître si il s'éloignait de l'enfant mais aussi parce qu'il craignait que la petite fille ne se mette en danger.
Le petit youkai vert avait tout essayé pour la dissuader : la colère de Seshommaru en découvrant qu'elle lui avait désobéi, les menaces, l'intimidation en racontant ce à quoi elle s'exposait. En dernier lieu, il essaya même les supplications. Rien à faire. Rin était bornée, et rien ne put la faire céder, malgré l'entêtement de Jaken. Ce dernier se fit d'ailleurs la réflexion que, si ce trait de caractère devenait permanent, les corrections de Seshommaru allaient devenir quotidiennes.
Une sorte de brouillard s'installa progressivement entre eux et la troupe d'Inuyasha. Rin s'en inquiéta mais préféra continuer d'avancer. Elle ne voulait pas s'éloigner davantage de Seshommaru. Même Jaken ne parlait plus. Il avait peur.
Rin se cramponna davantage à l'encolure d'AhUn, se sentant rassurée par leur présence. A présent, elle ne distinguait plus rien.
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- L'odeur de Naraku est de plus en plus proche, annonça Seshommaru.
- Putain avec cette brume on voit que dalle en plus !
Pour une fois, Kagome ne reprocha pas à Inuyasha son langage.
Il était vrai que ce brouillard opaque était un gros inconvénient. Le demi-démon dégaina son épée et, au regard interrogateur de son frère, il répondit que le souffle provoqué par le Kaze no Kizu pourrait faire disparaître la brume.
Kagome allait parler lorsqu'un cri déchira le silence. Un cri de terreur.
Tous se retournèrent vers Seshommaru.
- Rin.
