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A la demande de Genzo Wakabayashi, la suite !
Une nouvelle de poids, je vais rentrer en France mi-février. Rentrer définitivement. Donc je vais être occupée à faire les cartons et à défaire les cartons. Rythme de parution fortement perturbé pour Février et Mars. Je compte publier plusieurs chapitres d'ici fin Janvier (j'espère attendre le chap 30 !) .
Merci à Thokyo qui m'a fait un coucou ! Contente de voir que tu vas bien. Mais maintenant je suis à la recherche de Yellou sur qui semble avoir disparue.
Un super grand merci à Marina qui m'a fait remarqué que j'avais posté deux fois le même chapitre sur fanfiction. Je n'aime pas fanfiction, parce que mon introduction compte comme un chapitre et cela perturbe mon compte (genre ce chap 23 sera chap 24 pour eux.)
En plus, Marina a le courage de lire ma fic alors qu'elle n'apprend le français que depuis 4 ans ! Go girl go !
Un gros bisous à Chacha ! Moi aussi j'adore Mamoru. J'aurai trop aimé avoir un petit frère comme lui.
Pour répondre à Kiito, non je n'ai pas de frère, grand ou petit, mais j'ai suffisamment d'expérience avec les garçons pour pouvoir savoir comment leurs chambres peuvent être en bazard.
Dernier point, dans le chap 22, Kojirô déclare qu'il gère tout, même les « problèmes de fourniture ». J'ai reçu plusieurs MP me demandant des explications. Je fais référence à Kojirô étant assis sur Neeve et Mamoru qui sort « c'est confortable ? » et Kojirô qui répond « non ça grince. » etc. Donc ils considèrent Neeve comme un meuble. Bon d'accord, tiré par les cheveux. Mais bon… voilà… Je n'ai pas le sens de l'humour… on ne peut pas tout avoir dans la vie.
Petit coin statistique. En prenant en compte ce chapitre 23, j'ai écrit 131 pages word – en mettant les chapitres les uns après les autres. J'ai également pondu 109 561 mots. Y'a pas à dire, je suis fière de moi.
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Chapitre 23 – Bon sang ne saurait mentir
- « Depuis
quand est-ce que tu sais embrasser les filles, toi ? »
-
« Pourquoi, tu veux des leçons ? »
Mamoru sut
qu'il avait dépassé les bornes le moment où
les mots franchirent ses lèvres. Il porta les mains à
sa bouche, comme pour essayer de les retenir, mais c'était
trop tard. La main avait filé et la claque tomba. Du coup,
Mamoru plaqua sa main sur sa joue maintenant rouge. Il fixa le sol en
silence, plus choqué par le fait d'avoir mérité
une claque que par le fait d'en avoir reçu une.
Keiko n'avait jamais hésité à donner une gifle ou fessée quand le besoin s'en faisait ressentir. Cependant, elle n'en venait à ces extrémités qu'en dernier recours, préférant le dialogue avant tout. De plus, ses petits étaient généralement sages, et un avertissement d'une voix grondante suffisait à les calmer. De temps à autre, elle devait élever la voix et sermonner, voire punir, mais les punitions restaient dans le cadre de « privé de télévision. » ou « privé de sortie. » La dernière fois qu'elle avait dû frapper un de ses enfants remontait à presque deux ans, quand Takeru avait fait un caprice pour rester jouer dans le parc alors que la famille rentrait. Kojirô, quant à lui, détestait par dessus tout avoir à corriger ses frères et sœur, parce qu'il considérait que fessée et gifle étaient signe d'autorité parentale, et que cela leur plaise ou non, il était un frère et pas un père, même s'il assumait ce rôle.
Il ne
frappa pas très fort. Il était en fait aussi surpris
que Mamoru. Sa main semblait avoir bougé d'elle-même,
et il resta sans voix pendant un moment, essayant de reprendre le
contrôle de cette situation qui lui échappait de plus en
plus. Il était révolté, mais aussi peiné
par l'attitude de son frère. Finalement ce fut l'indignation
qui l'emporta dans son cœur.
- « Non
mais qu'est-ce que c'est que ces manières ? »
explosa-t-il. « Pour qui est-ce que tu te prends pour me
parler comme ca ? »
-
« Dé…désolé… » murmura
Mamoru, toujours les yeux baissés.
- « Oui,
tu peux l'être ! Mais qu'est-ce qui te prend à
la fin ? Tu ne te rends pas compte à quel point ton
comportement me déçoit ! On dirait que tu deviens
un de ses petits caïds de toute à l'heure ! »
- « … »
- « C'est
ça ce que tu veux devenir ? Un abruti sans cervelle qui
terrorise les plus jeunes que lui mais fuit devant un plus grand ? »
- « Il
ne me fait pas peur ! » rétorqua enfin Mamoru
en regardant Kojirô droit dans les yeux. Il avait les yeux
pleins de larmes mais il était aussi en colère.
- « Hé
bien, tu devrais ! Tu as bien vu ce qui s'est passé,
non ? Et si je n'avais pas été là,
hein ? » Kojirô haussa le ton devant
l'entêtement de son frère.
- « Et
puis d'abord qu'est-ce que tu faisais là ? »
cria à son tour Mamoru.
- « Je
te sauvais la peau des fesses, voilà ce que je faisais. »
répondit durement l'aîné.
- « Ouais,
bien sûr ! C'est Neeve hein ? C'est elle qui a
cafardé !? » accusa Mamoru d'une vois plus
forte.
- « Non
elle n'a rien dit et c'est elle qui a tout pris. Tu pourras la
remercier. Après lui avoir présenté tes
excuses. »
-
« Mais… »
- « Mais
que dalle ! » s'emporta définitivement
Kojirô. « C'est à cause de toi qu'elle
s'en est pris plein la poire. Non seulement tu l'as embrassée,
mais tu as donné de sales idées aux autres. Tu l'as
mise en danger. Elle aurait tout aussi bien pu se recevoir un mauvais
coup.»
- « Mais
toi, tu ne te gênes pas pour la toucher et tout non ??! »
Mamoru hurla en réponse aux beuglements de son frère.
