Note 1 : N'ayant aucune idée de comment le mariage au Japon se passe, j'ai calqué sur le modèle français. Et je ne suis pas experte en mariage français.
Note 2 : Un énorme merci à Yayoi de fanfic-fr qui m'a fait un commentaire détaillé chapitre par chapitre et qui m'a inspiré une partie de ce chapitre. Vous lui devez la conversation Shouta –Kojirô, où l'on retrouve le personnage comme on l'aime.
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Révisé : février 2008
Chapitre 11 – On n'attrape pas des mouches avec du vinaigre.
Kojirô s'étonna à quel point tous avaient accepté le fait de cohabiter avec presque de parfaits étrangers. Tout le monde sembla trouver un rythme de vie presque instantanément, Kojirô le premier. Maintenant qu'il habitait si près de Tôhô, il pouvait se réveiller vers les six heures pour faire sa distribution de journaux et avait amplement le temps de rentrer pour se changer et prendre un véritable petit déjeuner. Pour le moment, il se contentait de faire un jogging matinal, toujours balle aux pieds, pour se familiariser avec les environs. Il croisait sa mère et le reste de sa famille en sortant de la douche ou à table et pouvait même faire un bout de chemin avec eux sur le chemin vers l'école primaire des garçons et de Natsuko.
Par contre, il ne voyait guère Neeve. En fait il ne la voyait qu'à table, lorsque la famille prenait ensemble son dîner. Comme la jeune fille l'avait prédit, elle avait une bonne heure de transport public matin et soir pour rejoindre son collège. Lorsque Kojirô revenait de son jogging, elle était déjà partie et revenait le soir assez tard. Il avait appris qu'elle était déléguée de sa classe et qu'elle avait beaucoup de responsabilités, ce qui lui prenait beaucoup de temps. De plus, elle allait s'enfermer dans sa chambre pour étudier aussitôt qu'elle était de retour. Tôhô avait confirmé qu'elle n'avait qu'un entretien de personnalité pour être enrôlée, mais enrôlée dans la section générale. Si elle voulait entrer dans la section internationale, elle devait absolument améliorer ses notes. Sa moyenne générale plongeait surtout à cause des maths, mais Neeve, fidèle à sa réputation de tête de mule, avait décidé d'aller en section internationale. Aussi s'enfilait-elle des dizaines d'exercices supplémentaires tous les soirs que Shouta corrigeait, mais sans le moindre succès jusqu'alors. Kojirô devait admettre qu'une telle ténacité forçait le courage, mais que Neeve semblait vraiment un cas désespéré pour ce qu'il pouvait entendre.
Il fut
donc surpris de la voir à la maison le jeudi soir, la veille
du mariage, quand il revint de son entraînement. Elle était
sur la terrasse en train de ramasser de linge tout en étant au
téléphone –portable - avec Ayame. Cela ne faisait que
cinq jours qu'il habitait avec Neeve, mais il savait déjà
plus de choses sur la fameuse Ayame que sur Neeve elle-même. Il
la croisa dans la cuisine alors qu'il se préparait un
en-cas.
- « Tu
sais que ta mère piquerait une crise si elle te voyait manger
avant le repas. » commenta-t-elle en lui volant une
poignée de chips.
- « Ce
qu'elle se sait pas… » commença Kojirô
mais il dut s'interrompre pour défendre son assiette contre
Neeve qui avait décidée qu'elle avait un creux aussi
mais était trop paresseuse pour se faire son propre en-cas. Et
puis ce que Kojirô mangeait avait l'air bon. « Arrête
ça ! »
-
« Pourquoi ? » taquina la jeune fille.
Elle était rapide et réussit à lui dérober
des tranches de pommes avant qu'il n'arrive à lui bloquer
le bras. Si tu veux jouer, nous allons jouer… Kojirô
tira d'un coup sec et elle se retrouva à plat ventre sur la
table. Mais Neeve avait fait de la danse et se tortilla si bien
qu'elle arriva à dégager son autre bras… et fit
disparaître quelques raisins prestement…
- « Mais
ce n'est pas vrai ! Tu vas me le payer. » Kojirô
amorça la technique redouté du sac de patates. Mais
Neeve était tout de même plus lourde que Mamoru et
savait se défendre. Ils luttèrent encore un bon moment
avant que Kojirô ne réalise que Neeve était
chatouilleuse. Et ne se priva pas pour exploiter son point faible. En
quelques instants ce fut réglé. Neeve était à
terre et recroquevillée sur elle-même pour essayer de se
protéger tandis que Kojirô la maintenait d'une main et
la chatouillait de l'autre. Quand elle arrêta de se débattre,
Kojirô victorieux se releva et s'empara de son assiette.
