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Oui je sais, j'ai inversé les parties du proverbe. La parole est d'argent et le silence est d'or, mais cela ne collait pas à l'histoire. Restez un peu souple et gentil avec moi !

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Apparemment, les lecteurs de fanfic-fr font la grève des commentaires (Message pour Thokyo – Est-ce que tu vas bien ? Cela fait longtemps que je n'ai pas eu de nouvelles !), alors que j'ai eu deux commentaires en moins d'une heure sur fanfiction. Hihihi. Merci à Yellou et FicandRea

Réponse à Illusion/Asuka/FicandRea :
- Tu as intérêt à te calmer dans les surnoms parce que moi je m'y perds.
- Je suis dyslexique. Pour moi « v » et « f » c'est pareil. Idem pour « p » « b » « d ». Sauf que là Word n'est pas content et il me met une z'olie petite ligne rouge qui me dit « Error system – veuillez rebrancher votre cerveau, vous venez de taper une belle connerie. »
- Qui es-tu ? qui es-tu ? Une saleté d'Illusion qui ne publie pas assez vite….
- Rien que pour toi, encore plus de Shun ce chapitre…
- Jie Wei ne devrait pas faire plus d'apparition que ça. Mais sait-on jamais ?

A super grand merci à Nix/Kiito pour son lot de corrections habituel. Pour répondre à ta question, Neeve n'a jamais été battue. Oh, elle a dû se prendre un ou deux baffes et fessées étant gamine, mais rien de grave. Mais oui, tu es sur une bonne piste, elle a déjà vu des cas de colères violentes.

Mon ambition dans la vie est de pouvoir pondre un chapitre sans faute, histoire de te donner que du plaisir et pas de boulot. Hélas… c'est beau l'espoir, c'est con la vie…

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Rythme de parution ralenti jusqu'à nouvel ordre. Entre Noël et une copine à l'hôpital (accident de voiture pas trop grave, mais elle se sent seule) donc… Et puis on m'a demandé deux histoires sur Naruto (l'un fait, cela ne devait être qu'un One-shot mais ils en veulent plus) donc…

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Chap. 18 – Et la parole est d'argent.

Neeve arriva à Impulse de mauvaise humeur. A cause de la neige, le bus avait mis un temps fou à arriver, et il était plein à craquer. Elle demanda à son manageur de la mettre en arrière-boutique pour faire l'inventaire. Celui-ci considéra Neeve un instant avant de lui donner son accord. Elle était de loin la meilleure vendeuse, mais elle avait son caractère et si quelqu'un – client, collègue ou innocente mouche qui vrombissait trop fort – venait lui chercher noise, elle éclatait. Et quand ça éclatait ça éclatait. Le truc avec Neeve, c'est qu'elle gardait tout pour elle, jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus et boum ! Le second truc avec Neeve, c'est qu'il était impossible de savoir quand elle n'en pouvait plus, parce qu'elle était toujours tout sourire et gentillesse incarnée. Donc lorsque d'elle-même, elle demanda à être isolée, le manageur lui donna l'épais feuillet de stock sans mot dire.

La jeune fille descendit les escaliers pour le sous-sol et navigua élégamment entre les cartons qui traînaient dans les couloirs jusqu'à ce qu'elle arrive dans la chambre noire. Le nom n'avait rien à voir avec la photographie, mais indiquait, à fort bon titre, que la pièce n'avait pas de fenêtre, et n'était éclairée que par les néons. Par force de l'habitude, Neeve n'appuya que sur trois premiers boutons pour allumer les lumières. Le dernier commandait une rangée de néons qui tremblotaient et cliquaient, ce qui rendait tout le monde claustrophobe. Immédiatement, elle brancha la chaîne radio-CD, y inséra un de des propres CD et elle se mit au travail.