- « Hé
ho, je ne l'ai jamais embrassée ou autre ! »
répliqua ce dernier en dévisageant son benjamin.
« Qu'est-ce qui te fait croire que tu puisses traiter
Neeve comme ça, hum ? »
- « Ben
toi ! »
Kojirô
n'avait jamais pensé que ses chamailleries avec Neeve
auraient pu être mal interprétées par Mamoru. Il
se sentit coupable. Le bel exemple qu'il donnait !
- « Neeve
et moi, c'est différent. » reprit-il d'une voix
calme. « Nous avons tous les deux seize ans. Mais tu as
raison, je ne devrais pas la traiter comme ça. » Il
plaça ses mains sur les épaules de Mamoru et le regarda
dans les yeux. « Je t'ai montré le mauvais
exemple et je te présente mes excuses. » Le
garçonnet fut surpris. Il ne s'attendait pas à ce que
Kojirô lui présente des excuses. « Mais
venant de ta part, ce genre de comportement est inexcusable. En plus,
je suis certain que tu ne comprends pas la moitié de ce que tu
dis ou fais… »
-
« Désolé… » marmonna le gamin
en rougissant.
- « Bon,
maintenant tu me racontes ce qui se passe. Tout ce qui se
passe. » ordonna Kojirô en se redressant sur sa
chaise. Mamoru se tassa et se dandina, espérant trouver une
échappatoire. « J'attends. » rajouta
Kojirô d'une voix froide.
-
« Quoi ? » râla Mamoru. « Tu
as bien vu, non ? »
- « Mais
je n'ai rien compris. Qu'est-ce qu'ils ont contre toi, ces
mioches ? »
-
« Rien. »
-
« Ma-mo-ru… »
- « Rien !
Je n'ai rien fait ! Ils se moquent juste parce que je suis bon
en classe. »
-
« C'était plus que se moquer… »
Lentement, mot après mot, Kojirô réussit à tirer les vers du nez de Mamoru. Il s'avéra que le gamin meneur de la bande était le cousin du crétin à la cigarette. Il avait suivit les dignes pas de son aîné en créant sa bande de futurs crétins qui s'en prenait à tous ceux qu'il ne jugeait pas cool. Mamoru, premier de sa classe, faisait partie du lot. Le gang s'arrangeait toujours pour exécuter ses basses-œuvres sans que les professeurs ne s'en rendent compte, et il pouvait compter sur le soutien des trois adolescents si besoin était. Mamoru n'avait pas l'intention de dire ce qu'il se passait à qui que se soit, mais Neeve, en retard un soir pour venir le chercher, arriva au moment où la bande finissait de le ridiculiser durement. Devant le problème, elle lui avait dit qu'il n'y avait que deux solutions. Soit il répondait et « leur rentrait dans le chou », ce qui n'était pas évident puisqu'ils étaient plus nombreux que lui, soit il les ignorait. Mamoru n'étant pas un bagarreur, il opta pour la deuxième option. Malheureusement, cela ne marcha pas; et aux railleries succédèrent les bousculades et mauvaises plaisanteries – mise en charpie de ses livres, casier inondé etc. Mamoru s'obstina, et commença à répondre aux injures par d'autres injures. D'où le nouveau vocabulaire. Mais quand il échappa de peu à une empoignade de cinq contre un – cinq contre lui en l'occurrence - il décida de demander de l'aide à Neeve. Il voulait juste qu'elle leur fasse peur. Il n'avait pas prévu que les trois adolescents passeraient à ce moment.
- « Mais
pourquoi Neeve ? » demanda Kojirô à la
fois ahuri et en colère. « Je suis tout de même
plus impressionnant qu'elle ! »
-
« Justement, c'est ta faute ! »
-
« Comment ça c'est ma faute ? »
s'indigna presque le footballeur.
- « Parce…
parce que… parce que tout le monde sait… qui tu es et que moi…
ils disent que je ne te ressemble pas ! » bredouilla
Mamoru. Il pleurait maintenant, de grosses larmes de colère et
de honte qui roulaient sur ses joues et allaient s'écraser
par terre.
-
« Hein ? »
- « Tout
le monde dit… dit que tu es fort… et super bon au foot, et que
moi… moi je suis qu'un minus, un fayot et un rat de
bibliothèque. » Mamoru pleurait si fort qu'il
hoquetait.
- « Mais…
mais… » Kojirô n'en croyait pas ses oreilles.
Voilà que Mamoru faisait un complexe d'infériorité
par rapport à lui ? « Mais tu n'as pas à
avoir honte !! » protesta-t-il. « Tu es
plutôt bon en sport, non ? Tu sais jouer au foot et au
basket, non ? »
- « Pas
aussi bien que toi. Et puis, je suis petit et je ne te ressemble
pas. » Il essuya ses yeux du revers de sa manche et
renifla bruyamment.
Kojirô
se leva de la chaise pour venir s'accroupir devant Mamoru.
- « Mais
bien sûr que tu n'es pas aussi bon que moi ! A ton âge,
je m'entraînais déjà presque deux heures par
jour ! Et puis, si quelqu'un doit être jaloux de
l'autre, cela devrait être moi ! »
-
« Hein ? » Mamoru avait cessé de
pleurer. Il renifla encore. Kojirô le prit par les épaules
pour le forcer à le regarder.
- « Mais
tu ne te rends pas compte ! Tu vas être le premier Hyûga
à aller à l'université ! »
- « Et
Natsuko ? »
- « C'est
une fille, ça ne compte pas. » déclara
fermement Kojirô. Il eut un frisson mental en imaginant ce que
Keiko et ses grand-mères pourraient lui faire si jamais elles
l'entendaient dire une chose pareille, mais l'important était
de faire passer le message à Mamoru.
- « Ni
moi, ni Papa, ni même aucun de nos grand-pères n'est
allé à l'université ! Tu vas pouvoir
devenir avocat, ou médecin ou écrivain. Merde, je
t'envie moi ! » ragea Kojirô. C'était
vrai, il était un peu jaloux de Mamoru.
- « Ben,
pourquoi tu n'y vas pas ? »
- « Parce
que je ne suis pas aussi intelligent que toi, p'tite tête ! »
dit-il en envoyant une pichenette sur le front de son frère.
