Coucou voilà voilà pour cette semaine. Le chapitre 34 est déjà en correction et ma béta-lectrice m'a dit qu'elle l'avait aimé. Le 35 est en début de rédaction.

Rien de bien neuf ici, sauf que le chap 34 ne sera publié que dimanche et pas samedi, puisque je serais sur Lyon pour raison professionnelle.

J'ai perdu beaucoup de mes fidèles revieuses donc Yellou, Genzo, Chacha, Letie, SuperChewbacca, Thokyo. Donc j'espère que vous allez toutes très bien!

Un grand merci à Mangas gril pour son commentaire. Ne t'inquiète pas, je pense que cette fic va dépasser les 100 chapitres (horreur!). Et j'attends tes comm avec impatience!

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Chapitre 33 – À l'impossible, nul n'est tenu

- «Je croyais que c'était la copine de Neeve, moi, hein capitaine?»
- «….Moi aussi…»
- «… Ben, apparemment, c'est aussi la copine de Ken…»
- «….»
- «…Kojirô? »
- «Je me disais juste que Neeve va être folle furieuse…»
- «Quelle chance, c'est ta sœur et pas la mienne…» Kazuki se récolta un regard torve. Ce dernier haussa les épaules et se détourna du couple toujours enlacé.
- «Ken! On y va sans toi!J'ai des maths à me faire expliquer, moi!»
- «… Ah euh, oui, non, j'arrive.» répondit le gardien en reposant Ayame par terre.
- «Moi aussi!» chantonna-t-elle gaiement en récupérant son sac. Puis elle se pendit au bras de Ken. Il était si grand et elle si petite que leur couple faisait penser à un Laurel et Hardy, sauf qu'Ayame n'était pas grosse. Kojirô avait du mal à croire qu'ils sortaient ensemble.
- «Vous êtes ensemble?» finit-il par demander.
- «Nous sommes présentement côte à côte.» glissa la jeune fille en se méprenant volontairement sur le sens de la question.
- «Sakamoto, tu sais très bien ce que je veux dire.»
- «Donc tu devrais savoir que je ne répondrai pas à ta question.»
- «Neeve est au courant?»
- «Au courant de quoi?» Ayame continuait dans le rôle de l'innocence aveugle.
- «Je sens que c'est encore moi qui vais trinquer…» soupira Kojirô en s'éloignant. Les trois autres lui emboîtèrent le pas.
- «Donc, c'est toi la fameuse cavalière du bal?» demandait Kazuki.
- «Moi? Peut-être…» Ayame eut un sourire malicieux. «Tu verras si j'y suis ou pas.»
- «Mais je ne comprends pas! Pas plus tard que cette après-midi, Ken reluquait les filles qui jouaient au volley!»
- «KAZUKI!» s'écria Ken en rougissant.
- «Ah bon?» Ayame ne semblait ni étonnée ni jalouse. «Tu en as repéré une?»
- «Peut-être.»
- «Elle est mignonne?»
- «Ça fait aller.»
- «… Attends, tu n'es pas en colère que ton copain regarde les autres filles?» s'enquit l'avant d'une voix incrédule.
- «Non… pourquoi, je devrais?»
- «En général les autres filles n'aiment pas ça.»
- «Mais je ne suis pas les autres filles…» commenta Ayame.
- «Vraiment?» ne put s'empêcher d'intervenir Kojirô depuis sa place en solitaire devant tout le monde.
- «Et oui. Et puis comme ça, je peux moi aussi regarder les mecs…» Kojirô s'arrêta et fixa Ayame.
- «Sauf que j'ai l'idée que tu ne fais pas que regarder!!»
- «En effet…»
- «AIE! Mais laissez mes fesses tranquilles, bande de cochonnes!» s'insurgea Kazuki en se massant là où Ayame venait de le pincer.
- «C'est parce qu'elles sont mignonnes, tes fesses.»
- «Touche celles de ton copain!»
- «Mais je n'ai pas besoin de ton autorisation.» Ayame glissa sa main dans la poche arrière du pantalon de Ken. Kojirô comprit au petit soubresaut de son gardien qu'il venait aussi de se faire pincer le postérieur. Décidément, il n'y croyait pas. Wakashimazu et Sakamoto étaient en train de mijoter quelque chose de pas net.
- «Sakamoto, qu'est-ce que tu faisais à Tôhô?»
- «Je venais voir Ken, bien sûr.» répondit-elle aussitôt, mais Kojirô capta l'échange convenu entre le «nouveau couple.»
- «Et pourquoi est-ce que tu viens chez moi?»
- «Pour voir Neeve, bien sûr.»
- «Bien sûr…» Il sentait le coup fourré à plein nez. Il savait qu'ils savaient qu'il se doutait de quelque chose, mais les deux n'avoueraient jamais ni le oui ni le quoi de l'histoire. Et Kojirô n'aimait pas les magouilles dans son dos. C'était le mettre devant le fait accompli et il détestait ça.

