BONNE ANNEE !
Chapitre écrit en un jour ! Overdose de sucre, de Brian Adams, Gwen Stefani et tubes des années 90. Attention…..
Ma bêta-lectrice est en vacances, donc vous trouverez sûrement des fautes ici et là. Désolée.
Un grand coucou à FicAndRea qui a commencé une superbe fic sur le groupe J-pop La GazettE. Même moi qui n'y connais rien me dit que c'est sympa. Allez tous lire sa nouvelle fic. J'espère tout de même que tu continues à écrire sur l'illusion du réel.
-o-o-o-o-o-o-
Publié : 02 janvier 2008
Chapitre 22 - La vérité sort de la bouche des enfants.
Kojirô
dut subir les moqueries de ses co-équipiers pendant le petit
déjeuner et pendant la première partie du voyage, ce
qui lui donna suffisamment de temps pour maudire Neeve en particulier
et toutes les femmes de la création en général.
Kazuki, un peu ahuri devant le comportement des autres, aurait bien
voulu demander des explications, mais cela serait revenu à
avouer devant l'entraîneur qu'il n'était pas au
courant parce qu'il s'était faufilé dans le dortoir
vers les 3H du matin et donc n'avait pas respecté le
couvre-feu. Voyant Kojirô soudainement passer du renfrognement
poussé – si ce n'était de la colère mal
retenue – à un sourire féroce, il préféra
se re-concentrer sur son manga. Ken, lui, réalisa que leur
capitaine était en train d'imaginer les diverses tortures
qu'il allait leur infliger lundi matin. Il pouvait voir dans ses
yeux qu'à chaque nouvelle raillerie, des tours de terrain ou
séries de pompes s'ajoutaient. Finalement tous notèrent
que Hyûga souriait de toutes ses dents. Beaucoup
déglutirent avec difficulté. Ouuuups…. Après
cinq heures de route, passées dans un calme relatif, Kojirô
descendit et dédia son plus grand sourire à son équipe.
Celui qui montrait ses canines bien pointues.
- « A
lundi… pour l'entraînement. Ne soyez pas en retard. »
Oh oui,
ouuuuuups…..
Les
familles Hase et Hyûga se retrouvèrent nez à nez
en rentrant. Shouta et Keiko sortaient de la voiture quand Neeve et
les trois jeunes arrivèrent, traînant leurs valises
derrière eux depuis la bouche de métro et Kojirô
déboucha d'une rue adjacente. Tout le monde se mit à
parler en même temps, mais l'essentiel fut que tous avaient
passé un bon moment.
Keiko se
précipita dans la cuisine pour préparer le repas du
soir. Ses trois plus jeunes restèrent dans ses jambes. En fait
elle leur avait manqué. Shouta et Neeve se retrouvèrent
seuls à mettre la table.
- « Tout
c'est bien passé ? » demanda-t-il sans
regarder sa fille.
- « Oui,
parfait. »
-
« Comment va Grand-mère ? »
- « Elle
va bien. »
- « Et… »
- « Elle
m'a donné un cake aux fruits rouges pour toi. C'est ton
préféré. » Neeve évitait aussi
de croiser le regard de son père.
Kojirô
soupira. Pourquoi fallait-il qu'ils soient si bougrement têtus
l'un comme l'autre ? S'il devait attendre que l'un ou
l'autre s'excuse ou rende la main en premier, il aurait le temps
de se faire pousser la barbe. Une envie de secouer Shouta et Neeve
monta en lui.
- « Vous
n'avez pas fini de bouder, vous deux ? » tonna-t-il
fortement. « Vous êtes pire que Takeru et Mamoru. »
Les deux
concernés se récrièrent, mais Kojirô
obtint l'effet escompté. Père et fille levèrent
enfin la tête et se regardèrent de travers avant de se
mettre à rire. Shouta fit le tour de la table pour aller
serrer Neeve dans ses bras et déposer un baiser sur son front.
- « Bon
maintenant, je veux du cake. » exigea Kojirô.
« Hase, va le chercher ! »
- « Depuis
quand tu me donnes des ordres ? »
- « Depuis
que je suis l'aîné, plus grand et plus fort que toi. »
- « Tu
n'as que trois mois de plus de moi ! »
- « C'est
ce qui fait toute la différence. Allez bouge-toi, microbe ! »
fit-il en s'avançant de toute sa hauteur sur Neeve. Elle lui
arrivait à peine sous le nez et il en profit pour lui souffler
dans les yeux.
- « Mais !
Mais ! C'est qui le microbe ? Espèce de grande
saucisse écervelée ! »
- « C'est
ça, c'est ça… » Il lui tapota le haut du
crâne, comme on tapote un chien.
-
« Mais…mais… »
- « Et
puis je te signale que les deux week-ends prochains, c'est moi le
chef ici alors tu fais ce que je te dis. Cake, fillette ! »
- « Mais
qui tu dis que… ? »
-
« N'est-ce pas Shouta ? » coupa Kojirô.
- « Ah
oui, Kojirô-kun sera le chef de famille. Neeve, tu lui
obéiras ! » glissa malicieusement Shouta.
Devant l'air indigné de sa fille, il rajouta :
« Solidarité masculine ! »
-
« Ouais ! » ajouta Mamoru qui arrivait
avec le plat de nouilles. « Ils faut leur apprendre, aux
femmes ! » Kojirô et Shouta éclatèrent
de rire, bien que Kojirô fasse un peu la grimace devant ce
genre de commentaire. Il fallait vraiment qu'il parle avec son
frère.
Il
programma son réveil pour se réveiller dix minutes plus
tôt le lendemain. Ce qui fit qu'il sortait du vestiaire alors
que les autres joueurs entraient pour se changer. Cinq minutes plus
tard, Kojirô ouvrit la porte en grand, provoquant une houle de
râlements alors que l'air froid s'engouffrait dans la
salle.
- « Allez
mes jolies, toutes dehors ! »
Ken
soupira. Kojirô était rancunier. Très rancunier.
Assez en tout cas pour leur avoir mijoté un parcours
d'entraînement fait de succession de petits exercices tous
plus difficiles les uns que les autres. Comme l'équipe
commençait son troisième passage, il les encouragea :
- « Vous
êtes de plus en plus lents ! Si ça continue, on
remet ça ce soir ! »
Makoto
Kitazume ne disait rien, se contentant d'approuver de la tête.
Les différents ateliers étaient bien pensés,
travaillant différents muscles ou techniques. Il avait imaginé
la plupart des exercices lui-même quand il travaillait à
Tôhô collège, mais Kojirô les avait modifiés
et compliqués. De plus, il connaissait Hyûga depuis
maintenant quatre ans. Il savait par expérience qu'il valait
mieux laisser le capitaine régler ses comptes avec l'équipe
de cette façon. De toute manière cela ne leur faisait
pas de mal.