En fait, peut-être que s'il avait eu le temps d'étudier
quand il avait dix ans et ne pas avoir à aider sa mère,
peut-être aurait-il put prétendre à l'université.
Réflexion faite, nan, s'il avait eu plus de temps, il aurait
simplement joué au foot plus longtemps.
- « Tu
crois ? »
-
« Certain. Enfin, tu vois bien que même maintenant
je passe beaucoup de temps à étudier, pour pas grand
chose. » O.K soyons honnête, s'il écoutait
plus en cours, il aurait moins de difficultés ensuite. Mais
lui demander de rester assis pendant quatre heures d'affilée ?
Misère !
-
« M'ouais. » Mamoru s'était calmé.
Il bougea enfin et alla s'asseoir sur une chaise, près de
celle de son frère.
- « Bon
et maintenant ? » demanda Kojirô, décidé
à battre le fer pendant qu'il était encore chaud.
-
« Maintenant quoi ? » grommela Mamoru, en
une imitation parfaite de Kojirô en train de rouspéter.
Cela sautait désormais aux yeux du lycéen que son petit
frère avait commencé à le copier en beaucoup de
points. Sûrement pas les meilleurs. De toute façon,
avait-il de bons points ? Il étouffa un sourire pour se
re-concentrer sur la discussion.
- « Que
vas-tu faire pour la bande de crétins ? »
-
« Euh…euh… »
Mamoru mit les coudes sur la table, les bras à plat et posa son menton sur ses mains. Il plissa le front alors qu'il réfléchissait. Il allait avoir la paix pour un petit moment, mais les représailles n'allaient pas tarder. Il était toujours aussi hors de question qu'il se batte contre la bande, puisqu'ils étaient plus nombreux. Et il se doutait que les « un contre un » dans l'honneur ne marcheraient contre eux. Quant à se battre avec les trois grands… Il ne pouvait pas demander à Kojirô de venir le chercher pour le protéger, parce qu'il n'avait le temps et puis, il n'était plus un bébé. En parler à Maman ? Elle irait se plaindre aux profs. En parler aux profs ? Ils en parleraient aux parents des gamins. Ces derniers protesteraient, feraient un foin, ne voulant pas croire ça de la part de leurs adorables bambins. Confrontés à l'évidence, peut-être les puniraient-ils. Et du coup, tôt au tard lui on viendra lui chercher des noises. Retour à la case départ. Et puis il se sentait un peu coupable. Lui avait un grand-frère et même une grande-sœur prêts à le protéger. Mais tous les autres ? Ceux qui n'avaient pas de grand-frère ? Il fallait faire quelque chose…
- « Je
suppose qu'il faudra que j'en parle à un adulte. Tu penses
que je peux en parler à la police ? »
- « A
la police ? » s'étonna Kojirô. Il
pensait plus à leurs parents ou aux profs. Quand Mamoru lui
expliqua son raisonnement, il comprit la logique de son frère.
En y réfléchissant, ce n'était pas si bête
que ça…Les professeurs n'avaient plus l'autorité
nécessaire pour faire peur aux gamins, aux ados ou aux
parents. Mais la police… Cependant, il voyait mal un policier venir
s'occuper du cas particulier de Mamoru. « Peut-être »
dit-il prudemment. « Je verrai ça. »
-
« Nii-san… »
-
« Hum ? »
- « Tu
ne diras rien à Maman, hein ? »
- « Je
ne sais pas… » Mamoru eut l'air peiné. « Même
si tu vas à la police, ils vont devoir contacter Maman. »
- « Et
si toi, tu venais ? »
- « Je
ne suis pas majeur, cela ne comptera pas. Et puis, je ne veux pas
cacher des trucs comme ça à Maman. » Bon,
d'accord, il avait couvert Neeve quand elle faisait le mur, mais ce
n'est pas comme si elle avait découché, non ? Et
puis c'était un autre problème. Quoique… « Il
se fait tard. Où est Neeve ? »
Mamoru
releva la tête. Oui, Neeve aurait dû rentrer. C'était
début février, la nuit tombait tôt et le froid
tombait avec elle. Avec un soupir, Kojirô décrocha le
téléphone et appela Neeve. La ligne sonna, dix fois,
avant que le répondeur ne s'enclenche.
- « Ho,
Hase, qu'est-ce que tu fabriques ? Rentre à la maison,
et plus vite que ça ! »
Le message
n'était pas des plus diplomatiques, mais Kojirô était
à bout de nerfs. Qu'est-ce qui lui prenait de s'enfuir
comme ça et de disparaître sans donner de nouvelle ?
Kojirô et Mamoru restèrent assis sur leurs chaises,
chacun perdu dans ses pensées. Le plus jeune se leva enfin,
apparemment pour monter dans sa chambre.
-
« Mamoru ? »
- « Oui
Nii-san… ? » répondit-il d'une voix
prudente.
- « Tu
ne m'as pas répondu. Depuis quand est-ce que tu sais
embrasser les filles ? »
- « Euh…
ben…. »
- « Où
est-ce que tu as appris d'ailleurs ? » C'en était
une bonne, de question. Ça, il était certain que ce
n'était pas sa faute. Pour une fois… Jamais il n'avait
embrassé de fille devant sa famille. En fait, il n'avait
jamais été en présence de fille devant sa
famille.
- « A
la télé. »
- « Je
vois. » Kojirô pensa à dire à Shouta
de mettre une surveillance parentale sur l'abonnement au satellite.
« Ça t'a plu ? » demanda-t-il
d'une voix neutre. Mais intérieurement, son estomac se
tordit.
- « Pas
vraiment. » Kojirô soupira mentalement, puis sourit
tout aussi mentalement. Il ne dirait sûrement pas ça
dans quelques années. « Et puis elle sentait la
cigarette… » ajouta Mamoru. Alléluia ! Neeve
avait réussi à dégoûter Mamoru des filles
et des clopes en un seul coup. Elle était bonne. Mais où
était-elle ?
