Comme prédit, j'ai été super occupée et en plus le client n'était pas content. Pour vous remercier de votre patience, un chapitre un peu plus long. D'ailleurs, il faudra me dire si je fais des chapitres trop longs. Un coup d'œil sur fanfic-fr et fanfiction montre que les autres ont tendance à faire plus court….
Autre chose, j'ai pondu un one-shot totalement délirant (enfin, je pense) mais je voudrais savoir si le style vous plaît. SVP donnez des commentaires, pour savoir si j'en fais d'autres du même genre. Poétiquement titré « Chorizo contre Salami ».
Tokiko_Fun : elle m'a laissé un commentaire sur fanfic-fr. Nyaaaaaaaaaaaaaaa, trop contente. Je vous recommande tous et toutes sa fanfic « un ange aux yeux bleu » qui vaut vraiment le détour. Je lui avais promis un petit quelque chose quand elle m'a gentiment donné des conseils. D'ailleurs j'espère que tu comprendras l'allusion (peu) cachée du chapitre et que tu te mettras au clavier * hint hint, poke poke*
Kiito : merci pour tes commentaires réguliers. Est-ce que tu trouves que mes personnages sont stéréotypés ou transparents ? Suite à une remarque de A, je demande un avis neutre. Après revieuse officielle, te voilà à faire la Suisse.
Cristina et Letie : sur fanfic-fr. j'ai apprécié vos commentaires. Aimez-moooiiii !
o.O.o
Publié : 18 Novembre 2007
Révision : 01 Décembre 2007
Révision : février 2008
Révision : janvier-février 2011 & 2015
o.O.o
Chapitre neuf – Reculer pour mieux sauter.
Neeve avait dû faire contre mauvaise fortune bon cœur. Si son père avait décidé de l'envoyer au lycée Tôhô, elle ne pouvait pas y faire grand chose. Au moins la laissait-il finir son dernier trimestre de collège à St Elizabeth au lieu de la faire transférer immédiatement. Juste l'idée de quitter l'établissement dans lequel elle venait de passer les trois…non quatre dernières années la faisait toujours autant hurler, surtout qu'elle avait étudié comme une malade pour passer les examens d'entrée ! À dix ans, elle avait séduit, charmé, cajolé et contraint son grand-père à signer le dossier de pré-inscription pour pouvoir passer les concours, parce qu'elle savait que Shôta s'y opposerait formellement.
Neeve avait passé toute son enfance à Osaka dans la maison à côte celle de ses grands-parents. Son père, encore tout jeune interne lors de sa naissance, avait été bouleversé par le départ de sa mère et n'avait pas su faire face à la situation. Aussi avait-il déménagé avec Neeve près de Madoka et Brian Hase, qui assurèrent le rôle de baby-sitter pendant ses longues heures à l'hôpital.
Neeve avait été une gamine turbulente et espiègle mais souriante, curieuse, touche-à-tout et éveillée. Elle avait bien vu qu'elle ne ressemblait pas à ses petites camarades de jeux, et que ni son père ni son grand-père n'étaient comme les autres papas et grands-papas. Elle s'était posée des questions et avait fini par demander des explications à Brian un jour qu'ils se promenaient seuls. Il avait expliqué du mieux qu'il pouvait à une gamine de tout juste quatre ans l'existence des États-Unis et du fait que dans le monde, il y avait des gens jaunes, blancs, rouges et noirs…
Brian avait quitté la ferme familiale très jeune pour s'engager dans l'armée à l'aube de la deuxième guerre mondiale. Il voulait voir la mer et avait intégré les Marines, sans savoir que le jour où il avait mis le pied sur le porte-avion « Intrepid » était aussi le dernier jour qu'il voyait sa terre natale. De poste en poste, de combats en combats, il avait fini par échouer au Japon et à l'inverse de la plupart de ses compagnons, en apprécia tous les détails. Au point d'épouser une Japonaise, de prendre son nom et sa nationalité. Neeve avait été fascinée par ce que son grand-père lui racontait. Elle le pria encore et encore, année après année, de lui parler de son enfance, dans ce mystérieux Dakota du Sud où il avait grandi. Où les plaines d'herbes sauvages aussi hautes qu'elle, s'étendaient jusqu'à l'horizon, où des Indiens chevauchaient des Mustangs, où des visages de présidents étaient gravés dans la pierre.
