Chapitre 34 –

Coucou ! Voilà le chapitre 34… J'en suis très fière. J'introduis un personnage qui me tient à cœur, Chiyo, qui est le pendant de ma copine L.

Donc j'espère que vous aimerez ! Un gros bisou à Yellou et à Nix.

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Chapitre 34 – Une touche de douceur dans un monde de brutes

Kojirô se sentait l'âme d'un loup. Il traquait de la chair fraîche dans les couloirs de Tôhô. Il humait l'air à la recherche d'un parfum qui lui ferait se lécher les babines, écoutait pour une voix qui lui hérisserait le poil du dos. Bien qu'il n'ait pas le dos poilu. Ni le torse…

En fait, il erra comme une âme en peine dans les couloirs du lycée pendant une heure avant de jeter l'éponge. Après tout, il était déjà 17h et la plupart des filles étaient rentrées chez elles se faire belles pour le bal qui commençait à 19h30. Il devait se faire une raison, il ne trouverait personne. Bon, et maintenant ? Venir ou ne pas venir ? Venir et supporter les railleries de l'autre crétin ? Ne pas venir et supporter les railleries de l'autre crétin ? Parce que même si Dejima quittait le lycée, il allait dans le bâtiment en face, à l'université, et il n'allait sûrement pas se priver de faire circuler cette si belle vérité. Comment un tel idiot avait réussi à entrer dans une université si prestigieuse ? Lui-même ne devait son ticket qu'au foot. Dejima ayant quitté l'équipe, il n'avait rien à faire à Tôhô. Enfin, la vie scolaire de Dejima était le dernier des soucis de Kojirô.

Le jeune homme ressassait ces idées peu charitables en rentrant chez lui. Mais qui avait bien pu inventer un truc aussi débile que ce bal de fin d'année ? Kojirô ne voulait pas y aller. Il avait supporté cette bande de vaches gloussantes et d'attardés sociaux toute une année. Il était content de ne pas les voir pendant trois semaines. Décidément, il lui fallait des vacances plus longues.

Sur le toit, Neeve ramassait le linge en chantonnant, les oreilles bouchées par son lecteur MP3 portable. C'est alors que Kojirô eut un éclair de génie. Il rentra chez lui en vitesse et ouvrit la porte donnant sur la terrasse à toute volée.

- « Hase, tu viens à cette stupidité de bal avec moi ! » ordonna-t-il après s'être assuré qu'elle était seule d'un coup d'œil et en lui arrachant presque un écouteur de l'oreille.

- « Quoi ? Ce soir ? »

- « Oui. »

- « ... » Un panier sur une hanche, Neeve haussa un sourcil. Ramassa un T-shirt. Fit une moue, un pas sur la gauche. Détacha une taie d'oreiller. Il renâcla. Elle le regarda de haut en bas, de bas en haut. Fit un pas devant. Il renifla. Elle plia une chemise. Regarda de haut-bas, bas-haut. Roula une paire de chaussette. Il grogna. « J'ai combien de temps ? » fit-elle.

- « … tu es d'accord ? » Il s'attendait à devoir argumenter plus que ça. Non, en fait, il n'aurait pas argumenté, il l'aurait chatouillée jusqu'à ce qu'elle cède.

- « Il faut bien. »

- « Vraiment ? »

- « Tu es en train de perdre un temps certainement précieux… combien de temps ? »

- « Le bal commence dans une heure et demie. »

- « Nous allons être en retard. »

- « Ah. »

- « J'ai besoin de deux heures. »

- « Ah ? »

- « Oui. » Neeve passa devant lui tranquillement et descendit dans la buanderie, Kojirô stupidement sur ses talons. « Papa et Keiko sont partis acheter des baskets aux garçons. Natsuko est déjà chez Romi. »

- « Ah. » Elle posa son panier, replia le linge correctement et le distribua en pile.

- « Fais l'étage. » Elle s'éloigna avec un tas en direction de la chambre des parents. Kojirô stupidement obéit. Quand il redescendit, intrigué par son calme, elle était en train de faire des sandwichs.

- « Poulet salade tofu, ça te va ? »

- « Quoi, on mange maintenant ? »

- « Oui, hors de question de salir ma robe. »

- « Ah. » Maintenant ou dans une heure, ça lui allait. De toute façon, il aurait faim dans moins de trois heures. Les deux adolescents s'assirent en silence dans la cuisine pour manger leur casse-croûte. Neeve lisait une revue pour filles et Kojirô faisait les jeux du journal d'hier. Aussitôt qu'elle eut avalé la dernière miette, la jeune fille se leva.

- « Ce n'est pas tout, mais je dois me préparer. Je prends la salle de bains du haut. »

- « Ah. » Kojirô se méfiait. Il avait entendu parler du calme avant la tempête. « Tu es trop gentille, c'est louche. »

- « Non, j'ai envie de danser. Et j'en ai marre d'être enfermée dans cette baraque. »

- « Mais tu y vas doucement, hein ? » Kojirô avait complètement oublié qu'elle était censée être en convalescence. Si elle faisait une rechute à cause de lui, Shouta le disséquait vivant. Neeve montait les escaliers et stupidement, il la suivait.

- « Mais oui… Comment veux-tu que je m'habille ? »

- « … avec une robe… Tu peux y aller cul nu si tu veux… » Kojirô eut un sourire chafouin en imaginant la scène.

- « Crétin… Je te demande quel genre de robe ? »

- « … une avec du tissu… »

Neeve soupira à fendre l'âme et se retourna. La pitié se lisait clairement sur son visage.

