Coucou me revoilà !

Bonne nouvelle, je suis toute installée chez mes parents, donc je reprends ma fic. Mauvaise nouvelle, j'ai plein de trucs à faire pour mon projet professionnel. Après tout, je ne suis plus payée pour ne rien faire !

Donc, bien que je continue l'écriture, je ne pourrais plus faire deux-trois chapitres par semaine comme avant. Ma question : que préférez-vous ? Des sorties régulières (une par semaine, genre le samedi) ou un planning de sortie élastique, genre publication immédiate – ce qui peut faire des trous quand je manque de temps ?

Pour info, je monte sur Paris fin mars, donc il y aura une semaine (voire deux) sans update…

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Un gros bisou à toutes celles qui me suivent et m'encouragent !

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Erratum :

Etant de retour en France mais privée d'ordinateur, je me suis jetée sur mes petits chéris de manga que ma mère avait failli monter au grenier (horreur !). Je me suis donc relu l'intégrale de Captain Tsubasa, publié par « J'ai Lu. » J'ai donc pu remettre à jour mes connaissances Tsubasaiennes. J'ai relevé les erreurs suivantes, commises dans mes chapitres précédents :

Kojirô Hyûga. Voilà l'orthographe définitive de son nom. Quelle chance, j'avais décidé de reprendre mes premiers chaps pour correction de fautes et des contradictions, donc j'en ai profité pour remettre ce détail à jour. Idem pour les accents d'Ayame. Les corrections seront mises en ligne petit à petit.

Les noms des benjamins Hyûga : Takeru, Naoko et Masaru, dans cet ordre d'âge. Un sur trois, et des noms généralement proches. Par contre, je garde mes noms et mon ordre d'âge : Natsuko – 12 ans, Mamoru – 9 ans et Takeru, 7 ans. C'est très marrant, parce que J'ai Lu (ou l'auteur en lui-même) a fait une boulette. Dans le volume 3, Kojirô appelle un de ses frères « Ken. »

En parlant d'âge, non seulement en relisant le manga mais aussi en écrivant mon chapitre 31, je me suis rendue compte que j'avais fait deux méga boulettes sur les âges.

1. Dans le chapitre 2, Keiko dit à Kojirô que Shouta a 42 ans, mais qu'il a eu Neeve étant très jeune. Tout le monde le sait, Neeve a 16 ans, mais 42-1626 ans… 26 ans n'est pas si jeune que ça pour faire un gosse. Donc j'ai changé pour donner 37 ans à Shouta (un gosse à 21 ans, oui c'est plutôt jeune.)

Ce qui m'a amené à la question cruciale : Quel âge a Keiko ? Mère de quatre gamins... 37 ans aussi ? Allez, pour la route, je lui donne 36 ans.

2. Ce qui m'a fait réaliser une erreur énorme. Tout le monde le sait, le père de Kojirô est mort alors que celui-ci avait 10 ans (un an avant les événements du manga racontés vol 1 à 13). Dans ces mêmes volumes, nous voyons la famille Hyûga, avec les trois plus jeunes, tous savant marcher et parler – donc ayant entre 5 et 9 ans (Ce qui fait un môme tous les deux ans, bravo Maman Hyûga). Mais personnellement, j'ai donné 7 ans à Takeru alors que Kojirô en a 16, ce qui revient à dire que Takeru venait juste de naître quand son père est mort et que Mamoru avait tout juste 2 ans. Ce qui veut dire qu'il ne peut pas avoir de souvenir de son père, d'où toute une scène de mon chapitre 7 qui part en vrille.

Pardon ! Pardon ! Je ne sais pas quoi faire ici, sans avoir à reprendre toute ma fic. Donc on va faire comme si. Et la prochaine fois, ben… ben… je ferai mieux (dites, vous m'aimez toujours ?)

Meiwa ou Tôhô (encore un truc d'accent que je vais changer) ne pourraient pas s'affronter en championnat départemental, parce que Meiwa fait partie du département de Saitima et Tôhô est à Tokyo. Musashi, elle, fait partie du département de Tokyo. Erf… Erf bis, les championnats départementaux se font par élimination directe et pas par point, comme je le pensais. Encore une fois, on ferra comme si.

Kazuki Sorimachi semble être un avant-centre, comme Kojirô. Donc, je corrige ce détail dans mes chapitres précédents, et vous voilà prévenues.

Kojirô et Ken (donc Kazuki je suppose) sont censés être internes à Tôhô…. Mais bon si je devais respecter ça, il n'y aurait pas d'histoire. Enfin, pas la mienne…parce qu'il y a matière à écrire des choses, et des choses bien en plus, sur des histoires d'internat… oh lala, mon imagination s'enflamme déjà… Mais je ne peux pas mettre Neeve dans un internat de gars… quoique… Oh la ! Je cours après mon cerveau qui vient de se faire la belle…

Dans mon introduction, j'ai mal placé la naissance du « tir du tigre », qui a été inventé pendant le championnat de dernière année de collège, juste avant la coupe du monde junior.

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Chapitre 31 – Deux avis valent mieux qu'un

PFFFFFFFF !

