Chap 40 - Jeux de main jeux de vilains

Avant tout, bravo à Asuka/FicAndRea et à Nix/Kiito, les seules à avoir jouer le jeu… Mes questions étaient donc si difficile ?

Réponse au quiz :

Quelle est la date du remariage ? (JJ/JJ/MM) – 1 point

Vendredi 03 Décembre (chap 08 et chap 11)

Si l'on ne compte pas le jour du déménagement, Kojirô a vu Neeve deux fois en sous-vêtements. Quelles en étaient les couleurs – 3 points

Noir à nœuds rouges (chap 16)

Rose (chap 20)

Quel fut le score du premier match de foot auquel Neeve assista, et qui marqua les buts ? – 1 point

6-0, deux de Kazuki, quatre de Kojirô (chap 19)

Quelle était la couleur du scooter de Shun – 1 point

Noir (chap 11)

De quoi Kojirô traite-t-il Neeve, lorsqu'elle marche avec des talons – 2 points

De girafe bancale. (chap 11)

Quel est le menu parfait pour Kojirô Hyûga ? – 3 points

Crudités

Poulet aigre-doux avec du riz aux patates douces

Gâteau à l'ananas

A qui Kojirô compare-t-il le couple Ayame/Ken ? – 1 point

Laurel et Hardy (chap 33)

Que reçut Kojirô pour la nouvelle année ? – 2 points

string blanc en dentelle transparente avec des petits diamants (chap 19)

Quel est le Pokemon préféré de Neeve ? – 2 points.

Nosferati (chap 7)

Quelle fut la note que Kojirô obtint à son devoir de géographie (carte de l'Europe ?) – 1point

78 (chap 4)

Combien de temps Kojirô met-il pour faire sa distribution de journal le matin (en moyenne) ? – 1 point

45 min (chap 12)

Quels sont les aliments que Kojirô n'aime pas ? – 1 point

Les choux de Bruxelles, les carottes, les fruits de mer (chap 10)

Quelle est la marque du monospace familial ? – 1 point

Mercedes (chap 08)

Quelles sont les deux pizzas commandées le soir où Shun resta manger ? – 1 point

Royale et quatre fromages (chap 25)

Quel prof paria sur qui lors de la « bagarre » des 3K ? – 3 points

Kitazume parie sur Kojirô, la professeur de Japonais sur Kazuki, et le professeur de maths sur Ken (c'est d'ailleurs lui qui gagne) (chap 28)

Ken gagna deux choses pour Natsuko. Lesquelles ? – 2 points

Une peluche lapin (chap 37)

un T-shirt trois fois trop grand pour elle au stand de tir de l'Amérique d'Al Capone (chap 20)

Question bonus : Entre 1 et 5 points : Qu'exige Ayame de Kojirô, afin qu'il améliore ses rapports sociaux avec le beau sexe ?

Qu'il s'occupe bien d'une plante verte, jusqu'à ce qu'elle fleurisse : communiquer avec elle, s'ouvrit (comme une fleur) à sa plante, ce qui rend Kojirô à la fois hilare et sceptique. Lorsque – si – la plante fait des fleurs, alors Kojirô sera près à avoir une vraie relation amoureuse.

Chapitre 40 - Jeux de main jeux de vilains

Tous ceux qui connaissaient un peu Kojirô Hyûga vous diraient que c'est quelqu'un d'entier et d'honnête. Il pensait ce qu'il disait, faisait ce qu'il pensait, disait ce qu'il pensait et faisait ce qu'il disait. S'il vous aimait, il vous aimait, et s'il ne vous aimait pas, il valait mieux pour vous ne pas croiser son chemin. S'il se trompait, il vous présentait des excuses les plus sincères. Même s'il était difficile de lui faire avouer s'être trompé. Il ne faisait les choses que s'il en avait envie, et une fois commencées, il s'appliquait à les finir, et du mieux qu'il pouvait.