- « Allons bon. Veux-tu que je sois normale, ou sexy, ou provocatrice, ou super class ? »

- « Aaaaah. » Il ne pouvait pas avoir des éclairs de génie tout le temps, non plus. « Définitivement sexy. Pas trop provoc, mais pas trop col monté… »

- « Je vois… J'ai exactement la robe qu'il te faut. » Waaaouh, Kojirô n'y croyait pas, il venait de parler « femme », une langue qu'il n'avait jamais étudié. Elle l'avait compris. Oh là, on ne s'emballe pas.

- « Qu'il te faut. C'est toi qui la porte. »

- « Bien sûr. La couleur ne t'irait pas, de toute façon. » D'accord, il avait encore des progrès à faire.

Et Neeve s'enferma dans la salle de bains.

Kojirô prit ses affaires et alla se doucher en bas. Il en profita pour se raser. Il en sortait tout juste quand la famille rentra.

- « Salut ! » fit-il depuis le couloir.

- « Kojirô ! » lui répondit Keiko. « Tu m'as fait peur. »

- « Désolé. »

- « … est-ce que tu es tout nu sous ta serviette ? » demanda presque sévèrement Keiko en fronçant les sourcils. Kojirô ne semblait avoir qu'une grande serviette drapée autour de la taille.

- « … pourquoi poses-tu la question ? »

- « Parce que si c'est le cas, tu te prends une sacrée leçon—AAAAH ! »

- « TADA ! » Tel un exhibitionniste, Kojirô avait ouvert sa serviette devant lui, tenant un bout dans chaque main. Il tortilla des fesses devant sa mère, toute rouge de honte. « Tu espérais autre chose ? » Il n'avait qu'un boxer noir, mais il n'était pas tout nu.

- « Mais tu es un véritable crétin ! Mon fils est un idiot ! » Kojirô éclata de rire et monta dans sa chambre. Neeve était toujours dans la douche. Il ouvrit son armoire et sortit le costume qu'il avait porté pour le mariage. Le temps qu'il s'habille, Neeve sortait de la douche.

- « Tu as les tickets ? » demanda-t-elle à travers la porte.

- « Hn. » C'en était une bonne, de question. Qu'est-ce qu'il avait fait des tickets ? Il retourna son sac sur son lit. Peut-être pas une si bonne idée que ça. Tiens, il venait de trouver deux euros… et un paquet de chewing-gums qu'il pensait avoir fini. Un vieux contrôle d'anglais noté « nul à refaire » qu'il n'avait jamais refait. Aaahha ! non… ce n'était pas les tickets. Et ça ? Non, un brouillon de maths… beurk, un vieux mouchoir. Et ça ? Oui les tickets ! Neeve faisait maintenant un boucan d'enfer avec son sèche-cheveux. Rassuré, Kojirô finit de trier les horreurs sorties de son sac et déposa en vrac livres et classeurs sur son bureau. Dans son coin, la plante verte frémit sous le choc.

- « T'es un peu jaune, toi… » grommela-t-il. « C'est quoi encore ton problème ? Trop de soleil ? Jamais contente… C'est bon le soleil, pourtant…» Il déplaça ses livres, et mit la plante dans l'autre coin. « Voilà, t'es contente ? T'arrête de me prendre la tête ? » La soucoupe était vide. « T'as encore besoin d'eau, cochonceté ? » Il mit un doigt dans le pot. Plus sec, tu meurs... « C'est pas vrai, t'es un vrai siphon… » Il alla dans la salle de bain pour remplir le récipient. « Maintenant, tu pousses et tu me fiches la paix. Saleté. » Il donna une légère tape à la plante. Pour la route.

Il alla se laver les dents et réfléchit longuement devant la glace. Devait-il oui ou non mettre de l'after-shave ? Techniquement oui, mais il allait au lycée là. Ce que la vie était compliquée. Il décida que oui, parce qu'il préférait sentir bon que puer. Neeve arrêta son sèche-cheveux. Il était 19h20.

- « Hase, t'es prête ? »

- « Je t'ai dit que non. Et puis cela ne se fait pas d'arriver à l'heure ! »

- « Si tu le dis… »

Il haussa les épaules et alla regarder la télévision dans le salon, tout en aidant ses petits frères à finir leur puzzle. Natsuko était à sa boum, Keiko préparait le repas, et Shouta lisait le journal en suivant le journal télévisé d'une oreille distraite. Il finit par remarquer le pantalon et la chemise de son beau-fils.

- « Kojirô-kun, est-ce que tu sors ce soir ? »

- « Hn. Je vais au bal de fin d'année. »

- « Vraiment ? Je croyais que tu étais contre ce genre de choses. » s'étonna Keiko.

- « Je dois y aller, en tant que capitaine… » soupira le butteur. Si on lui avait dit qu'il aurait à faire le mariole, il aurait peut-être réfléchi à deux fois avant d'endosser ce brassard.

- « Et tu as une cavalière ? »

- « Ouais, j'y vais avec Neeve. » grommela-t-il.

- « Neeve ? Ma Neeve ? » releva Shouta.

- « Hn. »

- « Mais c'est adorable ! » s'extasia Keiko. « C'est très gentil de ta part de l'aider à s'intégrer ! »

- « Hn. Je vais voir se qu'elle fait d'ailleurs. »

Il s'éclipsa, ne désirant pas passer à la question maternelle plus que ça. Ou belle-paternelle.

- « Hase ! Il est moins cinq ! » dit-il en toquant à la porte.

- « Euh… Appelle ta mère ! » pria Neeve.

- « Tu as un problème ? »

- « Oui ! Appelle ta mère. »

- « Je peux peut-être t'aider ? » proposa-t-il, réticent à l'idée de mêler sa mère à tout ça.