Devant chez lui, un scooter noir était garé. Une grande colère froide s'empara de lui. Déjà qu'il n'était pas de bonne humeur. Se faire voler sa future copine et se taper le copain de sa sœur le même jour…
- «Vous étiez au courant?»
- «Mais que dis-tu, capitaine? Je n'ai jamais rencontré, ce…ce…»
- «Fujita.» souffla Ayame
- «Fujita.» se défendit pauvrement Ken.
- «Qui t'a dit que je parlais de lui?»
- «Et de quoi d'autrevoulais-tu parler?» demanda Ayame. Kojirô grommela dans sa barbe en montant les marches et en ouvrant la porte. La jeune fille le suivait de près.
- «Bonjour!» clama-t-elle très fort.
Venant du salon, une série de bruits indiqua une présence humaine.
- «Ayame?Mais qu'est-ce que tu fais là?» questionna Neeve en pointant son nez sur le palier.
- «Je viens t'aider à réviser!»
- «Merci… mais… euh… Shun est là et il m'aide déjà.»
- «Encore mieux! Il va pouvoir m'aider aussi!» Ayame attrapa Ken et Kojirô par le bras et les tira jusqu'à la table du salon où Shun était assis, Natsuko à ses côtés. «Voyons voir… Shun ne bouge pas! Neeve, mets-toi à sa gauche en bout de table et moi, je me pose à ta droite, juste en face de Shun. Hyûga-san, tu devais expliquer des trucs à Natsuko et Sorimachi, n'est-ce pas? Natsuko-chan, ma chérie, tu vas devoir te mettre en face de Neeve. Donc Hyûga, tu te mets à côté de ta sœur, et Sorimachi se pose là, à côté de Shun. Ken, entre moi et Natsuko.Shun, voici Sorimachi et lui c'est Wakashimazu! Les gars, voici Fujita. Allez tous au boulot!»

Ayame poussa, posa et organisa son petit monde qui eut la stupidité de se laisser faire sans rien dire. Il fallait dire que personne n'avait le courage de l'interrompre. Ken et Kazuki en profitèrent pour dévisager le fameux Shun Fujita qui en fit autant. Comme par hasard, les trois se prirent en grippe au premier regard. Neeve essaya de protester, mais Ayame lui coupa la parole en déchargeant son sac de cours et en harponnant Shun sur le sujet de la physique-chimie.

Kojirô s'assit en notant qu'Ayame avait pensé à mettre Sorimachi comme bouchon entre lui et l'autre abruti. Avec un soupir, il se tourna vers sa petite sœur et commença à lui expliquer ses maths. Kazuki oscillait donc entre la physique de dernière année de collège – qui bizarrement ne lui rappelait rien… avait-il vraiment étudié ça? – et les maths de dernière année de primaire – qu'il trouva, avec un soulagement certain, facile. Ken préparait du thé dans la cuisine. Kazuki se dévissa le cou et le vit en train de rire silencieusement. Il se leva pour l'aider.
- «Pstt, c'est quoi cette manœuvre?» chuchota-t-il.
- «Technique de rupture numéro un: ne pas laisser Neeve et son abruti seul à seule… et Kojirô face à lui.» répondit Ken tout aussi doucement. «Ayame a entendu une de ses conversation téléphoniques où il proposait à Neeve de passer l'aider travailler. Sauf qu'elle ne savait pas quand.C'est pour cela que j'attendais son appel.» Ce que Ken ne dit pas, c'est qu'Ayame avait également commencé à appliquer les techniques de rupture numéro deux et trois.
- «Mais vous êtes timbrés!» Kazuki était admiratif devant le côté tordu du plan. «Donc vous ne sortez pas ensemble?»
- «L'un n'empêche pas l'autre.»
- «C'est oui ou c'est non?»
- «Pourquoi tiens-tu à savoir?Serais-tu intéressé par Ayame?» taquina Ken.
- «Non… on se ressemble trop… dragueur et dragueuse ne font pas bon ménage... En fait, elle est pire que moi!»
- «Tu l'as dit bouffi!»
- «Ce n'est pas ton style…» grommela Kazuki.
- «Comment ça?»
- «Ce n'est ni ton style de fille, ni ton style de sortir avec une fille et de reluquer les autres.»
- «Disons que j'ai décidé de changer de style.»
- «Moi je dis que cela ne va pas t'aller.» prévint l'attaquant, inquiet pour son ami.
- «On verra, on verra.»
Les deux garçons regagnèrent la table où une ambiance studieuse régnait. Kojirô avait fini avec Natsuko et s'occupa de Kazuki et Ken. Ce dernier remarqua que Shun suivait d'une oreille assez attentive les explications du buteur. Après tout, lui aussi était en première année de lycée. Au point qu'il ne put s'empêcher de commenter un point:
- «Et pourquoi est-ce que tu ne réduis pas l'équation d'abord?»
Surpris Kojirô releva le nez de son brouillon sur lequel il griffonnait.
- «C'est inutile, si on applique la formule avant.»
- «Mais tu ne peux pas appliquer cette formule, toutes les conditions ne se vérifient pas. Il faut d'abord démontrer que---.»
- «Ben non, pas si tu fais un raisonnement par récurrence avant.»
Shun ne trouva rien à dire, principalement parce que Kojirô avait raison. Les deux le savaient et l'ambiance allait tourner en vinaigrette bientôt.
- «Bon Shun, on s'en fout des maths!» s'écria soudain Ayame. «On se concentre… Bio-o-lo-gie!»
- «Quoi, tu as déjà fini la chimie?»
- «Non, mais j'en ai marre. Et puis Ken va m'aider ensuite, il est bon.» A ses côtés, Ken eut un petit sourire.
- «Mais…» reprit Fujita. «Il n'y a rien à réviser en bio, c'est tout facile.»
- «Pas quand tu n'as pas suivi un cours de l'année…» susurra Neeve.
- «Comment?» Shun était indigné et fusillait les deux jeunes filles du regard. «Ce n'est pas très sérieux, ça.» Pour une fois, Kojirô était d'accord avec lui, même s'il était mal placé pour faire des reproches. Lui-même n'était pas un modèle de discipline.
- «Mais c'est nul la bio!» gémit Neeve
- «Oui, genre comment saute la sauterelle,» reprit Ayame.
- «Comment respire la grenouille…» continua Neeve.
- «Comment pète le lapin…» termina Ayame avant d'éclater de rire avec son amie.
- «Bah, je peux te filer mes fiches de l'an dernier.» proposa Ken.
- «Oh c'est trop chou!» Et Ayame plaqua un autre smack sur les lèvres du gardien.
En parfaite harmonie, Neeve et Natsuko laissèrent leurs crayons s'échapper de leurs doigts et rouler sous la table. Elles regardèrent les deux décoller leurs lèvres, avec la bouche grande ouverte et un air choqué.
- «Neeve, ferme la bouche, tu vas avaler une mouche.» taquina Ayame.
Neeve obéit en silence, Natsuko l'imita et toutes deux se renfrognèrent. Un ange passa. Etrangement. Neeve tourna ostensiblement le dos à Ayame qui encore plus étrangement, eut un grand sourire. Encore une fois, elle et Ken échangèrent un regard. Puis elle se pencha vers lui et se mit à l'aider en anglais.