L'avantage de travailler seule est que personne ne vient vous prendre la tête. L'inconvénient est que vous vous la prenez toute seule. Neeve venait de l'apprendre. Alors qu'elle pensait ne pas vouloir parler elle regrettait maintenant sa solitude, parce que encore et encore ses pensées revenaient à des sujets qu'elle ne voulait pas aborder.

D'abord Shun. Mais qu'est-ce qu'il lui avait bien pris de se comporter comme ça ? D'accord, le bal de Noël était l'événement de St Elizabeth, mais ils y étaient allés ensemble pendant trois ans, alors un de plus un de moins… Et puis il avait changé. C'était plus que du mécontentement. Neeve avait craqué devant sa colère quand il avait apprit qu'ils ne seraient pas ensemble au lycée.
- « Mais nous aurons plus de choses à nous dire. La qualité sur la quantité ! » avait-elle argumenté dans l'espoir de le réconforter.
- « Si tu le dis. Moi, j'aime bien la quantité. Il n'y a jamais assez de Neeve dans ma vie. » Cette fois le ton joyeux était revenu. Neeve, assise sur les genoux de Shun, serra ce dernier dans ses bras. Elle adorait quand il disait des bêtises comme ça. Ayame faisait toujours la grimace, mais c'est parce qu'elle n'y comprenait rien.

Mais il avait changé. Il devenait possessif, jaloux et en même temps, il commençait à la repousser, comme si elle n'était plus assez bien pour lui. Il regardait les autres filles comme il n'avait jamais fait auparavant, puis soudainement, se jetait sur Neeve comme si elle allait disparaître dans une seconde.

Automatiquement depuis cette fameuse soirée, l'image de Shun amena celle de Hyûga-san. Neeve réussit l'exploit de grimacer, froncer les sourcils et tirer la langue dans un même mouvement. Pourquoi de tous les garçons sur terre avait-elle dû se coltiner un Hyûga ? Merde, sur les cent vingt sept millions et des patates d'habitants au Japon, il a près de trois mille cinq cent garçons de quinze à dix-neuf ans, et il a fallut que son père aille se remarier avec une dame ayant LE fils avec LE cas unique d'asociabilité aiguë. Pourquoi ne pouvait-elle pas avoir un grand frère comme Ken ? Ou même un comme l'autre idiot de Sorimachi ? Au début, elle avait essayé de faire comme s'il n'était pas là, mais cela n'avait pas marché, pour la simple et bonne raison qu'il était là. Toujours au milieu, toujours en train de râler ou de faire des commentaires ou de la regarder comme la pire des crétines. Puis elle avait tenté de le traiter amicalement. Mais il n'avait aucun sens de l'humour. Et il était soupe au lait. Ils s'étaient disputés, puis déchiquetés et étaient allés bouder dans leur coin en léchant leurs plaies, un peu comme deux mâles se disputent un territoire. C'était d'ailleurs ces mêmes plaies qui leur avaient permit de trouver un terrain d'entente.

Neeve se devait d'être honnête avec elle. Dans cette grande pièce, où la lumière artificielle créait des ombres dans les recoins, où les grands miroirs déformants-amincissants-mais-chut! fendus des cabines d'essayage étaient stockés, dans cette pièce remplie de vêtements abîmés ou invendus, dans cette pièce qui puait l'illusion et le doute, Neeve affronta la vérité.

Tout – ou presque tout – était de sa faute. Elle devait reconnaître que Hyûga-san n'était pas celui qu'elle croyait. Il était doux avec sa mère et soucieux pour ses frères. Oui bon, c'était un sportif avec une seule idée fixe dans la tête, mais il se donnait à fond dans cette passion. Oui bon, il était toujours aussi râleur et soupe au lait, mais il commençait à se détendre. Mais de temps à autre, ça le prenait et hop ! C'était la fin du monde. Avec lui c'était tout ou rien, noir ou blanc, mauvais ou bien. Et bien elle, Neeve, elle voyait la vie en rose, souvent, en bleu, parfois, mais aussi en jaune et vert et écru et violet et à pois et à rayures, et surtout, elle voyait le tout comme ça lui chantait. Et quand ça lui chantait. Et apparemment c'était ça SON problème.