- « Non. »

- « Tu es sûre ? »

- « … Tu sais lacer les corsets ? »

- « Non… Tu portes un corset ? »

- « Un truc similaire. Appelle Keiko !! »

- « D'accord, d'accord, mais tu es prête, après ? »

- « Presque. Tu es bien pressé… Tu as rendez-vous ? »

- « Idiote… MAMAN ! MAMAN ! »

- « Combien de fois je t'ai dit de ne pas crier ? La prochaine fois je ne boug-- » commença sa mère en montant à sa rencontre.

- « C'est Neeve, elle a une crise de laçage de pseudo-corset. »

- « Oh ! » Il avait dû parler « femme » encore une fois, parce que Keiko fronça les sourcils et entra rapidement dans la chambre de Neeve, en claquant presque la porte au nez de Kojirô qui était curieux de voir ce qui provoquait un tel bouleversement féminin. Au bout d'une minute, Keiko sortit.

- « Elle sera prête dans cinq minutes. Finis de te préparer ! »

- « Mais je suis prêt moi ! » En effet, il enfila sa veste, vérifia qu'il avait les billets et descendit faire le pied de grue sur le palier. Il commençait à avoir un peu peur. Un corset ? Mais qu'est-ce qu'elle ne va pas chercher… Shouta s'était levé et avait sorti son appareil photo. Kojirô grogna. Pas question ! Pas ques--…

Neeve venait d'apparaître en haut des marches et Kojirô sut qu'il avait vraiment eu l'idée du siècle. Quelle que soit la fille que Dejima comptait aligner face à Neeve, la pauvre n'avait pas la moitié du début du commencement d'une chance. Neeve était … très… jolie. Plus que jolie, mais ça, il était hors de question que Kojirô le lui avoue. Ou se l'avoue. De toute façon, pour avouer quoique ce soit, il fallait encore pouvoir parler ou penser et là, ni lui ni Shouta ne pouvaient parler… ou penser…

- « Ben quoi ? Je suis si belle que ça ? »

En plus, elle avait l'attitude hautaine et la langue bien pendue, et elle allait remettre ce crétin de Abe à sa place en deux-trois mouvements. Kojirô eut un sourire satisfait. A part Ken et Kazuki, personne ne savait que Neeve était sa sœur, donc elle allait facilement passer pour sa copine. Déjà que toute l'équipe y croyait. Décidemment, quand il était génial, il était super génial. Il fallait juste penser à coacher la Miss Neeve sur ce qu'elle devait ou ne devait pas dire.

- « Mais… tu n'as pas de corset… » Kojirô ne savait s'il était content ou dépité. Il se demandait un peu à quoi pouvait bien ressembler Neeve en corset.

- « Je n'ai jamais dit que j'avais un corset. J'ai dit que j'avais un laçage similaire. » Elle se détourna pour montrer son dos.

Neeve portait une robe sans bretelle qui semblait faite d'une seule pièce de soie gris perle, la moulant au niveau de la poitrine et du ventre, mais s'évasant sur les jambes en un mouvement fluide. La robe s'arrêtait juste aux dessous des genoux, mais curieusement, elle semblait tantôt plus courte, tantôt plus longue. La couleur mettait en valeur la peau pêche de la jeune fille, tout en donnant à ses yeux une couleur gris anthracite. La seule touche de couleur était un mince ruban noir qui servait au laçage de la robe dans le dos. Il se croisait et s'entrecroisait depuis le milieu du dos jusqu'à la chute de ses reins, s'arrêtait en un joli nœud et retombait en deux longs brins, dépassant l'ourlet de la robe de cinq centimètres. Quand Neeve bougeait, les deux brins s'agitaient doucement en une valse suggestive qui poussait le regard le long des jambes de la jeune fille. Il ne savait si c'était la robe qu'il lui fallait, mais elle lui allait bien. Sexy, mais pas trop.

Pour compléter sa tenue, Neeve s'était battue avec ses cheveux pour les lisser en un brushing parfait, sauf aux extrémités qui bouclaient un peu laissant un centimètre de peau libre dans son dos, entre la pointe des cheveux et le haut de sa robe. Elle avait relevé ses cheveux à l'aide de barrettes incrustés de faux diamants, en une sorte de demi-queue. Cela lui dégageait les oreilles et le cou. Une seule paire de pendants en argent et un petit pendentif en larme, toujours en faux diamants complétaient la tenue. Une bonne odeur de parfum fruité l'entourait. Class, mais pas trop.

Neeve descendit les escaliers et se tourna vers Kojirô.

- « Ça ira comme ça ? C'est ce que tu voulais ? »

- « En gros…. » Il était très content. « Bon, on y va. » Elle allait enfiler son manteau quand Shouta les interrompit.

- « Non, attendez, je veux prendre une photo. »

Avec un soupir, les deux adolescents se plièrent aux exigences paternelles. Le flash éblouit Kojirô, mais déjà Shouta tripotait son appareil pour changer un réglage.

- « Papaaaaa ! » gémit Neeve. « On va être en retard ! En fait, nous sommes déjà en retard ! » Elle agrippa Kojirô par le bras et le tira hors de la maison. Il eut juste le temps de prendre son manteau.

- « Hase ! Mets ton manteau ! »

- « Tiens-moi mon sac dans ce cas ! » Kojirô contempla la micro poche en tissu noir qui venait d'atterrir entre ses mains. C'était bien plus lourd qu'il ne le faisait croire. Curieux, voire intrigué, il ouvrit le fermoir et entreprit de regarder ce qu'il y avait dedans. Il ne pensait pas qu'il était possible de mettre autant de choses dans un truc si petit. Rouge à lèvres et autres produits cosmétiques, mouchoirs, petit flacon de parfum, téléphone portable, appareil photo… « Ne te gêne surtout pas ! » reprocha Neeve.