Le groupe travailla encore peut-être une heure avant que Shun, le premier à partir, ne donnât le signal. Neeve le raccompagna à la porte et Ayame sauta sur Kojirô.
- «Chuuuut! ramène-toi!» Interloqué, il se laissa traîner encore une fois jusque dans sa chambre. Apparemment Ayame aimait traîner les gens. Elle ferma la porte derrière eux, vérifiant une dernière fois que personne n'était dans le coin.Il se laissa tomber sur sa chaise et soupira. Quoi encore?
- «Bon, à partir de maintenant, ne mentionne plus Shun à Neeve.»
- «Hein? Quoi?Mais qu'est-ce que tu manigances à la fin?»
- «Fais comme je te dis!»
- «Mais de toute façon, je ne parle pas de ce mec. A Neeve ou à quiconque. Je ne gâche pas ma salive pour des trucs inintéressants.»
- «Bien dit! Et maintenant, essaye d'avoir Ken et Sorimachi au maximum ici.»
- «Pourquoi?»
- «Parce que…»
- «Je n'ai pas très envie de tenir la chandelle…»
- «Oh, mais je ne serai pas là!»
- «Pourquoi?»
- «Parce que Neeve va me faire la tête.»
- «Et c'est une bonne chose?»
- «Mais oui!»
- «Comment ça?»
- «Il faut vraiment tout t'expliquer, toi! Bon… je te dis tout mais défense de mettre Sorimachi au courant!»
- «Pourquoi?»
- «Parce qu'il ne sait pas mentir.»
- «Lui? Il jongle avec ses copines!»
- «Ce qui ne fait pas de lui un menteur. Au fond, c'est un gentil garçon…»
- «Encore un truc de mauvais ou gentil garçon… va falloir que vous m'expliquiez ça…» grommela Kojirô en sentant un mal de tête puissant arriver.
- «Une chose à la fois. Donc promis?»
- «Ouais. De toute façon je me doute que cela va être trop compliqué pour sa petite tête.» Ayame eut un sourire coquin.
- «Bon, Neeve pense que Ken et moi sortons ensemble.»
- «Mais vous l'êtes, oui ou non?»
- «Là n'est pas la question. L'important c'est que nous… soyons convaincants.»
- «Donc non… Mais vous vous amusez.» Ayame élargit son sourire mais ne dit rien. Malgré lui, Kojirô sourit. Ces deux là…Pas un pour rattraper l'autre.
- «Donc, elle va me faire la tête. Elle va aller se plaindre près de Shun qui va lui dire un truc du genre «c'est normal, c'est un footeux, c'est un gros con.» J'aimerais bien qu'il ajoute que je suis une marie-couche-toi-là, mais je ne pense pas qu'il osera. Quoi qu'il en soit, Neeve va mal le prendre, et va défendre Ken… ou moi… Elle va donc faire la tête à Shun. A ce moment, Ken et moi allons rompre. En fait, je vais le larguer. Donc il va être malheureux. Neeve étant Neeve, elle va se sentir coupable et tout faire pour le consoler. Si tu vois Ken essayer de s'incruster chez toi, c'est normal, c'est pour accentuer le côté «j'ai besoin d'amour.» Shun va être jaloux, il va faire une scène et Neeve en aura décidemment marre et va le virer. Une bonne fois pour toute!»
- «…» Kojirô reçut le tout comme une claque. Il mit une minute à assimiler le stratagème.
- «Euh… pourquoi veux-tu que Kazuki reste ici aussi?» Ce n'était qu'une des nombreuses questions qui lui venaient à l'esprit.
- «Parce que je suis trop forte. Je vais me comporter comme une Sorimachi. Style «Je sors avec toi, mais je ne suis pas sérieuse.» Techniquement, je vais le larguer pour un autre mec moins collant. Ken va jouer les effondrés de service. Peut-être que Sorimachi va réaliser que ce qu'il fait n'est peut-être pas mauvais, mais ce n'est sûrement pas bien. Qu'il fait souffrir toutes ces filles.»
- «Ah ouais…attends…euh… euh… mais c'est tordu, ton histoire!!!» Kojirô oscillait entre la colère et le rire.
-«Je suis très fière de mon plan, alors tu n'as pas intérêt à venir me critiquer.»
Le footballeur se massa les tempes. Chose promise, chose due. Il avait mal à la tête.
- «Ayame, tu commences à me faire douter du bien-fondé de tout ce tralala.»
- «Non, Shun n'aime plus Neeve.»
- «Comment le sais-tu?»
- «Parce que pour la première fois, je l'ai vu en train de flirter avec une autre fille.»
- «Le salaud.»
- «Exact.»
- «Ben, alors, pourquoi est-ce que tu me casses les coui…pieds… Montre à Neeve qu'il drague les autres et elle le largue! C'est plus simple!»
- «Non. La fille avec qui il flirte ne le fait que dans le dos de Neeve. Devant elle, elle fait comme si c'est tout beau, tout gentil. Ecoute, si j'en suis arrivée là, c'est parce que c'est la seule solution.»
- «D'accord, d'accord… Je vais organiser des séances révisions chez moi, ça te va?»
- «Oui.»
- «Ayame?»
- «Tiens, je suis Ayame maintenant?»
- «Je ne peux plus te respecter maintenant que je connais la noirceur de ton âme.»
- «Quel poète! Mais moi, je vais continuer à t'appeler Hyûga. Juste Hyûga.»
- «Pourquoi?»
- «J'ai mes raisons.» Elle posa un doigt sur ses lèvres et eut le plus étrange des sourires jamais vus sur son visage.
- «… Tu es consciente que Neeve va te faire la gueule?»
- «Oui.»
- «Et tu es d'accord?» Ayame soupira lourdement.
- «Il le faut bien. Je sais qu'elle me pardonnera, mais cela va être dur.» Kojirô vit la tristesse dans les yeux de la jeune fille et se dit que c'était beau, une amitié comme ça. «De toute façon, cela va être les vacances bientôt!Elle va m'oublier! » reprit la jeune fille, en se forçant. Cependant, il décida de changer de sujet rapidement.
- «Bien… Je disais donc… Quels sont tes autres plans?»
- «Hum?» Elle haussa les sourcils.
- «Je me doute que si tu imagines un truc si sophistiqué, tu as plus d'objectifs en tête. Donc je veux tout savoir.»
- «Non… Il faut que tu joues l'innocent!»
- «Quoi? Tu penses que je ne peux pas ---.»
- «Mentir? Non, tu ne peux pas. Tu es, toi aussi, un gentil garçon.»
- «Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça!» s'exclama Kojirô.
- «Allez, ce n'est… JE N'Y CROIS PAS!» tonna soudain Ayame en milieu de phrase.
- «Hein? Quoi?»
- «Ta plante verte!»
- «Ma quoi? Ho ça…euh….»
Ayame s'était emparée du pot qu'elle venait tout juste d'offrir à Kojirô.
- «Dis-moi que tu l'as arrosé, au moins une fois!» implora-t-elle.
- «Bien sûr! Qu'est-ce que tu crois!?»
- «Je crois que tu es vraiment nul pour les mensonges! Va me remplir cette coupelle d'eau immédiatement!!!»

