o.O.o

Note: A. tu as intérêt à apprécier le dernier paragraphe !

o.O.o

Première édition : 26 Octobre 2007

Révision : 01 décembre 2007

Révision : février 2008

Révision : janv-février 2011 & 2015

o.O.o

Chapitre 2 – La nuit porte conseil

- « Pffffffff ! »

Kojirô s'étouffa avec son Coca et fut pris d'une crise de toux. Il en lâcha son verre et, en essayant de le rattraper, renversa le reste de la bouteille sur la table. Il se précipita dans la cuisine pour aller chercher éponge et torchon et revint au quart de tour. Entre temps, sa mère avait utilisé la chaussette Pokemon pour éponger le plus gros des dégâts. Une fois que tout fut sous contrôle, Kojirô retourna dans la cuisine, sous prétexte de rincer l'éponge. Là, une fois fut hors de vue de sa mère, il posa les deux mains sur le comptoir et pencha la tête entre ses bras tendus. Il prit une grande respiration, souffla doucement et répéta la manœuvre. Puis, quand il fut certain de pouvoir revenir au salon continuer la conversation que sa mère avait sûrement l'intention de terminer, et cela sans grimper aux rideaux, il retourna s'asseoir devant la table basse. Ne sachant pas quoi faire, il se remit au travail, histoire de s'occuper les mains. Sa mère n'avait pas bougé et le regarda faire sans dire un mot.

- « Quoi ? » marmonna-t-il finalement au bout d'un moment. Keiko connaissait bien son aîné et savait qu'il s'agissait là d'un feu vert à la discussion, aussi bougon fût-il.

- « Je sais que c'est un peu surprenant mais… »

- « Un peu surprenant ? Carrément surprenant oui ! Ce n'est pas quelque chose que tu lances comme ça ! » explosa-t-il, malgré les bonnes résolutions prises l'instant auparavant.

- « Je t'avais bien dit que je ne savais pas comment t'en parler. »

- « Bon, ben parle-moi de lui. » Kojirô se félicita de sa voix redevenue calme, même si elle restait un peu bourrue.

- « Il a trente-sept ans, et il est médecin. »

- « Quel genre de médecin? »

- « C'est un neurochirurgien. Il exerce surtout à l'hôpital nord. »

- « Waaou, c'est un cerveau. » fit-il pince-sans-rire.

- « Oh Kojirô, s'il te plaît ! » lui reprocha sa mère. Cependant les coins de sa bouche frémissaient.

- « Comment as-tu pu le rencontrer ? Un neurochirurgien ? »

- « Je sais, c'est étrange. Mais il continue à faire des actes de médecine générale. Il a remplacé le médecin lors de notre visite annuelle au travail. C'est lui qui m'a conseillé le yoga… »

- « Mais après ça, comment vous vous êtes revus ? »

- « Il prend aussi des cours de yoga… Il m'avait recommandé ce centre. »

- « Ben tiens… » L'ironie était aussi palpable qu'il faisait chaud dans cette pièce minuscule.

- « Bon, ça suffit maintenant ! » pesta Keiko. Le son de sa voix montrait qu'elle commençait à perdre patience.

- « Mais depuis combien de temps vous… ? » Kojirô laissa sa phrase en suspens. Soudainement il ne pouvait plus parler.

- « Nous avons tout de suite sympathisé. Nous sommes devenus amis très rapidement, mais nous ne nous sommes… rapprochés que depuis… oh l'année dernière peut-être. »

- « Mais Maman, cela ne fait qu'un an que… »

- « Je le réalise aussi mais … Nous avons commencé par discuter après les cours et - »

- « Mais même si vous vous voyez au yoga, cela ne fait que deux heures par semaine ! D'ici au mariage… »

- « - puis il a commencé à m'inviter pour le midi, » continua Keiko comme s'il ne l'avait pas interrompue, « en prétextant qu'il se trouvait dans le coin mais qu'il ne connaissait personne… ». La voix de sa mère devenait rêveuse… et elle semblait si heureuse. Kojirô fronça les sourcils.