- « Je
vois. » répéta-t-il. « File dans
ta chambre. »
Mamoru
disparut et Kojirô resta seul à tourner en rond. Il
s'occupa en étendant son linge, ramassant ce qui était
sec et en déchargeant le lave-vaisselle. Neeve était
toujours absente. Il essaya encore de lui téléphoner,
mais elle ne répondit pas. Il ne laissa pas de message. Un
coup d'œil à l'horloge murale lui apprit qu'il était
déjà tard, passé 19H. Où avait-elle bien
pu aller ? Il eut un éclair de génie. Ayame !
Mais il n'avait pas son numéro. Mince… A ce moment, son
mobile sonna. Il courut à son sac, renversa le contenu sur la
table dans sa hâte de trouver l'engin de tous les espoirs.
L'écran affichait « Ken, Dieu des Stades. »
Kojirô grogna. Il n'avait jamais trouvé le temps de
changer le nom. Kazuki était d'ailleurs toujours « Kazuki,
Dieu au lit. » Comme quoi, on pouvait voir qu'ils
avaient des priorités différentes.
- « Hé
Kojirô ? »
-
« Quoi ? »
- « Tout
va bien ? »
- « Non. »
- « Ah ? »
- « Je
suppose que tu n'as pas vu Neeve, par hasard. »
- « Non.
Qu'est-ce qui se passe ? » La voix de Ken devint
soudainement alerte.
- « C'est…
compliqué. C'est Mamoru et Neeve, elle… enfin c'est
compliqué. Pour le moment, je donnerais cher pour pouvoir
appeler Ayame. »
- « Tu
veux son numéro ? » proposa Ken.
-
« Hein ? » Kojirô tint son portable
à bout de bras pour regarder l'écran incrédule.
Non, non c'était bien Ken, et pas Kazuki qui appelait. « Ben
ouais. »
- « Je
te le texte dans cinq secondes. Est-ce que tu viens en cours
demain ? »
-
« Sûrement. Sinon, c'est que je me suis suicidé
et Neeve avec moi. »
-
« Cool. A demain. »
Comment çacool ? Il parlait de se suicider et l'autre saucisse
sur pattes lui dit « cool » ? Pfff. Au
moins, il sait envoyer des textes.
-
« Sakamoto. » répondit une voix calme
après deux sonneries.
-
« Sakamoto, c'est Hyûga. »
- «
… …. …. Ah ! Hyûga comme dans Neeve ? »Comment ça Hyûga comme dans Neeve ?
- « Ouais,
bon, elle n'est pas chez toi ? »
- « Qui
ça, Neeve ? Non pourquoi ? »
- « Aucune
idée de là où elle peut être ? »
- « Quoi,
tu l'as perdue ? »
-
« C'est…compliqué » répéta-t-il
pour la troisième fois.
- « Est-ce
que tu as essayé de lui téléphoner ? »
- « Elle
ne répond pas. »
- « Raaa,
elle fait sa tête de cochon… » râla Ayame.Elles ne sont pas meilleures amies pour rien. « Est-ce
que tu as essayé de faire le tour du quartier ? »
- « Non. »
- « La
connaissant, elle est sûrement en train de bouder ou de pleurer
dans un coin, pas loin de la maison, mais décidée à
ne pas rentrer. »
- « C'est
tout à fait elle. Merci. »
- « Pas
de quoi. Je suis heureuse de te rendre service. N'importe
quel service. » susurra-t-elle.
-
« Sakamoto ! » gronda-t-il.
- « Tu
n'as vraiment aucun sens de l'humour. » fit-elle en
guise d'au revoir. Elle raccrocha.
- « Tu
n'as vraiment aucun sens de l'humour, gna gna gna ! »
parodia Kojirô d'une voix haut perchée. « Mamoru ! »
appela-t-il à haute et normale voix - donc de baryton.
-« Oui ? » Le gamin était descendu
à mi-escalier et regarda son grand frère remettre son
manteau.
- « Je
vais dehors chercher Neeve. Si elle rentre ou appelle, tu m'appelles
sur mon portable. Toi, tu ne bouges pas, tu ne fais pas de bêtise
et tout ira bien. » expliqua-t-il d'un trait, finissant
sur un ton menaçant.
- « Oui
Nii-san. »
Kojirô
sortit de la maison pour découvrir que le ciel était
bas. Il allait pleuvoir d'ici peu. Il tenta encore de joindre
Neeve. Répondeur. Grimaçant déjà, il
remonta la rue au pas de course et fit le tour du premier pâté
de maisons. Rien. Il tourna à gauche et passa en revue les
petites ruelles derrière. Rien. Il eut un arrêt
cardiaque quand son portable, qu'il avait glissé dans sa
poche de pantalon, se mit à vibrer.
-
« Ouais ? »
-
« Sakamoto au rapport, chef ! Toujours pas de
Neeve ? »
- « Non. »
- « Je
viens de vérifier, elle n'est pas chez Shun, donc elle est
sûrement dans le coin. Est-ce qu'il y a un parc ou un square
du côté de chez toi ? »
- « Hum. »
- « Et
ben alors ? Bouge-toi les fesses ! »
Clic.
Beep Beep Beep. Votre correspondant a raccroché. Pour
rappeler, taper un. Pour les autres opti…
Kojirô
commençait à détester qu'on lui raccroche au
nez. Encore un truc de filles… Mais suivant les conseils d'Ayame,
il passa près du square du quartier, là où les
papis et mamies du quartier s'asseyaient quand il fait beau, eux
jouant aux boules, elles tricotant. Rien.
Au
moins elle n'est pas chez l'autre abruti. C'est marrant, mais
tout de suite, j'aimerais bien qu'elle y soit, chez son abruti
attitré.
Il
accéléra quand il entendit au loin le tonnerre gronder.
L'orage était près et il n'avait pas envie de
passer la soirée à chercher Neeve sous la pluie. En
fait, il n'avait pas envie de passer la soirée à
chercher Neeve, point barre. Il s'arrêta un instant près
du parc à enfants, avec les balançoires et le bac à
sable. Rien. Dépité, il essaya encore d'appeler
Neeve. Il fit un bond quand il entendit une sonnerie près de
lui. La même que celle de Neeve. Il étrécit les
yeux et se dirigea à l'ouïe dans la direction de la
musique.
