Note 1 : Quelqu'un veut-il bien vérifier pour moi si les noms des membres de la famille Hyûga sont donnés quelque part dans les 55 volumes de « J'ai lu » ? Surtout les frères et sœur.

Note 2 : le style SMS de ce chapitre est fait en toute conscience mais est exceptionnel.

o.O.o

Remerciements

Pour mes deux premiers commentaires (autres que ceux de A et L qui doivent maintenant se sentir obligées d'en laisser gnakgnakgnak ( ceci est un rire sadique))

Kiito – sur – J'espère être à la hauteur de ses espérances.

Thokyo – sur fanfic-fr – Allez la vie n'est pas si mal. Dis-toi que les règles n'existent que pour être cassées…

Sur ce, bonne lecture

o.O.o

Révision : février 2008

Révision: janv-février 2011 & 2015

Chapitre 4 - Chacun est l'artisan de sa fortune

Le samedi fatidique arriva bien plus vite que Kojirô ne l'aurait voulu. En même temps, il lui sembla que le temps se traînait. Alors qu'il n'avait pas eu une seconde pour penser la semaine dernière tant il avait à faire, il se retrouvait avec plus de temps libre qu'il ne le souhaitait. À chaque fois qu'il se retrouvait seul, il commençait à imager ce qu'il allait peut-être se passer. Ce qu'il allait dire. Ce que ce Hase allait dire. Cela le rendait fou…

Il aurait accueilli tout interrogation surprise, compte-rendu, rapport ou travail de groupe avec un quelque chose qui se rapprochait presque de la joie – presque, parce qu'il ne fallait pas non plus pousser - mais non ! Les enseignants n'en faisaient qu'à leur tête et ne les submergeaient plus de devoirs. Le professeur de sciences sociales dut s'incliner devant les honorables soixante-dix-huit points marqués par sa carte d'Europe. Le professeur d'anglais se trouva satisfait quand Ken et lui arrivèrent au score de cinquante-cinq, et la professeur de japonais félicita un Kojirô étonné pour la qualité de son devoir devant toute la classe. Elle déplora d'avoir eu à retenir cinq points pour la propreté, l'empêchant ainsi de passer la barre des quatre-vingt dix puisqu'il ne marquait « que » quatre-vingt-huit points. Au moins avait-il réussi à enterrer définitivement la hache de guerre avec elle.

Il essaya de compenser le manque d'effort intellectuel par l'effort physique mais même Kitazume avait relâché l'intensité des entraînements maintenant que la saison de foot rentrait dans le creux de la vague. Kojirô se rabattit alors sur ses petits boulots. À la fin de la semaine, il avait rangé nettoyé et organisé chaque centimètre carré de l'arrière boutique du café Ishiin, et débarrassé l'entrepôt de la supérette 24/7 de tous les rebuts qui traînaient là depuis qu'il avait été embauché. Il avait même poussé l'effort jusqu'à faire le tri écologique et les bennes vertes débordantes se trouvaient maintenant sur le trottoir, prêtes à être ramassées pour peut-être la première fois de leur vie ! Aussi réussit-il enfin à s'endormir sans avoir à se retourner cent fois dans son lit quand vint le vendredi soir…


- « Kojirô Nii-san ! »

- « … »

- « Kojirô ! » répéta la voix, insistante.

- « Hum ? Kekigna keskecé ? » grommela-t-il en essayant d'ouvrir les yeux et de se débarrasser de Mamoru qui le secouait – en fait le bourrait de coups de poings. Il n'avait que neuf ans mais assis à cheval sur lui, il pesait son poids, le crapaud !

- « Tabina-san est là. »

- « On va aller au parc ! » fit la voix de Takeru.

- « D'accord, attends une seconde, je me lève… »

- « Mais on ne veut pas être en retard pour le parc ! » se plaignit Takeru

- « Pourquoi en retard ? » Kojirô s'étira et entreprit de se sortir du lit.

- « Il est déjà onze heures. »

- « Et Maman a dit que tu ne devais pas être en retard. » rajouta Natsuko depuis le pas de la porte.

- « Mais… mais… QUOI ! »

Kojirô se redressa d'un bond, empoignant son petit frère par la taille et le portant sous son bras comme un sac de patates. Le petit garçon se tortilla et martela le dos de son aîné avec ses poings rageurs.

- « Lâche-moi ! »

- « Tu veux bien masser un peu plus bas ? » plaisanta Kojirô en se faufilant par sa porte « grande ouverte ». De son bras libre, il se mit à chatouiller la plante des pieds de son frère qui immédiatement se mit à hurler de rire.

