o.O.o

Première publication : 29 Octobre 2007

Révision : 01 Décembre 2007

Révision : février 2008

Révision: janv-février 2011 & 2015

o.O.o

Chapitre 3 – Pluie du matin n'arrête pas le pèlerin

Kojirô se réveilla en retard ce matin. Il avait oublié de brancher son réveil en se couchant, tellement il avait autre chose à l'esprit. Heureusement, une voiture klaxonna furieusement quelque part dans la rue et il se redressa en sursautant. Il avait très mal dormi et il se sentait raide, courbaturé. En jurant et en se cognant contre son lit, Kojirô s'habilla rapidement. Il avait déjà préparé son uniforme et ses affaires de foot hier, mais il avait besoin d'un tee-shirt pour faire sa tournée de distribution de journal. Il ouvrit son tiroir d'un geste presque violent, et le trouva à sa grande déception, vide. Avec un soupir résigné, il ramassa le vêtement qu'il avait porté hier. Tant pis pour Madame Hygiène. Il sortit de la chambre en coup de vent et eut le temps de voir sa mère émerger de la cuisine, surprise :

- « Kojirô, tu n'es pas encore par- ? »

Il n'entendit pas la suite. Il avait claqué la porte derrière lui, dévalé les trois étages de son immeuble et remonté la rue en sprintant. Il arriva au poste de distribution avec tout juste dix minutes de retard.

- « Ah, Kojirô-kun, je me demandais où tu étais. » badina le responsable du centre. « Tu n'es jamais en retard. »

Le jeune homme se contenta de grogner et arracha presque le sac des mains de son patron. Plié en deux, il cherchait son second souffle. Avec un coup de rein, il repartit en courant, cette fois avec son éternel ballon de foot aux pieds. Il profitait de son premier petit boulot de distribution de journaux à domicile pour s'entraîner. Rapidement il récupéra son rythme et finit sa tournée presque à l'heure. Presque...

- « Ben voilà, pourquoi tant de hâte ? » demande son patron surpris, quand il se prit en pleine tête le sac vide que Kojirô lui lança.

- « Cours… retard… » cria Kojirô en retour en s'éloignant déjà.


Il accéléra le pas et arriva à battre son record personnel. Il s'engouffra dans le vestiaire du club de football, ouvrit son casier de toutes ses forces et entreprit de vider son sac de sport dedans. Puis il se précipita dans les douches. Techniquement, il n'aurait pas dû utiliser le vestiaire pour son usage personnel, mais l'entraîneur fermait les yeux, car bientôt, il y aurait entraînement le matin, donc douche avant les cours... Alors, un peu plus, un peu moins.

Kojirô était donc dans la douche quand Ken entra à son tour, pour déposer son sac de sport. Le gardien de but était de bonne humeur ce matin et allait saluer son capitaine quand celui-lui se jeta sur lui, dans sa hâte de rattraper le temps perdu. Mais l'avant-centre perdit son équilibre en dérapant dans une flaque d'eau et glissa sans pouvoir contrôler sa trajectoire vers Ken.

BOUM !

Il entra en collision avec le karatéka, le banc derrière eux et la poubelle – vide par chance – dans le coin.

- « Bonjour à toi aussi, Kojirô ! Je savais que j'allais te manquer, mais là ! » plaisanta Ken en bourrant son meilleur ami de coups de poings. « Tu es lourd et mouillé, pousse toi ! »

Ken étant un karatéka de haut niveau, ses coups portaient et faisaient mal. Kojirô grimaça et allait riposter quand sa serviette, drapée autour de ses reins, se détacha. Il se prit les pieds dedans et fit une superbe pirouette avant de retomber à terre avec un lourd claquement.

- « Ouf, ça a dû faire mal. » remarqua Ken en tendant une main charitable vers Kojirô pour l'aider à se redresser. Ce dernier se contenta de se masser les fesses en grognant. Puis il se souvint du pourquoi de sa glissade.

