BONNE ANNEE !

Chapitre écrit en un jour ! Overdose de sucre, de Brian Adams, Gwen Stefani et tubes des années 90. Attention…..

Ma bêta-lectrice est en vacances, donc vous trouverez sûrement des fautes ici et là. Désolée.

Un grand coucou à FicAndRea qui a commencé une superbe fic sur le groupe J-pop La GazettE. Même moi qui n'y connais rien me dit que c'est sympa. Allez tous lire sa nouvelle fic. J'espère tout de même que tu continues à écrire sur l'illusion du réel.

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Publié : 02 janvier 2008

Chapitre 22 - La vérité sort de la bouche des enfants.

Kojirô dut subir les moqueries de ses co-équipiers pendant le petit déjeuner et pendant la première partie du voyage, ce qui lui donna suffisamment de temps pour maudire Neeve en particulier et toutes les femmes de la création en général. Kazuki, un peu ahuri devant le comportement des autres, aurait bien voulu demander des explications, mais cela serait revenu à avouer devant l'entraîneur qu'il n'était pas au courant parce qu'il s'était faufilé dans le dortoir vers les 3H du matin et donc n'avait pas respecté le couvre-feu. Voyant Kojirô soudainement passer du renfrognement poussé – si ce n'était de la colère mal retenue – à un sourire féroce, il préféra se re-concentrer sur son manga. Ken, lui, réalisa que leur capitaine était en train d'imaginer les diverses tortures qu'il allait leur infliger lundi matin. Il pouvait voir dans ses yeux qu'à chaque nouvelle raillerie, des tours de terrain ou séries de pompes s'ajoutaient. Finalement tous notèrent que Hyûga souriait de toutes ses dents. Beaucoup déglutirent avec difficulté. Ouuuups…. Après cinq heures de route, passées dans un calme relatif, Kojirô descendit et dédia son plus grand sourire à son équipe. Celui qui montrait ses canines bien pointues.
- « A lundi… pour l'entraînement. Ne soyez pas en retard. »
Oh oui, ouuuuuups…..

Les familles Hase et Hyûga se retrouvèrent nez à nez en rentrant. Shouta et Keiko sortaient de la voiture quand Neeve et les trois jeunes arrivèrent, traînant leurs valises derrière eux depuis la bouche de métro et Kojirô déboucha d'une rue adjacente. Tout le monde se mit à parler en même temps, mais l'essentiel fut que tous avaient passé un bon moment.
Keiko se précipita dans la cuisine pour préparer le repas du soir. Ses trois plus jeunes restèrent dans ses jambes. En fait elle leur avait manqué. Shouta et Neeve se retrouvèrent seuls à mettre la table.
- « Tout c'est bien passé ? » demanda-t-il sans regarder sa fille.
- « Oui, parfait. »
- « Comment va Grand-mère ? »
- « Elle va bien. »
- « Et… »
- « Elle m'a donné un cake aux fruits rouges pour toi. C'est ton préféré. » Neeve évitait aussi de croiser le regard de son père.
Kojirô soupira. Pourquoi fallait-il qu'ils soient si bougrement têtus l'un comme l'autre ? S'il devait attendre que l'un ou l'autre s'excuse ou rende la main en premier, il aurait le temps de se faire pousser la barbe. Une envie de secouer Shouta et Neeve monta en lui.
- « Vous n'avez pas fini de bouder, vous deux ? » tonna-t-il fortement. « Vous êtes pire que Takeru et Mamoru. »
Les deux concernés se récrièrent, mais Kojirô obtint l'effet escompté. Père et fille levèrent enfin la tête et se regardèrent de travers avant de se mettre à rire. Shouta fit le tour de la table pour aller serrer Neeve dans ses bras et déposer un baiser sur son front.
- « Bon maintenant, je veux du cake. » exigea Kojirô. « Hase, va le chercher ! »
- « Depuis quand tu me donnes des ordres ? »
- « Depuis que je suis l'aîné, plus grand et plus fort que toi. »
- « Tu n'as que trois mois de plus de moi ! »
- « C'est ce qui fait toute la différence. Allez bouge-toi, microbe ! » fit-il en s'avançant de toute sa hauteur sur Neeve. Elle lui arrivait à peine sous le nez et il en profit pour lui souffler dans les yeux.
- « Mais ! Mais ! C'est qui le microbe ? Espèce de grande saucisse écervelée ! »
- « C'est ça, c'est ça… » Il lui tapota le haut du crâne, comme on tapote un chien.
- « Mais…mais… »
- « Et puis je te signale que les deux week-ends prochains, c'est moi le chef ici alors tu fais ce que je te dis. Cake, fillette ! »
- « Mais qui tu dis que… ? »
- « N'est-ce pas Shouta ? » coupa Kojirô.
- « Ah oui, Kojirô-kun sera le chef de famille. Neeve, tu lui obéiras ! » glissa malicieusement Shouta. Devant l'air indigné de sa fille, il rajouta : « Solidarité masculine ! »
- « Ouais ! » ajouta Mamoru qui arrivait avec le plat de nouilles. « Ils faut leur apprendre, aux femmes ! » Kojirô et Shouta éclatèrent de rire, bien que Kojirô fasse un peu la grimace devant ce genre de commentaire. Il fallait vraiment qu'il parle avec son frère.