Tous ceux qui connaissaient vraiment Kojirô Hyûga vous diraient que c'est quelqu'un de complexe. Il réussissait à amalgamer des émotions et réactions souvent primaires, presque toujours contradictoires en un équilibre fragile mais mesuré.

Au premier abord, il était impulsif, tête brûlée, agissant sans réfléchir. Ensuite il était instinctif, sûr de lui, écoutant ses tripes et ne se fiant qu'à ce qu'il voyait. Et puis lentement, on voyait la circonspection, la pondération et le calcul des possibilités et des risques en lui. Il ne ferait rien pour entacher sa carrière de footballeur, mais un mot de travers suffisait à ce qu'il eût un geste irréfléchi. Cependant, il n'était pas rancunier… une fois qu'il avait prouvé sa supériorité. Ses emportements étaient aussi violents qu'ils étaient courts. Il avait une réaction brusque, voire agressive, puis vous dédiait un regard plein de dédain et d'auto-suffisance et se détournait. Il était curieux mais impatient. Il était fier mais soupe-au-lait. Il était ouvert d'esprit mais têtu comme un cochon. Il avait un cœur en or et la frappe d'une mule.

Aussi quand on lui faisait une proposition « c'est elle ou moi », l'envie irrésistible et irrationnelle de répondre « ça sera donc elle » lui venait spontanément à l'esprit. Surtout si on en rajoutait.

- « De toute façon, moi ça m'est bien égal ! Ce n'est parce que tu es mon frère que tu dois être mon ami. »

- « Ce n'est parce que tu as l'air d'une conne que tu dois te sentir obligée d'en être une. »

Autant pour le côté rationnel. Sachant ce que nous savions de lui, il était donc normal qu'il tournât les talons et se désintéressât de Neeve. Il n'avait rien à faire avec les connes.

Tous ceux qui connaissaient un peu Neeve Hase vous diraient que c'est quelqu'un d'excentrique. Elle apparaissait comme un arc-en-ciel, chatoyante de couleurs, de rires et d'émotions et s'appliquait à vous donner l'idée d'une frivole évaporée.

Elle changeait d'avis sur la musique qu'elle écoutait, les vêtements qu'elle portait ou ce qu'elle allait manger au repas du soir trois fois par jour. Quelque chose qui l'attirait la dégoûterait sûrement le lendemain. Neeve était comme un papillon qui butinait ici et là dans la vie, insouciante du lendemain. Si elle semblait lunatique au premier abord, c'était surtout quelqu'un d'énigmatique, avec une logique bien à elle.

Aussi quand on la prenait de haut, à rebrousse-poil, ou lui envoyait une pique sanglante qu'elle pensait ne pas mériter, elle sentait monter une envie irrévocable de vous arracher les yeux à coups de faux ongles. Puis elle décidait que vous ne valiez pas la peine d'abîmer ses faux ongles et faisait une moue. Puis passait à autre chose. En tout cas, elle en donnait l'impression.

- « Bon, on se le fait, ce cinéma ? Je n'ai pas envie de rater la séance. »

Tous ceux qui connaissaient vraiment Neeve Hase vous diraient que c'est quelque de simple. Elle était franche dans ses mots et ses émotions. Si elle vous aimait, elle vous aimait, et si elle ne vous aimait pas, elle vous le faisait sentir. Elle vous traiterait avec toute la courtoisie voulue, mais cela ne cacherait pas son profond dégoût pour vous. Neeve n'était pas quelqu'un de sournois, qui fomenterait des plans pour vous nuire. Elle se contenterait de vous regarder bien en face et, avec un grand sourire satisfait, vous sortirait vos quatre vérités. Et elle vous rayerait définitivement de sa vie. Elle était rancunière, car elle n'accordait jamais de seconde chance. Avec elle, c'était du tout ou rien. Blanc ou noir. Le gris n'était pas une couleur qu'elle comprenait… ou voulait comprendre. Neeve était la personne la plus butée au monde. Ajoutez un grain de mauvaise foi, et vous compreniez qui était Neeve.