- « Mais comment ça rentre ? »

- « Secret féminin. »

- « C'est ça… Pourquoi tu ne voulais pas que Shouta prenne des photos ? »

- « Parce qu'il va mettre un temps fou à la faire, sa photo parfaite… Et puis je me doutais qu'il allait nous prendre la tête avec la question du couvre-feu, et de ne pas s'exciter… »

- « Vu comme ça. » Le silence retomba pendant qu'ils marchaient. « Tiens, tu marches vite, ce soir. »

- « C'est parce que j'ai des talons carrés. » Kojirô jeta un coup d'œil aux chaussures de sa cavalière. Des talons pas trop hauts, pas talons aiguilles mais pas grosses péniches non plus. Même les chaussures en elle-même étaient simples. Elle remarqua son manège. « Je n'ai pas droit aux talons aiguilles, le kiné me l'interdit. Et si on danse, je veux un truc confortable. »

Kojirô avait complètement oublié qu'elle s'était foulée la cheville le mois dernier. Mais déjà il arrivait à Tôhô, et il devait revenir à ses moutons.

- « Enfin… il faudrait que… le truc… » commença-t-il en se demandant comment présenter la chose sans qu'elle ne se fâche.

- « Donc, qui suis-je censée être ? » fit malicieusement Neeve. « En plus d'être ta cavalière ? »

- « Comment as-tu su ? »

- « Enfin, Hyûga-san ! Tu ne penses tout de même pas que je vais croire que tu m'invites pour mes beaux yeux !? Ou pour m'aider à m'intégrer ?! »

- « Je suis censée être ta copine, c'est ça ? »

- « Non, pas ma copine. Juste ma cavalière. »

- « Mais je dois être autre chose que ta sœur, n'est-ce pas ? »

- « Hum. »

- « Je vois. D'autres spécifications ? »

- « Ne me fous pas la honte de ma vie. »

- « D'accord. Mais nous sommes quittes, après ? »

- « Quittes ? »

- « Oh, si tu as oublié… » Elle dansotta un peu, toute contente d'elle-même. « Est-ce que… Ayame va venir avec Ken ? » Ils tournèrent le dernier coin de rue et se retrouvèrent devant le portail grand ouvert. Une foule se pressait vers le gymnase.

- « Je ne sais pas. » Honnêtement, il s'en fichait un peu.

- « Pffff… » Neeve eut un ricanement étouffé.

- « Quoi ? »

- « Regarde un peu sur ta gauche, la fille avec sa robe rose… Ri-di-cu-le ! » Elle avait raison, mais…

- « Neeve, ce n'est pas gentil de se moquer des autres. » reprocha Kojirô.

- « Je ne me moque que de sa robe. Elle aurait pu prendre un autre modèle. Ce n'est pas ma faute si elle a mauvais goût. » répliqua-t-elle en glissant une main sous son bras.

- « Et toi, tu as bon goût ? »

- « Parfaitement. Qu'est-ce que tu reproches à ma robe ? »

- « A ta robe ? Rien ? A celle qui la porte ? Plein de choses ! » Mais Neeve ne l'écoutait pas. Elle continuait de détailler la tenue des filles et les garçons, tout en donnant son avis. Kojirô eut donc droit à une série de critiques, toutes plus imagées les uns que les autres. A la fin, il avait du mal à se retenir de rire. Neeve avait une sacrée fichue langue acéeée. Ken avait eu raison. Avoir le diable à ses côtés en train de torturer les autres était extrêmement plaisant.

- « Et puis, celle-là ! Elle ne sait pas marcher avec ses talons. On dirait un canard unijambiste boiteux avec des cors aux pieds qui aurait trop bu ! »

Trop c'était trop. Kojirô éclata d'un rire tonitruant, au moment même où ils passaient la porte du gymnase. Le bruit attira l'attention de beaucoup de monde, et la moitié de la foule se retourna vers eux. Kojirô fit comme si de rien n'était, tendit ses tickets au bureau d'accueil et accepta de se faire tamponner la main, pendant que Neeve restait accroché à son autre bras, un petit sourire aux lèvres. Il était clair qu'elle appréciait d'être le centre d'intérêt et qu'elle venait de plonger dans son élément. Kojirô la rappela à l'ordre en donnant un petit coup sec au bras pour qu'elle se fasse tamponner la main aussi. Puis ils traversèrent la foule pour rejoindre Ken et Kazuki à l'autre bout de la grande salle. Les deux footballeurs avaient réquisitionné une table pour pouvoir mettre leurs manteaux et poser leurs verres.

En s'approchant, Neeve fut prise d'une crise de fou rire et Kojirô l'imita. Ce n'était pas très charitable, mais Sayuri, la cavalière de Kazuki était… intéressement boudinée dans sa robe. Un peu trop courte, un peu trop échancrée question poitrine. Lorsqu'elle se dandinait en rythme, cela agitait des choses que Kazuki trouvait visiblement attrayantes. Neeve et Kojirô tentèrent de retenir leurs rires, mais ils n'arrivaient qu'à se faire rire l'un l'autre. Leur progression dans la salle était suivie par de nombreuses paires d'yeux, étonnées de voir le Tigre en si bonne compagnie. Et si hilare.

- « Qu'est-ce qu'ils vous prend ? » demanda Kazuki alors qu'ils approchaient en guise de salut.

