Bon, si je ne suis pas gentille ! Deux chapitres en un jour. Parce que j'aime celui-ci, même s'il ne se passe rien d'extraordinaire, mais parce qu'il est rempli de clins d'œil pour ma copine « A ». Bon anniversaire encore !

Merci àLetie, qui est seule qui parvienne à commenter aussi vite que j'écris.

Mais là je vais ralentir un peu parce que j'ai du boulot en vue. Mais je pense pouvoir mettre un chapitre en ligne d'ici samedi-dimanche.

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Publié : 04 décembre.

Révisé : 28 décembre 2007

Chap. 16 -Mieux vaut tard que jamais.

Il était encore sous le choc de cette révélation quand Neeve rentra de son boulot. Il était dans la cuisine, la tête dans le frigo en train de chercher un truc à manger. C'est fou ce qu'il pouvait avoir faim ! Il avait toujours eu la fringale après avoir été malade. C'était le signe qu'il était guéri. Mais cela le dissimula aux yeux de la jeune fille qui arriva en trombe.
- « Je HAIS Noël ! Qu'est-ce qu'on vient me faire chier – pardon Natsuko – avec cette foutue fête ! Ce n'est même pas Japonais d'abord ! Et puis c'est morbide de célébrer la naissance d'un type qui est mort depuis deux siècles. »
- « Tu hais Noël ou tu hais les clients ? » devina judicieusement Natsuko.
Neeve se lança dans le récit coloré et fort en langue de pute – pardon Natsuko – de sa matinée passée à servir des tonnes de clients tous plus aussi abrutis les uns que les autres. Et apparemment, elle avait dû bosser avec une fille qu'elle détestait. Finalement elle se trouva à court de souffle et se laissa tomber sur un siège du bar américain.
- « Bon ce n'est pas tout. Il dort encore, le beau au bois dormant ? »
- « Non ! » tonna Kojirô derrière elle en la faisant bondir de plusieurs mètres. Elle baissa la tête gênée et resta silencieuse.
- « Bonjour. » dit-il tranquillement.
- « Oui, bonjour. » répondit-elle sans croiser son regard. « Je pense qu'il est temps de changer ton pansement. Natsuko, veux-tu que je te montre comment faire, au cas où ? »
- « Non, moi je n'aime pas le sang et les blessures. »
- « Hé bien, tu es mal partie dans la vie. » commenta Neeve gentiment. « Hyûga-san, il faut mieux faire ça dans une salle de bains. »
Ils allèrent dans la salle de bain du rez-de-chaussée. Neeve se pencha sur la main et l'examina soigneusement. Puis elle mit des gants et entreprit de désinfecter. Elle soufflait sur la paume à vif après avoir passé le tampon imbibé pour apaiser la douleur et Kojirô trouva ça mignon. Penchée sur sa main, il ne voyait que le haut de son crâne.
- « Tu sais que tu deviens chauve ? » plaisanta-t-il pour combler le silence.
- « Je ne deviens pas chauve et arrête de bouger. Là ! Est-ce que tu peux plier le poing ? »
Kojirô s'exécuta et curieusement cela ne faisait pas aussi mal qu'avant.
- « Tu cicatrises bien ! On pourra enlever le bandage dans deux jours, je pense. » Elle refit le pansement rapidement, rangea le matériel et sortit de la pièce.
- « Est-ce que tu boudes ? » demanda Kojirô en la suivant. Il voulait en avoir le cœur net. Il n'allait pas s'arrêter de vivre parce que mademoiselle ne savait pas choisir ses fréquentations. Et puis il se rappelait qu'elle était venue le soir hier soir… pour s'excuser donc elle lui devait bien ça.
- « Non. »
- « Mais tu me fais la tête. »
- « Non. »
- « Donc tu m'évites ! »
- « Mais NON ! Tu es exaspérant ! » fit-elle en se retournant si vite qu'il se cogna contre elle.
- « Tiens, c'est moi qui est exaspérant ! » répliqua-t-il.
- « Je t'ai déjà dit que je ne m'engueulerais pas avec toi ! »
- « Pourquoi pas ? Nous avons des comptes à régler toi et moi. »
- « Non. » Neeve remontait vers sa chambre. Il la suivit. « Arrête de me suivre. »
- « Hé, je te signale que j'habite ici aussi ! »
- « Comme si je pouvais l'oublier. »
- « Reviens ici je te parle ! »
- « Parle à mon cul, ma tête est malade. »
- « HASE ! » Elle stoppa sur la dernière marche de l'escalier. Leurs yeux étaient juste à la même hauteur. Cette fois, elle ne put éviter son regard. Et elle ne put le soutenir.
- « Quoi ? » marmonna-t-elle en détournant la tête.
- « Aaaaaaaaah, tu m'énerves ! Je veux te parler calmement mais tu as toujours le chic pour me provoquer! »
- « Qu'est-ce que j'ai encore pu faire pour te provoquer, hein ? Je ne t'ai pas parlé, je ne t'ai même pas regardé. ! »
- « Justement ! »
Il la prit par l'avant bras et la traîna vers sa chambre. Il l'a poussa sur sa chaise de bureau.