Nous comprenions donc que Neeve et Kojirô étaient deux personnes faites de la même pâte, mais assemblées de façons totalement opposées. Kojirô était comme un croquant fourré : il avait une surface lisse, dure semblant impénétrable. Il partait en éclat au moindre coup de dents. Mais à l'intérieur, c'était une crème, étonnamment sucrée et douce. Neeve était une tarte à la crème. Elle semblait si crémeuse et mœlleuse, vous écoeurait presque par l'onctuosité de son nappage, mais cachait sous sa légère mousse une pâte brisée aussi solide que le roc qui surprenait les gourmands trop aventureux. Seuls les plus courageux, ceux au solide appétit pouvaient goûter à cette pâte toute simple, croquante et craquante, qui faisait le pendant parfait de sa crème.

Kojirô quitta donc le magasin. Il passa devant Izumi qui s'occupait à étiqueter une boîte de T-shirts. Elle avait le bout du nez un peu rouge et le menton tremblotant.

- « T'inquiète, elle a juste mauvais caractère. » fit-il sans s'arrêter.

Surprise, la jeune fille leva la tête mais ne put contempler que son dos alors qu'il s'éloignait dans la galerie marchande. Il n'avait pas fait dix mètres que son irritation retomba comme un soufflé mal ou bien cuit. Et maintenant ?

Et maintenant, il se retrouvait tout seul comme un imbécile. Il s'était pourtant juré de ne pas se mêler de cette histoire. Mais la méchanceté gratuite de Neeve le contrariait bien plus qu'elle ne l'aurait dû. En fait, il était déçu par son attitude. Il n'avait jamais pensé que Neeve pouvait agir aussi cruellement. Mais il n'allait pas la provoquer plus que ça. Déjà, il savait que Neeve n'avait certainement pas apprécié sa remarque. Il n'aurait pas apprécié si quelqu'un lui sortait quelque chose d'aussi énorme, à juste ou mauvais titre. Enfin, bon, il allait lui présenter des excuses et tout rentrerait dans l'ordre…

Mais Kojirô ne se doutait pas qu'il s'était mis dans de beaux draps. Pourtant, il avait déjà eu un avant-goût du caractère impitoyable de la jeune fille, qui l'avait ignoré pendant près de deux jours lors de leur dernière dispute. Il avait rebroussé chemin et avait attendu son groupe d'amis devant la salle. Ils étaient arrivés en riant et chahutant. Il comprit tout de suite que quelque chose n'allait pas quand elle passa devant lui sans s'arrêter ou réagir pour aller prendre sa place de cinéma. Kojirô eut un long soupir de frustration. Décidé à ne pas envenimer les choses, il la laissa tranquille le temps du film. Il s'assit en bout de rang, Ken et Ayame faisant tampon entre lui et elle. Neeve ne pouvait pas l'éviter ad vitam æternam. Ils avaient ensuite rendez-vous avec le reste de leur famille au grill du centre commercial pour « le bout de bœuf » que Kojirô avait réclamé. C'était aussi l'occasion de fêter l'aménagement de Fumihiro, qui avait quitté la maison la veille. Le jeune homme comptait bien sur le court moment qu'ils allaient passer en tête à tête à traverser la galerie pour s'excuser. Et une fois arrivés au restaurant, elle serait de nouveau elle-même… Pff, était-ce vraiment mieux ?

Ils se retrouvèrent bien seuls, mais Neeve reçut un appel sur son portable, qui dura le temps de la brève balade. Devant le reste de la famille, elle semblait naturelle et souriante. Mais quand son regard se posait sur Kojirô, il avait l'impression qu'elle voyait à travers lui, comme s'il n'existait pas.

- « Hase, passe-moi la sauce, s'il te plait. » demanda-t-il d'une voix neutre.

Il s'attendait à se faire ignorer, ou à recevoir la bouteille en pleine tête, comme elle lui avait déjà jeté son bol récemment. Mais elle posa délicatement le récipient devant lui. Ses yeux glissèrent sur lui pour venir se poser sur Mamoru, assis à côtés de son frère qui demandait du thé.

