Note 1 : Pour ceux – et celles – qui n'ont pas encore capté, tous mes chapitres font référence à un proverbe. Oui, c'est fait exprès ! Histoire de vous cultivassionner un peu !
Note 2 : Pour Kiito, sous injonction « A&L »-ienne. « Arrête de lui envoyer des fleurs elle va nous prendre la grosse tête. Dis-lui plutôt où elle pue, pour qu'elle s'améliore. Nous elle ne nous écoute pas. »
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Première sortie : 01 Novembre 2007
Révision : 01 Décembre 2007
Révision : Février 2008
Révision : janvier-février 2011 et 2015
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Chapitre 5 – À Cœur vaillant rien n'est impossible
Kojirô serra les poings. Ce n'était pas juste ! Je ne peux pas prendre cette décision. Je ne VEUX pas…
- « Et puis d'abord, » riposta-t-il « Qu'est-ce qui me dit que vous n'êtes pas un psychopathe qui va nous découper en morceaux pendant qu'on dort ? »
- « Euh… Le fait que ta mère soit venue chez moi ? Qu'elle me fasse confiance ? »
- « Et si n'étiez qu'une belle gueule ? Qu'après un moment, vous regrettiez et que vous décidiez de vous barrer ? » réagit violemment Kojirô. Tu parles d'un argument de poids. Psychopathe ? Découper ? Mais qu'est-ce que je raconte ?
- « C'est bien pour cela que je désire me marier avec ta mère. Pour prouver que je veux m'engager. Ce n'est pas une lubie. »
- « Mais vous ne vous connaissez que depuis quoi ?... six mois ? un an ? Ce n'est pas suffisant ! » objecta le jeune homme. Il se sentait poussé dans ses derniers retranchements. Le Hase balayait un après l'autre toute protestation présentée à lui.
- « S'il s'agissait de ma fille, je serais d'accord avec toi. » répondit Shôta avec un sourire. « Mais il s'agit d'une union entre deux adultes. Nous en savons assez l'un sur l'autre pour savoir que nous nous plaisons, que notre relation tiendra le coup. La relation que j'ai avec ta mère est bien plus profonde…mature…que nos premières amours respectives.À notre âge, il est plus important d'avoir les mêmes vues politiques que les mêmes goûts cinématographiques. »
- « Mais... »
- « J'aime Keiko. Je veux la rendre heureuse. Je peux la rendre heureuse. Elle et le reste de sa famille. Et cela passe par ta bénédiction. Je préférerais ton estime, mais je peux faire avec seulement ta bénédiction. Tu l'as dit toi-même, tu n'as plus que quelques années à passer dans ta famille. Tu peux bouder pendant tout ce temps-la, je m'en fiche un peu. Tant que tu ne nous rends pas la vie impossible… »
Kojirô grinça des dents. Plus que tout au monde, bien plus que perdre, il détestait quand on lui forçait la main. Et c'était exactement ce qui se passait devant ses yeux. Ce type lui forçait la main. Tout ce déjeuner, cette conversation, ce n'était qu'une comédie. Il n'était là que pour donner une bénédiction. Rien de ce qu'il avait pu ou pourrait dire et faire ne changerait à la situation : le Hase allait épouser sa mère !
-« Je me doute que tu n'apprécies pas la chose. »
- « Apprécier, comme c'est bien dit ! » aboya Kojirô en le fusillant du regard. Il bouillonnait de colère. « Je n'ai pas le choix et je n'aime pas ça ! »
- « Tu n'aimes pas le fait que tu ne puisses rien y faire ? Ou que ta mère se remarie ? Ou est-ce que tu ne m'aimes pas MOI ? »
- « …. » Kojirô sentait des larmes de colère perler aux coins de ses yeux. Hein ? Des larmes ? Et puis quoi encore ? Il baissa la tête et fixa obstinément la nappe. Il essaya de se calmer. Il avait vécu tellement de choses qu'on aurait pu croire que cette conversation ne le toucherait aucunement, tellement c'était trivial. Mais c'était bien les petites choses banales qui faisaient le plus mal, révélant la vérité : le Tigre n'était qu'un grand ado de seize ans.