- « Assieds-toi ! » « Et ferme-la ! » ajouta-t-il en la voyant prête à riposter. Neeve s'assit en croisant une jambe sur l'autre et le regarda avec une moue. « Tu…tu m'énerves ! » commença-t-il. « La ferme ! » répéta-t-il quand Neeve ouvrit la bouche. « Je ne sais jamais comment te prendre. Si je suis gentil, tu me jettes, si je décide de ne pas m'occuper de toi, tu viens me faire chier jusque dans ma chambre, et quand je décide de te pardonner, c'est toi qui fais ta mauvaise tête. »
- « Me… pardonner ? »
- « J 'ai dit LA FERME ! C'est moi qui parle et toi tu te contentes d'enregistrer tout ça sous tes boucles de fausse blonde. Je SAIS que tu joues la comédie. Je SAIS que tu n'es pas stupide, mais tu fais un TRES bon boulot pour me prouver le contraire. Tu disais que tu ne voulais pas être ma sœur, que tu ne voulais que je sois ton frère, mais tu me pousses à agir comme tel. Je te signale que tu donnes un très mauvais exemple à Natsuko. Alors si tu te comportes comme il faut, moi je te laisse la paix. C'est aussi simple que ça. »
- « Mais… »
- « HASE ! »
- « … »
- « Autre point, tu me refais un coup pareil et je te jure que je te file une claque. Dernier point, à partir de maintenant, si tu me cherches, tu me trouveras. Ne me prends pas pour un imbécile. N'ajoute rien sinon tu te prends ta première claque ! Il va bien falloir que nous trouvions un moyen de cohabiter sans nous étrangler. Tu ne m'aimes pas soit mais… »
- « Moi je t'aime bien. » fit une voix calme
- « LA FERME BON SANG ! … attends, quoi ? »
- « Je t'ai dit que je t'aimais bien. » Neeve répéta avec son petit sourire.
- « Quoi ? » Kojirô en restait sur le cul. Comment pouvait-elle lui sortir un truc pareil comme ça ? Maintenant de tous les moments ?
- « Tu ne peux pas comprendre c'est un truc de fille. » Neeve se leva et marcha vers la porte. Kojirô ne fit pas un geste pour la retenir, parce qu'il était en train de s'arracher les cheveux.
- « C'est exactement le genre de phrases que je déteste ! Arrête de me prendre pour un mou du cerveau ! »
- « Hé ho, c'est à toi d'arrêter ! » répliqua Neeve sèchement. « Je ne TE prends PAS pour un mou du gland. Si tu étais con comme tes pieds, je ne perdrais même pas mon temps avec toi. C'est parce que je te concède une certaine intelligente… Enfin ce n'est pas ma faute si tu n'as pas le sens de l'humour. »
- « Humour… ? HUMOUR ? » Kojirô resta là, la bouche ouverte sur un hurlement qui ne voulait pas sortir.
- « Arrête de te sous-estimer. Je ne te considère pas comme un gros bras. Et je pensais t'avoir déjà dit que…euh… je regrettais. ET NE ME LE FAIS PAS REPETER ! » Elle se retourna pour le fixer du regard, furibonde.
Il resta les bras ballants. Il n'arrivait pas à la suivre. En fait, il venait de mettre le doigt sur le mot qu'il cherchait depuis si longtemps. C'était une lunatique. Pendant qu'il était immobile, elle en profita pour revenir vers lui et le serra dans ses bras. Fort. Une sorte de câlin maladroit.
- « Allez, va, tu es un type bien toi aussi. » Avant qu'il ne puisse réagir, elle était partie dans sa chambre.