Brian adorait sa petite-fille et cette dernière le lui rendait bien, mais elle avait très vite compris comment en tirer profit. À seulement cinq ans, elle l'avait entortillé autour de son petit doigt et lui faisait faire ses quatre volontés. Son grand-père n'avait pas une chance face à elle, et ce fut donc sans surprise qu'il avait une fois de plus craqué devant ses suppliques et lui avait enseigné l'anglais en cachette. Il savait pertinemment qu'il allait à l'encontre des souhaits de son fils. Durant toute l'enfance de Shôta et encore maintenant, cela avait été un sujet de dispute permanent entre père et fils.
Shôta avait enduré presque toute sa vie une mise à l'écart et une certaine violence à cause de son statut de sang-mêlé. Avec Evelyn, il pensait avoir fait la paix avec cette partie de lui-même, mais encore une fois, il avait été jugé défaillant. Pour une fois ce n'était pas son sang américain, mais son sang japonais qui posait problème. Aussi le chirurgien avait-il juré d'élever Neeve comme une parfaite japonaise et l'avait inscrite à des classes de danses traditionnelles et de cérémonie du thé, pour lui éviter la douleur de se sentir coupée en deux.
Cet incident – en somme bénin puisque Neeve aurait fini par étudier l'anglais – déboucha sur une quasi-catastrophe. Une autre qualité – ou défaut – de Neeve était qu'elle était extrêmement têtue. En ça, elle ne trahissait pas son sang yankee. À onze ans, elle avait décidé qu'elle irait dans le meilleur collège anglais du Japon, que cela plût ou non à son père. Brian avait signé les papiers et même prétexté aller au zoo avec elle pour la conduire au centre d'examens, où il avait attendu dehors, fumant cigarette sur cigarette. Il avait presque souhaité qu'elle ne réussisse pas.
St Elizabeth était plus qu'une école internationale. L'établissement tenait sa réputation irréprochable du fait que tous les cours, à l'exception des classes de japonais et littérature se faisaient en anglais. Le complexe englobait toutes les classes depuis l'école primaire jusqu'au lycée et, bien que suivant le programme japonais, l'administration se calquait sur le modèle britannique. De nombreuses options sportives et artistiques complémentaient les cours de haut niveau. Tous les enfants de diplomates, expatriés et étrangers pouvant se payer les frais de scolarité étaient inscrits à St Elizabeth, ou St E. comme on disait dans les hautes sphères. Très peu de places étaient accordées aux « natifs ».
Neeve avait réussi. Et haut la main. Alors que Shôta avait déjà transmis son dossier scolaire à un bon collège d'Osaka, Neeve annonçait la « bonne nouvelle » à son père. Celui-ci avait explosé. Il avait accusé son propre père de conspiration et de traîtrise avant que Neeve très calme, ne le tirât par la manche pour l'obliger à se pencher sur elle. Le regard bien décidé, les poings sur les hanches, elle balaya sa colère en une seule et simple phrase :
- « English is part of who I am (L'anglais fait partie de moi)» fit-elle en un anglais net. Shôta se contenta de s'accroupir devant elle et de la serrer dans ses bras très très fort.
Deux mois après, ils emménageaient tous les deux à Tokyo. Shôta était maintenant un chirurgien aguerri et n'avait pas eut de mal à trouver un bon poste. Maintenant seuls en tête-à-tête, Shôta et Neeve se découvrirent. La jeune adolescente ayant été éduquée pour moitié (et plus) par Madoka et Brian, Shôta étant encore assez jeune, les deux développèrent une relation sœur-frère autant que fille-père. Neeve grandit en une jeune adolescente toujours aussi têtue, curieuse et malicieuse mais aussi indépendante, tranquille et réfléchie. Elle souriait tout le temps, avait beaucoup d'amis et faisait son lot de bêtises, mais tous, professeurs comme camarades la qualifiaient de mature et profonde. Ce fut bien pourquoi Shôta ne s'étonna pas de trouver un mot sur sa sacoche le lendemain matin de leur accrochage.
« Ayame dort à la maison ce soir, pense à acheter une tarte chez le pâtissier ! Je t'aime, Neeve »
Il savait qu'elle s'était rendue à la raison et qu'elle ne mentionnerait plus le problème devant lui. Par contre, elle allait copieusement se plaindre auprès de sa meilleure amie Ayame Sakamoto.
