Chap 35 –

Note 1 : J'ai appris que chaque lycée au Japon avait sa propre banque d'épreuves, donc que Natsuko aurait dû passer cinq ou six banques d'épreuves. Moi, j'avais calqué le tout sur le système de banque d'épreuves des Ecoles de Commerce et d'Ingénieurs.

Note 2 : Oui, je le répète : Ken, Kojirô et Takeshi viennent d'une autre région (autre que Tokyo) mais comme j'ai fait la boulette avant, je signe et persiste. Si je fais une autre fic sur Captaine Tsubasa, je changerai ce détail.

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Je recommande !

Pour une fois, c'est un vrai livre. Assez court, les chapitres ne font pas plus que quatre pages chacun.

Pourquoi les Japonais ont les yeux bridés, par Keiko Ichiguchi, aux éditions Kiko. Mangaka installée en Italie, Keiko Ichiguchi nous parle de son expérience du monde manga et des traditions japonaises.

Succulent, marrant, instructif et léger !

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Chapitre 35 – S'entendre comme chat et chien

La carcasse de l'avion trembla. Kojirô avait l'impression que tout son corps était parcouru d'un courant électrique et que si cela ne s'arrêtait pas dans les secondes à venir, ses dents allaient tomber. A ses côtés, Takeshi avait plus que blêmi et agrippé l'accoudoir tellement fort que ses phalanges avaient blanchies. Kazuki, côté hublot, avait rapidement détourné les yeux de cette piste d'atterrissage qui se rapprochait bien trop vite à son goût et devant l'impact imminent, avait fermé les yeux, comme si ne pas voir aller reculer, voire annuler, l'inéluctable. Seul Ken, de l'autre côté de l'allée semblait supporter de cet atterrissage brutal. Mais comme il avait souffert pendant tout le vol, ayant dû ranger et garder ses grandes jambes dans le minuscule espace devant lui prévu à cet effet, il ne se souciait guère du comment de la chose tant qu'ils arrivaient enfin. Le coucou métallique roula plus doucement et s'arrêta en un dernier cahot. Ken bondit sur ses pieds, manquant de s'assommer en se cognant dans le plafond décidemment bien trop bas. En reculant, il faillit se percer l'œil avec le coin de la porte de l'espace bagage que Kojirô venait d'ouvrir.

- « Je veux sortir ! » gémit le gardien de but en s'accrochant à son capitaine.

- « Mais qu'est-ce que tu as ? »

- « Je suis claustrophobe, voilà ce que j'ai ! Et cet abruti de pilote qui a eu son brevet dans un Kinder Surprise… »

- « Bon, d'accord, ça secoue… mais c'est ça le low-cost… »

Ken grommela et bouscula tout le monde pour jaillir tel un chat tombant dans une piscine hors de la carlingue. Une chance que les joueurs de foot aient été assis au premier rang…

Kojirô soupira et empoigna son sac. Il était un peu d'accord avec Ken. Si le vol aller s'était plutôt bien déroulé, le vol retour avait été toute une histoire. Plus de trois heures de retard au décollage, un vol mouvementé et un atterrissage des plus hasardeux. Takeshi qui trottinait derrière lui était encore bien blanc. Il commençait à regretter l'attrait du prix bas de ce vol « direct ». Direct à Okinawa, oui merci, parce qu'il n'y avait qu'un aéroport sur l'île. Mais voilà qu'ils débarquaient dans un aérodrome de campagne. Avant de rejoindre la banlieue Tokyoïte, ils allaient devoir se taper deux heures de bus et bien sûr, le métro pour regagner leurs maisons. Donc le vol direct à bas prix avait été une belle embrouille. Heureusement qu'ils étaient jeunes et solides.

Solides, pour l'être, ils l'étaient. Ils revenaient d'une semaine d'entraînement au centre du coach Kira. Ils pouvaient survivre à tout. C'était d'ailleurs cette pensée qui les avait réconfortés lors des perturbations aériennes. Avec un nouveau soupir, Kojirô s'assit à l'arrière du car et s'étala, comme un poulpe manquant d'eau.
- « J'ai faim ! » gronda-t-il.

Kazuki, Takeshi et Ken hochèrent la tête. Eux aussi avaient les crocs. Normalement, ils auraient déjà dû être chez eux, douchés et presque attablés devant un bon repas. Mais les voilà dans un bus miteux qui s'ébranlait en cahotant. Sorimachi alluma son portable et téléphona rapidement à ses parents pour leur dire qu'il était arrivé et demander qu'on vienne le chercher à l'arrêt de bus. Kojirô étouffa un autre grognement. Il appréciait énormément Kazuki mais il lui arrivait encore de tiquer devant ses caprices de gosse de riches. Pourquoi faisait-il se déplacer son père ? Il pouvait bien prendre le métro comme tout le monde. Ken et Takeshi pensaient la même chose. Eux et Kojirô venaient des quartiers assez pauvres de la capitale. Ils ne devaient leurs inscriptions à Tôhô qu'à leurs talents de footeux, et ne survivaient que grâce à leur bourse. La famille de Ken était nettement plus aisée maintenant, mais Kojirô se souvenait d'une époque où le dojo Wakashimazu n'employait pas dix personnes. Enfin, lui aussi était aujourd'hui un gosse de riche. Ou plutôt un beau-gosse de riche.