- « Bonjour Tabina-san. », salua-t-il. « Je vous remercie d'emmener mes monstres au parc. ».

-« Je t'en prie, j'emmène les miens. » fit sa voisine en désignant ses deux jeunes enfants qui se tenaient dans le couloir en grande conversation Pokemon avec Takeru. « Autant faire élevage. »

Il se débarrassa de son sac de patates gesticulant et bruyant, sourit à sa sœur et ébouriffa les cheveux déjà en bataille de son plus petit frère avant de les accompagner vers la sortie. Une fois seul, il se précipita sur le téléphone.

- « Bonjour, - »

- « Maman, c'est moi ! » coupa-t-il.

- « Kojirô ? Tout va bien ? » s'inquiéta tout de suite sa mère. Jamais il n'appelait, sauf en cas d'urgence.

- « C'est juste que je serai en retard et… »

- « Mais comment as-tu réussi ton coup ! » gronda-t-elle. « Aujourd'hui de tous les jours ! »

- « J'ai eu une panne de réveil. Bon, je vous retrouve au resto, je ne devrais pas être trop en retard. »

- « Tu es sacré numéro toi ! » continua sa mère.

- « Maman, je suis déjà en retard, à plus. »

Et il raccrocha.

Un sprint dans la douche, une recherche intensive dans sa chambre pour un tee-shirt propre ET repassé ET présentable plus tard, il sortait de son appartement en flèche, dégringolait les trois étages cinq à cinq et fonçait vers la bouche de métro la plus proche. Il grommela entre ses dents pendant tout le trajet, vérifiant encore et encore le nombre d'arrêts restants. Pourtant, il connaissait le chemin par cœur ! Sa mère avait réservé une table pour trois dans un petit restaurant près de son bureau qu'il connaissait bien. Elle devait avoir pensé que Kojirô se sentirait plus en confiance que dans un grand restaurant ou un endroit avec lequel il n'était pas familier.

En raccrochant, Keiko soupira. Elle jouait gros : toute idée de futur possible avec Shôta reposait sur la décision de Kojirô. Si, quelque fût le motif, le courant ne passait pas entre les deux « hommes de la famille », elle savait qu'elle devrait renoncer à sa relation amoureuse. Elle ne pourrait pas faire passer sa famille en second.


Dans les faits, Kojirô n'avait que vingt minutes de retard quand il déboucha dans la rue qui menait au restaurant. Il s'arrêta pour reprendre son souffle et remettre de l'ordre dans sa tenue. Il ne voulait pas spécialement faire bonne impression, mais il savait que sa mère comptait sur lui. Et bon fils aimant, il s'était exécuté, avec moult grognements. Cela expliquait pourquoi, malgré son retard, il s'était rasé de près, et avait été jusqu'à utiliser un peu d'eau de toilette que sa mère lui avait offert pour son anniversaire le mois dernier. Il n'avait pas encore osé s'en servir, sachant déjà les réactions auxquelles il aurait droit s'il se pointait au lycée en sentant l'after-shave. Il se passa une main dans les cheveux une dernière fois dans l'espoir vain de les discipliner un peu, respira un grand coup et entra dans le restaurant.

Il eut un moment de panique. Il ne voyait pas sa mère ! Ce n'est pas vrai, je me suis trompé de restaurant ? Mais quel imbécile ! Il allait faire demi-tour quand il l'aperçut, installée à une table dans une alcôve en retrait. Soulagé, il se dirigea vers elle. Il s'apprêtait à faire une remarque sur ce qu'il venait de lui arriver quand il vit que la silhouette qui lui avait bloqué la vue auparavant était en fait attablée avec Keiko.

- « Kojirô, par ici », appelait cette dernière en agitant la main.

- « Ah, voilà donc le fameux fils ! »

Bon voilà le fameux fiancé ! Kojirô secoua la tête : quelle idée ! Beeeeurk.

En plus il venait de rater ce que Hase venait de lui dire. Pour faire « comme si », il hocha de la tête. Shôta Hase s'était levé pour serrer la main de Kojirô et celui-ci lui rendit sa poignée de main en essayant de ne pas trop dévisager le nouveau venu.

Il a une poignée de main ferme. Un bon point. Je déteste les gens aux mains molles. Mais il est plus grand que moi !

