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Note 1 : J'ai reçu un message privé qui m'a informé que j'avais fait une erreur quand aux âges et classes. En effet au Japon, les enfants entrent à l'école primaire (Shagako) à 7 ans et en sortent à 13 ans (6 années) pour aller au collège (Chugako) entre 13 et 16 ans, puis au lycée (Kookoo) entre 16 et 18 ans. Donc Neeve aura passé les examens de St Elizabeth à douze ans et non dix… Toutes mes excuses.

Note 2 : Puisque nous sommes dans les âges et classes, j'ai décidé que Natsuko avait douze ans, et donc était en dernière année de primaire. Mamoru a neuf ans et Takeru, à sept ans, vient de rentrer au primaire. Ils vont tous dans le même établissement. J'espère que cela clarifie le tout.

Note 3 : Un peu de retard pour ce chapitre, mais j'ai passé quelque temps loin du clavier. Je me suis remise lentement de ma grippe (et fixer un écran d'ordi quand vous avez la grippe, ce n'est pas une bonne idée.) et puis Noël a débarqué et j'ai dû faire semblant d'être sociable…

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Un grand merci à Kiito/Nix qui est officiellement ma bêta-lectrice. Comme ça, je corrige les fautes avant de publier et non après – et je gagne du temps. Vous lui devez l'idée principale pour la dernière partie du chapitre.

Un grand coucou à FicAndRea et Genzo Wakabayashi pour leurs encouragements variés ! Je suis toujours à la recherche de Tokhyo !

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Publié : 28 Décembre 2007

Révisé : 28 février 2008

Chapitre 21 – Faute avouée à demi pardonnée

Kojirô fut comme d'habitude le premier levé dimanche matin. Il alla faire sa distribution et lorsqu'il revint, la maison était toujours endormie. Il décida de préparer le petit-déjeuner. Il avait tout juste fini quand ses deux frères, ayant un estomac pour réveil, dévalèrent les escaliers. Ce fut le signal. Les parents émergèrent, suivis par Natsuko. Seule Neeve dormait encore et ce malgré le tapage de Mamoru et Takeru. Les parents décidèrent d'aller faire un tour en amoureux et Kojirô resta à garder la maison. Juste avant midi, il essaya bien d'aller secouer Neeve, mais il n'obtint aucune réaction. A part le coup des yeux de zombie… Avec un soupir, il retourna jouer à la console avec ses frères. Soudainement, un cri s'éleva. Neeve, en pyjama rose, descendit les escaliers quatre à quatre et se précipita dans la cuisine pour avaler un truc en vitesse.
- « Je n'ai pas entendu mon réveil ! Je suis en retard ! »
- « En retard pourquoi ? »
- « Je vais au cinéma. »
- « Hé non, je ne veux pas faire le baby-sitter toute la journée ! » protesta Kojirô.
Mais Neeve avait déjà disparu dans la douche. Le footballeur bougonna entre ses dents. Cinq minutes plus tard, quelqu'un sonnait à la porte. Kojirô passa sa manette à Takeru en lui disant de mettre une pâtée à Mamoru pour lui et alla ouvrit. Il réussit à garder un sourire aimable quand il vit que c'était Shun. Ce dernier avait également le sourire aux lèvres, mais il accusa le coup.
- « Je passe prendre Neeve. » déclara Shun.
- « Elle se prépare. » informa Kojirô.
Les deux jeunes hommes se regardèrent en chien de faïence dans un silence à couper au couteau. Kojirô n'invita pas Shun à rentrer et resta lui-même sur le pas de la porte. Il appuya son bras gauche en hauteur sur le montant de la porte et balança son poids dessus. Même penché comme ça, il était encore plus grand que Shun. Pas de beaucoup, mais suffisamment pour que Shun soit obligé de lever les yeux vers lui. C'était un bonheur petit, facile, hypocrite, mais c'était délectable.
- « Comment va ton nez ? » demanda Kojirô en un sourire carnassier. Les ecchymoses avaient presque disparues. Presque…
- « Ça va, il n'y a pas eu beaucoup de casse… » Genre, tu tapes comme une gonzesse.
Kojirô allait répliquer quand Neeve dévala les escaliers encore une fois, mais cette fois habillée avec un haut moulant violet à manches longues qui lui arrivait à mi-cuisse. Une grosse ceinture en cuir noir sur des pantalons noirs et une paire de baskets complétaient la tenue.
- « Allez, au revoir tout le monde ! A ce soir ! » Elle n'avait ni entendu le carillon ni noté Kojirô et Shun. Elle s'arrêta net en les voyant, son manteau enfilé que d'un côté, pendant dans son dos.
- « Mais, qu'est-ce que tu fais là, Shun ? »
- « Je me doutais que tu allais avoir une panne de réveil, donc je suis venu te chercher. Histoire que nous ne rations pas le début de la séance. »
- « Merci c'est trop chou ! » Neeve essaya de passer, mais Kojirô resta dans l'embrasure de la porte.
Beurk ! « trop chou » ? Trop con oui ! S'il savait que tu allais être en retard, il aurait dû te téléphoner pour te réveiller, histoire que tu aies le temps de te préparer.
- « Euh… A ce soir… » Neeve hésita devant l'air de Kojirô qui la regardait bien en face. Mais qu'est-ce que tu peux lui trouver à cet abruti ?