La nuit était bien avancée quand le bus arriva à destination. Le temps tournait à l'orage et le père de Kazuki se proposa de déposer tout le monde devant le lycée. La balade en grosse berline étant nettement plus confortable qu'un trajet en métro puant, les garçons acceptèrent. Kojirô fit des excuses mentales à son ami et se cala dans le siège arrière, Takeshi pris en sandwich entre lui et Ken. Le buteur se retrouva donc bientôt devant chez lui, trempé de la tête aux pieds par la pluie qui était depuis tombée sans faiblir. Il ne ralentit sa course que pour ouvrir le portail étrangement fermé à clé et se précipita vers la porte.
- « Bonjour ! » lança-t-il depuis le couloir. Personne ne lui répondit. Le jeune homme fronça les sourcils. Les crapauds étaient encore chez sa tante, mais où étaient sa mère et Shouta ? C'est alors qu'il se rappela qu'il n'y avait pas de voiture garée dans l'allée. Bah, ce n'était pas très gentil ça, de sortir juste le soir où il devait rentrer… surtout rentrer en retard.

Grommelant et ronchonnant, il alla prendre une douche. La grande maison était presque lugubre, toute sombre et toute vide comme ça. Enfin, ce n'était que momentané. Dans moins de huit mois, un bébé viendrait combler le silence. Il sortait de sa longue douche quand la maison revint à la vie. Encore ? Mais cela devient une habitude. Il suffit que je me lave pour que tout le monde arrive. Sur le palier, il croisa une Neeve de bien mauvaise humeur.

- « Vire de là, je veux prendre une douche. »

- « Ouais, salut à toi aussi. Tu as raison, tu pues. » Kojirô s'appuya sur le chambranle et la défia du regard. Non mais, pour qui elle se prend ?

- « Justement. Pousse-toi, j'ai froid aux pieds et mon père est déjà sur mon dos…. » Elle plaqua ses deux mains sur son estomac, laissé libre puisque, comme à son habitude, il n'avait qu'un boxer recouvert par sa grande serviette.

- « Mais tu es malade ! Tu as les mains gelées ! » Kojirô sursauta.

- « Image mes pieds… »

- « D'accord, Miss Amabilité, va te laver. N'oublie pas derrières les oreilles… » Il la laissa passer et il alla enfiler son vieux jogging en se massant les abdos, à la recherche de chaleur. La sensation de froid dans ses entrailles ne voulait pas disparaître.

- « Hé, Keiko nous appelle pour manger ! » fit Neeve en passant devant sa porte. Pour une fois, elle avait pris une douche express. « Comment était ton stage de foot ? » Il reconnut là une approche de réconciliation tout Haseienne. Depuis quand Neeve se souciait de savoir ce qui se passait dans son univers footballistique ? Depuis qu'elle avait quelque chose à se faire pardonner. Grand prince, il passa l'éponge.

- « Ça peut aller. »

- « Tu es tout bronzé, tu es presque noir. »

- « Ben oui. Il y avait du soleil à Okinawa. Et toi ? Osaka ? »

- « Pas autant de soleil mais ma grand-mère m'a appris à faire les gâteaux rhubarbe-citron. »

- « Et c'est mangeable ? »

- « Oui. Mais si tu le prends comme ça, tu n'en n'auras pas. »

- « Bien, je tiens à rester en vie. »

- « Idiot. »

- « Pimbêche. »

- « Morpion. »

- « Vaniteuse. »

- « Non, réaliste. »

- « Et modeste avec ça. »

Le repas du soir fut silencieux, les parents étant confrontés à deux ados grincheux, fatigués et affamés. Il s'avéra que les perturbations qui avaient agité le vol de Kojirô étaient en fait une grosse tempête sur terre et que le train de Neeve avait dû s'arrêter en pleine campagne à cause d'un arbre abattu sur la voie. Shouta et Keiko étaient partis la chercher. Une fois leurs repas avalés, Neeve et Kojirô allèrent se coucher, sans même s'asticoter tellement ils en avaient marre.

Ils se réveillèrent presque en même temps, au son du téléphone. Il n'était même pas 10h. Au lieu de traîner au lit, ils se levèrent. Une bonne nuit de sommeil les avait retapés. Après un chassé-croisé dans la salle de bains, ils descendirent dans la cuisine. Kojirô était prêt à tout pour que Neeve lui fît de la pâte à gaufres mais…

- « Ben vous ne travaillez pas ? » Shouta et Keiko étaient assis, lui en train de lire le journal, elle faisant des sudoku. Neeve servit le café et Kojirô prépara juste deux bols de céréales. Tant pis pour les gaufres, mais ce n'était que partie remise.

- « Non, tu vois bien. » Shouta plia son journal et regarda sa fille d'un air moqueur. « Aujourd'hui, nous avons des plans pour vous. »

- « Ah ? » demandèrent prudemment deux voix qui, sans mot ou regard échangé, faisaient front commun devant cette inhabituelle présence parentale.