Neeve se remit sur ses pieds et le suivit vers l'étage.
- « Ce
n'est pas drôle, tu es trop fort. » gémit-elle.
- « Et
retiens la leçon. » fit-il d'une voix menaçante.
Neeve lui donna un coup de poings dans l'épaule. « Tu
tapes comme une fille, c'est pitoyable. »
- « Mais
euh…. » protesta Neeve. « Je suis une fille
après tout. »
-
« J'avais remarqué » dit Kojirô
placidement.
-
« Hyûga-san, tu veux me bien me donner ton numéro
de portable. Pour les cas d'urgences ? » demanda
soudainement Neeve en sortant son propre portable de sa poche.
- « Je
n'ai pas de portable. » grogna-t-il en retour et en
entrant dans sa chambre.
- « Quoi ?
Mais comment tu peux vivre ? » s'exclama Neeve
surprise.
- « En
respirant. » fit le jeune homme pince-sans-rire.
Neeve
disparut et il s'installa à son bureau pour commencer à
faire ses devoirs. Cinq minutes après, Neeve re-entrait dans
sa chambre après avoir toqué pour la forme à la
porte restée grande ouverte.
- « Tiens,
prends ça. C'est mon vieux portable, le modèle est
ancien, et l'écran est en noir et blanc, mais cela devrait
te faire l'affaire. » dit Neeve en lui tendant un
chargeur et un étui protecteur en plastique. Elle s'était
à moitié assise sur le coin de son bureau et avait
ouvert le portable. « Je t'ai même trouvé
une carte SIM que je n'ai jamais utilisée. Ce n'est pas un
contrat mais un numéro à carte rechargeable, ce qui est
parfait pour toi. » Neeve inséra la carte et
rassembla le téléphone d'une main experte. « Il
faut le mettre en charge, voilà…. Il faut que tu mettes
un code de sécurité, par défaut c'est zéro
quatre fois. Voyons voir… carnet d'adresse. Je te mets mon
numéro, celui de mon père et celui de ta mère. »
Neeve pianota sur le clavier avec une rapidité surprenante.
- « Tu
connais le numéro de portable de ma mère par cœur ? »
releva Kojirô. Il la regardait d'un air soupçonneux
mais elle ne le remarqua pas.
- « Bien
sûr, je ne suis pas comme ces gens qui mettent tous dans leurs
portables et ne savent pas vivre sans une fois qu'ils l'ont
perdu… Et je te mets ton propre numéro en mémoire,
au cas où tu l'oublies. » Le téléphone
de Neeve se mit à sonner. « Et ça marche, je
viens de m'appeler et comme ça, j'ai ton numéro. Tiens. »
Neeve lui tendit l'appareil avec un grand sourire. Kojirô le
prit avec reluctance. « Ça ne va pas te mordre. »
- « Je
n'en veux pas » coupa-t-il assez froidement. « Merci
beaucoup, mais je n'en ai pas besoin. »
-
« Allons, ne fais pas l'obstiné, tout le monde a
un portable maintenant. »
- « Je
ne suis pas tout le monde. »
-
« Vraiment ? » La raillerie était
ouverte. Neeve avait croisé les bras et le foudroyait du
regard en faisant ce petit geste parfaitement énervant :
hausser un seul sourcil à la fois.
- « J'ai
très bien vécu sans jusqu'à maintenant ! »
Kojirô haussa le ton.
- « Hé,
tu sais quoi, bienvenue dans le XXIème siècle ! »
- « Mais
tu m'emmerdes à la fin ! Je n'en veux pas ! »
- « Voyons
Kojirô ! » rabroua Keiko qui venait d'arriver
les bras chargés de linge propre. « Pourquoi est-ce
que vous vous disputez ? » s'inquiéta-t-elle
en posant la pile sur le lit de Kojirô. Neeve ne dit rien et
eut une moue boudeuse en détournant la tête… laissant
le jeune homme seul face à sa mère.