Il programma son réveil pour se réveiller dix minutes plus tôt le lendemain. Ce qui fit qu'il sortait du vestiaire alors que les autres joueurs entraient pour se changer. Cinq minutes plus tard, Kojirô ouvrit la porte en grand, provoquant une houle de râlements alors que l'air froid s'engouffrait dans la salle.
- « Allez mes jolies, toutes dehors ! »
Ken soupira. Kojirô était rancunier. Très rancunier. Assez en tout cas pour leur avoir mijoté un parcours d'entraînement fait de succession de petits exercices tous plus difficiles les uns que les autres. Comme l'équipe commençait son troisième passage, il les encouragea :
- « Vous êtes de plus en plus lents ! Si ça continue, on remet ça ce soir ! »
Makoto Kitazume ne disait rien, se contentant d'approuver de la tête. Les différents ateliers étaient bien pensés, travaillant différents muscles ou techniques. Il avait imaginé la plupart des exercices lui-même quand il travaillait à Tôhô collège, mais Kojirô les avait modifiés et compliqués. De plus, il connaissait Hyûga depuis maintenant quatre ans. Il savait par expérience qu'il valait mieux laisser le capitaine régler ses comptes avec l'équipe de cette façon. De toute manière cela ne leur faisait pas de mal.
- « J'aimerais t'y voir ! » protesta Ken, le seul qui pouvait se permettre un commentaire. Il avait senti les regards de ses co-équipiers dans son dos qui le suppliaient d'intervenir.
- « O.K » accepta Kojirô en lui lançant son chronomètre et en prenant un ballon. « Comme ça, mon temps servira de référence. Tous ceux qui font plus de dix secondes que moi seront recalés. »
Même Ken n'osa pas demander ce qui arriverait aux recalés. Il se doutait que ce n'était pas plaisant. Heureusement qu'il connaissait le parcours, lorsqu'il le faisait au collège donc se savait sauf. Kojirô s'élança, ballons aux pieds, et effectua les séries de dribbles, sauts et slaloms sans la moindre difficulté. Il s'arrêta devant son équipe, qui le regardait avec un regard admiratif.
- « Alors, les nanas, fatiguées ? »
- « Noooon Capitaine…. » soupirèrent-ils.
- « Donc cinq tours de terrain et puis on se revoit ce soir. » Il partit en sprint et fini bon premier, même si Kazuki réussit à rétrécir son retard à seulement vingt mètres. Il ne demanda pas son reste et fila aux douches pendant que Kojirô récupérait son pull-over.
- « Les filles, je vous laisse ranger ! »
Les joueurs réussirent à ravaler les grognements de protestations. Kojirô avait déjà un sourire goguenard. Pas la peine de lui donner matière à plus de satisfaction.

Cette nouvelle forme de revanche occupa tellement Kojirô qu'il en oublia de parler avec Mamoru. Et curieusement, la personne qui vint lui demander conseil fut Neeve. Elle toqua à sa porte mardi soir alors qu'il essayait vainement de se concentrer sur son devoir de littérature japonaise. Il était assis dans son fauteuil de bureau, les pieds sur le chevet et cherchait l'inspiration pour son commentaire de texte en contemplant le plafond. Mais le plafond n'était une bonne muse.
- « Qu'est-ce que tu veux ? » demanda-t-il surpris. Neeve n'était plus venue dans sa chambre depuis qu'il n'avait plus besoin de bandage.
- « Tu as cinq minutes ? » vérifia-t-elle depuis le pas de la porte.
- « Ouais… ». Il posa les pieds par terre et posa un coude sur le bureau pour appuyer sa joue sur son poing fermé. Il la regarda distraitement se créer un chemin entre piles de vêtements sales et piles de vêtements très sales et les magazines. Elle s'assit sur le bord de son lit, près de l'oreiller.
- « J'ai reçu une lettre de Tôhô. Je suis prise en section internationale. » Neeve agita une liasse de feuilles.
- « C'est bien. » dit-il tranquillement en se demandant ce que cela avait à faire avec lui. Il se disait aussi qu'il était temps de ranger sa chambre. Vraiment temps… Il était à cours de chaussettes propres.
- « Et il faut que je choisisse mes options, donc je me disais que tu pouvais m'aider. »
- « Euh… Je ne connais rien à la section internationale, et je ne connais personne qui y va, ou quelqu'un qui connaît quelqu'un qui y va. A part Kazuki mais il est hors sujet. »
- « En effet. » Neeve eut un petit sourire doux. « Mais peut-être tu as entendu parler des profs… »
- « Lesquels ? » Kojirô avait toujours le visage dans sa main. Bizarrement, que Neeve aille à Tôhô ou non, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Surtout si elle allait en section internationale.
- « Ben… surtout pour les langues. Il faut que je prenne une seconde langue vivante… »
- « Ah ! Déjà que je ne parle pas l'anglais…. »
- « J'hésite entre l'espagnol et l'italien. »
- « Pourquoi ces deux-là ? » Kojirô était un peu curieux. De toute façon, il s'emmerdait ferme avec son essai de littérature, donc toute distraction était bienvenue.
- « Entre la langue de l'amour et la langue de la passion ! »
- « Et le français ? Ils sont pas censés être les rois de l'amour là-bas ? »
- « Oui, mais le français, c'est compliqué. »
- « Paresseuse avec ça… »
Neeve releva la tête et le contempla, les yeux étrécis jusqu'à ce qu'ils deviennent deux fentes. Puis elle soupira.
- « O.K j'ai compris. Merci quand même. » Elle se leva et rassembla ses papiers.
- « Hé, non ! Ce n'est pas ce que je voulais dire. » s'exclama Kojirô en la retenant. « Mais c'est que je n'y connais vraiment rien, moi ! Demande-moi qui a la meilleure équipe de foot, là je peux t'aider. »
- « M'ouais. » Mais elle se rassit.
- « Donc pourquoi pas le russe ou le chinois ? » demanda Kojirô pour changer le sujet.
- « Je n'aime pas le russe et le chinois, tout le monde en fait. En fait j'aimerai faire une langue européenne. »
- « Et l'allemand ? »
- « Bof… Je préfère l'Italie ou l'Espagne. Il y a du soleil là-bas.»
- « Euh… en quoi le climat du pays concerne ton choix de langues ? »
- « Parce que si je veux parler une langue étrangère, il est bien vu d'aller dans le pays où on la parle. Donc pas l'Allemagne. »
- « Dans ce cas, prends l'espagnol. » conseilla Kojirô.
- « Pourquoi ? »
- « Il y a plus de monde parlant espagnol qu'italien. L'Espagne, le Mexique, l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud contre… ben… l'Italie. »
- « Tu n'as pas tort. » concéda Neeve en cochant une case. « Espagnol donc… » Elle parcouru d'autres feuilles. « Tu savais qu'il n'y avait pas de troupe de danse à Tôhô ? »
- « Non. Mais l'équipe de gym féminine est très bonne. Elle est arrivée troisième au championnat national. »
- « La danse et la gym sont deux choses très différentes. » fit Neeve d'un ton inattentif. « Et toi ? »
- « Et moi quoi ? » répliqua Kojirô surpris par la question.
- « Si tu devais aller vivre en Europe, où irais-tu ? »
- « Pourquoi me poses-tu cette question ? »
- « Parce que Hyûga-san, » répondit Neeve en le regardant bien en face, « cela fait trois mois que je vis avec toi et je ne sais presque rien de toi. A part que tu joues bien au foot. » Elle avait remonté ses jambes jusqu'à sa poitrine et les avait entouré de ses bras. Elle posa son menton sur ses genoux et lui sourit. Kojirô resta silencieux un moment. Il devait admettre qu'il connaissait plus de choses sur elle que elle sur lui.
- « Je ne pensais pas que cela t'intéresserait. » marmonna-t-il.
- « Laisse-moi juger par moi-même. Donc France, Allemagne, Italie, Espagne ou… ? »
- « Sûrement pas l'Allemagne. Je suis allé en France l'été dernier et… »
- « Waouh ! Où ? »
- « A Paris, pour une compétition de foot, mais j'ai eu le temps de faire du tourisme et ce n'est pas mal. »
- « Tu en as de la chance… Paris… » murmura Neeve sans le quitter des yeux.
- « Mais moi, si je devais choisir, j'irais en Italie. »
- « Pourquoi ? »
- « Parce que c'est là qu'il y a les meilleures défenses. »
- « Hein ? »
- « Oui, pour quelqu'un comme moi, un buteur… Tu sais ce que c'est un buteur ? » demanda-t-il soudainement en se tournant vers la jeune fille.
- « Oui, quand même… »
- « Donc pour un buteur, pouvoir marquer face à une défense solide, c'est encourageant. Je dirais même ce que c'est un défi ! » Kojirô commençait à s'enflammer, mais Neeve rigola doucement. « Quoi ? » demanda-t-il d'une voix dure et un peu peinée. Pourquoi poser la question si elle ne faisait que se moquer ?
- « Non, non… c'est juste que… Tu ne penses vraiment qu'au foot. » nota Neeve.
- « Pas vrai. » dit-il d'une voix encore maussade.
- « Si… »
- « Et alors ? »
- « Et alors rien. C'est ta vie. Mais c'est presque effrayant de voir quelqu'un si passionné par un seul et unique truc. »
- « Je veux être joueur pro, donc la passion c'est essentiel. »
- « D'accord, mais regarde ta chambre ! » Neeve montra les posters. « Que du foot ! Pas une image de fille, une affiche de film ou autre. » Elle désigna les magazines. « Tu ne lis que des trucs de foot. Je ne t'ai jamais vu lire un roman par exemple. »
- « Je n'ai pas le temps, c'est tout… » Kojirô haussa les épaules.
- « C'est dommage. » Neeve était sincère. Elle le regardait toujours depuis le lit, mais cette fois la tête penchée sur le côté. « C'est pour ça que tu n'as pas de petite copine ? »
- « Qu'est-ce que cela peut bien te faire ? » Kojirô rougit un peu.
- « C'est juste que… c'est dommage. » A son tour, Neeve rougit. « Je veux dire, tu es plutôt mignon, pas trop bête et comme tu es capitaine de l'équipe, tu devrais avoir un tapis de filles prêtes à défaillir si tu les regardes. »
- « Sûrement, mais justement, je ne regarde pas. »Attends, est-ce qu'elle vient de dire que j'étais mignon ?
- « Pourquoi ? »
- « Parce que si elles sont toutes aussi chiantes que toi, je me fais moine ! » s'emporta un peu Kojirô.
- « Est-ce que les moines, ça joue au foot ? » glissa malicieusement la jeune fille.
- « Mais tu n'as pas fini ! » Il voulut la foudroyer du regard, mais il ne put résister au sourire effronté de Neeve qui tirait la langue tant elle se concentrait pour ne pas éclater de rire. Mais ses épaules tremblaient. « Tu es la pire des vermines ! » Il se vengea en lui jetant au visage la première chose qui lui tombait sous la main. En l'occurrence un T-shirt de la pile « pas trop sale ».
- « Beeeurrk ! mais tu es dégoûtant ! » protesta-t-elle.
- « Je croyais que j'étais mignon ! »
- « C'était juste de l'extérieur que je parlais ! Parce que dedans, c'est tout pourri ! »
- « Ah oui ? »
- « Ouais ! Périmé de trois mois ! »
Il fonça sur elle, comme un joueur de rugby. Il la planqua sur son lit et entreprit de l'étouffer avec son oreiller. Ils chahutèrent bruyamment avant que la porte ne s'ouvre sur Mamoru
- « Vous êtes sourd ? A table ! Cela fait trois fois que nous vous appelons !... C'est confortable les Neeve ? »
Kojirô avait poussé Neeve hors du lit, sur le sol, et s'était assis sur à cheval sur son dos, certes pas de tout son poids, mais suffisamment pour qu'elle reste à terre. Il maintenait ses bras par les poignets d'une main tandis qu'il se penchait en arrière pour chatouiller pieds et jambes de l'autre main.
- « Non, c'est un vieux modèle. Genre d'occasion. Et puis le motif est hideux. » L'aîné se souleva de quelques centimètres et retomba plusieurs fois sur son coussin improvisé qui couina fortement. « Et puis ça grince. » Il se leva mais attrapa l'élastique dorsal du soutien-gorge, tira et relâcha pour qu'il claque.
- « Aïe ! » protesta Neeve. « Ce n'est pas du jeu ! »