Elle avait encore réussi son coup. Elle venait de lui emmêler les pinceaux et il ne savait plus où il en était avec elle.
- « Si une fille te dis que tu es un type bien, qu'est-ce que tu réponds ? » demanda-t-il à Ken sans lui laisser le temps de parler dès que ce dernier décrocha.
- « Je te conseille de la remercier. Je pense que c'est une forme d'excuse féminine. »
- « Tu es sûr ? »
- « Plutôt. Appelle Kazuki si le cœur t'en dit. »
- « Euh, non merci. Passe après demain. Amène le zigoto. »
- « D'accord. Joyeux Noël. »
- « A toi aussi. »
Kojirô fit la bêtise de sa vie. Par habitude, il toqua à la porte, mais n'attendit pas la réponse. Et ouvrit la porte sur Neeve en train de se changer. Elle était en sous-vêtements, plutôt sexy. Il eut le temps de voir de la dentelle noire et des nœuds rouges avant de refermer la porte violemment.
- « Désolé, je… DESOLE ! » beugla-t-il à travers la porte.
- « … »
Finalement la porte se rouvrit. Neeve était en vieux jeans, mais pas troués, et en pull-over jadis moulant mais maintenant déformé.
- « Tu voulais me parler ? » Elle laissa la porte claquer derrière elle.
- « Vraiment, je n'ai pas fait exprès ! » souffla-t-il en trottinant derrière elle dans les escaliers.
- « Je sais. Et puis, c'est comme si tu m'avais vue en maillot de bain. Si j'avais été nue, cela aurait été une autre affaire. »
- « Tu es certaine que tu ne m'en veux pas ? ». Pour le coup, il était méfiant.
- « À cent pour cent. Tu voulais me parler ? » demanda-t-elle encore une fois.
- « Euh… J'ai oublié. »
- « J'ai cet effet sur les hommes, oui. Surtout en lingerie. N'est-ce pas ?»
- « Mais qu'est-ce que j'en sais moi ? »
Elle se retourna et lui dédia son fameux haussement de sourcil unique. Puis elle alla dans la cuisine.
- « Natsuko, je vais préparer le repas de midi. Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? »
- « Des pâtes ! Avec la crème et les lardons ! »
- « Pâtes à la carbonara donc ! »
- « Tu sais que tu es chiante, toi ?» grommela Kojirô en passant derrière elle pour se servit un coca.
- « Je sais, c'est mon plus grand talent. » accorda-t-elle avec son plus grand sourire.
Qu'est-ce que vous pouvez répondre à ça, hein ?

Ils finirent par manger que tous les trois. Ils reçurent à deux secondes d'intervalle un coup de téléphone de Shouta qui était retenu par une urgence à l'hôpital, et de Keiko qui n'avait pas fini les courses pour le repas de ce soir et était au fast-food du centre commercial avec ses deux plus jeunes.
- « Bah, c'est malin, qu'est-ce que je fais avec toutes mes pâtes moi ? » râla Neeve.
- « Ne t'inquiète pas, je fais te les finir, tes pâtes. » râla à son tour Kojirô.
- « Non, ne te coupe pas l'appétit pour ce soir. »
- « Haha, Nii-san, ne pas avoir faim ? Tu rêves ! »
En effet, il termina le grand plat de pâtes prévu pour sept et alla jusqu'à prendre un yaourt en dessert. Il resta assis à se masser le ventre d'un air satisfait pendant que les deux filles faisaient la vaisselle.
- « C'était plutôt bon. » commenta-t-il.
- « Merci, mais les pâtes, c'est facile. »
- « C'est tout ce que tu sais faire, avoue-le ! »
- « Je cuisine très bien, merci beaucoup ! Tiens, être manchot ne t'empêche pas de faire les vitres. » fit Neeve en déposant une pile de chiffons et un produit spray devant lui. « Cet après-midi, nous faisons le ménage, puis nous décorons la maison. Tant qu'à fêter la toute puissance commerciale des médias, autant le faire jusqu'au bout. »