- « Nous
nous ne disputons pas »
- « Je
sais quand j'entends des enfants se disputer. » dit
autoritairement Keiko. « Quel est le problème ? »
- « Rien…
Je disais seulement que je n'avais pas besoin d'un portable. »
finit-il par lâcher du bout des lèvres.
- « Un
portable ? » questionna la mère en fronçant
les sourcils.
- « Je
voulais juste lui donner mon ancien portable. » dit Neeve
d'un ton morose.
- « Mais
c'est une très bonne idée ! Cela sera très
pratique pour les cas d'urgences ! » approuva Keiko
avec un grand sourire. « Il me faut ton numéro,
Kojirô ! »
- « Je
te le donnerai. » fit Neeve en levant et en passant
derrière Keiko pour sortir. Kojirô la suivit du regard,
l'air mauvais, et crut qu'il allait exploser quand elle en
profita pour lui tirer la langue d'un air satisfait, ni vue ni
connue. Il enragea toute la soirée mais dut se résoudre
à garder le portable. D'un geste dégoûté,
il mit ce satané portable dans son sac de cours, bien décidé
à l'y laisser pourrir.
Le
lendemain, il arriva en cours d'une humeur exécrable. Il se
jeta sur sa chaise, posa les pieds sur sa table et se mit à se
balancer en croisant les bras et fusillant du regard les autres
élèves s'ils faisaient trop de bruit.
- « De
charmante humeur, je vois… » plaisanta Ken en se
laissant tomber sur le siège à côté de
lui. « Passe-moi tes exos de japonais. »
demanda-t-il pour la forme, parce qu'il avait déjà
empoigné le sac de son ami et fouillait dedans. « Qu'est-ce
que… Depuis quand tu as un portable toi ? »
s'étrangla-t-il. « Bou, c'est vieux comme…. »
Ken remarqua le regard noir en biais de Kojirô qui fixait
maintenant le tableau vide. « Bon, voyons voir, je te mets
mon numéro… et celui de Kazuki. Ahh, tu as mis ton
numéro en mémoire? Bizarre non ?... Euh…
bon…» Par expérience, il savait que le silence radio à
côté de lui était mauvais signe.
Quelque
part un téléphone sonna. Tout le monde commença
à vérifier à qui appartenait la sonnerie.
- « Hé,
c'est qui le XX XXX XXX ? » demanda à voix
haute Kazuki en sortant son portable alors qu'il arrivait dans la
salle.
- « C'est
Kojirô ! » répondit Ken de la même
voix tonitruante. Tout le monde se tut et regarda vers Kojirô
qui faisait toujours le sourd muet, mais certes pas l'aveugle. Ken
aurait déjà été transformé en un
petit tas de cendres fumantes si Kojirô avait eu des lasers à
la place des yeux.
-
« Kojirô, j'ai besoin de ton japonais »
fit Kazuki comme si de rien n'était. « Tu sais
que tu pourrais te faire pas mal de fric en vendant les chiffres de
ton numéro un par un ? » plaisanta-il en se
penchant avec Ken sur la feuille d'exercices. Kojirô avait
arrêté de se balancer.
- « Il
faut vraiment que tu t'appliques en écrivant. »
râla Ken. « C'est quoi ce pâté là ?
Tu nous fais des hiéroglyphes maintenant ? »
- « C'est
le kanji pour «révolution » et je t'ai déjà
dit ne pas employer des mots que Kazuki ne comprend pas ou que tu ne
peux pas épeler. » répliqua Kojirô en
jetant un coup d'œil sur sa propre feuille et en ôtant ses
pieds de la table.
- « C'est
Neeve ? »
- « Bien
sûr que c'est Neeve, Ken… » répondit
Sorimachi d'une voix ironique.
- « Bon
qu'est-ce qu'elle a pu faire cette fois-ci à notre
cher capitaine? »
- «
Arrêtez de parler comme si je n'étais pas là ! »
- « Donc
c'est Neeve ? » Ken et Kazuki le regardèrent
bien en face. Kojirô poussa un soupir et s'affala sur sa
table en fermant les yeux.
- « Elle
est insupportable. Elle me casse les couilles.»
-
« Dis-moi, il serait temps que nous la rencontrions la
miss… » suggéra Ken.