Kojirô éclata de rire et empoigna son frère dans ses bras, la tête en bas et descendit ses escaliers en chatouillant une nouvelle paire de pieds.
- « Kojirô ! Lâche ton frère ! Tu vas lui faire mal ! » sermonna immédiatement Keiko. « Neeve, à table ! » dit-elle en direction de la jeune fille qui était descendue à son tour.
- « Je me lave les mains et j'arrive. » répondit-elle.
- « Oui, Kojirô, Mamoru, allez vous laver les mains. » ordonna la mère à ses deux garçons qui tirèrent la tête. Ils étaient déjà assis. Ils se relevèrent en grommelant et allèrent dans la cuisine.
- « Lèche-cul ! » souffla Mamoru en même temps que Kojirô susurra « Fayotte ! ». Ils coincèrent Neeve en sandwich devant l'évier et l'empêchèrent de se rincer les mains. Elle se vengea en insinuant un glaçon dans leur col de T-shirt alors qu'ils se rasseyaient. Bien sûr, ils se mirent à gesticuler pour le récupérer avant qu'il ne glisse trop bas.
- « Mais ce n'est pas fini vos singeries ! » tonna Shouta. « Pour la dernière fois, j'aimerais manger tranquillement ! »
- « Oui Papa ! » chantonna Neeve en soulevant son sourcil à l'adresse des deux Hyûga qui, assis côte à côte, lui tirèrent la langue en même temps.
- « Je me demande si je peux vous laisser seuls en charge de la maison… Vous allez tout détruire ! » commenta soucieusement Keiko en scrutant Neeve puis Kojirô.
- « Non, pas de problème, j'ai tout sous contrôle. » rassura ce dernier. « Même les problèmes de fournitures… » Mamoru et lui se tapèrent dans la main et ce fut au tour de Neeve de leur tirer la langue.
Shouta soupira fortement et se massa le bout d'os entre les yeux, en haut de l'arête du nez.
- « Vous êtes épuisants ! Des vrais gamins… C'est à se demander si vous avez vraiment seize ans. J'aurais honte à votre place. Takeru est bien plus sage que vous. »
Les deux adolescents en restèrent bouche bée d'indignation. Ils auraient bien aimé répliquer, mais ils ne pouvaient rien dire sous peine de passer pour de vrais mômes. Donc ils se turent et le repas se passa calmement.

