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Puisque personne n'a répondu, j'ai décidé toute seule qu'à partir de maintenant, je ferai une sortie par semaine, généralement samedi après-midi/samedi soir. Non seulement cela me laisse le temps de me pencher sur mon boulot, mais également à ma correctrice Nix/Kiito de se pencher sur le sien (Correctrice que je remercie vraiment vraiment beaucoup !)

Ne vous inquiétez pas, le chapitre 33 est déjà en cours de correction et le chap 34 en cours d'écriture. Mais comme je ne suis plus payée à ne rien faire…

Donc, à samedi prochain !

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Un grand merci à Serenade (je trouve ton pseudo très beau !) qui m'a posté un beau comm. Bienvenue dans mon univers. Et oui, il y a plein d'allusions à l'anatomie féminine, puisque l'histoire est contée presque entièrement par les yeux de notre Tigrounet National. Je vais essayer de faire la réciproque… En tout cas, merci pour tes encouragements.

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Chapitre 32 – Ne remets pas à demain ce que tu peux faire aujourd'hui.

- « Et si je te disais… » commença Neeve en trébuchant sur les mots. « Si c'était moi qui n'avais pas envie d'avoir un frère ou une sœur parce que je n'étais pas sûre de l'aimer, ce bébé… ? »
Kojirô regarda la jeune fille assise près de lui sans en croire ses oreilles. Clairement, elle évitait son regard. Non, elle en avait peur. Elle glissait des coups d'œil en biais fréquemment, mais en voyant qu'il la regardait, elle baissait les yeux sur ses mains qui trituraient un bout de coussin. Elle attendait sa réponse, se mordillant les lèvres de nervosité.
- « Mais qu'est-ce que tu vas encore chercher ? » explosa soudain Kojirô. Sa voix tonna dans le silence qui était retombé sur la maison et Neeve se tassa sur elle-même. « Franchement, tu penses trop, il faut t'arrêter ! » Il ne savait pas pourquoi il était en colère, mais il savait qu'il était en colère. « Bien sûr que tu vas l'aimer, ce bébé ! Qui n'aime pas les bébés ?»
- « Ma mère. »
La remarque sécha net tout emportement Hyûgaesque, tout en provoquant une vague d'indignation. Non seulement cette femme avait abandonné sa fille, mais voilà qu'elle lui filait des complexes !
- « On s'en fiche de ta mère ! Je l'emmerde, ta mère !» reprit-il tout aussi fortement. « Tu n'es pas ta mère ! Et te connaissant comme je commence à te connaître, tu vas en être gaga de ton frère ! Une véritable mère poule ! » Neeve eut un sourire triste et ravala les larmes qui lui étaient montées aux yeux. Aujourd'hui, elle aimait bien le caractère entier de son demi-frère. En effet, elle n'était pas sa mère et elle allait aimer ce bébé. Au moins essayer, parce qu'elle ne garantissait pas le résultat, surtout si le bébé s'avérait être capricieux ou débile. Kojirô continuait cependant à s'exciter. « Non, mais ce n'est pas vrai ! Sortir des trucs pareils ! Te retourner les tripes à cause d'une question aussi… aussi… tiens, j'en perds mes mots tellement elle est bête, ta question ! C'est toi-même qui me l'a dit sur le banc, que tu aurais aimé avoir un frère ! Ben voilà, tu es servie ! »
- « C'est marrant… » fit-elle d'une voix encore chevrotante. « Tu sembles être persuadé que ta mère est enceinte et qu'elle aura un fils. »
- « Bien sûr que ma mère est enceinte. Et je ne veux pas de sœur. Deux comme toi et Natsuko, c'est assez. Tu veux me tuer ou quoi ?» grommela-t-il en la dévisageant. Il était encore sous le choc de sa sortie.
- « Comment es-tu certain qu'elle est enceinte ? Keiko elle-même ne l'est pas. » Elle décida d'ignorer son commentaire sur Nat et elle.
- « Elle l'est. Elle ne veut juste pas l'admettre. »