Comprenant qu'il ne bougera pas, elle entreprit de se glisser sous son bras. Elle rosit lorsqu'elle dut un peu se coller contre lui. Kojirô ne laissa pas passer une si belle occasion. Tout en fixant Shun avec un air plus que narquois et enjôleur, il se pencha sur elle et lui murmura à l'oreille, de sorte qu'elle seule puisse entendre :
- « C'est un pigeonnant aujourd'hui aussi ? »
Neeve s'empourpra royalement. Shun fronça les sourcils et foudroya Kojirô qui continua à soutenir son regard tout en élargissant son sourire. Shun prit Neeve par la main et l'embrassa sur la joue.
- « Viens, nous allons être en retard. »

Kojirô resta sur le pas de la porte à les regarder marcher jusqu'à la rue. Neeve s'assit sur la place arrière et allait passer son casque quand Shun se pencha et l'embrassa passionnément. Celle-ci répondit au baiser en lui passant les bras autour du cou. Kojirô ne bougea pas. Il pouvait jurer que Shun faisait ça uniquement pour le faire enrager. Mais le baiser s'éternisa et il ferma la porte violemment. Juste pour confirmer ses soupçons, il entendit le scooter démarrer trois secondes après. Il alla passer ses nerfs en jouant au jeu de voiture avec ses deux frères. Sa main était complètement guérie, même si les chairs nouvellement formées étaient encore un peu sensibles. Il battit tous les records.
- « Ouais c'est de la triche ! » protesta Mamoru. « Je vais te les battre, tes records de merde ! »
- « MAMORU ! » s'exclama Kojirô, presque choqué. « Où as-tu appris un tel langage ? Tu n'as pas intérêt à répéter ça devant Maman ! »

Les parents rentrèrent en milieu d'après-midi. Kojirô était dans sa chambre. Il étudiait vaguement ses cours de chimie, se sentant un peu coupable de la façon dont il avait traité la prof le samedi précédent. Il n'était ni bon ni mauvais en physique chimie, mais aimait bien les travaux dirigés. Après avoir été séparé de Ken pour avoir fait exploser les fioles trois cours d'affilé, il s'était mis avec Kazuki, lui-même séparé de sa partenaire à qui il prêtait plus d'attention que nécessaire – en tout cas, plus qu'au cours en lui-même. Ils ne faisaient pas exploser les fioles, mais arrivaient à créer des supers potions puantes. Kazuki avait aussi le chic pour que tous les appareils électroniques partent en vrille quand il s'en servait. Bien que la prof ait vérifié trois fois que le voltmètre fonctionnait correctement, quand Kazuki le prit dans ses mains, le cadran indiqua que la batterie AA qu'il testait avait un courant de 318 V. Elle soupira et décida qu'ils étaient le binôme poubelle de la classe et ne s'inquiéta plus des bruits qu'ils faisaient tant qu'ils rangeaient après eux et ne dérangeaient pas les autres.
- « Kojirô ? » Sa mère venait de toquer à la porte.
- « Huuum ? »
- « Ça ne va pas ? »
- « Non… Les molécules et moi, ça fait deux… »
- « Tu n'as qu'à demander à Shouta, il doit être fort en chimie. »
- « Ce n'est pas bête comme idée…. »
- « Merci du compliment, Kojirô ! »
- « Oui, bon, ben… tu voulais me parler ? »
- « Oui… » Keiko soupira et s'assit sur le lit. En fait, elle commença par faire le lit pour s'asseoir sur les couvertures bien tirées. « Il serait temps que tu fasses le ménage ici. »
- « Hurf. »
- « Surtout si tu as des amis qui viennent te rendre visite. »
- « Ken et Kazuki ont des chambres en pire état. »
- « Je ne parlais pas de Ken et Kazuki. » Kojirô se tourna vers sa mère, se demandant ce qu'elle voulait dire. En voyant l'expression sur son visage, il comprit instantanément. Il grogna et enfouit sa tête dans ses mains.
- « Non Maman, pas ce genre de discussion. »
- « Oh que si ! »
- « Oh que non ! Maman j'ai seize ans et… »
- « Et tu es justement en pleine crise d'adolescence, avec ton corps qui change et… »
- « Maman, s'il te plait ! Nous n'avons pas besoin d'avoir ce genre de discussion. » Kojirô sentit son visage devenir chaud sous ses mains. « Je sais comment on fait les bébés. » railla-t-il. « Je sais qu'il faut respecter les filles et tout et tout. Merci ! »
- « Mais tu ne t'en sortiras pas comme ça. » Keiko était sévère. « Ce genre de discussion, comme tu dis, j'aurais dû l'avoir bien plus tôt. Mais comme tu étais occupé avec les études, le foot et les petits boulots, j'ai bien vu que tu n'avais pas le temps. Pas le temps, mais cela ne veut pas dire que tu n'avais pas envie. Maintenant que tu as du temps, je me doute bien que tu vas d'intéresser au sujet. C'est normal, après tout, tu es un garçon. » Vraiment ? Et puis le sujet, je le maîtrise déjà. «Et puis maintenant que tu vis avec une jeune fille, je pense qu'elle va t'ouvrir les yeux… »
- « Hein ?? »
- « Tu vois enfin ce que tu as raté. »
- « Hurf. » Si toutes les filles sont comme elles, je saute par la fenêtre !
- « Donc je veux être sure que tu ne vas pas me faire une grosse bêtise. »
- « Maman ! » geignit Kojirô. Pitié ! Qu'on en finisse !
- « Voyons voir, comment dire… Ce n'est pas parce que tu sors avec une jeune fille que tu dois l'épouser. Aussi, ce n'est pas parce que tu nous présentes une jeune fille que cela veut dire que tu vas l'épouser. Mais je n'apprécierais pas trop si tu me présentais une nouvelle fille tous les jours. Je sais que tu es un garçon responsable et que tu ne devrais pas faire de grosses bourdes mais bon… Voilà ! » Keiko tendit un petit sac en papier à son fils aîné. Celui-ci le prit avec un gros GROS doute qui se révéla être confirmé.
- « Ce… c'est… tu…. »
- « Un paquet de préservatifs, oui. Je suppose que tu sais comment t'en servir… » Kojirô rougit encore plus et regarda sa mère d'un air accusateur. Ma propre mère !« Bien sûr, interdiction de les utiliser ici. Pas de copine dans les chambres ! Mais je veux être sure que tu vas prendre tes précautions. » Keiko tapota le genou de son fils et quitta la chambre.