Elle avait dépassé les bornes. Elle avait taquiné mais le côté démon avait surpassé le côté ange, et il avait fait « hop !». Un sacré putain de hop. Hop si haut que les parents s'en étaient mêlés, hop si haut que tout lui était retombé dessus en pluie pas très fine. D'abord le bal. Et puis l'engueulade mercredi soir. Jamais elle n'avait vu son père dans cet état. En fait, jamais son père n'avait élevé la voix depuis qu'elle avait eu huit ans et qu'elle avait prise la main dans le sac. Depuis, elle avait appris à brouiller les pistes et de toute façon, elle ne faisait plus de bêtise. Enfin, pas des très grosses. Mais bon, Neeve avait compris la leçon.

Y allez doucement avec le Hyûga-san. Ne pas taquiner. Ne pas toucher. Ne pas parler, ne pas regarder, ne pas penser. Le laisser tranquille dans son coin. OUI mais le coin, c'est facile à dire quand vous passez dix heures par jour entre hosto à trifouiller des cerveaux, fac à enseignez des futurs trifouilleurs de cerveaux et rendez-vous amoureux, mais moins facile quand vous vous tapez la bête.

Mercredi soir. Après le coup de poing et le coup de la bouteille soja, elle avait pleuré. Saleté de vie. Pleuré parce que tout partait en vrille. Parce qu'elle ne comprenait pas. Parce qu'elle avait mal. Hyûga-san avait déboulé alors qu'elle était avec Shun, lui avait balancé son poing dans la figure et s'était ouvert la main. Et il était parti pendant trois heures. Et quand il revenait, personne ne lui disait rien. Si elle devait faire un truc pareil, elle, c'était direct l'internat. Et finalement elle avait compris. Son père était plus intéressé par cette nouvelle famille que par elle. Elle faisait partie des meubles, et il l'avait emmené avec lui. Il l'avait changé d'appart, de lycée, et s'étonnait qu'elle ne soit pas contente. Un peu comme un gamin s'étonne qu'un chat le griffe après qu'il ait tiré les moustaches du pauvre animal. Et voir son père s'éloigner d'elle comme ça, ça faisait mal.

Bizarrement, c'était Hyûga-san qui lui avait remonté le moral. Pas lui personnellement. Mais Mamoru, Takeru et Natsuko qui, inquiets pour lui qui avaient passé toute une journée dans un silence quasi parfait alors qu'il avait de la fièvre. Mais Ken et Sorimachi, qui l'avaient appelé pour prendre des nouvelles et même étaient passés le voir pour des clopinettes. Mais Ken qui était resté parler avec elle au sujet du « capitaine ».

Et elle devait admettre que, même si elle n'avait pas compris ce qui c'était passé, le voir débouler pour apparemment prendre sa défense, lui avait fait plaisir. En fait cela faisait longtemps depuis que quelqu'un se souciait d'elle comme ça. Son père se foutait royalement de ce qu'elle mettait ou ne mettait pas, ou de ce qu'elle faisait ou ne faisait pas, tant que cela ne LUI attirait pas de problème. Mais pas Hyûga-san. Et il lui avait dit qu'il la traitait comme une sœur, même si cela ne lui faisait pas plaisir.

Et puis il était vraiment musclé. Personne ne veut se mettre ça à dos. En fait c'était presque surprenant qu'il n'ait pas tué Shun avec son uppercut. Mais qu'est-ce qu'il était sexy… Il n'y avait pas d'autres mots pour le qualifier. Sexy. Comme dans sexy bad boy. Très sexy bad boy. Très sexy très bad boy.