- « Mais comment ? »
- « J'avais tout juste huit ans quand Mamoru est né, et dix pour Takeru. Je savais qu'elle était enceinte. » Il haussa les épaules.
- « Tu t'y connais bien, en bébé ? » demanda Neeve.
- « Ouais ! » Cette fois, il eut un grand sourire. Il aimait bien les bébés.
- « On sent l'expert… de première main ? » taquina-t-elle. Elle eut droit à un regard à la fois mauvais et amusé.
- « Oui, je sais comment on fait les bébés, si c'est ce que tu voulais dire. Mais MOI, je faisais référence à de l'utilitaire, genre changer les couches et faire les biberons. »
- « Et alors, tu sais faire ? »
- « Oui Hase, je sais faire. Encore une fois, j'étais assez grand pour m'occuper de Takeru lorsqu'il est né. » Son visage se ferma. Pour lui, la naissance de Takeru avait été suivie par la mort de son père et la dépression de sa mère. Il avait dû assumer un bébé de quelques mois, pendant quelques semaines, le temps que Keiko reprît le dessus. Neeve avait compris à quoi il pensait, et posa timidement une main sur son avant-bras. Tiré de ses réflexions sombres, il baissa les yeux sur elle. « Ne pleure pas ! »
- « Je ne pleure pas ! » le rassura-t-elle en reniflant, ce qui cassa un peu la puissance de son affirmation. Bizarrement, il lui sourit. Un sourire en coin, sincère et tout mignon.
- « Et puis, c'est moi l'aîné des cousins ! Tiens, une de mes tantes a eu un bébé il y a tout juste cinq mois ! »
- « Vraiment ? C'est encore toi le plus vieux ? »
- « Du côté maternel, oui. Du côté de mon père, nous sommes les plus jeunes, mais on se voit rarement. Après tout, mon père était le benjamin de sa famille, alors que Maman est la plus vielle. »
- « Et elle t'a eu jeune. »
- « Comme toi…. »
- « Oui, comme moi… Pour le bien que cela m'a fait… »
- « Tu ne vas pas te plaindre d'être en vie, non ? »
- « Non… mais bon… combien de cousin as-tu ? »
- « Je ne sais pas… »
- « HEIN ? »
- « Attends, je compte…. Euh… euh… dix-huit, non dix-neuf en comptant Toya.»
- « Dix-neuf ? » Neeve était incrédule.
- « Et ça, ce n'est que les cousins germains. Je ne compte pas les enfants de mes cousins, ou les cousins de mes cousins…. »
- « Mais comment… dix-neuf ? »
- « Papa avait un frère et une sœur, et Maman a deux sœurs et un frère… »
- « Vous êtes de vrais lapins… » bredouilla Neeve. Pour elle qui n'avait ni frère ni cousin, c'était énorme.
- « Je sais, et je compte bien faire honneur à la tradition familiale ! »
- « Tu veux des enfants ? Toi ? » s'étonna la jeune fille.
- « Ben quoi ? » s'offusqua le footballeur.
- « C'est juste que je ne pensais pas que tu… enfin… Etant comme tu es, enfant de famille nombreuse et tout… »
- « C'est parce que je suis enfant de famille nombreuse que je veux des enfants. Je ne me vois pas avec un seul gamin. »
- « C'est marrant, je te vois bien père, mais pas époux… »
- « Pas besoin d'être marié pour faire un gosse, Hase… » marmonna Kojirô piqué au vif.
- « Mais ne le prends pas mal comme ça ! » se défendit Neeve.
- « Mais comment veux-tu que je le prenne ? »
- « Mais ! Oh et puis mince, comme tu veux ! Crétin ! »
- « Idiote ! »
- « Abruti ! Macho ! »
- « Dindon écervelé ! Le temps que tu trouves un mec qui va t'épouser, j'aurais le temps de faire cinq gamins ! »
- « Les pauvres ! S'ils te ressemblent ! »
- « Parce que tu crois qu'il va te faire des gosses, ton sourire colgate de Shun ! »
Il se prit une gifle magistrale. Il ne l'avait pas vue venir, celle-là. Il avait beau dire qu'elle tapait comme fille, il venait de vérifier qu'à défaut de savoir taper, elle savait gifler. Fort. Aïe.
- « T'es vraiment trop CON ! » hurla Neeve en montant se réfugier dans sa chambre. En pleurant.