- « Oui, ah ! » Shouta était clairement amusé. « Keiko et Neeve vont aller faire des trucs de filles, genre dépenser tout mon argent. » Le visage de Neeve s'éclaira immédiatement.

- « Oh ça ! C'est toujours bon pour moi ! »

- « Exactement. Et il faut te dépêcher, nous avons rendez-vous chez le coiffeur dans une heure. » ajouta Keiko.

- « Coiffeur ? »

- « Mais oui ! Neeve, regarde tes pointes, on dirait des queues de rat ! » La jeune fille prit la bout de sa queue de cheval qui pendait sur son épaule et la rejeta dans son dos, comme pour cacher cette chose honteuse.

- « Ce n'est tout de même pas si horrible. » marmotta-t-elle en rougissant.

- « Encore plus. Pense à peu à ce que Shun va dire en te voyant comme ça. »

- « …. » Neeve marmonna encore quelque chose, le nez dans son bol et remonta les escaliers pour se préparer.

Keiko fut un peu surprise par cette réaction. D'habitude, la seule mention du nom de Shun suffisait à envoyer Neeve sur la lune. En bonne mère, elle lança un regard vers son fils qui devait sûrement savoir de quoi il se retournait, vue « l'amitié » qui unissait les deux garçons. Kojirô fut soudainement pris d'un intérêt fou pour sa page de sport. Hors de question d'avouer que le plan d'Ayame, même s'il ne se déroulait pas de la façon prévue, fonctionnait à merveille.

En effet, les relations Neeve-Shun n'étaient pas au beau fixe. Après avoir appris pour Ken et Ayame, Neeve avait, comme son amie s'y était attendue, pris largement ses distances avec elle. Mais les choses se compliquèrent à ce moment. Neeve alla bien rejoindre Shun, mais sans se plaindre ou mentionner quoi que ce soit. De plus, Kojirô ne put organiser de soirées de révisions parce que Ken et Kazuki avaient des emplois du temps contradictoires. Mais il s'avéra que rien de tout ce qu'Ayame avait prévu n'avait été nécessaire.

Ayame confia à Ken, qui raconta à Kojirô, que Shun semblait trouver la présence continuelle de Neeve à ses côtés un peu trop gênante. Ben oui, difficile de flirter avec votre copine sur les bras. Neeve avait d'abord été blessée puis agacée par ce rejet de la part de son copain qui, tout récemment, lui faisait une crise de jalousie. Kojirô se doutait aussi que Neeve avait senti les manigances entre Ken et Ayame, surtout quand ce dernier choisit de ne pas demander à Ayame de l'accompagner au bal. Bien sûr, il avait l'excuse toute faite de sa cousine, mais Neeve ne semblait pas avoir été dupe. Le point critique avait été atteint quand Shun se débrouilla pour être absent au moment où Neeve revenait de ses vacances, alors qu'elle l'avait prévenue des semaines à l'avance. Kojirô avait compris que Neeve commençait doucement à ouvrir les yeux sur les réelles motivations de Shun. Le fait que sa meilleure amie et son meilleur ami fissent autant des manigances pour elle la touchait et, à contrecoeur, elle admettait doucement qu'ils n'avaient peut-être pas tort.

- « Kojirô-kun ? »

- « Hum ? » Perdu dans ses pensées, il n'avait pas écouté.

- « M'aider à faire quelques courses ? »

- « Heu, ouais, bien sûr. » En fait, non. Kojirô suspectait une sorte de journée mère-fille, père-fils et merci beaucoup, mais non. Mais voilà, il avait été assez bête pour dire oui. Ne pouvait-il pas prétexter avoir un entraînement de foot ? Idiot ! Crétin ! Miiiiiiiince !

Après avoir déposé « les filles » chez le coiffeur, Shouta repartit.

- « Où allons-nous ? » demanda Kojirô en baillant. Il passa une main dans ses cheveux qu'il n'avait pas eu le temps de coiffer dans l'espoir de les discipliner un peu. Tiens, ils avaient déjà poussé !

- « Une surprise. »

- « Shouta, je n'ai plus l'âge des surprise. » Surtout les mauvaises.

- « Tut tut, il y a toujours une place dans ta vie pour les surprises. Sinon, cela veut dire que tu es un vieux grincheux rétrograde. »

- « Pff, c'est un truc qui plairait à Neeve, ça. »

- « Un peu, c'est elle qui me l'a dit. Elle avait huit ans. »

- « Ben, elle ne s'est pas arrangée ! » Shouta éclata de rire.

- « Non pas vraiment. Est-ce que tu t'entends mieux avec elle ? »

- « Ça fait aller. »

- « Elle t'en fait voir de toutes les couleurs ? »

- « Non, je maîtrise. Ce n'est qu'une fille après tout. » Oups, je n'aurais peut-être pas dû dire ça comme ça. Mais Shouta fut pris d'un autre éclat de rire. Ce que Kojirô trouva hautement suspicieux. Il était trop joyeux pour être honnête.