-
« J'aimerais t'y voir ! » protesta
Ken, le seul qui pouvait se permettre un commentaire. Il avait senti
les regards de ses co-équipiers dans son dos qui le
suppliaient d'intervenir.
- « O.K »
accepta Kojirô en lui lançant son chronomètre et
en prenant un ballon. « Comme ça, mon temps servira
de référence. Tous ceux qui font plus de dix secondes
que moi seront recalés. »
Même
Ken n'osa pas demander ce qui arriverait aux recalés. Il se
doutait que ce n'était pas plaisant. Heureusement qu'il
connaissait le parcours, lorsqu'il le faisait au collège
donc se savait sauf. Kojirô s'élança, ballons
aux pieds, et effectua les séries de dribbles, sauts et
slaloms sans la moindre difficulté. Il s'arrêta devant
son équipe, qui le regardait avec un regard admiratif.
- « Alors,
les nanas, fatiguées ? »
- « Noooon
Capitaine…. » soupirèrent-ils.
- « Donc
cinq tours de terrain et puis on se revoit ce soir. » Il
partit en sprint et fini bon premier, même si Kazuki réussit
à rétrécir son retard à seulement vingt
mètres. Il ne demanda pas son reste et fila aux douches
pendant que Kojirô récupérait son pull-over.
- « Les
filles, je vous laisse ranger ! »
Les
joueurs réussirent à ravaler les grognements de
protestations. Kojirô avait déjà un sourire
goguenard. Pas la peine de lui donner matière à plus de
satisfaction.
Cette
nouvelle forme de revanche occupa tellement Kojirô qu'il en
oublia de parler avec Mamoru. Et curieusement, la personne qui vint
lui demander conseil fut Neeve. Elle toqua à sa porte mardi
soir alors qu'il essayait vainement de se concentrer sur son devoir
de littérature japonaise. Il était assis dans son
fauteuil de bureau, les pieds sur le chevet et cherchait
l'inspiration pour son commentaire de texte en contemplant le
plafond. Mais le plafond n'était une bonne muse.
-
« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda-t-il
surpris. Neeve n'était plus venue dans sa chambre depuis
qu'il n'avait plus besoin de bandage.
- « Tu
as cinq minutes ? » vérifia-t-elle depuis le
pas de la porte.
-
« Ouais… ». Il posa les pieds par terre et
posa un coude sur le bureau pour appuyer sa joue sur son poing fermé.
Il la regarda distraitement se créer un chemin entre piles de
vêtements sales et piles de vêtements très sales
et les magazines. Elle s'assit sur le bord de son lit, près
de l'oreiller.
- « J'ai
reçu une lettre de Tôhô. Je suis prise en section
internationale. » Neeve agita une liasse de feuilles.
- « C'est
bien. » dit-il tranquillement en se demandant ce que cela
avait à faire avec lui. Il se disait aussi qu'il était
temps de ranger sa chambre. Vraiment temps… Il était
à cours de chaussettes propres.
- « Et
il faut que je choisisse mes options, donc je me disais que tu
pouvais m'aider. »
- « Euh…
Je ne connais rien à la section internationale, et je ne
connais personne qui y va, ou quelqu'un qui connaît quelqu'un
qui y va. A part Kazuki mais il est hors sujet. »
- « En
effet. » Neeve eut un petit sourire doux. « Mais
peut-être tu as entendu parler des profs… »
-
« Lesquels ? » Kojirô avait toujours
le visage dans sa main. Bizarrement, que Neeve aille à Tôhô
ou non, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Surtout si elle allait
en section internationale.
- « Ben…
surtout pour les langues. Il faut que je prenne une seconde langue
vivante… »
- « Ah !
Déjà que je ne parle pas l'anglais…. »
-
« J'hésite entre l'espagnol et l'italien. »
-
« Pourquoi ces deux-là ? » Kojirô
était un peu curieux. De toute façon, il s'emmerdait
ferme avec son essai de littérature, donc toute distraction
était bienvenue.
- « Entre
la langue de l'amour et la langue de la passion ! »
- « Et
le français ? Ils sont pas censés être les
rois de l'amour là-bas ? »
- « Oui,
mais le français, c'est compliqué. »
-
« Paresseuse avec ça… »
Neeve
releva la tête et le contempla, les yeux étrécis
jusqu'à ce qu'ils deviennent deux fentes. Puis elle
soupira.
- « O.K
j'ai compris. Merci quand même. » Elle se leva et
rassembla ses papiers.
- « Hé,
non ! Ce n'est pas ce que je voulais dire. »
s'exclama Kojirô en la retenant. « Mais c'est
que je n'y connais vraiment rien, moi ! Demande-moi qui a la
meilleure équipe de foot, là je peux t'aider. »
-
« M'ouais. » Mais elle se rassit.
- « Donc
pourquoi pas le russe ou le chinois ? » demanda
Kojirô pour changer le sujet.
- « Je
n'aime pas le russe et le chinois, tout le monde en fait. En fait
j'aimerai faire une langue européenne. »
- « Et
l'allemand ? »
- « Bof…
Je préfère l'Italie ou l'Espagne. Il y a du
soleil là-bas.»
- « Euh…
en quoi le climat du pays concerne ton choix de langues ? »
- « Parce
que si je veux parler une langue étrangère, il est bien
vu d'aller dans le pays où on la parle. Donc pas
l'Allemagne. »
- « Dans
ce cas, prends l'espagnol. » conseilla Kojirô.
-
« Pourquoi ? »
- « Il
y a plus de monde parlant espagnol qu'italien. L'Espagne, le
Mexique, l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud
contre… ben… l'Italie. »
- « Tu
n'as pas tort. » concéda Neeve en cochant une
case. « Espagnol donc… » Elle parcouru
d'autres feuilles. « Tu savais qu'il n'y avait pas
de troupe de danse à Tôhô ? »
- « Non.
Mais l'équipe de gym féminine est très bonne.
Elle est arrivée troisième au championnat national. »
- « La
danse et la gym sont deux choses très différentes. »
fit Neeve d'un ton inattentif. « Et toi ? »
- « Et
moi quoi ? » répliqua Kojirô surpris par
la question.
- « Si
tu devais aller vivre en Europe, où irais-tu ? »
-
« Pourquoi me poses-tu cette question ? »
- « Parce
que Hyûga-san, » répondit Neeve en le
regardant bien en face, « cela fait trois mois que je vis
avec toi et je ne sais presque rien de toi. A part que tu joues
bien au foot. » Elle avait remonté ses jambes
jusqu'à sa poitrine et les avait entouré de ses bras.