- « Ken ! » aboya-t-il presque en le saisissant par le col de sa chemise. « File-moi ton anglais et ton japonais. Maintenant ! »

- « Mais oui, mon amour. » se moqua l'intéressé, qui était en fait totalement habitué à la brusquerie de son camarade.

- « Ah oui ? » railla Kojirô en retour. Il profita du fait que Ken se détourna pour lui faucher les pieds en un coup de jambe.

Le gardien de but fut déstabilisé et agita les bras comme un moulin à vent pour reprendre son équilibre. Il se rétablit en posant une main sur le banc mais l'autre agrippa la serviette que Kojirô venait de renouer autour de sa taille.

C'est à ce moment que leur entraîneur, Makoto Kitazume, entra. Il contempla la scène sans mot dire à travers ses lunettes fumées, avant de se détourner pour entrer dans la réserve à matériel. Les deux joueurs, penauds et mal à l'aise sous ce regard moqueur et désabusé, se dépêchèrent de faire ce qu'ils avaient à faire. Kojirô se changea, roula en boula son tee-shirt et ses chaussettes et les jeta au fond de son casier tandis que Ken redressait le banc et la poubelle. Puis ils s'éclipsèrent par la porte qu'ils refermèrent doucement derrière eux, ne voulant pas attirer encore une fois l'attention de leur entraîneur. Cependant, une fois dans la cour, ils recommencèrent à chahuter en se bagarrant à coups de sacs.


Une fois dans la classe, Ken laissa Kojirô copier son anglais et lui donna l'intitulé de la question de japonais manquante. Malheureusement, la cloche sonnait déjà et Kojirô se dépêcha de griffonner une réponse avant l'arrivée du premier professeur. Il voulait relire ses notes au cas où le professeur l'interrogerait.

- « Sois en retard, sois en retard, soit en retard » priait-il tout bas. « Pour une fois, fais-moi plaisir. »

Mais le professeur de sciences sociales n'était jamais en retard. Il arriva d'un pas alerte et commençait déjà l'appel. À peine fini, il sorti un paquet de feuilles de son sac.

- « Interrogation surprise de géographie. La carte de l'Europe ! »

- « Noon ce n'est pas juste ! »

- « On vient juste de finir ce chapitre ! »

- « Pas si tôt le matin, mon cerveau dort encore ! »

Les rires provoqués par cette remarque anonyme se mêlèrent aux protestations de la classe. Cependant, le professeur fit la sourde oreille et passa les copies.

- « Je veux les noms de pays, les capitales et villes principales, ainsi que les points de relief les plus importants : montagne, mer, fleuve etc. Vous avez 30 minutes. »

Kojirô ferma les yeux très fort et tenta de se souvenir de la carte dans son livre. Il l'avait vue hier en cherchant ses notes d'économies.

Pourquoi est-ce que mes notes d'économie étaient dans mon livre de géographie ? Parce que j'ai prêté mon livre d'économie à Sorimachi et qu'il ne me l'a pas rendu. Il faudra que je le lui demande. Mais qu'est-ce que je fous ?

Le jeune homme rouvrit les yeux. Il avait somnolé pendant dix bonnes minutes ! Il s'empara de la feuille devant lui, la retourna et commença à la remplir. Une bonne chose qu'il eût une bonne mémoire !


Maintenant qu'il était réveillé pour de bon, Kojirô réalisa qu'il n'avait pas encore eu de petit-déjeuner. Il n'en suffit pas plus pour que son estomac se réveillât lui aussi et fît un bruit sonore qui porta très bien dans la salle silencieuse. Tous se retournèrent vers lui, et le professeur rappela la classe à l'ordre en tapant sur le bureau. Les têtes se retournèrent vers les copies, mais les rires continuèrent à chaque fois que l'estomac de Kojirô se manifestait.

- « Je vois que Hyûga-kun a encore trouvé un moyen de se faire remarquer » ricana le professeur.