Neeve s'étouffa avec son thé. Elle n'avait pas fait les choses à moitié. Elle avait craché un joli petit geyser, créant un Yellowstone bis, avant d'essayer de parler. Mais, du coup, le liquide était remonté par le nez et elle avait alors imité les chutes du Niagara. En d'autres circonstances, Kojirô aurait trouvé la chose désopilante, mais Neeve devenait toute rouge. Il finit par lui assener une grande claque dans le dos, l'obligeant à recracher encore un peu plus de liquide sur la table.
- « Q…quoi ? » coassa Neeve la voix cassée.
- « Neeve, arrête ton cirque. » réprimanda froidement Shouta.
La jeune fille toussa encore trois fois et se moucha dans un grand bruit semblable à une trompette.
- « Vous êtes sérieux ? » Elle regarda son père les yeux grands ouverts, complètement incrédule.
- « Oui. »
- « … » Différentes expressions passèrent sur son visage, tellement rapidement que Kojirô ne sut pas vraiment ce qu'elle pensait. Si elle pensait vraiment. Le silence s'éternisait.
- « Nous pensions qu'il fallait vous en parler---. »
- « Mais vous êtres graves ! » s'emporta brusquement Neeve. « Faut aller vous faire soigner ! »
- « Neeve ! »
- « Un bébé ! Mais tu t'es bien vu, Papa ? Tu as trente-sept ans ! Si jamais tu fais un môme maintenant, le temps qu'il en ait vingt, tu en auras cinquante-sept ! »
- « Je vois que tu t'améliores en maths, Neeve. » ironisa son père.
- « Mais tu vas nous faire un enfant de vieux ! Tout le monde va penser que c'est moi la mère ! »
- « Neeve, si tu tombes enc---. »
- « Et puis d'abord, pourquoi tu viens me prendre la tête ? Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Que je te tienne la main, pendant que tu y es ? » La violence de la réaction de Neeve surprit tout le monde. Elle comprise. Elle eut un sursaut et reprit d'une voix toujours aussi agitée mais nettement moins virulente. « Et puis, tu comptes le mettre où, ton gosse ? »
- « Neeve, tu changes de ton immédiatement ! Je pensais que tu étais assez grande pour ce genre de conversation ! »
- « Et je pensais que tu étais assez intelligent pour ne pas dire des conneries pareilles ! Avoir un enfant ! Vous feriez mieux d'adopter un chien, si vous êtes en mal d'affection ! » Neeve était debout et commençait à faire des gestes de plus en plus erratiques.
- « Nee---. »
- « Mais tu ne te rends pas compte, Papa !! Faire un gosse, oui, je suis certaine que c'est agréable. Mais tu te vois, en train de te payer les corvées de couches à merde, de gosse hurlant toutes les nuits et de vomi de bébé qui enfument toute la maison pendant les quatre prochaines années de ta vie ? » Elle avait l'attention complète des trois membres assis autour de la table. Cependant, lancée comme elle l'était, elle n'aurait pas remarqué l'Empereur en tutu rose en train de faire des claquettes sur le comptoir américain. « Parce que moi, je te préviens !! Si tu pensais avoir une baby-sitter à domicile 24/7, tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Bien sûr, j'aiderai, mais je ne vais pas passer mes soirées à biberonner, pendant que Monsieur passe son temps à droite et à gauche en conférence ou en repas romantique. Tu vas assumer ton gosse tout seul. Et je refuse d'avoir un bébé braillard en face de ma chambre ! » Elle avait pointé son doigt à répétition en direction de son père pour marquer ses dernières phrases.
- « … »
- « Et toi tu es d'accord ? » Neeve se tourna vers Keiko qui eut un petit hoquet. « Tu as fais quatre gamins et tu es partante pour remettre ça ? Mais c'est du suicide familial ! Déjà que vous avez du mal à vous occuper de nous ! Et Takeru ! Il vient tout juste de prendre ses marques et voilà que vous voulez lui enlever ce semblant de stabilité ? Lui prendre un père qu'il vient tout juste de connaître ? Pourquoi croyez-vous qu'il t'a forcé à faire du karaté ? Parce que tu es le seul père qu'il n'ait jamais connu et il veut en profiter. Mais c'est de la folie !!! »
- « … »
- « Un bébé ! » lâcha-t-elle d'un ton dégoûté. « Et pourquoi pas un orphelinat pendant que vous y êtes !? » Elle sortit en trombe de la pièce, claquant la porte d'entrée derrière elle tellement fort qu'elle réussit – enfin – à décrocher un cadre du mur qui se brisa en tombant.

