Chapitre 2 :

Rosa s'épongea le front couvert de sueur. Elle soufflait comme un bœuf et transpirait énormément sous ce soleil de début d'été dans l'état du Michigan.

Deux jours que ses parents et elle étaient là, dans ce vieil orphelinat datant du siècle dernier, et deux jours qu'ils déchargeaient des cartons ainsi que des meubles pour les installer de ce qui était désormais leur maison.

Ils n'arrêtaient pas. Il fallait porter les cartons jusque dans la maison, les déballer, nettoyer les pièces…Ce que c'est gavant un déménagement ! Et ce soleil brûlant ne les aidait pas, bien au contraire !

En attendant d'installer tous les meubles tel que les lits, les tables et les chaises, les Christopher mangeaient, pour le moment, des sandwichs et dormaient par terre, sur des matelas pneumatiques.

Rosa regarda ce qui restait à décharger et poussa un soupir de découragement. Il y avait encore tant de chose ! Ils n'y arriveraient jamais, ce n'était pas possible…

Elle attrapa un énième cartons, plutôt lourd celui-là, et se dirigea vers le « manoir ».

En marchant, la jeune fille ne vit le gros caillou solidement ancré devant elle, à ses pieds. Et elle buta dedans.

Les yeux écarquillés, Rosa vit, par-dessus le carton, le sol se rapprocher dangereusement et mû par un réflexe soudain, elle se retourna, de façon à être dos au sol et attendit le choc qui ne tarda pas. L'adolescente poussa un petit cri de douleur et grimaça.

« Au moins, j'ai réussis à éviter de briser ce qu'il y avait dans le carton! Se dit-elle, un peu soulagée. Et puis, je me suis aussi évité des dégâts à moi aussi… »

Elle posa le carton par terre pour mieux se relever épousseta ses vêtements.

Aujourd'hui, elle portait encore un débardeur mais de couleur violet clair cette fois, un short beige et des baskets de sports blanches. Elle avait réuni ses cheveux blonds pâles en une queue de cheval haute, pour ne pas être gênée dans ses travaux.

La jeune fille ramassa son paquet et entra dans la maison. Tout de suite, elle se sentit un peu mieux : il faisait plus frais dans la maison que dehors, et ça faisait beaucoup de bien.

« Papa ! Ou maman, qu'importe…je le mets où celui-là ? » Cria t-elle en parlant du carton, à travers la pièce qui servirait bientôt de salon.

Sa mère, qui était une charmante jeune femme aux cheveux blonds foncés et aux yeux d'un vert pétillants, apparue presque aussitôt.

« Ah chérie…euh, pose ce carton ici si tu veux…hum, tu ne voudrais pas plutôt aller de reposer ou te balader un peu en ville ? Ce serait mieux si tu essayais de te faire de nouveaux amis plutôt que de rester ici à travailler comme ça du matin au soir !

-Euh, maman, on a encore beaucoup de boulot alors on verra ça plus tard, okay ? Et puis tu sais, j'suis pas la seule à travailler, y a toi et papa aussi, alors pourquoi il n'y aurait que moi qui pourrait me reposer, hein, dis ?

-Oui, mais toi tu as seize ans et tu n'as pas encore l'âge de t'occuper de choses comme ça.

-C'est mieux de commencer maintenant, comme ça je serais préparée, répliqua Rosa avec un sourire taquin.

-Aller ça suffit, je t'emmène en ville, tu pourras te promener et tout ça et peut-être te faire des amis? Trancha sa mère en levant les yeux au ciel, exaspérée.

-Mais j'ai pas besoin d'amis pour l'instant et… »

Rosa s'interrompit soudain. Elle venait de se souvenir de la vieille montre à gousset qu'elle avait trouvée dans le grenier deux jours plus tôt et qu'elle devait faire réparer. Elle pourrait sûrement trouver un horloger en ville, qui sait ?

« Bon okay, t'as gagné. Je vais chercher mon porte-monnaie et je reviens. »

L'adolescente partit en direction de la future cuisine, là où elle dormait pour l'instant, pour y chercher ses affaires.

Elle trouva la montre à gousset planquée dans son sac à dos fétiche avec son portable mais mit plus de temps à rechercher son #* !µ de porte-monnaie, comme elle disait, et finit par le trouver enfouit sous un tas de vêtements sales.

La jeune fille rejoignit sa mère, qui commençait à s'impatienter, dans la voiture et elles démarrèrent.