Neeve et Kojirô avaient trouvé une sorte d'équilibre. Ils continuèrent à se lancer des piques, et rapidement Natsuko était écroulée de rire sur le canapé. Neeve avait la langue bien pendue et gagnait la plus part des échanges, laissant Kojirô rouge de colère ou coupé dans son élan par une remarque inattendue. D'un commun accord, ils s'arrêtèrent quand Keiko arriva, les bras chargés de commissions. Elle et Neeve s'enfermèrent dans la cuisine pour préparer le repas du soir. Kojirô fut envoyé se reposer, mais finit par aller jouer avec ses frères dans leur chambre. Ils étaient en plein tournoi de bille-domino-carte Pokemon, quand Shouta arriva et demanda à voir la main de Kojirô. Il trouva lui aussi que tout se passait bien et refixa le sac plastique.
- « Va prendre une douche, Neeve viendra te refaire le pansement. C'est presque l'heure de passer à table. »
- « Ouiiii, on va laver Nii-san ! » s'exclama Takeru.
- « Me laver ? Et puis quoi encore ! » protesta le jeune homme.
- « Tu as perdu aux billes et aux cartes pokemon, donc tu as un gage ! » approuva à son tour Mamoru.
- « Mais depuis quand y-a-t-il un gage ? Et puis c'est de la triche, j'ai la main en compote. Sinon j'aurais gagné. »
Mais à y faire. Ses deux frères le poussèrent jusqu'à la salle de bain japonaise où il dut supporter l'extrême humiliation d'être savonné par des gamins. En fait, ils profitaient du fait qu'il ne puisse pas se défendre et voulaient juste jouer à l'eau. Dans leur enthousiasme, ils faillirent noyer Kojirô dans le bain qu'il fit déborder l'eau en se débattant.
- « Mais c'est un champ de bataille ici ! » commenta Neeve lorsqu'ils ouvrirent la porte. « Mamoru ! » appela-t-elle. « Sèche-toi les cheveux, tu vas attraper froid. » Il retint le garçon et se mit à lui frotter la tête vigoureusement avec une serviette, étouffant ses objections sonores. Kojirô exploita l'opportunité pour se mettre à le chatouiller. Takeru vint à la rescousse de son deuxième frère et se mit à chatouiller Neeve en retour. Et arriva ce qui devait arriver. Tout le monde glissa sur le sol mouillé et Neeve se retrouva dans le bain, trempée.
- « Roo, vous êtes contents ? Je vais me changer maintenant. Toi, » fit-elle en pointant le doigt vers Kojirô qui essayait de ne pas fixer le haut jadis ample rendu moulant ET transparent par l'eau. « Toi tu attends dans ta chambre. Et n'essaye pas de venir te rincer l'œil comme avant. »
- « Me rinc… Mais tu t'es vue d'abord ? » hurla-t-il.
- « Oui, justement ! »

Trois minutes après, elle toquait à sa porte et elle, elle attendit qu'on lui réponde. Alors qu'elle passait ses gants, Mamoru – sec – et Takeru firent irruption et demandèrent à voir la blessure de tous les drames ! Kojirô leur tendit la main qu'ils examinèrent avec le plus grand sérieux.
- « Beuuuurk ! Trop cool ! » commenta Mamoru.
- « Tu as mal ? Quand on appuie et tout ? » demanda Takeru, impressionné par la taille des plaies.
- « Si on appuie, oui. Sinon ça peut aller. » répondit Kojirô, ce qui redoubla l'admiration du jeune garçon pour son super-grand-frère-qui-n'a-même-pas-mal.
Enfin, le pansement fut refait, tous s'attablèrent devant un véritable festin. Neeve et Keiko avaient cuisiné un tour du monde en plats : chinois, indien, français, espagnol et italien. Shouta déboucha une bonne bouteille de vin rouge et une de vin blanc. Les enfants eurent droit de goûter, et Takeru fit une telle grimace que tous éclatèrent de rire. Encore une fois, Kojirô dut s'abaisser à demander qu'on lui coupe sa viande.