Et merde… Il avait encore réussi à la faire pleurer… Comme c'était original... Soudain la voix d'Ayame surgit dans l'esprit du footballeur : « T'a-t-elle jamais parlé de sa mère ? Ou de son grand-père ? »Ouais, ben essaye encore…
Avec un soupir, il se leva en se massant la joue. Décidément, aïe. Il ne s'était pas pris de gifle depuis ses sept ans… Et encore, sa mère n'avait pas vraiment frappé. Il alla directement à sa chambre et toqua pour la forme. Comme il s'y attendait, elle était étendue sur son lit, la tête dans l'oreiller. Il s'assit au milieu, sur le bord du lit.
- « Arrête de pleurer. »
- « Je t'emmerde ! »
- « Moi aussi, mais emmerde-moi sans pleurer. »
- « Pourquoi ? »
- « Parce que je n'aime pas te voir pleurer. » admit Kojirô.
- « Ben, tu n'as qu'à pas me faire pleurer. »
- « D'accord, d'accord ! Que veux-tu que je te dise ? Tu va avoir plein de bébés avec Shun ou qui tu veux, et ils seront beaux et intelligents. Des petites merveilles humaines. Ça te va, maintenant ? »
- « T'es vraiment trop con ! » Mais elle souriait. Elle se retourna tout en restant couché. « Tu as la joue toute rouge… »
- « Tu viens de me mettre une baffe, je te signale. »
- « Je pensais que tu allais esquiver. »
- « Je t'ai dit que tu pensais trop. »
- « La prochaine fois, pense à esquiver. »
- « La prochaine fois, tu t'en prends une en retour. »
- « Non. »
- « Non ? »
- « Tu tapes trop fort ! »
- « Ben voilà, c'est réglé. Ne me gifle pas. »
- « Si. Tu l'as mérité. »
- « Non. »
- « Si. »
- « Hase ! »
- « Quoi ? »
- « … rien… J'espère seulement que mon frère ne te ressemblera pas question mauvaise foi. »
- « J'espère que ma sœur ne te ressemblera pas question soupe au lait. » répliqua Neeve.
- « Ça sera un garçon. »
- « Non, une fille. »
- « Ton père veut un garçon. »
- « Comment tu sais ça, toi ? »
- « Il ne veut sûrement pas une seconde fille comme toi. »
- « Et qu'est-ce que j'ai, hum, qu'est-ce que tu me reproches ? »
- « Tu veux vraiment savoir ? » Avec un grand sourire goguenard, il se tourna vers elle. « J'espère que tu as du temps, parce que la liste est longue ! » Neeve ouvrit la bouche pour protester, mais un gargouillis de ventre l'interrompit.
- « C'était toi ? »
- « Non, c'était toi. Hase, tu as mangé à midi ? » demanda Kojirô soupçonneux. Laissée à elle-même toute la journée… Il se doutait que la réponse était non.
- « Pas vraiment… »
- « Donc c'était toi. »
- « Pour une fois. »
- « Pour une fois… »
Les deux jeunes adolescents se levèrent. Kojirô remarqua pour la première fois l'état de la chambre de Neeve.
- « C'est vraiment mal rangé chez toi. »
- « Et ta chambre ? »
- « Moi je suis un garçon, c'est normal. »
Ils continuèrent à s'asticoter en descendant dans la cuisine où Neeve prépara le repas du soir sous l'œil attentif de Kojirô, prêt à bondir pour lui chiper une tranche de tomate ou un bout de viande. La famille rentra en plein combat où Kojirô tentait une approche vers le plat de nouilles sautées. La bataille fit rage jusqu'à ce que Neeve fût prise d'une crise de toux. Shouta l'examina et la dispensa de cours pour encore un jour. La jeune fille essaya d'argumenter, mais cela n'eut pour seul effet que d'augmenter sa tension. Ce qui lui valut un aller simple pour sa chambre… toujours aussi mal rangée…

Le lendemain matin, Kojirô arriva premier aux vestiaires. Kitazume était déjà sur la pelouse en train de mettre des plots et de tendre des cordes. C'était un nouvel arrangement, même pour lui qui signait la fin de quatre ans de coaching avec le même entraîneur. Intrigué, le jeune homme s'approcha en trottinant.
- « Hyûga, matinal à ce que je vois. »
- « Euh oui, je voulais m'entraîner pour mon tir. »
- « Si tu veux. Utilise donc l'autre partie du terrain. » Ainsi congédié sans plus de renseignements, Kojirô alla taper la balle dans les buts adverses. Il ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil en biais pour voir ce que trafiquait Kitazume. Ce dernier se mordait les joues pour ne pas éclater de rire. Hyûga était le moins discret du monde. Il ne savait pas son buteur fétiche curieux, mais c'était amusant de le faire poireauter… pour former le caractère, bien sûr.
N'y tenant plus, Kojirô prétexta aller boire à la fontaine et s'arrangea pour croiser Kitazume.
- « Pourquoi des cordes ? »
- « Pour vous attacher. »
- « … A quoi ? »
- « Aux plots. »
- « … Pour quoi faire ? »
- « Pour que vous ne bougiez pas, évidemment. »
- « … Pourquoi ? »
- « Parce que cette équipe joue plus au rugby qu'au foot et nous allons travailler votre jeu de passe. »
- « Vous trouvez ? »
- « Oui, vous n'arrêtez pas de vous mettre en tas. » Kojirô reconnut cette expression aussitôt.
- « Ne me dites pas que vous écoutez ce que cette…cette… ce qu'elle vous a dit ? »
- « Mais tout à fait. Cette demoiselle - c'est le mot que tu cherchais, n'est-ce pas ?- a raison. »
- « Mais elle n'y connaît rien ! » s'écria Kojirô.
- « Justement, elle apprend les règles du foot par la pratique. Si elle dit que vous vous mettez en tas, c'est que vous le faites. »
- « Non. » Buté, il défendait son équipe contre le persiflage de cette chipie néophyte et mateuse de cul.
- « Si tu ne me crois pas, va donc voir les enregistrements des matchs précédents. »
Les autres joueurs arrivèrent mais personne ne comprenait pourquoi leur capitaine était de mauvaise humeur. Ils se virent attaché aux plots avec interdiction de les faire bouger, et durent jouer un match comme ça. Puisqu'ils n'avaient qu'une liberté relative, ils devaient bel et bien se faire des passes et attendre que le ballon leur soit transmis au lieu d'aller le chercher. Pour un joueur comme Kojirô, cet exercice était des plus frustrants, surtout quand il dut admettre qu'ils se mettaient bel et bien en tas.