Neeve annonça la bonne nouvelle, à savoir qu'elle avait été acceptée à Tôhô. Kojirô trouva bizarre qu'elle ne discute pas de son choix de langue avec son père, mais il se doutait qu'elle devait toujours lui en vouloir pour l'avoir changée d'école. Allons bon ! Si tout le monde était rancunier dans cette famille, ils n'allaient pas s'en sortir. Kojirô se retrouva de corvée de vaisselle et dut finir son commentaire de texte. Il était en train de se chercher un truc à dire en guise de conclusion quand Neeve toqua de nouveau.
- « Encore toi ? Avoue, tu ne peux plus te passer de moi… »
- « C'est parce que tu es si mignon… » Elle se pencha derrière lui et passa ses bras autour de son cou. Elle lui souffla dans l'oreille, puis soudainement mordit le lobe. Pas trop fort mais assez pour Kojirô sursaute.
- « AIE ! »
- « Hé hé, ça c'était pour le soutien-gorge… »
- « Qu'est-ce que tu fous, Hase ? » marmonna-t-il en se frottant l'oreille.
- « Tiens. »
- « Qu'est-ce que ce c'est ? »
- « Un livre, crétin. »
- « Merci, je vois bien. »
- « Ça ne va pas te mordre tu sais. »
- « Pourquoi me donnes-tu un livre ? » fit Kojirô en prenant finalement le livre
- « Je te le prête, pas donner. C'est pour lire. »
- « Merci, je sais. »
- « C'est le premier volume de La Tour Sombre, par Stephen King. De la science-fiction. Tu devrais aimer. »
- « Ah bon… » Kojirô feuilleta quelques pages.
- « C'est en plusieurs volumes. Je les ai tous. Bien sûr, il n'y a pas de foot. »
- « Ah-ah-ah »
- « Et pas d'image, ça ira ? »
Kojirô se leva pour profiter de sa supériorité de taille. Il aimait bien dominer Neeve, simplement parce qu'elle détestait ça. Il lui souffla dans les yeux et lui sourit malicieusement.
- « Est-ce qu'il y a des scènes porno ? »
- « Hyûga-san ! » piailla Neeve. « Je reprends mon livre ! » Mais il le cacha derrière lui. Elle essaya de le reprendre mais il se contenta de porter le livre à bout de bras. Elle tenta de sauter mais encore une fois elle échoua.
- « Allez, au lit le microbe ! » Elle lui donna un coup de poing dans la poitrine. Il eut un sourire en coin. « C'était censé me faire mal ça ? » Elle recommença. « Pitoyable. » Encore un coup. « Tu tapes vraiment comme une fille. » Elle lui écrasa le pied et eut la satisfaction de lui tirer un grognement.
- « Pervers. »
- « Tête de mule. »
- « Tyran. »
- « Menteuse. »
- « Cerveau de poulpe. »
- « Cul de poulet. »
- « HEIN ? Mon cul est très bien ! »
- « Allez, va dormir Hase, tu vas te ridiculiser. »
- « Non. »
- « Si. Tire-toi, je dois finir mon japonais. »
- « Oh… C'est trop con, moi j'ai déjà fini mes devoirs. »
- « C'est parce que tes prof ont pitié de tes capacités limitées. »
- « Je t'emmerde. »
- « Hase, langage. »
- « D'accord, voyons voir… Monsieur, vous êtes un être insignifiant, à l'intellect rétréci et votre vue m'insupporte. »
- « Non vraiment, j'ai du boulot. » Il la poussa jusqu'à sa porte. « Merci pour le bouquin, j'y jetterai un coup d'œil. »
- « Bonne nuit. »
- « Humph. » Et c'était lui qui était épuisant ? Mince il allait déguster ! Les deux week-ends suivants allaient être l'enfer sur terre.