- « Rien, juste un truc… » répondit Kojirô en se tournant vers la cavalière de Ken. Ce n'était ni Ayame ni la petite-grosse-qui-n'était-ni-petite-ni-grosse-mais-qui-avait-l'air-marrante.

- « Ah, je vous présente ma… euh…. cousine, je suppose… ? » commença Ken.

- « Petite cousine issue de germain… ou cousine au 5ème degré. » précisa la jeune fille avec un sourire. « En fait, nos pères sont cousins. Mon grand-père est le frère de son grand-père. »

Kojirô et Neeve eurent un moment d'absence, le temps qu'ils visualisassent qui était qui pour qui.

- « Cherchez pas, j'ai rien compris. » souffla Kazuki. « On n'a qu'à dire qu'ils sont cousins. »

- « Je suis Chiyo Wakashimazu. » compléta la cavalière du goal en s'inclinant.

- « Chiyo va entrer à Tôhô l'année prochaine. Elle va venir vivre chez moi, alors je lui ai proposé de venir au bal, histoire qu'elle s'acclimate plus vite ! »

- « Cool ! Moi aussi je vais à Tôhô l'année prochaine ! » s'exclama Neeve. « Dans quelle section vas-tu ? »

- « Oh, générale ! C'était bien assez difficile d'entrer dans ce lycée. Et toi ? »

- « Ben… euh… section internationale. » Neeve semblait gênée d'être si « douée ».

- « Hihi, tu vas pouvoir m'aider en anglais ! »

- « Seulement si tu me rends la pareil. »

- « Comment ça ? »

- « Etant une Wakashimazu, tu dois avoir fait du karaté, n'est-ce pas ? »

- « Raté, ma mère trouvait ça trop violent pour une fille. J'ai donc fait de l'Aikido (1) puis je me suis mise au bo-jutsu (2) récemment.»

- « Tu dis ça parce que tu es nulle ! » plaisanta Ken.

Rapide comme l'éclair, Chiyo se décala et porta un coup direct au plexus de son cousin.

- « Tu disais ? » Ken se contenta de rester plié en deux.

- « Il faut que tu m'apprennes ça ! » déclara solennellement Neeve en jetant un rapide coup d'œil à Kojirô qui, étrangement, ne trouva pas cette idée à son goût.

- « Douée comme tu es ? Tu risques de blesser ta pauvre prof ! En tout cas, bienvenue à Tôhô. » Le jeune homme eut un sourire pour la cousine de Ken qui rougit un peu. Ken se redressa et fronça les sourcils, puis se racla la gorge.

- « Oui, bienvenue. J'espère que tu n'auras pas notre prof d'éco ! » dit Kazuki.

- « Ouais, un gros crétin de première classe ! » confirma Kojirô.

Chiyo sourit et se détourna de son cousin pour entrer dans la conversation. Ce dernier se rembrunit un peu.

- « Et comment va Ayame ? » demanda soudain Neeve.

- « Elle va bien. Elle est parti à Kyushu voir sa famille. » répondit-il sans se démonter, mais sans pour autant se dérider. Kojirô, Chiyo et Sayuri et Kazuki étaient maintenant en pleine discussion sur les différents profs du lycée et ne prêtaient pas attention aux émotions de Ken.

- « Bienvenue au club des gens qui se font piquer leurs copains. » lança la jeune fille en un peu ton pincé. Ken ne dit rien, mais il était clair que cette réaction le peinait.

- « Neeve… »

- « Hyûga-san, j'ai soif ! » fit Neeve. « Va me chercher un truc à boire, s'il te plaît ! »

- « Moi aussi ! »

- « Et moi aussi ! »

Ainsi congédiés, les trois garçons n'eurent pas le choix, et durent traverser la salle dans l'autre sens pour aller chercher des verres de jus de fruits. Les filles en profitèrent pour se rapprocher et faire ce qu'elles faisaient le mieux : papoter. Si possible en gloussant.

- « Donc, en fait, tu n'avais pas vraiment une cavalière ! » accusa Kazuki.

- « Comment ça ? Et Chiyo, c'est quoi ? Un épouvantail ? »

- « Tu sais très bien que ce n'est pas la même chose. Et ça vaut pour toi aussi, capitaine ! »

- « Pourquoi est-ce que tu te plains ? Qu'est-ce que tu reproches à ma cavalière ? »

- « Qu'elle ne soit pas un vraie cavalière ! »

- « Kazuki…. » gronda Kojirô d'une voix menaçante. « Je lui ai demandé et elle a dit oui. Immédiatement ! »

- « Vraiment ? »

- « Vraiment. Elle était même très contente de venir. Mais si tu veux, je peux lui faire part de tes sentiments quant à sa présence ici. »

- « Non, non ! » Kazuki paniqua un peu. « Elle est très bien, ta cavalière ! Même trop bien pour toi ! » continua-t-il malicieusement.

- « Héhé, le petit avant essaye de jouer dans la cours des grands et va faucher la copine de son grand capitaine, qui est aussi censé être son ami ? Je vois que tu as bien l'esprit sportif, Sorimachi. »

- « Et toi, Abe, je vois bien que tu n'as pas d'esprit, sportif ou autre. » répliqua le second attaquant directement.

Aucun des trois garçons n'avait remarqué qu'ils s'étaient presque arrêtés au niveau de l'ancien joueur de foot et de ses amis. Le groupe n'avait entendu que la dernière partie de la conversation mais Dejima n'avait pu s'empêcher d'y aller de son commentaire…. Et d'en rajouter.