Kojirô détala sans demander son reste. Mince, elle lui avait donné la peur de sa vie en hurlant comme ça. Il revint avec le récipient mi-plein et le posa sur le coin de son bureau où il avait planqué… euh non, qu'il avait dégagé pour la plante. Il remit le pot dedans.
- «Voilà, satisfaite?»
- «Présente-lui des excuses!» ordonna Ayame, le plus sérieusement du monde.
- «… tu te fous de moi, là?»
- «Est-ce que j'en ai l'air?»
- «Malheureusement, non.»
- «Je t'ai dit de parler à ta plante!»
- «Tu m'as dit de communiquer!»
- «Arhem!»
- «Ben, moi je communique pas verbalement avec ma plante!» s'emporta Kojirô. «Est-ce que j'ai le droit de faire ce que je veux avec ma plante!? D'abord, je l'emmerde, ma plante. C'est l'amour vache! Tu connais?»
- «… Toi, tu viens de te faire jeter par une fille.»
- «Même pas!» Comment pouvait-elle lire comme ça en lui? C'était effrayant.
- «M'ouais… je ne suis pas convaincue. Mais je te le répète, si cette plante meurt, c'est foutu pour toi. Tu peux te faire moine.»
- «Neeve!» beugla Kojirô en entendant des pas monter.
- «Quoi?»
- «Viens chercher la folle qui te sert de meilleure amie!»
- «Mais qu'est-ce que vous faites ici tous les deux?» Neeve entra, aimable comme une porte de prison. «Pourquoi est-ce que tu es en colère?»
- «Parce qu'il vient de me passer un savon.» coupa Ayame. «Comme celui que tu t'apprêtais à me passer. Ne pas toucher Ken, ne pas jouer avec ses sentiments… et patati et patata.»
- «Il a raison.» gronda Neeve. «Je ne veux pas à avoir à choisir entre lui ou toi. Je ne veux pas avoir à te reprocher quoi que ce soit.»
- «Tout ira bien, tu vas voir…» Elle serra Neeve dans ses bras et Kojirô vit ça comme un signe d'au revoir. « Bon, Ken, tu es prêt?»
- «Oui, Kazuki aussi!»
- «Allez, tous dehors! Laissons la joyeuse famille en paix.»
Neeve et Kojirô se retournèrent en entendant un ricanement. Mais impossible de savoir si c'était Ken ou Kazuki. Cinq secondes après, la tornade Sakamoto-Wakashimazu était loin dans la rue. Neeve et Kojirô se regardèrent.
- «Tu---tu as vraiment passé un savon à Ayame?»
- «Euh… oui… Un tout petit!» ajouta-t-il un peu précipitamment. Kojirô ne voulait pas se mettre Neeve à dos.
- «…Merci…»
- «…ah bon? Tu n'es pas en colère?»
- «Contre elle, pas toi…»
- «Ah bon. C'est bien.»
- «Ce n'est pas ta faute. Je lui ai dit de ne pas s'approcher de tes copains, je te le jure!» Neeve s'accrocha à son bras en le suppliant du regard. Quoi? Elle pense que je suis en colère contre elle?
- «Ne t'inquiète pas… Ken est un grand garçon, il devrait savoir ce qu'il fait.»
- «… j'espère…»
- «Pfffffffffffffff… J'ai mal à la tête… Passe-moi un de tes cachets.»
- «Oui Hyûga-san.»
- «Oh là, tu es bien obéissante!»
- «Si tu as mal à la tête… je ne vais pas m'acharner sur un ennemi à terre.»