Neeve se sentit rougir. Elle n'avait pas pu s'empêcher de le toucher. Elle n'avait jamais pensé qu'un homme puisse être aussi musclé tout en restant harmonieux. Elle avait noté le torse ferme, avec juste ce qu'il fallait de poils dessus, les épaules carabinées, les puissants biceps et avant-bras, les belles tablettes de chocolat avec la petite ligne de fine toison noire qui courait disparaître sous la ceinture du pantalon.

Puis soudainement, elle repensa à ce matin. A leurs regards sur elle. Elle avait passé suffisamment de temps avec Ayame quand elle flirtait et séduisait les garçons pour reconnaître ce regard. Et pour la première de sa vie, ce regard lui était destiné. Neeve ne draguait pas. Elle avait Shun. Et quand elle flirtait avec lui, il n'avait pas ce regard. Il avait un regard fier et amusé. Mais pas concupiscent.

La jeune fille se savait jolie, avec des formes là où il fallait. Elle s'habillait de façon à mettre en valeur ses atouts naturels mais n'avait jamais cherché à tenter le diable sur ce sujet. Elle avait Shun. Et Shun était content de qui elle était. Cela lui suffisait. A la pensée de Shun, elle sourit. Elle repensait à son bouquet de fleurs. Il ne lui avait jamais fait délivrer de fleurs à la maison. Il lui avait donné une rose rouge pour son anniversaire, qu'elle avait soigneusement séchée pour garder les pétales. Il lui avait cueilli des fleurs dans le parc, bien que cela soit interdit. Et ils avaient dû courir pour échapper au gardien. Peut-être devrait-elle se disputer plus souvent avec lui, s'il lui offrait des fleurs à chaque fois. En trois ans, cela avait été leur première dispute.

A force de retourner le problème dans sa tête, Neeve en était arrivée à la conclusion qu'elle devait en parler à quelqu'un. Le quelqu'un avait été Ken, pas plus tard qu'hier, lorsqu'elle l'avait invitée dans sa chambre sous prétexte de consulter sa cédéthèque. Hyûga-san et Sorimachi étaient chacun sous sa douche. Elle lui avait demandé s'il comprenait ce qu'il s'était passé. Il lui répondit que oui. Quand elle lui demanda de bien vouloir lui expliquer pourquoi Hyûga-san avait surgit alors qu'elle embrassait Shun, il avait parut surpris. Avec un sourire, il déclara que c'était un truc de garçons. Elle avait dû se contenter de ça. Shun lui avait presque dit la même chose, en d'autres termes, quand ils avaient eu leur dispute. Que c'était un truc entre eux, et qu'il allait régler ça vite fait bien fait. Il lui avait également interdit de s'approcher de « cet enfoiré » parce qu'il était dangereux et que Neeve était bien trop innocente pour voir clair dans son jeu. Que c'était un truc entre eux et que « l'autre enfoiré » se disait blessé rien que pour se défiler. Et comme Hyûga-san ne semblait pas prêt à lui expliquer les voix secrètes et mystérieuses de l'esprit masculin, elle allait devoir parler avec Shun. Encore…