- « Je n'arrive pas à croire qu'il t'ait fait ça ! » s'exclamait justement Ayame quand Neeve lui fit part de l'horrible nouvelle. Les deux jeunes filles étaient dans la cour de leur collège et se promenaient entre les arbres le temps d'une pause.
- « Le pire, c'est qu'il n'a pas jugé bon de m'en parler avant… » insista Neeve.
- « Donc tu vas y aller ? »
- « Ce n'est pas comme si j'avais le choix, non ? »
- « Bah, tu pourrais te planter aux examens d'entrée… » suggéra son amie d'une voix douce. « Comme ça, tu n'aurais pas d'autre choix que de rester ici » Neeve plissa les yeux un instant mais soupira.
- « Non, je ne pourrais pas faire ça. En plus, il est probable que je n'aurai pas à passer de concours… »
- « Comment ? » s'indigna Ayame en faisant voler la longue chevelure d'ébène derrière son dos.
- « Je suis allée voir le conseiller d'orientation ce matin même. Apparemment, il y aurait une convention entre Tôhô et St E. D'accord, à la base, non seulement elle ne s'applique normalement qu'aux garçons mais en plus elle est obsolète mais bon… je ne vais pas non plus me plaindre. »
- « Comment ça ? » répéta Ayame.
- « Cela datait du temps où St Elizabeth High School n'était ouvert qu'aux filles. Comme elles passaient directement au lycée sans concours, l'administration avait négocié avec Tôhô de prendre leurs gars dans les mêmes conditions. Comme je disais c'est obsolète. Il y a des gars au lycée maintenant… » fit Neeve avec un grand sourire.
- « Hum, le beau et grand Shun, prince de la belle. En parlant du loup, le voilà… »
Neeve se tourna brusquement et après avoir vérifié qu'il s'agissait bien de son petit ami, tira son amie par le bras, la forçant à s'accroupir derrière une rangée de buissons parfaitement taillée.
- « Mais quoi, tu es malade ? » fit la Japonaise en se frottant le poignet.
- « Je ne veux pas le voir. Je ne lui ai pas encore dit. » chuchota Neeve en essayant de faire taire Ayame.
- « Mais… pourquoi ? » se mit à chuchoter la jeune fille en retour.
- « …parce que… euh… »
- « Parce que tu es amoureuse de ton frère ? » taquina doucement son amie.
- « Ce n'est pas mon frère ! » Neeve réussit à hurler à voix basse. « Hors de question et jamais… et toi… » menaça-t-elle du doigt, « ne t'avise pas de redire un truc pareil. C'est un prétentieux, ignorant et … et pédant ! » s'emporta Neeve.
- « J'espère que ce n'est pas de moi que tu parles. » supplia une voix grave derrière elle en chuchotant également. Neeve et Ayame sursautèrent brusquement. « Bon pourquoi sommes-nous cachés derrière la haie ? » demanda-t-il. Shun Fujita s'était accroupi avec elles et regardait par dessus les buissons d'un air mutin. « Qui espionnons-nous ? »
- « Shun… mais… mais... » bégaya Neeve.
- « La réponse à ta question est sûrement que je suis là parce que je t'ai vue du deuxième étage et que je suis descendu te voir… ».
Le jeune homme se releva et tendit la main vers Neeve en souriant. Celle-ci ne put retenir de lui sourire en retour et se mit debout gracieusement. Le regard d'Ayame passa de l'un à l'autre.
Plantés là comme deux abrutis en train de se sourire mutuellement comme les deux plus grands abrutis au monde peuvent le faire…
- « Bon, ben moi je rentre, je vais… en fait j'y vais ».
- « Hum, oui à plus. » lâcha Neeve distraitement, sans détacher ses yeux de ceux de Shun et sans s'arrêter ni de sourire ni de relâcher sa main.
- « C'est ça… »
Elle et Neeve avaient été les meilleures amies du monde depuis que Ayame avait intégré St Elizabeth un an après Neeve. Elle était la seule « native » de la classe puisque Neeve, redoublante, était déjà connue. Oh, il y avait bien d'autres japonais dans la classe, mais tous et toutes étaient fils de diplomates ou autre mission liée à l'étranger. Neeve et Ayame ne « devaient leur place » qu'à leur intelligence et au fait que leurs familles fussent assez riches pour payer les cours. Les deux filles avaient donc été traitées un peu comme les moutons noirs du groupe dès le début et s'étaient automatiquement rapprochées. Elles faisaient toutes deux de la danse, même si Ayame aurait préféré continuer à faire de la gymnastique rythmique, avaient les mêmes goûts en musique comme pour la mode. Depuis ce temps, elles formaient le duo de choc du collège : intelligentes, gaies sinon coquines et mignonnes à croquer….
