Chapitre 6 :

Le soleil commençait à se coucher. Il faisait toujours aussi chaud mais la température baissait un peu à la tombée du soir, apportant une touche de fraîcheur aux habitants de Peabody.

De nombreuses personnes vaquaient encore à leurs occupations : les commerçants continuaient de tenir leur magasin ouvert, des gens de tout âge et de toute catégorie déambulait encore dans les rues, des enfants jouaient bruyamment dans des parcs ou dans leurs jardins, parfois en compagnie d'amis, les jeunes de la ville se préparait à aller soit en boîte, soit au cinéma ou dans d'autres lieux où ils pourraient passer la soirée. Personne n'avait encore envie de rentrer chez soi pour le moment.

Assis seul sur un banc, Aion regardait tout cela avec amusement et nonchalance. Sur son épaule, un aigle au plumage marron et blanc et aux yeux jaunes perçants jetait des regards hostiles à toutes les personnes qui faisaient mine de regarder dans sa direction. Plus loin dans un parc, un groupe d'enfants jouait au ballon en criant et en riant.

« Je suis toujours aussi étonné…de voir que même après plus de soixante dix ans, les humains n'ont guère changés… »

L'aigle battit alors des ailes, comme pour montrer qu'il était entièrement d'accord.

Il y eut alors un léger silence, seulement troublé par les cris des enfants dans le parc.

Aion esquissa un sourire, le regard perdu au loin.

« Le temps non plus ne change pas, ou alors très légèrement. Regarde, il semblerait que ce qui s'est produit deux fois par le passé avec Marie de Magdala et Rosette Christopher ne veuille se reproduire une troisième fois avec cette fois, une descendante de Rosette. »

Cette fois, le rapace poussa un cri, approbateur.

Le sourire d'Aion s'agrandit.

« Et cette fois-ci, je n'échouerai pas. Chrno a presque failli m'avoir la dernière fois. Mais aujourd'hui, je serai prévoyant. De plus, à l'heure qu'il est, ce cher Chrno ne doit plus être que l'ombre de lui-même, ou presque…vu que j'ai réussi à lui voler ceci. »

Le Démon sortit de sa veste ce qui semblait être un morceau de bois ou un pieu à bout pointu. Il l'éleva vers le ciel qui se colorait de rose et d'orange, comme pour mieux l'admirer.

« L'une de ses cornes…Avec l'autre, il n'a que la moitié de ses pouvoirs…mais peu pour pouvoir se régénérer entièrement. Mais il a tout de même de la chance, il a toujours ses cornes, lui. Moi, je suis sans cesse obligé de contracter des pactes pour me maintenir en vie désormais… »

Le regard d'Aion s'assombrit. Sa main de crispa sur la corne.

« Je pourrais très bien la détruire pour qu'il ne puisse plus jamais utiliser ses pouvoirs autrement que grâce à un contractant, mais… »

L'horloge de l'église de Peabody l'interrompit en sonnant dix-huit heures.

Aion soupira avant de se lever. L'aigle battit des ailes pour aller se poser sur l'épaule de son maître.

« Je vais rentrer. Mona doit m'attendre. Toi, rends-toi chez cette fille, Rosa Christopher. Surveille-la et si tu as du nouveau, préviens-moi. »

Le rapace poussa un nouveau cri et prit son envol. Il s'envola vers le ciel, dans une direction précise.

Aion resta quelques instants immobile, à fixer le ciel. Puis il se remit en marche, les mains dans les poches de son pantalon blanc. De nouveau, un sourire vint éclairer son visage tandis qu'il serrait la corne de Chrno à l'intérieur d'une de ses poches.

« Je sens que je vais recommencer à m'amuser… »

Rosa flottait. Seule dans les ténèbre. Elle avait beau regarder tout autour d'elle, il n'y avait que l'obscurité qui l'entourait.

« Où suis-je ? Pourquoi je flotte ? Se demanda t-elle, les yeux grands ouverts.

Elle ne voyait rien, ce qui lui donnait la désagréable impression d'être aveugle.

Soudain, un rayon de lumière apparut et Rosa sentit une main lui saisir le poignet pour la hisser vers la lumière.

« Ah ! »

Elle ferma les yeux, aveuglée. Quand elle les rouvrit, elle se rendit compte qu'elle était nue, et qu'elle flottait de nouveau, mais autour d'une…montre à gousset !

« Ca alors ! Mais comment est-ce que… ? »

Il s'interrompit soudain. Devant elle venait d'apparaître une silhouette. Peu à peu, l'ombre prit une apparence humaine, devenant une jeune fille.

Rosa eut un hoquet. Cette fille…elle l'avait déjà vu ! La montre à gousset lui avait montré plusieurs images où elle avait pu voir une jeune fille en tenue de religieuse courir à travers des ruelles sombres, des revolvers à la main. Et maintenant, voilà que cette même fille se retrouvait devant elle !

« Mais…t'es qui toi ?

-Devine ! Répondit la jeune fille, en croisant les bras.

-Comment suis-je censé savoir qui tu es ?

-Bah, si t'avais un peu de logique aussi…

-Pardon ?

-Je t'en prie. Je suis Rosette Christopher, ton arrière grande tante. Enchantée de te connaître Rosa.

-Mais…mais…mais…c'est pas possible ! Tu devrais être morte !

-C'est le cas. Je suis un fantôme.

-QUOIIII ?!!

-C'est moi qui t'ai demandé d'aller trouver Chrno.

-Comment ça se fait ?

-J'ai utilisé la montre à gousset pour ça. J'ai essayé de communiquer avec toi mais au début t'as eu peur. J'ai également tenté de t'avertir quand tu as rencontré Aion mais ça n'a pas marché, rien ne s'est produit. Puis, j'ai réussi à te contacter pour que tu ailles chercher Chrno.

