Chapitre 39 –

Un grand merci à toutes celles qui m'ont mis un commentaire et encouragée depuis le début. Nous arrivons au chapitre 40 ! 40 ! Pour moi, c'est un chiffre presque symbolique (ça vous pose une fic, ça !). Donc j'ai décidé de me/nous faire plaisir (enfin je crois.) Rendez-vous en fin de chapitre ?

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Chapitre 39 – Entre les deux mon cœur balance.

Neeve partit si vite que Kojirô eut juste le temps de saluer ses amis avant de courir la rattraper. Elle avançait à grands pas, les épaules tellement tendues que Kojirô se dit qu'elle allait éclater au moindre mot. De toute façon, il n'avait pas trop l'intention de se mêler de ce dernier rebondissement Haseien. Il accorda son pas à celui de la jeune fille et ils marchèrent en silence jusqu'à ce qu'il se décidât :

- « La fille avec toi, c'est la fameuse Emi ? »

- « Oui, c'est Emi Doi. Elle est avec moi en classe. Elle est super marrante. »

- « Et contrairement à Ayame, elle sait jouer au basket. »

- « Hum…. » Neeve ne s'était pas pour autant décontractée. Elle serrait les poings de rage et évitait à tout prix de croiser le regard de Kojirô. Ce dernier se demandait si cette fille était liée au comportement bizarre de Neeve la semaine dernière.

- « Neeve, tu m'énerves ! » finit-il par lâcher en soupirant.

- « Mais je n'ai rien dit ! » protesta l'accusée.

- « Tu n'as pas besoin d'ouvrir la bouche pour m'énerver ! » grommela-t-il en retour. « Comment fais-tu pour t'attirer autant de problèmes ! Même moi je n'y arrive pas ! Tu m'énerves ! »

- « Je sais… mais je ne fais pas exprès…»

- « Et tu espères que je vais te croire ? »

- « Un peu… parce que, pour une fois, je ne mentais pas. »

Mais que voulez-vous répondre à ça ?

Neeve réussit à dissimuler son trouble au reste de la famille et se tint à l'écart de Kojirô mais il s'entêta. Il avait compris qu'avec elle, il valait mieux s'occuper des petits problèmes avant qu'ils ne devinssent de gros problèmes. Alors qu'ils étaient tous les deux censés faire leurs devoirs, il alla la voir. Il poussa la porte sans toquer, certain qu'elle ne ferait pas grand-chose. Il avait vu juste. Roulée en boule sur son lit, elle caressait Mambo, lui-même roulé en boule entre ses bras.

- « Je croyais que Shouta avait dit pas de chat dans la maison. » fit-il en refermant la porte derrière lui.

- « Ce qu'il ne sait… » Elle avait levé les yeux un instant sur lui avant de les clore. Mambo se mit à ronronner.

- « Tu ne vas pas me dire ce qui ne va pas ? »

- « Ce n'est pas la peine. Juste des rumeurs…. »

- « Des rumeurs comme quoi tu te tapes tout le monde ? » Elle approuva en silence. « C'est fou, je me rappelle quelqu'un qui disait la même chose. » Il ne put retenir ces mots malheureux, mais Neeve ne releva pas. Au contraire :

- « N'est-ce pas ? » Avec un soupir, elle s'allongea et roula sur le dos, ramenant son chaton sur le ventre. « Ce ne sont que des rumeurs. Ce qui m'embête le plus c'est qu'elles sont arrivées jusqu'à Tôhô. »

- « Personne ne prête attention aux rumeurs. En tout cas, pas les gens bien. » Elle tourna la tête pour le regarder. Soudain, elle rougit et Kojirô trouva ça à la fois mignon et agaçant.

- « Et surtout… je ne veux pas que les gars de ton équipe le croient. »

- « Qu'est-ce que mon équipe a à voir là-dedans ? » gronda-t-il. Touche à mon équipe et tu es morte.

- « Je ne veux pas que cela entache ta réputation en tant que capitaine. »

- « Depuis quand est-ce que tu te soucies de ma réputation ? »

- « Depuis que nous sommes dans le même lycée. » Mambo s'était déplacé pour venir se blottir contre son cou. « Tu as peut-être une terrible réputation en tant qu'individu, mais tu es très respecté en tant que capitaine. » Le chaton donna un coup de langue sur la joue de Neeve qui se mit à sourire bêtement en caressant de plus bel son animal de compagnie.

- « Quoi ? Qu'est-ce qu'elle a, ma réputation ? »

- « Tu sais bien que je ne te le dirai pas ! Mais je peux te dire les dernières rumeurs. Il paraîtrait que toi et Rai vous--. »

- « Oui, je la connais celle-là. Elle remonte à la St Valentin… Depuis quand tu appelles Rai, Rai ? »

- « C'est mieux que le tout-nu, non ? »

- « Ouais… merci… de ton souci-- »

- « De rien. »

- « -- mais tu ferais mieux de t'occuper de tes problèmes avant tout. Je suis un grand garçon, » ironisa-t-il, « et je tape plus fort que n'importe qui. Ça a tendance à régler beaucoup de problèmes… »

- « Je veux bien te croire. » Neeve enfouit son visage dans la fourrure du chaton et éclata de rire. Pauvre chat… Toi qui n'avais rien demandé… « Est-ce que… tu aimerais venir pique-niquer demain ? » reprit la jeune fille, une fois débarrassée de son bâillon vivant.