- « Mais pour le mariage ? »

- « Il m'a posé la question il y a deux semaines. Nous avons passé beaucoup de temps à discuter pour savoir si c'était une bonne idée. Pour savoir ce qui était le mieux pour nos deux familles. Enfin nous nous plaisons vraiment ! »


Le silence retomba entre la mère et le fils

- « Il est au courant pour Mam, Tak et Natsuko ? »

- « Bien sûr ! Il est même plutôt content d'avoir une grande famille. Oh Kojirô, je suis certaine qu'il s'entendra bien avec eux. Sa fille est si adorable et… »

- « Pffffff ! » Kojirô recracha son Coca encore une fois, mais cette fois, par les trous de nez.

- « Une fille ? » croassa-t-il. « Depuis quand ? »

- « À peu près quinze ans ! » Sa mère lui tapota le dos. « Quand vas-tu arrêter de m'interrompre ? Ce n'est pas facile pour moi non plus ! Je pensais que tu te comporterais autrement ! Et arrête de faire la fontaine, tu vas abîmer le tapis. » Keiko le grondait et pour marquer ses dires, lui envoya une tape plus forte que les autres, au point que Kojirô en eu le souffle coupé.

- « D'accord, c'est bon, vas-y, j'écoute. » réussit-il à articuler.

- « Il s'est marié quand il était très jeune mais cela n'a pas marché. Sa femme l'a quitté après deux ans de mariage, en lui laissant un tout jeune bébé. Il s'est très bien débrouillé pour un père célibataire. Sa fille est très bien élevée. »

- « Comment tu la connais, en fait ? » reprocha Kojirô.

- « Heu… je l'ai rencontrée cet été. » Keiko avait rosi, et sous le regard inquisiteur de son fils s'empourpra de plus belle. « Avec les petits chez ma sœur et toi au camp d'entraînement, j'étais un peu seule… Et il m'a invitée chez lui pour dîner. Elle était très timide au début mais si mignonne. C'est là que nous nous sommes rendu compte que peut-être nous pourrions… enfin… faire des plans pour l'avenir. »


Encore une fois le silence s'installa. Keiko lançait des regards par en dessous à son fils. Kojirô lui tournait et retournait son verre – maintenant vide – entre ses doigts en essayant de mettre de l'ordre dans ses idées. Il était en colère mais ne savait pas trop pourquoi.

Ma mère… veut se remarier. Ma mère est amoureuse… Ma MÈRE a rencontré un HOMME – beeeurrk ne pas penser à ça beeeeurk ! Ma mère est amoureuse… Elle a l'air d'être heureuse.

- « Il ne t'a pas donné de bague. » remarqua-t-il soudain.

- « Non, il a pensé que ce n'est pas encore approprié. » Keiko fit tourner ses alliances autour de son annulaire. « Il veut d'abord que tout soit clair avant. Il veut l'approbation de ma famille. » fit-elle en regardant cette fois Kojirô droit dans les yeux. Ce dernier ne put s'empêcher de lancer un coup d'œil à la photo de son père qui était posée sur la petite table près du téléphone. Ma mère aime un autre homme. Est-ce qu'elle l'a oublié ? Cela fait si longtemps qu'il est mort maintenant. Mamoru s'en souvient à peine... Quant à Takeru, il ne l'a jamais connu, quand on y réfléchit.

- « Kojirô, » appela sa mère d'une voix douce. « Kojirô, tu sais…Je n'ai pas oublié ton père. » reprit-elle. « Je l'aimerai toujours. Shôta est au courant. Il sait que j'ai perdu mon mari et le père de mes quatre enfants. Il respecte ça. Il… il ne veut pas le remplacer mais… »

- « Je comprends, Maman. Cela ne doit pas être facile pour toi… »

- « De toute façon, notre amour est différent. Tous deux, nous avons été mariés, et avons vécu une passion. Notre relation est plus… mature. Nous nous aimons comme des adultes. »

- « Mais il y a toujours de la passion, hein ? »

- « Mais oui ! J'espère que tu sais que je n'envisagerai pas de sortir avec quelqu'un pour qui je n'ai pas de sentiments ! »

- « En fait, il est d'accord pour t'épouser, sachant que tu as quatre gamins ? » réalisa soudainement Kojirô.