- « Je vois. Je voulais te dire que… je vais toucher un mot à Neeve. Quant à son comportement à Tôhô. »

- « Si tu veux. Mais ce n'est pas la peine. Si elle m'énerve, je le lui dirai. »

- « Je te fais confiance. Mais je préfère… canaliser… ses efforts dans le bon sens. Egalement, je ne veux pas qu'elle soit trop timide. »

- « Neeve ? Timide ? »

- « Tu aurais dû la voir le jour où elle est rentrée à St Elizabeth. Elle était terrifiée. Pourtant c'était elle qui avait choisi cet établissement. En fait, Neeve est une grosse froussarde. Elle a peur des confrontations. »

- « Je sais. Manque de confiance en elle. Mais cela ne fait pas d'elle une timide. Au contraire, elle cache ça derrière son effronterie. »

- « Donc, tu trouves ma fille effrontée ? »

- « Tout à fait. Mais où va-t-on ? » Ok, pas subtil comme changement de conversation.

- « Et toi, tu es ou très curieux, ou pas très patient. » Les deux ! Crétin. « Voilà, nous sommes arrivés ! »

Ils avaient quitté leur banlieue pour en regagner une autre, plus calme, presque un début de campagne. Shouta se gara dans une petite rue. Kojirô était de plus en plus perplexe. Mais que faisaient-ils ici ? Derrière la grille, un chien vint aboyer, mais il n'y avait rien de méchant dans son comportement. Plutôt un « Hé, vous êtes chez moi ? Vous voulez quoi ? » Shouta sonna pendant que Kojirô se perdait dans la contemplation des ses pieds. Il me faudrait une nouvelle paire de baskets. Celle-ci est pourrie.

- « Ah, Shouta ! Tu es enfin venu! » Un homme venait de leur ouvrir la grille. Le chien s'assit sagement, mais Kojirô devina qu'il n'avait qu'une envie, celle de venir les renifler. « Où est Neeve ? »

- « Salut, Yasuo ! Kojirô-kun, voici Yasuo Shimato, un ancien collègue de fac. Et voici Montana. » Montana le chien décolla d'un bond et vint faire la fête aux invités. Kojirô salua de la tête, sans pour autant savoir pourquoi il était là, mais il se baissa pour caresser le chien. « Kojirô-kun est mon beau-fils, il va m'aider à choisir. »

- « Il était temps. » Yasuo salua en retour et fit signe aux deux visiteurs de le suivre. Ils étaient dans une arrière-cour. Contrairement à ce que le jeune homme pensait, ils ne rentrèrent pas dans la maison mais suivirent une petite allée qui menait vers un autre long bâtiment, sans étage, qui donnait sur la rue principale. Montana gambadait devant eux, conduisant le groupe vers une porte de derrière.

- « J'ai exactement la bestiole qu'il vous faut. »

Tilt. Kojirô réalisa soudain ce qu'ils venaient faire ici. Presque accusateur, il regarda Montana bousculer tout le monde pour rentrer le premier, et se précipiter vers un grand panier où une chienne était allongée. Il lui donna un grand coup de langue, se tourna vers eux et aboya gaiement. Un autre aboiement lu répondit, venant d'une sorte de caniche dans une cage. D'autres animaux étaient couchés dans des cages ou des paniers.

- « C'est un refuge ? » questionna Kojirô en s'approchant du panier. Comme il s'en doutait, la chienne allaitait des chiots.

- « Non, une clinique vétérinaire. » répondit Shouta à la place de Yasuo qui fermait la porte. « Yasuo était avec moi en première et deuxième années de fac de médecine, avant qu'il ne change de… spécialisation. »

- « Que veux-tu ? Les animaux ne parlent pas pour ne rien dire et vous aiment. Deux choses pas forcément automatiques chez les humains. » répondit le vétérinaire en donnant une claque dans le dos de Shouta. « Vas-y, tu peux les toucher. » ajouta-il vers Kojirô. Celui-ci ne se fit pas prier et s'agenouilla pour caresser la mère puis pour plonger ses mains dans la masse grouillante de fourrure. Il y avait quatre chiots, tous plutôt petits. Kojirô en prit un pour l'examiner.

- « Ils ont un pedigree ? »

- « Et oui. Montana et Rainbow sont Akita Inu pur race (1). »

- « Ils ne sont pas sevrés, ces petits ? » demanda Shouta en fronçant les sourcils.

- « En effet. Pour toi, j'ai gardé deux chiots d'une portée précédente. Ce ne sont pas des chiens de race, parce que la mère n'est pas homologuée mais ils sont stables et très réussis. »

Kojirô reposa le chiot près de sa mère et suivit les deux hommes vers un panier où des gros chiots s'agitaient. En entendant leur pas, ils relevèrent la tête. Kojirô compta deux Akita Inu et un autre chiot qui ressemblait à un croisement entre un labrador et un rottweiller. Il avait la tête et le poil mi-long du premier, mais le corps et la couleur du second. Un drôle de mélange pas trop déplaisant. Ce dernier chiot entreprit d'escalader le panier pour venir vers eux, mais à mi-chemin, changea de cap. D'une démarche pataude, il se dirigea vers un autre panier, celui-ci rempli de chatons. Il monta avec difficultés dans le panier et, écrasant un peu les félins au passage, s'installa confortablement. Kojirô n'en cru pas ses yeux. Il s'écarta des deux hommes et alla voir de plus près le panier. Il y avait cinq chatons et le chiot. Il posa la main sur celui-ci qui entreprit de rouler, écrasant à nouveau ses compagnons de berceau, pour montrer son ventre. Il commençait à être vraiment trop gros pour partager ce panier.