La journée se traîna comme ce n'était pas permis. Les cours étaient maintenant officiellement arrêtés et les professeurs ne faisaient plus que des sessions de révision. Kojirô essaya bien de s'intéresser à la chose, mais il avait du mal à se concentrer. Depuis que Neeve s'était imposée indirectement ce matin lors de l'entraînement, il n'arrêtait pas de penser à ce qu'elle lui avait dit. Père mais pas époux. Un ou plusieurs gosses. Se marier… Trouver la bonne personne…
La question le tarauda jusqu'au dernier cours. Le professeur de maths leur avait distribué un tas de polycopiés avec des séries d'exercices et les laissaient réviser en groupe. Il circulait de table en table pour aider ceux qui coinçaient. Bien entendu, les 3K étaient ensembles.

Kojirô releva la tête de sa feuille d'équations et regarda dehors dans la cour. De l'autre côté, les terrains de volley étaient occupés par des classes en cours de sport. Des matchs mixtes. Sans vraiment réaliser ce qu'il faisait, Kojirô se mit à détailler les filles. Leurs shorts de sport réglementaires dévoilaient parfois plus que ce qu'il ne fallait, et il ne put retenir une grimace peu charitable devant des jambes ou des bourrelets disgracieux. Après tout, il était habitué à avoir Neeve sous les yeux qui, malgré tous ses défauts, était au moins plaisante à regarder. Il repéra une fille avec de jolies jambes et une silhouette assez féminine. Petite mais bien proportionnée. Etrangement, il savait la connaître, mais impossible de se rappeler d'où…
- « Ben alors, qui tu reluques comme ça ? » chuchota Kazuki qui s'était approché de lui pour lui demander un coup de pouce en maths. Il se mit à mater les filles à son tour.
- « Elle, avec le T-shirt bleu. » Il n'allait tout de même pas s'en cacher, non ? Sa propre mère lui avait dit qu'il reluquait, donc… ben il reluquait…
- « Ahah… je me disais aussi… »
- « Qui est-ce ? » Kazuki était capable de différencier les filles à des kilomètres. Dommage qu'il ne soit pas capable de faire ça avec les ballons de foot.
- « Tu la connais…. » taquina le second attaquant.
- « Je sais, mais je ne la remets pas. »
- « St Valentin. » Sorimachi donna l'indice avec un sourire. Il se retourna un instant pour donner un coup de pied à Ken qui se grattait la tête devant la feuille de maths.
- « … … Attends, la fille des chocolats ? »
- « Lesquels ? » demanda Ken en s'étirant.
- « Pour l'équipe. Kazuki, celle du journal ! »
- « Bingo ! Une pluie de cadeaux ! »
- « Ta gueule… dis-moi plutôt son nom. »
- « Kaoru Kusumoto. Pour ce que tu vas en faire… » laissa tomber Kazuki.
- « Qu'est-ce que cela veut dire ? » bougonna Kojirô.
- « Enfin, capitaine ! Comme si tu allais lui parler ou autre ! » s'exclama le joyeux luron.
- « Pourquoi pas ? »
- « Parce que tu ne le fais jamais ? » tenta Ken. « C'est qui, celle avec les deux couettes ? »
- « Oh, Ken, tu ne veux pas sortir avec elle. C'est une de mes ex, et elle est chiante… »
- « Ah… » fit le goal un peu dépité. « Et celle qui vient de servir ? »
- « Idem. »
- « Ah… et l'autre, dans le terrain suivant, assise au milieu. »
- « Idem. »
- « Mais avec qui tu n'es pas sorti ? » s'insurgea Ken.
- « La petite ronde là-bas, par exemple. »
- « Elle n'est pas petite. » remarqua Kojirô en suivant le regard de son copain.
- « Ni ronde. » conclut Ken. « Elle a l'air marrante. »
- « On s'en fiche… ce qui est important, c'est de savoir ce que notre Kojirô national va faire avec Miss Kusumoto. »
- « Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse avec elle ? » riposta l'intéressé. Un peu trop fort. Les trois garçons devant eux rigolèrent, ayant apparemment suivi leur conversation.
- « Oh, tu n'as pas d'idée ? » lança l'un d'eux en se retournant avec un sourire. Kojirô ne sut s'il fallait le prendre mal ou pas. Qu'est-ce que c'était que ces manières de s'incruster dans les conversations privées des gens ? D'accord, ils étaient censés être en cours, mais bon… Et puis, depuis quand ce mec se permettait-il d'être familier avec lui ? En y réfléchissant, Kojirô s'en moquait. Ce gars avait une bonne tête. « Elle est mignonne Kusumoto… Plein de gars ont essayé, mais aucun n'a réussi. » reprenait-il.
- « Ah bon ? »
- « Tu as tes chances. » dit le second. « Elle est plutôt calée en sport. Et elle est assez intelligente. Elle était dans ma classe au collège. »
- « Elle est en 1-3, classe B03, si tu veux tout savoir. » termina le troisième.
- « Donc… ? » reprit Kazuki.
- « Donc quoi ? »
- « Et si tu l'invitais au bal de fin d'année ? » proposa Ken, qui regardait toujours la petite-ronde-qui-n'était-ni-petite-ni-ronde-mais-avait-l'air-marrante.
- « Où ça ? »