Le silence retomba. Un lourd silence. Kojirô regardait sa mère qui avait blanchi devant la brutalité de sa belle-fille. Keiko semblait se remettre du choc, mais il allait avoir une sérieuse conversation avec Neeve quant au respect dû à sa mère.
- « Au moins, nous savons ce qu'elle en pense. » fit soudain Shouta. Il avait essayé de dire ça d'un ton léger mais ne parvint pas à détendre l'atmosphère.
- « Et toi Kojirô, tu ne dis rien ? » demanda Keiko d'une voix plus douce en croisant son regard.
- « Non. » Il regarda sa mère bien en face. Il n'était pas plus étonné que ça. Il l'avait vu venir, le coup du bébé. Il avait eu comme un pressentiment, lors de sa dernière conversation 'd'adulte' avec elle. La façon dont elle avait éludé sa question quand à savoir si elle était enceinte ou non… « Je n'ai rien à dire parce qu'elle a tout dit. Vous allez chambouler notre rythme de vie. Vous voulez vraiment vous retrouver coincés à la maison ? Un bébé, c'est fini les vadrouilles, et bonjours les nuits blanches. » Le jeune homme se tourna vers le chirurgien. « Je comprends tout de même que tu aies envie d'avoir un autre enfant, surtout étant donné les conditions dans lesquelles tu as eu Neeve. Vous avez voulu vous remarier, soit. Vous voulez faire un gamin, c'est déjà plus compliqué. »
- « Kojirô-kun, tu penses vraiment que c'est une mauvaise idée ? » questionna Shouta.
- « Oui et non. De toute façon, Neeve a raison sur un point. Personnellement, je n'aurais peut-être pas choisi ces mots, mais qu'est-ce que vous voulez que nous fassions ? Vous voulez avoir un enfant, vous pensez pouvoir assumer, ben… faites-le. Vous n'avez pas besoin de moi pour ça. Avoir une sœur ou un frère de plus, je ne suis pas contre, sauf que je n'aurais pas vraiment l'opportunité de vraiment le ou la connaître. Dans deux ans, je m'en irai sûrement. »
- « Mais… » commença Keiko.
- « Mais rien. C'est votre décision. Qu'importe ce que vous choisirez. Si vous faites un bébé, j'aiderai. Mais tout comme Neeve, je mets le « holà » maintenant. Dans quelle chambre allez-vous le planquer ? »
- « Nous n'allons rien planquer. » sourit Shouta. « Je pensais faire construire une autre chambre sur le toit et transformer la chambre d'amis en pouponnière. »
- « Donc Maman est déjà enceinte ? » s'étonna Kojirô. C'était marrant comme il était calme. Presque détaché. Ce n'est pas vrai, ce n'est pas à moi que cela arrive…
- « C'est… possible… » admit Keiko.
Kojirô soupira lourdement. Au lieu de venir l'enquiquiner dans sa chambre, elle aurait pu en acheter pour eux-mêmes, des préservatifs. Il se leva à son tour et enfila son manteau avant de coincer celui de Neeve sous son bras. « Bon, je vais aller calmer la folle furieuse. Avant qu'elle ne nous attrape une vraie pneumonie. Franchement, vous me compliquez la vie… »
Et il partit.

Il n'alla pourtant pas bien loin. Neeve était assise exactement comme lui il n'y avait pas si longtemps, sur le banc derrière la maison, les jambes tendues devant elle, en train de fusiller du regard le bout de lierre qui continuait à pousser tout content sur son mur. La seule différence était qu'elle avait les bras croisés sur la poitrine, les mains sous les aisselles pour essayer de se réchauffer. Il faisait frisquet et elle ne portait qu'un pull-over. Kojirô lui lança sa veste au visage et s'assit à ses côtés sans mot dire. Elle passa le manteau et vint se blottir contre lui pour avoir plus chaud.
- « Tu les as séchés. » commenta-t-il d'une voix neutre. Il la repoussa un peu du coude. Fallait pas exagérer non plus.
- « Est-ce que tu me croirais si je te disais que j'ai un trou noir ? »
- « Quoi ? »
- « Je ne me rappelle pas ce que je leur ai dit. J'ai eu un coup de sang et je ne me rappelle pas des cinq dernières minutes. »
- « Oh… en gros, tu leur as dit leurs quatre vérités. Pas très aimablement. »
- « Mon père fait encore un caprice ! Il est de taille, celui-ci… »
- « Caprice ? »
- « De temps en temps, ça lui prend. Je pense que trifouiller les cerveaux toute la journée a endommagé le sien. La dernière fois, il voulait tout claquer pour aller investir dans une clinique bizarre de manipulation d'énergies au fin fond de l'Australie. La fois d'avant, il voulait acheter un voilier et faire le tour du monde en mer, et j'étais bonne pour les cours par correspondance… »
- « Ouais… ceci dit, le bébé est tout de même plus normal. » Elle lui jeta un coup d'œil meurtrier.
- « Il avait qu'à se remarier avant, au lieu de faire son ermite cérébral. Moi j'aurais bien aimé un petit frère ou une petite sœur, mais non, Monsieur voulait être le premier de sa promotion….»
- « Contrairement à ce que tu dis, je pense qu'ils ne sont pas si vieux que ça. »
- « QUOI ? TU ES D'ACCORD ? »
- « Ne hurle pas ! » L'ordre claqua et Neeve se tassa un peu. « Je n'ai pas à être d'accord ou à donner une permission. Ils font un bébé s'ils le veulent. Puisqu'ils peuvent l'assumer. C'est toi qui es égoïste…et peureuse »
- « Pardon ? »
- « Je ne sais pas pour ton père, mais Maman ne te laissera jamais baby-sitter tout le temps. »
- « … Je sais… »
- « D'ailleurs, tu vas mettre un bémol quand tu parles à ma mère. »
- « Mais de quoi ? » s'indigna Neeve.
- « Tu es à un mot de te prendre une claque. » Kojirô ne leva pas sa main, mais il ne plaisantait pas. « Je ne juge pas ta relation avec ton père, mais tu respectes ma mère. » Le ton était final.
Neeve ne dit rien. Kojirô non plus. La nuit se fit plus présente et le lierre poussait, ignorant des difficultés de la vie d'adolescent. Ce n'était que du lierre, après tout. Jusqu'à ce que Kojirô se rende compte que Neeve claquait des dents.
- « Mais ce n'est pas vrai ! Tu as encore de la fièvre ! » Il porta sa main à son front. Elle était brûlante.
« Mais c'est génétique, la connerie, dans votre famille !? »
- « Ouais, c'est pour ça qu'il ne faut pas qu'il fasse d'autres bébés. »
- « Hase, ferme-la un peu et marche. » Il grommela et la força à se mettre debout.
- « 'veux pas y aller ! »
- « Hase ! » Il dut la tirer par le bras parce qu'elle refusait de bouger, lui donnant le choix entre se faire écarteler ou avancer. Judicieusement, elle opta pour la deuxième solution. Seulement, pas en silence…
- « 'y va me gronder ! »
- « 'y va rien du tout, et si tu ne bouges pas tes fesses, je vais te foutre une baffe… Et ne pleure pas ! »
C'était un beau rêve. Elle pleura, mais devant son père. Il commença à la sermonner avant que Kojirô ne le coupât pour lui indiquer l'état de la jeune fille. En un instant il redevenait un papa attentionné et elle se mettait à pleurer comme une madeleine. Avec un soupir, Shouta la porta dans son lit.
- « En effet, nous avons déjà un bébé à la maison.»