Elle posa son menton sur ses genoux et lui sourit. Kojirô resta
silencieux un moment. Il devait admettre qu'il connaissait plus de
choses sur elle que elle sur lui.
- « Je
ne pensais pas que cela t'intéresserait. »
marmonna-t-il.
-
« Laisse-moi juger par moi-même. Donc France,
Allemagne, Italie, Espagne ou… ? »
-
« Sûrement pas l'Allemagne. Je suis allé en
France l'été dernier et… »
-
« Waouh ! Où ? »
- « A
Paris, pour une compétition de foot, mais j'ai eu le temps
de faire du tourisme et ce n'est pas mal. »
- « Tu
en as de la chance… Paris… » murmura Neeve sans le
quitter des yeux.
- « Mais
moi, si je devais choisir, j'irais en Italie. »
-
« Pourquoi ? »
- « Parce
que c'est là qu'il y a les meilleures défenses. »
-
« Hein ? »
- « Oui,
pour quelqu'un comme moi, un buteur… Tu sais ce que c'est un
buteur ? » demanda-t-il soudainement en se tournant
vers la jeune fille.
- « Oui,
quand même… »
- « Donc
pour un buteur, pouvoir marquer face à une défense
solide, c'est encourageant. Je dirais même ce que c'est un
défi ! » Kojirô commençait à
s'enflammer, mais Neeve rigola doucement. « Quoi ? »
demanda-t-il d'une voix dure et un peu peinée. Pourquoi
poser la question si elle ne faisait que se moquer ?
- « Non,
non… c'est juste que… Tu ne penses vraiment qu'au foot. »
nota Neeve.
- « Pas
vrai. » dit-il d'une voix encore maussade.
- « Si… »
- « Et
alors ? »
- « Et
alors rien. C'est ta vie. Mais c'est presque effrayant de voir
quelqu'un si passionné par un seul et unique truc. »
- « Je
veux être joueur pro, donc la passion c'est essentiel. »
-
« D'accord, mais regarde ta chambre ! »
Neeve montra les posters. « Que du foot ! Pas une
image de fille, une affiche de film ou autre. » Elle
désigna les magazines. « Tu ne lis que des trucs de
foot. Je ne t'ai jamais vu lire un roman par exemple. »
- « Je
n'ai pas le temps, c'est tout… » Kojirô haussa
les épaules.
- « C'est
dommage. » Neeve était sincère. Elle le
regardait toujours depuis le lit, mais cette fois la tête
penchée sur le côté. « C'est pour ça
que tu n'as pas de petite copine ? »
-
« Qu'est-ce que cela peut bien te faire ? »
Kojirô rougit un peu.
- « C'est
juste que… c'est dommage. » A son tour, Neeve rougit.
« Je veux dire, tu es plutôt mignon, pas trop bête
et comme tu es capitaine de l'équipe, tu devrais avoir un
tapis de filles prêtes à défaillir si tu les
regardes. »
- «
Sûrement, mais justement, je ne regarde pas. »Attends, est-ce qu'elle vient de dire que j'étais
mignon ?
-
« Pourquoi ? »
- « Parce
que si elles sont toutes aussi chiantes que toi, je me fais moine ! »
s'emporta un peu Kojirô.
- « Est-ce
que les moines, ça joue au foot ? » glissa
malicieusement la jeune fille.
- « Mais
tu n'as pas fini ! » Il voulut la foudroyer du
regard, mais il ne put résister au sourire effronté de
Neeve qui tirait la langue tant elle se concentrait pour ne pas
éclater de rire. Mais ses épaules tremblaient. « Tu
es la pire des vermines ! » Il se vengea en lui
jetant au visage la première chose qui lui tombait sous la
main. En l'occurrence un T-shirt de la pile « pas trop
sale ».
-
« Beeeurrk ! mais tu es dégoûtant ! »
protesta-t-elle.
- « Je
croyais que j'étais mignon ! »
-
« C'était juste de l'extérieur que je
parlais ! Parce que dedans, c'est tout pourri ! »
- « Ah
oui ? »
-
« Ouais ! Périmé de trois mois ! »
Il fonça
sur elle, comme un joueur de rugby. Il la planqua sur son lit et
entreprit de l'étouffer avec son oreiller. Ils chahutèrent
bruyamment avant que la porte ne s'ouvre sur Mamoru
- « Vous
êtes sourd ? A table ! Cela fait trois fois que nous
vous appelons !... C'est confortable les Neeve ? »
Kojirô
avait poussé Neeve hors du lit, sur le sol, et s'était
assis sur à cheval sur son dos, certes pas de tout son poids,
mais suffisamment pour qu'elle reste à terre. Il maintenait
ses bras par les poignets d'une main tandis qu'il se penchait en
arrière pour chatouiller pieds et jambes de l'autre main.
- « Non,
c'est un vieux modèle. Genre d'occasion. Et puis le motif
est hideux. » L'aîné se souleva de quelques
centimètres et retomba plusieurs fois sur son coussin
improvisé qui couina fortement. « Et puis ça
grince. » Il se leva mais attrapa l'élastique
dorsal du soutien-gorge, tira et relâcha pour qu'il claque.
-
« Aïe ! » protesta Neeve. « Ce
n'est pas du jeu ! »
Kojirô
éclata de rire et empoigna son frère dans ses bras, la
tête en bas et descendit ses escaliers en chatouillant une
nouvelle paire de pieds.
-
« Kojirô ! Lâche ton frère !
Tu vas lui faire mal ! » sermonna immédiatement
Keiko. « Neeve, à table ! »
dit-elle en direction de la jeune fille qui était descendue à
son tour.
- « Je
me lave les mains et j'arrive. » répondit-elle.
- « Oui,
Kojirô, Mamoru, allez vous laver les mains. »
ordonna la mère à ses deux garçons qui tirèrent
la tête. Ils étaient déjà assis. Ils se
relevèrent en grommelant et allèrent dans la cuisine.
-
« Lèche-cul ! » souffla Mamoru en
même temps que Kojirô susurra « Fayotte ! ».
Ils coincèrent Neeve en sandwich devant l'évier et
l'empêchèrent de se rincer les mains. Elle se vengea
en insinuant un glaçon dans leur col de T-shirt alors qu'ils
se rasseyaient. Bien sûr, ils se mirent à gesticuler
pour le récupérer avant qu'il ne glisse trop bas.
- « Mais
ce n'est pas fini vos singeries ! » tonna Shouta.
« Pour la dernière fois, j'aimerais manger
tranquillement ! »
- « Oui
Papa ! » chantonna Neeve en soulevant son sourcil à
l'adresse des deux Hyûga qui, assis côte à côte,
lui tirèrent la langue en même temps.
- « Je
me demande si je peux vous laisser seuls en charge de la maison…
Vous allez tout détruire ! » commenta
soucieusement Keiko en scrutant Neeve puis Kojirô.