Les cinq garçons autour de lui s'esclaffèrent en un silence relativement silencieux. Il n'y avait que Kojirô pour ne pas savoir ce qu'était le bal de fin d'année. Les filles en étaient toutes chamboulées depuis que les tickets avaient été mis en vente. Le bal de fin d'année était, comme son nom l'indiquait si bien, organisé le dernier soir du trimestre avant le mois de vacances de mars. C'était la dernière réunion des classes avant le changement d'année. La tradition et la rumeur voulaient que les couples qui se formaient pour ce bal duraient pour toujours. La vérité était ailleurs. Beaucoup de garçons tentaient leurs chances avec la fille de leurs pensées. En cas de refus ou d'échec, il y avait un grand mois de vacances pour étouffer les ouï-dire et tourner la page. Dans le cas contraire, le nouveau couple avait tout un mois pour sortir ensemble hors de la vue de leurs camarades. Donc oui, statistiquement parlant, les couples qui sortaient ensemble pour la première fois lors de ce bal avaient des chances de durer plus longtemps que les autres. Les filles attendaient donc les invitations des garçons avec impatience.
- « Ah… » fut la seule réponse du Tigre quand il eut fini de mettre à jour ses fiches sociales. « Je n'aime pas danser… »
- « Va falloir faire un effort. »
- « Il faut que tu viennes ! » reprocha Ken, qui sentait le coup venir. « Et pas seul d'ailleurs ! »
- « Parce que sinon, bonjour la réputation du club de foot. » rajouta Kazuki, enfonçant le clou.
- « J'y réfléchirai… »
- « J'ai encore mieux ! On va acheter les tickets ! »
- « Quoi maintenant ? »
- « Et oui ! »
Kojirô ne fut pas sauvé par le gong. A contraire. La cloche sonna à ce moment, les libérant de tout, puisque l'entraînement de l'après-midi était suspendu. Le capitaine se fit harponner, les trois autres gars leur emboîtant le pas. L'un d'entre eux se faisait d'ailleurs asticoter de la même façon par ses deux copains. Il s'avéra que Kazuki avait invité sa copine de seconde année, que Ken avait déjà une cavalière – mais il refusa de révéler le nom de l'élue - et que les deux autres y allaient avec leurs copines régulières. Seul le dernier du trio n'avait pas encore osé demander à la fille dont il était amoureux de venir avec lui.
Arrivés devant le stand, Kojirô et son compagnon d'infortune ne purent reculer. Ils essayèrent mais des mains surgissaient de toutes parts pour les rattraper quand l'envie d'aller voir ailleurs les prenait. Ils se retrouvèrent poussés devant la table.
- « Combien de tickets ? » demanda la fille qui tenait la caisse.
- « Ben deux… » lâcha Kojirô comme si c'était évident. Au ton de la voix, elle releva la tête, n'en croyant ni ses yeux ni ses oreilles. Le Tigre achetait DEUX billets. Avec qui allait-il aller ? Avait-il une copine ? Le jeune homme soupira lourdement. Les rumeurs de lui et Rai venaient juste de s'enterrer pour de bon. Voilà que cela recommençait…
Encouragé par le capitaine, l'autre gars acheta ses deux tickets et fila sans demander son reste. Les deux autres saluèrent le trio de footeux avant de s'élancer à sa suite, sûrement pour le pousser à aller inviter la fille. Kojirô fourra ses billets dans son sac, là où il était sûr de ne pas les retrouver et foudroya Ken et Kazuki du regard. Ces derniers souriaient innocemment.
- « Ce n'était pas trop compliqué, non ? »
- « Il ne reste plus qu'à inviter Kusumoto, maintenant. »
- « Qui vous a dit que je voulais y aller avec elle ? » gronda Kojirô.
- « Oh, parce que tu as quelqu'un d'autre en vue? »
- « J'ai qui je veux ! Je n'ai qu'à les regarder pour qu'elles disent oui ! »
- « C'est ça… » Kazuki n'était pas convaincu.