Mercredi passa en un éclair et ce fut le jeudi fatidique pour Natsuko. Elle passait ses premières épreuves pour le concours d'entrée au collège. La pression était énorme pour elle, parce que cette première banque d'épreuves était celle pour le collège Tôhô et ses deux autres premiers choix. Elle enchaînait après avec une seconde banque d'épreuves pour les collèges publics. De leurs côtés, Kojirô et Neeve commençaient leurs examens de fin d'année lundi. Le jeune homme en avait pour quatre jours complets, et Neeve pour toute la semaine. Bien qu'elle soit déjà admise dans un lycée, elle devait toutefois passer le test national, écrit comme oral.

Elle se savait mal préparée. Sa poussée de fièvre l'avait clouée au lit, et même maintenant, elle se sentait incapable de fournir des efforts constants, physiques ou intellectuels, pendant toute une journée. Elle commençait à stresser, ce qui la rendait agressive. En y rajoutant les soucis qu'elle se faisait de savoir Ken et Ayame ensemble, elle était juste prête à bondir au moindre dérangement. Kojirô étant Kojirô, n'aimant pas se faire prendre à rebrousse-poil, la cohabitation des deux adolescents était donc électrique.

Plusieurs fois, Kojirô se dit qu'il allait lui raconter tout le manège d'Ayame. Histoire de la calmer un peu. Mais il n'osait pas. Il faisait une confiance aveugle en Ayame en ce qui concernait Neeve et Shun, et il ne voulait pas tout faire rater. De son côté, Natsuko avait assez mal prit de votre «son amoureux» compter fleurette à une autre fille. Au fond d'elle-même, la jeune adolescente avait compris que ce qu'elle avait ressenti pour le goal n'était qu'une tocade de gamine, mais elle aurait préféré avoir cette révélation à un autre moment que deux jours avant ses examens.

Mamoru et Takeru marchèrent donc sur des œufs pendant toute une semaine. Ils allaient toujours à l'école, officiellement encore ouverte, mais les cours étant eux officieusement terminés. Shouta se fit assaillir de toute part, chacun voulant un dernier coup de main en maths ou physique. Keiko se contenta de cuisiner de bons petits plats et de décharger les trois grands d'un maximum de responsabilités, pour qu'ils se concentrent sur leurs révisions. Ce fut ainsi qu'elle réalisa que Neeve avait pris sur elle la majeure partie des tâches ménagères. Sans qu'on le lui demande, depuis le déménagement, elle s'occupait des lessives et du ménage et aidait beaucoup à la cuisine.

Ce fait toucha énormément Keiko. Depuis la colère de Neeve, la mère de famille avait voulu avoir une discussion «entre femmes» avec sa belle-fille. Mais l'occasion n'était jamais la bonne et Keiko redoutait de voir cette échéance repoussée jour après jour. Elle aimait sincèrement la jeune fille. Elles n'étaient pas aussi proches l'une de l'autre qu'elle l'aurait souhaité cependant. La jeune fille dissimulait ses véritables pensées et sentiments derrière ses sourires et sa bonne humeur, en une sorte de protection permanente. Keiko avait tout de suite repéré cette coquille. Kojirô avait la sienne, après tout, plus visible certes, mais Keiko était maintenant experte en repérage de coquille. Elle se doutait bien que cela venait du manque de présence féminine dans ses années ado. Surtout que Shouta n'était pas forcément le père le plus … à même… de négocier une jeune demoiselle en plein crise de croissance.
Keiko avait totalement accepté cette situation. Elle essayait de prendre contact avec la planète Neeve qui orbitait autour d'elle en une trajectoire elliptique: tantôt loin, tantôt près. Neeve voulait une présence maternelle, mais ne savait pas comment réagir face à cette belle-mère. Keiko se doutait aussi que la jeune fille ne voulait pas l'accaparer et rendre jaloux les petits. Quand Neeve était venue la voir toute timide pour lui demander de lui apprendre à coudre, Keiko avait senti son cœur fondre. Elle était d'accord avec la définition de son époux: Neeve avait de l'ADN de chat. Une telle indépendance, mais un tel désir de ronronner.

Elle se promit d'emmener Neeve pour une journée shopping-beauté. Sans Natsuko. Pour tisser des liens plus forts entre elles. Pour lui parler de sa grossesse aussi. Shouta n'avait pas osé le lui demander, mais elle sentait qu'il ne savait juste pas comment aborder le sujet avec elle. Son nouveau mari et elle avaient eu de longues discussions sur l'éducation de leurs cinq enfants. Shouta avait été honnête: Evelyn avait été, et était, toujours un sujet tabou dans la famille Hase. Keiko ne comprenait pas comment ou pourquoi élever sa fille sans aucune idée de qui était sa mère, mais elle ne pouvait pas y faire grand-chose.