Et là, il fut certain qu'il avait un gros gros gros problème.

Lors de toutes leurs disputes, c'était Neeve qui était plus ou moins coupable et qui devait se remettre dans les petits papiers de Kojirô. La seule fois où elle avait été en colère, elle avait elle-même concédé que sa réaction était excessive et peu fondée. Mais pour la première fois, Kojirô se sentait fautif. Il savait qu'il avait mal agi. Maintenant que l'idée était ancrée en lui, il était tout prêt à faire amende honorable. Kojirô était comme ça. Mais fallait-il encore lui en laisser la chance. Neeve était résolue dans sa décision de… ce n'était même pas l'ignorer. Battre à froid était plus juste. S'il lui parlait, elle écoutait mais ne répondait que si cela était vraiment nécessaire. Elle restait polie, mais glaciale. S'ils étaient ensemble dans la cuisine ou le salon, elle ne faisait pas la moindre attention à lui, se concentrant sur sa propre tâche. Il essaya de l'amadouer en lui demandant de corriger son anglais. Elle se pencha sur la feuille, griffonna dans la marge des remarques ici et là et lui rendit le papier. Il ne put même pas la coincer alors qu'elle était seule dans sa chambre parce qu'elle n'y passait pas plus de temps de ça. Keiko et elle étaient en plein d'aménagement de chambre de bébé. Les « hommes » de la famille, grands ou petits, fuyaient donc leur compagnie, parce qu'à chaque fois, on leur demandait de choisir entre le « vert jeune pousse » et le « vert pomme printemps ». Du vert clair, c'était du vert clair, et du vert foncé, c'était du vert foncé. Non ?

Kojirô perdait patience. Il n'aimait pas cette attitude extrême. Petit à petit, la culpabilité faisait place à l'irritation puis à la colère. Elle ne voulait plus lui parler ? Bien, il était d'accord. Cela lui ferait des vacances.

Ken et Kazuki voyaient leurs deux amis s'éloigner l'un de l'autre, alors qu'ils étaient pourtant bien partis pour enfin s'entendre. Ils faisaient la navette entre les deux, alternant les ambassades diplomatiques, mais l'un comme l'autre était aussi têtu qu'un cul d'ours. A leur tour exaspérés par leurs gamineries, les deux se désintéressèrent du duo. Au point que les 3K se séparèrent mardi après-midi pour les quatre heures de labo. Kojirô alla rejoindre Yoshi et Akira sur leur paillasse et donc Rai dut rester avec Ken et Kazuki. Ce nouvel aménagement ne passa pas inaperçu. Les rumeurs partirent comme un feu aux poudres. Lors de la pause de l'après-midi, le groupe resta séparé, et fut soumis à l'œil attentif du reste du lycée. Cela semblait être une cause désespérée. Les trois joueurs se traînaient dans un silence morose vers le stade pour leur entraînement du soir quand ils croisèrent Takeshi qui déboulait dans la cour.

- « Ben, qu'est-ce tu fais ici ? » demanda Kojirô.

- « Je cherchais Hase-san. » répondit rapidement le jeune footballeur, apparemment peu désireux de s'attarder. « Je dois aller à mon entraî--. »

- « Neeve ? »

- « Oui, mais je l'ai trouvée. Merci. »

- « Mais qu'est-ce que tu as besoin de cette furie ? » grommela Kojirô.

- « Takeshi-kun ! » Neeve venait d'apparaître au coin du bâtiment. « Je viens d'avoir le message de Natsuko ! »

- « Minute ! » coupa Kojirô en se mettant sur le chemin pour leur barrer la route. « Qu'est-ce que c'est que cette embrouille ? »

- « Tss, pas le temps ! » Neeve le contourna. Cependant, sa voix n'était pas aussi froide que d'habitude.