Kojirô resta figé pendant un bon moment avant de se reprendre. D'un geste rageur, il ouvrit le dernier tiroir de son chevet et y lança la boîte. Ma MERE m'a acheté des CAPOTES ! Il n'en revenait pas. Il se sentait humilié. Il était capable de s'acheter ses propres préservatifs. En plus il se doutait qu'elle avait dû faire ça avec Shouta. Beurk ! Avait-elle parlé de sa vie sexuelle avec Shouta ? Encore heureux que ça soit elle qui soit venue lui… parler. Raaaaaaaa ! Du coup, il refusa d'aller demander des explications sur les molécules. Il ne se sentait pas capable d'aller voir Shouta sans avoir l'envie de lui mettre son poing dans la figure. Tout était de sa faute ! S'il n 'avait pas rencontré sa mère, s'ils ne s'étaient pas mariés, il serait encore en train de mourir sous le poids des responsabilités et sa mère n'aurait pas eu à penser à des choses inutiles. Il alla faire un footing, histoire de se changer les idées, mais rien à faire.

L'image de Shun en train d'embrasser Neeve et elle en train de se laisser faire tarauda Kojirô toute la journée, jusque dans son lit. Il ne pouvait s'empêcher de repenser à ce qu'Ayame lui avait dit, et plus il cogitait, plus il se demandait comment Neeve pouvait être aveugle à ce point. Apparemment, elle voyait clair dans le manège de Sorimachi. « Stupidement amoureuse. » En voilà une bonne expression. Penser à Hikari n'arrangea pas les choses. Les rêves commençaient à revenir. Il arrêta de se retourner dans son lit et repoussa les couvertures d'un coup de pieds. Tout ça l'empêchait de dormir. Il allait descendre se faire une tisane. Une bonne petite tisane à la camomille. Grimaçant à ce que ses co-équipiers pourraient dire s'ils apprenaient que le Tigre de la Tôhô prenait des tisanes pour dormir, il avança dans le couloir à pas feutrés pour ne pas réveiller ses frères et sœur. Soudain il regarda vers la chambre de Neeve. Il ne l'avait pas entendue rentrer. Pourtant il avait passé toute la soirée dans sa chambre à réviser une interrogation de biologie pour le lendemain. Neeve avait appelé pour dire qu'elle ne dînerait pas en famille ce soir, mais avec son groupe de copains au complexe karaoké. Mais il était minuit passé, et elle n'était pas encore là.

Kojirô était arrivé au palier des escaliers et par habitude, il jeta un coup d'œil par la fenêtre qui donnait sur la rue. Son cœur s'arrêta de battre. Un scooter venait juste de descendre la rue en roue libre, sans bruit et sans lumière. Une silhouette descendit et tendit son casque au conducteur. Neeve !! Kojirô resta immobile. Comment allait-elle se sortir de cette situation ? Shouta et Keiko étaient encore en bas en train de regarder la télévision, comme d'habitude. Neeve s'approcha de la grille en fer forgé qui délimitait le passage qui donnait derrière la maison. Kojirô secoua la tête. Le portail s'ouvrait en grinçant horriblement. Elle allait se faire prendre. Mais elle se contenta de faire passer son petit sac à main entre les barreaux. Puis elle recula presque jusqu'à la moitié de l'allée. Il la vit se tasser, prendre appui sur sa jambe droite, tel un coureur prenant de l'élan. Elle s'élança vers la grille. Hyûga se demanda ce qu'elle voulait faire. Le mur était trop haut pour être sauté et elle ne pourrait même pas atteindre l'arrête. Cela ne servait à rien de grimper sur la grille parce qu'elle s'arrêtait à mi-mur…. Mais Neeve savait ce qu'elle faisait. Arrivée au pied du mur, elle sauta en hauteur, mais un peu en biais. Elle prit momentanément appui sur le couvercle des poubelles à recycler et s'en servit pour prendre un nouvel essor vers le haut du mur. Enfin, elle jeta ses bras et agrippa le rebord du mur. Elle se hissa et se rétablit. Kojirô en resta bouche bée. Elle avait calculé son coup. Il était prêt à parier qu'elle avait déjà cette idée dans la tête quand elle avait installé les poubelles à cet endroit précis. Il venait d'entendre la fenêtre de sa chambre, celle qui donnait sur le toit, s'ouvrir doucement. Elle avait PREVUE de faire le mur. Elle SAVAIT déjà qu'elle n'allait pas respecter son couvre-feu. Elle avait laissé INTENTIONNELLEMENT sa fenêtre ouverte…