Là !
Elle était assise sur le tourniquet, dos appuyé sur
l'axe central, les genoux ramenés sur la poitrine, les bras
autour, la tête enfouie. Elle ne bougeait pas, bien que son
portable sonnât toujours.
-
« Neeve ! » interpella Kojirô.
« Mais qu'est-ce que tu fous ici ? Tu as vu l'heure
non ? »
- « … »
- « Hé,
je te parle ! »
- « … »
Il mit un
pied sur le tourniquet et se pencha vers elle.
- « Tu
dors ? » Il tendit le bras pour la secouer
doucement. Elle ne réagit pas mais il avait entraperçut
ses yeux. Elle était vivante et réveillée. Elle
faisait juste la tête. Il était tellement soulagé
d'avoir trouvé la brebis égarée qu'il perdit
son self-control.
-
« Putain ! Tu fais chier ! Allez bouge tes
fesses ! »
- « … »
- « Mais
qu'est-ce que tu me fais un caca nerveux, hein ? Ce n'était
qu'un baiser, ce n'était rien. Il aurait pu t'arriver
bien pire. Allez, bouge !! » Cette fois, il ne secoua
pas gentiment. Il l'attrapa par l'avant-bras et tira fortement.
Elle eut un gémissement et résista.
- « Ne
me dis pas que tu pleures, sinon je te mets une baffe ! »
avertit le jeune homme. Il commençait à s'inquiéter
de son mutisme et léthargie.
- « … »
- « Tu
me gonfles, Hase. Tu sais quoi ? C'est ta faute ! Tu as
voulu jouer au héros et tu t'es plantée. Mais ne
viens pas me pourrir la vie. Je t'avais prévenue. Maintenant
si tu veux faire la gueule et tout le tralala, moi ça me va,
cela me fera des vacances. Mais tu vas me faire le plaisir de bouder
dans ta chambre. Je n'ai pas envie de rester sous la pluie ! »
fulmina-t-il alors qu'un éclair traversait le ciel.
Elle
releva la tête et condescendit à bouger. Elle se fit
glisser jusqu'au rebord et posa les pieds à terre. Elle
resta là assise immobile pour quelques instants. Kojirô
jura qu'elle avait dit quelque chose, mais le tonnerre éclata
au même instant, suivi par un nouvel éclair et un autre
coup de tonnerre.
- « Tu
as dis quelque chose ? »
Elle se
mit juste à marcher. Avec un grognement sourd de rage, il
retint l'envie de l'étrangler et lui emboîta le pas.
Elle ne dit pas un mot pendant la courte marche jusqu'à la
maison. Tous deux avançaient vite, sentant l'orage sur le
point d'éclater. Ils tournaient le coin de la rue alors que
les premières gouttes s'écrasèrent sur eux. La
pluie était violente, et ils furent trempés jusqu'aux
os en moins de temps pour le dire.
Mamoru les
attendaient sur le palier, s'étant précipité
en entendant la porte s'ouvrir.
-
« Nii-san, elle n'est pas… Oh… » Il
s'interrompit en voyant leur état. Neeve enleva ses baskets
sans même défaire les lacets, les shootant dans le
couloir. Elle marcha directement vers les escaliers. Elle passa à
pas même dix centimètres de Mamoru.
- « Neeve,
je… » commença-t-il.
Mais elle
l'ignora. Les deux garçons se regardèrent et
rentrèrent le cou dans les épaules en entendant une
porte claquer violemment à l'étage, ce qui fit
trembler les murs.
- « Vaut
mieux la laisser tranquille ce soir. » conseilla Kojirô
en ébouriffant les cheveux de son frère en un geste
rassurant. « Parle-lui demain. » Le petit
acquiesça en silence. « Bon, je prends une douche
et je fais à manger. » Il se doutait que Neeve
n'allait pas faire la cuisinière.
Il s'avéra
que Neeve avait claqué la porte de la salle de bains
européenne. En marmonnant entre ses dents, Kojirô
descendit prendre une douche chaude en bas. Il émergea juste à
temps pour entendre deux portes claquer l'une après l'autre.
Les cadres sur les murs vacillèrent un peu.
Kojirô
prépara un repas simple, une omelette avec du riz. Il savait
programmer une machine à laver, il pouvait faire une intégrale
à deux variables, il était capable de mettre un but
depuis les vingt-cinq mètres avec un angle impossible, mais il
ne savait pas cuisiner. Mamoru ne dit rien. Quand Kojirô alla
toquer à la porte de Neeve, il n'eut pas de réponse.
Il essaya d'ouvrir la porte, mais elle avait verrouillé le
loquet, chose qu'elle n'avait jamais fait avant.
- « Elle
boude. » expliqua-t-il à son frère. Ils se
partagèrent sa part du repas.
Le repas
fut court et silencieux. Ils firent la vaisselle et allèrent
se coucher. Kojirô se sentait épuisé jusqu'à
la moelle. Il n'avait pas la force de faire ses devoirs. Il
copierait sur Ken et Kazuki. Il resta allongé dans le noir
alors que la pluie martelait les vitres. Il ne comprenait pas la
réaction de Neeve, mais commençait à réaliser
qu'il n'avait probablement dit ou fait la bonne chose en
l'engueulant qu'il avait fait. Techniquement ce n'était
pas de sa faute. Mais elle avait le chic pour le faire sortir de ses
gonds. Il se retourna en grognant. Il allait devoir lui faire des
excuses. Kojirô détestait s'excuser. Surtout si
c'était auprès une tête de mule rancunière,
menteuse et chiante comme Neeve.
Kojirô
se réveilla extrêmement tôt le lendemain matin,
pour pouvoir faire sa distribution de journaux et être de
retour pour le lever des deux autres. Il pressentait que Mamoru, seul
face à Neeve, allait soit se mettre à pleurer, soit se
mettre en colère. Et pour la paix familiale, il devait
empêcher l'un comme l'autre. Comme il s'en doutait, Neeve
était toujours muette. Elle arriva même à prendre
son petit-déjeuner sans croiser aucun de leurs regards, comme
s'ils n'existaient pas.