- « Ouais,
j'aimerai bien voir la chose. »
Kojirô
ouvrit les yeux mais ne bougea pas d'un centimètre.
- « Vous
ne pourriez pas la tuer pour moi ? » demanda-t-il
plein d'espoir forcé.
- « Cela
dépend… »
- « Vous
n'avez qu'à passer dimanche… Mais pitié, amenez
une tronçonneuse… » Kojirô referma les
yeux.
-
« Kojirô… ? »
- « Quoi
encore ? » grommela-t-il
- « Ce
n'est pas ce soir le remariage ? » consulta
doucement Ken.
-
« Humppfffff. J'avais presque oublié… »
- « … »
- « … »
- « Je
la hais. »
- « Ça
promet… » soupira Kazuki. Mais lui et Ken avaient un
grand sourire malicieux. Elle semblait très intéressante,
cette demoiselle. Et ils avaient toujours eu la main pour les choses
intéressantes… La chasse était officiellement
ouverte, et Neeve était la proie.
Kojirô
passa chez lui après les cours pour se réparer. Encore
une fois, il ratait l'entraînement. Sa mères et ses…
sœurs ??… étaient chez le coiffeur et
retrouveraient les « hommes » à la
mairie. Le programme était des plus simples. Un passage devant
le maire pour signer les accords de mariage, un tour au temple pour
faire semblant et puis un bon repas dans un restaurant plutôt
chic. Shouta voulait les emmener manger européen - français
- mais Keiko avait refusé pour les deux petits garçons
qui n'apprécieraient sûrement pas la haute
gastronomie.
Kojirô
se rendit dans la chambre des parents où Shouta finissait de
faire son nœud de cravate.
-
« Shouta-san, j'aimerai te parler »
- « Entre
Kojirô-kun. »
Kojirô
entra dans la pièce et vint se planter droit devant Shouta.
Ses yeux noirs se plantèrent droit dans ceux de son futur
beau-père.
- « Je
vais être clair. Si tu fais du mal à ma famille, je te
le ferai payer cher. »
- « Je
croyais que nous avions déjà eu cette conversation. »
soupira Shouta
- « Non.
Tu m'as convaincu que tu aimais ma mère et que tu voulais
faire son bonheur… donc celle de ma famille. »
-
« Ecoute… »
- « Non,
c'est toi qui écoute ! » coupa Kojirô
sans ciller un instant du regard. « Je respecte la
décision de ma mère et je vais la supporter. Je pense
que tu es sincère quand tu dis l'aimer. Mais cela ne veut
pas dire que tu ne vas pas foirer ton coup. Donc ne te plante pas. Ma
famille ne supportera pas un autre coup dur. Et mariage ou pas
mariage, je veillerai toujours au grain. Nous avons toujours tenus le
coup avant toi, et nous le pourrons toujours sans toi. »
- « Bien
sûr Kojirô-kun, c'est toi l'aîné…c'est
toi l'homme de la famille Hyûga » tenta d'apaiser
Shouta.
- « Je
le sais. Mais il ne faut pas que tu l'oublies. Jamais. »
- « Tu
vas un peu loin là. Je n'accepte pas que mon autorité… »
- « Est
tolérée, voire acceptée, mais pas acquise.
Jusque là c'était moi l'autorité parentale.
Et crois-moi elle se mérite l'autorité parentale. Tu
l'as dit toi-même. Et il n'y aura pas de seconde chance.
Pas avec moi. »
- « Donc
ça passe ou ça casse, n'est-ce pas ? »
railla légèrement Shouta. « Ce n'est pas
le bon moment pour cette conversation… »
- « Il
n'y a jamais eu ou n'aura jamais de bon moment pour cette
conversation. Je veux que tu comprennes bien que si tu fais un truc
qui ne me plaît pas, tu auras à faire à moi. Tu
ne voudrais pas que je sape ton pouvoir sur Neeve non ? C'est
ta fille, tes problèmes et même si sa mère aura
son mot à dire, au bout du compte c'est toi qui prends les
décisions. Ben c'est pareil pour ma famille. »
- « Bon,
ça suffit. J'ai compris. Et crois-moi je n'ai pas envie
de… comment as-tu dit ?... 'foirer mon coup'. Nous allons
être en retard ».