L'idée qu'elle venait de passer la soirée SEULE avec Shun traversa l'esprit de Kojirô. Il sut soudain qu'il n'y avait jamais eu ni groupe de copain, ni karaoké. Il descendit les escaliers. Oui, il avait grand besoin d'une tisane.
- « Kojirô ! » s'étonna sa mère. « Qu'est-ce que tu fais debout à cette heure ? »
- « Peux pas dormir. Tisane. » Les mots avaient du mal à sortit de sa gorge, mais tout le monde était maintenant habitué à son quasi-mutisme.
- « Tiens, c'est vrai qu'il est tard ! » s'exclama Shouta. « Mais où est Neeve ? »
Il se leva et s'empara du téléphone. Kojirô alla s'abriter dans la cuisine. Avant même que Shouta puisse composer un numéro, Neeve descendit les escaliers. Elle était en pyjama, ses cheveux étaient emmêlés comme si elle venait de sortir du lit. Kojirô se demanda si elle venait de sortir d'un lit.
- « Papa ? » fit Neeve d'une petite voix endormie. « Est-ce que tu peux me passer ton chargeur de batterie ? J'ai dû oublier le mien la dernière fois que je suis allée chez Ayame. »
- « Neeve ? Mais depuis quand étais-tu rentrée ? »
- « Quelques heures. Vers les dix heures. »
- « Je ne t'ai pas entendu. » accusa son père.
- « Je sais, tu regardais la télévision. » Neeve bailla. Depuis le comptoir, Kojirô ne put s'empêcher de sourire. Elle était bonne actrice.
- « Tu aurais pu venir me le dire. »
- « Ah ! Tu sais, moi je n'ai pas besoin d'un tapis rouge et des trompettes d'Aïda quand je rentre, mais cela ne me gêne pas si tu veux le faire. »
- « Est-ce que c'est vrai, Kojirô-kun ? » demanda Shouta en se tournant vers le jeune homme. Surpris d'être pris à parti, il ne sut quoi faire. Dénoncer Neeve ? Ou mentir aux parents ?
- « Euh, ouais, elle était là. » choisit-il de dire. C'est suffisamment ambigu pour qu'il ne se mouille pas trop. Cela sembla satisfaire Keiko et Shouta qui se retournèrent vers Neeve.
- « Et pourquoi tu veux mon chargeur maintenant ? » Shouta était encore suspicieux.
- « Parce que mon mobile n'arrête pas de biper et ça m'empêcher de dormir. » Neeve sourit à son père. Elle ne rougit pas. Elle maintint son regard. Elle le regarda gentiment. Elle prit le chargeur et remonta dans sa chambre. Kojirô, tasse à la main, s'empressa de monter derrière elle.
- « Menteuse ! » souffla-t-il en haut des escaliers.
- « Hum ? » Neeve se retourna.
- « Je t'ai vu. »
- « Et ? » Elle ne se décontenança pas et alla jusqu'à lever un sourcil moqueur.
- « Tu sais que je pourrais aller dire la vérité à ton père ? » menaça-t-il.
- « Intéressant. » Neeve avança vers lui. Il était encore dans l'escalier, donc elle était un peu plus grande que lui. « Entre MA parole et TA parole, je me demande que MON père croira… » Elle s'approcha de lui et soutint son regard. « Tu veux tenter le coup ? »
- « Hum… Intéressant… » dit Kojirô à son tour. Il monta les dernières marches, mais comme Neeve ne bougea pas, il se retrouva presque plaqué contre elle. Il la dominait de toute sa hauteur, l'obligeant à se tordre le cou pour pouvoir le regarder. « Je ne te savais pas si…audacieuse… » Le sous-entendu était clair. Neeve réussit à ne pas rougir.
- « Et alors ? Cela ne te regarde pas. C'est mon copain non ? »
- « Et à mon avis il en profite bien… »
- « Ça suffit comme ça ! » Neeve commença à hausser le ton.
- « Chuuuut !»
En se mordant les lèvres de colère, Neeve empoigna Kojirô et le traîna jusqu'à sa chambre, où elle le poussa sur son propre lit. Il retomba sur ses couvertures. Il posa sa tasse sur le chevet.
- « Tiens, tu veux jouer ? » Kojirô tapota le matelas d'un air suggestif.
- « La ferme Hyûga! Toi et Shun vous commencez à me taper sur le système ! Vous ne vous aimez pas ? C'est votre problème. Vous voulez vous étrangler dès que vous vous voyez ? C'est votre problème. En attendant, mets-toi bien dans la tête que j'ai seize ans, et je n'ai pas de compte à te rendre ! »
- « Oh la ! Paix paix la furie ! » rigola Kojirô. « Je m'en fiche un peu de ton petit ami. Je t'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais. Et oui tu as raison, tu n'as pas de compte à me rendre. » Il se releva et alla se planter droit devant Neeve. Il lui attrapa le menton et la força à le regarder. « Mais tu es une sacrée petite arracheuse de dents. » Cette fois, la voix ne plaisantait pas. « Je ne veux pas être impliqué dans tes embrouilles. Moi ou ma famille. Tu fais gaffe à tes arrières. Et je te conseille de ne pas essayer de me mentir. Pas si tu souhaites que je ne me mêle pas tes affaires. »
Neeve repoussa la main d'une tapette et fit sa moue boudeuse.
- « Bien. » Elle tourna les talons.
- « Hé, Hase ! »
- « Quoi ? »
- « J'ai couvert pour toi.»
Elle le regarde de bas en haut et haussa un sourcil.
- « Et ? »
- « N'oublie pas que tu me dois une faveur. Une grosse. »
- « Comme si tu allais me laisser oublier. »
- « Hé, Hase ! »
- « Quoi encore ? »
- « Il en dit quoi, Shun, du pigeonnant ? »
- « Il t'emmerde mon pigeonnant. Puceau va ! »
Et elle ferma la porte. Doucement pour ne pas réveiller les autres ou alerter les parents, mais Kojirô savait qu'elle aurait voulu la claquer bien fort. Tout de même… Puceau ? Hé, ça faisait un peu mal. Il allait lui montrer…