- « Kojirô-kun, viens voir ! » appela Shouta. A regret, il laissa son bonhomme de chiot pour aller voir les Akita Inu. Deux chiots, plutôt grands eux aussi, attendaient sagement sous l'œil attentif des deux adultes. Kojirô les trouva presque trop sages. Quel ennui !

- « Ce sont deux mâles. Toutes les femelles sont déjà parties et j'ai dû batailler pour garder ses deux-là pour que tu choisisses ! »dit Yasuo.

- « Et l'autre ? » demanda Kojirô.

- « Oh, lui ? C'est un numéro. Un chiot abandonné qui m'a été apporté. Il était à peine sevré quand je l'ai recueilli mais la chatte qui venait de donner naissance à sa portée l'a accepté et l'a laissé téter un peu. Du jamais vu. Enfin, il va devoir se séparer de ses copains, ils vont aller dans leurs nouvelles familles bientôt. J'en ai déjà placé quatre, et le sixième est déjà parti.»

- « Et le chiot ? »

- « Je ne sais pas trop. Comme il n'a pas de pedigree, c'est difficile. Il me faudrait une bonne âme pour adopter un bâtard comme lui. » Shouta regarda les deux chiots devant lui et dévisagea son beau-fils.

- « Dois-je en déduire que tu as eu un coup de cœur ? »

- « Un peu. Il est marrant. Et puis, si ces deux-là sont racés et si demandés, cela ne va pas être difficile de leur trouver un foyer. »

Shouta alla voir le chiot dans son panier qui bouscula tous les chats pour recevoir ses caresses. Un des chatons protesta et mordit le gêneur à l'oreille. En un instant, les deux avaient formés une boule de fourrure et…

- « Ne vous inquiétez pas, ils jouent. Pour l'instant, ils sont de la même taille, mais cela va changer quand le chiot va grandir. Ce qui a déjà commencé. » En effet, le chiot bloqua le chaton avec sa grosse patte et le félin cracha un peu.

- « C'est tout de même étonnant de voir un chat et un chien s'entendre comme ça. »

- « Pas vraiment. » Le vétérinaire haussa les épaules et récupéra le chaton par la peau du cou. « C'est le dernier de la portée, personne n'en veut parce qu'il est tout petit. Je pense aussi qu'il a une malformation à la patte. »

- « Comment ça ? » demanda Shouta.

- « Il a une patte plus courte que les autres. Il va boitiller mais rien de grave. Mais allez dire ça aux riches… »

- « Bon, c'est entendu, nous prenons les deux. » coupa Shouta en se redressant. « Ça te va Kojirô-kun ? »

- « Les deux ? » Yasuo et Kojirô le regardaient, incrédules.

- « Et oui. Je ne vais pas séparer de si bons copains. De toute façon, le chat sera celui de Neeve. »

- « Neeve ? »

- « Pour compenser pour le chiot. »

- « C'est vrai que ta fille n'aime pas trop les chiens. »

- « Exactement. Et puis, s'occuper d'un chat lui donnera confiance en elle pour le bébé. »

- « Un bébé ? Quel bébé ? »

- « Le mien ! » Yasuo félicita son ami et les deux adultes s'éloignèrent pour remplir les dossiers d'adoption tout en discutant famille. Laissé seul, Kojirô regarda le chaton. Pauvre bête, avoir Neeve comme maîtresse. Prépare-toi à morfler. Pour seule réponse, le félin se contenta de sauter de la main de Kojirô pour continuer à se battre avec le chiot. Un vrai petit tigre, blanc et feu, qui faisait le contrepoids au pelage noir et feu de son adversaire. Le reste de la matinée se passa vite. Yasuo les accompagna dans une grande animalerie pour acheter tout ce dont les deux membres de cette famille grandissante pourraient jamais avoir besoin, puis ils repassèrent chercher les deux petits monstres qui dormirent pendant tout le trajet du retour.

Une fois à la maison, Shouta lâcha les fauves dans le jardin intérieur. Ensemble ils parcourent le jardin mais rapidement le chaton trouva sur la terrasse une flaque de soleil dans laquelle se rouler en rond pour une petite sieste bien à propos. Le chiot continua de gambader avant de s'endormir dans son panier, installé dans un coin de la terrasse.

- « Maintenant que nous avons fait cette course, j'ai encore besoin de toi. » Shouta était attablé dans la salle à manger, devant une montagne de papiers. Kojirô soupira. Quoi encore ? « Un copain architecte est venu voir la maison et à déconseillé de construire une pièce sur le toit du garage ou de la cuisine. Voici les plans qu'il a dessinés, avec plusieurs propositions. Qu'en dis-tu ?»

- « Je n'y connais rien en construction. » Néanmoins, il s'assit en face de Shouta et regarda les plans. « C'est pratique d'avoir des copains véto et architecte. » commenta-t-il.