Ayame enjamba les buissons et traversa la cour du collège St E. sous les regards admiratifs. La jeune fille était la parfaite poupée japonaise, fine voire menue, délicate, au teint parfait, aux yeux noirs et à l'opulente chevelure. Elle fit signe à plusieurs garçons de son année et s'approcha d'eux. Ils lui firent tout de suite une place à leurs côtés et jetèrent des regards autour pour voir si les autres avaient notés que Ayame Sakamoto parlait avec eux. En fait, la jeune fille flirtait ouvertement. Contrairement à son amie, elle était célibataire et comptait bien le rester, tout en ne se privant pas. Mais elle devait reconnaître que Shun et Neeve était « the couple » de tout St Elizabeth.
Ils se connaissaient depuis leur première année de collège lorsqu'ils avaient été élus délégués de leur classe. Il avait été mécontent d'être séparé d'elle lorsqu'elle avait du redoubler et s'était rattrapé en lui demandant de sortir avec lui. Il était maintenant président des premières années du lycée et Monsieur Popularité, mais cela ne l'empêchait nullement de traverser la cour entre les deux bâtiments pour aller la rejoindre.
Finalement, la cloche sonna la fin de la pause. Ayame et Neeve se retrouvèrent en classe, la métisse encore tout sourire et rêveuse.
- « Roooh, tu n'as pas fini avec tes soupirs ? » râla Ayame.
- « Que veux-tu, je l'aime ! »
- « Oui oui, il t'aime, tu l'aimes, vous vous aimez. C'est beau la vie. Tiens, tu ne m'as jamais dit ce que vous aviez fait la dernière fois que ses parents n'étaient pas là…» susurra-t-elle.
- « Que veux-tu que nous ayons fait ? » Neeve s'empourprait délicatement.
- « Hum, j'ai ma petite idée… Je le savais ! » Neeve lui avait fait un clin d'œil et soulevé son sourcil d'un air aguicheur.
Toutes deux se mirent à glousser au point que le professeur dut les rappeler à l'ordre. Elles n'eurent plus la possibilité de parler avant la fin des cours. Ce fut donc sur le chemin du retour que Ayame relança le sujet.
- « Donc, si j'ai bien compris, le grand frère, c'est un no man's land ? »
- « Ce n'est pas mon grand frère et oui, c'est Monsieur-je-me-touche-les-genoux-sans-me-baisser. »
- « Mais, est-il mignon, ce gorille ? »
- « Plutôt oui. Ça peut aller. Disons qu'il peut marcher dans la rue près de moi. »
- « Sur une échelle de 0 à 10 ? »
- « Physiquement… entre 7.5 et 8.5… si tu aimes le genre. Mentalement, c'est carrément la bérézina. Je lui mets 0.5 parce qu'il ne se gratte pas les couilles en public mais cela s'arrête ici. »
- « Et il a une copine le sexy Néandertal? »
- « Sa main gauche ? » Neeve et Ayame se piquèrent une crise de pouffement avancée. « Franchement Ayame, tu ne veux pas sortir avec lui. »
- « Neeve, ma chère, il est temps que tu comprennes que je suis jeune et non comme toi, quasiment mariée.. »
- « Je ne te permets pas ! » coupa Neeve en riant. « Tu n'as qu'un an de moins ! »
- « Et c'est l'année qui fait la différence. Donc moi je me soucie d'apprécier ma jeunesse et non de la fusiller par des mon ''mamour d'amour''. »
- « And your point is… ? »
- « Arrête de te la jouer. Et je veux dire que je ne recherche pas les garçons pour leur conversation, je les aime virils et forts et si dans le cerveau ça fait drelin-drelin, je m'en contre-fiche… »
- « AYAME ! » s'écria Neeve. « Je suis officiellement choquée. »
- « Bien, peut-être que cela te donnera des idées puisque je ne peux pas t'ouvrir les yeux sur ce que tu perds. »
Riant à pleine gorge, Neeve et Ayame entrèrent dans un magasin et se précipitèrent sur le CD disposé en pile sur l'inventaire. Elles adoraient toutes deux la chanteuse Tokiko_fun et attendaient avidement toutes ses sorties.