Neeve n'eut pas le temps de finir son inventaire cet après-midi. Elle remonta vers la boutique pour aider à faire les caisses. Le temps de finir, il était tard. La nuit était tombée, et avec elle le froid. Son souffle se transformait en nuage devant elle. Elle affronta le vent et la neige pour aller faire la queue à l'arrêt de bus, mais le panneau électronique lui apprit que les bus étaient en retard. Elle allait retourner dans la galerie marchande pour rester au chaud quand elle remarqua le scooter. Shun lui faisait signe.
- « Allez monte princesse, je te ramène ! »
- « Mais… »
- « Les bus sont bloqués avec cette neige. On ira plus vite en deux-roues. » Shun lui sourit en lui tendant son second casque.
- « Comment va ton nez ? » Elle porta une main douce sur la joue de son petit ami. « C'est assez visuel maintenant… » Shun avait un superbe cocard violacé et le nez toujours enflé.
- « Bah, le froid aide bien. » Il posa sa main sur la sienne et serra un peu. « Ne trouves-tu pas que cela me donne un air de voyou ? » L'image d'un très sexy très bad boy sans T-shirt passa vacilla dans l'esprit de Neeve pendant une demi-seconde.
- « Oui un peu. Cela fait mal ? »
- « Juste un peu. »
- « Bien. »
- « Bi… ? » Neeve venait de poser ses lèvres sur les siennes, tout doucement pour ne pas lui faire mal. Elle se doutait que c'était plus douloureux que ça.
Le baiser s'approfondit. Shun l'attrapa par la taille et la serra contre lui, mais cela n'avait rien à voir avec leur dernière étreinte. Il la touchait comme si elle était de porcelaine et allait se briser.
- « Oh Neeve, je suis désolé. » murmura-t-il en posant son front sur le sien. « Je me suis comporté comme le plus grand des imbéciles. »
- « Est-ce que tu vas me dire pourquoi à la fin ? » réprimanda Neeve. Mais elle ne bougea pas.
- « Neeve… »
- « Non ! »
- « Je… suis jaloux, voilà pourquoi. » grommela Shun.
- « Jaloux ? De Hyûga-san ? »
- « Non, pas de lui, mais de ce qu'il est. »
- « Je ne comprends pas… »
- « Il fait partie de ta vie, d'une partie de ta vie dont je ne fais pas partie, moi. »
- « … »
- « Je hais le fait que tu vas partir dans un autre lycée. Je hais le fait que tu vas partager des choses avec d'autres personnes. »
- « Shun, » fit doucement Neeve, « je vais partir, mais je suis toujours là. Je veux dire, même maintenant j'ai Ayame et la danse et tout. »
- « Ce n'est pas pareil… J'ai peur… »
- « Peur ? »
- « Peur que tu changes. Et que tu ne m'aimes plus. Ou que ce soit moi qui change et que tu ne veuilles plus m'aimer… »
- « Tout le monde change. L'important c'est de partager ce changement. Tu ne veux tout de même pas que je reste avec le niveau intellectuel d'une gamine de seize ans, non ? »
- « Tu es très bien comme tu es ! » protesta Shun.
- « Oui, mais quand toi tu auras trente ans, une gamine de seize piges, ça ne va pas le faire. Je veux dire que toi aussi tu changes, et j'aime voir ça. Voir ce que tu deviens. »
- « Et qu'est-ce que je deviens ? » demanda tout bas Shun, le visage enfoui dans les cheveux de Neeve.
- « Un homme responsable, sûr de lui. Un homme dont la femme que je suis en train de devenir restera amoureuse… Ou nous allons tous deux être des glaçons si nous ne bougeons pas d'ici dans les deux secondes. »

Neeve ne comprenait pas pourquoi son merveilleux petit ami se sentait si peu en sécurité. Pourquoi il doutait tellement de lui. Et de leur amour. Elle n'avait jamais vu un garçon douter. Son grand-père avait toujours su tout sur tout. Son père était tout aussi doué et têtu comme un bourricot, donc même s'il ne savait pas, il faisait « comme si ». Shun avançait dans la vie sans problème. Et même Hyûga-san, Ken et Sorimachi savaient ce qu'ils voulaient. Elle serra Shun très fort dans ses bras et l'embrassa encore. Puis elle mit son casque et monta derrière lui. Elle passa ses bras autour de sa taille et se plaqua contre lui.