- « Et j'en conclus que Tigrounet a réussi à se dégoter une cavalière ? »

- « Je me suis dégoté rien du tout, mais oui, j'ai une cavalière. Donc maintenant va voir ailleurs si j'y suis ! »

- « Oh mais non ! Je tiens à voir la merveilleuse idiote qui te sert de bouche-trou ! »

- « Et moi je vais enfin voir de quoi à l'air un parfait imbécile ! »

Kojirô prit deux gobelets en plastique et tourna les talons, se souciant peu de s'assurer qu'Abe le suivît ou pas. De toute façon, s'il venait chercher des poux à Neeve, il allait être servi. Dejima et ses amies leur emboîtèrent cependant le pas et virent Kojirô tendre un verre à une très charmante jeune fille.

- « Ah… Non c'est toi, sa cavalière ? » Impossible d'oublier une telle carrosserie !

- « … je le connais ? » demanda Neeve d'un ton suprêmement détaché. Elle ignora totalement Dejima et fit les yeux doux à Kojirô qui, bien qu'habitué à ses changements d'attitude et totalement complice de la tromperie, eut du mal à s'y faire.

- « Non, pas vraiment. Je crois que tu l'as croisé dans la rue. »

- « Ah. On s'en fiche, non ? »

- « Exactement ! » Il y a des fois où il adorait Neeve. Là, tout de suite, il avait envie de la prendre dans ses bras ! Il se contenta d'avoir son sourire en coin et de se tourner vers Dejima qui était bouche bée devant l'impertinence qui frôlait la grossièreté de Neeve. « Bon, tu es venu, tu as vu et tu n'as pas vaincu. Casse-toi ! »

- « Minute papillon ! Je ne suis toujours pas convaincu qu'elle soit ta copine ! »

- « Qu'est-ce que cela peut te faire que je sois sa copine ou pas ? » coupa Neeve.

- « Mais cela serait du gâchis ! Une fille comme toi avec un mec comme lui ! »

- « Qu'est-ce que tu reproches à Hyûga-san ? »

- « Tu ne vas pas me dire que tu lui trouves quelque chose ? » Elle eut un sourire angélique et papillonna des cils. Il est cuit. Il vient de tomber dans le panneau.

- « Je ne comprends pas… »

- « Laisse tomber. J'en déduis que tu vas être à Tôhô l'année prochaine ? »

- « Mais qu'est-ce qui te fais dire ça ? » Neeve se trémoussa un peu et joua avec ses cheveux. Dejima bavait presque, tous comme ses copains et même Kojirô pouvait voir que cela n'était pas au goût de leurs cavalières.

- « Tu es venue à Tôhô le jour des interviews et aujourd'hui. Donc tu as été admise. »

- « Tu verras bien en avril si je suis ici ou pas. »

- « En avril, moi je serai en fac. » fit Dejima d'une voix faussement peinée.

- « Comme c'est dommage ! » fit Neeve d'une voix un peu trop basse pour être sincère. « Je resterais donc l'inconnue du bal… »

- « Pas si nous faisons plus ample connaissance. Je veux dire, je me propose comme guide pour te faire découvrir mon lycée. »

- « C'est adorable, mais je pense que cela ne va pas être possible. »

- « Ah bon ? »

- « Je pense que tout le monde ne va pas être d'accord. »

- « Oh, je peux mater Tigrounet ici présent.»

- « Oh mais Tigrounet ici présent est le dernier de tes soucis. Tigrounet t'emmerde d'ailleurs. » Neeve eut un sourire toujours aussi angélique, mais ses yeux n'avaient rien de ceux d'une évaporée à présent. « Je pensais plutôt à ta charmante cavalière que tu as complètement ignorée depuis cinq minutes. » Il y eut un « clic » dans la tête de Dejima qui se tourna d'un air contrit vers sa cavalière qui fulminait de le voir draguer si ouvertement devant elle. « Et pour éclairer ta lanterne, je ne voix pas ce que tu reproches à mon cavalier. Il est grand, beau, séduisant, extrêmement bon danseur et respectueux des jeunes filles. A mon avis, n'importe quelle fille rêverait d'avoir un tel copain. » Jeu, set et match.

Kojirô s'était largement empourpré en entendant Neeve le défendre avec de tels mots. Heureusement qu'il était bronzé ! Il regarda avec une satisfaction certaine Neeve marcher doucement vers Dejima. Le coup de grâce !

-« Mais puisque tu as fais des déductions, à moi de faire les miennes. Si tu veux mon avis, » reprenait Neeve d'une voix mielleuse, « tu es tellement intéressé de savoir si oui ou non je sors avec Hyûga-san parce que tu as fait un pari débile. Du genre « tu n'as pas de cavalière » Connaissant Hyûga-san, il n'aurait jamais parié sur 'copine' ou 'pas copine', parce que lui, lui ne considère pas les filles comme des choses. Raté, il en a une, de cavalière... Et toi ? C'était quoi, ta part du pari ? Que ta copine était mieux que moi ? Manque de chance, de copine, tu n'en as pas. Ou plus… Parce que n'importe quelle fille trouverait un mec sans classe, prestance ou charisme comme toi, totalement pourri. Et je reste gentille. »

Kojirô ne sut jamais si Neeve avait lu les sentiments de la fille sur son visage, ou si elle l'avait convaincue, mais lorsque Dejima se retourna une seconde fois vers sa cavalière, il se prit une superbe gifle. Kojirô venait d'apprendre que toutes les filles savent gifler. Un talent naturel, comme le pouffement gloussé. La jeune fille lui lança un regard mauvais et disparut dans la foule. Les autres filles se regardèrent et sans un mot, partirent à la recherche de leur amie. Tous les troisièmes années restèrent plantés là. Seuls. Manque de chance pour eux, la claque avait fait du bruit et nombreux étaient ceux qui les regardaient en douce en chuchotant.