- « Tu peux y faire quelque chose. Tu peux décider de nous rendre la vie impossible. C'est ta seule solution et c'est aujourd'hui que tu prends cette décision. Que ta mère se remarie, il faut te faire à cette idée. Que cela soit avec moi ou un autre. Personnellement, je préférais nettement que ce soit moi. » Kojirô imagina son grand sourire de dents blanches et carrées il sentit l'envie de hurler et de lui balancer la table sur la figure monter en lui. « Mais tu ne peux pas vouloir qu'elle reste seule toute sa vie. Tôt ou tard elle rencontrera un autre homme. »
- « …. » Les poings blanchis, Kojirô se mordit les lèvres.
- « Que tu ne m'aimes pas est un problème. Je ne te demande pas d'être mon meilleur ami. Un peu de respect et de camaraderie feront l'affaire. »
Kojirô releva si soudainement la tête qu'il se froissa un muscle et sentit une douleur vive à la base du cou. Cela eut au moins l'effet positif de faire disparaître les larmes de ses yeux. Il regarda fixement l'homme qui se tenait devant lui. Les épaules droites, le dos raide, Shôta lui rendit son regard ravageur sans ciller.
Dos raide, mâchoires serrées. Il a peur. Il est sérieux.
- « Vous jouez gros. C'est du tout ou rien » ricana-t-il.
- « Oui » admit le médecin d'une voix douce. « Je peux tout perdre… LA perdre. »
- « … »
Il ne pouvait pas faire ça à sa mère. Il se souvenait trop bien de son sourire, de la lueur dans ses yeux quand elle lui avait parlé de cet homme. Elle l'aimait et lui faisait confiance. S'il ne croyait pas en le Hase, il croyait en sa mère. Elle avait son choix, et le mieux pour lui était de la supporter. Dans le bonheur et la douleur. Il espérait le bonheur.
Il continuait à dévisager Shôta Hase, et essaya de voir en lui ce qui avait pu séduire sa mère. Il essaya d'imager Shôta dans sa vie, comme mari de sa mère. Comme second père pour Natsuko, Mamoru et Takeru. Il essaya de juger l'homme assis devant lui qui se soumettait à son verdict, et finit par déceler les traces de nervosité et doute en l'homme. Et encore une fois c'est moi qui trinque. Je suis peut-être le plus mauvais juge de personnes au monde. Je peux compter mes amis sur les doigts d'UNE main, je dois bien dire dix mots dans une journée, et rire une fois l'an. Alors juger du futur mari de ma mère !
- « Cela n'a pas du être facile pour vous » finit par dire Kojirô. Il avait capitulé.
Hase dut le sentir, parce qu'il respira bruyamment et se relâcha en glissant un peu sur sa chaise. Il était un peu pâle et la main qui se saisit de son verre d'eau tremblait un peu.
- « Aussi facile que de parler sexualité avec ma fille… » avoua-t-il d'une voix encore faible.
- « PFFFFFFF ! »! Kojirô venait de s'étouffer avec son propre verre d'eau.
- « Ah non ! Pas en public ! » s'exclama Keiko qui venait d'apparaître à la table. « Bon, qui est mort ? » plaisanta-t-elle d'une voix tendue.
Shôta lui prit la main et la serra assez fort pour que Kojirô puisse voir ses phalanges blanchir. Keiko dédia un grand sourire lumineux au Hase, qui le lui rendit aussitôt. Elle leva la main pour lui caresser le visage et…
- « Ah, non pas en public. » grommela Kojirô, faisant écho à sa mère. « Et je veux voir vos deux mains sur la table. » ajouta-t-il un peu brusquement.
Sa mère le regarda bizarrement, et Kojirô, se rendant compte de ce qu'il avait vraiment dit, se sentit rougir comme une tomate. Heureusement la serveuse arriva avec les plats !