- « Non,
pas de problème, j'ai tout sous contrôle. »
rassura ce dernier. « Même les problèmes de
fournitures… » Mamoru et lui se tapèrent dans la
main et ce fut au tour de Neeve de leur tirer la langue.
Shouta
soupira fortement et se massa le bout d'os entre les yeux, en haut
de l'arête du nez.
- « Vous
êtes épuisants ! Des vrais gamins… C'est à
se demander si vous avez vraiment seize ans. J'aurais honte à
votre place. Takeru est bien plus sage que vous. »
Les deux
adolescents en restèrent bouche bée d'indignation.
Ils auraient bien aimé répliquer, mais ils ne pouvaient
rien dire sous peine de passer pour de vrais mômes. Donc ils se
turent et le repas se passa calmement.
Neeve
annonça la bonne nouvelle, à savoir qu'elle
avait été acceptée à Tôhô.
Kojirô trouva bizarre qu'elle ne discute pas de son choix de
langue avec son père, mais il se doutait qu'elle devait
toujours lui en vouloir pour l'avoir changée d'école.
Allons bon ! Si tout le monde était rancunier dans cette
famille, ils n'allaient pas s'en sortir. Kojirô se retrouva
de corvée de vaisselle et dut finir son commentaire de texte.
Il était en train de se chercher un truc à dire en
guise de conclusion quand Neeve toqua de nouveau.
- « Encore
toi ? Avoue, tu ne peux plus te passer de moi… »
- « C'est
parce que tu es si mignon… » Elle se pencha derrière
lui et passa ses bras autour de son cou. Elle lui souffla dans
l'oreille, puis soudainement mordit le lobe. Pas trop fort mais
assez pour Kojirô sursaute.
-
« AIE ! »
- « Hé
hé, ça c'était pour le soutien-gorge… »
-
« Qu'est-ce que tu fous, Hase ? »
marmonna-t-il en se frottant l'oreille.
-
« Tiens. »
-
« Qu'est-ce que ce c'est ? »
- « Un
livre, crétin. »
- « Merci,
je vois bien. »
- « Ça
ne va pas te mordre tu sais. »
-
« Pourquoi me donnes-tu un livre ? » fit
Kojirô en prenant finalement le livre
- « Je
te le prête, pas donner. C'est pour lire. »
- « Merci,
je sais. »
- « C'est
le premier volume de La Tour Sombre, par Stephen King. De la
science-fiction. Tu devrais aimer. »
- « Ah
bon… » Kojirô feuilleta quelques pages.
- « C'est
en plusieurs volumes. Je les ai tous. Bien sûr, il n'y a pas
de foot. »
-
« Ah-ah-ah »
- « Et
pas d'image, ça ira ? »
Kojirô
se leva pour profiter de sa supériorité de taille. Il
aimait bien dominer Neeve, simplement parce qu'elle détestait
ça. Il lui souffla dans les yeux et lui sourit malicieusement.
- «
Est-ce qu'il y a des scènes porno ? »
-
« Hyûga-san ! » piailla Neeve. « Je
reprends mon livre ! » Mais il le cacha derrière
lui. Elle essaya de le reprendre mais il se contenta de porter le
livre à bout de bras. Elle tenta de sauter mais encore une
fois elle échoua.
- « Allez,
au lit le microbe ! » Elle lui donna un coup de poing
dans la poitrine. Il eut un sourire en coin. « C'était
censé me faire mal ça ? » Elle
recommença. « Pitoyable. » Encore un
coup. « Tu tapes vraiment comme une fille. »
Elle lui écrasa le pied et eut la satisfaction de lui tirer un
grognement.
-
« Pervers. »
- « Tête
de mule. »
-
« Tyran. »
-
« Menteuse. »
-
« Cerveau de poulpe. »
- « Cul
de poulet. »
- « HEIN ?
Mon cul est très bien ! »
- « Allez,
va dormir Hase, tu vas te ridiculiser. »
- « Non. »
- « Si.
Tire-toi, je dois finir mon japonais. »
-
« Oh… C'est trop con, moi j'ai déjà
fini mes devoirs. »
- « C'est
parce que tes prof ont pitié de tes capacités
limitées. »
- « Je
t'emmerde. »
- « Hase,
langage. »
-
« D'accord, voyons voir… Monsieur, vous êtes un
être insignifiant, à l'intellect rétréci
et votre vue m'insupporte. »
- « Non
vraiment, j'ai du boulot. » Il la poussa jusqu'à
sa porte. « Merci pour le bouquin, j'y jetterai un coup
d'œil. »
- « Bonne
nuit. »
-
« Humph. » Et c'était lui qui était
épuisant ? Mince il allait déguster ! Les
deux week-ends suivants allaient être l'enfer sur terre.
La semaine
passa à une vitesse surprenante. Entraînement et devoirs
occupèrent Kojirô, mais il trouva le temps de bouquiner
ici et là. Il devait admettre qu'il accrochait bien à
l'histoire et pour la première fois depuis presque dix ans,
il prenait un moment tranquille sur son lit à finir le roman.
Aussi finit-il le premier volume jeudi soir. Il se leva pour demander
à Neeve de lui passer le deuxième tome. Il toqua
doucement à la porte mais n'eut pas de réponse. Il
entra dans la chambre, pour constater qu'elle était vide. Un
peu déçu, il se retourna. Il n'avait pas fait un pas
vers le couloir qu'il entendit la voix de Mamoru passant par la
porte entrouverte donnant sur la terrasse. Neeve et lui étaient
en train de ramasser le linge.
- « Donc
tu es d'accord ? » demandait Mamoru à la
fois suppliant et catégorique.
- « Je
ne suis pas sûre que… »
- « S'il
te plait ! »
- « Ça
m'embête un peu, tu sais. Je pense toujours que tu devrais en
parler à ton frère ! »
-
« NON ! » dit le garçon d'une
voix tranchante. « Si tu ne veux pas, c'est bon, mais je
te défends de lui en parler ! »
-
« Mais… » Neeve soupira fortement.
-
« NON ! Et puis, laisse tomber, je vais me
débrouiller tout seul. »
- « Non,
non, j'ai dis que je t'aiderais. Je peux tout de même dire
que cela serait mieux si ton frère… »
- « Et
moi je dis que non. »
-
« D'accord, d'accord… » capitula la jeune
fille.
- « Donc
demain ? »
-
« Demain. Mais ne fais rien de stupide avant que
j'arrive ! Tu te rappelles ? » réprimanda
Neeve d'une voix basse.