- « Donc Hyûga-san a gagné, sur tous les tableaux. » termina Neeve avant d'asséner le coup de grâce. « Donc, arrête de me pomper l'air. Si tu n'étais pas venu me casser les pieds, je ne t'aurais même pas adressé un regard !... Oooh, une valse. Hyûga-san, allons danser ! »

Kojirô se fit harponner par le bras et tirer sur la piste de danse. Il était tout juste 21h et le DJ qui devait assurer l'ambiance n'était pas arrivé. A la place, des musiques traditionnelles de chacha, valse, mambo et rock défilaient. Les surveillants étaient encore bien décidés à faire respecter un minimum de décence. Plus tard, quand le DJ serait là et que la nuit sera plus avancée – et surtout que le directeur et son épouse seraient partis – les jeunes pourraient danser et s'amuser comme bon leur semble. Enfin, pas tout à fait librement, ils garderaient l'œil ouvert pour les discussions trop… intimes…

Kojirô se retrouva donc lancé sur une valse. Il posa une main sous l'omoplate de sa demi-sœur et prit sa main dans sa main gauche. Elle aurait dû mettre des talons plus haut, elle était à la limite de la bonne hauteur.

- « Comment savais-tu que je sais danser ? » demanda-t-il en guidant Neeve. Il était un peu rouillé et pour le moment, se contentait de faire les pas de base. Mais il connaissait les pas de base, à l'inverse de beaucoup de ses camarades et il était même en rythme… enfin, pas trop en retard.

- « Keiko m'a raconté comment elle t'avais traîné au cours du soir pour que tu lui serves de partenaire. Il paraît que tu étais très bon. Le prof voulait même que tu arrêtes le foot. » Elle se rapprocha un peu, vu qu'il la tenait un peu trop mollement et elle avait du mal à lire ses mouvements.

- « Hase, j'avais dix ans. Tu as pris un gros pari. Imagine que j'ai tout oublié ! (3) »

- « La danse, c'est comme le vélo. On n'oublie jamais ! » Kojirô ne put hausser les épaules. Il eut un sourire et entama une série de pas pour faire un demi-tour. Sans sourciller, Neeve suivit. « Qu'est-ce que je te disais ! » Cependant, Kojirô ne tenta rien de plus osé, parce qu'après tout, il n'avait eu qu'un trimestre de cours.

Ils finirent la valse presque devant leur groupe. Pendant qu'ils dansaient, plusieurs footballeurs s'étaient réunis. Dejima and Co était hors de vue.

- « Hé, capitaine, tu ne nous avais pas dit que tu savais danser ! » Les joueurs regardaient Neeve plus ou moins discrètement. La furie était de retour. Etait-elle vraiment la copine de leur valeureux capitaine ?

- « Ouais, bon, on ne va pas en faire un plat… » grommela Kojirô en dissimulant ses sentiments derrière son verre de jus d'orange. Il ne savait pas s'il devait être fier ou gêné.

- « Ah, un chacha ! Viens danser ! » ordonna Neeve.

- « Je ne sais pas faire le chacha. » répliqua-t-il.

- « Je vais te montrer ! Voilà les pas pour le garçon ! » Neeve se retrouva à enseigner les pas de danses de salon aux footballeurs et à leurs cavalières. Tous étaient presque déçus quand le DJ arriva enfin et que la musique pop fit suite aux dernières notes d'un rock endiablé. Mais maintenant, tout le monde pouvait participer à la fête et il fut bientôt difficile de bouger sur la piste de danse. L'équipe de basket rejoignit celle de foot, et tous ensemble, ils s'amusèrent comme des petits fous jusqu'à ce qu'il soit temps de rentrer chez soi. Une année scolaire venait de s'achever.

Pour Kojirô, cela ne faisait pas trop de différence. Il n'avait jamais eu de vacances. Vacances voulaient dire plus d'heures travaillées, plus d'heures d'entraînements. Les jours s'enchaînaient et un jour, il se rendait au lycée au lieu de la supérette. Pas de grand changement dans son rythme de vie. Normalement. Mais rien n'était normal depuis que sa mère avait eu la lubie soudaine de se remarier. En fait, Kojirô était en train de se demander quelle normalité il préférait. Avant ou après la famille Hase ? Le jeune homme réalisa qu'il venait de cohabiter juste un peu plus d'un trimestre avec Neeve et son père, et qu'en moins de trois mois, leur présence semblait presque naturelle. Surtout celle de Neeve. Il grimaça un peu en pensant qu'elle allait maintenant s'imposer à Tôhô, qui était resté tout ce temps « son jardin secret. » Enfin, elle allait être dans une toute autre section, mais il se sentait un peu mis à nu. Comme si elle s'infiltrait dans chaque recoin de sa vie. Bizarrement, elle, il ne sentait pas qu'il l'avait infiltrée. Euh… bon, mauvais choix de vocabulaire, mais vous voyez ce qu'il voulait dire. Elle restait une énigme. D'accord, il ne s'était pas vraiment cassé la tête à découvrir le sens caché du rébus, mais elle savait presque tout de lui. Il n'avait rien caché, mais ne criait pas non plus sur les toits quelle était sa pâtisserie préférée. Elle… elle ? Oh, elle devait aimer les trucs au chocolat. Tiens, elle aimait les cookies. Et le concombre… et… euh…. euh….Pff, comment avait-il pu oublier ? Le café ! Et euh… et euh…Ben, en fait, Neeve n'était pas une grosse gourmande.