Malheureusement, il ne put rien montrer à personne. Maintenant que le week-end fatidique approchait, l'ambiance était lourde. Père et fille se tiraient la gueule comme pas possible. Kojirô rouspétait toujours face à sa mère qui ne comprenait pas son attitude. Mamoru boudait Kojirô parce qu'il n'avait toujours pas pu battre ses records. Neeve ignorait Kojirô. Les préparatifs pour le week-end avançaient. Shouta et Keiko partaient jeudi soir directement après leur travail. Keiko était en plein désarroi. C'était la première fois qu'elle partait loin de ses enfants. D'habitude c'était eux qui allaient en camp de vacances ou chez la famille. Elle voulait être sure que les trois plus jeunes ne se sentaient pas abandonnés. Elle fut presque froissée de voir qu'ils étaient en fait ravis d'aller à Osaka et que cela ne leur faisait ni chaud ni froid qu'elle s'en aille. Elle abreuvait Neeve de recommandations et de numéros de téléphone. La jeune fille, sourire aux lèvres, négocia le tout en disant que de toute façon, ils allaient chez sa grand-mère, et que si Madoka avait survécu à Shouta et elle, elle pouvait gérer la tribu Hyûga.

En rentrant du café Ishiin mercredi soir, Kojirô récupéra le courrier et nota que Shouta n 'était pas encore rentré. Chose inhabituelle, le salon était vide, ce qui voulait dire que soit les garçons avaient fait une bêtise et étaient punis dans leur chambre, soit il se passait quelque chose de grave. Keiko était dans sa chambre et faisait sa valise en chantonnant. Kojirô opta donc pour l'option numéro un. Il tria le courrier. Encore deux lettres pour Neeve. Le tampon de la première indiquait Moscou, Russie et le second, Johannesburg, Afrique du Sud. Il monta les escaliers et nota que la porte de la chambre de ses frères était fermée. Option numéro un assurément. Il toqua à la porte de Neeve.
- « Quoi ? » fit une voix maussade.
- « Hase, tu as deux lettres. » Kojirô allait ouvrir la porte.
- « Passe-les sous la porte. »
- « Pourquoi ? »
- « Parce que. »
- « Es-tu en train de te changer ou quoi ? »
- « Non. »
- « Mais qu'est-ce que c'est que cette odeur ? » coupa Kojirô en entrant dans la pièce. Et s'arrêta écroulé de rire. Neeve était assise sur une couverture au milieu de sa chambre. Des bouts de coton entre les doigts de pieds, elle se mettait du vernis. L'occupation en elle-même n'avait rien de drôle, sauf quand vous avez le visage couvert d'une épaisse couche d'un…truc… vert.
- « Mais t'es chiant ! » pesta Neeve. « Je t'ai dit de ne pas entrer. »
- « Mais… qu'est-ce… monstre… » réussit à articuler Kojirô entre deux crises de rire.
- « Crétin ! C'est un masque aux algues, pour la peau. » Neeve détourna la tête et retourna à son vernissage d'ongles de doigts de pieds.
- « Je te préfère presque comme ça. »
- « Connard ! » fit la jeune fille d'une voix étouffée.
- « A ton service ! »
- « Mets les lettres sur le bureau et casse-toi ! »
- « T'excite pas, tu vas faire couler ton maquillage ! »
- « Connard ! »
- « Tu manques de vocabulaire ! Et ne laisse pas mes frères t'entendre ! » Kojirô déposa les deux lettres sur le bureau et remarqua avec plaisir que le stylo qu'il lui avait offert était posé au milieu de ses papiers. « Hé, Hase ! » reprit-il. « Comment cela se fait que tu reçoives des lettres de Russie et d'Australie ? »
- « Je croyais t'avoir dit que St Elizabeth était une école internationale. La plus part des élèves sont les enfants des ambassadeurs et autres, qui ne parlent pas bien, voire pas, japonais, et donc viennent à St Elizabeth pour suivre les cours en anglais. Certains de mes amis ne restent que un ou deux ans, selon le contrat de travail de leurs parents. Je suis restée en contact avec beaucoup d'entre eux. D'où l'Australie etc. »