- « Quel pique-nique ? »

- « Nous allons au parc regarder les cerisiers. Il y aura Emi, Ayame et Chiyo, qui a invité Ken, qui en a parlé Kazuki. Et toi… et si tu veux … »

- « Mouais… Ce n'est pas trop mon style de m'asseoir tranquillement et de regarder les fleurs tomber. »

- « Pousser ! »

- « Mouais…. »

- « Qui dit pique-nique dit nourriture. »

- « Tu commences à m'intéresser… »

- « Roo, ce n'est pas comme si tu avais des trucs plus importants à faire non ? Il n'y a pas cours. Donc votre entraînement est le matin… »

- « C'est bon, je viens, je viens… » grommela-t-il. « Qu'est-ce que tu veux, toi ? » demanda-t-il à Mambo qui s'était avancé vers lui en boitillant. Dérangé par les mouvements soudains de Neeve, il avait sauté du lit et, maintenant, il était assis devant Kojirô et miaulait d'une petite voix.

- « Il veut que tu le caresses. » fit Neeve en s'étirant. La compagnie de Mambo avait détient sur elle : elle eut un mouvement tout félin, cambrant le dos et étirant les doigts. Le chat, de son côté, avait posé les deux pattes avant sur la chaussure du footballeur et miaulait toujours.

- « Si tu veux des caresses, il faut venir les chercher… » Kojirô devait baisser la tête pour regarder l'animal. Il devait presque se tordre le cou pour le voir. Mince, il a la même taille que mon pied. Je pourrais l'écraser si je ne fais pas attention. Mambo devait sentir une attirance particulière vers Kojirô, parce qu'aussitôt que leurs regards se croisèrent, il se mit à ronronner.

- « Il doit sentir que tu es son frère… » taquina Neeve en se mettant debout.

- « Hein ? »

- « Ben oui, le tigre est un félin, comme le chat. »

- « Ce que ton sens de l'humour peut puer… HE ! »

Mambo avait pris les conseils de son cousin bipède à la lettre. Toutes griffes dehors, le voilà qui escaladait la jambe de Kojirô, s'accrochant au tissu du pantalon. Le matériel synthétique du bas de jogging n'était pas très épais, et les petites pointes acérées rencontraient souvent la chair humaine. Voyant que le chaton ne s'arrêterait pas à sa taille, Kojirô le détacha avant qu'il n'atteignît la mince protection qu'était son T-shirt. Le tenant par la peau du cou, il le tendit vers Neeve :

- « Tiens, occupe-toi de ton singe. »

- « Ce n'est pas ma faute si tu es trop coincé des fesses pour te pencher et le caresser. »

- « Peut-être, mais tu remarqueras que c'est vers moi qu'il est allé. Pas vers toi. »

- « Il devait avoir pitié. »

- « Ou marre de toi ! »

- « Abruti ! »

- « Pff, tu manques de vocabulaire, la furie ! »

- « NE M'APPELLE PAS COMME CA ! »

Comme il reçut l'un après l'autre des appels de Ken et Kazuki qui l'invitaient aussi au pique-nique, Kojirô se sentit obligé de venir. C'était bon de se sentir apprécié comme ça. Dans la soirée, le groupe avait grossi. Natsuko, Mamoru et Takeru s'étaient joints à la bande, et les parents allaient sûrement passer plus tard dans l'après-midi. Aussi les trois benjamins Hyûga et Penalty attendaient devant les grilles du lycée le lendemain, peu avant midi.

- « Hé, il est bien ce chien ! » commenta Yutaka Matsuki en mettant un genou à terre pour caresser le chiot. Takeru, complètement gaga du chiot, avait passé un bon bout de temps à brosser Penalty, et l'animal avait sagement attendu au pied de son petit maître, son faux os en plastique à grelot, pendouillant entre ses mâchoires. Bientôt tous les gars regardaient l'animal en commentant son nom avec enthousiasme. Penalty qui venait juste de comprendre que « Penalty » faisait justement référence à lui, frétillait de tous côtés. Au point que Kojirô crut qu'il allait faire une apoplexie.

- « Oué, ce n'est pas ça, mais j'ai faim, moi ! » Il attrapa le chiot pour le calmer un peu.

- « Comme c'est original ! » fit Ken en s'étirant. Le soleil printanier n'était pas farouche aujourd'hui, seule une petite brise faisait de temps en temps bruisser les feuilles et agitait les branches chargées de fleurs. Les abeilles bourdonnaient, les oiseaux pépiaient et Kojirô qui n'avait jamais ni froid ni chaud avait déjà adoptée sa tenue printemps-été-automne : un T-shirt aux manches roulées sur les épaules. Il ne condescendait à mettre des manches longues qu'en hiver, et il fallait encore qu'il fasse bien froid. D'ailleurs, l'administration avait autant de mal à lui faire respecter le calendrier de changement d'uniformes, que le respect du dit uniforme. Ben quoi ? Il avait le sang chaud.

- « C'est une superbe journée pour un pique-nique ! » fit Emi qui était arrivée avec l'équipe de basket.

- « Carrément, bro ! C'est dommage qu'on ne puisse pas faire un barbecue…. » renifla Rai. Le basketteur semblait affecté par tout ce pollen et larmoyait un peu, mais il était hors de question qu'il gâchât sa jeunesse… et la promesse de petits plats cuisinés…

- « Pique-nique ? » relevèrent les deux équipes.

Aussitôt dit, aussitôt fait, ceux qui pouvaient se libérer pour l'après-midi allèrent à la superette du coin pour s'approvisionner en chips, cannettes de boissons gazeuses et autres produits alimentaires fort peu recommandés pour des sportifs, et emboîtèrent le pas à leurs capitaines. Hayao Chiba, le meneur des basketteurs, s'excusait d'ailleurs pour s'imposer ainsi.

- « Le parc appartient à tout le monde. » dit placidement Kojirô en haussant les épaules. En passant devant le collège, Takeshi les rejoignit.

- « Salut ! » fit-il. « Waouh, on est nombreux. » En effet, près de trente personnes et un chien faisaient du monde.

- « Tiens, tu viens aussi ? » demanda Kazuki.