- « Tu t'étais planquée, hein ! » rajouta Kojirô, soucieux de détourner la conversation. « Repoudrage de nez, mon œil ! »
Keiko s'était éclipsée dès que la commande avait été passée pour rattraper la serveuse et lui demander de faire patienter la cuisine. Elle et Shôta avaient convenu que lui et Kojirô devaient avoir une discussion-entre-hommes-à-cœur-ouvert. Le plus tôt possible. Elle s'était installée au bar et avait siroté son verre de vin blanc en regardant nerveusement les deux silhouettes attablées. Elle s'était crispée en voyant la réaction de son fils, de plus en plus tendu, et avait craint qu'il n'explosât avant d'accepter l'évidence. Tout compte fait, la confrontation s'était bien mieux passée qu'elle ne l'avait espérée. Keiko n'était pas dupe pour autant : les choses n'en resteraient pas là. Kojirô n'allait pas se contenter de dire « oui » et de suivre le mouvement. Il y avait des cris, des colères et des crises en perspective.
Mais chaque chose en son temps. Keiko fit un signe à la serveuse et regagna la table.
Le repas avait bien avancé et l'atmosphère s'était adoucie petit à petit. Kojirô rouspétait un peu dans son coin, mais il avait décidé de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Et il devait admettre que le Hase était un homme intéressant.
- « Hase-san… » commença-t-il.
- « Appelle-moi Shôta si cela te met plus à l'aise. » proposa le Hase.
Tu veux me mettre à l'aise ? Oublie ma mère. Abruti !
- « Euh…Shôta-san… » Ça fait trop bizarre… « Je voulais vous demander… »
- « Et tutoie-moi ! ». Bon, tu me laisses parler ou non ? « Quel genre de père es-tu ? »
- « Si j'en crois ma fille, un vieux schnock démodé, tyrannique qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ». Keiko étouffa un petit rire. « Je pense être un père normal, soucieux du bien-être de son enfant. Je fais attention à ce qu'elle aille en cours et qu'elle ait des bonnes notes, à ses fréquentations, qu'elle respecte son couvre-feu et qu'elle ne dépense pas son argent de poche en drogue ou autre chose du style. Après ça, elle vit sa pauvre et misérable existence comme elle le souhaite. »
- « Je vois… Et qu'est-ce qu'elle en pense, de votre…ton remariage ? »
- « Qu'il était temps parce que je devenais vieux, chauve et gros et que je perdais toutes mes chances avec les filles.»
- « PFFFFFFF ». Encore une fois, Kojirô avala de travers. Mais c'est qui, cette fille ?
- « En fait, elle est ravie. Et inquiète un peu. Elle n'a jamais eu de famille à proprement dit, alors se retrouver avec des frères et sœur… Mais elle a complètement adopté Keiko comme mère, n'est-ce pas chérie ? »
- « Oui, et moi je suis contente d'avoir une autre fille. Je vais pouvoir m'entraîner pour Natsuko ! »
- « Oh, je pourrai te donner des conseils. Je peux survivre à tout maintenant. »
- « Shôta-san, qu'est-ce… qu'est-ce qui s'est passée avec votre…ta première femme ? » demanda doucement Kojirô. Il était un peu gêné de devoir poser la question mais il voulait, non ! il devait savoir. Non pas pour juger à qui était la faute, mais pour savoir pourquoi. Simplement pourquoi.
- « Kojirô voyons ! Ce ne sont pas tes oignons ! » réprimanda sa mère.
- « Non, c'est vrai. Il a le droit de savoir. » Encore une fois, Shôta fixa le jeune homme. « Avant de parler d'elle, il faut que tu comprennes quelque chose dans ma vie. Le fait d'avoir un père américain n'a pas été une sinécure tous les jours quand j'étais jeune. La génération de mes parents n'a jamais accepté la défaite du Japon et encore moins ''l'invasion'' des américains. Je n'ai jamais eu beaucoup d'amis et à l'école, on m'a reproché de parler trop bien anglais ! Jusqu'à l'université où j'ai enfin rencontré des gens ouverts d'esprit. Et c'est là que j'ai connu Evelyn. »
- « Evelyn ? » coupa Kojirô.
- « Hé oui, elle était étudiante étrangère. D'Écosse pour être précis. Tu sais où est l'Écosse, n'est-ce pas ? »
- « Euh oui… C'est en Grande-Bretagne non ? » Ne me demande pas où exactement sinon je t'arrache la langue !