D'expérience, il n'avait jamais vu son ami faire le premier pas vers une fille. Non qu'il en avait besoin. Les filles venaient vers lui, et s'il en trouvait une à son goût, il sortait avec. Sauf que Kojirô n'avait jamais de temps à consacrer à sa copine et tôt ou tard, elle perdait patience. Ou piquait une crise de jalousie devant l'attention qu'il portait au foot. Donc elle lui faisait des reproches, il en avait sa claque, la plaquait sans autre forme d'avertissement et attendait une nouvelle vague de filles pour partir à ce que Ken et Kazuki appelaient « la pêche à la future ex. »

En fait, Kojirô n'avait personne d'autre en vue et avait bien l'intention d'inviter cette Kaoru, mais hors de question de l'avouer. Ce qui le gênait, c'était qu'il ne connaissait rien de cette jeune fille, mis à part le fait qu'elle aimait le sport, savait faire des chocolats et avait de belles jambes. Et s'il se prenait le râteau de sa vie en l'invitant ? Il allait donc tâter le terrain avant. C'était ce que tout bon professionnel du ballon rond faisait.
- « Bon… à demain ! »
- « Attends, Kojirô ! » appela Kazuki. « Tu ne m'as toujours pas expliqué les maths ! Tu viens chez moi ? »
- « Là maintenant ? »
- « Ben oui, pas après les examens… »
- « C'est que j'ai promis à Natsuko de l'aider. Elle passe ses premiers concours dans deux jours donc… » Kojirô laissa sa phrase tomber.
- « Ah… tu ne peux pas m'expliquer aussi ? » plaida Kazuki.
- « Je suppose que oui… Ken ? »
- « Hum, quoi ? » Kojirô et Kazuki regardèrent le gardien qui enfonça précipitamment son portable dans sa poche en rougissant.
- « Tu attends un appel peut-être ? »
- « Euuuh… oui… » avoua-t-il.
- « Donc on y va ? » demanda Sorimachi en s'impatientant. Les cachotteries de Ken commençaient à l'énerver. Ce n'était pas comme s'il sortait avec Britney Spears…
- « Attends, je dois passer au service administratif. » déclara Kojirô.
- « Fais vite. On t'attend ici. »
Kojirô haussa une épaule et tourna le coin du bâtiment. Il venait de mentir, mais s'il avait dit « je vais au studio audio-visuel » il aurait eu des remarques. Parce que le studio audio-visuel était une annexe du bureau du journal de Tôhô et Kusumoto faisait partie du journal. Héhé, il allait faire d'une pierre deux coups. Il entra dans le bâtiment administratif mais ne monta qu'au premier étage. Il suivit un couloir et poussa une porte. Enfin la chance était avec lui ! Comme il l'avait espéré,elle était là et elle était seule.
- « Hyûga-san ? Je peux t'aider ? »
- « Salut Kusumoto-san ! »
- « Euh… salut… » Il eut la satisfaction de la voir rougir. « Je peux faire quelque chose ? »
- « Sûrement. J'ai besoin des enregistrements de nos derniers matchs, s'il te plait. »
- « Oh bien sûr. Ils doivent être dans la chambre aux archives. » Elle traversa la pièce pour ouvrir une porte donnant sur une seconde pièce sans fenêtre, une sorte de très grand placard.
- « Déjà archivés ? » s'étonna Kojirô.
- « Oui, c'est pour gagner de la place. »
- « Tu me rassures, je pensais presque que tu nous avais mis au débarras direct. » Il lui dédia son sourire le plus sincère et elle rougit encore. Mignonne !
- « Oh, je n'oserais pas ! » Elle eut un sourire en coin et Kojirô se reprit juste à temps avant de se pavaner comme un paon faisant la roue. « Voilà, section foot. Comme tu peux voir, c'est bien rempli. »
- « … l'étagère est presque vide… » Elle se mit à rire devant son air déçu.
- « Celle-ci oui, mais pas les trois à côtés ! »Et c'est là que je ramasse mes dents qui viennent de tomber… Trop con ! « Les derniers matchs… Ah, la boîte est en haut. » Déjà elle prenait le petit escabeau pour aller chercher l'objet de tous les désirs, mais Kojirô se contenta de lever le bras.
- « Celle-ci ? » Mais je suis vraiment trop con, moi ! J'aurais pu lui mater les fesses, pendant qu'elle était sur son escabeau…
- « Merci ! Tu as les cassettes des cinq derniers matchs. Est-ce suffisant ? »
- « Je pense. Sinon je reviendrai. »
- « Pas de problème. » Elle resta immobile. Kojirô étant devant elle, elle ne pouvait pas bouger. Et le joueur ne semblait pas comprendre qu'elle souhaitait retourner dans la pièce principale. « Euh… je dois te demander de signer un bon… pour les enregistrements. »
- « Ah… euh… oui. » Le jeune homme fit demi-tour et elle en profita pour passer un rapide coup d'œil sur son arrière… dos… et bas de dos… Mignon !