Une série de bip détourna l'attention de Neeve et Kojirô découvrit la source de l'odeur qui l'avait interpellé auparavant. Une petite coupe sur une sorte de réchaud électrique contenait une pâte jaunâtre qui bouillonnait presque. Neeve utilisa une languette en bois, semblable mais un peu plus longue et épaisse que les bâtons des glaces que l'on mange en été, pour récupérer un peu de pâte et l'étaler sur sa jambe. Elle grimaça un peu, puis appliqua une bande blanche sur la pâte. Presque autant fasciné que dégoûté, Kojirô regarda la jeune fille tâter du bout des doigts la bande, puis tirer d'un coup sec. Neeve examina sa jambe puis la bande, la froissa et la jeta dans la poubelle à côté d'elle. Elle recommença la manœuvre sur une autre portion de sa jambe.
- « Mais qu'est-ce que tu fabriques encore ici ? » grommela-t-elle entre ses dents entre deux applications.
- « Euh, rien. » Mais Kojirô ne bougea pas. Il regardait maintenant Neeve, qui avait fini de s'épiler la jambe droite, retirer le masque à l'aide de petites éponges qu'elle rinçait dans un bol d'eau chaude posée sur le réchaud. « Mais en fait, vous faites une montagne de pas grand chose… »
- « Pardon ? » Neeve n'avait nettoyé que la moitié supérieure de son visage, ce qui lui donnait un air bizarre.
- « Ben oui, cela ne fait pas si mal que ça. Pas une larme, pas un cri… »
- « C'est ça, casse-toi ! »
- « Hé oh, Miss Sourire et Amabilité ! C'est quoi ton problème encore ? » gronda-t-il à son tour.
- « Rien. C'est toi, mon problème. » Mais Kojirô ne se contenta pas de cette réponse. Il venait d'associer frères punis et mauvaise humeur Haséienne.
- « Qu'est-ce qu'ils ont fait ? »
- « Rien. »
- « Hase ! »
- « Laisse tomber. »
- « Neeve ! »
- « Mais tu es lourd à la fin ! Cela ne te regarde pas ! » Neeve avait fini de se nettoyer le visage et lui jeta une éponge au visage.
- « Ce sont mes frères ! Bien sûr que cela me regarde ! » Kojirô rattrapa l'éponge au vol et la lui relança.
- « Ce sont mes frères à moi aussi, et je ne suis pas une balance ! »
- « Je ne te demande pas de balancer mais… »
- « Mais que dalle. Point final. »
- « Mais tu peux me dire, non ? »
- « Non. » Elle commença à s'épiler la jambe gauche.
- « Pourquoi ? »
- « Parce que. »
- « Neeve ! »
- « … »
- « NEEVE ! » Il s'accroupit devant elle, les fesses presque posées par terre, les coudes sur les genoux et la regarda bien en face. Mais aussitôt elle détourna le regard, feignant de se concentrer sur son épilation.
- « … »
- « Est-ce que… Est-ce que tu as pleuré ? » demanda doucement Kojirô en penchant de côté pour essayer de voir le visage de Neeve.
- « Non. »
- « Menteuse. »
- « Et alors ? »
Kojirô soupira. Ce que les petites sœurs pouvaient mettre sa patience à rude d'épreuve. Surtout qu'il n'en avait pas beaucoup, de patience.
- « C'est si gênant que ça ? Que tu ne puisses pas me le dire, même à moi ? » Surprise par la gentillesse dans sa voix, Neeve releva la tête. Elle avait bel et bien les yeux rouges.
- « Oui… » souffla-t-elle. Elle posa une main sur son front et poussa. Pris au dépourvu, Kojirô perdit son équilibre et retomba sur ses fesses, les genoux pliés en hauteur devant lui.
- « Tu compliques toujours tout. » râla-t-il pour la bonne cause. Mais il avait comprit qu'elle ne voulait pas parler. Il se demandait pourtant ce que Mamoru avait bien pu inventer pour faire pleurer Neeve. Elle était capable de se défendre. Il avait sûrement joué avec sa lingerie ou fait un commentaire déplacé. Kojirô soupira encore une fois. Les gamins grandissaient trop vite et il n'arrivait pas garder le rythme. Il allait devoir avoir une discussion entre hommes avec son frère. Avant que Shouta ne s'en mêle.
- « Pourquoi tu mets des bouts de coton entre tes poids de pieds ? » demanda-t-il curieux en regardant Neeve délicatement retoucher son vernis à coup de coton tige imbibé de dissolvant.
- « Pour ne pas en mettre partout. Et cela immobilise les doigts de pieds. »
- « Pourquoi tu te mets du vernis sur les pieds maintenant ? On est un plein hiver. Genre tu ne vas pas te mettre en sandale demain la veille… »
- « Ça me calme. »
- « Oh…. » Kojirô resta assis devant Neeve, et fouilla dans sa trousse de toilette. « C'est pour quoi faire ça ? » Il agita une petite bouteille.
- « C'est un masque anti-cernes. »
- « Et ça ? »
- « Une crème de nuit pour les yeux. »
- « Euh ? Ce n'est pas la même chose ? »
- « Non Hyûga-san ce n'est pas la même chose. » Neeve avait un petit sourire. « Tu utilises le premier une fois par semaine et le deuxième tous les soirs. » La jeune fille prit un tube, le secoua et s'appliqua une couche de crème sur le visage et le cou.
- « Ça sent bon. Qu'est-ce que c'est ? » demanda encore Kojirô en reniflant la bouteille.
- « Un masque pour le visage. Au pamplemousse et au citron vert.»
- « Encore un ? Tu viens d'en mettre un… Le truc aux algues. »
- « C'était pour nettoyer. Ça, c'est pour apaiser et hydrater… »
- « C'est bien compliqué tous ces trucs… » grommela Kojirô en piochant des bouteilles et tubes au hasard dans la trousse de toilette.
- « Et encore, tu n'as pas encore touché au maquillage… » admit Neeve. Elle semblait s'être calmée. Le réchaud bipa une nouvelle fois et Neeve recommença à s'épiler les jambes.
- « Encore ? »
- « Les retouches. »
- « Et le concombre, c'est pourquoi ? » questionna Kojirô en désignant un bol de tranches de concombre.
- « Pour manger… » fit Neeve en récupérant quelques tranches pour les croquer.
- « Aahh… » Il tendit la main pour en prendre aussi mais se prit un coup de languette sur la main.
- « Pas toucher ! C'est MON concombre ! » Neeve avait repris du poil de la bête.
- « Allez, sois sympa. Cela ne va pas te tuer… » cajola Kojirô.
- « Ce n'est pas certain… »
- « C'est vrai, c'est à Miss Sourire que je parle… »
- « Oh tu vas voir ! »
D'un geste rapide et rageur, Neeve récupéra de la pâte à épiler et l'appliqua sur le mollet de Kojirô, entre ourlet de pantalon et chaussette, mis à nu à cause de sa position assise.
- « Hé ! Mais c'est chaud ! » protesta-t-il.
- « Il faut souffrir pour être belle… »
- « Dans ton cas, il y a du boulot… » répliqua Kojirô en essayant d'enlever la pâte gluante qui se collait à ses poils.
- « Tu en rajoutes ? Moi aussi ! » Tout aussi rapidement, elle colla avec force une bande sur la jambe musclée.
- « Non, mais tu es malade ! » brama le garçon en se débattant.
- « Il faut souffrir pour être belle ! » railla Neeve avec un sourire malicieux.
- « Purée, ça ne veut pas s'enlever… » marmonna Kojirô en tirant sur les coins de la bande.
- « Il faut tirer d'un coup sec. » conseilla Neeve. Kojirô lui dédia un regard noir, qui eut pour seul effet d'élargir de sourire déjà radieux de la jeune fille. Il s'entêta à tirailler ici et là, avant de laisser tomber… C'était bien plus douloureux qu'il ne pensait.
- « Bon j'ai l'air malin comme ça, moi… » maugréa-t-il. « Neeve, fait quelque chose ! » ordonna-t-il.
- « Tu es certain ? »
- « Hum… »
- « Sûr ? »
- « Hurf… »
- « Positif ? »
- « HASE ! AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!!!!!!!! »
Neeve avait profité du fait qu'il s'était détourné de la bande pour la foudroyer du regard pour s'emparer d'un coin de la même bande et tirer d'un grand coup sec. Kojirô, pris par surprise, beugla de douleur. Ses yeux larmoyèrent un peu et il se pencha pour frotter son mollet endolori.
Alertée par le hurlement, toute la famille se rassembla devant le pas de porte.
- « Mais qu'est-ce qu'il y a encore !? » s'exclama Keiko.
Kojirô ne pouvait pas parler, il se mordait les lèvres pour chasser les larmes.
- « Il vient de découvrir les douceurs de l'épilation à la cire ! » expliqua Neeve en agitant la bande, maintenant couverte de longs poils noirs. Le rire contenu dans sa voix était vraiment palpable.
- « Epilation… joie… » Keiko était prise d'un fou rire. Neeve ne résista pas plus longtemps et éclata de rire à son tour. Les rires redoublèrent devant l'air vexé de Kojirô.
- « Mais regardez ça ! » Il désignait une zone assez large sur son tibia qui était maintenant douce et brillante, libre de tout poil. « De quoi j'ai l'air maintenant ! » Il se releva et se drapa dans ce qui restait de sa dignité et sortit de la chambre à grand pas. Il fit la tête pendant toute la soirée, même après que Neeve se soit excusée. Le fait qu'elle se retenait de rire à grand peine n'aida pas à adoucir son humeur de chien, mais il avait eut le temps de reconsidérer la chose. Il râlait pour le principe et parce que cela lui donnait un moment tranquille dans cette maison de fous…