- « Laisse-moi payer. » souffla Neeve. « Je vais faire passer le tout sur ma carte d'employée, j'ai quinze pour cent de réduction. »
- « Tu as de la chance de travailler à Impulse. » concéda Ayame. « C'est la boutique à la mode et tu as des réductions tout le temps. Si je pouvais avoir un boulot à mi-temps, c'est ici que je travaillerais. Entre la boutique fringues et la partie CD/DVD….»
- « Oh, regarde, il y a un concours. Il faut remplir cette carte postale et ceux qui ont bon pourront participer à un tirage au sort. »
- « Aah, le grand prix c'est quatre tickets pour son concert cet été. Quatre places VIP ! »
Les deux jeunes filles remplirent leur carte postale immédiatement. Comme tout fan qui se respectait, elles connaissaient la réponse à toutes les questions. Neeve eut un grand sourire, paya les deux CD et glissa les deux cartes dans la boite sur le comptoir. Puis elles se dépêchèrent de rejoindre la chambre de Neeve pour pouvoir passer l'album en boucle.
- « Bon, le beau-frère ? » rattaqua Ayame. « Tu sais que je te ferais cracher le morceau, alors autant gagner du temps. »
Neeve devait concéder qu'il était vraiment mignon. Bien sûr, Shun était le plus beau d'entre tous mais Kojirô n'était pas mal. Déjà, il était plus grand qu'elle. Neeve dépassant de quelques centimètres la plupart des garçons de son âge, elle considérait qu'un homme digne de ce nom devait lui rendre au moins une demi tête, comme Brian ou Shôta. Ou Shun.
Kojirô avait de ces yeux noirs avec une flamme mystérieuse et brûlante, et les cheveux un peu longs, qui tombaient en mèches sur ses yeux, un peu comme Christian Slater dans « Robin des Bois, Prince des voleurs ». Et il était baraqué. Certains garçons, comme Shun, avaient des muscles mais restaient minces, fins et élancés. Kojirô lui était tout en courbes et... trois dimensions. Tout ça lui donnait ce côté « bad boy » tout à fait irrésistible. Mais les bons points s'arrêtaient là.
Quand Keiko lui avait parlé de son fils aîné, elle l'avait décrit comme un « garçon têtu, mais chaleureux, doux et attentionné, un peu décalé. » Shôta, incapable de faire un compte-rendu intéressant de la bête, l'avait qualifié de « direct, dynamique, à fort caractère mais agréable ». Neeve le savait attaché à sa famille et pas trop cancre. Elle se l'était imaginé comme une sorte de bon garçon, un peu chamailleur et fougueux mais timide, peut-être avec des lunettes. Elle était tombée de haut.
Un garçon antipathique qui n'avait desserré les dents que pour dire des banalités, et sans aucun sens de l'humour. Elle avait bien noté la façon dont il l'avait lorgnée, comme s'il n'avait jamais vu de fille avant, puis de la juger idiote et superficielle. Bon, elle l'avait fait un peu exprès, pour voir s'il acceptait d'être taquiné et s'il pouvait voir au-delà de cette apparence évidente. Puis le pire était arrivé : son père lui avait annoncé la bouche en cœur que Monsieur était un grand footballeur. Malheur, elle venait de tomber sur une grande brute, sûrement perverse et indubitablement sans cerveau. Le regard que l'intéressé lui avait lancé tout en se rengorgeant des compliments de son père lui avait donné la nausée. J'espère qu'il ne me prend pas pour une fille facile à mettre dans son lit. Il doit être habitué aux bécasses de son fan-club. Ah !
Le reste de leurs rencontres l'avait fortifiée dans son opinion. Il ne voulait pas lui parler et ne pouvait s'empêcher de faire des commentaires ou des grimaces dès qu'elle prenait la parole. Il n'était pas odieux, mais suprêmement condescendant, du style Dieu descendu sur Terre armé de la vérité toute crachée. Il était soupe au lait, tête de cochon et voulait toujours avoir le dernier mot. Neeve le trouvait absolument insupportable et rêvait de lui sortir ses quatre vérités et de lui claquer le nez.