- « En effet. »

Après une longue discussion, Kojirô et Shouta décidèrent que la meilleure solution était de construire une petite pièce en rognant sur la terrasse intérieure. La chambre d'ami serait plutôt petite, vu que le mur du fond s'alignerait avec le mur de la buanderie, rallongeant l'allée qui liait les deux chemins. La porte de la chambre donnerait sur la terrasse, et une sorte de petit couloir en porte et toit vitrés viendrait se connecter à une arche creusée dans le mur actuel de la cuisine, entre le comptoir américain et la portée vitrée.

- « Par contre, cela sera le dernier ajout. On ne pourra plus construire d'autres pièces. »

- « Il vaut mieux, sinon cette maison ressemblera vraiment à du n'importe quoi. »

- « Les travaux commenceront quand vous rentrerez en classe, afin de limiter les nuisances. Cela ne devrait pas prendre plus d'une semaine. J'en profiterais pour faire faire un trou dans la grille de l'allée pour le chien et faire renforcer le portail. Il va falloir prendre l'habitude de fermer le portillon. »

- « Hum. »

Kojirô alla se servir un verre de coca et s'installa dans le sofa pour zapper sur les chaînes sportives. Shouta le rejoignit. Kojirô soupira encore une fois. Il se sentait encore mal à l'aise quand il se retrouvait seul avec son beau-père. Principalement parce qu'il n'avait rien à lui dire. La seule chose qui les unissait était cette famille recomposée et le sujet de conversation était mince, surtout entre un adulte et un ado, tout aussi mature qu'il soit. Le footballeur appréciait le fait qu'on lui demande son avis, pour le choix d'un chien ou de travaux, mais d'un côté, cela le dépassait un peu. Il n'avait jamais qu'assumé le quotidien, pas des choses aussi… Aussi énormes ou simples qu'était le choix d'un chien. La famille Hyûga n'avait jamais eu le temps ou l'argent pour ça. Petit à petit, Kojirô revenait à son rôle d'enfant, et laissant les responsabilités parentales à Shouta. Pourtant il ne voyait pas Shouta comme un père. Non pas que Kojirô pensait que le chirurgien ne puisse pas faire l'affaire, mais il y avait juste incompatibilité. Il se forçait donc à le voir comme une sorte d'oncle, quelqu'un de la famille sans être trop proche. Quelqu'un avec qui vous partagez des choses, peut-être même des confidences, mais rien de trop…Ils regardaient un compte-rendu des matchs de J-league quand Neeve et Keiko rentrèrent, chargées de sacs divers.

- « Vous avez bel et bien dépensé tout mon argent ! » gémit Shouta avec un sourire.

- « Mais on a pensé à vous ! » Les 'filles' exhibèrent un ensemble chemise-cravate pour Shouta et un chandail pour Kojirô. On sent que Neeve a eu son mot à dire. Celui-ci est portable… en public… jeune…

BOUM.

Le chiot venait de rentrer dans la porte vitrée. L'agitation l'avait réveillé. Il resta là, planté sur ses fesses, en train de se demander ce qui venait de se passer.

- « Mais qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda Neeve à la fois incrédule et effrayée.

- « On appelle ça un chiot, ma chérie. » Shouta fit coulisser la grande fenêtre. Keiko vint regarder le petit chien qui lui lécha les doigts. « Allez, approche-toi. » Neeve était restée là où elle se tenait et regardait la boule de poil noir et fauve se rouler par terre. « Il ne va pas te mordre. »

- « Euh non merci. »

Kojirô prit les choses en main. Il passa derrière elle, mit les deux mains à plats dans son dos et poussa. Fort. En direction de la fenêtre. Neeve patina et elle se retrouva propulsée dehors. Kojirô, bien décidé à clore le sujet, ferma la vitre derrière lui et campa sur ses positions pour l'empêcher de fuir. Puis il se baissa et ramassa le chiot. Tout content, l'animal se tortilla pour venir lui lécher le visage. Une fois la bête un peu calmée, il la mit de force dans les bras de Neeve, qui se figea telle une statue représentant l'horreur la plus absolue.

- « Mais que veux-tu que j'en fasse ? »

- « Rien, reste comme ça. Il semble heureux. »

- « Mais il n'arrête pas de bouger. »

- « C'est normal Hase…. Tu peux respirer, tu sais. »

- « Je t'emmerde, Hyûga. »

- « Tu peux aussi arrêter d'être crispée comme ça. Il sent que tu es nerveuse et c'est pourquoi il s'agite. »

- « Ecoute, reprends-le ! »

- « Non. » Kojirô croisa les bras sur la poitrine et regarda la jeune fille se dépatouiller. Maladroitement, elle reprit prise sur le chiot qui s'installa le ventre sur son avant-bras, les quatre pattes ballantes, la tête niché dans son coude.

- « Il va me baver dessus. »

- « Cette race ne bave pas. »

- « C'est quoi comme race ? »

- « Aucune, c'est un mélange de rottweiller et de labrador. »

- « Donc il va me baver dessus. »

- « Non. Caresse-le. Tu vas aimer, il est tout doux. »

- « … » Hésitante, elle posa le bout des doigts sur le haut du crâne.