La semaine passa à une vitesse surprenante. Entraînement et devoirs occupèrent Kojirô, mais il trouva le temps de bouquiner ici et là. Il devait admettre qu'il accrochait bien à l'histoire et pour la première fois depuis presque dix ans, il prenait un moment tranquille sur son lit à finir le roman. Aussi finit-il le premier volume jeudi soir. Il se leva pour demander à Neeve de lui passer le deuxième tome. Il toqua doucement à la porte mais n'eut pas de réponse. Il entra dans la chambre, pour constater qu'elle était vide. Un peu déçu, il se retourna. Il n'avait pas fait un pas vers le couloir qu'il entendit la voix de Mamoru passant par la porte entrouverte donnant sur la terrasse. Neeve et lui étaient en train de ramasser le linge.
- « Donc tu es d'accord ? » demandait Mamoru à la fois suppliant et catégorique.
- « Je ne suis pas sûre que… »
- « S'il te plait ! »
- « Ça m'embête un peu, tu sais. Je pense toujours que tu devrais en parler à ton frère ! »
- « NON ! » dit le garçon d'une voix tranchante. « Si tu ne veux pas, c'est bon, mais je te défends de lui en parler ! »
- « Mais… » Neeve soupira fortement.
- « NON ! Et puis, laisse tomber, je vais me débrouiller tout seul. »
- « Non, non, j'ai dis que je t'aiderais. Je peux tout de même dire que cela serait mieux si ton frère… »
- « Et moi je dis que non. »
- « D'accord, d'accord… » capitula la jeune fille.
- « Donc demain ? »
- « Demain. Mais ne fais rien de stupide avant que j'arrive ! Tu te rappelles ? » réprimanda Neeve d'une voix basse.
- « Oui…. » grommela Mamoru. Il tourna les talons et rentra dans la maison, claquant la porte derrière lui. Il se précipita vers sa chambre, dont il claqua également la porte, et donc ne vit pas son grand frère, toujours dans la chambre de Neeve, qui avait tout entendu. Neeve soupira, ramassa le panier rempli de linge et ouvrit la trappe donnant sur l'escalier en colimaçon descendant vers la buanderie. Moins d'une minute plus tard, elle poussait la porte de sa chambre et se cogna pour Kojirô, qui n'avait pas bougé.
- « AIE ! Qu'est-ce que tu fais là ? » demanda-t-elle.
- « Qu'est-ce qu'il se passe avec Mamoru ? » répliqua-t-il d'une voix dure.
- « Rien. »
- « Neeve ! » Il l'empoigna par les avant bras et la retint près de lui. « Je ne vais pas me répéter ! »
- « Moi non plus ! » rétorqua-t-elle en essayant de se libérer. « Tu me fais mal, lâche-moi ! »
Kojirô resserra sa prise et Neeve grimaça. N'importe qui aurait prit peur en voyant le visage coléreux du jeune homme mais elle tint bon. Il la secoua, aussi énervé contre elle que contre son frère.
- « Hase, si tu ne me dis pas la vérité, je te jure que tu vas le regretter ! »
- « Mais-fais-moi-un-peu-con-fi-an-ce !!! » réussit-elle à articuler entre deux saccades.
- « Et pourquoi est-ce que je te ferais confiance ? » Il la relâcha violement et elle tituba en arrière, tombant assise sur son lit. « J'ai tout entendu ! Toi-même, tu voulais qu'il me parle. » Il se pencha, posa ses deux mains à plat sur le lit, de chaque côté des genoux de Neeve, la forçant à reculer contre le mur. Leurs regards étaient maintenant à la même hauteur.
- « Et il ne veut pas te parler. » Kojirô lança son poing droit qui s'écrasa contre le mur, capturant quelques cheveux blond foncés. Il s'était avancé sur le lit, un genou posé entre ses deux jambes de Neeve.
- « Ne t'inquiète pas, je vais aller lui parler. » murmura-t-il d'une voix grave et profonde.
- « Il ne te dira rien. » Mais la voix de Neeve tremblait un peu. Kojirô était assez impressionnant. Enfin, plus qu'impressionnant mais elle avait promis à Mamoru de ne rien dire. Il ne lui faisait pas peur dans le sens où elle savait qu'il ne la frapperait pas – à moins qu'elle ne le pousse vraiment à bout, mais ça, elle se l'interdisait. Elle l'avait déjà vu en colère à ce point, et ne voulait pas répéter l'expérience. De lui en colère contre elle. Oh non ! Mais tout de même, il était impressionnant. Ses traits étaient figés en une expression où anxiété, rage et exaspération s'entremêlaient. Ses yeux brillaient d'une lueur farouche et il avait encore ces mèches qui lui tombaient sur les yeux, ce qui le rendaient totalement sexy, viril et… sauvage. Pas étonnant qu'il soit surnommé le tigre et pas la gazelle.

Neeve rougit violemment en entendant ses propres pensés. Ce n'était pas le moment de penser à ça, mais il était bien trop proche d'elle, au point qu'elle pouvait sentir son souffle sur son visage.
- « J'attends. » grondait-il.
- « Tu peux attendre, mais moi j'ai mieux à faire. » Enfin, son corps décida de lui obéir. Ses mains se posèrent sur ses épaules et poussèrent. Bien sûr, il était plus fort qu'elle, mais elle parvint à mettre une distance raisonnable entre leurs deux visages. Elle se dépêcha de retirer ses mains et les posa à plats sur ses cuisses.
Etonnamment, il laissa tomber. Dans tous les sens. Il se redressa, son genou toujours entre ses deux jambes, et le bras près de sa tête bougea pour aller repousser ses cheveux. Il la regardait cependant toujours d'un œil mauvais. Il ferma les yeux, prit une longue inspiration puis rouvrit les yeux. Elle avait eu ce drôle de regard pendant un moment, mais jamais elle n'avait baissé sa garde. Il se pencha sur elle, la main droite revenant vers elle, se posant sur sa joue gauche pour lui bloquer le cou. Pendant un moment, leurs regards s'affrontèrent. « Tu ne me diras rien ? » Neeve acquiesça silencieusement. « Tu es sûre de ton coup ? » Nouveau hochement de tête. « Tu sais que si tu te plantes, tu vas le regretter ? » Encore un hochement de tête. « Tu sais que si tu te plantes, tu auras affaire à moi. » Elle déglutit difficilement mais acquiesça encore une fois. « D'accord. Tu sais où me trouver quand tu seras dépassée par les événements. » Il se dégagea complètement. Planté bien droit sur ses deux pieds, les poings sur les hanches, il lui donna un dernier regard presque dégoûté. « Ne te plante pas. » répéta-t-il avant quitter la chambre.

L'envie de lui courir après et de lui demander ce qu'il voulait dire exactement avec ses « dépassée par les événements » et ses « ne te plante pas ». Comme s'il s'attendait qu'elle se plante ! Neeve se mordit les lèvres. Elle était presque tentée d'aller tout lui dire. Mais elle avait sa fierté et elle avait promis à Mamoru. Une petite voix lui souffla bien qu'une promesse à un gamin de neuf ans ne valait pas grand chose, surtout si tout finissait mal. Mais c'était justement parce qu'il avait neuf ans que tout était si compliqué. Il était venu vers elle, pour lui parler, parce qu'il avait confiance en elle. Sûrement pas en sa capacité à résoudre le problème, mais en son soutien. Sa première réponse avait été de lui dire d'aller parler avec son frère aîné, mais le gamin refusait de lui en parler. Les parents étaient hors de question, car comme tous les parents, ils étaient incapables de régler un problème sans l'envenimer d'abord. Elle n'était toujours pas certaine d'avoir pris la bonne décision en acceptant de rentrer dans la combine de Mamoru, mais c'était tout ce qu'elle pouvait faire et allait le faire.