-Mais pourquoi ?

-Ce type, Aion, il est super dangereux, tu dois absolument te méfier de lui !

-C'est déjà fait. Il me fout les boules ce gars !

-Et encore, tu ne l'as pas vu dans toute sa splendeur ! Bon écoute, j'ai plus beaucoup de temps. N'ai pas peur de Chrno, à lui, tu peux lui faire confiance. Je voudrais que tu te rendes à Chicago, aussi.

-Heeeeinnn ?! Mais t'es malade !

-C'est important ! Il faut absolument que tu retrouves les autres Apôtres avant Aion !

-Mais pourquoi ?C'est qui les Apôtres ?

-Il se trouve que ce sale binoclard veut de nouveau emmerder le peuple. Chrno t'expliquera tout mieux que moi, en attendant fais ce que je te dis !

-Mais…mais…

-Je dois repartir…je pense que l'on se reverra bientôt…

-Attends, je…je ne…

-Fais confiance à Chrno… »

Et Rosette disparut, comme happée par quelque chose. Rosa n'eut pas le temps de se poser des questions. Elle se sentit tomber à travers les ténèbres et puis soudain…elle ouvrit les yeux.

Aion sortit ses clés de sa poche et ouvrit sa porte. Il pénétra dans l'appartement où il habitait depuis quelques temps déjà. Tout était plongé dans l'obscurité et l'endroit dégageait une légère odeur de renfermé. Aion poussa un soupir et entreprit d'aller ouvrir quelques fenêtres histoire d'aérer un peu avant qu'il ne fasse totalement nuit. La lumière de fin d'après-midi illumina toutes les pièces quand cela fut fait.

Ensuite, le Démon se prépara un café dans la cuisine. La vaisselle n'avait pas été faite. D'ailleurs, presque tout était en désordre dans l'appartement. Des vêtements traînaient partout ainsi que de nombreux objets, la plupart non identifiés. De plus, il semblait y avoir longtemps que personne n'avait fait le ménage ici. Les meubles étaient poussiéreux et le carrelage était noir de crasse, sans exagération.

Aion se servit son café, but une gorgé et cria :

« Mona ! Viens ici s'il te plait. »

Tout d'abord, il n'y eut rien. Puis, une porte s'ouvrit quelque part du côté du salon qui jouxtait à la cuisine, et une jeune fille apparut.

Elle semblait avoir seize ans et elle était dans un drôle d'état : ses cheveux longs et châtains clairs étaient sale et emmêlés, elle portait des vêtements trop grands pour elle et qui avait vraiment besoin d'être lavés. Elle était pieds nus et elle avait l'air très fatiguée. Sous ses yeux d'un noir profond, légèrement en amande, se dessinaient des cernes mauves et ses traits étaient tirés.

Elle s'avança d'une démarche traînante, comme un zombie.

« Skiya ?

-Il y a que je ne peux pas m'absenter plus de quelques jours sans retrouver la maison sans dessus dessous. Qu'est ce que je t'avais dit Mona ?

-D'faire l'ménage.

-Exact. Et ce que tu m'as obéi ?

-Hon.

-Et pourquoi je te prie ?

-La flemme… »

Sur ces mots, Mona se dirigea vers l'évier et piocha une tasse à café qui semblait encore assez propre. Elle se retourna pour s'avancer vers la table où était installé Aion et attrapa la théière pour se verser elle aussi du café.

« Mona, Dit Aion, depuis combien de temps ne t'es tu pas lavée ?

-Sais pas.

-Et bien dès que tu auras fini ton café, tu iras prendre une douche, immédiatement.

-Han-han.

-Et demain tu commenceras à faire le ménage.

-Han-han. »

Aion n'avait pas l'air étonné par la façon dont Mona répondait. Elle était comme ça depuis qu'il l'avait rencontré, il y a quelques années.

« Il s'est passé quelque chose en mon absence ?

-Hon.

-Pas de coup de fil ? Rien ?

-Hon.

-Très bien. »

Il y eu un silence, seulement troublé par le bruit de la cuillère que Mona faisait tourner dans sa tasse.

« Prochainement, nous irons tous les deux rendre visite à quelque qu'un. Il y aura une fille de ton âge, tu ne devrais pas t'ennuyer. »

La jeune fille aux yeux cernés leva la tête vers lui. Une petite lueur de curiosité se lisait dans son regard.

« Elle s'appelle Rosa Christopher.

-Pourquoi qu'on va rendre visite ? »

C'était assurément le plus longue phrase qu'elle avait eu à prononcer aujourd'hui, même si elle était mal formulée.

-C'est pour voir si une vieille histoire risque de se reproduire…je t'ai déjà raconté n'est ce pas ?

-Mmmh…Fit Mona, en hochant légèrement la tête, les yeux perdus dans la vague.

-De plus, la gamine m'intéresse également…

-Pacte ?

-Non. »

Il y eu un autre silence, beaucoup plus long. Ce fut Mona qui le brisa en se levant de sa chaise et en se dirigeant vers la salle de bain qui se trouvait aussi près du salon.

Aion resta seul pendant de longues minutes. Il entendit la douche se mettre en marche. Plusieurs minutes après, Mona réapparut, propre, avec une chemise de nuit blanche qui sentait la lessive et les cheveux bien peignés.

« C'bon ?

-Oui c'est bon. Va te coucher maintenant. Bonne nuit.

-'nuit »

Le Démon entendit la porte de la chambre de Mona claquer et puis plus rien, l'appartement redevint une nouvelle fois silencieux.

Aion soupira et jeta un œil par la fenêtre.

« Mise à part ça, il va falloir que je mette la main sur les autres Apôtres. »