- « Elle parlait japonais avec un horrible accent et je parlais anglais avec un accent américain. Nous sommes vite devenus inséparables parce que je lui servais d'interprète. Pour la première fois dans ma vie on acceptait, chérissait même, cette partie de moi que j'avais appris à détester. » continua Shôta. Il avait les yeux rêveurs mais serrait toujours la main de Keiko. « Elle était la plus jolie fille du campus, un peu beauté exotique. La peau blanche avec des taches de rousseur, les yeux bleus et des cheveux roux profonds aux boucles interminables. Elle était aussi très intelligente. Elle avait suivit une formation de kinésithérapeute, et se spécialisait dans la rééducation des sportifs de haut niveau. Elle est venue au Japon pour étudier les bénéfices des sources d'eaux chaudes et l'acupuncture. Nous sommes tombés fous amoureux l'un de l'autre, mais quand elle a fini son programme, elle aurait dû rentrer. Mais elle est restée. Pour moi… Pour nous… Elle avait eu son diplôme alors elle a essayé de trouver un boulot ici au Japon, et nous nous sommes mariés. Contre l'avis de nos deux familles. La mienne pensait que je devais finir mes études d'abord, la sienne que c'était trop tôt, et trop loin. J'étais encore interne à cette époque et je n'avais pas ni le temps ni l'argent pour soutenir une femme. Elle, de son côté, avait du mal à s'installer : elle ne parlait pas assez bien japonais et elle était étrangère. Rapidement les choses ont mal tourné. Quand elle a appris qu'elle était enceinte, c'était déjà trop tard pour nous. Je pense qu'elle s'est accrochée pour le bébé, mais à peine six mois après la naissance, elle est partie. Je n'ai pas eu l'occasion de lui dire au revoir et je ne l'ai jamais revu. Le divorce a été réglé par avocats interposés… »
- « Et elle a abandonné son bébé ? » s'indigna Kojirô.
- « Je pense que je la comprends un peu » murmura Keiko. « Après la mort de ton père, je n'ai continué à avancer que parce que je vous avais, vous quatre. Pour elle, ce n'était que des attaches qui la contraignaient. Comment pouvait-elle être une bonne mère si elle n'était pas heureuse ? Si elle voyait sa propre fille comme un fardeau, comme la raison même de son désespoir ? Elle a préféré fuir plutôt que de blesser une vie innocente. »
Kojirô ouvrit la bouche pour protester. La fuite n'est jamais une solution. Il faut toujours affronter ses démons et ses peurs ! Mais il choisit de se taire et d'avaler un grand coup de Coca.
Le reste du repas se déroula sans autre incident. Shôta amadoua Kojirô en parlant football et celui-ci se maudit pour se montrer si facile. Ils discutèrent de tout et de rien, et le jeune homme admit presque à contre cœur qu'il aimait ce Hase. Quand vint le moment de payer l'addition, il le tutoyait presque sans heurt. Mais il tiquait toujours quand il voyait sa mère et lui échanger des gestes d'affection, même les plus banaux.
- « Bon ben, les tourtereaux, moi je vous laisse. » fit-il d'un ton qu'il voulait détaché mais qui dissimulait mal son amertume.
- « D'accord, j'espère te revoir bientôt ». Shôta lui serra la main et Kojirô y répondit bien moins gauchement qu'il y a deux heures.
- « Je pense que je n'ai pas trop le choix. » se moqua le jeune homme. « Maman, je te vois ce soir. » Il embrassa sa mère sur la joue. « Amusez-vous bien… » lâcha-t-il du bout des lèvres. Un peu plus, et il mentirait.
Il salua une dernière fois et tourna les talons. Les mains enfoncées dans les poches, il remonta la rue à grands pas.
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Voilà pour la rencontre Kojirô-beau père. J'espère que cela vous a plu. Perso j'ai galéré, parce que 1. Je suis une fille 2. Je n'ai qu'une grande sœur qui ne sert à rien 3. Mes parents sont mariés depuis près de trente ans maintenant. Donc un tel chapitre par les yeux d'un gars de 16 ans a été chaud chaud chaud. Please review me !