« C'est loin, la ville ? Demanda Rosa à sa mère pendant que celle-ci conduisait.

-Non, à dix minutes d'ici au moins. Tu pourras y aller seule à vélo quand nous aurons déchargé celui-ci.

-C'est là-bas que j'irai au lycée ?

-Oui, Peabody (1) est une assez grande ville. Tu te plaire par ici, j'en suis sûre. Au début c'est dur, c'est vrai, car tu laisses tout ce que tu connais derrière toi, mais après, ça va mieux. Tu verras. »

Rosa préféra ne pas répondre. C'est qu'elle commençait à bien aimer Seventh Bell, mais de là, à l'adorer…

Elles arrivèrent bientôt en vue d'une assez charmante ville, pleines de maisons avec jardin, d'église et de grands bâtiments. Au premier abord, Peabody pouvait ressembler à la ville où vivait Rosa avant, les immeubles en moins.

« C'est la cambrousse ici, en fait… » Constata la jeune fille, un peu ennuyée.

Sa mère la déposa sur un trottoir devant un parc pour enfant et lui fit quelques recommandations :

« On se retrouve ici à dix-sept heure, fait attention à ne pas te perdre, sinon, tu m'appelles sur mon portable, d'accord ?

-Ouais ouais…répondit distraitement Rosa, trop occupée à regarder ce qui l'entourait.

-Bon bah, à tout à l'heure alors ! » Lui lança sa génitrice, en redémarrant.

Elle lui fit un signe de la main auquel sa fille répondit sans grand enthousiasme.

Rosa traversa une route sans savoir où elle pourrait bien trouver un horloger. C'est alors qu'elle aperçue son reflet dans une vitrine d'un magasin de vêtements et se rendit compte qu'elle avait oublié de se changer. Bon, tant pis.

Un peu agacée, elle se remit en route, réussit à trouver l'office du tourisme et acheta un plan de la ville.

Chouette, il y avait un horloger pas loin de là où elle se trouvait, à quelques rues à peine.

L'adolescente se dirigea donc vers lieu où elle voulait aller, passant devant un groupe de jeunes gens, tous des garçons, qui poussèrent des sifflements à la fois moqueur et admiratifs à son adresse. Rosa n'y prêta pas attention et continua son chemin. Elle arriva enfin devant le magasin d'horloges et pénétra à l'intérieur.

Une petite clochette tinta, signalant son arrivée. La jeune fille vit qu'il n'y avait personne.

Elle promena son regard à travers le magasin qui n'était pas bien grand, avisant toutes les sortes d'horloges qui s'y trouvaient, du cadran jusqu'à la montre, du plus vieux au plus récent. Aucunes ne semblaient être à l'heure.

Rosa tourna brusquement la tête en voyant arriver un vieil homme plutôt osseux d'au moins soixante ans avec le crâne à moitié dégarni.

Le vieillard sourit, visiblement content d'avoir de la visite.

« Bonjour jeune fille, que puis-je faire pour vous ? Demanda t-il à Rosa.

-Hum, bonjour. Je suis ici pour que vous me répariez une montre…

-Une montre, oui bien sûr, montre voir… »

Rosa s'approcha du comptoir derrière lequel se trouvait le vieil homme et lui tendit la vieille montre à gousset.

« Le cadran est brisé, et elle ne fonctionne plus… »

Le vendeur prit la montre entre ses mains, l'observant dans ses moindres détails et dit, d'un ton admiratif :

« C'est une très vieille montre que tu as là, ma petite, d'où tu la tiens ?

-Je l'ai trouvée dans mon grenier.

-Ha oui, dans ton grenier, pourquoi ne suis-je qu'à moitié étonné ? Mmmh oui, pour la réparer, si je m'y mets tout de suite, je pourrais l'avoir fini pour… »

Il compta sur ses doigts.

« Pour dans trois heures, si tout va bien, sinon, reviens demain. »

Rosa jeta un œil à son portable : treize heure vingt-sept. Elle aurait juste le temps de venir la rechercher ce soir.

« Okay, je reviendrais ce soir ! Fit-elle en souriant.

-Très bien, je t'attendrais. A tout à l'heure !

-Oui, à tout à l'heure ! »

Et elle sortit.

Que pourrait-elle faire pour passer le temps en attendant ? Explorer la ville et acheter quelques trucs ? La jeune fille fouilla dans son porte-monnaie : vingt deux dollars.