- « Oui, Natsuko-chan m'a invité hier. » Natsuko rosit un peu mais dévisagea le second attaquant.

- « Ça te pose un problème, que j'invite Takeshi-senpai ? »

- « Non, non ! » se défendit à grands cris Sorimachi. « Moi, tant que j'ai des tartelettes de Neeve, je suis content. »

La troupe arriva enfin au parc. Les filles les attendaient. Elles avaient étendu des vieux draps par terre, trouvé quelques coussins dépareillés et avaient préparé suffisamment de nourriture pour ce qu'elles pensaient être une armée mais remplit tout juste l'estomac de leur sept invités originels : les 3K, Mam et Tak, Takeshi et Rai.

Les autres garçons s'éparpillèrent tout autour, s'allongeant dans l'herbe. Le repas fut vite animé, les plats passant à la ronde. Sauf les tartelettes que Kazuki défendit farouchement. Jusqu'à ce que Chiyo le fît lâcher prise. Penalty fut nourri par tellement de mains qu'il finit endormi sur le vieux drap, le ventre tellement gonflé que Takeru pensa qu'il pouvait rouler, comme un ballon de foot.

Rai et l'équipe de basket défièrent les footeux au frisbee. Kazuki fut encore une fois hors circuit mais profita pour se faire chouchouter par ces demoiselles. Il devait admettre que seul sur le drap, il avait un joli harem : Neeve, Ayame et Emi. Jusqu'à ce que ces dernières ne se lèvent pour rejoindre les basketteurs en infériorité numérique.

Ayame avait dévisagée Emi d'un air farouche. Voilà tout juste une semaine que les cours avaient commencé et Neeve l'avait bassinée avec cette Emi qui était si drôle, et si jolie, et si gentille, et qui savait jouer si bien jouer au basket. Elle sentait un peu que sa plus ancienne amie, « sa meilleure amie », était en train de s'éloigner d'elle. Elles avaient moins de choses en commun, mais un passé de trois ans ne pouvait pas s'effacer comme ça. Bien décidée à défendre « son territoire », Ayame était réticente à se lier avec elle. Emi régla le problème vite fait, bien fait.

- « Michaël Jackson, Pavarotti, Marylin Manson et tu dois coucher avec l'un d'entre deux ? » questionna-t-elle. (1)

- « Beurk… Pavarotti, mais je suis en haut. » répondit Ayame après un instant de réflexion. « Ok. Laisse-moi voir. Benny Hills, Ozzy Osbourne ou David Hasselhoff vieux »

- « Kyaaaa ! …Ozzy Osbourne, mais je ferme les yeux. Avant, pendant et après…»

Et la hache de guerre fut enterrée. Les deux filles se sourirent, se trouvant sympathiques.

- « Pff, bien ma chance, pourquoi faut-il toujours que j'attire les obsédées ? » gémit Neeve.

- « Parce que tu en es une ! » répliquèrent les deux intéressées en cœur. Neeve rougit et bégaya de vagues protestations tandis que tous les garçons autour d'elle la regardèrent surpris.

- « Pourquoi est-ce que vous dites ça ? » fit innocemment Kazuki.

- « Oh lala ! » Ayame eut un gloussement. « Je ne sais pas par quoi commencer. Il y a la fois où Neeve s'est mise en--. »

Les confessions d'Ayame furent interrompues par un coussin lancé par une Neeve aussi gênée qu'elle était furibonde et jamais les garçons ne surent ce que Neeve avait fait…. Ou pas fait.

- « Alors, Neeve… » commença Kazuki en s'appuyant sur un coude pour la regarder avec un regard malicieux, alors qu'ils se retrouvèrent seuls tous les deux sur le draps. Enfin tous les trois, mais Penalty était hors course. « À quoi Ayame faisait-elle allusion ? »

- « Sorimachi ! » Neeve s'empourpra encore une fois. « Je ne te le dirai pas ! »

- « Allez, je ne le dirai à personne. »

- « Non. »

- « Quoi, tu ne me fais pas confiance ? »

- « Tiens, prends une tartelette. » Neeve joignit le geste à la parole et enfourna une pâtisserie de force dans la bouche de Kazuki. Ce dernier protesta et ils chahutèrent un peu jusqu'à ce que le jeune homme grimaçât et portât la main à son ventre.

- « J'en ai marre, de cette cicatrice ! » râla-t-il.

- « Je veux voir ! »

- « Quoi ? Ma cicatrice ? »

- « Ben oui ! »

Avec un haussement de sourcil surpris, il souleva son T-shirt. La plaie n'était plus que recouverte par un léger pansement.

- « Neeve, peux-tu me dire ce que tu trouves de si intéressant sur le torse de ce jeune homme ? » fit soudain un voix dure derrière eux. Shouta venait d'arriver.

- « Ce n'est pas son torse, mais son ventre que je regarde ! » Neeve fit une moue à l'adresse de son père. Elle savait bien qu'il n'était que faussement outré. Il n'y avait rien de répréhensible dans leur attitude et son père connaissait bien Kazuki, pour l'avoir rencontré à de nombreuses reprises allongé dans son canapé.

- « Hum, ce n'est pas joli-joli ! » Tout de suite, Shouta passa en mode médical et palpa le ventre de Kazuki. Rapidement celui-ci gémissait.

- « Faites attention, je suis chatouilleux. Et rire me fait super mal ! »

- « Ah oui ? » Neeve avait la voix onctueuse. Déjà sa main se rapprochait dangereusement des côtes du joueur. Sans savoir pourquoi, la musique de « Les Dents de la Mer » s'imposa à l'esprit de Sorimachi.

- « Non, Neeve. » interdit Shouta d'une voix calme. Déçue, la jeune fille croisa les bras et bouda.

- « Mais où est Keiko ? »

- « Elle arrive. Elle voulait juste passer un peu de temps avec Fumihiro-kun. »

- « Il est de retour ? » s'exclama Neeve.