Il était clair que Shouta se faisait beaucoup de souci. L'état général de sa fille n'était pas si inquiétant, mais la fatigue continue affaiblissait son corps, ce qui augmentait les risques de rechute grave. Malheureusement, essayer de faire comprendre ça à Neeve relevait de l'impossible. Elle détestait être clouée au lit, ou confinée à la maison. Kojirô comprenait bien ce sentiment. Sauf que lui n'avait jamais était malade depuis ses sept ans, quand il avait eu les oreillons. Depuis, mise à part l'histoire de la main, il n'avait rien eu qu'une bonne nuit de sommeil ne puisse guérir. Mais entre Neeve et la possible grossesse de sa mère, Kojirô était prêt à hurler ou se jeter par la fenêtre. Il décida sagement d'aller faire un tour du côté de Morphée, pour voir si l'herbe y était plus verte. Il ne vit rien, réussissant l'exploit de ne rêver que de lierre qui poussait sur un mur…

Neeve fut fiévreuse tout le dimanche. Elle-même reconnaissait ses limites et resta au lit. A la plus grande surprise familiale, Takeru semblait très préoccupé par son état de santé. Kojirô réalisa soudain que son cadet et la jeune fille avaient étés littéralement collés l'un à l'autre depuis presque deux semaines maintenant. Une pointe de jalousie traversa son cœur, en même temps que les paroles de Neeve traversaient son esprit « Et Takeru ! Il vient tout juste de prendre ses marques et voilà que vous voulez lui enlever ce semblant de stabilité ? Lui prendre un père qu'il vient tout juste de connaître ? Pourquoi croyez-vous qu'il a forcé Shouta à faire du karaté ? Parce qu'il est le seul père qu'il n'a jamais connu et il veut en profiter. »

Etait-ce bien vrai ? Takeru voyait-il Shouta comme son père ? Est-ce que Neeve avait été sensible au trouble et chagrin du gamin ? Est-ce que Takeru se sentait plus proche de Neeve que de lui ? En tout cas, Takeru erra comme une âme en peine dans la maison, inconsolable de la maladie de sa grande sœur. Il profita que Shouta prît la température et la tension de sa fille pour se glisser dans la chambre.
- « Elle est contagieuse ? » demanda-t-il en regardant d'un air impressionné Shouta manipuler ses instruments.
- « Non… » répondit ce dernier en le laissant jouer avec son stéthoscope.
- « Elle est toute blanche. »
- « C'est parce qu'elle a de la fièvre. »
- « Pourquoi ? »
- « Parce qu'elle n'écoute pas son père qui lui a dit de ne pas forcer. »
- « Ce n'est pas bien. »
- « N'est-ce pas ? »
- « Hé ho ! Je suis ici, alors ne faites pas comme si je n'étais pas là !! » protesta Neeve avant d'avoir une sorte de râle et de se mettre à tousser.
- « Neeve, reste tranquille. Allez Takeru, on la laisse dormir. »
- « J'en ai marre de dormir, j'ai dormi toute la journée ! Et j'en ai marre d'être toute seule ! »
- « Si tu m'avais écouté, tu serais avec nous en train de regarder la télé. » répliqua Shouta.
- « Ce n'est pas fatigant de regarder la télé ! Pourquoi est-ce que je dois rester au lit !? » se plaignit Neeve.
- « Parce que c'est une punition. »
- « Ben c'est pas drôle, ta punition… » grommela Neeve en se carrant dans ses oreillers. Elle n'était que semi allongée, le dos calé par de gros oreillers.
- « C'est généralement le cas des punitions. » fit Shouta en souriant.
- « Je peux pas rester ? » plaida Takeru en ressortant les yeux de cockers larmoyants.
- « Oui, Takeru, reste avec moi ! »
- « Mais… qu'est-ce que vous voulez faire tous les deux ? » Shouta était ébahi.
- « Aahah ! Takeru va me faire la lecture ! » Neeve était toute contente, mais Takeru se rembrunit. Lui, lire ? Ouiiiii, bien sûr. Elle était vraiment malade. « Va donc voir ce qu'il y a dans le sac plastique jaune près du bureau. »
Le gamin s'exécuta en traînant les pieds, sentant le coup fourré à plein nez. Bingo, un livre. « Les aventures de Hiroshi. »
- « Ça ? »
- « Oui ça. C'est pour toi. »
- « …. merci… » Le ton était des moins enthousiastes.
- « Hiroshi est un jeune garçon de huit ans qui commence les arts martiaux. Il voyage avec son maître et a plein d'aventures et beaucoup de combats. Le méchant est juste trop marrant tellement il est co…bête! »
- « Cooooool ! » Takeru était déjà plus excité.
- « Allez, viens me lire le premier chapitre. »

Shouta regarda le petit bondir vers le lit et se glisser sous les couvertures près de Neeve qui se décala pour lui faire de la place. Takeru ouvrit le livre et entreprit de déchiffrer la première page. C'était un livre pour enfant, en gros caractères et avec beaucoup d'images, mais le récit était plus recherché. Ce n'était pas un album ni un manga, mais une histoire en plusieurs volumes. Shouta n'avait pas pensé qu'un tel ouvrage intéresserait le plus jeune des Hyûga.