- « Hé oui ! » sourit Keiko. « Il voudrait les rencontrer au plus vite, bien sûr. »

- « Il doit être malade… T'es sûre de toi ? »

- « Certaine. »

- « Humpf. »

- « …. »

- « Humpf. »

- « Dois-je prendre ça pour un oui ? »

- « Humpf. »

- « J'espère que tu seras plus parlant quand tu le rencontreras. »

- « Humpf. »

- « Kojirô, je peux compter sur toi ? »

- « Humpf. »

- « Kojirô ! » insista sa mère.

- « Comment s'appelle-t-il ? » coupa-t-il. Ce n'était peut-être pas la meilleure des questions, ni la plus urgente, mais c'était la seule à peu près cohérente qu'il arriva à formuler à ce moment précis.

- « Hase, Shôta Hase. » Keiko répondit calmement, réellement consciente du trouble qui agitait son fils. Mais, toute bonne mère qu'elle était, elle ne savait pas quoi dire ou faire pour aider cette pilule-ci à passer. Alors, elle laissait les choses venir.

- « Tu prendrais son nom ? »

- « Je n'y ai pas pensé. Peut-être. »

- « Et les crapauds ? »

- « Non. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Et ne les appelle pas « crapauds » ! » sermonna-t-elle en lui donnant une tape sur la main.

- « Aïe ! »

- « Bien fait ! »

- « … »

- « Ça va aller ? »

- « Ce n'était qu'une tape, Maman… »

- « Pas ça, gros bêta ! »

- « Il me faut un peu de temps pour réaliser tout ça. »

- « Bien sûr mon chéri. Je comprends. »

- « Bon ben, je vais me coucher. »


Kojirô ramassa ses livres et ses feuilles, réalisant alors qu'il avait été chanceux de ne pas avoir renversé de soda sur ses devoirs. Il ne pourrait plus se concentrer ce soir, alors autant appeler ça la fin de la soirée et en rester là. Il passa par la salle de bains pour se laver les dents puis se glissa dans sa chambre. Il fut frappé par la chaleur qui y régnait. Fenêtre ouverte ou pas, l'air était lourd. Il envisagea de prendre une douche et laissa tomber l'idée il aurait tout aussi chaud dans une heure. Il se déshabilla et ne garda que son caleçon. Son tee-shirt tomba avec un flop mouillé au sol où Kojirô le poussa du pied vers un coin de la chambre. Il tira dans son pantalon qui alla heurter le mur opposé avant de retomber dans son panier à linge.

- « Il tire eeeet il marque ! Goooooal. » Son ton de voix dénotait à quel point il manquait de motivation...

Kojirô s'étendit sur son lit et martela son oreiller pour trouver une position agréable… ce qui le calma un peu. Il resta là, sans bouger, attendant le sommeil. La lumière venant de la rue vint perturber ses plans lorsqu'elle s'infiltra par la fenêtre pour venir poser des reflets sur son plafond. Le joueur grogna. Il voulait du noir, pour dormir, ne plus penser. Il essaya bien d'atteindre la corde pour baisser le store depuis son lit, étirant son long corps, en prenant appui sur son coude. Ses cheveux virent se coller à son visage et il sentit les gouttes de sueur glisser le long de son dos. Il contracta ses abdominaux encore un peu plus et ses doigts effleurèrent la corde… qui se déplaça d'un centimètre quand un coup de vent vint enfin par la fenêtre. Avec un grommellement, il se retourna et reprit sa recherche pour cette maudite corde. Une fois en appui sur son genou, il put étirer son bras, se saisit du bout de corde et tira d'un coup sec.

- « Tout va mal ce soir ! » marmonna-t-il entre ses dents avant de se recoucher avec un bâillement.

o.O.o