Kojirô, du haut de son un mètre quatre-vingt, était habitué à être plus grand que tout le monde. Il n'y avait que Ken qui le dépassait de quelques centimètres. Mais voilà, Shôta Hase devait faire dans les cent quatre-vingt-dix centimètres et avait un sourire chaleureux qui plus était. Avec les épaules fermes et le dos droit, et même si un léger bourrelet stomacal se dessinait du côté de la ceinture, il était plutôt musclé pour un homme de son âge. Trente sept ans, ce n'est pas si vieux… Il avait la carnation caractéristique des orientaux et légèrement bronzée. Ce qui surprenait le plus chez lui était ses cheveux châtain foncés et ses yeux marrons.

- «Vous, vous n'êtes pas 100% japonais vous ! » fit le lycéen d'un ton presque accusateur en une attitude 100% kojirôesque.

- « Voyons Kojirô ! » lui reprocha sa mère en rougissant. Le buteur se sentit rougir en retour et se maudit intérieurement. Au temps pour la bonne impression !

- « Non, ça ira, il n'est pas le premier à me le dire. » fit Hase avec un grand sourire qui dévoila des dents blanches et carrées. « En fait, mon père était américain. Il était dans la Navy pendant la Deuxième Guerre, et s'est retrouvé posté au Japon. »

- « Et il est tombé amoureux d'une de nos geishas nationales. » finit Kojirô

- « Exactement ! Quoique je te conseille de ne pas appeler ma mère ''geisha'' à moins que tu ne coures vite… » plaisanta le Hase.

- « Ou qu'elle ne m'entende pas. »

- « Bah, je suis prêt à parier qu'elle sait lire les pensées. Les miennes en tout cas. » sourit de nouveau le Hase. « En tout cas, j'ai hérité des cheveux et des yeux de mon père, ainsi que sa tendance à ronfler. »

Kojirô s'était assis et avait déplié sa serviette. Il avait noté le sourire de sa mère. Keiko était assez contente de la tournure des événements. Son fils semblait ouvert à la discussion. Enfin, autant que Kojirô pût être ouvert à quoi que ce fût, et encore plus dans la situation actuelle.


Comme toute bonne mère, Keiko s'inquiétait pour ses enfants. Son aîné, en apparence, ne lui avait jamais donné de souci. Mais elle n'avait jamais pu percer cette carapace dont il s'était protégé depuis la mort de son père. Certes, elle lui était reconnaissante pour son support financier et son attitude vis-à-vis de ses frères et sœur, mais elle aurait aimé le voir s'amuser comme tout adolescent. Même si cela devait passer par les défilés de filles, les mauvaises notes, les bagarres, les cris ou les larmes. Mais non, Kojirô était une forte tête, solitaire et décidé à ne pas vivre sa vie pour lui-même. Au fil du temps, il était devenu secret. Du coup, professeurs et adultes le considéraient renfermé, buté, difficile de caractère - ce en quoi ils n'avaient pas tout à fait tort, mais pas du tout raison.

Elle avait donc un peu redouté de le voir repousser Shôta directement.

Keiko, Shôta et Kojirô comblèrent les premières minutes de conversation en commentant le menu en choisissant leurs plats. Une fois leur commande passée, Keiko orienta la conversation vers les anecdotes de travail. Shôta les régala avec les dessous de l'hôpital où il travaillait. Kojirô semblait détendu, souriait aux bons mots à défaut de rire et participait à l'échange par autre chose que des grognements aussi en profita-t-elle pour s'éclipser en prétextant un repoudrage de nez. Cependant, le silence tomba sur la table peu après son départ. Kojirô regardait par la fenêtre les passants dans la rue et entendit Shôta pousser un gros soupir. Nous y voilà…

- « Kojirô-kun ? Arrêtons de tourner autour du pot. » Le jeune homme se redressa sur sa chaise et fixa Hase du regard. Yeux marrons ne cillèrent pas devant yeux noirs. « Je vais être sincère. Je pense que tu es assez grand pour que je te parle comme à un adulte. » Kojirô se contenta d'acquiescer. « J'aime ta mère. Réellement. » continua-t-il. « Pour ce qu'elle est. Et ce qu'elle est, c'est une veuve mère de quatre enfants, dont trois plutôt jeunes. Je suis bien au courant de votre situation et je l'accepte. Si elle ne vous avait pas, si elle ne vous aimait pas comme elle vous aime, elle ne serait pas elle. Et peut-être que je ne serais pas ici à te parler. »

Shôta s'interrompit le temps de boire un peu d'eau.