Keiko avait compris que derrière la colère de sa belle-fille face à cette grossesse imminente, il y avait de la peur. Cela s'était vu dans ses yeux. Elle était terrifiée. L'adulte eut un sourire triste: qui pouvait avoir peur d'un bébé? Mais son sourire se fit plus doux. Jamais elle ne le lui dirait, mais elle avait été extrêmement surprise de voir Kojirô partir à la recherche de Neeve de lui-même, sans qu'on le lui demande. Le fait même qu'il s'inquiète suffisamment pour elle pour qu'il décroche de son monde footballistique était presque un exploit.

C'était intéressant de les voir évoluer l'un à côté de l'autre. Doucement, leurs carapaces se rencontraient et les frictions provoquées, si violentes et coléreuses qu'elles soient, finissaient toujours par morceler leurs protections. Pour Kojirô comme pour Neeve, ce re-mariage était une très bonne chose.

Libre! Il serait libredemain soir ! Le Tigre avait survécu à une année scolaire de plus. Encore deux. Plus que deux! Demain, Kojirô avait son examen d'anglais et dans l'après-midi, les maths. Finir par sa matière préférée était un bon signe. Encore un dernier coup de collier et il serait libre! Un mois de vacances! Hourrah!

Le jeune homme avait déjà son planning tout fait. Comme d'habitude, il allait passer voir sa tante maternelle qui habitait à la campagne, dans une grande maison. Contrairement à ses trois benjamins qui restaient tout le mois, lui n'y passait que trois jours. Une fois ses devoirs familiaux remplis, il partait pour Okinawa pour s'entraîner dans le complexe de son ancien coach, Kira. Ken, Kazuki et Takeshi faisaient partie du voyage. Malheureusement, ils ne restaient qu'une semaine, puis ils revenaient chez eux. Bah, il trouverait sûrement quelque chose à faire. Comme transformer une chambre d'ami en chambre à bébé. Neeve allait chez sa grand-mère, ce qui permettait aux parents de passer un peu de temps ensemble. Kojirô se doutait qu'avec la grossesse de sa mère, ce tête-à-tête était une occasion en or. Bientôt, ils auraient un bébé. Mais pour le moment, il devait réviser son anglais.
- «Hase! HASE!» gueula-t-il depuis la porte d'entrée.
- «QUOI?JE SUIS ICI! » obtint-il en réponse
- «C'EST OU, ICI?»
- «Kojirô, chuuut!» pesta sa mère en lui donnant un grand coup de torchon quand il vint l'embrasser. «Elle est avec Natsuko.»
- «Ah… désolé.» Il lui fit un petit sourire en coin pas désolé du tout et bondit dans les escaliers. Neeve était bel et bien dans la chambre de sa petite sœur.
- «Tu tombes bien, il nous faut un avis masculin.» Kojirô prit peur. Ce n'est pas un truc à dire à un garçon. Il entra dans la chambre avec la lenteur d'un animal qui sait qu'il va à l'abattoir.
- «Ouuuiiiiii?»
- «Est-ce que tu préfères le bleu ou le blanc?» interrogea Natsuko en faisant passer devant elle un débardeur blanc et un autre bleu. Sa chambre était dans une pagaille sans nom. Neeve, assisse sur le lit, farfouillait dans un tas de vêtements à la recherche de quelque chose.
- «Essaye aussi celui-ci!» Natsuko attrapa un nouveau top.
- «Alors, bleu, blanc ou blanc?»
Kojirô pâlit. Il n'avait aucune idée de ce qu'il fallait dire. Bleu, blanc, jaune, rose à pois orange, il s'en fichait. Mais Neeve lui jetait un regard assassin. Il se retint de soupirer et se prêta au jeu. Et qu'on ne vienne pas me dire que je suis un mauvais frère… Il s'assit sur le bureau de sa sœur et examina les objets du dilemme.
- «C'est pour quelle occasion?» Kojirô savait au moins que les filles s'habillaient différemment selon qu'elles aillent au ciné ou faire du shopping. Même si pour lui, c'était une différence ridicule. Un jean et un T-shirt faisaient toujours l'affaire.
- «La boum de Romi. Après les concours.» Ah bon… et maintenant, je dis quoi?
- «Ah… pourquoi est-ce que tu choisis ta tenue maintenant?»
- «Parce que si je n'ai rien de bien, il faudra que j'aille faire du shopping.» lâcha la toute jeune fille d'un ton frisant l'incompréhension irritée. Mais tu as déjà plein de vêtements, sans compter ceux de Neeve. Kojirô sentit qu'il ne fallait pas répondre à ça et se contenta de répondre à la première question.
- «Prends le bleu. Je préfère cette couleur.»
- «Ah… donc il faut que je change de jupe.»
- «Ah bon? Elle est très bien ta jupe.»
- «Non, je ne peux pas mettre la ceinture qui va avec le top bleu.»
- «Ben… ne mets pas la ceinture.»
- «Non, il me faut la ceinture…»
- «Ah bon.»
- «Qu'est-ce que tu en dis, avec cette jupe?»
- «Non, c'est trop court.» affirma Kojirô.
- «Mais non…»
- «Mais si. Natsuko, je t'interdis de mettre cette jupe. Jette-la immédiatement!»
- «Bon, et celle-ci?»
- «Bleu et noir?» s'étonna Neeve.
- «Tu as raison. Et si je mettais le haut blanc en gardant la jupe noire?»
Kojirô ferma les yeux.Il ne voulait pas voir que sa petite sœur se transformait en jeune fille, accro à la mode. Pourquoi prenait-elle les côtés les plus ridicules et ennuyeux des filles? Et puis, il voulait lui donner la chance de se changer en paix. Il avait remarqué que Natsuko devenait de plus en plus pudique.