Voilà plusieurs semaines qu'il essayait d'intéresser Takeru à la lecture, ou à ses devoirs en général. Le petit garçon était assez dissipé, en cours comme à la maison, n'écoutant de pas même une oreille. Mais voilà que Neeve avait du succès. Il fallait admettre que « les aventures de Hiroshi » semblait tout de même plus captivant que « Dan et Ran vont à la pêche. », et ce pour le lecteur comme le malheureux auditeur.

Il resta appuyé sur le chambranle de la porte pour regarder, voir, se rassasier de cette scène fraternelle qui, toute touchante qu'elle soit, n'avait finalement rien d'extraordinaire. Sauf pour Shouta Hase qui non seulement n'avait eu qu'un enfant, mais avait raté ces moments privilégiés qu'il aurait pu partager avec sa fille. Parce qu'il était toujours à l'hôpital. Parce qu'il voulait pouvoir gagner sa vie pour être capable de lui payer ce qu'il y avait de mieux. Ce n'est qu'avec le temps qu'il avait compris que Neeve n'avait peut-être pas envie du mieux, mais de son père. Il était déjà trop tard pour rattraper le temps perdu. Neeve était une adolescente, une sorte de sœur sur laquelle il n'avait jamais eu qu'une autorité limitée. Elle était la prunelle de ses yeux, n'en faisait qu'à sa tête, le menait par le bout du nez, et pour continuer ses comparaisons anatomiques, avait un cœur gros comme ça. Un cœur qui était resté gamin, voulant toujours des câlins et des bisous, mais seulement quand cela l'arrangeait. A se demander si Neeve n'avait pas de l'ADN de chat quelque part.

Shouta avait mal dormi hier. Les paroles de Neeve l'avaient plus affecté qu'il l'avait laissé paraître. « Déjà que vous avez du mal à vous occuper de nous ! » Est-ce que Neeve se sentait délaissée ? C'était certain que lui et Keiko passaient beaucoup de temps ensemble ou avec les petits, faisant confiance à Neeve et Kojirô pour qu'ils s'occupent d'eux-mêmes. Se pouvait-il que les ados ne soient pas si heureux que ça ? Etait-elle jalouse du temps qu'il consacrait aux enfants Hyûga ? Est-ce que ses quatre beaux-fils/belle-fille se sentaient mis à l'écart face à sa relation avec leur mère ? Pourtant, Keiko et lui étaient toujours là pour les devoirs, les histoires du soir, les jeux et promenades en famille. Se pouvait-il que les trois plus jeunes aient besoin de temps seuls avec elle? Encore ? Plus ?

En voyant comment Neeve naviguait entre Natsuko, Mamoru et Takeru, comment elle les comprenait et gentiment les aidait, il se sentait à la fois jaloux et dépassé. Mamoru faisait un complexe d'infériorité par rapport à Kojirô-kun ? Elle lui achetait avec ses propres économies un skate, lui donnant l'occasion de se faire de nouveaux amis et de prendre confiance en lui. Takeru se sentait abandonné par Mamoru ? Elle venait jouer les grandes sœurs modèles et en profitait pour le remettre dans le droit chemin écolier. Il savait qu'il n'y était pas pour grand chose, mais il était fier de sa fille.

Du coup, il ne comprenait pas du tout son éclat de colère. Il pensait qu'elle serait aux anges à l'idée d'avoir un vrai petit frère ou petite sœur. Pour être honnête, il s'était attendu à ces mots, mais de la part de Kojirô-kun. Il était encore un peu mal à l'aise face à l'aîné de la fratrie. Il sentait une sorte d'hostilité latente venant de l'adolescent, un jugement constant et qu'à la moindre erreur, il allait se faire sauter dessus. Une proie traquée par un prédateur. Voilà exactement sa situation. Cependant, le jeune homme avait particulièrement bien pris la chose et c'était Neeve qui pétait un câble. Shouta était prêt à mettre une partie de son emportement sur le compte de la fièvre et du stress. Mais à moins de se voiler la face, il semblait évident que Neeve était profondément hostile à l'idée d'un nouvel enfant dans la maison.

Il redescendit quand il se rendit compte que les deux 'enfants' avaient complètement zappé sa présence. Ceci dit, il était très attendu dans le salon. Kojirô planchait sur ses révisions de physique-chimie et avait besoin d'un coup de pouce, tandis que Natsuko devenait hystérique à l'approche de ses concours dans trois jours. Tout compte fait, il était très demandé. Une fois les explications scientifiques données, il rejoignit sa femme au comptoir américain et ils entreprirent de faire une partie de scrabble. L'ambiance calme, voire studieuse, avait quelque chose de reposant et Shouta se dit qu'un bébé allait gâcher ça. Bah, ils allaient devoir faire avec.