Le trajet jusqu'à la maison ne prit que dix minutes. Ils dépassèrent plusieurs bus enlisés dans la neige et Neeve remercia silencieusement encore une fois d'avoir un petit ami si attentionné. Elle aurait pu attendre encore pas mal de temps s'il n'était pas venu la chercher. Arrivée chez elle, elle descendit et resta debout à tripoter la lanière jugulaire du casque.
- « Bon ben… Merci. »
- « Neeve, qu'est-ce que tu fais pour le nouvel an ? »
- « Je vais à la soirée de Kana. E… Et toi ? »
- « Moi aussi. Je viens te chercher ? »
- « Euh… C'est que je dors chez Ayame et nous avons prévues de nous préparer chez elle. »
- « Je vois. Donc je te verrai là-bas. »
- « Oui… »
Shun remit son casque et redémarra son scooter. Prise d'une envie soudaine, elle repoussa sa visière et l'embrassa. Assez maladroitement parce qu'entre le casque et le nez cassé…
- « Et si nous passions le 1er ensemble ? » demanda-t-elle doucement.
- « C'est une très bonne idée. » Shun lui fit un clin d'œil. « Allez rentre, sinon tu vas me faire une autre pneumonie. » Il resta dans la rue jusqu'à ce que Neeve soit à la porte d'entrée avant de faire demi-tour.

- « Bonjour ! » s'exclama à tue-tête Neeve, en espérant que personne ne remarquera les nœuds dans sa voix. « J'ai très très faim moi ! » La jeune fille alla embrasser son père.
- « Le repas est prêt. » fit Keiko. « Nous t'attendions. »
Neeve se servit un verre de jus d'orange et s'attabla avec le reste de la famille. Elle renifla.
- « Hum ça sent bon ! »
Neeve fut d'une excellente humeur pendant le repas et surprit Kojirô en restant absolument insensible à ses moqueries. Elle lui fit un grand sourire et se contenta de lui dire qu'il était con. Ce qui fit rire Keiko avant qu'elle ne se reprenne et critiquât la jeune fille pour son vocabulaire.