- «Attends, je sais!» s'écria subitement Neeve. «Ne bouge pas!» Elle sortit de la chambre et revenait moins d'une minute plus tard en agitant une jupe en faux velours rose pale.
- «Cette jupe est juste un peu trop petite pour moi. Je te la donne. Si tu la mets avec…. ce haut blanc… là et cette ceinture… avec ce sac… et tes bottines blanches… voilà!»
Kojirô ouvrit les yeux. Oui, c'était une jupe avec un haut et une ceinture. Oui, Natsuko était mignonne, mais pas plus ou moins qu'avant. Y avait-il une vraie différence?
- «Qu'est-ce que tu en penses?» demandèrent les deux filles en se tournant vers lui.
- «Pas mal.» répondit-il d'un ton qu'il espérait être convaincu. «Mais j'aimerais bien te voir dans cette jupe…» railla-t-il en fixant Neeve.
- «Comment ça?»
- «Si elle va si bien à Natsuko, je doute fortement que tu rentres dedans. Un peu trop petite pour toi, mon œil!»
- «Mais si, Môsieur! Je rentre dedans! Parfaitement, Môsieur!» s'indigna Neeve.
- «C'est ça, c'est ça…»
- «Mais ce n'est pas vrai!! Natsuko, file-moi cette jupe.» Natsuko fit descendre la jupe. Son haut était assez grand pour couvrir ses cuisses. Cependant, elle enfila vite un bas de jogging. De toute façon, Kojirô ne la regardait pas. Les bras croisés, l'air complètement goguenard, il défiait Neeve du regard. Cette fois–ci, il se contrefichait de la notion d'intimité. Cette dernière rosit un peu.
- «Tourne-toi.»
- «Pas une chance…»
- «Ferme les yeux.»
- «Tu vas tricher…»
- «Je ne vais pas de laisser te rincer l'œil, non plus?» Kojirô haussa les épaules. Neeve fit la moue et trouva une solution qui lui permettait de sauver la face sans se soumettre. Elle attrapa un grand T-shirt qui servait de chemise de nuit à Natsuko – le même que Ken lui avait gagné – et le passa. Le vêtement lui tombait presque à mi-cuisse. Elle put ainsi faire glisser sa jupe d'uniforme et enfiler l'autre. Elle se trémoussa un peu et se mordit les lèvres, mais elle réussit à fermer les boutons.
- «Voilà! Elle me va parfaitement!» Elle souleva le T-shirt pour prouver à Kojirô que la jupe lui allait. C'était sûr, question taille et hanche, cela passait. Juste. Il ne fallait surtout pas qu'elle éternue mais cela passait…
- «Tu rigoles! J'ai des boxers plus longs que ça!» rétorqua Kojirô en lorgnant sur la paire de gambettes. Neeve s'empourpra et renfila sa jupe d'uniforme direct.
- « C'est pour ça que j'ai dit qu'elle était un peu trop petite pour moi.» Elle rougit encore.
- «Ce n'est pas petite, c'est minuscule!Natsuko, si jamais tu sors avec un truc comme ça je t'étrangle de mes propres mains!»
- «Tu es vraiment vieux jeu, Nii-san…»
- «QUOI?» s'étrangla Kojirô en bondissant sur ses pieds. «Ce n'est pas vieux jeu, c'est avoir un minimum de décence---.» Il s'interrompit en voyant que les deux filles se mordaient l'intérieur des joues pour ne pas éclater de rire. «Vous avez fini de vous foutre de moi?»
- «Pas vraiment…» Kojirô le prit plutôt bien. Après tout, il l'avait cherché. Mais il n'allait pas le leur montrer.
- «La prochaine fois, vous vous débrouillerez toutes seules. Et ne venez pas vous plaindre quand un mec vous sortira des obscénités…» Il sortit de la chambre à grands pas.
- «Mais non, Nii-san!!!» implorèrent les deux filles, encore une fois à l'unisson.
- «Hase, je t'interdis de m'appeler 'Nii-san'.» fit-il en se retournant.
- «Pourquoi?»
- «Parce que c'est effrayant.» En effet, il eut un frisson.
- «Je ne comprends pas…»
- «Tu ne peux pas, c'est un truc de garçons.» Et toc.
Elle trottina derrière lui.
- «Tu pourrais essayer de m'expliquer, non?»
- «Non.»
- «Mais pourquoi?» Il se contenta de la narguer d'un sourire en coin.
- «Viens plutôt m'aider à réviser mon anglais.»
- «'Veux pas!» ronchonna-t-elle.
- «Tu n'as pas le choix.»
- «Depuis quand?»
- «C'est comme ça. Je suis l'aîné, tu m'obéis.»
- «… non…»
- «Non?»
- «Non.»
- «Tant pis… pour toi.»
Une séance de chatouilles plus tard, Neeve était sur son lit en train de l'aider à réviser sa grammaire anglaise… Non mais…

Kojirô ne réalisa pas qu'il avait fini ses examens. Kitazume leur fit passer le message qu'il les attendait jeudi soir pour un entraînement. Les premières et deuxièmes grommelèrent, traînèrent la patte mais ils étaient là. Seuls les deux troisièmes années étaient excusés parce qu'ils passaient – encore – leurs examens. Mais comme ils allaient quitter l'équipe, ce n'était pas très important. Donc les joueurs de foot subirent ce qu'ils pensaient être un dernier entraînement. Que nenni. Ils étaient attendus tout vendredi, samedi et dimanche pour un décrassage pré-vacances. Ce qui n'était pas très logique aux oreilles des intéressés: pour décrasser, fallait-il encore s'encrasser… mais depuis quand Kitazume était-il logique? Ils durent se faire rattacher aux plots, faire des pompes et des abdos, des enchaînements tête-genoux, genoux-pieds, pieds-tête et autre jonglerie ballonière. A vous dégoûter du foot. Presque.

