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Chapitre 5 :

Rosa descendit les escaliers à toute vitesse et atterrit dans le hall d'entrée, haletante. Descendre tous ces escaliers en courant, ce n'était pas trop du luxe !

Elle attendit de reprendre son souffle avant de se diriger vers la porte qui menait au dehors.

La montre à gousset, qu'elle n'avait pas enlevée, reposait tranquillement sur sa poitrine, et se mit à refléter le soleil de fin d'après-midi quand Rosa sortit dehors.

« Alors voyons…qu'est ce qu'elle disait déjà ? Il faut que je trouve un certain Chrno…dans une forêt au fond d'une crypte…Et bah, c'est pas très rassurant ça ! » Marmonna la jeune fille, pensive.

Elle regarda le ciel.

« En plus, il va bientôt faire nuit…quoique en été, les jours sont plus longs. J'ai donc encore un peu de temps devant moi. »

Rosa avisa la forêt qui se trouvait face à elle. C'était un alignement étendu d'arbres plutôt grands et touffus. La lumière du soleil ne semblait pas trop traverser les feuilles, du coup, la forêt semblait sombre et menaçante.

« Ou peut-être aussi que je me fais des idées… »Pensa la jeune fille blonde, en déglutissant.

Elle prit une profonde inspiration et s'en alla, d'un pas résolu vers l'imposante forêt de Seventh Bell.

« Aïe ! »

Rosa se frotta la joue, la où une branche l'avait fouettée alors qu'elle avançait prudemment parmi les arbres. Elle s'était cassé la figure une bonne douzaine de fois en se prenant les pieds dans des racines ou en butant contre un caillou et s'était pris un nombre incalculable de branches dans la poire. Résultat : ses habits étaient sales et déchirés par endroit, ses cheveux, qu'elle laissait à présent flotter librement sur ses épaules, étaient tout emmêlés et pleins de feuilles et de brindilles. Et sa figure était toute égratignée. Ses chaussures étaient dans un état lamentable. Bref, on aurait presque dit une sauvageonne.

« Pff, c'est pas possible d'être maladroite à ce point ! Je me demande de qui je tiens ça moi… »

En plus, il faisait moins chaud dans la forêt qu'en dehors, du coup, Rosa avait parfois la chair de poule. Pas seulement à cause du froid, avouons le.

Pour se rassurer, la jeune fille se mit à chantonner, à mi-voix.

« None sing so woldly well as the angel Israfel…»

C'était une vieille chanson que son père lui chantait parfois, quand elle était petite. Il disait la tenir de son grand-père, Joshua. Rosa aimait beaucoup cette chanson. Cela la rendait un peu nostalgique, sans trop savoir pourquoi.

« And the giddy stars ceasing their hymns, attend the spell of his voice, all mute…tottering above in her highest noon...the enamored moon blushes with loooOOOO...????!!! »

Sans trop faire attention où elle marchait, Rosa venait de poser le pied sur un truc guère résistant qui avait cédé sous son poids.

Après une petite chute d'à peine deux secondes, voilà que la jeune fille se retrouvait les fesses dans de l'eau, en train de grimacer de douleur en se frottant les reins.

« Ouille ouille ouille…ça fait maaaal ! » Gémit-elle.

Elle regarda autour d'elle pour savoir où elle pouvait bien se trouver. L'ennui c'est que l'endroit où elle avait atterrit était plutôt sombre, et il était impossible d'y voir à plus de deux mètres à la ronde.

« Me voilà bien…je fais comment pour ressortir moi ? Bon sang, il doit bien y avoir une sortie quelque part…hein… » Murmura t-elle, guère rassurée dans cet endroit lugubre.

C'est alors qu'elle remarqua qu'elle barbotait dans de l'eau. Et que du coup, elle était trempée.

« Naaan ! Mon short ! Mes godasses ! Mais c'est quoi ce plan, hein ?! Geignit Rosa, à la fois furieuse et désespérée.

Elle prit de nouveau la montre à gousset par la chaîne et se mit à lui crier ses quatre vérités…pour peu que l'on puisse dire ses quatre vérités à une montre…

« Mais pourquoi fallait-il que je fasse ce que tu me disais maudite pendule de {BIP} ?! Pourquoi j't'ai pas dit non au risque que tu viennes me hanter pendant mon sommeil, hein, pourquoiii ? En plus, maintenant je sais même pas comment faire pour ressortir moi ! Et si je sors pas, je fais comment pour trouver ce Chrno ? »

Aussitôt, à l'appellation du nom de Chrno, la montre fut parcourue d'étincelles mauves, comme de l'éléctricité. Surprise, Rosa la lâcha. Cette montre à gousset n'était, mais alors, pas du tout normale. Elle lui faisait peur. Mais qu'est ce que c'était au juste ? Mystère et boule de gomme…du moins, pour le moment.

L'étrange horloge fut de nouveau parcourue d'étincelles. Elle semblait vouloir montrer une direction.