Kojirô et Neeve rentrèrent à pied dans un silence complet. Lui ressassait des pensées étrangement philosophiques pour cette heure avancée de la nuit, et elle se contentait de le suivre en regardant autour d'elle d'un air satisfait. Elle avait dansé jusqu'à ce que ses pieds lui refusassent un pas de plus. Son kiné n'allait pas être content, mais ça, elle s'en fichait. Le kiné était le cadet de ses soucis. Elle venait de se rendre compte qu'elle allait venir sur le territoire du Tigre l'année prochaine. Une soirée lui avait suffit pour voir qu'il avait un tout autre comportement au lycée. A la maison, il était grognon, mais attentionné comme seuls peuvent l'être les grands frères grognons, voire même gentil. Oui bon, elle admettait que son expérience des grands frères, grognons ou pas, était limitée, mais il était clair qu'au lycée, Kojirô Hyûga n'avait rien d'attentionné. Si d'un côté elle s'en fichait royalement, de l'autre, elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce qui allait se passer si elle laissait tomber des informations sur l'intimité du Tigre. Celles du style, il a un pyjama Albator, ou ne peut résister à une rediffusion de Bioman. Allons bon ! Apparemment, cela ne le gênait pas de s'afficher avec elle, mais elle sentait clairement une réticence de sa part à établir un lien direct d'association entre eux. Bien sûr, « salut, voici Neeve, c'est ma sœur parce que son père a mis en cloque ma mère » n'était peut-être pas le genre de présentation qu'elle souhaitait. Mais comment allait-elle vivre cette nouvelle année ?

- « Je me suis bien amusée. » lança-t-elle courageusement.

- « Hn. » Traduction : moi aussi.

- « Ce n'est pas si mal, Tôhô, après tout. »

- « Pff. » Traduction : j'm'en fous, c'est un lycée mais oui, pas trop pourri pour un lycée.

- « Merci de m'avoir invitée. »

- « De rien. » Traduction : de rien.

- « Mais… ? »

- « Mais quoi ? Hase, tu penses trop. Tu dis merci, je dis de rien. Et il n'a rien d'autre à dire. »

- « Mais tu ne m'aurais pas invitée si tu n'avais pas eu ce pari. »

- « Peut-être que si. Je ne pensais pas que tu serais libre, d'abord. »

- « Vraiment ? »

- « Vraiment quoi ? »

- « Tu m'aurais invitée ? Moi ? Entre toutes les filles qui te tournent autour ? »

- « Justement, toi, tu ne tournes pas. Et puis quoi ? Tu n'es pas contente ? »

- « Tu es grincheux. »

- « Et toi, tu m'énerves. »

- « Est-ce… est-ce que tu regrettes de m'avoir invitée ? »

- « Là, tout de suite, oui. Tu m'aurais posé la question il y a cinq minutes, j'aurais peut-être dit le contraire. » Neeve soupira.

- « C'est fantastique, tu es à la fois le mec le plus bouché et le plus compliqué que je n'ai jamais rencontré. »

Ils arrivèrent chez eux et allèrent se coucher. Leurs parents dormaient déjà. Enfin, Kojirô aurait mis sa main à couper que Keiko était étendue sur son lit et n'avait fermé les yeux que lorsqu'elle avait entendu DEUX personnes rentrer.

- « Bonne nuit et à dans quinze jours ! » répondit Neeve.

- « Hein ? »

- « Je pars demain très tôt. Dans six heures pour être exacte. Je ne te verrai sûrement pas. »

- « Bien, cela me fera des vacances. »

- « Mais tu es en vacances. »

- « Justement, casse toi ! Du balai ! »

- « Allez, avoue que je vais te manquer ! »

- « Que dalle ! »

- « Rapporte-moi un souvenir d'Okinawa ! »

- « Tu rêves ! »

- « Un truc mignon ! »

- « Allez, va dormir. »

Les deux adolescents allèrent se coucher sans se douter que la prochaine fois qu'ils se verraient, ils allaient avoir une surprise de taille. La première d'une longue série. Mais pour le moment, laissons-les dormir. Ils vont en avoir besoin.

(1) http/fr./wiki/AC3AFkido

L'aïkido se compose de techniques avec armes et à mains nues utilisant la force de l'adversaire, ou plutôt son agressivité et sa volonté de nuire. Ces techniques visent non pas à vaincre l'adversaire, mais à réduire sa tentative d'agression à néant

(2) http/fr./wiki/Bo-Jutsu

Discipline d'origine japonaise, le bo-jutsu est l'art martial du maniement du bâton long () par opposition au Jo-jutsu qui est, quant à lui, la technique du bâton court. Le Bo-Jutsu est étudié séparément ou bien en complément des disciplines à mains nues Karaté ou Aïkido, ou comme partie intégrante d'un système d'armes kobudo ou kendo.

(3) Pour ceux que cela choque de voir un Kojirô danseur de salon…

- Je trouve que les gars qui savent danser totalement irrésistibles.

- Dans le chap 7, quand il rencontre Neeve, il note qu'elle avait dû faire de la danse. Donc il s'y connaissait. Un peu.

- Que celle qui ne bave pas devant cette scène me jette la première pierre.

-o-o-o-o-o-

Donc voilà, encore un chapitre (voire un demi chapitre) et cela sera fini… pour la première partie de mon scénario, i.e. « Neeve avant Tôhô ». Voilà donc que la partie espérée par toutes pointe son nez : « Neeve et Kojirô à Tôhô ! »

Merci à toutes de votre fidélité !