- « Je
vais amener Mamoru à la bibliothèque. »
informa Kojirô. « Tu le récupères plus
tard ? ». Il prit le haussement d'épaules
pour un oui. N'ayant plus rien à faire, elle monta dans sa
chambre pour récupérer ses affaires. Elle ne
redescendit qu'au moment où un bruit de moteur de scooter
retentissait dehors.
Kojirô
et Mamoru firent la grimace. L'aîné s'étonna
un peu. Il ne savait pas que Mamoru n'aimait pas Shun. Il ne savait
même pas qu'ils s'étaient rencontrés. Mais il
était l'heure de partir. Kojirô laissa son frère
à la section jeunesse en lui intimant de ne pas bouger, de ne
pas sortir et de l'appeler en cas de pépin. Puis il dut
aller s'excuser auprès de l'entraîneur pour son
absence d'hier.
-
« Wakashimazu et Sorimachi m'ont dit que tu avais une
urgence familiale. »
- « Oui. »
- « C'est
réglé ? »
- « Oui,
enfin, non…oui. J'espère. Je ne sais pas. »
avoua Kojirô avec une soupir las.
- « Tu
peux te concentrer sur le match cet après-midi ? »
- « Oh
oui ! » s'exclama-t-il d'une voix féroce.
Il allait se défouler sur ses adversaires.
-
« Parfait. Fais-moi dix tours de terrain et rejoins
les autres. »
La matinée se passa rapidement, Kojirô faisant de son mieux pour suivre les cours. Il avait enfin compris le coup des molécules et n'allait donc pas se faire larguer une nouvelle fois. Il profita du changement de classe pour mettre Ken et Kazuki au courant des dernières péripéties. Tous deux se firent du souci pour Mamoru et tous deux confirmèrent qu'il s'y était prit comme un pied avec Neeve.
Kojirô rentra à midi. Neeve était dans sa chambre, enfermée à double tour. Mamoru et Takeru étaient étrangement sages, en train de faire un puzzle dans leur chambre. Il dut encore préparer le repas, qui consista en onigiri et biscuits au chocolat. Basique mais suffisamment consistant pour caler trois estomacs affamés. Trois parce que ne Neeve redescendit que lorsqu'ils étaient sur le point de partir. Elle s'était engagée à emmener les garçons voir le match de foot de leur frère à Tôhô. Elle allait donc tenir sa promesse, mais ne dit pas un mot, incluant Takeru dans son coup de gueule.
Le petit garçon ne comprenait pas ce qui se passait et regardait ses deux aînés d'un œil accusateur pour savoir qui avait fait du mal à sa grande sœur. Takeru avait toujours aimé Neeve. Le fait qu'elle soit la seule à accepter des regarder les DVDs de Pokemon en boucle tout en lui faisant des cookies n'avait bien sûr rien à voir avec son affection. Il se planta plus haut dans les escaliers, se pencha sur elle et lui fit un gros baiser sur la joue. Kojirô vit Neeve se raidir au début, puis elle lui sourit doucement. Elle avait les yeux brillants comme si elle se retenait pour ne pas pleurer.
Les quatre s'acheminèrent vers Tôhô, les trois garçons parlant du match à venir, Neeve ne pipant mot. Kojirô se sépara du groupe pour aller dans les vestiaires. Le terrain était encore boueux de la pluie d'hier mais Kojirô avait de l'énergie à revendre. Tôhô expédia son match vite fait bien fait, 4-1.Neeve faisait toujours la tête. Ken, envoyé en pacificateur auprès de la jeune fille, n'eut droit qu'à un regard torve et retourna tout triste informer les Hyûga que « c'était cause perdue. » En effet, aussitôt rentrée, elle se précipita dans sa chambre. La seule différence est qu'elle ne claqua pas la porte. Enfin, elle claqua sa porte comme elle le faisait d'habitude.
Kojirô étudia dans le salon. Il pouvait jurer qu'il sentait les émanations de haine suinter des murs, envoyées depuis le lit de Neeve. Quoiqu'elle fît dans sa chambre, elle était silencieuse, ce qui était vraiment bizarre étant donné qu'elle ne perdait pas une occasion pour écouter de la musique ou jouer de la basse aussi fort qu'elle le pouvait. Ou plutôt aussi fort qu'on lui permettait, parce qu'elle ne semblait pas avoir de limite sur ce plan. En grand frère modèle qu'il s'était juré d'être, Kojirô vérifia que Takeru avait fait ses devoirs et l'empêcha de jouer à la console tant qu'il n'eut pas fini ses exercices d'écriture. Le garçon écrivait comme un cochon, ses hiragana ressemblant plus à de l'art cubique qu'autre chose. Le jeune homme fut à nouveau de corvée de cuisine pour le soir. Il commençait à être à court d'idée, aussi décongela-t-il un plat de poulet teriyaki, au bonheur des ses frères. Ils regardèrent une comédie à la télévision puis Kojirô envoya ses frères au lit. Il réalisa qu'il n'avait toujours pas emprunté le volume deux de sa série de SF, et il se retrouva à ne pas savoir quoi faire. Il continua d'étudier, bien installé dans le sofa, regardant distraitement les émissions du soir. Quand il eut une crampe au cou, il décida qu'il était temps d'aller dormir.
Il fut lâchement et traîtreusement attaqué par deux filous aux pieds gelés très tôt le lendemain matin. Mamoru et Takeru se faufilèrent sans bruit dans sa chambre et se glissèrent sous les draps en passant par le pied du lit. Kojirô eut donc un réveil en sursaut en sentant deux corps qui remontaient le sien, jusqu'à ce que leurs pieds froids reposent sur son ventre. Il n'était que 8H du matin. Avec un grognement, il retomba allongé et maintint ses frères sous son bras pendant une heure de plus durant laquelle les garçons Hyûga ronflèrent à qui mieux mieux. Ce fut le ventre gargouillant de Mamoru qui les réveilla. Durant la nuit, le vent s'était levé, chassant la pluie et séchant les rues. Après un petit-déjeuner consistant, Takeru demanda à aller au parc. Kojirô allait accepter quand il se souvint que Neeve était toujours dans un état proche de l'autisme. Il était temps d'affronter la terreur.