- « Oui, il va vivre avec nous quelques temps. Il a décroché son contrat et doit se chercher un appartement. Il va pouvoir tester notre nouvelle chambre d'ami. »

- « Cool ! »

- « Euh… Neeve ? Pourquoi est-ce que tu te recoiffes ?» demanda Kazuki avec un sourire entendu.

- « Sorimachi… tais-toi ou j'enfonce mon doigt là où ça fait mal. » menaça la jeune fille.

- « Euh…. ça fait beaucoup d'endroits, ça. »

- « Exactement. Alors tiens-toi à carreau. »

- « On voit très bien qui porte le pantalon, dans votre couple. » commenta une voix masculine. Keiko et son frère venaient d'arriver.

- « Non mais ça va pas ! » s'insurgea Kazuki en s'asseyant si vite qu'il faillit heurter Shouta qui l'examinait toujours. « Moi, sortir avec cette fille ? Mais achetez-vous un cerveau ! »

- « Justement, c'est ma spécialité ! » fit Shouta en souriant. « Pourquoi ? Qu'est-ce que tu reproches à ma fille ? Tu ne veux vraiment pas sortir avec elle ? »

- « Mais non… enfin, mais… qu'est-ce… » bafouilla le joueur en s'empourprant.

- « PAPA ! » rugit Neeve en se jetant sur son père pour le bourrer de coups. « Arrête de me donner honte ! De toute façon, c'est moi qui ne veux pas de lui ! Il est bien trop petit ! »

- « COMMENT ÇA, PETIT ! » Kazuki se mit debout et obligea la jeune fille à l'imiter. « JE TE SIGNALE QUE JE SUIS PLUS GRAND QUE TOI ! »

- « Juste de quelques centimètres. Il suffit que je mette des talons hauts pour que je te dépasse… »

- « ET ALORS ?! TU M'ENERVES ! ESPECE DE… DE… DE… PIMBECHE! »

Kazuki était très en colère. Il ramassa son sac et s'éloigna à grand pas, sans même dire au revoir à Ken et Kojirô. Le dernier éclat du joueur n'était pas passé inaperçu, et la partie de frisbee avait été interrompue. Tous virent donc Neeve courir après Kazuki qui l'ignora tout bonnement et la distança à la course rapidement. Penaude, elle revint vers le groupe.

- « Je ne comprends pas pourquoi il a réagi ainsi… »

- « Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures ! » conseilla Keiko.

Mais Kojirô capta Ayame avec un petit sourire… triomphant. Un coup d'œil sur Ken lui apprit que le gardien de but était aussi interloqué par ce brusque emportement de Kazuki, lui d'ordinaire si calme. La sale bête… Jusqu'au bout, hein…

Kojirô trouva un moment pour s'allonger sur l'herbe et regarder les fleurs en bourgeons. De temps en temps, un souffle de vent enlevait un ou deux pétales qui descendaient en voletant tranquillement. Puis la brise s'amplifiait, détachant plus de pétales qui cascadaient alors en une pluie fine. Partout, une bonne odeur de nature : l'écorce des arbres, le parfum des fleurs de printemps, la terre retournée par le jardinier en train de refaire les plates-bandes. Autour de lui, l'activité se calma un peu, tous discutant tranquillement en profitant de cette belle après-midi. Les voix faisaient une sorte de mélodie sourde qui berça Kojirô. Lentement mais sûrement, ses yeux se fermèrent et il s'endormit. Beaucoup l'imitèrent, ou somnolèrent jusqu'à ce que le vent devînt frais. Alors les amis s'en allèrent en petit groupe, et la famille Hase-Hyûga-Tsugaru rentra chez elle. Chemin faisant, Kojirô cuisina Neeve.

- « Tu as dû lui dire quelque chose ! »

- « Mais non ! Pas plus que d'habitude ! Ce n'est pas ma faute ! Il avait les nerfs… Il s'est fait plaqué ? »

- « HASE ! »

- « Mais quoi ENCORE ? » A son tour, elle piqua un sprint et alla papoter avec Keiko.

- « Waouh, elle est mignonne quand elle s'énerve ! » sifflota Fumihiro.

- « M'en fous. On voit bien que ce n'est pas toi qui te la tapes… » grommela le jeune homme en enfonçant les mains dans ses poches. Le lapsus involontaire de Kojirô fit rire Fumihiro. Le footballeur le regarda, un peu interdit, avant de réaliser. « Mais non, pas se la taper comme ça ! Obsédé ! »

- « C'est de famille, il va falloir t'y faire ! » répliqua son oncle.

- « Ouais… Elle est peut-être mignonne, mais elle a un sale caractère. »

- « C'est marrant, elle me rappelle quelqu'un… »

- « Quoi ? Moi ? »

- « Koji-kun, je suis désolé de devoir te briser le cœur, mais tu n'es pas mon type. Tu n'es pas mignon. »

- « Crétin ! Alors qui ? »

- « Ta mère… Elle était intenable quand nous étions jeunes. Je n'avais que six ans, elle en avait déjà dix-huit, et elle en a fait baver à ton grand-père… »

Kojirô appréciait son oncle. Il était assez jeune pour qu'il le considérât comme un grand frère plutôt que comme un membre de la génération d'avant. Ils chahutèrent comme deux gamins et pour une fois, Kojirô perdit. Fumihiro était un adulte, alors que Kojirô n'était encore qu'un adolescent en pleine croissance. Neeve, qui les avait épiés, gloussa quand elle vit son demi-frère en train de mordre la poussière. Elle dédia une œillade un peu minaudière à Fumihiro qui lui fit un grand sourire.