« Quoi ? Tu vas me faire sortir d'ici, c'est ça ? Bah j'espère que oui, hein, parce que sinon… »

Elle avait atterri dans une sorte de couloir souterrain, plutôt vieux. Les murs, étaient gris foncés, pour ne pas dire noirs, et la végétation semblait avoir reprit ses droits. De la mousse, des lierres et pleins de mauvaises herbes poussaient un peu partout, et de jolis spécimens, comme les araignées par exemple, s'étaient installés dans des petites cavités ou bien dans les coins sombres. Bref, on pouvait aisément constater que cet endroit était abandonné depuis très longtemps. Il était fort probable que plus personne ne connaisse son existence, de nos jours…

Deux directions étaient possibles dans ce souterrain : soit aller à droite, soit à gauche. On n'avait pas réellement l'embarras du choix, mais il valait mieux prendre la bonne direction, pour éviter de se perdre, par pur hasard.

« Et toi, qu'est ce que tu en penses ? » Demanda Rosa, à la montre à gousset.

La jeune fille se sentait un peu bête de parler comme cela à une montre, mais vu que l'horloge semblait doué d'une vie propre et avait l'air d'en savoir plus qu'elle, et bien…

La vieille montre se mit à produire des petits éclairs violets quand Rosa se tourna vers la gauche. La jeune fille l'interpréta comme une réponse.

« Par là ? Bon… »

L'adolescente partit donc vers la gauche.

Au fond d'elle-même, elle n'en menait vraiment pas large : elle, une ado comme les autres venant tout juste d'emménager dans un nouvel endroit, se trouvait confrontée à des choses qui, pour le moment, la dépassaient complètement. Tout cela avait commencé quand la jeune fille blonde avait trouvé cette étrange montre à gousset…ce serait tellement bien d'en apprendre plus à ce sujet ! Mais qui pourrait lui fournir les réponses qu'elle attendait ?

Rosa marcha encore un long moment, seule dans le noir. Elle grelottait de froid et de peur. A chaque instant, elle s'attendait à ce qu'un monstre terrifiant assoiffé de sang lui saute à la gorge.

« J'ai regardé trop de films d'horreur avec les copines moi… » Pensa t-elle, un peu mélancolique en se souvenant de ses amis du Missouri, là où elle habitait avant de venir ici.

Soudain, une grande porte en pierre apparut devant elle.

Elle avait l'air blindée et bien fermée. Il semblait impossible de l'ouvrir.

« Génial, tu m'as menée dans une impasse ! A moins que ce soit moi qui ai mal interprété ta « réponse » ! »

Comme pour la contredire, la montre à gousset se mit à étinceler encore plus, d'une manière plutôt insistante.

« Quoi ? Mais il n'y a rien ici ! Et si tu me demandes d'ouvrir la porte, alors là je crois que j'en aurais pour un siècles…voire plus, et le problème c'est que mon espérance de vie en tant que humaine est plutôt réduite ! Mais bon, je vais pas non plus te faire un cours de sciences nat' ! » Grommela la jeune fille.

Ca lui faisait du bien de parler. Cela lui permettait d'extérioriser un peu sa peur afin de se donner une contenance.

Elle se tourna néanmoins vers la porte, l'air dubitatif. Elle s'aperçut qu'au dessus de la porte étaient dessinées d'étranges arabesques et que ces courbes se rejoignaient pour former un blason avec une croix à l'intérieur. Une croix religieuse.

Rosa ouvrit de grands yeux.

« Se pourrait-il que je sois dans la crypte ? » se demanda t-elle.

Elle s'était rapprochée et tendait la main vers l'un des battants de la lourde porte de pierre.

Il se passa alors quelque chose de très étrange : dès que Rosa toucha la porte, il y eu un brusque flash aveuglant, parcouru d'étincelles blanches. Sans le savoir, la jeune Christopher venait de toucher une croix gravée dans la pierre du battant de la porte. Et étrangement, le symbole religieux venait de réagir à son contact.

« Ouaaah ? Mais qu'est ce qui se passe ?! »

La jeune fille ignorait bien sûr que, bien des années auparavant, des personnes appartenant à sa famille avaient vécus la même chose, à quelques détails près.

Avec un énorme grincement, la porte s'ouvrit lentement. Apeurée, Rosa recula. Mais la curiosité l'empêchait de s'enfuir alors que son cerveau lui hurlait de le faire.

Quand la porte se fut, apparemment, totalement ouverte, Rosa avança d'un petit pas timide.

Tout d'abord, elle ne distingua rien, l'obscurité était trop grande. Puis, petit à petit, la jeune fille parvint à distinguer des formes.

Elle s'avança un peu plus, sa curiosité l'emportant sur sa crainte. Elle distingua une sorte d'autel, sur lequel reposait une étrange boîte, de la dimension d'un homme. Avec effroi, Rosa s'aperçut qu'il s'agissait d'un cercueil.

« Mon Dieu, mais que… ?

-Qui est là ? »

Rosa se retint de hurler. Sa peur avait repris le dessus et elle tremblait de tout son corps. Elle crut qu'elle allait pleurer. La voix qui venait de retentir était celle d'un homme, un peu rauque mais nullement agressive…

« Qui est là ? La lumière est trop grande, je ne vous vois pas… »

« Tant mieux ! » pensa la jeune Christopher en se mordant la lèvre. Elle recula de nouveau.