Kojirô
monta dans la place passagère avant avec un sentiment d'avoir
gagné par défaut. Shouta avait tout simplement fuit
l'affrontement. Il n'était même pas certain d'avoir
fait passer le message. Avait-il été tout bonnement
ignoré ? Le trajet jusqu'à la mairie fut
silencieux. Shouta les déposa devant les marches avant d'aller
chercher une place de parking. Neeve les attendait dans le couloir et
leur fit signe. Mamoru et Takeru se précipitèrent vers
elle, voulant voir leur mère.
-
« Attendez encore un peu. Mais venez par là ! »
Neeve s'accroupir devant eux et fit glisser une fleur en
boutonnière dans chacune des chemises des garçons. Puis
elle vérifia qu'ils avaient bien noué leurs cravates
et épousseta leurs pantalons. D'un mouvement gracieux, elle
se releva et s'approcha de Kojirô qui s'était appuyé
sur un mur en attendant.
-
« Baisse-toi, tu es trop grand » ordonna-t-elle
presque gentiment.
- « Je
peux faire ça tout seul » Kojirô soupira et
prit la fleur de mains de la jeune fille qui le regardait avec un
sourire en coin. « Quoi ? » aboya-t-il
presque.
- «
Ce n'est rien. » fit-elle d'un ton faussement
innocent. Mais elle remarqua que Kojirô était sur le
point d'exploser. Elle étrécit les yeux d'un
air presque menaçant. « Qu'est-ce que mon père
a fait ?» demanda-t-elle d'une voix parfaitement
glaciale.
- « … »
- « Je
connais mon père, Hyûga-san. Il peut être
extrêmement énervant. N'y fais pas attention. »
Elle parlait toujours d'une voix basse que Kojirô commençait
à connaître : danger à l'horizon. « S'il
te plaît, juste… juste ignore-le ? » Neeve
lui prit le bras et le serra assez fort pour que Kojirô sortît
de son ruminement renfrogné et la dévisagât.
Mais Neeve
s'était éloignée pour aller à la
rencontre de son père. Kojirô ne pouvait pas entendre ce
qu'ils disaient, mais nota bien que le comportement de la jeune
fille changea du tout au tout. Elle tourna sur elle-même pour
se faire admirer par son père et commença à se
trémousser. Lorsqu'ils rejoignirent le groupe, père
et fille étaient bras dessus dessous et riaient, elle avec une
voix une peu stupide. Shouta souriait ouvertement et semblait avoir
oublié son ressentiment. En passant, Neeve jeta un de ses
fameux coups d'œil à Kojirô, avec un on-ne-sait-quoi
de contentement. Cependant, Kojirô ne se sentit pas visé.Pour cette fois…
- « Hé ! »
appela Natsuko en sortant de la pièce devant tout le monde
attendait. « Maman dit que tout est prêt et que vous
pouvez entrer. »
Shouta en
premier, tout le monde entra dans la pièce.
- « Tu
as la cravate de travers » reprocha Natsuko à son
frère aîné.
- « Tu
n'es pas mal toi aussi » répondit-il en désignant
la robe de Natsuko.
-
« Attends de voir Maman ! »
En effet,
Keiko était vraiment belle. Son tailleur jupe beige clair
mettait en valeur son teint et faisait ressortir ses yeux qui
brillaient. Elle et Shouta se tenaient la main près d'une
fenêtre en attendant l'arrivée du maire. Neeve se
tenait en retrait, maintenant que son père avait été
maitrisé.
- « Je
peux savoir ce que tu lui as fait ? » demanda Kojirô
à voix basse. Neeve le l'avait pas vu venir, et sursauta.
- « Secret
féminin, mon cher. » fit-elle en haussant une
épaule. « Tu ne comprendrais pas. »
rajouta-t-elle en lui envoyant une pichenette sur le torse.
- « Tu
ne devrais pas mettre de talons, tu dépasses déjà
tout le monde. » riposta le jeune homme. « On
dirait une girafe maintenant. »
- « Tu
es simplement jaloux. »
-
« Jaloux ? Moi ? De quoi ? »
- « De
ce que je suis plus belle que toi tu n'es beau. »
Kojirô
aurait bien aimé continuer l'asticotage verbal, mais le
maire arriva. La cérémonie de mariage se passa sans
encombre. Un photographe vint prendre suffisamment de photos pour
éblouir Kojirô jusqu'à la fin de ses jours, et
une petite heure après, ils étaient dehors. Comme il
faisait assez froid, ils prirent la voiture pour aller au temple. Sur
le parking, Neeve fit la grimace. En effet, pour accéder
au temple, il fallait monter les vieux escaliers de pierre.