Ces idées traversèrent l'esprit de la jeune fille en moins d'une seconde. C'est marrant comme vous pouvez penser vite à certains moments et à d'autres comme votre esprit se liquéfie, captivé par un visage ou un souffle. Elle se leva et décida qu'il serait mieux pour tous de convaincre Mamoru de se confier à Kojirô. Elle bondit dans le couloir. Kojirô était déjà devant la porte des garçons et allait entrer, la main sur la poignée. Il se retourna pour la voir surgir de sa chambre et lui intima de rester là où elle était d'un doigt tendu en sa direction. Il n'avait pas l'air commode.
- « A taaaable ! » appela joyeusement une voix maternelle depuis le salon.
Natsuko sortit de sa chambre et Takeru se cogna contre Kojirô.
- « Pousse-toi Nii-san ! Manger ! » fit le gamin en tirant son frère par la main. Celui-ci dut se laisser faire mais vit clairement l'échange de regard entre Mamoru et Neeve, qui ne dirent pas un mot et descendirent à leur tour. Très inhabituellement, les deux complices s'assirent l'un à côté de l'autre et évitèrent le regard de Kojirô pendant tout le repas.
- « Neeve, est-ce que tout va bien ? » s'inquiéta Keiko. « Tu n'as presque rien mangé. »
- « Oh, je n'ai pas vraiment faim. » avoua Neeve avec un sourire forcé.
- « Tu es un peu pâle. » commenta Shouta en s'alarmant. « Tu es sûre que tu n'as pas de la fièvre ? »
- « Non non ! » rassura-t-elle avec entrain. « Peut-être un peu fatiguée. »
- « Tu fais bien attention à toi, n'est-ce pas ? » interrogea son père. « Pas de rhume ou de maux de tête. »
- « Oui, oui, pas de rechute, je t'assure. »
- « Dis, Shouta-san » coupa Mamoru d'une voix innocente. « Est-ce que tu peux m'expliquer mes maths ? Je suis bloqué… » Shouta sourit.
- « Bien sûr, nous regarderons ça juste après le repas. »
- « Merci. »
Kojirô fronça les sourcils. Mamoru était un excellent élève et n'avait presque jamais eu besoin d'aide, à la différence de Takeru qu'il fallait surveiller comme le lait sur le feu. Il est certain qu'il faisait ça uniquement pour ne pas être seul, et l'empêcher de le questionner.

Il avait vu juste. Le garçon passa la soirée assis à la table du salon, prétextant étudier avec Shouta. Ce dernier était absolument extatique, et Kojirô qui s'était arrangé pour passer et repasser dans la cuisine devait avouer qu'il se débrouillait bien. Peut-être devrait-il se joindre à la session d'études pour se faire expliquer les particularités des molécules qui étaient restées une énigme insondable depuis… ben depuis qu'il avait fait leur connaissance. Il décida que ce n'était pas une si bonne idée de ça, mais trouva facilement un nouveau prétexte pour redescendre. Il allait nettoyer sa chambre ! Enfin, il allait ramasser tout le linge sale et redécouvrir la couleur du sol. Il lui fallut deux voyages pour trimballer les vêtements qui avaient tous atteints un stade plus ou moins avancé de puanteur.
- « Mais qu'est-ce que tu fabriques à monter et descendre comme ça ? » s'exaspéra sa mère au bout d'un moment.
- « Ben je range ma chambre. »
- « Il était temps ! » ronchonna Keiko. « Tu devrais vider ton panier à linge sale plus souvent. » Elle se mit à trier une partie du linge pendant que Kojirô s'occupait du reste. Il avait décidé de lancer une lessive de noir, vu que c'était ce qu'il portait le plus. L'uniforme de Tôhô était noir et blanc, et ses autres habits « normaux » étaient généralement noir… ou bleu foncé… ou gris, donc bon, allez zou ! avec le noir ! Il étudia la nouvelle machine à laver un moment. Shouta avait acheté un appareil énorme, peut-être deux fois plus gros que celui que la famille Hyûga possédait avant. Après tout, une famille de sept salit énormément de linge. Pas étonnant que Neeve passe son temps à laver, étendre, ramasser et repasser. Il prit les tablettes de lessive, les glissa dans les bonnes encoches, sélectionna le programme en tournant et appuyant sur les boutons appropriés et claqua le couvercle. La machine se mit en marche avec un ronronnement sourd, ce qui changeait des clanc-clanc sonores de l'ancienne machine. Satisfait et fier de lui – après tout, combien des ses co-équipiers peuvent se vanter de savoir ET trier le linge ET lancer une machine ? – il se retourna pour affronter le sourire sarcastique de sa mère.
- « Quoi ? » bougonna-t-il, conscient d'avoir été pris en flagrant délit de orgueil tout masculin.
- « Rien. Je suis juste géniale. Je t'ai bien élevée. » dit-elle en se moquant ouvertement.
- « Mamaaaaan ! » Kojirô était vexé. Il monta dans sa chambre pour tordre le cou à ses molécules. Il ne pouvait pas gagner toutes les batailles, mais sûrement il n'allait sûrement pas perdre sur tous les fronts, foi de tigre. Mais il était déjà trop tard pour aller parler avec Mamoru ou demander la suite de son roman à Neeve. Avec force de grognements, il alla vider la machine, posant le linge dans un panier pour qu'il soit étendu demain. Puis il alla se coucher.

Il se retourna encore et encore, mécontent de ne pas savoir se qui se tramait avec Mamoru, jaloux par le fait qu'il ait préféré se confier à Neeve plutôt qu'à lui, blessé par le fait qu'elle ne lui ai pas fait confiance en le mettant dans la confidence et extrêmement déçu par lui-même, pour avoir failli deux fois à ses devoirs fraternels. La première en oubliant encore et encore d'avoir cette discussion avec Mamoru, et la deuxième en n'ayant pas réglé ce nouveau problème tant qu'il était encore temps. Ilsavait que cela allait déraper. Non pas qu'il ne pensait que Neeve allait se planter, mais il savait qu'elle ne faisait pas le poids. Ils couraient à leur perte. Kojirô dormit mal, rêvant qu'il était toujours en retard, malgré le fait qu'il courait à perdre haleine. Son réveil le tira du cauchemar. Le temps qu'il fasse sa distribution, et malgré le fait qu'il mit le turbo, Neeve était déjà partie pour son collège. Mamoru s'arrangea pour ne pas être seul et Kojirô rongea son frein.