- « Neeve, Kojirô-kun, est-ce que vous pouvez venir ici une minute ? » appela Shouta depuis le bar américain. Les deux adolescents échangèrent un regard. Le ton de voix ne semblait indiquer ni punition ni réprimande. « J'essaye d'organiser le planning familial pour les semaines à venir. »
Neeve s'assit près de son père, et Kojirô en face de lui.
- « Planning familial, quelle expression pompeuse ! » remarqua-t-elle.
- « Neeve ne commence pas… » avertit son père. « Donc Keiko et moi allons profiter de ton cadeau de Noel le week-end du 5 février. »
- « Cool. » Neeve farfouilla derrière le comptoir pour prendre un bloc note. « Donc je me charge du babysitting. » Neeve avait offert à son père et Keiko un week-end en amoureux dans un hôtel Spa dans les environs de Tokyo, et s'était portée volontaire pour rester à la maison s'occuper des plus jeunes.
- « Aussi, j'aimerais que tu babysittes pour le week-end d'après. Keiko et moi allons à un mariage. »
- « Hum, O.K. »
- « Kojirô, il faut que tu me donnes les dates de tes matches, surtout ceux que tu auras hors Tokyo. »
- « Le premier match est pour le 8 janvier et… »
- « Si tôt ? » coupa Neeve surprise. « Il ne fait pas un peu froid pour jouer au foot dehors ? »
- « Courir après le ballon a tendance à vous tenir chaud » rétorqua Kojirô. « Et puis qu'est-ce que ça peut bien de faire ? »
- « C'est juste que ce n'est pas très gentil pour ceux qui viennent pour voir. Eux vont se geler dans les gradins. »
- « Et alors ? Ce n'est pas comme si TOI tu allais venir, non ? »
- « Ça suffit ! » interrompit Shouta. « Nous irons tous te voir jouer au moins pour ton premier match. Et cela t'inclut, jeune fille, donc arrange-toi pour avoir ta journée de libre. » Neeve fit la moue et retroussa son nez. Kojirô leva les yeux au ciel. Il n'avait pas besoin de ça. Qu'elle aille bosser et qu'elle le laisse en paix !
- « Mais je n'y connais rien au foot ! » râla Neeve.
- « Tu as donc deux semaines pour potasser. » Le ton était définitif. « Donc, Kojirô-kun, tes matches hors Tokyo ? »
- « Pour le moment, il n'en y a qu'un. Nous allons tous passer la nuit avant et après dans un hôtel, donc l'équipe part vendredi juste après les cours. C'est le week-end du 29. »
- « Janvier ? » demandèrent père et fille en même temps.
- « Ben oui, pourquoi ? »
- « J'ai une conférence du jeudi à dimanche à Sapporo et Keiko va m'accompagner. Neeve… »
- « Hors de question. » Cette fois, c'était elle qui avait pris sa décision.
- « Neeve, les tickets sont déjà pris. »
- « Ben tiens, comme c'est pratique. » Kojirô s'étonna de l'acidité dans sa voix. Elle avait croisé les bras et avait un regard qu'il ne lui avait jamais vu.
- « Tu n'auras qu'à y aller le week-end d'après. »
- « Après, c'est ton week-end en amoureux. »
- « Et bien vas-y le week-end d'avant. »
- « Non, c'est mon récital de danse. »
- « Et bien, n'y va pas ! » tonna Shouta.
- « J'irais chez Grand-mère ce week-end. Pas un autre. Ce-lui-ci-et-pas-un-au-tre. » fit Neeve, les mâchoires serrées.
- « Et tu en fais quoi des enfants ? Tu les laisses seuls pendant un week-end ? Tu les mets au chenil ? » s'emporta Shouta.
Keiko et les trois Hyûga, assis devant le poste de télévision, se retournèrent pour voir ce qui se passait.
- « C'est toi le père, c'est toi qui gère. Moi je vais à Osaka. Point final. »
- « NEEVE ! »
- « Ce n'est pas parce que tu te débrouilles toujours pour ne pas être là que je vais faire pareil. »
Shouta était hors de lui. Il était tout rouge et son poing serré était blanc. Puis Neeve s'exclama d'une voix presque joyeuse.
- « Mais je sais ! Ils vont venir avec moi à Osaka ! »
- « Pardon ? »
- « Hé, Nat, Mam, Tak, cela vous dit d'aller passer le week-end du 29 janvier chez ma grand-mère ? »
- « Euh, pourquoi pas ? » Natsuko avait senti qu'il y avait un problème, mais Takeru était trop jeune pour comprendre vraiment ce que se passait et laissa échapper un « Ouais ! » retentissant.
- « Mais Neeve, tu n'y penses pas, tu ne peux pas imposer… »
Neeve avait déjà pris le téléphone et composer un numéro.
- « Allo, Grand-mère ! C'est Neeve. Comment vas-tu? »
- « … »
- « Oui tout va bien. Quoi de neuf à Osaka ? »
- « … »
- « A ce propos, dis-moi, est-ce que cela te gênes que j'amène mes frères et sœurs ? »
- « … »
- « Non, les trois plus jeunes. Le grand a un match de foot. »
- « … »
- « Lui non plus. Une conférence. »
- « … »
- « Exactement. Je te rappelle plus tard. » Neeve raccrocha. « Et voilà, tout est réglé ! »
Mais Shouta n'était pas pour autant calmé et content.
- « Tu ne peux pas débarquer chez ma mère avec trois enfants en bas âge ! Elle n'est plus toute jeune. »
- « Je vais débarquer chez ma grand-mère avec ma famille. Elle est toute contente de les rencontrer. »
- « Neeve ! »
- « Quoi encore ? »
- « Mais… » coupa Keiko pour calmer les choses. « Où vont-ils tous dormir ? La maison est petite ! »
- « Facile. Natsuko dort dans ma chambre, les garçons dans celle de Papa et moi sur le canapé. Autre chose ? » Neeve fixa son père du regard et Kojirô eut la soudaine impression qu'elle le narguait. « Bon, je vais me coucher, je suis fatiguée. A demain. »