Kojirô serra les dents et continua à remplir sa feuille.

Mince va te faire cuire un œuf chez les Grecs. Ah j'ai oublié la Grèce - Athènes, puis c'est la mer Noire avec la Turquie – Ankara – et la Macédoine. Hummm, macédoine de légumes. Nooooon ! Ne pas penser à de la nourriture.

- « Hyûga-kun, pourriez-vous ramasser les copies ? Étant donné que vous aimez vous mettre en fond de classe, cela devrait être facile pour vous. Au moins, vous nous serez utile. »

Kojirô serra les dents encore plus et remonta l'allée de bureau vers le professeur en récupérant les copies. Il tendit le paquet au professeur.

- « Puisque vous êtes déjà debout, faites-nous une faveur et allez vous acheter un repas. Nous ne pourrons pas travailler si vous faites trop de bruit. »

La remarque surprit Kojirô mais il sauta sur l'occasion. Calmement, il hocha la tête en direction du professeur, se glissa dans le couloir et ferma la porte de la classe derrière lui. Une fois dans le couloir, il s'élança vers les escaliers qu'il descendit quatre à quatre, traversa la cour et se précipita vers la cantine où il acheta trois friands à la viande. Il avait déjà engloutit le premier avant même de sortir de la pièce et il s'apprêtait à mordre dans son deuxième quand PLOCH ! une goutte d'eau s'écrasa sur son nez. Partout dans la cour, les rares élèves couraient se mettre à l'abri. La pluie si attendue était enfin arrivée. Peut-être qu'ils allaient enfin vivre, si cette satané chaleur s'en allait... Le temps que Kojirô remontât vers la classe et finît ses deux friands, la pluie martelait les fenêtres en un bruit sourd. Puis il grogna : il venait de dépenser tout son argent et n'avait rien gardé pour le repas de midi !

- « Je sens que cette journée va être vraiment pourrie ! »


Conforme à ses propres prédictions, Kojirô eut une très mauvaise journée. Même à deux cerveaux réunis, Ken et lui ne totalisèrent qu'un tout petit score de 39 points en anglais. Le professeur leur donna encore plus de travail. Comme il s'y attendait, la professeur de japonais n'apprécia pas la tache de riz et lui enleva d'office 5 points. En cours de maths, il se rendit compte qu'il n'avait pas fini ses exercices la veille et, puisque c'était sa journée pourrie à lui, il fut interrogé et dut passer le reste du cours au tableau à répondre à chaque question en guise de punition. Lorsque la cloche sonna la fin des cours, la pluie avait redoublé d'intensité et la pelouse du stade était impraticable. Du coup, toute l'équipe se vit enfermée à double tour dans la salle multimédia par un entraîneur décidé à revoir les matchs de la saison précédente pour améliorer leurs performances. Bien que ses amis eussent partagé leur bento avec lui, l'estomac de Kojirô ne s'était pas calmé – n'ayant pris ni petit-déjeuner ni déjeuner digne de son nom. Il endura encore les railleries de la part de l'entraîneur et se fit les dents sur trois barres de céréales.

À la sortie des cours, la rumeur que le professeur de sciences sociales avait interrompu ses cours pour permettre à Kojirô d'aller manger avait fait le tour du lycée et il traversa les couloirs sous les commentaires et quolibets des troisièmes années. Ils avaient encore du mal à accepter que Kojirô, élève de première année, eût été nommé capitaine – titre qui revenait traditionnellement à un des membres de dernière année. Ses prouesses physiques, sa force de caractère et le fait qu'il avait mené cet été l'équipe à la victoire au tournoi des lycées sans jamais perdre un match avaient fait taire la plupart des jalousies. Mais les rancunes étaient tenaces. Cependant, le buteur était buté, et refusait de céder à la tentation de répliquer, même si cela mettait le peu de patience qu'il avait à rude épreuve... Et aujourd'hui, cela ne fit que renforcer sa mauvaise humeur.