Après, la famille fit une partie endiablée de Monopoly que Keiko gagna haut la main, bien que Shouta et Mamoru fassent front commun à la fin.
- « Bon maintenant, on ouvre les cadeaux ! » implora Takeru en lorgnant sur la pile de paquets joliment emballés qui s'était amassée devant le poste de télévision.
- « Ah non, les cadeaux, c'est le 25, c'est demain ! » s'insurgea leur mère.
- « Mais Mamaaaaaaan ! » supplièrent les deux garçons. Ils avaient remarqué que le plus grand paquet portait leurs deux noms, et ils brulaient d'impatience.
- « Allez dormir, comme ça, demain vient plus vite. Il est déjà très tard. »
Les trois plus jeunes résistèrent un peu et parvinrent à rester regarder la télévision. Mais au bout d'une demi-heure, ils dodelinaient de la tête. Une fois les « petits » couchés, les quatre « grands » débouchèrent une bouteille de champagne et commencèrent à jouer au Mah-jong. Décidés à prendre leur revanche, Neeve et Kojirô se donnèrent à fond et ne voulaient pas s'arrêter de jouer tant que l'un d'entre eux – de préférence soi-même - n'aurait pas gagné.
- « Keiko-san, tu rejettes le quatre de bambou ? » vérifia Neeve. « Bon, moi je le prends. »
- « Mais tu en as jeté un le tour d'avant ! » protesta Kojirô. « Qu'est-ce que tu fabriques ? »
- « Ah bon, tu es sûr ? » demanda Neeve en fronçant les sourcils et en regardant son jeu de tuiles.
- « Oh mon dieu ! » s'exclama Shouta. « Neeve, tu es saoule ! »
- « Non, je ne suis pas saoule. » se défendit Neeve d'une voix ni convaincue, ni convaincante.
- « Combien de verres de vin ? »
- « Deux blancs peut-être… »
- « Et de vin rouge ? »
- « Pareil… peut-être… »
- « Et le champagne ? »
- « J'sais pas. J'ai pas compté moi ! » geignit Neeve. Kojirô décida qu'il était sage de lui retirer sa coupe encore bien pleine, ce qui provoqua le courroux de la jeune fille qui tomba presque de sa chaise en essayant de la récupérer.
- « Je n'arrive pas à y croire ! Ma propre fille, ivre son mon propre toit. » s'indigna faussement Shouta. Il dut porter Neeve qui était incapable de marcher sans commencer à rire stupidement.

Kojirô se réveilla en pleine forme le lendemain matin. Il n'avait pas pris d'anti-douleur mais n'avait pas mal. Par contre, son bandage était défait. Il descendit au salon pour trouver ses frères qui trépignaient d'exaspération. Keiko avait décrété qu'ils n'ouvriraient leurs cadeaux que lorsque tout le monde serait debout.
- « Et Neeeeve !? »
- « Qu'est-ce qu'elle fait ? »
Kojirô, complotant déjà une douce revanche, se porta volontaire pour aller la réveiller, sous le prétexte qu'elle devait lui refaire le pansement. Il toqua, attendit, et devant le manque de réponse, entra dans la pièce. Neeve avait installé son lit dans l'angle à droite de la porte, juste sous la fenêtre qui donnait sur la terrasse. Kojirô s'approcha. La jeune fille dormait en chien de fusil, un bras sous l'oreiller, tournée vers la porte. Il se pencha et la secoua doucement. C'est alors que la chose la plus étrange arriva. Neeve ouvrit les yeux, et eut un regard fixe. Au bout d'un moment, ses paupières se refermèrent. Elle dormait toujours. Intrigué et un peu dégouté, Kojirô recommença… et les yeux s'ouvrirent, fixèrent et se fermèrent. Il avait entendu parler de personnes capables de dormir les yeux ouverts, et il venait presque d'en avoir la preuve. Il la secoua bien plus fort, mais rien n'y fit. Neeve dormait. Le seul résultat qu'il obtint fut qu'elle se tourna sur le ventre, enfouissant le visage dans son oreiller, masquant les yeux de poisson mort. En désespoir de cause, il se mit à la chatouiller. Rapidement, elle se mit à grogner et se retourna dans son sommeil pour chasser ce qui l'embêtait. Malheureusement, Kojirô la chatouillait lorsqu'elle eut ce mouvement brusque et sa main se glissa sur une partie de l'anatomie de la jeune fille qu'il n'avait pas prévu de toucher. C'était doux, chaud et rond… comme une poitrine. Affolé, il voulu retirer sa main, mais elle était coincée sous le tissus, lui-même entortillée autour du corps de la dormeuse. Ses tentatives pour se sortir de cette situation finirent de réveiller Neeve.
- « Non mais qu'est-ce que tu fous dans ma chambre ? » grommela-t-elle. « Et… est-ce que tu me touchais les seins ? »
- « Non ! Enfin si, tu as bougé quand je te secouais ! » répondit Kojirô avec aplomb. Ce n'était pas un mensonge, non ? Il fut content que la pièce soit plongée dans le noir, ce qui couvrait la rougeur de ses joues. Kojirô ne savait pas mentir.
- « Arrête de crier ! » rouspéta la jeune fille en se levant. « Pousse-toi, t'es au milieu. »
- « Je ne crie pas. C'est toi qui as la gueule de bois. »
- « Pas vrai. Pousse-toi. » Elle essaya de le bousculer, mais, déjà qu'en temps normal Kojirô était plus fort qu'elle, cette fois, elle n'avait pas l'ombre d'une chance. « Huuumff… » Elle chancela et posa son front sur le torse du jeune homme. « J'ai mal à la tête. » gémit-elle.