Il rumina encore et encore le problème pendant toute la matinée. Plus le temps passait, plus son anxiété grandissait. Il ne pouvait pas rester en place. Il n'arrêtait pas de trépigner, agitant nerveusement sa jambe de telle sorte que son bureau tremblait. Ken et Kazuki échangèrent un regard étonné. Non, aucun d'entre eux ne savait ce qu'il se passait. Mais il était clair qu'il se passait quelque chose. Kojirô ne toucha presque pas à ses sandwiches à midi, fait des plus étranges, lui qui avait toujours faim. A la fin, il ne tint plus. Il se leva et s'éloigna du groupe pour passer un coup de téléphone. Après tout, c'était plutôt bien d'avoir un portable.
- « Hase ! » tonna-t-il dès qu'elle répondit.
- « Quoi ? Je rentre en cours dans cinq minutes ! »
- « Qui ramasse les crapauds ce soir ? Les parents partent à l'hôtel direct après leur boulot. Et pour samedi ? »
- « Natsuko passe le week-end chez une copine pour réviser ses concours, Takeru dort chez un copain ce soir, et les parents le reconduiront à la maison demain après-midi. Je récupère Mamoru après mes cours, donc il va m'attendre au CDI du primaire. Pour demain, je le laisse le matin à la bibliothèque et le récupère après. C'est tout ? »
- « Euh… Mais donc qu'est-ce… »
- « Je dois y aller. » Il entendait en effet une sonnerie en fond sonore et elle lui raccrocha au nez. Enragé, il rappela aussitôt mais il tomba sur son répondeur. Loin de le calmer, ces explications ne faisaient que redoubler son appréhension. Le fait que Natsuko et Takeru soient justement hors-jeu cet après-midi renforçait ses doutes. Il ne prêta pas la moindre attention aux deux heures d'histoire mondiale, continuant à faire bouger sa table et à se mordre les lèvres. Mamoru n'avait pas cours le vendredi après-midi, et Neeve n'avait qu'une heure puis danse, et il savait qu'elle allait sécher cet après-midi. Quand la cloche sonna, il avait prit sa décision. Sûrement pas la meilleure, mais la seule qui apaisait sa conscience. Il se précipita vers la salle des professeurs et choppa sa prof de japonais au moment où elle sortait.
- « Sensei ! »
- « Hyûga-kun ? »
- « J'ai un…truc familial à régler, donc je dois partir maintenant. »
- « Je vois. As-tu un mot de tes parents ? »
- « Non. »
- « Auras-tu un mot de tes parents ? »
- « Non. » A quoi bon mentir ?
- « Je vois. » répéta la professeur en soupesant ses options. Il lui avait donné une exécrable première impression, mais après qu'il lui ai rendu plusieurs devoirs de qualité et prouvé qu'il ne trichait pas quand il répondait correctement à ses questions elle l'interrogeait en classe, elle avait revu son jugement. De plus, Makoto Kitazume était venu lui-même lui parler. Il avait entendu parler par « ses gars » des heures de colles qu'elle lui avait donné. Il l'avait convaincue de transformer les retenues en devoirs supplémentaires. Il avait défendu Kojirô bec et ongles, en disant que « c'était un bon petit. » Elle se demandait comment il pouvait traiter un adolescent d'un mètre quatre vingt trois bourré de testostérone de bon petit... Avec un soupir, elle griffonna une note sur son carnet de présence.
- « Si tu es parti avant que je n'arrive, je dirais que j'ai bel et bien reçu un mot de tes parents. »
- « Merci Sensei ! » Et il fila comme l'éclair. Il regagna sa classe rapidement. Il bondit vers sa chaise pour récupérer son sac de cours.
- « Ken, Kazuki, prenez des notes pour moi ! » ordonna-t-il à voix basse.
- « Hein ? Quoi ? »
- « Je dois y aller. »
- « Oh… »
- « Tu seras là pour l'entraînement ce soir ? »
- « Sûrement pas. »
- « Et demain ? »
- « Sûrement. »
- « C'est Neeve ? »
- « Probablement pas. » Il leur fit signe de la main et se glissa hors de la salle alors que la prof tournait le coin du couloir. Il s'élança dans la direction opposée et traversa la cour déserte au pas de course. Le temps que Neeve retraverse tout Tokyo. Le temps qu'il arrive à l'école… C'était chaud mais faisable.

Quand il arriva en vue du portail du primaire, il ne vit ni Mamoru ni Neeve. Il se posa à l'écart, regardant autour de lui tout en prenant son souffle. Enfin, il vit son frère seul dans un coin de la cour, son sac attaché dans son dos. Il fut aussitôt pris à partie par une bande de gamins de son âge, ou peut-être un peu plus âgés. Kojirô fronça les sourcils. Il était trop loin pour entendre mais la discussion était animée, dégénérant rapidement en bousculade. Qu'est-ce qu'il se passe ? Racket ? Bizutage ? Il allait intervenir quand il vit Neeve traverser la rue à grands pas. Elle n'était pas en uniforme, mais en jeans-pull-baskets. Elle s'approcha du groupe et vint dominer le meneur du groupe. Mamoru se tint à ses côtés. Kojirô soupira de soulagement. Il ne s'agissait que ça ? Oui, Neeve était capable de moucher des gamins de neuf, dix ans, aussi têtes de turcs qu'ils pouvaient être.