- « Mais non, pas comme ça. » Kojirô lui empoigna la main et la posa bien à plat sur le dos et commença un mouvement de caresse. « Regarde, il est content. »

- « Tu as dis qu'il était content avant. »

- « Ben il l'est encore plus…. … … Tu n'as jamais eu de chien avant. »

- « Non. Je ne suis pas sûre d'aimer les chiens. »

- « Tout le monde aime les chiens, c'est comme pour les bébés. » Il lui jeta un regard pénétrant. Leur conversation sur un certain petit frère ou sœur était encore vive dans leur mémoire.

- « D'accord, je vais faire un effort… » grommela Neeve en se débarrassant du chiot.

- « Et puis, tu vas devoir en faire d'autres. » glissa Shouta en s'avançant vers elle. Il tendit ses deux mains jointes pour montrer le chaton endormi.

- « Un… chat ? »

- « Ton chat. »

- « Mais pourquoi ? »

- « Parce que je sais que tu voulais un chat. Si Mamoru et Takeru ont un chien, tu as un chat. »

- « Il est trop mignon ! » Neeve récupéra l'animal et le pressa contre sa joue.

- « Tu aimes les chats et pas les chiens ? » s'étonna Kojirô.

- « Un chat, c'est toujours propre, ça prend soin de lui, ça ne bave pas et ça n'aboie pas. Un chat est extrêmement intelligent et… »

- « C'est bon j'ai capté. »

- « Par contre, Neeve… Pas de chat dans la chambre… »

- « Mais Papaaaaaa ! »

- « Non. Le chien et le chat restent dehors. Pas de préféré. »

- « Mais c'est un chat ! C'est un animal d'intérieur. Il dort dix-huit heures pas jour ! »

- « Non… »

Neeve reposa son chaton dans le panier et alla ruminer dans son coin. Kojirô n'osa pas dire ce qu'il pensait, mais il était clair que Keiko pensait la même chose. Puisqu'elle n'avait pas le droit, elle allait prendre le gauche. Bien sûr, cela sera toujours de la faute du chat qui arrivera à se faufiler dans sa chambre…

L'après-midi s'écoula doucement. Kojirô alla faire son footing habituel pendant que Neeve et Keiko déballaient leurs achats. Quand il revint, la jeune fille était en train de vider les poubelles. Elle avait ouvert la grille de séparation entre les jardins et le chiot lui tournait autour.

- « Arrête de me renifler ! Hyûga-san, dis-lui d'arrêter de me renifler ! »

- « Tu dois puer, c'est tout ! »

- « Crétin. »

- « A ton service. »

Joueur, il lui fit une passe. Elle arriva à arrêter le ballon et le lui renvoya, un peu de travers. En un bond, il était à la récupération et relança vers elle. Elle se prit au jeu mais décida de le faire bouger. Elle se mit à viser à côté de lui dans le but de le prendre à contre pieds et qu'il rate sa récupération, mais il était toujours là. Il s'amusait fortement de la voir s'appliquer à viser, mais elle n'avait aucune chance de le prendre par surprise. Les parents sortirent pour regarder le jeu et encourager Neeve qui en avait grand besoin.

- « Il faut que tu mettes de l'effet dans tes ballons. Comme ça. » Il fit une passe brossée qu'elle ne récupéra pas. Elle courut après la balle et tenta de mettre un effet qui partit en vrille. Kojirô s'élança et reprit le ballon de volée. Mais c'est alors que le chiot voulut jouer aussi. Il se précipita sur le ballon et se le prit en plein corps. Il tomba en piaillant de douleur et de peur.

- « AAAAH ! Mais tu es fou ! » s'écria Neeve en se précipitant sur le chiot qui se remettait debout difficilement. Pour quelqu'un qui n'aime pas les chiens…

- « Mais ce n'est pas ma faute ! Il s'est mis en plein devant ! »

L'animal n'avait rien. Il couina encore un peu pour la forme et recevoir plus de caresses mais bientôt il trottinait allègrement.

- « N'empêche, quel arrêt ! » commenta Shouta. « Un vrai gardien de but ! »

- « C'est sûr qu'il l'a arrêté ce tir comme si de rien n'était. » rajouta Keiko en caressant le chiot.

- « Un spécialiste des penalties donc. » Le chiot leva la tête et aboya.

- « C'est un bon nom, Penalty ! » suggéra Shouta.

- « NON ! Je refuse que ce chien aie un nom faisant allusion au foot ! »

- « Qu'est-ce que tu as contre le foot ? » demanda Kojirô d'une voix basse en la dominant de toute sa taille.

- « C'est juste que le foot c'est… enfin… c'est… » bégaya Neeve.

- « C'est ? » Allez, laisse-moi rire un peu… vas-y, sors-moi ta bêtise !

- « C'est juste que je n'aime pas le foot. » termina-t-elle en essayant de le défier du regard. « Tu es trop grand, assis ! »

- « Mais tu n'aimes pas les chiens. Et tu n'aimes pas le foot. Donc c'est un nom parfait. Occupe-toi déjà d'appeler ton chat. Hein, Penalty ? » Le chiot n'avait pas compris, mais on le regardait donc il agita la queue.