- « MAIS QUOI ENCORE ? » beugla-t-il. Il était aussi furieux qu'il était inquiet. Pourquoi était-il inquiet ? Il ne savait pas et cela l'énervait. Il se défoula sur le terrain au point que Kitazume eut recours à sa bonne vieille technique des tours de terrain pour qu'il se calmât et arrêtât de menacer la vie de ses coéquipiers avec ses crampons. Avec lui, une simple chaussure était une arme redoutable. Kojirô était encore maussade après sa douche. Il prit les feuilles d'imprimés qu'on lui tendait, n'écoutant même pas ce qui se passait. Il était pressé de rentrer chez lui et de trucider Neeve par n'importe quel moyen. Il hésitait encore entre la lapidation à coups de ballons de foot – devait-il dire ballidation ? - et l'étouffement par chaussettes puantes quand l'entraîneur les laissa partir.

Il n'avait pas encore fait trois pas que son téléphone vibra. L'écran marquait Neeve Hase. Kojirô regarda son portable en silence, ne se décidant ni à raccrocher ni à décrocher.

- « Allez, réponds ! C'est bruyant ! » protesta Kazuki à ses côtés.

- « … Ouais ? »

- « Tu as fini l'entraînement ? »

- « Ouais. »

- « Il faudrait que tu passes au supermarché acheter des trucs. Je t'envoie la liste par texte. »

- « Non. »

- « … pourquoi ? »

- « Parce que je n'ai pas envie de faire tes courses. Démerde-toi. »

- « …. C'est pour Natsuko. »

- « … C'est quoi, cette histoire ? » grommela-t-il en marchant vers le portail et obliquant déjà vers le magasin. Sa bonté le perdrait, c'était certain.

- « Elle a eu ses premières règles aujourd'hui. »

- « QUOI ? »

- « Elle a eu ses pr--. »

- « JE REFUSE ! JE NE SUIS PAS D'ACCORD ! » Ken et Kazuki, qui l'avaient suivi pour pouvoir être au courant de ce nouveau rebondissement, le regardèrent avec étonnement. Il était virulent, mais pas en colère.

- « On ne te demande pas ton avis ! » fit Neeve un peu sèchement, mais Kojirô sentait la pointe de sourire derrière les mots. « Le problème, c'est que ni Keiko ni moi n'avons de trucs adaptés pour sa taille et--. »

- « Envoie-moi ta liste et arrête de m'énerver ! » Il raccrocha avec l'envie de hurler. De rage, de désespoir et de gêne.

- « … Kojirô, tout va bien ? »

- « Tu es un peu pâle… »

- « Je suis pâle si je veux, et non je ne vais pas bien et qu'est-ce que vous foutez ici, les commères ? J'ai des courses à faire alors foutez-moi le camp ! » Amusés malgré eux, voyant qu'il n'y avait rien de dramatique, les deux compères filèrent sans demander leur reste, comme une bande de pies chassées par un coup de balai ne s'envolaient que de quelques mètres. Ils laissèrent donc leur vaillant capitaine entrer dans le rayon de produits féminins. Neeve lui avait envoyé un texte avec une description détaillée du produit, le nom, la marque, la forme et la couleur de la boîte, ainsi que le nombre de « gouttes » et autres détails d'importance qui restaient cryptiques pour lui.

Kojirô n'était ni niais ni abruti. Il avait suivi des cours de biologie, avait une mère qui avait mis au monde trois enfants – enfin quatre s'il se comptait. Il savait que les femmes avaient leurs règles et à quoi servaient des tampons et serviettes hygiéniques. Il en avait même acheté à sa mère. Comme elle prenait toujours la même chose, c'était facile. Kojirô avait beau se dire que c'était normal, que c'était comme ça que lui et le reste de l'humanité était né, mais ces pensées ne le réconfortaient guère. C'était toujours aussi gênant de se planter devant le rayon à la recherche de LA boite. Surtout si c'était pour sa PETITE SŒUR !

Il repéra les cachets anti-douleurs rapidement. Il trouva les serviettes après quelques tâtonnements mais bloquait sur le dernier objet de la liste. Rien ne correspondait vraiment à ce que Neeve lui avait indiqué, et il ne savait pas quoi prendre en échange.

- « Tiens, toi ici ? » fit une petite voix qui dissimulait mal son amusement.