Doucement
il toqua à la porte. Plus par habitude que par autre chose, il
tourna la poignée. A sa plus grande stupéfaction, le
verrou n'était pas mis. Il entra dans la chambre plongée
dans le noir. A la respiration de Neeve, il sut qu'elle ne dormait
pas. Il s'approcha du lit et s'assit au bout du lit. Neeve
dormait en position de fœtus, allongée sur le côté
gauche, tournée vers le mur.
- « Neeve…
je suis désolé. Vraiment. J'ai… enfin, j'étais
en colère et inquiet. » Kojirô se gratta la
nuque, extrêmement mal à l'aise.
-
« Ouais. » La voix de Neeve sortait étouffée
depuis le creux de l'oreiller où elle enfouit sa tête.
- « Donc,
bon…. Voilà. » Qu'est-ce que je suis censé
dire maintenant, hein ? Purée, aide-moi un peu…
Courageusement, il reprit « Nous allons au parc, tu
viens ? »
- « Non. »
- « Allez,
cela va te changer les idées. »
- « Pas
besoin. »
-
« Neeve… » Il détestait le ton
suppliant qu'il venait d'avoir. « Mamoru et Takeru
sont inquiets. Ils ne comprennent pas ce qui se passe. »
- « Rien
à foutre. »
- « Allez,
Neeve, ne fais pas l'enfant. C'est toi l'adulte ici, c'est à
toi de faire le premier pas. »
- « Ben,
tiens ! C'est marrant comme Mamoru refuse d'être
traité comme un gamin, tant que cela l'arrange. Il est temps
qu'il comprenne qu'il ne peut pas tout avoir. Il est temps qu'il
comprenne que ses actions ont des conséquences, et qu'il
doit les assumer. »
-
« D'accord, d'accord, mais c'est à lui que tu
dois dire tout ça, pas à moi. »
- « Bon,
d'accord, je me suis plantée, OK ? » Neeve
se redressa d'un coup. Kojirô eut un sursaut. « Alors,
va faire ton frère parfait et rattraper là où
j'ai merdé. Tu n'attendais que ça. Maintenant
fous-moi la paix »
-
« Attends, tu es en colère…contre MOI ? »
- « Toi
et Mamoru. Vous n'êtes pas frères pour rien. »
Malgré lui, Kojirô éclata de rire. Elle avait vu
tout juste.
-
« Pourquoi tu es en colère contre moi ? »
- « Tu
sais très bien pourquoi, n'en rajoute pas ! »
- « Est-ce
que tu ne serais pas plutôt en colère contre toi-même
pour ne pas avoir su gérer la situation ? »
- « … »
- « Tu
sais… Si j'étais là, c'est parce que je me
faisais du souci. Pour Mamoru, mais aussi pour toi. »
- « … »
- « Je
pense vraiment que tu n'as pas à t'en vouloir. Tu t'en
es bien sortie. Si tout s'était bien passé je
n'aurais rien fait. »
- « Mais
tu es venu. Tu ne me fais pas confiance. »
- « Pas
plus que tu ne me fais confiance. » Elle lui
jeta son oreiller à la figure et se rallongea, tirant sa
couette par dessus sa tête. Il avait raison, et elle le savait.
Mais il était hors de question qu'elle l'admette.
- « Bon,
Hase, tu viens au parc. » Kojirô se leva et alla la
secouer.
- « Non.»
- « On
va jouer au foot, tu vas pouvoir te défouler sur nous. »
Il posa un genou sur le matelas et tenta de soulever la couverture.
- « Je
ne sais pas jouer. »
-
« Justement on va t'apprendre. »
- « Non
merci. »
- « Ce
n'était pas une question. » Cette fois, elle
poussait un peu loin. Il s'était excusé et tout, donc
elle allait se bouger. Et puis il n'aimait pas le fait qu'elle
soit en colère contre lui. C'était lui qui devrait
être en colère contre elle. Non ?
- « Non,
laisse-moi tranquille. »
Kojirô
décida qu'il en avait assez. Il se pencha encore plus et
prit Neeve dans ses bras. Puis il tira. Elle résista, toutes
griffes dehors. Avec un feulement digne d'un chat en guise de
protestation, elle s'agrippa à son édredon. Mais le
chat ne faisait pas le poids face au tigre. Neeve se retrouva
soulevée hors du lit et reposée à terre, tenant
ses draps à bout de bras. Kojirô la prit par les épaules
et la secoua doucement.
- « Tu
m'énerves, Hase. » fit-il gentiment. Neeve gémit,
frissonna de froid en se retrouvant hors du lit et essaya de
retourner se coucher. Kojirô la retint en riant. Plus têtue
qu'elle, tu meurs « Courir te réchauffera. Tu
as cinq minutes pour te préparer. » Il quitta la
chambre, prêt à bondir pour empêcher la jeune
fille de se recoucher. Mais elle sortit derrière lui en
grommelant et alla s'enfermer dans la salle de bains. Le temps que
Kojirô se change en jogging et vérifie que les portes et
fenêtres étaient fermées, elle attendait avec
Mamoru et Takeru sur le palier. Elle n'avait pas l'air bien
réveillée cependant. Kojirô poussa tout son petit
monde dehors. Neeve marmonna dans sa barbe qu'il faisait
fichtrement froid et que seuls des cinglés pouvaient avoir
l'idée d'aller jouer au foot maintenant. Il était
tôt pour un dimanche et les rues étaient désertes.
Kojirô poussa du pied le ballon de foot qu'il avait pris dans
le garage. Mamoru récupéra la balle et fit la passe à
Takeru qui envoya le ballon vers Neeve. Elle regarda la balle rouler
vers elle et s'arrêter à ses pieds.
-
« Passe ! » ordonna Kojirô. D'un
mouvement le moins motivé du monde, elle poussa le ballon, qui
partir dans la direction opposée à celle de Kojirô.
Mamoru ricana mais Kojirô lui intima le silence d'un regard.