- « J'ai déjà trouvé un nom pour mon chat. Il s'appellera Tempo ! »

- « Tem…tempo ? comme la voiture ? »

- « Non comme le rythme… il y a vraiment une voiture qui s'appelle Tempo ? »

- « Une Ford. »

- « Mince… mais c'était mieux que Penalty. »

- « Non. Penalty n'est pas un nom de voiture. »

- « Parce que même les constructeurs de voiture ne sont pas assez bêtes pour appeler une voiture penalty. »

- « Tu es simplement jalouse parce que nous avons trouvé un super nom. » Il lui souffla dans les yeux, la faisant grincer des dents.

- « En tout cas, je suis contente de ne pas avoir à promener ce chien. Quelle honte ! « Penalty, au pied ! » » singea-t-elle.

- « Je trouve ça très bien. » coupa Shouta. « Penalty est adopté à trois voix contre une. Va donc cherchez un nom pour ton chat. » Il congédia sa fille avec une tape sur la cuisse.

-« Mais pour qui tu te prends ! Viens te battre ! »

- « Cela faisait longtemps que tu ne me l'avais pas faite, celle-la ! »

- « Il paraît que tu fais du karaté, le vieux ? Montre-moi ! »

- « Prépare-toi à pleurer, ma fille ! »

Keiko et Kojirô regardèrent les deux Hase se faire face et se mettre à imiter les poses de karaté les plus idiotes possible. Kojirô ricana quand il vit Neeve faire la grue comme dans Karaté Kid en poussant un hululement perçant. Shouta en profita pour se jeter sur elle et lui faire une prise basique de karaté. Elle tomba à terre et son père l'acheva en la chatouiller. Apparemment il connaissait le point faible de sa fille. Les hurlements firent peur à Penalty qui aboya à la mort.

- « Ce n'est pas un peu fini, vos gamineries ! » gourmanda Keiko. « Même le chien a honte. Et puis c'est l'heure de manger. »

- « Manger ! » Kojirô disparut aussitôt dans la maison.

Penauds, les deux Hase se relevèrent et allèrent se laver les mains. Ils continuèrent à se chercher des histoires l'un l'autre toute la soirée, et ce jusqu'à ce que Keiko les batte à plat de couture au Mah-jong.

Tout le monde eut un sommeil agité : Penalty gémit, aboya et gratta à la porte une bonne partie de la nuit. Keiko et Shouta reprenaient le travail ce matin, Kojirô devait aller distribuer les journaux et Neeve travaillait à Impulse. La famille se leva donc tôt et d'assez méchante humeur. Kojirô nourrit Penalty qui les attendrit tous par ses galipettes. Seule Neeve resta réfractaire au charme du canidé et ne put s'empêcher de souligner que son Mambo avait été très sage. Kojirô ricana pour la forme, mais il se souciait bien peu du nom donné au chat. De toute façon, les chats ne répondaient jamais à leur nom. Le jeune homme emmena le chiot avec lui pour faire sa tournée, au bout de la laisse, histoire de le dresser un peu. Ce ne fut pas chose facile, mais à la fin, Penalty courait plus ou moins rectilignement à ses côtés. Il avait cependant pris du retard par rapport à son horaire, et quand il revint chez lui, les rues étaient déjà bien animées.

- « Oooh ! » s'extasia un petit garçon. « Un bébé chien ! » Kojirô laissa le gamin tripoter Penalty qui se laissa faire avec plaisir. Un petit groupe se forma autour d'eux. Penalty avait beaucoup de succès. Mais Kojirô n'avait pas pris son petit-déjeuner et son estomac le lui rappela. Juste quand il s'éloignait, il entendit deux jeunes filles murmurer :

- « Il était trop chou ! »

- « Carrément craquant, avec ses petites oreilles. »

- « Mais non, pas le chien, le mec ! »

- « Oui, il n'était pas mal. »

Surpris, Kojirô s'arrêta pour regarder son chiot.

- « On a du succès, hein ? C'est vrai que nous sommes beaux. »

Son commentaire fit rire une autre jeune fille qui passait par là. Kojirô haussa les épaules et rentra. Mais sa bonne humeur fut rapidement dissipée. Dans le courrier, il repéra trois lettres venant de Tôhô. La sienne, celle de Neeve et celle de Natsuko, qui avait reçu son courrier d'admission la semaine dernière. Il était attendu pour une journée d'orientation le jeudi 24. Ce jeudi. Parce que ses cours reprenaient la semaine d'après, jeudi 31 mars. Qui plus est, une note de Kitazume lui demanda de bien vouloir être présent pour les journées d'orientation des premières années, le vendredi 25, afin de pouvoir déjà faire une première sélection parmi les prétendants désirant intégrer l'équipe. Les vacances se finissaient un peu plus tôt et bizarrement, il n'aimait pas ça. Un sentiment déplaisant resta collé sur lui toute la journée jusqu'à ce que Ken lui téléphonât :

- « C'est Kazuki ! Cet abruti est à l'hôpital ! »

(1) Chien de garde et d'accompagnement de race japonaise. Plus d'information /

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PS : j'ai un chapitre d'avance, déjà tout corrigé et tout et tout. Si j'ai plus de 10 commentaires pour mon chap 35, je promets de vous mettre le chap 36 en ligne mercredi…