-
« Oui…. » grommela Mamoru. Il tourna les
talons et rentra dans la maison, claquant la porte derrière
lui. Il se précipita vers sa chambre, dont il claqua également
la porte, et donc ne vit pas son grand frère, toujours dans la
chambre de Neeve, qui avait tout entendu. Neeve soupira, ramassa le
panier rempli de linge et ouvrit la trappe donnant sur l'escalier
en colimaçon descendant vers la buanderie. Moins d'une
minute plus tard, elle poussait la porte de sa chambre et se cogna
pour Kojirô, qui n'avait pas bougé.
- « AIE !
Qu'est-ce que tu fais là ? » demanda-t-elle.
-
« Qu'est-ce qu'il se passe avec Mamoru ? »
répliqua-t-il d'une voix dure.
-
« Rien. »
-
« Neeve ! » Il l'empoigna par les avant
bras et la retint près de lui. « Je ne vais pas me
répéter ! »
- « Moi
non plus ! » rétorqua-t-elle en essayant de se
libérer. « Tu me fais mal, lâche-moi ! »
Kojirô
resserra sa prise et Neeve grimaça. N'importe qui aurait
prit peur en voyant le visage coléreux du jeune homme mais
elle tint bon. Il la secoua, aussi énervé contre elle
que contre son frère.
- « Hase,
si tu ne me dis pas la vérité, je te jure que tu vas le
regretter ! »
-
« Mais-fais-moi-un-peu-con-fi-an-ce !!! »
réussit-elle à articuler entre deux saccades.
- « Et
pourquoi est-ce que je te ferais confiance ? » Il la
relâcha violement et elle tituba en arrière, tombant
assise sur son lit. « J'ai tout entendu ! Toi-même,
tu voulais qu'il me parle. » Il se pencha, posa ses deux
mains à plat sur le lit, de chaque côté des
genoux de Neeve, la forçant à reculer contre le mur.
Leurs regards étaient maintenant à la même
hauteur.
- « Et
il ne veut pas te parler. » Kojirô lança son
poing droit qui s'écrasa contre le mur, capturant quelques
cheveux blond foncés. Il s'était avancé sur le
lit, un genou posé entre ses deux jambes de Neeve.
- « Ne
t'inquiète pas, je vais aller lui parler. »
murmura-t-il d'une voix grave et profonde.
- « Il
ne te dira rien. » Mais la voix de Neeve tremblait un peu.
Kojirô était assez impressionnant. Enfin, plus
qu'impressionnant mais elle avait promis à Mamoru de ne rien
dire. Il ne lui faisait pas peur dans le sens où elle savait
qu'il ne la frapperait pas – à moins qu'elle ne le
pousse vraiment à bout, mais ça, elle se l'interdisait.
Elle l'avait déjà vu en colère à ce
point, et ne voulait pas répéter l'expérience.
De lui en colère contre elle. Oh non ! Mais tout de même,
il était impressionnant. Ses traits étaient figés
en une expression où anxiété, rage et
exaspération s'entremêlaient. Ses yeux brillaient
d'une lueur farouche et il avait encore ces mèches qui lui
tombaient sur les yeux, ce qui le rendaient totalement sexy, viril
et… sauvage. Pas étonnant qu'il soit surnommé le
tigre et pas la gazelle.
Neeve
rougit violemment en entendant ses propres pensés. Ce n'était
pas le moment de penser à ça, mais il était bien
trop proche d'elle, au point qu'elle pouvait sentir son souffle
sur son visage.
-
« J'attends. » grondait-il.
- « Tu
peux attendre, mais moi j'ai mieux à faire. »
Enfin, son corps décida de lui obéir. Ses mains se
posèrent sur ses épaules et poussèrent. Bien
sûr, il était plus fort qu'elle, mais elle parvint à
mettre une distance raisonnable entre leurs deux visages. Elle se
dépêcha de retirer ses mains et les posa à plats
sur ses cuisses.
Etonnamment,
il laissa tomber. Dans tous les sens. Il se redressa, son genou
toujours entre ses deux jambes, et le bras près de sa tête
bougea pour aller repousser ses cheveux. Il la regardait cependant
toujours d'un œil mauvais. Il ferma les yeux, prit une longue
inspiration puis rouvrit les yeux. Elle avait eu ce drôle de
regard pendant un moment, mais jamais elle n'avait baissé sa
garde. Il se pencha sur elle, la main droite revenant vers elle, se
posant sur sa joue gauche pour lui bloquer le cou. Pendant un moment,
leurs regards s'affrontèrent. « Tu ne me diras
rien ? » Neeve acquiesça silencieusement. « Tu
es sûre de ton coup ? » Nouveau hochement de
tête. « Tu sais que si tu te plantes, tu vas le
regretter ? » Encore un hochement de tête. « Tu
sais que si tu te plantes, tu auras affaire à moi. »
Elle déglutit difficilement mais acquiesça encore une
fois. « D'accord. Tu sais où me trouver quand tu
seras dépassée par les événements. »
Il se dégagea complètement. Planté bien droit
sur ses deux pieds, les poings sur les hanches, il lui donna un
dernier regard presque dégoûté. « Ne
te plante pas. » répéta-t-il avant quitter
la chambre.
L'envie de lui courir après et de lui demander ce qu'il voulait dire exactement avec ses « dépassée par les événements » et ses « ne te plante pas ». Comme s'il s'attendait qu'elle se plante ! Neeve se mordit les lèvres. Elle était presque tentée d'aller tout lui dire. Mais elle avait sa fierté et elle avait promis à Mamoru. Une petite voix lui souffla bien qu'une promesse à un gamin de neuf ans ne valait pas grand chose, surtout si tout finissait mal. Mais c'était justement parce qu'il avait neuf ans que tout était si compliqué. Il était venu vers elle, pour lui parler, parce qu'il avait confiance en elle. Sûrement pas en sa capacité à résoudre le problème, mais en son soutien. Sa première réponse avait été de lui dire d'aller parler avec son frère aîné, mais le gamin refusait de lui en parler. Les parents étaient hors de question, car comme tous les parents, ils étaient incapables de régler un problème sans l'envenimer d'abord. Elle n'était toujours pas certaine d'avoir pris la bonne décision en acceptant de rentrer dans la combine de Mamoru, mais c'était tout ce qu'elle pouvait faire et allait le faire.
Ces idées
traversèrent l'esprit de la jeune fille en moins d'une
seconde. C'est marrant comme vous pouvez penser vite à
certains moments et à d'autres comme votre esprit se
liquéfie, captivé par un visage ou un souffle. Elle se
leva et décida qu'il serait mieux pour tous de convaincre
Mamoru de se confier à Kojirô. Elle bondit dans le
couloir. Kojirô était déjà devant la porte
des garçons et allait entrer, la main sur la poignée.
Il se retourna pour la voir surgir de sa chambre et lui intima de
rester là où elle était d'un doigt tendu en sa
direction. Il n'avait pas l'air commode.