- « Toi et tes frères faites partie de sa vie. Je ne peux pas lui demander de choisir entre vous et moi. Cela lui briserait le cœur, et le mien en passant. Donc je ne lui demande pas. J'ai décidé d'entrer dans votre vie. Je pense que Keiko t'a dit que j'avais moi-même été marié une fois. »

- « Elle l'a mentionné, oui. »

- « Je suis divorcé depuis de très longues années. Pour être tout à fait franc, j'ai eu depuis quelques relations, mais rien d'aussi sérieux qu'avec Keiko. C'est la seule à qui j'ai proposé le mariage. Si je te dis tout ça, c'est pour que tu comprennes que je suis sérieux quand je dis que je veux rentrer dans votre vie. »

- « Mais… ? » avança Kojirô

- « Mais je ne suis pas et je serais pas votre père. Vous avez un père. Oui, il est mort, mais il reste votre père. Je ne veux pas le remplacer. Je ne pourrais pas. »

Kojirô le regarda un peu étonné. Mais qu'est-ce qu'il veut dire ? Bien sûr qu'il ne sera pas notre père !

- « Ta mère a toujours – et aura toujours – des sentiments pour votre père. Je respecte cela. Je ne veux pas prendre sa place comme père, mais si nous nous marrions, je serai le père de famille. Je serai responsable de vous. Et pas seulement financièrement. Je veux parler responsable moralement. Je veux être partie prenante dans votre éducation et votre vie. »

- « Mais est-ce que vous pouvez déjà prendre soin de nous financièrement ? » rétorqua Kojirô

- « Je suis chirurgien. Neurochirurgien pour être précis. C'est une spécialité poussée. Je travaille dans un hôpital privé et je donne aussi des cours dans de nombreuses universités de médecine. Je ne suis pas millionnaire, mais je sais que je peux assumer une famille de sept. »

Sept ? Ah oui, sa fille !

- « Plusieurs de mes amis et collègues ont des familles recomposées, et toutes les expériences n'ont pas été des réussites. J'ai appris à travers eux. Si un re-mariage échoue, c'est parce que les enfants n'acceptent pas le nouveau conjoint. Et je ne veux pas payer pour un môme qui me jettera un jour dans la face ''tu n'es pas mon père de toute façon'' quand je discuterai avec lui. Ou elle. »

- « Donc vous voulez l'autorité parentale. » conclut Kojirô

- « Il le faut bien. Sinon je ne serais qu'un étranger dans votre famille. Pas plus qu'un chien. »

- « Et encore, le chien, nous l'aurions choisi. » concéda le jeune homme avec un rien d'ironie acide.

- « Je vois que tu comprends la situation. Donc ma question est : ''peux-tu m'accepter comme père remplaçant ?'' » Shôta avait décidé de ne pas relever la pique, mais son ton avait légèrement glissé en début de phrase.

- « En fait, ce n'est pas moi le problème. Dans quelques années je serai capable de prendre soin de moi tout seul. Ce sont surtout les crapauds… »

- « Crapauds ? » releva le Hase surpris.

- « Euh… c'est un mot affectif pour mes frères et ma soeur… » Kojirô grimaça. Il n'avait pas envie de se montrer familier avec le Hase, le mettre dans le vent du fonctionnement en interne de la famille Hyûga.

- « Je vois… Il est vrai que tu es l'aîné par quelques bonnes années. »

- « Ouais, et donc moi, si je ne vous aime pas, je peux soit ne rien dire et me barrer dans ans ans, soit vous rendre la vie impossible. Et dans ce cas, les cra… mes frères m'emboîteront le pas… » récapitula Kojirô. Cette fois, la menace était posée.

- « Es-tu ouvert aux pots-de-vin ? Puis-je t'acheter de quelque façon ? » demanda mi-figue, mi-raisin Shôta.

Pris de cours, Kojirô le regarda en clignant des yeux. Puis il commença à rire. Enfin, grogner. Il est direct et sait ce qu'il veut et ne veut pas. Et il veut le bien de ma famille. En tout cas, il veut vraiment essayer.

- « Même si je ne vous fais pas la tête, qu'est-ce qui vous dit qu'ils vont vous aimer ? » interrogea le jeune homme.

- « Oh, je pense pouvoir les séduire. Et puis là c'est mon problème, non ? Je suis sûr que tu vas te régaler à me voir essayer de dompter ta bande de fauves. » Là aussi, l'autodérision se palpait.

- « Attention, ils ont les dents coupantes. » répliqua Kojirô au tac au tac. Puis il soupira. La décision lui appartenait. Il allait décider du futur et du bonheur de sa famille. Lui. Tout seul. Ici. Maintenant. Et il ne pouvait pas reculer.

o.O.o

Voilà, un chapitre un peu long. Et je l'ai déjà coupé parce que je pensais faire la totalité de la conversation en un seul chapitre. La suite bientôt je promets !