- « Elle n'est pas un peu trop jeune pour toi ? »

- « Pfff, et c'est moi l'obsédé ! Tu es bien moitié Tsugaru, toi ! »

La génétique… C'est un sujet de conversation passionnant : se raconter les histoires « de quand nous étions jeunes » et dresser des similarités de comportements. Passionnant ou gênant quand appliqué à soi-même – Kojirô ne se souvenait pas d'avoir fait la moitié de ce que sa mère lui prêtait de bêtises. Mais ce n'était ni gênant et encore moins passionnant quand il s'agissait de comparer l'évolution de la race des équidés avec celle des algues. Kojirô se grattait la tête d'un air plus que confus devant son devoir de biologie quand il entendit un grattement à sa fenêtre.

- « Penalty, non… » fit-il distraitement, avant de réaliser qu'il était dans sa chambre… au premier étage. Son chien avait beau être génial – comme son maître – il ne pouvait tout de même pas avoir appris à voler. Il releva la tête pour voir Mambo assis sur le rebord de sa fenêtre. Tout content de trouver une parade à son devoir, il laissa entrer le félin et le prit dans ses bras.

- « Hé, Hase ! Je crois que ton chat me préfère nettement ! » fit-il victorieusement en entrant dans sa chambre. Vide.

- « Shouta et elle sont sortis. » répondit Keiko qui passait par là. Elle vint caresser le chat. « Et arrête de la taquiner. Avec son esprit de compétition, cela va se retourner contre toi. »

- « Où sont-ils allés ? » demanda-t-il, faisant sourde oreille aux recommandations maternelles. S'il ne pouvait pas se jouer de sa demi-sœur, à quoi servait-elle, hein ? Il se le demandait.

- « Ça te regarde ? » répliqua Keiko avec un sourire.

- « Non. Mais je veux savoir. SAUF si c'est un truc de filles. »

Keiko éclata de rire et laissa son malheureux fils aîné râler contre la mauvaise foi féminine en nourrissant le chat. Puis il remonta tordre le cou à l'évolution des chevaux.

- « Maman ? » appela-t-il en la croisant dans le salon.

- « Oui, mon chéri. »

- « Cela fait longtemps qu'on n'a pas mangé de steak. J'aimerais bien un bon bout de bœuf, ou de cheval, moi…»

- « … Je me demande parfois comment tu peux penser autant à la nourriture… Nous irons au grill un de ces jours. »

Satisfait de cette réponse, et sans se soucier plus que ça du pourquoi ou du comment de ses connections cérébrales – l'important était qu'il en avait, des connections cérébrales, non ? – il monta les escaliers quatre par quatre.

- « Nii-san ? » fit la voix de Takeru depuis la chambre qu'il partageait avec Mamoru. Ce dernier était comme d'habitude dehors, planche à roulettes au pied.

- « Hum ? » Il fit un grand sourire à son cadet et entra dans le capharnaüm. « Tu devrais ranger, Maman ne va pas être contente. »

- « Elle m'a déjà demandé de le faire… Pourquoi est-ce que toi, tu ne ranges jamais ta chambre ? »

- « Je vais t'aider. » proposa l'aîné, ce qui le dispensa de répondre à cette question bien trop philosophique. Il ramassa les lego et empila les livres de Mamoru sur les étagères prévues à cet effet. Takeru triait ses livrets de coloriage.

- « Tu savais que Maman allait avoir un bébé ? » demanda soudain le petit garçon. Nous y voilà.

Kojirô se doutait que les parents allaient annoncer la nouvelle aux deux plus jeunes très rapidement. Non seulement la grossesse devenait apparente, mais toute la famille sauf eux était au courant.

- « Hum. Pourquoi ? »

- « Pour rien. Mais je suis content ! »

- « Ah bon ? » Kojirô redoutait un peu que le benjamin ait un accès de jalousie. Après tout, il était le bébé de la famille, le chouchou.

- « Je ne vais plus être le bébé de la famille. Et je vais être grand frère. J'en ai marre d'être toujours le dernier ! » Kojirô dissimula un sourire.

- « Tu voudrais une petite sœur, ou un petit frère ? »

- « M'en fiche. Mais je veux un bébé qui aime les Pokemon, les puzzles, le coloriage et les legos. »

- « Tu sais, un bébé qui vient de naître ne sait pas jouer à tout ça. Pas avant ses quatre ans. Tu en auras douze à ce moment. »

- « Et alors ? Il n'y a pas d'âge pour les legos. Regarde-toi, Nii-san. » Touché. Kojirô aimait toujours autant construire des « trucs » en lego. Bien sûr, il ne faisait ça que pour tenir compagnie à ses frères.

- « Et Mamoru, qu'est-ce qu'il en dit ? »

- « Il veut une petite sœur. Il a dit qu'il avait déjà un petit frère, et que cela suffisait comme ça… » fit Takeru boudeur. « Et toi ? »

- « Moi ? Comme j'ai déjà deux frères et deux sœurs…. »

- « Ça serait bien d'avoir des poissons rouges. »

Interloqué, Kojirô se retourna vers son frère.

- « Euh… Takeru… Maman ne va pas accoucher de poissons rouges. »

- « Je sais, patate ! Mais j'aimerais bien des poissons rouges. »

- « Tu as déjà un chien… »

- « Ce n'est pas mon chien. »

La chambre était rangée. Si on ne regardait pas sous les lits. Renonçant à comprendre la logique de son cadet qui était maintenant descendu jouer avec Penalty, Kojirô alla sagement faire ses devoirs. Il était un peu surpris que Mam et Tak acceptassent si facilement l'arrivée de ce bébé, mais c'était encore mieux. Raaah, mais en quoi les chevaux et les algues évoluaient-ils ensemble ? Où était Shouta quand on en avait besoin ?