Neeve monta les escaliers deux à deux, sans laisser le temps à quiconque de lui souhaiter la bonne nuit. Kojirô attendit qu'elle ait fini de se doucher pour aller toquer à sa porte.
- « Qui c'est ? » demanda une voix prudente.
- « Moi. »
- « Oh ? Entre. »
Neeve était déjà dans son lit, avec un gros bouquin entre les mains. Elle était en train de batailler avec ses écouteurs, branchés sur la chaine hi-fi, qui s'étaient accrochés dans ses cheveux.
- « Qu'est-ce que tu veux ? » grommela-t-elle.
Avec un sourire, Kojirô se pencha sur elle et lui donna une petite claque sur les mains.
- « Laisse-moi faire. Je voulais savoir ce dont il retournait vraiment. »
- « Doucement, tu me tires les cheveux. »
- « Arrête de râler et réponds. »
- « Quoi encore ? »
- « Osaka ». Kojirô avait défait les nœuds et Neeve s'attacha les cheveux avec un élastique. « J'attends. »
- « Ben quoi ? Pourquoi est-ce que je devrais changer tous mes plans jusque parce qu'il soudainement décidé d'aller à une conférence ? »
- « Neeve… » gronda Kojirô.
- « Quoi ? »
Le jeune homme soupira. Elle était tellement têtue et énervante.
- « Tu viens d'utiliser mes frères comme bouche-tampon. Donc j'ai tous les droits de savoir pourquoi c'est si important que tu ailles chez ta grand-mère CE week-end et pas dans un mois ou deux. »
- « Je ne les utilise pas comme bouche-tampon ! » se récria Neeve. « Et je suis très contente qu'ils viennent voir ma grand-mère et elle est très contente aussi. » Elle était sincère.
- « Et ? »
- « …. »
- « NEEVE ! »
- « Rien… C'est juste que…c'est l'anniversaire de…de la mort de mon grand-père. »
Kojirô resta sous le choc. Il avait pensé à beaucoup de choses, mais n'avait pas imaginé ce cas de figure.
- « Oh… »
- « …. »
- « Mais… tu vas y aller avec Nat, Mam et Tak ? »
- « Pourquoi pas ? »
- « Mais ils ne connaissaient pas ton grand-père ! »
- « Je n'ai pas connu ton père, mais cela ne m'a pas empêché de déposer des fleurs sur sa tombe. »
- « Attends… tu es allé sur la tombe de MON père ? »
- « Avec Natsuko, Mamoru et Takeru, oui. Tous les quatre. »
- « Quand ? »
- « Un jour après les cours. »
- « Mais pourquoi toi ? »
- « Et pourquoi pas ? Il fait partie de ta famille, qui est ma famille, donc cela semblait naturel. Imagine que tes parents soient divorcés. J'aurais bien fini par le rencontrer… »
- « Je n'aime pas ça… »
- « Merci beaucoup ! » s'offusqua Neeve.
- « Non pas toi ! »
- « Ah bon ? »
- « Shouta ne va pas sur la tombe de SON propre PERE ? »
- « Non. » Neeve baissa la tête vers son livre.
- « Euh… pourquoi ? »
- « Pourquoi ? Pourquoi tu crois banane ? Parce qu'ils se sont quittés fâchés ! ». Elle était en colère. « Casse-toi ! » Kojirô jugea bon de ne pas approfondir le sujet qui visiblement peinait Neeve. « Et ferme-la porte derrière toi ! »
- « Oui… bonne nuit… »

Il prit soin de fermer la porte doucement. Une fois dans sa chambre, il se jeta sur son lit tout habillé. La famille Hase était de plus en plus difficile à gérer. Comment une famille de deux pouvait avoir autant de problèmes ? A eux cinq, ils s'en sortaient mieux. Comme quoi l'argent ne fait pas le bonheur. Il commençait à regretter sérieusement que sa mère se soit remariée.

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