La pluie avait à peine faibli quand Kojirô arriva au Café Ishiin, il était trempé de la tête aux pieds. Pour redoubler de malchance, son patron lui demanda de rentrer les casiers de bouteilles qui venaient d'être livrés; aussi passa-t-il le reste de l'après-midi à soulever des poids sous des trombes d'eau. Seule consolation à son malheur, il trouva un habitué du café qui accepta de le prendre en voiture pour le raccompagner chez lui. Il dut cependant endurer le flot constant de paroles du conducteur, ainsi que l'horrible odeur de tabac froid qui régnait dans le véhicule. Une fois chez lui, il eut juste le temps de prendre une bonne douche chaude avant d'avaler son repas et de s'attabler à la montagne de devoirs qui l'attendait. Une journée pourrie, mais pas si différente des autres...

Avant même qu'il le remarquât, la semaine s'était envolée, les jours tous aussi désastreux les uns après les autres. Le week-end ne calma pas les choses; entre entraînements, jobs à mi-temps et devoirs, il n'avait pas le temps de penser. Il se couchait tous les soirs fatigué jusqu'à la moelle et se réveillait presque tout autant éreinté…

Aussi fut-il pris de court lorsque sa mère lui demanda, la semaine d'après, s'il avait eut le temps de repenser à leur discussion de l'autre jour. Il n'avait pas vraiment approfondi le sujet, car à chaque fois que le souvenir de sa promesse lui revenait, il repoussait l'échéance, voulant le faire à tête reposée. Mais cela continuait à le titiller, un peu comme on ne pouvait pas s'empêcher de titiller une dent qui vous faisait mal.

- « Euh oui…. En fait… je… » Kojirô se sentit coupable devant le visage assombri de sa mère. « En fait, je pensais qu'il fallait que je le rencontre, pour me faire une idée, tu vois. » lança-t-il avant même de savoir ce qu'il disait.

- « Vraiment !? J'espérais que tu dirais quelque chose du genre. » Le visage de sa mère s'éclaira d'un grand sourire.

- « Ben ouais. Mais je ne promets rien. » fit-il sachant qu'il était déjà trop tard. Accepter de rencontrer ce Shôta Hase était déjà reconnaître un quelconque intérêt à cette histoire. Il ne pouvait plus reculer et à moins que le gars fût un crétin de première classe, Kojirô ne voyait pas ce qu'il pouvait faire.

- « Que dirais-tu de déjeuner tous les trois ensemble samedi ? Tu n'as pas d'entraînement ? Es-tu libre ? »

- « Euh oui, non, sûrement. Je veux dire que oui, samedi devrait être bon. Mais pour les crapauds ? » demanda-t-il. C'était là son dernier espoir de repousser le rendez-vous.

- « Oh, ils vont à un spectacle de rue avec leur école ! »

- « Je vois tu avais tout prévu…. » fit-il dépité.

- « Allons, fais bon cœur contre mauvaise fortune. Tu ne peux pas gagner à tous les coups …. »

- « Mais c'est de la triche ! »

- « ''Tous les coups sont permis'' c'est bien ce que tu dis tout le temps, non ? »

- « Mais je parlais du foot ! »

- « Le foot et l'amour, c'est la même chose. Je ne perdrai pas ce match. »

- « Tu ne peux pas faire ça. » Pour un peu, il en bouderait.

- « Bien sûr que je peux. Prends-en de la graine ! »

- « Pourquoi faire ? »

- « En amour. Il serait temps que tu te trouves une copine. »

- « Maman ! »

- « Quoi ? »

- « …. Je vais me coucher. »

- « Bonne nuit petit tigre ! »

- « Petit tigre ? »

- « ''On n'apprend pas aux vieux singes à faire des grimaces''. » répondit la mère d'un ton exagérément docte.

- « Quooooi ? »

- « Juste que tu ne peux pas me surprendre. Après tout, il faut bien une tigresse pour faire un tigre. »

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