Soudain la porte d'entrée s'ouvrit en coup de vent.
- « Maaaaaamaaaaaaan ! » Mamoru déboula en se tenant le bras qu'il avait tout en sang. Mais il ne pleurait pas. Enfin, il avait tout de même les yeux un peu brillants.
- « Chut mon chéri, ne crie pas ! » Keiko avait déjà sorti le kit de premier secours pendant que Shouta s'assurait qu'il n'y avait ni fracture ni foulure. Après inspection, ce n'était qu'une grosse coupure profonde certes, mais sans gravité. Mamoru se fit envelopper le bras, ce qui rajouta une touche inédite à sa collection de pansements et de croûtes en divers stades de guérison.
- « Hé, Mamoru ! » Un gamin passa le nez par la porte. « Ça va ? »
- « Oui, je reviens ! »
- « En fait, nous rentrons. Il commence à pleuvoir… » Le gamin tendit au grand blessé son skate.
- « Mon linge ! Il était presque sec ! » s'écria soudainement Keiko en faisant sursauter tout le monde. « Allez, tous sur le toit. » Kojirô et Natsuko s'exécutèrent en râlant. Pour une fois qu'ils voulaient étudier en paix. Le linge fut bien vite ramassé, et Kojirô fut désigné distributeur de linge. Il râla mais s'attela à la tâche. Portant en équilibre précaire les piles de vêtements pliés, il monta à l'étage et déchargea son fardeau sur les lits correspondants. Bientôt, il n'eut plus que le linge de Neeve. Il toqua doucement à la porte et n'eut pas de réponse. Il poussa la porte et s'aperçut que Neeve et Takeru s'étaient de nouveau endormis.

Lundi, Neeve fut encore une fois dispensée de cours. Elle se plia aux ordres paternels mais elle commençait sérieusement à se faire du souci pour ses examens de fin de trimestre. Voilà qu'elle avait raté trois jours de révision. Kojirô se retint à grand peine de lui sortir un « je te l'avais bien dit » quant elle vint le supplier de l'aider en maths. En son for intérieur, il était presque content, parce qu'elle allait devoir l'aider en anglais en échange. Mais en bon tacticien, il ne dévoila pas ses intentions et se contenta de hausser les épaules. Ce qui voulait dire « oui » chez lui. Enfin, « oui, si tu ne m'énerves pas trop. »

L'entraînement du matin fut mou. Les joueurs étaient fatigués par les matchs, nerveux pour leurs examens et surtout, peu motivés. Leur victoire sur Meiwa leur assurait la première place au classement du championnat régional. Il ne leur restait que quelques matchs, tous programmés en avril et mai, ce qui leur permettrait de mettre en place la dynamique de la nouvelle équipe. En effet, avec la nouvelle année scolaire, ils allaient perdre leurs deux joueurs de troisième année, et ils allaient devoir prendre en compte les recrues de première année. Kojirô regrettait que Takeshi Sawada soit encore trop jeune d'une année pour intégrer l'équipe du lycée. Le jeune joueur était un excellent milieu de terrain et Kojirô aimait jouer avec lui.
Le manque de motivation gagna Kitazume. Après les cours, il se rendit compte que les deuxièmes années étaient retenus par une réunion d'orientation et que Nomi et son copain (1) étaient eux en session de révision pour les concours universitaires. Il se retrouvait avec seulement les six joueurs de première année. Dépité, il renvoya ses joueurs chez eux et annula les entraînements du soir le temps des examens.