Le spécialiste es biologie rentra en fin d'après-midi, avec une Neeve toute souriante. Elle se précipita sur son chat, et ni vue ni connue, l'emmena dans sa chambre. Mambo y était encore, dormant en rond dans un coin du bureau quand Kojirô entra une nouvelle fois en début de soirée, après avoir laissé Shouta lui expliquer les mystères de l'évolution. Vraiment, pas de quoi casser trois pattes à un canard…

- « Hé, Hase ? Vous étiez où, avec ton père ? »

- « Haha ! Tu es bien curieux. Tiens, dis-moi pourquoi j'ai faux ! » répondit la jeune fille en glissant une feuille de maths sous son nez.

- « Parce que 80, c'est 4√5, et pas 5√4. Et n'esquive pas mes questions, c'est moi l'expert en esquivage de questions. »

- « Je n'esquive pas, j'ignore. »

- « Tu m'énerves. Alors ? »

- « Alors, tu verras, c'est une surprise. »

- « A table ! » appela Mamoru depuis les escaliers.

- « Je n'aime pas les surprise. Encore moins les tiennes. » ronchonna-t-il en partant.

Elle se leva et courut après lui. Elle dut sauter pour passer les bras autour de son cou pour le forcer à se baisser un peu.

- « Mais c'est une bonne surprise. » Elle sauta encore et noua les jambes autour de sa taille. « Allez, à table ! »

Kojirô se laissa faire avec un soupir. Quelle gamine ! D'un coup de reins, il la remonta plus haut sur son dos et la porta en bas style cheval. Mais il eut le dernier mot.

- « Tu as grossi, Hase. Pense à faire un régime »

Le lendemain, Kojirô prit une douche rapide après l'entraînement du matin. Il quitta le vestiaire avant tout le monde, pour se rendre ni vu ni connu au journal de lycée. Il eut le plaisir de voir que la salle était presque déserte, à l'exception de Kaoru et de deux filles qui lui tournaient le dos.

- « Salut ! » fit-il en poussant la porte.

Kaoru leva la tête et s'empourpra légèrement. Elle se rappelait très bien de lui. Plus elle y pensait, plus elle était convaincue que Kojirô Hyûga lui avait fait de l'œil et était sur le point de l'inviter, elle, au bal. Jin était arrivé au mauvais moment, et comme une sotte, elle avait accepté son invitation. Depuis le départ, elle savait que ce n'était qu'un rendez-vous entre amis. La petite copine de Jin avait rompu récemment, et le garçon avait invité Kaoru pour avoir une cavalière et parce qu'il s'entendait bien avec elle. Il l'avait entendue dire à une des ses amies que personne ne l'avait invitée, donc il avait décidé qu'au lieu d'être deux crétins seuls, ils allaient être deux crétins ensemble. Elle s'était bien amusée en compagnie de Jin, mais cela n'était pas la même chose qu'une soirée avec le Tigre.

La jeune fille se maudissait d'avoir laissé passer une telle occasion. Certes, elle n'allait ni se jeter sur lui, ni le laisser se jeter sur elle (vœux pieux ! lui avait dit son amie), mais elle aurait bien aimé avoir ce rendez-vous avec lui. Elle s'était promise d'aller lui parler durant le bal, mais voilà, il était venu en bonne compagnie. Et quelle compagnie ! Cette fille était plus que jolie. Et elle l'avait accaparé pendant toute la soirée. Si elle était vraiment honnête, Kaoru devait admettre qu'elle avait ressenti une pointe de jalousie. Et de dépit. Ainsi, il l'avait remplacée. Elle avait osé rêver qu'il viendrait seul, parce qu'il ne voulait venir qu'avec elle. Et Kaoru savait qu'elle ne tenait pas la comparaison avec cette inconnue. Qui était rentrée cette année en section internationale. Belle, intelligente, et apparemment proche de lui. Les rumeurs la disaient bonne copine des 3K.

- « Bonjour, Hyûga-san. » répondit-elle poliment, ne sachant pas quel comportement adopter devant lui.

- « Je viens de rendre tes cassettes. Merci beaucoup pour me les avoir prêtées si longtemps. » Il lui fit un grand sourire, s'amusant de la voir rougir encore plus. Décidemment, elle avait du charme. Il avait attentivement regardé les enregistrements durant les vacances et non seulement il avait pu constater qu'ils se mettaient en tas, mais il avait également remarqué que ses milieux de terrains étaient mous à l'accélération et la défense lente à monter en attaque.

- « C'est vrai que Sorimachi-san ne va pas être titulaire pour la fin des qualificatifs ? » demanda une des filles à côté de lui.

- « Hum ? Oui, c'est vrai. Il a eu l'appendicite et il est encore en convalescence. Pourquoi ? »

- « Oh, désolée. Je suis Lola. Lola Oyama. Je vais aider Kaoru à la section sport. » Avec stupeur, Kojirô reconnut la petite-ronde-qui-n'était-ni-petite-ni-ronde-mais-avait-l'air-marrante.

- « Enchanté. Donc, tu laisses tomber le foot ? » demanda-t-il à Kaoru en faisant un peu les yeux de cocker.

- « Euh, non... Pas du tout ! Je veux dire… je me retrouve encore une fois seule, et Lola va m'aider. Tout comme Izumi-chan. » Kaoru se sentit soudain coupable de délaisser l'équipe de foot… elle qui ne leur avait jamais parlé.

- « Bonjour. Je suis Yamashita Izumi. Et toi, tu es Kojirô Hyûga…. Le coup du lundi, n'est-ce pas ? » Kojirô allait de surprise en surprise. Cette fille était celle que Neeve avait envoyée paître.

- « Je ne suis rien du tout ! J'apprécierais que tu arrêtes de colporter des rumeurs comme ça. » rétorqua-t-il d'une voix calme, mais lourde de menaces. Aussitôt le sourire de la jeune fille disparût.