Jeudi soir se passa agréablement. Neeve avait récupéré les trois plus jeunes dès leur sortie. Elle avait fait le sac de Takeru et avait vérifié que Mamoru n'oubliait rien d'important, parce que tout comme Kojirô, ils partaient vendredi soir après les cours, à la plus grande joie de Neeve qui ratait les cours du samedi matin. Puis ils s'étaient installés sur la table du salon pour faire leurs devoirs respectifs. Quand Kojirô rentra, l'atmosphère était studieuse. Natsuko révisait pour ses examens d'entrée au collège. Elle aimerait pouvoir aller à Tôhô, surtout maintenant que sa famille pouvait payer les frais de scolarité. Neeve et Takeru préparaient le repas tandis que Mamoru mettait la table en poussant sa sœur pour rigoler. Kojirô pouvait voir que Mamoru et Neeve s'étaient réconciliés, puisque une bonne odeur de poulet rôti flottait dans l'air. Il soupira de soulagement. Mais il fit un nœud à son mouchoir mentalement pour vraiment prendre le temps de discuter avec son frère. Mais il était temps de passer à table, puis il dut faire ses devoirs. Il était prêt de 23H quand il réalisa quelque chose. Il se leva et alla toquer chez Neeve.
- « Mmmmmmm… ? »
- « Tu dors ? »
- « Non, je suis juste dans le noir dans mon lit parce que c'est marrant. » répliqua la jeune fille d'une voix ensommeillée. Elle alluma sa lampe de chevet et resta là assise dans son lit à cligner des yeux.
- « Oh, désolé. ».
- « Un problème ? » Neeve bailla et essaya d'arranger ses cheveux emmêlés.
- « Oui… Comment allons-nous faire demain pour emmener les crapauds à l'école ? Moi j'ai entraînement et toi…»
- « Je le fais. »
- « Mais tu vas être en retard en cours. »
- « Quelle horreur… » Neeve bailla encore une fois.
- « Hase, ce n'est pas sérieux. »
- « Je rigolais. Nous allons partir dix minutes plus tôt et Shun va m'attendre devant les grilles du primaire et m'emmènera en scooter. Nous aurons même un peu d'avance. C'est tout ? »
- « Euh oui… » Kojirô fronça les sourcils. Il devait admettre que c'était un bon plan, mais il n'aimait pas l'idée de devoir quoi que ce soit à l'autre abruti.
- « Bon ben bonne nuit. » Neeve se glissa sous les couvertures. « Mais qu'est-ce que tu fais debout à cette heure, bon sang ? » ronchonna-t-elle.
- « J'étudie… »
- « Tu es sois trop sérieux, soit mou du cerveau… »
- « Ah-Ah-Ah. Bonne nuit. »
- « C'est ça… » répondit une voix déjà plus qu'endormie.