- « A
taaaable ! » appela joyeusement une voix maternelle
depuis le salon.
Natsuko
sortit de sa chambre et Takeru se cogna contre Kojirô.
-
« Pousse-toi Nii-san ! Manger ! » fit
le gamin en tirant son frère par la main. Celui-ci dut se
laisser faire mais vit clairement l'échange de regard entre
Mamoru et Neeve, qui ne dirent pas un mot et descendirent à
leur tour. Très inhabituellement, les deux complices
s'assirent l'un à côté de l'autre et
évitèrent le regard de Kojirô pendant tout le
repas.
- « Neeve,
est-ce que tout va bien ? » s'inquiéta
Keiko. « Tu n'as presque rien mangé. »
- « Oh,
je n'ai pas vraiment faim. » avoua Neeve avec un sourire
forcé.
- « Tu
es un peu pâle. » commenta Shouta en s'alarmant.
« Tu es sûre que tu n'as pas de la fièvre ? »
- « Non
non ! » rassura-t-elle avec entrain. « Peut-être
un peu fatiguée. »
- « Tu
fais bien attention à toi, n'est-ce pas ? »
interrogea son père. « Pas de rhume ou de maux
de tête. »
- « Oui,
oui, pas de rechute, je t'assure. »
- « Dis,
Shouta-san » coupa Mamoru d'une voix innocente. « Est-ce
que tu peux m'expliquer mes maths ? Je suis bloqué… »
Shouta sourit.
- « Bien
sûr, nous regarderons ça juste après le repas. »
-
« Merci. »
Kojirô
fronça les sourcils. Mamoru était un excellent élève
et n'avait presque jamais eu besoin d'aide, à la
différence de Takeru qu'il fallait surveiller comme le lait
sur le feu. Il est certain qu'il faisait ça uniquement pour
ne pas être seul, et l'empêcher de le questionner.
Il avait
vu juste. Le garçon passa la soirée assis à la
table du salon, prétextant étudier avec Shouta. Ce
dernier était absolument extatique, et Kojirô qui
s'était arrangé pour passer et repasser dans la
cuisine devait avouer qu'il se débrouillait bien. Peut-être
devrait-il se joindre à la session d'études pour se
faire expliquer les particularités des molécules qui
étaient restées une énigme insondable depuis…
ben depuis qu'il avait fait leur connaissance. Il décida que
ce n'était pas une si bonne idée de ça, mais
trouva facilement un nouveau prétexte pour redescendre. Il
allait nettoyer sa chambre ! Enfin, il allait ramasser tout le
linge sale et redécouvrir la couleur du sol. Il lui fallut
deux voyages pour trimballer les vêtements qui avaient tous
atteints un stade plus ou moins avancé de puanteur.
- « Mais
qu'est-ce que tu fabriques à monter et descendre comme
ça ? » s'exaspéra sa mère au
bout d'un moment.
- « Ben
je range ma chambre. »
- « Il
était temps ! » ronchonna Keiko. « Tu
devrais vider ton panier à linge sale plus souvent. »
Elle se mit à trier une partie du linge pendant que Kojirô
s'occupait du reste. Il avait décidé de lancer une
lessive de noir, vu que c'était ce qu'il portait le plus.
L'uniforme de Tôhô était noir et blanc, et ses
autres habits « normaux » étaient
généralement noir… ou bleu foncé… ou gris,
donc bon, allez zou ! avec le noir ! Il étudia la
nouvelle machine à laver un moment. Shouta avait acheté
un appareil énorme, peut-être deux fois plus gros que
celui que la famille Hyûga possédait avant. Après
tout, une famille de sept salit énormément de linge.
Pas étonnant que Neeve passe son temps à laver,
étendre, ramasser et repasser. Il prit les tablettes de
lessive, les glissa dans les bonnes encoches, sélectionna le
programme en tournant et appuyant sur les boutons appropriés
et claqua le couvercle. La machine se mit en marche avec un
ronronnement sourd, ce qui changeait des clanc-clanc sonores de
l'ancienne machine. Satisfait et fier de lui – après tout,
combien des ses co-équipiers peuvent se vanter de savoir ET
trier le linge ET lancer une machine ? – il se retourna pour
affronter le sourire sarcastique de sa mère.
-
« Quoi ? » bougonna-t-il, conscient
d'avoir été pris en flagrant délit de orgueil
tout masculin.
- « Rien.
Je suis juste géniale. Je t'ai bien élevée. »
dit-elle en se moquant ouvertement.
-
« Mamaaaaan ! » Kojirô était
vexé. Il monta dans sa chambre pour tordre le cou à ses
molécules. Il ne pouvait pas gagner toutes les batailles, mais
sûrement il n'allait sûrement pas perdre sur tous les
fronts, foi de tigre. Mais il était déjà trop
tard pour aller parler avec Mamoru ou demander la suite de son roman
à Neeve. Avec force de grognements, il alla vider la machine,
posant le linge dans un panier pour qu'il soit étendu
demain. Puis il alla se coucher.
Il se retourna encore et encore, mécontent de ne pas savoir se qui se tramait avec Mamoru, jaloux par le fait qu'il ait préféré se confier à Neeve plutôt qu'à lui, blessé par le fait qu'elle ne lui ai pas fait confiance en le mettant dans la confidence et extrêmement déçu par lui-même, pour avoir failli deux fois à ses devoirs fraternels. La première en oubliant encore et encore d'avoir cette discussion avec Mamoru, et la deuxième en n'ayant pas réglé ce nouveau problème tant qu'il était encore temps. Ilsavait que cela allait déraper. Non pas qu'il ne pensait que Neeve allait se planter, mais il savait qu'elle ne faisait pas le poids. Ils couraient à leur perte. Kojirô dormit mal, rêvant qu'il était toujours en retard, malgré le fait qu'il courait à perdre haleine. Son réveil le tira du cauchemar. Le temps qu'il fasse sa distribution, et malgré le fait qu'il mit le turbo, Neeve était déjà partie pour son collège. Mamoru s'arrangea pour ne pas être seul et Kojirô rongea son frein.
Il rumina
encore et encore le problème pendant toute la matinée.
Plus le temps passait, plus son anxiété grandissait. Il
ne pouvait pas rester en place. Il n'arrêtait pas de
trépigner, agitant nerveusement sa jambe de telle sorte que
son bureau tremblait. Ken et Kazuki échangèrent un
regard étonné. Non, aucun d'entre eux ne savait ce
qu'il se passait. Mais il était clair qu'il se passait
quelque chose. Kojirô ne toucha presque pas à ses
sandwiches à midi, fait des plus étranges, lui qui
avait toujours faim. A la fin, il ne tint plus. Il se leva et
s'éloigna du groupe pour passer un coup de téléphone.