Aussi fut-elle extrêmement surprise de le trouver dans son salon à quatre jours du déménagement.
o.O.o
- « Kojirô, veux-tu bien venir signer la carte ? »
L'interpellé leva la tête de son livre d'histoire pour cligner les yeux, un peu étonné.
- « La carte pour qui ? »
- « Neeve voyons ! Je te l'ai déjà dit cent fois ! » râla sa mère en lui agitant une carte rose et brillante sous le nez.
- « Euh, Neeve ? »
- « Oui, Neeve comme dans Neeve Hase. Tu n'as pas oublié que son anniversaire est demain et que nous allons lui faire une surprise pour le dîner ? » Keiko plissa les yeux, soupçonneuse. « Tu as bien pensé à lui acheter un cadeau n'est-ce pas ? ». Le ton était presque plaisant, mais Kojirô le reconnut tout de suite.
- « Mais oui, pour qui me prends-tu ? » mentit-il. Par mesure de précaution, il baissa la tête vers son livre et fit mine de prendre des notes. « Rendez-vous à 18 heures à la station de métro ». Kojirô remercia le ciel de lui avoir donné un ange gardien… Comment se souvenait-il de ce détail ? Aucune idée, mais il s'en souvenait...
- « Exact . Ne sois pas en retard et essaye de te faire beau… »
- « C'est déjà fait, je suis né comme ça. » répliqua-t-il.
- « J'espère que tu vas également faire un effort pour le cadeau. » menaça sa mère qui n'avait pas cru à son mensonge une seule seconde.
Kojirô dut prendre son courage à deux mains et se maudissait déjà lorsqu'il traversa la classe le lendemain. Son objectif : le bureau de Miki, la copine de Kazuki, où ce dernier était déjà assis, alors qu'ils n'étaient que tous les deux. Il avait dû attendre un bon moment avant de trouver l'occasion. Miki était toujours entourée de copines pouffantes. Le matin et une bonne partie de l'après-midi s'étaient déjà écoulés et il commençait à désespérer.
- « Euh…Sasaki-san ? » Kojirô avait eu un instant de panique : impossible de remettre la main sur le nom de famille de la fille, avant d'avoir un déclic. « Kazuki a dit que tu pourrais m'aider… » mentit-il pour noyer le poisson. « Je suis censé offrir un cadeau à une fille et je ne sais pas quoi faire. »
Miki Sasaki dédia d'abord un grand sourire à Sorimachi, qui eu la bonne idée de ne pas la ramener puis examina Kojirô.
- « Cela dépend, c'est pour une occasion spéciale ? »
- « Juste son anniversaire. C'est la fille d'un ami de ma mère. » ajouta-t-il précipitamment lorsqu'il vit l'air conspirateur de la fille. Kazuki dut comprendre de qui il s'agissait parce qu'il fut pris d'un fou rire silencieux.
- « Hum, elle va avoir quel âge ? »
- « Seize ans. »
- « Et tu la connais bien ? »
- « Non pas vraiment. C'est la fille d'un ami de ma mère. » répéta-t-il.
- « Je vois… Je vais te donner l'adresse d'une boutique pas loin d'ici. Tu devrais trouver ton bonheur. »
Sasaki gribouilla une adresse sur une feuille et la tendit à Kojirô. Puis Sorimachi l'occupa pendant le reste de la pause, faisant en sorte qu'elle oubliât cette conversation.
Kojirô resta planté devant la boutique pendant une minute, et finit par y entrer après avoir vérifié que personne n'était pas le coin, contraint par la seule peur du savon que sa mère allait lui passer s'il se pointait les mains vides. La devanture croulait sous les peluches, bibelots et breloques fantaisies, le tout dans les tons de rose pastel. Cela ne se s'arrangea pas une fois à l'intérieur. Tout était rose ou jaune ou à paillettes ou à froufrou. Les vendeuses et les rares clientes le dévisagèrent. Le lycéen se sentit comme l'ours au zoo, devinant les regards sur lui alors qu'il faisait le tour des étagères. Après deux minutes il se sentait perdu. Tout était moche et cher et il ne se voyait pas acheter une peluche. Une vendeuse s'approcha et après un interrogatoire en règle, le dirigea vers un comptoir un peu en retrait. Elle devait connaître son sujet parce que Kojirô repéra immédiatement l'objet qui correspondait à tous ses critères : pas rose, pas de paillette ou de froufrou, pas trop moche et surtout pas cher. Ce n'était qu'un stylo bille, mais le corps était ouvragé en un motif sur écaille bleue représentant une fleur. Il était plutôt mignon, c'était personnel mais pas intime. En allant payer il remarqua une grande jarre contenant des petites boites. Il ne put s'empêcher de ricaner, s'empara de la première boite et l'ajouta au papier cadeau. En sortant de la boutique, il fourra le ridicule sac plastique rose dans son sac de sport et courut au rendez-vous.