Kojirô partit directement de la maison vendredi matin avec son sac de sport et son sac de voyage. Il enchaîna sa distribution et l'entraînement du matin puis alla en cours. Avec la course du soleil, il sentait l'excitation monter en lui. Tôhô étant bien située aux abords de Tokyo, l'équipe de football n'avait que peu d'occasions de passer une nuit dehors. Pour les matchs qu'ils faisaient en tant que visiteurs, ils pouvaient prendre un bus scolaire privé aux couleurs de Tôhô et faire l'aller-retour dans la journée, même si des fois ils devaient manquer quelques heures de cours. Mais ce week-end était différent. Non seulement ils partaient vendredi soir, ratant tous les cours de samedi, mais ils allaient passer deux nuits dans un hôtel. Le trajet prit cinq heures. Ils rencontraient une petite équipe du milieu de nulle part, mais comme leur lycée venait de dépenser une belle somme pour refaire le stade, ils étaient obligés de se déplacer. Le logement les surpris un peu. Ils pensaient avoir des chambres de deux ou quatre, mais ils étaient hébergés dans une auberge traditionnelle, avec des chambres de huit. Et il n'y avait pas de source chaude, juste des bains communs équipés d'une énorme baignoire, genre jacuzzi, mais sans les bulles – ou les filles en bikini comme ajouta fort à propos Kazuki. Kazuki préférait les filles aux bulles. Kazuki semblait s'y connaître en jacuzzi. Kojirô et Ken le jetèrent tout habillé dans la baignoire, histoire de le calmer. Tôhô mena un match plutôt difficile, gagné 2-0. Makoto Kitazume fut assez content pour les laisser sortir samedi soir pour aller à une soirée organisée par le lycée d'accueil. Kazuki fit des ravages auprès de la gente féminine, et Ken tenta d'oublier son nouvel échec amoureux avec la fille de la piscine – qui s'avéra être une glousseuse de première ordre – avec une jolie fausse rousse qui s'avéra être l'ex du capitaine de l'équipe vaincue. Sentant le mauvais plan, Kojirô et lui firent retraire à l'auberge où ils profitèrent du calme pour jouer aux cartes. Ils décidèrent de prendre un dernier bain juste avant minuit. Ils furent rejoints par la plupart des joueurs, les absents découchant à coup sûr. Bien entendu, Kazuki était du lot des « perdus en cours de route. » Ils étaient donc une petite dizaine, en caleçon ou en serviette autour des reins, assis dans la baignoire circulaire, de l'eau jusqu'au torse.

- « Hé Kojirô, qu'est-ce quelle a ta jambe ? » demanda Ken en désignant les jambes que Kojirô avait posé sur le rebord.
- « Rien » grommela l'intéressé en les replongeant sous l'eau.
- « Non, je te jure, il y avait un truc bizarre. » argumenta le goal en attrapant la dite jambe et en tirant vers lui. Kojirô glissa et se retrouva la tête sous l'eau. Le temps de remonter à la surface, il fut confronté à dix regards perplexes. Tous s'étaient regroupés près de Ken, inquiets pour leur capitaine. Un truc bizarre à la jambe ??? A la jambe de leur butteur de génie ??? Malheur !!
- « Euh Capitaine… » tenta vaillamment un défenseur. « On dirait que… tu t'es épilé? »
- « Humf… »
- « Euh…. »
- « Ma sœur a voulu jouer avec moi…. » Les regards devinrent encore plus perplexes. « Je me suis fait épiler, d'accord ? » rugit-il pour chasser les curieux…
- « Elle a de drôle de passe-temps, ta sœur… » commenta son milieu de terrain en sortant de la baignoire. Ayant mit une distance sûre entre lui et son capitaine, il reprit : « Est-ce qu'elle t'as maquillé aussi ? » Les rires fusèrent. Kojirô décida de les ignorer et bouda dans son coin de baignoire circulaire, les bras croisés sur la poitrine. Les autres commencèrent à sortir et bientôt, Kojirô se retrouva seul.
- « Hé, Capitaine ! » appela Masahiko Nomi.
- « Quoi ? » grommela Kojirô en tournant la tête.
- « Est-ce que tu trouves que ce short me fait des grosses fesses ? »
- « Mais vous allez me lâcher, oui ? » hurla Hyûga en se levant, tout ruisselant d'eau.
- « Oh la, les belles gambettes sont en colère. »
- « Vous ne trouvez pas qu'il a la peau plus brillante ? »
- « Eclatante de santé ? »
- « Le prochain qu'il l'ouvre a droit à mon pied au cul et mon entraînement spécial tête de con lundi. »
- « Parce qu'il le vaut bien ! » ajoutèrent plusieurs voix.
Kojirô se retourna, mais personne ne pipa. Ils se retenaient tous de rires, complices dans le plaisir de faire tourner leur capitaine en bourrique.
- « Vous allez me le payer… » promit-il. Il s'était changé et sortit de la pièce. Mais il put encore entendre quelqu'un demander « pourquoi il nous fait un caca nerveux ? » et un autre répondre « ce n'est rien, c'est ses hormones. C'est qu'il est bientôt une vraie femme, maintenant. Il faut respecter son intimité. »

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Et voilà ! Encore un chapitre qui se termine par lui-même. Je n'aime pas trop faire ça, je préfère avoir un fils conducteur entre chapitre qui vous tient en haleine. Bah, cela vous fait une tranche de vie de Kojirô Hyûga. Dans l'intimité du Tigre… (et pas de remarque déplacée je vous prie.)

A bientôt pour le chapitre 22 ! Aussi je vais corriger les chapitres 12 à 21 – correction par Kiito (ce qu'elle est gentille hein ?).

Donc bonne année 2008 à tous et toutes (bien que je me doute qu'il n'y a que des toutes qui lisent cette fic. O Homme es-tu là ? Fais-moi signe !)