Après tout, c'était plutôt bien d'avoir un
portable.
-
« Hase ! » tonna-t-il dès qu'elle
répondit.
-
« Quoi ? Je rentre en cours dans cinq
minutes ! »
- « Qui
ramasse les crapauds ce soir ? Les parents partent à
l'hôtel direct après leur boulot. Et pour samedi ? »
-
« Natsuko passe le week-end chez une copine pour réviser
ses concours, Takeru dort chez un copain ce soir, et les parents le
reconduiront à la maison demain après-midi. Je récupère
Mamoru après mes cours, donc il va m'attendre au CDI du
primaire. Pour demain, je le laisse le matin à la bibliothèque
et le récupère après. C'est tout ? »
- « Euh…
Mais donc qu'est-ce… »
- « Je
dois y aller. » Il entendait en effet une sonnerie en fond
sonore et elle lui raccrocha au nez. Enragé, il rappela
aussitôt mais il tomba sur son répondeur. Loin de le
calmer, ces explications ne faisaient que redoubler son appréhension.
Le fait que Natsuko et Takeru soient justement hors-jeu cet
après-midi renforçait ses doutes. Il ne prêta pas
la moindre attention aux deux heures d'histoire mondiale,
continuant à faire bouger sa table et à se mordre les
lèvres. Mamoru n'avait pas cours le vendredi après-midi,
et Neeve n'avait qu'une heure puis danse, et il savait qu'elle
allait sécher cet après-midi. Quand la cloche sonna, il
avait prit sa décision. Sûrement pas la meilleure, mais
la seule qui apaisait sa conscience. Il se précipita vers la
salle des professeurs et choppa sa prof de japonais au moment où
elle sortait.
-
« Sensei ! »
-
« Hyûga-kun ? »
- « J'ai
un…truc familial à régler, donc je dois partir
maintenant. »
- « Je
vois. As-tu un mot de tes parents ? »
- « Non. »
-
« Auras-tu un mot de tes parents ? »
- « Non. »
A quoi bon mentir ?
- « Je
vois. » répéta la professeur en soupesant
ses options. Il lui avait donné une exécrable première
impression, mais après qu'il lui ai rendu plusieurs devoirs
de qualité et prouvé qu'il ne trichait pas quand il
répondait correctement à ses questions elle
l'interrogeait en classe, elle avait revu son jugement. De plus,
Makoto Kitazume était venu lui-même lui parler. Il avait
entendu parler par « ses gars » des heures de
colles qu'elle lui avait donné. Il l'avait convaincue de
transformer les retenues en devoirs supplémentaires. Il avait
défendu Kojirô bec et ongles, en disant que « c'était
un bon petit. » Elle se demandait comment il pouvait
traiter un adolescent d'un mètre quatre vingt trois bourré
de testostérone de bon petit... Avec un soupir, elle
griffonna une note sur son carnet de présence.
- « Si
tu es parti avant que je n'arrive, je dirais que j'ai bel et bien
reçu un mot de tes parents. »
- « Merci
Sensei ! » Et il fila comme l'éclair. Il
regagna sa classe rapidement. Il bondit vers sa chaise pour récupérer
son sac de cours.
- « Ken,
Kazuki, prenez des notes pour moi ! » ordonna-t-il à
voix basse.
- « Hein ?
Quoi ? »
- « Je
dois y aller. »
- « Oh… »
- « Tu
seras là pour l'entraînement ce soir ? »
-
« Sûrement pas. »
- « Et
demain ? »
-
« Sûrement. »
- « C'est
Neeve ? »
-
« Probablement pas. » Il leur fit signe de la
main et se glissa hors de la salle alors que la prof tournait le coin
du couloir. Il s'élança dans la direction opposée
et traversa la cour déserte au pas de course. Le temps que
Neeve retraverse tout Tokyo. Le temps qu'il arrive à
l'école… C'était chaud mais faisable.
Quand il arriva en vue du portail du primaire, il ne vit ni Mamoru ni Neeve. Il se posa à l'écart, regardant autour de lui tout en prenant son souffle. Enfin, il vit son frère seul dans un coin de la cour, son sac attaché dans son dos. Il fut aussitôt pris à partie par une bande de gamins de son âge, ou peut-être un peu plus âgés. Kojirô fronça les sourcils. Il était trop loin pour entendre mais la discussion était animée, dégénérant rapidement en bousculade. Qu'est-ce qu'il se passe ? Racket ? Bizutage ? Il allait intervenir quand il vit Neeve traverser la rue à grands pas. Elle n'était pas en uniforme, mais en jeans-pull-baskets. Elle s'approcha du groupe et vint dominer le meneur du groupe. Mamoru se tint à ses côtés. Kojirô soupira de soulagement. Il ne s'agissait que ça ? Oui, Neeve était capable de moucher des gamins de neuf, dix ans, aussi têtes de turcs qu'ils pouvaient être.
Mais la
situation se compliqua quand un trio d'adolescents plus âgés
vint grossir les rangs. Il leur donnait peut-être quatorze,
quinze ans. Ils avaient tous un style de voyou, avec des sweat-shirts
à capuche, des pantalons cinq fois trop grands pour eux, des
bagues, des chaînes et autres cochonneries. Seul un, le meneur
assurément, était aussi grand que Neeve. Il avait une
cigarette à la main. Il poussa Mamoru et les autres gamins
pour venir se planter devant Neeve qui ne recula pas devant lui.
Sentant le danger – il savait que cela
allait finir en drame ! – Kojirô s'avança,
se tenant prêt à intervenir. Il était assez près
pour finalement entendre.
-
« Hyûga, » railla le gamin qui semblait
être en charge de la bande des plus jeunes. « Il
faut donc ta grande sœur vienne te protéger ! »
- « Je
ne suis pas sa sœur, alors la ferme le mioche ! »
rétorqua Neeve.
- « Alors
qu'est-ce que tu es ? » demanda calmement
l'adolescent à la cigarette.
- « Ça
te regarde ? » répondit la jeune fille d'un
ton sec.
-
« Ouais. » répliqua le crétin.
« C'est qu'on l'aime bien notre Hyûga. »
dit-il en passant sa main dans les cheveux de Mamoru dans un geste
pseudo-fraternel. « On ne veut pas qu'il ait de
mauvaises fréquentations. »
-
« T'inquiètes, bozo, je suis sûr que je
peux faire la différence. » argumenta Mamoru en
repoussant la main.
- « Mais
c'est qu'il a des crocs. » moqua l'un des deux
autres adolescents en attrapant Mamoru par le pull et en
simultanément le tirant et le soulevant. Neeve frappa le bras,
libérant son frère et en regardant le gars droit dans
les yeux.