Il arriva juste à l'heure et accompagna sa famille dans le métro. Ils voyagèrent une bonne vingtaine de minutes avant d'émerger dans un quartier résidentiel assez chic. Ils entrèrent dans un immeuble avec son propre réceptionniste qui reconnut Keiko et la laissa passer. Kojirô fronça les sourcils. Apparemment sa mère était venue suffisamment de fois ici pour être une habituée. Ils prirent l'ascenseur pour le neuvième étage. Les portes s'ouvrirent sur un couloir couvert d'un épais tapis, aux murs recouverts de cadres ou de miroirs. Le tout était ostentatoire et encore une fois, Kojirô put apprécier le fait que Shôta n'était vraiment pas pauvre.
Ce dernier ouvrit la porte avant même le premier coup de sonnette et le doigt sur ses lèvres pour imposer le silence, les mena vers le salon. L'appartement était maintenant encombré de cartons et des caisses, presque vide de meubles, mais Kojirô nota l'espace et la vue. C'était un beau logement, moderne et luxueux.
- « Neeve ! Viens voir ici s'il te plaît ! » appela Shôta tout en leur recommandant le silence.
- « Oui, j'arrive… » répondit une voix depuis une pièce au fond du couloir.
Ils restèrent plantés en ligne pendant un moment. Tiens, nous devons avoir l'air fin, alignés comme des sardines sans boite ni huile.
- « Neeve ! » rappela Shôta, cette fois un peu plus autoritaire.
- « Oui, oui… » La voix était un peu exaspérée.
Ils virent une silhouette approcher, contournant les cartons. Enfin, Kojirô put la voir et en resta bouche bée. À chacune de leur rencontre, elle avait toujours été correctement vêtue et maquillée. Ici, elle était prise par surprise et dans son milieu naturel.
Ce qui sauta aux yeux de Kojirô fut ses chaussettes. Des grosses chaussettes d'intérieur en laine chenille, aux couleurs flashantes, une vert acidulé et l'autre rouge vif. Elles lui montaient jusqu'aux genoux. L'avant-centre le savait parce que Neeve portait un vieux jean délavé, avec une grande coupure béante sur la jambe droite, dévoilant genoux et tibia.
- « Papa, il faut que tu me réexpliques le coup du sinus et du cosinus. Parce qu'en fait je n'ai rien compris à cet exercice de trigo. »
Neeve ne les avait pas vus. La tête penchée sur un livre qu'elle tenait au creux du bras gauche et un crayon entre les dents, ses cheveux retombaient librement dans son dos et sur son visage, lui cachant la vue. Elle avait un tee-shirt rose superposé à un autre, gris moulant à manches longues. Il y avait un motif sur le premier vêtement mais Kojirô ne pouvait le voir parce que Neeve l'avait remonté presque sur sa poitrine pour se gratter les côtes. D'ailleurs Kojirô pouvait apercevoir un bout de soutien-gorge noir.
- « Tu sais, celui avec la double fonction et la tangente au milieu… » Neeve continuait d'avancer et de se gratter le ventre. Devant le manque de réaction paternelle, elle releva la tête et se fut à son tour d'être sans voix en voyant la famille Hyûga au grand complet dans le salon. Le crayon s'échappa de ses lèvres et alla rouler sous la table.
- « Joyeux anniversaire ! »
- « Surprise ! »
Neeve resta immobile clignant juste des yeux.
- « Neeve, voyons ne reste pas là comme ça ! » gronda Shôta un peu embarrassé.
- « Mais… mais… qu'est-ce que vous faites là !? » La jeune fille ne sembla pas réaliser ce qu'il se passait et retira la main de son abdomen pour repousser ses cheveux.