- « Je disais ça comme ça. Je te signale que j'ai passé trois ans dans la classe de Neeve à St Elizabeth et je sais très bien que ce n'est pas son genre. Pff, tu n'as aucun sens de l'humour ! »

Ça, ça le laissait baba. Se faire reprendre de volée par ce petit bout de fille ! Elle n'avait pas froid aux yeux et ne semblait pas plus que ça intimidée par lui. Intéressant. Décidemment, ce club de journalisme recelait bien des surprises. Elle était bien mignonne elle aussi. Et elle ne bafouillait pas comme Kaoru. Changement appréciable.

- « Ouais, comme tu dis. »

- « Mais c'est vrai qu'ils ne sont plus ensemble ? » s'inquiéta Izumi. A ses côtés, Kaoru et Lola la regardaient papoter si librement avec le si dangereux mais si sexy capitaine.

- « Qui ? L'autre con de colgate et Neeve ? Ouais, ils ont rompu. »

- « … Je vois… c'est dommage. »

- « Non. »

- « Ah bon ? »

- « Si tu tiens tant que ça à avoir les détails, demande-les lui directement. » Kojirô aimait bien la jeune fille, mais il se souvenait de l'attitude hautaine de Neeve. Il devait y avoir anguille sous roche, et qui dit anguille dit eau, et il n'aimait pas être mouillé. Surtout pas par des éclaboussures de problèmes entre filles.

- « Mais d'où connais-tu Neeve ? Elle n'a jamais mis les pieds à Tôhô avant et encore moins sur un terrain de foot. » relançait Izumi.

- « C'est ma sœur. Merci pour les cassettes ! » Il salua et se dépêcha d'aller en cours. Il était encore en train de traverser l'arrière cours quand la cloche sonna. Mince ! A la guerre comme à la guerre ! Il allait employer la méthode Yoshi, testée et approuvée. Heureusement pour lui, Rai, qui était près de la fenêtre, le vit arriver et lui ouvrit la vitre. Kojirô se détendit, sauta et se rétablit facilement. Il venait juste de refermer la vitre derrière lui que le premier professeur se présentait.

- « Mais qu'est-ce que tu faisais ? » souffla Ken.

- « Tu ne devineras jamais… mais où est Kazuki ? »

- « Je te l'ai dit ce matin. Il passe des examens pour son bide. Il va rater la matinée. Donc, qu'est-ce que je ne vais pas deviner ? » fit le gardien en baillant.

- « Tu te rappelles la petite-ronde-qui-n'était-ni-petite-ni-ronde-mais-avait-l'air-marrante ? »

- « Et ? » Ken était déjà plus alerte.

- « Elle s'appelle Lola Oyama, elle est en deuxième année et elle fait plus ou moins partie du club journalisme. Elle va d'ailleurs aider à la section sport. »

- « Aha ! »

- « Hyûga, Wakashimazu, allez donc voir dans le couloir si j'y suis ! » tonna soudain le professeur. Avec un haussement d'épaules, les deux joueurs se levèrent et allèrent continuer leur conversation dans le couloir. Ils avaient l'air un peu cloche, comme ça, debout. Puis Kojirô s'appuya contre le mur, croisa les bras et ferma les yeux.

- « Réveille-moi quand quelque chose d'intéressant arrive. »

Malheureusement, Ken l'imita et ils furent réveillés par le professeur. Jugeant que dix minutes suffisaient comme punition, il les avait appelés, une fois, deux fois… sans résultat. Les sourcils froncés, il alla ouvrir la porte, pour voir les deux grands garçons assoupis. Kojirô ronflait même doucement. Il sursauta en entendant les cris outragés du prof, il se traîna au tableau pour y subir une séance de torture mentale.

- « Kaaaaaazuki ! Keeeeeen ! » Neeve leur fit de grands signes.

- « Salut ! » répondirent les deux garçons en entrant dans la boutique Impulse où travaillait Neeve.

- « Et moi, on ne me dit pas bonjour ? » grommela Kojirô. Ayame était là, sirotant un cocktail de jus de fruit au bar. « Mais qu'est-ce que je fiche ici… ? » Kojirô se laissa tomber près de la jeune fille. « Salut Ayame, fais-moi goûter. »

- « Non, tu vas tout boire. Commande ta propre boisson. »

Ken arpentait les rayons de CD et Kazuki discutait avec Neeve. Apparemment, elle essayait de lui vendre un pull-over et le garçon se faisait tirer l'oreille.

- « Depuis quand Neeve appelle Sorimachi, Kazuki ? » demanda Ayame.

- « Depuis lundi. » marmonna Kojirô sans lever le nez du menu. « Depuis que Shouta lui a arrangé le bide. »

En effet, Shouta avait usé de son influence pour présenter le cas de Sorimachi à son collègue chirurgien spécialiste dans le domaine gastro-entérique. Lui et Neeve s'étaient rendu dimanche dernier, le jour suivant le pique-nique, chez la famille de Kazuki et avait emmené le jeune homme à l'hôpital. Il était admis le soir même pour des examens qui durèrent toute la matinée du lundi. Ce qui suffit pour déceler une anomalie dans les tissus de l'estomac, un petit kyste purulent. Une complication extrêmement rare, difficilement repérable. Après une opération simple pour le retirer, le joueur avait passé un jour supplémentaire en observation. Il était revenu mercredi presque fringant. Déjà sa cicatrice ne tirait presque plus. Il avait bon espoir de pouvoir jouer les derniers matches des qualifications. Depuis, Neeve et lui s'entendaient comme larrons en foire, et ne se quittaient plus.

- « Et nous sommes samedi aujourd'hui. » murmura Ayame, les yeux fixés sur le couple d'amis. Neeve avait triomphé des réticences Sorimachiennes, et la voilà qui s'attaquait à Ken à grand renfort de T-shirt et de jeans excessivement chers et déjà artistiquement découpés, troués et patinés.