Hors, les vieux escaliers de pierre et les talons aiguilles font
deux. Il ne fallut qu'un instant pour qu'elle se retrouve à
la traine, malgré les encouragements de Natsuko. Kojirô
finit par la prendre en pitié et lui tendit la main.
- « Non
seulement tu es une girafe, mais une girafe bancale. »
- « Merci
Hyûga-san, vous êtes trop aimable ce soir. »
Mais elle s'appuya sur lui avec bonheur. « Au moins,
je suis capable de marcher sur des talons. J'aimerai bien t'y
voir. »
L'idée
de Kojirô Hyûga, terreur des terrains de foot, en talon
aiguilles était irrésistible. Neeve et Natsuko
commencèrent à glousser sans pouvoir s'arrêter.
Natsuko fila même raconter à ses deux jeunes frères
cette nouvelle blague.
- « Hé,
je t'interdis de transformer ma sœur en poule gloussante ! »
s'écria Kojirô en secouant Neeve.
- « Ne
fais pas… »
Trop tard.
Neeve venait de se tordre la cheville et dut se rattraper de tout son
poids au bras de Kojirô.
- « Tu
n'es pas légère. » bougonna-t-il pour la
forme. « Désolé. Ça va ? »
- « Pas
vraiment, mais ça va passer. Pour ton information, les filles
ça glousse. C'est un don naturel. »
- « Un
DON ? »
- « Mais
nous ne gloussons qu'en groupe. »
- «
Pff, qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre. »
- « Un
peu comme les commentaires salaces dès que deux garçons
se retrouvent ensemble… » ajouta Neeve avec un
haussement de sourcil narquois. « Bon, finissons-en avec
ses marches… »
- « Ouais,
comme ça tu pourras me lâcher le bras. Tu as pensé
à faire un régime ? » Mais il accorda
son pas à celui de la femme fille. Celle-ci ne répondit
pas, garda le sourire et, une fois arrivée en haut des marches
décolla délicatement sa main de son avant bras.
- « Merci
beaucoup. Tu es libre comme l'air désormais. »
Très
grande dame, elle s'éloigna de lui. Elle savait en effet
marcher avec des talons, et elle savait rouler des hanches. Hanches
mises en valeur pas sa robe marron chocolat qui lui arrivait juste au
dessus des genoux. Et Kojirô devait admettre que les talons
aiguilles, aussi emmerdatoires que cela pouvait être, donnaient
vraiment un boost appréciable au fessier des femmes. Surtout
quand elles savaient rouler des hanches.
Samedi matin, Ken et Kazuki retrouvèrent un Kojirô grognon par le manque de sommeil. La famille était pourtant rentrée tôt du restaurant. Les trois plus jeunes filèrent au lit, amis Neeve et Kojirô restèrent debout pour boire une coupe de champagne avec leurs parents. Une chose en entrainant une autre, ils burent toute la bouteille, puis une deuxième, tout en jouant au Mah-jong. Keiko et Shouta étaient très bons, Kojirô avait un esprit compétitif poussé et Neeve était mauvaise perdante. La soirée fut ponctuée de rires et râlements et tous ne se couchèrent que très tard.
Bien qu'ils ne veuillent pas l'admettre, les deux footballeurs étaient assez curieux de voir la nouvelle maison de Kojirô, avec ou sans peste de sœur à l'horizon. Ils réussirent à se contenir jusqu'au dimanche après-midi où ils raccompagnèrent Kojirô chez lui. Comme ce dernier s'y attendait, ils éclatèrent de rire en voyant la façade rose et firent la grimace devant l'architecture générale de la maison. Mais ils ravalèrent tout commentaire en visitant le rez-de-chaussée. Shouta avait gardé son grand poste de télévision 16/9, équipé de tous les gadgets possibles. Avec le bon gout de Keiko et les moyens financiers de Shouta, la maison était maintenant décorée avec soin et donnait une impression chaleureuse et conviviale.