Kojirô éclata de rire. C'était hilarant de la voir maussade et râlante et menteuse comme ça. En attendant qu'elle se passât la figure sous l'eau et se brossât les dents, il ouvrit les stores et regarda autour de lui. Il n'était jamais rentré dans la chambre de Neeve. Elle avait couvert les murs de posters et de photos. C'est à se demander pourquoi elle a fait peindre les murs comme ça… Si c'était pour tout cacher… A moins que tout compte fait, elle trouve ça moche…Il s'approcha du long mur blanc pour étudier un grand groupe de photos. Sur beaucoup d'entre elles, on voyait Neeve, plus ou moins jeune, avec des amies ou toute seule, avec une médaille autour du cou, en tutu, sur le toboggan, en uniforme scolaire. Ayame était sur la plus part des photos de groupes, ou seule avec Neeve. Il devait reconnaître que Neeve était plutôt photogénique.

Il continua à regarder le mur, s'avançant vers le bureau, juste sous la fenêtre donnant sur le jardin. Un cadre à plusieurs panneaux était posé sur le rebord. Prêt d'un grand bouquet de roses rouges et roses. Avec un regard mauvais vers les fleurs, il prit le cadre. La première photo, tout à gauche, était un assemblage de photomatons, Neeve et Ayame, puis Neeve et une autre fille – le plus souvent en train de faire des grimaces. A côté, une photo de Neeve, dans les bras de Shun. Ce qu'il peut avoir l'air prétentieux ce con. Mais regarde-moi son sourire colgate. La photo suivante était une vielle photo. Un couple d'adulte, plutôt vieux, chacun la main sur une épaule d'une Neeve âgée d'une dizaine d'années. La femme était en kimono traditionnel, l'homme était en jeans et chemise. Il était définitivement caucasien, et Kojirô réalisa qu'il s'agissait du fameux grand-père. La dernière photo était une photo prise lors de la cérémonie du remariage de leurs parents. Cela faisait vraiment bizarre de se voir inclure comme ça dans la vie de Neeve.
- « Bon, pansement. Ramène ta fraise ici… » grommela Neeve.