Kojirô rentra donc exceptionnellement tôt chez lui. Il réalisa en poussant la porte d'entrée qu'il serait seul avec Neeve. Shouta et Takeru étaient au dojo, sa mère à la bibliothèque avec Natsuko et Mamoru. En effet, pareille à elle-même, Neeve était devant la télévision avec le son poussé aussi fort que possible. Elle regardait un match de basket de NBA et l'équipe qu'elle encourageait semblait perdre :
- « Alleeeeeeeeez, un effooooort ! NOOOOON, vous êtes trop nuuuuuuuls. Rater un tir pareil !! Booooooooooouuuuuuuuu ! »
- « … » Kojirô n'en croyait ni ses yeux ni ses oreilles. Neeve criait, conspuait et éclatait en clameurs variées. En plus, elle arrivait à sautiller assisse, les jambes croisées sous elle. En même temps, elle reprisait une chaussette. Elle qui lui avait avoué ne pas savoir coudre. Il s'appuya sur la rambarde pour la regarder s'agiter en secouant la tête.
- « Défendez bon sang ! vous vous faites rentrer dedans !!!! » hurla soudain Neeve en faisant sursauter le footballeur. Elle se pencha et zappa. « Vous êtes trop nuls ! »
Elle tomba sur une vielle série de cartoons américains qui se terminait. Elle connaissait le générique de fin et chanta à tue-tête avec la télévision. Kojirô grimaça. Mais pourquoi diable avait-elle besoin de faire perpétuellement tant de bruit ? Il descendit les escaliers et s'approcha d'elle. Comme elle lui tournait le dos, avec son attention tournée sur la chaussette et le vacarme ambiant, elle n'avait pas conscience de sa présence. Le générique se termina, et Neeve redevint silencieuse. Une page de publicité remplaça l'émission. Kojirô nota distraitement qu'elle regardait une chaîne américaine, tout en anglais. Il allait ouvrir la bouche pour parler quand, encore une fois, Neeve eut un mouvement bondissant :
- « Et voilà, une chaussette toute réparée ! » Neeve tendit le bras sur lequel elle avait enfilé une chaussette blanche, que Kojirô reconnut comme étant une des siennes. « Je suis la chaussette de Hyûga et je suis contente de ne plus avoir de trouuuuu !! » Neeve imita une bouche avec sa main repliée dans la partie pied de la chaussette. Kojirô secoua la tête de nouveau. Une vraie gamine ! Incroyable.
- « Et je suis complètement folle de faire parler une chaussette. » finit Neeve en se laissant tomber sur le canapé. « Purée, je m'emmerde vraiment moi… »
- « Je confirme, tu es folle… parler toute seule c'est le premier signe de sénilité… » La voix de Kojirô fit sursauter la jeune fille.
- « Qu'est-ce--- ? Aïïïïïïïïïe ! » Elle venait de se piquer le doigt avec l'aiguille qu'elle tenait encore, et le tissus blanc absorbait déjà le sang qui perlait.
- « Mais ce n'est pas possible ! » râla Kojirô en allant chercher un pansement dans la trousse de secours. C'était le dernier.
- « Chébarchetumavaisbeur ! »
- « Ne mets pas tes doigts dans la bouche quand tu parles ! » répliqua-t-il. Neeve sortit le doigt qu'elle suçotait pour lui tirer la langue, mais comme le sang recommençait à couler, elle le remit en bouche. Elle réussit à articuler encore un truc incompréhensible avant que le buteur ne revienne. « Donne ta main. »
- « Vebeumebaire. »
- « Donne ! »
- « Non. » Il eut un claquement de langue irrité et tira le bras, lui arrachant presque la lèvre.
- « Aïïïïïïïïïe ! »
- « Arrête de te plaindre ! »
- « C'est ta faute ! »
- « Quand on ne sait pas coudre, on ne se sert pas d'aiguille. Regarde ma chaussette ! »
- « Ben quoi ? Ce n'est que du sang, ça se lave… Et puis regarde, c'est du travail bien fait ! » Elle lui lança la chaussette en pleine figure. Le jeune homme put vérifier qu'effectivement, elle avait proprement reprisé le trou.
- « Je croyais que tu ne savais pas coudre. » fit-il en la regardant se préparer à raccommoder un bouton sur une chemise de Shouta.
- « Keiko m'a apprit ! Regarde-moi bien. »
- « Il n'y a pas de quoi être fière. Tout le monde sait coudre un bouton ! »
- « Ah ouais ? »
- « Ben ouais… » Kojirô étendit ses jambes devant lui.
- « Ben, vas-y, si tu es si fort ! » défia-t-elle. Il lui jeta un coup d'œil en biais, l'air complètement désintéressé. Neeve était prête à répondre à son refus, mais il la surprit.
- « Si tu veux… » D'un geste des plus nonchalants, il attrapa chemise, bouton et fil. Elle le regarda d'un air suspicieux faire le nœud au fil, le passer dans le chas et commencer à coudre. Il savait parfaitement ce qu'il faisait et en moins de deux minutes, il avait fini. Il lui relança négligemment la chemise. « Comme je disais, facile. » 1-0
- « … »
- « Quoi, impressionnée ? »
- « Où as-tu appris à faire ça ? »
- « Comme toi, ma mère. Mais à douze ans… »
- « Je vois… Donc tout le mérite revient à Keiko. »1-1
- « Hase, ta gueule. »
- « Est-ce que tu sais repasser ? »
- « Non. »
- « Pourquoi pas ? »
- « Parce qu'il faut bien que tu serves à quelque chose. » lâcha-t-il sachant qu'elle allait exploser. 2-1
- « Mais regardez-moi ce macho ! » Neeve plongea sur lui pour lui donner un coup à l'épaule qu'il encaissa sans broncher.
- « Je croyais d'avoir déjà dit que tu tapais comme une fille ! » 3-1.
- « Mais tu vas voir ! » Elle redoubla ses coups, et il éclata de rire. Il plaça une main sur son ventre et tira de l'autre. D'un coup rapide, il l'envoya valser de l'autre côté du canapé. Elle se retrouva presque assise sur l'accoudoir à côté de lui après avoir volé au dessus de lui. Il termina par une tape dans le dos qui la projeta en avant.
- « Puisque tu es debout, vas-me chercher du coca ! »4-1.
- « Mais ! » protesta-t-elle. Mais elle alla dans la cuisine, en traînant tout de même les pieds
- « Pendant que tu y es, ramène des cookies ! » ajouta-t-il sans bouger d'un poil.
Elle revint, les pieds tout aussi traînants.
- « C'est bon, tu es content ? » elle déposa verre, bouteille et cookies devant lui.
- « Si tu te poussais de devant la télé, cela sera bien… »5-1.
- « … »
- « C'est nul ce truc… Zappe ! »
- « Non… j'attends le bulletin d'informations après. Ça commence. »
- « Ah… » Kojirô soupira et essaya de suivre mais comme tout était en anglais, il abandonna rapidement et se leva pour aller chercher ses livres pour réviser ses examens dans sa chambre.
- « Hyyyyyyyuuuuuuugaaaaaaa ! » hurla soudain Neeve.
- « QUOI ? » Il dévala les escaliers pour la voir à genoux devant le poste en train de finir de mettre une cassette dans le magnétoscope.
- « Il y a un truc sur la coupe du monde des moins de dix-neuf ans! » expliqua-t-elle.
Il fut touché par le fait qu'elle se rappelât qu'il allait sûrement disputer cet événement.
- « Mais c'est tout en anglais ton truc ! » grommela-t-il.
- « Je te traduirai après »
- « Donc tu n'avais pas besoin de beugler comme ça… » ronchonna-t-il en remontant dans sa chambre… Du coin de l'œil, il la vit se renfrogner. Le temps qu'il ramasse tout ce dont il avait besoin et de redescendre, le reportage se terminait. Neeve regarda la fin des informations et rembobina la cassette. Sans mot dire, il vint s'asseoir près d'elle.
- « Quoi, qu'est-ce que tu veux ? » aboya-t-elle presque.
- « Neeve… »
- « Tu as été méchant ! Va te faire voir ailleurs… »
- « Et tu crois que c'est comme ça que tu vas me convaincre de t'expliquer tes maths ? » taquina Kojirô.
- « …ah… s'il te plaît ? » Elle lui lança une œillade éplorée, mais Kojirô avait de l'entraînement avec Hikari.
- « Même pas dans tes rêves ! »
- « Mais c'est toi qui a besoin de moi ! » négocia-t-elle.
- « Un reportage TV contre les révisions de toute une année, ce n'est pas équivalent… »
- « … »
- « … » Il s'amusa à la laisser mijoter.
- « Et si… si je t'aidais en anglais, pour tes révisions… »
- « Envoie la sauce, Hase…. » Et il se carra tout content dans les coussins du sofa. Il était arrivé à ses fins, et il avait même une traduction en plus. Il était décidemment trop fort !