Lundi arriva. Par habitude, Kojirô se leva aux aurores. Ce n'était que lorsqu'il avait presque fini sa tournée de distribution qu'il réalisa qu'il n'avait ni entraînement ni cours ce matin. Juste la cérémonie de remise des diplômes dans l'après-midi. Pestant contre lui-même, il rentra chez lui. Il en profita pour faire ses sacs, puisqu'il partait le lendemain matin. Une chose en amenant une autre, il rangea sa chambre et en voyant sa plante verte, il se sentit coupable. Une semaine sans eau… Devait-il demander à sa mère de s'en occuper? Ou devait-il prendre la solution de simplicité que lui soufflait une petite voix, de ne rien faire et de voir si elle était encore en vie quand il rentrerait. Kojirô étant un jeune homme simple, il préféra la seconde option.
Enfin, il alla prendre une douche et se rendit au lycée pour sa cérémonie. Il avait réussi à obtenir de sa mère et de Shouta qu'ils ne viennent pas. Presque perfidement, il leur avait suggéré d'aller à celle de Neeve, qui se tenait en même temps. Après tout, une remise de diplôme de sortie de collège était bien plus importante que cette de première année de lycée. Il dodelina de la tête sur son siège tranquillement, se réveilla à temps pour se lever et aller récupérer son rouleau de papier qui irait dans la poubelle aussitôt rentré chez lui, et retourna compter ses moutons. Il émergea brusquement en entendant les applaudissements autour de lui. Puis il sortit dans la cour où il fut rejoint par Ken et Kazuki.
- «Tu t'améliores, capitaine… Cette année, tu n'as pas ronflé.» commenta Ken en s'étirant. Lui aussi s'était perdu dans la contemplation du plafond. Wakashimazu était l'un des derniers noms appelés, donc le gardien avait bien roupillé. Sorimachi avait passé son temps à envoyer des texto à ses nombreuses conquêtes. Chacun son passe-temps.
- «Bon, il faut que j'y aille.» disait justement ce dernier. «Je dois faire un truc pour ma mère avant le bal.»
- «Hein, c'est ce soir?» sursauta Kojirô. Il avait complètement oublié.
- «Ben oui…» Kazuki le regarda bizarrement. «Tu as toujours tes tickets?»
- «Ben oui…»
- «Tu as invité Kusumoto?» demanda Ken, curieux.
- «Non.»
- «Qu'est-ce que j'entends? Le grand capitaine s'est pris un râteau?» interrompit la voix déplaisante de Dejima Abe.
- «Non je ne me suis pas pris de râteau!» riposta Kojirô. Ce qui était vrai, puisqu'il n'avait même pas put lui poser la question.
- «Donc tu as une cavalière ce soir?» relança l'ex footballeur.
- «Bien sûr que j'ai une cavalière!» dit Kojirô en gardant tout son sang-froid. «Et toi?» ajouta-t-il d'un ton suffisant.
- «Et oui. Mais la mienne est réelle.» Kojirô attrapa Dejima par sa chemise.
- «Serais-tu en train de me traiter de menteur?» rugit-il. Déjà, l'empoignement ameutait des spectateurs.
- «Totalement.» Kojirô leva son poing. «A moins que tu ne me le prouves, moi je dis que tu vas venir seul… ou très mal accompagné.»
- «Mais au moins, je n'aurai pas de cocard!» Le poing partit, mais Ken l'arrêta juste à temps.
- «Ne te fais pas virer de l'équipe le dernier jour!» tonna-t-il. Kojirô se débattit mais rien à y faire, Ken et Kazuki le tenaient fermement.
- «C'est ça. Va te cacher dans ton coin et laisse les grands s'amuser!»
- «Ça vaut également pour toi! Je n'arrive pas à croire qu'une fille bien dans sa tête avec des yeux, un nez et un minimum de goût sorte avec toi! Tu l'as payée, n'est-ce pas?»
Cette fois, ce fut les copains de Dejima qui le retinrent avec difficultés.
- «Tu sais quoi, nous n'avons qu'à comparer ce soir. Emmène ta poufiasse, et ose la mettre à côté de ma copine.»
- « Je refuse! Je ne traite pas les filles comme… comme un bout de viande.»
- «Je savais que tu allais te défiler!»
- «Je ne me défile pas. Je vais venir et avec une fille. Et toi?»
- «Pour que je te vois te payer la honte de ta vie? Et humilier la pauvre cloche qui a était assez conne pour venir avec toi? Si tu en trouves un, bien sûr.C'est bon, je suis pour.» clama Dejima.
- «Tu vas le regretter!»
- «Je t'attends, tigrounet!»
Le coup partit si vite que personne ne put l'arrêter. Puisque son poing n'était pas disponible, il s'était servi de son genou. Kojirô était multifonction.
- «Et maintenant, c'est qui le tigrounet?» cracha-t-il alors que Dejima s'écroulait en se tenait l'entrejambe. Puis il s'éloigna.
Merde… Il s'était fait avoir. Bon, il n'avait plus qu'à se trouver une poufia… euh, non… cavalière. Une pas chiante. Et pas trop moche. Si possible pas trop bête. Et silencieuse. Ou au moins pas gloussante. Il avait moins de deux heures… Merde…

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