Cinq minutes après, ils descendaient les escaliers. Enfin, Neeve se traîna jusque dans la cuisine, tel un zombie.
- « Café… » supplia-t-elle d'une voix agonisante. « Caaaaaféééééééeeeeeeeeee ! »
Ce qui fit rire les parents et Kojirô, les autres s'étant jetés sur leurs cadeaux. Les quatre adultes s'installèrent sur le canapé, et attendirent que leurs cadeaux leur soient distribués par des mains qui défaisaient la pile à une allure surprenante. Neeve s'assit près de son père, qui commença tout de suite à la taquiner sur son mal de crâne.
Apparemment, Shouta avait décidé de faire entrer la famille Hyûga dans l'ère technologique. Mamoru et Takeru reçurent une console de jeu dernier cri, avec une multitude de jeux, Natsuko un appareil photo digital, et Kojirô un baladeur MP3 avec la station-minichaîne. Pratique pour faire son jogging.
- « Tu as aussi ce cadeau ! » dit Takeru en lui donnant une enveloppe. Celle-ci contenait trois billets pour la finale de la coupe de la J-league qui aurait lieu cet été. Trois très bonnes places.
- « Waaao. » Kojirô était impressionné. « Mais pourquoi trois ? »Sûrement pas pour Maman et Neeve, et Maman n'autorisera pas Takeru et Mamoru à venir avec moi.
- « Pour toi et tes deux copains. Je m'en suis prise une, vous devrez faire avec moi. Mais je ferai chauffeur, donc bon… Vous m'acceptez ? » expliqua Shouta.
Kojirô resta bouche bée. Shouta avait acheté des places pour Ken et Kazuki ?
- « Parce que le foot, c'est un sport d'équipe. » rajouta Shouta, en déballant ses propres livres. « Mais comment saviez-vous que c'était mon auteur préféré !?»
Keiko était très contente de sa boîte en laque. Neeve lui avait offert un châle en cachemire beige, et Shouta une paire de boucle d'oreilles en or et perle. Curieux, Kojirô regarda ce que Neeve avait offert à ses frères et sœur. C'était la seule à ne pas avoir offert de cadeau Pokemon à Takeru, qui se retrouvait équipé des pieds à la tête par ces monstres : chaussettes, pull, boîte à bento, etc. Elle lui avait offert un kit de construction pour une voiture télécommandée. Mamoru bouda un peu, jaloux, avant de voir son propre présent : Harry Potter volume un et deux, L'île au trésor, et Les aventures de Tom Sawyer.
- « Coool, des livres ! » Mamoru adorait lire, et il allait à la bibliothèque une fois par semaine pour emprunter de nouveaux romans.
Natsuko avait eu droit à un kit de maquillage.
- « Je te montrerai comment te maquiller. » proposa Neeve en montrant son propre tout nouveau vanity, rempli à ras bord de tubes, crèmes et pinces, barrettes et trucs pour les cheveux. Kojirô se douta que sa mère était derrière ce cadeau, car il voyait mal Shouta acheter des rouges à lèvres. Mais il fronça les sourcils. Natsuko était bien jeune pour se maquiller.
POF ! Il venait de se recevoir une balle de basket en mousse en plein nez.
- « Merci, c'est marrant ! » fit Neeve. A court d'idée, il lui avait acheté un jeu de basket d'intérieur. Les ballons étaient de la taille d'une balle de tennis, et le panier était en mousse. Le filet était d'ailleurs cousu. POF ! Elle lui lança une autre balle.
- « Ouais, si j'avais su… » bougonna-t-il en retour en lui lançant les petits ballons en retour.

Il n'avait plus que deux paquets devant lui. Toux deux avec une petite carte indiquant « Kojirô » d'une écriture ronde. Ceux de Neeve. Le premier paquet contenait deux T-shirts. L'un était noir à manches longues, avec l'inscription « Panic, Chaos, Destruction. My work here is done » en lettre argents, l'autre était bleu foncé sans manche, avec un drôle de dessin dans le dos. C'était un crâne avec les os croisés dessous, comme pour le drapeau de pirates, sauf qu'à la place des os, il y avait une guitare électrique et un skateboard. Sur le devant, un titre « Duke of the Nation ». Les deux T-shirts étaient vraiment très beaux, et c'était la dernière mode. Il la remercia d'un hochement de tête. L'autre paquet ressemblait à un CD, mais c'était un jeu vidéo, pour aller sur la console des petits. Un jeu de foot, avec un post-it : « Je parie que je suis meilleure que toi au foot ! ».

La famille passa la matinée à jouer aux jeux vidéos. Neeve battit tout juste Mamoru aux courses de voitures, mais prit une raclée monumentale aux jeux de baston. Kojirô gagna au Tetris – ben quoi, c'est comme des maths ! – et à la surprise générale, Shouta gagna au jeu de foot, et Neeve battit Kojirô qui mit tout sur le compte de sa main gauche bandée qui l'empêchait de bien jouer. Après un repas de midi constitué des restes d'hier, sans alcool pour Neeve, ils allèrent faire un tour dans le parc, où ils firent une bataille de boules de neige générale. Puis ils rentrèrent pour prendre le thé et regardèrent Retour vers le futur I, II et III d'affilée en mangeant des cookies faits maison.

Pour la première depuis longtemps, Kojirô se sentit bien. Il était chez lui, dans une grande maison chaude et accueillante. Pour la première fois, il n'avait pas à penser à trouver de l'argent. Pour la première fois, il pouvait vivre une fois d'ado. Il était en fait plutôt gâté : une super mère, un beau-père potable, deux petits frères adorables, et deux sœurs qui ne posaient pas trop de problèmes. Même si la plus grande lui tapait sur le système nerveux.

Sauf quand elle s'endormait sur son épaule en regardant la télévision et qu'elle murmurait dans son sommeil. « Humm… chaud… moelleux... zzzzzz…. » Ses cheveux sentaient la vanille et elle, la cerise. Là, il se sentit très bien.