- « Je
vous avais dit que j'étais nulle ! »
bougonna Neeve. « Ça ne sert à rien que je
vienne. » Elle se retourna, prête à
rebrousser chemin mais Takeru la retint.
- « C'est
parce que tu t'y prends comme un manche. Tu dois taper avec
l'intérieur du pied. » Il lui montra. « Comme
ça. »
- « Si
tu le dis…. » Elle haussa les épaules et suivit
les garçons qui continuèrent à s'échanger
la balle. Enfin, Takeru lui fit une passe.
- « Tu
renvois à Mamoru. » Neeve arrêta le ballon et
poussa. Son tir s'améliora, même si Mamoru dut courir
après la balle qui retomba à trois mètres de
lui.
Kojirô
était content de voir qu'elle redevenait elle-même. Il
se demandait si le froid n'avait pas gelé son cerveau et si
elle avait oublié qu'elle était en colère. La
fois suivante lorsque le ballon lui fut adressé, elle essaya
de shooter sans l'arrêter. Elle manqua, balançant le
pied dans le vide, alors que le ballon allait taper contre le
trottoir. Elle se rembrunit, mais personne ne se moqua bien que les
trois garçons dissimulèrent tant bien que mal leurs
sourires. Elle allait shooter encore une fois, quand elle s'arrêta.
-
« Café ! » s'exclama-t-elle en
reniflant. Un arôme de café flottait dans l'air. Les
boutiques commençaient à s'ouvrir, et Neeve venait
d'en repérer une qui faisait les boissons à emporter.
« Hyûga, tu m'achètes un café ! »
commanda-t-elle en se pendant à son bras.
-
« Pourquoi moi ? » protesta-t-il.
- « Parce
que je n'ai pas un euro sur moi et que tu m'as tirée du
lit sans me donner le temps de prendre un café. »
répliqua-t-elle en le tirant par le bras vers le comptoir.
- « Tu
es une vraie droguée. » Il s'exécuta en
pestant.
-
« Caféééééééééééééééééééééé ! »
Neeve en sautait presque de joie et huma le gobelet que le vendeur
lui tendit. « Sens-moi ça ! »
fit-elle en lui fourrant le pot sous le nez.
- « Oui,
ça sent le café ! » Malgré lui,
il était amusé. S'il avait su, il lui en aurait donné
avant, du café. Elle sirota sa boisson chaude tranquillement
pendant que les trois garçons reprenaient leurs passes. Quand
Mamoru n'arriva pas à récupérer une passe un
peu plus forte de Kojirô, elle condescendit même à
repasser la balle, qui alla directement rouler dans les pieds de
Kojirô.
- « Tu
vois, tu t'améliores ! » complimenta
celui-ci en récupérant le ballon. Ils arrivaient en vue
du parc, et allaient traverser une grande avenue.
- « Non,
je visais Mamoru. » admit Neeve en jetant son gobelet vide
dans une poubelle. Mais elle souriait un peu. Son regard n'avait
plus cette expression vide. Apparemment, elle venait de se réveiller.
Ils se
mirent en ligne devant le passage piéton en attendant que le
feu passe au rouge pour traverser. Takeru était en bout de
ligne, à côté de Neeve, à qui il donnait
des conseils pour taper dans le ballon.
-
« Takeru, on va traverser, donne-moi la main. »
ordonna Neeve alors que le feu se mettait à clignoter.
- « Je
ne suis pas un gamin ! » objecta-t-il.
- « Tu
as sept ans et j'en ai seize, ce qui est plus que deux fois ton
âge. Tu me donnes la main, c'est tout. » rabroua
la jeune fille.
Convaincu
par cet argument de poids ( ???), le garçon prit la main
qu'elle lui tendait. Kojirô jeta un coup d'œil à
Mamoru, à ses côtés. Celui-ci capta le regard et
le foudroya en retour, tout en enfonçant ses mains dans ses
poches. Histoire de bien lui faire comprendre que lui ne
donnait pas la main pour traverser les rues. La circulation s'arrêta,
les quatre traversèrent l'avenue et s'enfoncèrent
dans le parc pour trouver un bout de pelouse libre et pas trop
détrempée par la pluie de vendredi. Puis ils se mirent
en cercle pour se faire des passes. Rapidement, Neeve fut capable de
faire des passes convenables, aussi jouèrent-ils à deux
contre deux, chaque équipe devant se faire des passes pendant
que l'équipe adverse essayait d'intercepter la balle. Tout
se passait plutôt bien. Neeve avait retrouvé son entrain
habituel et arriva même à couper une passe de Kojirô.
Mais elle relança la balle complètement hors champ, et
le ballon disparut derrière les buissons. Elle s'excusa et
alla à la recherche de la balle. Takeru, le proche des
buissons, vint l'aider.
- « Ah,
Takeru, A ta droite. Près de l'arbre. »
- « Je
vois. Tiens ! »
- « Non
ne me pas… Tiens, c'est malin, j'ai encore loupé.
Pfff… »
- « T'es
vraiment nulle… »
- « Tu
as shooté trop fort ! »
- « Je
vais la chercher. »
- « Ne
cours pas, tu vas tomber ! » Les voix s'éloignaient.
Kojirô
et Mamoru échangèrent un regard complice devant les
non-prouesses de Neeve. Puis ils récupèrent leurs
manteaux et entreprirent de franchir les buissons à leur tour,
avant que les deux autres ne partent trop loin. Ils contournèrent
les dernières haies et virent Neeve disparaître en
courant derrière un rideau d'arbres vers leur droite, à
la poursuite de Takeru, lui même à la poursuite de la
balle. Ils commencèrent à trottiner quand ils
entendirent les crissements de pneus de voiture qui freinait à
mort. En même temps, la voix de Neeve s'éleva en un
hurlement qui glaça le sang dans les veines de Kojirô.
-« TAKERU ! ATTENTION !!»
-o-o-o-o-o-
Mes chapitres sont définitivement de plus en plus longs. Je jure que je vais m'arrêter vers les 8 000 mots par chapitre.
Je suis également contente de moi-même. J'arrive de nouveau à couper mes chapitres à des points intéressants…Oui je suis sadique. C'est pour vous tenir en haleine !! Mwahahahah !