Mais la situation se compliqua quand un trio d'adolescents plus âgés vint grossir les rangs. Il leur donnait peut-être quatorze, quinze ans. Ils avaient tous un style de voyou, avec des sweat-shirts à capuche, des pantalons cinq fois trop grands pour eux, des bagues, des chaînes et autres cochonneries. Seul un, le meneur assurément, était aussi grand que Neeve. Il avait une cigarette à la main. Il poussa Mamoru et les autres gamins pour venir se planter devant Neeve qui ne recula pas devant lui. Sentant le danger – il savait que cela allait finir en drame ! – Kojirô s'avança, se tenant prêt à intervenir. Il était assez près pour finalement entendre.
- « Hyûga, » railla le gamin qui semblait être en charge de la bande des plus jeunes. « Il faut donc ta grande sœur vienne te protéger ! »
- « Je ne suis pas sa sœur, alors la ferme le mioche ! » rétorqua Neeve.
- « Alors qu'est-ce que tu es ? » demanda calmement l'adolescent à la cigarette.
- « Ça te regarde ? » répondit la jeune fille d'un ton sec.
- « Ouais. » répliqua le crétin. « C'est qu'on l'aime bien notre Hyûga. » dit-il en passant sa main dans les cheveux de Mamoru dans un geste pseudo-fraternel. « On ne veut pas qu'il ait de mauvaises fréquentations. »
- « T'inquiètes, bozo, je suis sûr que je peux faire la différence. » argumenta Mamoru en repoussant la main.
- « Mais c'est qu'il a des crocs. » moqua l'un des deux autres adolescents en attrapant Mamoru par le pull et en simultanément le tirant et le soulevant. Neeve frappa le bras, libérant son frère et en regardant le gars droit dans les yeux.
- « Oui, et je te conseille de ne pas pousser ta chance. »
- « Pourquoi tu as des crocs, toi aussi ? » Le ''boss'' s'avança à son tour et dévisagea Neeve en lui soufflant sa fumée de cigarette en plein visage. Neeve réussit à ne pas tousser. Au contraire, elle lui dédia son plus beau sourire, et délicatement, lui prit la cigarette des doigt. Elle inspira une grande bouffée, inspira, sourit et expira le tout par le coin de la bouche. Très sexy dans son genre. Très pouffiasse aussi.
- « Effectivement. » Elle lui rendit la cigarette. Kojirô paniqua un peu. A quoi elle jouait ? « Donc, nous allons nous séparer bons amis et faire route séparée. » Elle fit un signe de la main et poussa Mamoru devant elle alors qu'elle commença à se frayer un chemin hors du petit groupe de gamins.
- « Attends un peu. » Le boss l'attrapa par le bras. « T'es qui ? » répéta-t-il, mais cette fois plus durement. « T'es pas la sœur, sûrement pas la copine, donc ? »
- « Qu'est-ce que cela te ferait si elle était ma copine ? » riposta Mamoru. Les trois adolescents éclatèrent d'un rire gras.
- « Ouais, c'est ça ! »
- « Prouve-le ! » lança le chef-gamin. « Prouve-le et je te fais membre du gang ! Sinon t'es qu'un connard de vantard et je te saigne lundi.» Ah, je sais d'où Mamoru tient son tout nouveau langage imagé et poétique.
- « Rien à foutre de ton gang de merdre. Viens. » Il tira Neeve par le bras et essaya de passer, mais les autres resserrèrent les rangs.
- « Prouve-le ! » répéta encore le crétin à la cigarette en retenant Neeve. Kojirô s'avança encore.
- « Lâche-moi, pauvre abruti ! » s'exclama Neeve en essayant de se dégager. La situation s'envenimait. Malheureusement une voiture vint se garer juste devant Kojirô qui dut faire un saut de côté pour éviter de se faire rouler dessus et il perdit du temps à contourner le mouvement de foule provoqué par l'arrivée du véhicule. Enfin il émergea et il vit Mamoru faire signe à Neeve de se baisser. Elle fronça les sourcils mais obéit. Et là, Mamoru l'embrassa. Pas un bisou, ni même un smack, mais un vrai baiser d'adultes. Neeve était trop sous le choc pour faire quoi que ce soit, et se laissa faire. Quand Mamoru mit fin au baiser, elle eut un hoquet de surprise. En tout cas, cela avait bouclé le bec à la bande, jeunes et moins jeunes. Même Kojirô planta le frein et regarda la scène bouche bée.
- « Puceau, va ! » lâcha Mamoru en direction du plus grand.

Mais c'est là que tout s'accéléra. Le crétin à la cigarette jeta son mégot et dit quelque chose que Kojirô ne capta pas et tira Neeve à lui tandis que le deuxième crétin poussait Mamoru qui trébucha. Le troisième crétin était en train de bloquer les bras de Neeve qui se débattait sous le baiser du premier, quand il fut à son tour poussé à terre par un Kojirô qui venait de voir rouge. Il sépara Neeve de son assaillant et elle retomba contre sa poitrine. Un coup d'œil vérifia qu'elle n'avait rien bien qu'elle était livide. Il bloqua le poing du crétin à la cigarette qui avait tenté de le frapper et serra. Le visage du garçon blêmit puis se dégagea. Il fit signe à ses deux compères de l'aider mais il se prit un coup de pied en plein estomac. Kojirô avait frappé de toutes ses forces, ce qui n'était pas peu dire. Le crétin à la cigarette s'écroula net en vomissant. Ébranlés, les deux autres reculèrent et prirent la fuite, laissant leur chef seul. Les gamins ne demandèrent pas leurs restes et détalèrent. Mamoru s'était relevé. Il s'était écorché la main, mais n'avait rien d'autre. Lui aussi était aussi blanc qu'un cachet d'aspirine.

Kojirô poussa Neeve devant lui et fit signe à son frère de lui suivre d'un coup de tête. Personne ne pipa mot. La bagarre était passée inaperçue. Mais Neeve eut une sorte de sanglot et s'enfuit en courant avant que Kojirô ne puisse la rattraper.
- « Et merde ! » pesta-t-il. Mamoru se mordit les lèvres. Son grand frère était vraiment en colère. Il faisait toujours attention à ne pas jurer devant eux. « On rentre. »

Le retour se fit dans le silence le plus absolu. Kojirô regardait autour de lui dans l'espoir de voir Neeve, mais il n'eut pas de chance. Il souhaitait maintenant de tout son cœur qu'elle soit rentrée à la maison. Mais encore une fois, il manqua de chance. Il fit le tour de la maison, mais elle était déserte. Avec un soupir, il se débarrassa de son manteau et sac, tira une chaise de la table du salon et s'assit lourdement. Il fit signe à son frère de s'approcher. Mamoru se tint droit, essayant de ne pas trembler quand Kojirô désinfecta la plaie superficielle à l'aide du kit qu'il avait récupéré dans la buanderie. Quand il eut finit, il se redressa et croisa les bras sur sa poitrine, affrontant le regard de son aîné qui le foudroyait, assis dans sa chaise, les coudes sur les genoux, le dos penché en avant pour être à sa hauteur.

- « Bon, » commença Kojirô. « toi et moi, nous allons régler nos comptes. » Mamoru grimaça. C'est pour ça qu'il n'avait pas voulu se confier à son frère aîné. Le silence retomba pendant que Kojirô réfléchissait quant à la meilleure façon de s'y prendre. Il pouvait voir que Mamoru n'était pas prêt de lui faciliter le travail, tout campé dans ses positions qu'il était.
- « Dis moi, » fit-il d'une voix qu'il voulait normale, « depuis quand est-ce que tu sais embrasser les filles, toi ? ». Il voulait détendre l'atmosphère avec cette semi-plaisanterie. Après tout, il était également sérieux, il voulait savoir depuis quand Mamoru s'intéressait à ce genre de choses.
- « Pourquoi, tu veux des leçons ? »

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Mwaaahaa. Je suis terrible de couper à cet instant, mais ce chapitre est déjà le PLUS long que je n'ai jamais écrit, sans qu'il y ait une scène de sexe au milieu. [Ici l'auteur se rengorge toute seule devant son PC et se ressert des trucs super sucrés en chocolat.

Encore une fois, bonne année !