Kojirô
savait que la maison serait presque vide. Il avait reçu un
texto de sa mère peu avant que l'entraînement ne
commencât, qui lui disait que Natsuko était à son
école pour préparer la « boom de Noël »,
et qu'elle et Shouta étaient au parc avec les deux plus
jeunes. Un gaspillage de fric, un mot sur le frigo aurait suffit.
Tu parles d'une urgence… Neeve ayant l'habitude de mettre
de la musique ou de jouer à la guitare dès qu'elle
était seule – et elle avait eu raison, elle en faisait du
bruit ! – Kojirô trouva la maison silencieuse… Trop
silencieuse.
-
« Hase ! » appela-t-il depuis la cuisine.
- « Oui,
quoi ? » répondit une voix depuis l'étage.
Kojirô trouva le ton suspicieux. Suivi de Ken et Kazuki il
grimpa les escaliers.
- « Tu
es dans ta chambre ? »
-
« Mouais, je me change. » En effet la salle de
bain était encore pleine de buée.
- « Tu
es seule ? »
- « Et
qui crois-tu que j'ai dans ma chambre ? »
répliqua-t-elle en sortant brusquement sur le palier. Mais
Kojirô remarqua qu'elle avait fermé soigneusement sa
porte derrière elle, alors qu'elle la laissait toujours
claquer.
- « C'est
bien pour ça que je te le demande… Tu es vraiment
seule ?»
Neeve se
planta devant lui, les points sur les hanches et le maintint son
regard.
- « Je
viens de te le dire. Mais tu peux aller vérifier si tu veux. »
Elle ne
rougit ni ne bégaya. Kojirô savait que les coupables,
qu'il s'agisse des joueurs ayant joués comme des prunes ou
de frères ayant fait une bêtise, ne pouvaient supporter
son regard. Elle, elle ne cilla pas un instant. Il était
toujours méfiant mais devant le manque de preuve, il préféra
laisser tomber le sujet.
- «
Où vas-tu comme ça ? »
- « Je
dors chez Ayame ce soir. » Neeve secoua un sac de sport et
son sac de cours. « J'irai directement en classe avec
elle. »
- « Et
tu y vas habillée comme ça ? »
-
« Pourquoi pas ? Tu as quelque chose contre ma
jupe ? »
- « Elle
est un peu courte. »
- « C'est
fait pour. N'est-ce pas les gars ? » Elle prit Ken
et Kazuki à partie. « Heureuse de vous avoir
rencontrés. »
Neeve
agita la main en passant près d'eux et disparut dans
l'escalier. Sorimachi et Wakashimazu la suivirent du regard bouche
bée. Elle avait de très belles jambes, et un joli
derrière bien moulé dans sa presque mini-jupe, ce dont
Kojirô ne leur avait jamais parlé. Celui-ci s'était
avancé et regardait par la fenêtre du couloir, celle qui
donnait sur la rue. Il vit clairement Neeve monter derrière
quelqu'un assis sur un gros scooter noir. La jeune fille passa les
bras autour de la taille du conducteur et le scooter parti en un
vrombissement sonore.
- « Ayame
hein ? » siffla-t-il entre ses dents.
Pour en
avoir le cœur net, il ouvrit la porte de la chambre de la jeune
fille. N'y ayant jamais mis les pieds depuis le déménagement,
il ne pouvait dire si le désordre qui y régnait était
normal. Cependant, il n'y avait aucune trace qu'une autre
personne avait été ici, et le lit était fait,
une pile de linge fraîchement repassé posé sur le
coin, exactement là où Keiko avait l'habitude de
déposer les vêtements.
-
« Ayame? » répéta Kojirô.
« Elle me prend vraiment pour un con… Quoi,
qu'est-ce que vous avez tous les deux ? » apostropha-t-il ses deux amis qui fixaient toujours les escaliers où
Neeve avait disparue.
- « Euh…
c'était elle, Neeve ? » demanda Ken.
- « Non,
c'était Madonna. » répliqua Kojirô.
- « Je
vois ton problème. Tu n'es pas sorti de l'auberge… »
nota doctement le gardien de but.
- « C'est
moi, ou tout le monde a noté qu'elle était
VRAIMENT mignonne ? » laissa enfin tomber Sorimachi. Ce
qui lui valu un regard noir de la part de Kojirô mais un
hochement de tête affirmatif et appréciatif de Ken. « Et
puis, elle a un de ses arrières trains… Capitaine, je
suis trop jaloux ! »
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