Elle entendit comme un froissement et elle aperçut une silhouette, tout prêt de l'autel, se redresser. A priori, c'était un homme de grande taille. Il devait frôler le mètre quatre-vingts…

Sauf que pour le moment, Rosa s'en fichait un peu. Elle continua de reculer, son cerveau la suppliait de se barrer fissa. Mais pour aller où ? Elle était coincée…

La montre à gousset, qui ne s'était pas manifestée depuis un petit moment fut de nouveau parcourue d'éclairs mauves et elle se mit à tressauter contre la poitrine de l'adolescente.

« Mais c'est…qui êtes-vous ? Demanda la voix. A son ton, on pouvait deviner qu'elle était stupéfaite voire même plus.

La silhouette fit un pas, un peu maladroite. A cet instant, Rosa put de nouveau parler.

« N'approchez pas… »

La jeune fille blonde trouva sa voix pathétique sur le moment : elle la voulait ferme, elle n'avait réussi qu'à gémir comme une pauvre petite fille. Quelle nulle vraiment !

« Je vous en prie, dites-moi qui vous êtes. Pourquoi portez-vous l'Horloge du Temps sur vous ? » Reprit l'homme.

Il refit un pas dans sa direction. Rosa poussa une exclamation étouffée.

L'inconnu venait d'apparaître dans la lumière que laissait passer la porte. Il était dans un état lamentable : ses cheveux hirsutes et noirs étaient gras, ses vêtements étaient miteux et sales, déchirés par endroits. Et il était couvert de bandages qui avaient grandement besoin d'être changés. Il en avait autour de la tête, qui lui cachait une partie du visage, comme s'il était borgne. Son bras gauche était bandé lui aussi, et couvert de sang séché. Son autre bras était caché sous la grande toge qu'il portait alors.

La peur de Rosa s'évanouit d'un coup en le voyant dans cet état.

« Mon Dieu, mais dans quel état vous êtes ! Il faut qu'on vous soigne, depuis combien de temps êtes-vous comme ça ?! »

L'homme parut surpris. Il s'avança encore un peu, plissant son unique œil vers la jeune fille, pour mieux la détailler sans doute. Rosa s'aperçut que la personne était étonnamment jeune. A peine vingt ans, pas plus…

Le jeune homme poussa soudain une exclamation de surprise, et se précipita vers l'adolescente qui poussa un cri et recula le plus loin possible. L'inconnu se figea, se rendant compte qu'il venait d'effrayer la jeune fille.

« Je…excuse moi, Rosette, je ne voulais pas t'effrayer… »

Rosa ouvrit de grands yeux.

« Je ne m'appelle pas Rosette, et j'ignore qui c'est. Moi, je suis Rosa, et j'aimerais bien que quelqu'un m'explique une bonne fois pour toute cette histoire !!! » Hurla t-elle, en pétant son câble.

Ce fut au tour du jeune homme de reculer, surpris par la colère de la jeune fille.

« Mais…euh…si tu n'es pas Rosette…qui es-tu ? Tu lui ressembles tellement…

-Je te l'ai déjà dit ! Je m'appelle Rosa. Rosa Christopher. Et je voudrais que quelqu'un m'explique ce que c'est que cette histoire d'Horloge du Temps et de Rosette !

-Ros…Rosa Christopher ?

-Ouais !

-Alors tu es de la même famille que Rosette ?

-Qu'est ce que j'en sais ? Je sais même pas qui c'est !

-Tu n'as jamais entendu parler de Rosette Christopher ?

-…non. Ou peut-être très vaguement. Mais cela ne m'explique pas qui tu es ! Qu'est ce que tu fiches ici, enfermé dans une tombe ?

-Je…c'est une longue histoire…

-M'aurait étonnée aussi…et qui es-tu ?

-En quelle année sommes-nous ?

-C'est un prénom ça ?

-Répond s'il te plaît, et je te dirais qui je suis…

-Nous sommes en 2005. »

L'inconnu sembla méditer ces paroles pendant quelques secondes. Puis, il redressa la tête et planta son regard dans celui de Rosa.

« Je me nomme Chrno. Et j'ai connu ton arrière grand-mère ou grande tante, je ne sais pas très bien…

-Mon arrière-grand-mère s'appellait Azmaria…et si tu me dit que tu as connu mon arrière grande tante, cela veut dire que tu as…plus de soixante-dix ans ! C'est impossible !

- Oui, en réalité, j'ai plus de soixante-dix ans…j'en ai deux mille… »

Rosa cligna plusieurs fois des yeux, ne semblant pas y croire (un peu normal me direz-vous XD). Puis soudain, elle partit dans un grand rire nerveux, surprenant Chrno. La jeune fille riait de plus en plus fort, son rire devint presque hystérique. Puis aussi brusquement qu'il avait commencé, l'adolescente se tut.

« Ca, c'est la meilleure blague que l'on m'ait dite aujourd'hui…vraiment… »

Puis sans prévenir, elle s'écroula au sol, évanouie.