Le reportage parlait des pays candidats à l'organisation de la coupe du monde des moins de vingt ans. Les USA venaient de poser un dossier de candidature et partaient favori, parce qu'ils étaient proches de l'Amérique du Sud, où aucun pays n'avait les moyens financiers pour un tel événement. Aucun pays d'Afrique ou de la zone pacifique n'avait posé de candidature. En Europe, l'Allemagne, la Grèce, l'Italie et la Grande-Bretagne se disputaient fermement le terrain. Puis la chronique déviait sur les équipes nationales. Pour la première fois, Kojirô put voir le jeu des Américains et des Grecs. Ils étaient plutôt bon, mais face aux équipes menées par Karl-Heinz ou Gino, ils avaient du mal à tenir la comparaison. Il fut ébahi par l'équipe de Grande-Bretagne. Le pays n'avait pas participé à la coupe des moins de seize ans, et il était loin de se douter qu'il y avait de tels joueurs chez les Rosbifs. Il commençait à douter des ses propres capacités et regarda plusieurs fois la bande devant les yeux de Neeve qui ne disait rien – pour une fois. Quand il eut fini, il resta assis, les yeux dans le vague, tout en se mordant les lèvres.
- « C'était intéressant ? » demanda Neeve doucement.
- « Hum… »
- « Dans quel pays penses-tu que tu iras ? »
- « M'en fous. » Neeve renifla pour marquer son inimitié face à son ton. « Hase… »
- « Bon, tu vas avoir besoin d'un coup de collier en anglais ! ramène ta pomme par ici ! » fit-elle en un virement d'attitude. Mais Kojirô y était désormais habitué. Ils étaient tous deux plongés dans leurs révisions, elle planchant sur une série d'équations, lui tentant d'apprendre ses verbes irréguliers quand Neeve soupira. Il lui lança un regard en biais, pour voir qu'elle bloquait.
- « Encore ? »
- « Oui…enfin non, j'ai compris… en fait… je me demandais… » Cette fois-ci, il vit le coup venir. Se jurant de ne pas la faire pleurer, il grogna pour lui dire de continuer. Mais quoi encore ? « Est-ce que tu crois que…est-ce que tu pensais vraiment ce que tu as dit ? »
- « A quel propos ? » C'est que mine de rien, j'en dis beaucoup… pas toujours des trucs intelligents, d'accord, mais…
- « Moi étant égoïste et peureuse… pour le bébé ? »
- « Ah ça… oui je le pensais. »
- « Ah. »
- « … »
- « Cela ne te dérange pas ? »
- « Quoi ? Que tu sois égoïste et peureuse, ou qu'ils fassent un bébé ? »
- « Les deux ? Non, laisse tomber. Pour le bébé. »
- « Non. »
- « Mais tu es content ? »
- « Plutôt. »
- « Vraiment ? »
- « Oui. »
- « Pourquoi ? »
- « Parce que cela fait plaisir à ma mère. » C'était vrai. Kojirô était content de voir sa mère heureuse.
- « Mais, qu'est-ce que tu penses, toi ? »
- « Que tu penses trop. »
- « Pardon ? » Neeve oscillait entre indignation et surprise.
- « Franchement Neeve ! Qu'est-ce que tu t'en fous, qu'ils fassent un gosse ou pas ? »
- « Mais ---. »
- « Tous les arguments que tu as avancé était qu'un bébé allait TE déranger. Sûr, un bébé, ça peut puer et être bruyant. Mais c'est aussi la preuve d'amour entre ton père et ma mère. En fait, je pense que ce qui te gêne le plus dans toute cette histoire, c'est que tu vas devoir partager ton père pour de bon. »
- « Je te signale que je partage déjà mon père avec Nat, Mam et Tak. »
- « Mais tu sais bien que cela va être différent avec un enfant de son sang. De TON sang. Cette fois, tu ne vas pas choisir si tu veux ou pas l'aimer. Cela sera ton frère pour de bon. »
- « Et c'est moi qui pense trop… » ironisa Neeve. Kojirô la fixa droit dans les yeux.
- « Est-ce que cela te dérange vraiment que ton père soit heureuxsans toi ? »
- « … … … donc tu penses que je suis jalouse. »
- « Hum »
- « … »
- « … »
Le silence retomba mais Kojirô sentait qu'elle n'avait pas fini.
- « Et si je te disais… » commença Neeve en trébuchant sur les mots. « si c'était moi qui n'avais pas envie d'avoir un frère ou une sœur parce que je n'étais pas sûre de l'aimer, ce bébé… ? »

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(1) pour ceux qui auraient oublié, Masahiko Nomi est un des deux joueurs de foot de troisième année. Son copain, Dejima Abe, a quitté l'équipe (avec quelques autres 3ème année) quand Kojirô a été nommé capitaine – titre qui revenait par traduction à Masahiko. Du coup, Dejima et Kojirô ne s'aiment pas vraiment. Je me permets de vous le rappeler, parce que ces gars font faire apparition bien tôt. Pour plus d'info, voir chapitre 19.