La jeune fille secoua la tête et rougit, surprise par sa propre audace. Mais que voulez-vous ? Quand un garçon du type de Kojirô Hyûga vous montre ses fesses, ben, vous en profitez. Kaoru était agréablement étonnée. Comme tout le monde, elle savait qui était le Tigre, mais comme tout le monde, elle ne l'avait jamais approché. Au départ, quand elle avait rejoint le club journalisme, elle couvrait la section « livres et musique » mais quand le responsable de la section sport avait brusquement déménagé après Noël, elle avait dû changer. Elle aimait le sport en général, donc cela lui allait. Un autre élève s'occupait de la section, et ils s'étaient départagés les activités. Elle n'avait pas trop compris pourquoi il avait insisté pour lui refiler le foot.

Elle avait profité de la St Valentin pour préparer des paquets de chocolats pour toutes les équipes des sports qu'elle couvrait pour aller se présenter à eux. Rapidement, elle avait entendu les rumeurs qui couraient sur Kojirô et son… amabilité. Du coup, elle repoussa encore et encore l'échéance, et bientôt son sac était vide à part le paquet destiné aux footballeurs. Prenant son courage à deux mains – voire six, puisqu'elle appela des copines en renfort - elle alla toquer à la porte. Kojirô Hyûga en personne vint lui crier dessus. Elle lui fourra les chocolats dans les mains le plus délicatement possible et s'enfuit en courant, redoutant le jour où elle devrait aller l'interviewer pour une quelconque raison.
Aussi fut-elle troublée de non seulement le voir débarquer dans la salle, mais de le voir poli, aimable, voire même dragueur. Il se rappelait de son nom. Ce qui la rendait un peu mal à l'aise. Parce que, mine de rien, un Tigre dragueur, c'était impressionnant.
- « Voilà, signe le bon. Il faudrait que tu les rendes avant la fin de l'année…si possible…enfin si c'est O.K… » Kaoru se mit à bafouiller devant le regard d'ébène de Kojirô. Arrête de me regarder comme ça. J'ai l'impression d'être toute nue !
- « Euh… je ne peux pas les garder ? Parce qu'avec les exams… »
- « Euh…euh… euh…euh… » Super dialogue, quel vocabulaire !
- « Allez, sois gentille ! » supplia-t-il. Je veux bien être gentille si tu es gentil avec moi… Argh mais qu'est-ce que je pense, là? « Ce n'est pas comme si j'allais disparaître de la surface de la terre. Je serai là en avril. » Il a vraiment de beaux yeux… Attends, c'est à moi de parler, là ? « Enfin, si c'est un problème… » Kojirô fit les yeux de cockers; si ça marchait avec Neeve, ça devait marcher avec Kaoru. Elle resta à le regarder fixement.Apparemment non… Mince… Elle est glaciale… Pourtant c'était bien parti… Je suis si nul que ça en drague ?
- « Oui je suis gentille. Non, je veux dire que oui. Non, tu peux les garder. Enfin oui. »
- « C'est oui ou c'est non ? » Kojirô s'amusa du trouble de la jeune fille en face de lui. Il avait compris qu'il avait une touche. Les touches et lui, c'était une belle histoire d'amour. Au foot comme avec les filles.
- « Prends tes cassettes, et puis… moi je dois aller travailler ! » Elle lui catapulta presque la boîte entre les mains et se jeta sur une chaise derrière un bureau. Manque de chance, ce n'était pas le sien. Double manque de chance, il avait oublié d'être bête.