- « Nous sommes samedi et je perds mon temps dans une boutique de fringues… » gronda Kojirô en se commandant un milk-shake à la vanille.

- « Allons bon… C'est pourtant bien ici. Et je suis sur que ce T-shirt t'irait bien. »

- « Trente euros pour un T-shirt ? Et puis quoi encore ? »

Ayame dissimula un sourire et retourna à son examen du trio. Kazuki se prêtait maintenant au jeu, et tentait de convaincre Ken d'acheter ce que Neeve lui tendait. Il alla même jusqu'à le pousser dans une cabine d'essayage. Une fois le rideau tiré derrière le gardien, Neeve et son complice se rapprochèrent et commencèrent une discussion animée à voix basse que Kojirô trouva suspecte. Il n'aimait pas quand Neeve avait ce regard. Il n'aimait pas quand Kazuki avait ce regard. Il n'aimait pas que ces deux-là s'entendissent si bien.

- « C'est sûr, ce n'est pas la même chose qu'avec Ken. » susurra Ayame en faisant tourner le petit parasol dans son verre. Elle avait suivi le regard de Kojirô.

- « Hein ? »

- « Neeve et Ken, Neeve et Kazuki... »

Ken sortit de la cabine. Kojirô ne vit pas ce qui se passait, trop occupé à regarder Ayame avec de gros yeux.

- « Qu'est-ce que tu racontes ? »

- « Tsss, tu es aveugle. »

- « Sakamoto ! »

- « Tiens, Ken, tu as trouvé plein de choses… » commenta Ayame en tournant le dos au capitaine qui grinça des dents. « Je ne savais pas que tu aimais cette couleur. » Habilement elle détourna la conversation. Au bout d'un moment, elle se leva et alla payer sa consommation. Kojirô et Ken suivirent.

- « Est-ce que je peux vous encaisser ? » demanda une voix douce. Kojirô reconnut la fille qu'il avait rencontrée au journal, celle que Neeve n'aimait pas. Déjà, la jeune fille tendait la main vers les articles de Ken.

- « Bonjour, toi ! » fit-elle avec un sourire à l'adresse de Kojirô. Ce dernier le lui rendit. Mais Ayame eut un hoquet et Neeve apparût brusquement derrière elle.

- « Yamashita, laisse ce T-shirt immédiatement. Et écoute-moi bien, je ne le répéterai pas. Essaye encore de me voler une vente, et je te fais virer. Essaye encore de toucher à ma famille, et je te refais le portrait ! Compris ? Maintenant dégage, grosse vache. Va te faire soigner ! »

Izumi Yamashita eut à son tour un hoquet et disparût dans les rayonnages. Ken et Kojirô furent encore une fois muet devant la haine palpable dans la voix de Neeve. Le visage d'Ayame était fermé et n'exprimait aucun sentiment.

- « Hé, Hase, tu y es allée un peu fort, non ? » commenta Kojirô avec un regard dans la direction que la fille avait prise.

- « Hyûga-san, je te conseille fortement de ne pas traîner avec cette psychopathe. »

- « Elle me semble pourtant bien gentille. »

- « Je ne veux pas parler d'elle. »

- « Pourtant… »

- « Bien, va lui parler. Mais dans ce cas, oublie-moi. »

- « Hase… »

- « C'est elle ou moi… »

Inspiré du livre Sushi for beginners, de Marian Keyes. Livre potable sans plus, mais le jeu est marrant. Surtout si vos copines connaissent les mecs les plus moches de la terre.

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Etes-vous une fan de « Une histoire de cœur ? » Voulez-vous le chapitre 40 en avant première ?

Répondez au quiz ci-dessous et envoyez-moi vos réponses par message privé ou email à shayana-mn a . J'enverrai le chapitre 40 mercredi aux trois meilleurs scores (donc n'oubliez pas de me mettre sur adresse email si vous n'êtes pas inscrits). En cas d'égalité, ben… je verrais…

Le jeu va se terminer mardi soir 22 avril à 23h59…. Parce que le 22 avril, c'est ma fête (C'est la St Alexandre…)

Voilà et bonne chance !

1. Quelle est la date du remariage ? (JJ/JJ/MM) – 1 point

2. Si l'on ne compte pas le jour du déménagement, Kojirô a vu Neeve deux fois en sous-vêtements. Quelles en étaient les couleurs ? – 3 points

3. Quel fut le score du premier match de foot auquel Neeve assista, et qui marqua les buts ? – 1 point

4. Quelle était la couleur du scooter de Shun ? – 1 point

5. De quoi Kojirô traite-t-il Neeve, lorsqu'elle marche avec des talons ? – 2 points

6. Quel est le menu parfait pour Kojirô Hyûga ? – 3 points

7. Quel prof paria sur qui lors de la « bagarre » des 3K ? – 3 points

8. A qui Kojirô compare-t-il le couple Ayame/Ken ? – 1 point

9. Que reçut Kojirô pour la nouvelle année ? – 2 points

10. Quel est le Pokemon préféré de Neeve ? – 2 points.

11. Quelle fut la note que Kojirô obtint à son devoir de géographie (carte de l'Europe) ? – 1point

12. Combien de temps Kojirô met-il pour faire sa distribution de journal le matin (en moyenne) ? – 1 point

13. Quels sont les aliments que Kojirô n'aime pas ? – 1 point

14. Quelle est la marque du monospace familial ? – 1 point

15. Quelles sont les deux pizzas commandées le soir où Shun resta manger ? – 1 point

16. Ken gagna deux choses pour Natsuko. Lesquelles ? – 2 points

17. Question bonus : Entre 1 et 5 points : Qu'exige Ayame de Kojirô, afin qu'il améliore ses rapports sociaux avec le beau sexe ?