- « Oui,
et je te conseille de ne pas pousser ta chance. »
-
« Pourquoi tu as des crocs, toi aussi ? »
Le ''boss'' s'avança à son tour et dévisagea
Neeve en lui soufflant sa fumée de cigarette en plein visage.
Neeve réussit à ne pas tousser. Au contraire, elle lui
dédia son plus beau sourire, et délicatement, lui prit
la cigarette des doigt. Elle inspira une grande bouffée,
inspira, sourit et expira le tout par le coin de la bouche. Très
sexy dans son genre. Très pouffiasse aussi.
-
« Effectivement. » Elle lui rendit la
cigarette. Kojirô paniqua un peu. A quoi elle jouait ?
« Donc, nous allons nous séparer bons amis et faire
route séparée. » Elle fit un signe de la
main et poussa Mamoru devant elle alors qu'elle commença à
se frayer un chemin hors du petit groupe de gamins.
-
« Attends un peu. » Le boss l'attrapa par le
bras. « T'es qui ? » répéta-t-il,
mais cette fois plus durement. « T'es pas la sœur,
sûrement pas la copine, donc ? »
-
« Qu'est-ce que cela te ferait si elle était ma
copine ? » riposta Mamoru. Les trois adolescents
éclatèrent d'un rire gras.
- « Ouais,
c'est ça ! »
-
« Prouve-le ! » lança le
chef-gamin. « Prouve-le et je te fais membre du
gang ! Sinon t'es qu'un connard de vantard et je te
saigne lundi.» Ah, je sais d'où Mamoru tient son
tout nouveau langage imagé et poétique.
- « Rien
à foutre de ton gang de merdre. Viens. » Il tira
Neeve par le bras et essaya de passer, mais les autres resserrèrent
les rangs.
-
« Prouve-le ! » répéta
encore le crétin à la cigarette en retenant Neeve.
Kojirô s'avança encore.
-
« Lâche-moi, pauvre abruti ! »
s'exclama Neeve en essayant de se dégager. La situation
s'envenimait. Malheureusement une voiture vint se garer juste
devant Kojirô qui dut faire un saut de côté pour
éviter de se faire rouler dessus et il perdit du temps à
contourner le mouvement de foule provoqué par l'arrivée
du véhicule. Enfin il émergea et il vit Mamoru faire
signe à Neeve de se baisser. Elle fronça les sourcils
mais obéit. Et là, Mamoru l'embrassa. Pas un bisou,
ni même un smack, mais un vrai baiser d'adultes. Neeve était
trop sous le choc pour faire quoi que ce soit, et se laissa faire.
Quand Mamoru mit fin au baiser, elle eut un hoquet de surprise. En
tout cas, cela avait bouclé le bec à la bande, jeunes
et moins jeunes. Même Kojirô planta le frein et regarda
la scène bouche bée.
-
« Puceau, va ! » lâcha Mamoru en
direction du plus grand.
Mais c'est là que tout s'accéléra. Le crétin à la cigarette jeta son mégot et dit quelque chose que Kojirô ne capta pas et tira Neeve à lui tandis que le deuxième crétin poussait Mamoru qui trébucha. Le troisième crétin était en train de bloquer les bras de Neeve qui se débattait sous le baiser du premier, quand il fut à son tour poussé à terre par un Kojirô qui venait de voir rouge. Il sépara Neeve de son assaillant et elle retomba contre sa poitrine. Un coup d'œil vérifia qu'elle n'avait rien bien qu'elle était livide. Il bloqua le poing du crétin à la cigarette qui avait tenté de le frapper et serra. Le visage du garçon blêmit puis se dégagea. Il fit signe à ses deux compères de l'aider mais il se prit un coup de pied en plein estomac. Kojirô avait frappé de toutes ses forces, ce qui n'était pas peu dire. Le crétin à la cigarette s'écroula net en vomissant. Ébranlés, les deux autres reculèrent et prirent la fuite, laissant leur chef seul. Les gamins ne demandèrent pas leurs restes et détalèrent. Mamoru s'était relevé. Il s'était écorché la main, mais n'avait rien d'autre. Lui aussi était aussi blanc qu'un cachet d'aspirine.
Kojirô
poussa Neeve devant lui et fit signe à son frère de lui
suivre d'un coup de tête. Personne ne pipa mot. La bagarre
était passée inaperçue. Mais Neeve eut une sorte
de sanglot et s'enfuit en courant avant que Kojirô ne puisse
la rattraper.
- « Et
merde ! » pesta-t-il. Mamoru se mordit les lèvres.
Son grand frère était vraiment en colère.
Il faisait toujours attention à ne pas jurer devant eux. « On
rentre. »
Le retour se fit dans le silence le plus absolu. Kojirô regardait autour de lui dans l'espoir de voir Neeve, mais il n'eut pas de chance. Il souhaitait maintenant de tout son cœur qu'elle soit rentrée à la maison. Mais encore une fois, il manqua de chance. Il fit le tour de la maison, mais elle était déserte. Avec un soupir, il se débarrassa de son manteau et sac, tira une chaise de la table du salon et s'assit lourdement. Il fit signe à son frère de s'approcher. Mamoru se tint droit, essayant de ne pas trembler quand Kojirô désinfecta la plaie superficielle à l'aide du kit qu'il avait récupéré dans la buanderie. Quand il eut finit, il se redressa et croisa les bras sur sa poitrine, affrontant le regard de son aîné qui le foudroyait, assis dans sa chaise, les coudes sur les genoux, le dos penché en avant pour être à sa hauteur.
- « Bon, »
commença Kojirô. « toi et moi, nous allons
régler nos comptes. » Mamoru grimaça. C'est
pour ça qu'il n'avait pas voulu se confier à son
frère aîné. Le silence retomba pendant que Kojirô
réfléchissait quant à la meilleure façon
de s'y prendre. Il pouvait voir que Mamoru n'était pas
prêt de lui faciliter le travail, tout campé dans ses
positions qu'il était.
- « Dis
moi, » fit-il d'une voix qu'il voulait normale,
« depuis quand est-ce que tu sais embrasser les filles,
toi ? ». Il voulait détendre l'atmosphère
avec cette semi-plaisanterie. Après tout, il était
également sérieux, il voulait savoir depuis
quand Mamoru s'intéressait à ce genre de choses.
-
« Pourquoi, tu veux des leçons ? »
-o-o-o-o-o-o-
Mwaaahaa. Je suis terrible de couper à cet instant, mais ce chapitre est déjà le PLUS long que je n'ai jamais écrit, sans qu'il y ait une scène de sexe au milieu. [Ici l'auteur se rengorge toute seule devant son PC et se ressert des trucs super sucrés en chocolat.
Encore une fois, bonne année !