- « Depuis quand est-ce que tu t'appelles Jin Soboya ? » demanda Kojirô en désignant la petite plaque sur le coin du bureau.
- « Je… je dois… relire son épreuve, voilà pourquoi ! » Kaoru s'empara de la première feuille qui lui tombait sous la main et l'agita victorieusement.
- « De quoi ça parle ? De sport ? »
- « Euh… non… en fait, il s'agit du bal de fin d'année. » admit-elle en parcourant l'article des yeux.
- « Donc ce n'est pas vraiment ta section. » Il s'assit sur le coin du bureau.
- « Je parle quand même japonais ! » s'indigna Kaoru. Mais il me cherche ?
- « Tu vas y aller ? » Il se pencha un peu vers elle.
- « Au bal ? Oui bien sûr. Tout le monde y va. C'est tout de même le bal de fin d'année. Et toi ?»Parlons pour continuer à respirer… Arrête de me coller, je me sens mal…
- « Oui… et je me demandais si---»
La porte de la salle s'ouvrit en grand et un garçon entra en marchant à reculons, les bras chargés de documents.
- « Jin ? Un coup de main ? » proposa Kaoru en se mettant debout. Kojirô fit la tête quand il la vit faire le tour du bureau pour aider ce fameux Jin Soboya.
- « Merci ! »
- « De rien. »
- « Au fait, Kaoru, je viens de prendre des tickets pour le bal et je me demandais si tu voulais y aller avec moi ? »
- « ah…euh… c'est que… enfin…. » bredouilla la jeune fille, prise par surprise.
- « Allez, s'il te plaît ! »
- « ah…euh… c'est que… enfin…. »
- « Please ? »
- « D'a…d'accord. »
Kojirô serra les dents. Merde, il s'était fait avoir comme un crétin. A trois secondes près, il lui posait la question. Jin Sobaya l'ignorait, mais il ne venait pas de se faire un ami. D'ailleurs le voilà qui se retournait, sentant qu'on ne le regardait pas très agréablement. Doux euphémisme. De la haine pure.
- « Bon, j'y vais. Je te rends les cassettes dès que possible. » Le buteur sortit de la salle à grandes enjambées. Et merde !

Une fois dans la cour, il coupa court vers le portail. Heureusement que Kazuki avait l'œil parce que sinon, Kojirô serait parti sans eux.
- « Ça s'est mal passé, à l'administration ? » demanda un copain soucieux.
- « On peut dire ça comme ça… »
- « Ça tient toujours, pour les maths ? » Prudent, Kazuki posa les bases d'une retraite diplomatique.
- « Oui, oui… » dit Kojirô d'une voix lasse. « Où est la saucisse ? »
- « Il arrive, il attend toujours son coup de fil… Je pense qu'il nous monte un bobard et qu'il n'a ni copine ni cavalière. »
- « Ce n'est pourtant pas son genre… Mais…. »
Ayame venait de passer le portail. En voyant Ken, elle fit de grands gestes de bras. L'autre idiot répondit, et comme deux crétins qu'ils étaient, ils se mirent à courir l'un vers l'autre, mais à courir au ralenti. Ce qui était extrêmement gênant pour ceux qui sont généralement associés avec la saucisse ralentie… Heureusement, la cour était presque déserte. Mais tout de même… Arrivés à un mètre l'un de l'autre, Ayame laissa son sac tomber au sol et cria :
- « Rattrape-moi ! » Puis elle sauta sur Ken. Littéralement.
Ses réflexes de gardien et sa musculature de sportif évitèrent le pire. Ayame avait beau être menue et petite, quand elle sautait, elle sautait. Elle enroula ses bras autour du cou du goal, ses jambes autour de sa taille et colla ses lèvres sur les siennes en un gros SMACK sonore.