Elle se dit qu'il valait mieux les garder car elle avait oublié de demander combien coûtait la réparation pour sa montre.

Elle passa les trois heures restantes à flâner dans la ville et à lire quelques mangas dans des librairies. Rosa jetait toujours des coups d'œil fréquent à son portable. Plus que deux heures…plus qu'une heure…

Pourquoi était-elle si pressée de récupérer cette montre ? Elle l'ignorait. C'était comme être séparé de quelque chose qui vous est cher. Cette boule à l'estomac, ce pincement au cœur…c'était exactement ça.

Aussi Rosa fut soulagée en constatant qu'il était l'heure de rechercher cette étrange montre.

Comme la fois précédente, en entrant dans le magasin, la clochette tinta pour annoncer qu'elle était là.

Elle attendit encore pendant au moins dix minutes, regardant l'heure sur son portable avec anxiété. Elle ne voulait pas être en retard quand sa mère viendrait la chercher. Enfin, le vieux vendeur apparut. Il semblait contrarié et en même temps étonné.

« Ah, te revoilà…j'ai réparé le cadran mais bizarrement, je n'ai pas réussi à la faire fonctionner… »

Rosa hocha la tête, légèrement surprise.

« De plus, je ne suis pas parvenue à la démonter pour savoir d'où venait le problème. Et puis, les composants sont très étranges, je n'avais jamais vu ça…

-Ha bon ? S'enquit Rosa, intriguée.

-Oui…tu es sûre qu'elle vient bien de ton grenier ?

-Bien sûr ! Je l'ai même trouvée au fond d'un vieux carton !

-Et tu ne savais pas à qui elle appartenait avant de se retrouver dans ce carton ?

-…non… »

Tiens c'est vrai ça, à qui elle appartenait, cette montre, avant ? La jeune fille ne s'était jamais posée la question. Il faudrait qu'elle se renseigne…mais auprès de qui ?

« Bon, écoutez, ce n'est pas grave, je verrais ça avec mes parents, et puis de toute façon, ce n'est qu'une montre hein ? Je pourrais en trouver d'autres…ici par exemple. Euh sinon, combien je vous dois ? », Sourit Rosa.

Le vieillard hocha la tête, l'air toujours un peu contrarié.

«Hum, cinq dollars, vu que je n'ai réussis qu'à réparer le cadran. Et si jamais tu as des infos concernant cette montre, prévient moi. J'aimerais bien en savoir plus sur cet objet…

-Pas de problème, je reviendrai. Au revoir monsieur, à bientôt ! » Le salua l'adolescente après avoir payé.

En se dirigeant vers le lieu où sa mère viendrait la chercher, Rosa saisit la montre par la chaîne et l'observa de plus près.

Pour la jeune fille blonde, cette montre à gousset semblait normale mise à part les aiguilles. Pourquoi étaient-elles arrêtées sur le chiffre douze ? Etait ce fait exprès ?

Sans réfléchir, Rosa passa la chaîne par-dessous sa tête, laissant la montre reposer contre sa poitrine.

Presque aussitôt, elle fût assaillie par d'étranges visions. Une jeune fille blonde, qui lui ressemblait un peu et qui devait avoir son âge, courait dans des rues sombres…un jeune garçon aux yeux écarlates et aux cheveux violets la suivait en lui criant quelque chose…

Rosa se prit la tête entre les mains. Les images se succédaient à une vitesse folle. Elle avait à peine le temps de les apercevoir. Mais elle arrivait à en saisir quelques unes.

La jeune fille bouscula une personne qui se retourna sur son passage. Elle parvint, malgré les visions qui continuaient de l'assaillir douloureusement, à distinguer un homme de grande taille, vêtu d'un long manteau blanc, assorti à la couleur de ses cheveux. Elle pu apercevoir que l'homme était pourvu de lunettes carrées, et avait les yeux écarlates lui aussi. Une espèce d'aigle trônait sur son épaule.

Rosa se détourna, cherchant à tout pris à enlever cette montre qui lui donnait des visions insupportables. Elle entendit la personne derrière elle lui parler. L'adolescente ne comprenait pas ce qu'il disait, elle perçut juste un nom avant de s'enfuir en courant:

« Rosette Christopher »

(1) Pour ceux qui ont lu Kitty Lord…désolée mais j'avais pas d'idée de nom de ville américaines XD.