- « Hééééé, c'est Rondoudou ! » s'exclama Takeru en désignant du doigt le tee-shirt rose qui était retombé et donc dévoilait un Pokemon. Neeve, toujours sous le choc, baissa le regard vers son habit comme si elle le voyait pour la première fois. « Tu avais dit que tu avais Nosférati. » accusa le garçonnet.
- « Nosférati était sale, je l'ai mis à laver. » répondit Neeve d'une voix blanche avant de revenir les fixer d'un regard absent. Puis elle cligna les yeux encore une fois et se rendit compte de la situation.
- « Oh, mon dieu » s'exclama-t-elle en s'empourprant. « Pourquoi tu m'as rien dit, regarde de quoi j'ai l'air ?! » lança Neeve vers son père.
- « Ce n'aurait pas été une surprise et puis tu es magnifique. » Shôta et Keiko s'approchèrent pour l'embrasser. Les trois plus jeunes Hyûga s'empressèrent auprès de Neeve qui se reprenait en main. Elle prétexta récupérer son crayon pour plonger hors de vue et se recomposer.
- « Une surprise, pour moi ? Mon anniversaire ? » demanda-t-elle un peu incrédule.
- « J'ai commandé un petit festin au traiteur et nous allons prendre l'apéritif en attendant la livraison. » fit Shôta en sortant une bouteille de champagne du réfrigérateur.
- « Mais oui, tu ne pensais pas que nous allions oublier, même avec tout ce remue-ménage ? » ajouta Keiko. « Nous allons tous célébrer ça en famille ». Elle dirigea tout le monde vers le salon, le canapé et la table basse.
- « Neeve, veux-tu prendre les verres en plastique dans la cuisine? » demanda Shôta. « Je viens de réaliser que nous avons déjà emballé toute notre vaisselle ». La jeune fille disparut dans la cuisine. « Elle est émue. » souffla son père aux Hyûga. « Elle n'a pas l'habitude d'avoir une famille, surtout pour son anniversaire. »
En effet, lorsqu'elle revint avec des verres et assiettes en plastique, Kojirô trouva qu'elle avait les yeux un peu brillants et réalisa qu'elle n'avait jamais eu de famille à proprement dit. Il se demanda quelle vie elle avait pu avoir sans sortie en groupe dans le parc, ou jeux collectifs comme bataille d'oreillers ou course poursuite dans les couloirs.
Neeve avait ouvert ses cadeaux. Keiko lui avait offert un petit bracelet d'argent et Natsuko un flacon de parfum. Neeve humecta délicatement son poignet et le fit sentir à la ronde. Kojirô eut un reniflement poli mais dut admettre que la senteur cerise lui allait bien. Mamoru lui avait donné une sélection de ses billes, sûrement dans l'espoir de la battre et de les récupérer et Takeru lui avait fait un dessin du Pokemon Nosférati. Neeve ouvrit le cadeau de Kojirô en dernier. Soudain il se sentit nerveux.
- « Merci, il est très beau. J'en prendrai soin. » remercia la jeune fille avec un énorme sourire chaleureux.
Puis elle remarqua la petite boite au fond du sac. Elle la repêcha et éclata d'un rire franc. Kojirô lui avait acheté une boite de faux ongles. Il pensait la faire renâcler, surtout parce que toutes les boites avaient des motifs hideux.
- « Ils sont trop moches, je les adore ! » déclara Neeve à sa plus grande surprise. Elle semblait sincère et heureuse et finit par lui boucler le bec définitivement en l'embrassant spontanément sur la joue.
Il la regardait et remarquait qu'elle était différente. Elle chahutait avec Takeru, se chamaillait avec Mamoru et riait avec Natsuko. En fait, elle se comportait comme une vraie gamine. Particulièrement quand elle sauta sur et au-dessus du canapé comme une folle pour décrocher le téléphone.
- « Allo, Grand-mère ? Devine quoi, nous fêtons mon anniversaire ! Oui, ils sont tous venus. Et ils m'ont tous signé une belle carte.»
Pour la première fois, il commençait à se dire qu'il y avait sûrement plus chez Neeve que ce qu'elle laissait voir.
o.O.o
Je peux vous dire que c'est un soulagement d'avoir pu écrire d'un point de vue féminin. Mais le chapitre prochain est de nouveau vu par Kojirô, avec un clin d'œil pour mon amie A. Non ce n'est pas du mature, mais juste une petite douceur…