- « Comme tu dis, toi ici ? » répondit-il. Izumi Yamashita se tenait devant lui, un panier de course bien rempli au bout du bras.

- « Je peux…peut-être t'aider… » Il se doutait qu'elle avait envie de rajouter quelque chose, sûrement une taquinerie à en croire ses yeux pétillants mais elle ne dit rien. Kojirô apprécia. Amadoué mais toujours encore un peu embarrassé, il lui tendit le téléphone avec soulagement

- « Hn… Je cherche ça. » Il commençait à en avoir marre des femmes qui soit lui jetaient des regards mauvais soit gloussaient en le voyant prendre et reposer les emballages sans se décider.

- « Elle te prend vraiment pour un idiot…. » commenta Izumi en piochant le paquet dans le panier du jeune homme pour le remplacer par un autre qu'elle prit sur les rayons. Il n'avait pas choisi le bon. Mais il aurait juré avoir trouvé…

- « Qui ça ? »

- « Neeve. La façon dont elle décrit les paquets. »

- « Comment sais-tu que c'est elle qui--. »

- « Les abréviations. Il n'y a qu'elle qui--. »

- « Pourquoi est-ce qu'elle te déteste autant ? » Oups, cela lui avait échappé. Mais elle était vraiment gentille, et semblait pourtant bien connaître Neeve.

- « Nous avons eu… une dispute quand nous étions en première année ensemble. Et elle ne m'a jamais pardonnée. »

- « C'était si grave ? » Mince, est-ce qu'elle allait lui faire la tête aussi longtemps, à lui aussi ?

- « Un truc de filles. Tiens, prends ça en remplacement, il n'y a pas ce que tu cherches. »

- « Je me disais aussi. » Dans son esprit, la phrase s'adaptait autant au « truc de filles » qu'à l'absence du produit.

- « Et voilà, tu es tout équipé ! » chantonna Izumi, cette fois sans retenir son côté espiègle.

- « Gé-ni-al. Je me disais, cela me manquait… » Elle eut un petit rire qui lui servit également d'au revoir. Il la salua de la tête et alla payer, content d'en avoir fini avec cette corvée.

Il rentra chez lui rapidement. Mamoru et Takeru jouaient dans le jardin se lançant une balle après laquelle Penalty courait désespérément. C'était devenu rare de les voir ensemble.

- « Salut ! » fit-il en boxant la boite aux lettres de toutes ses forces. Non seulement cela le défoulait, mais il espérait bien casser la boite une bonne fois pour toutes pour en acheter une nouvelle qu'il fixerait lui-même.

- « Salut Nii-san ! »

- « Si j'étais toi, je n'entrerai pas. » prévint Mamoru avec une grimace éloquente. « Je ne sais pas ce qui se passe, mais elles font peur, les deux ! »

- « Pff, je n'ai peur de rien ! » fanfaronna l'aîné.

- « Je t'aurai prévenu. »

- « Adieu, Nii-san ! »

- « Arrêtez un peu ! » gourmanda-t-il, mais au fond, il n'en menait pas large. Mam et Tak semblaient croire que c'était la mort assurée pour lui.

- « Ah, c'est toi ! » fit Neeve en se penchant dangereusement par-dessus la rambarde de l'escalier pour voir qui venait d'entrer sans avoir à descendre les escaliers.

- « Oui, c'est Papa Noël, avec pleins de zolis paquets avec de zolies couleurs. » railla-t-il. Sans se démonter, il monta vers sa chambre et lui tendit son sac en papier. « Il n'y avait pas tout ce que tu voulais, alors j'ai dû improviser. »

- « … Je suis impressionnée, tu as bien choisi. » Elle avait jeté un coup d'œil déjà désespéré dans le sac mais dut se contenter d'une moue.

- « Comment va Natsuko ? »

- « Elle a assez mal, mais ça passera. »

- « Hn. » Et il alla faire ses maths.

Si les exploits Kojirôesque au supermarché (!) amadouèrent un peu Neeve, les relations n'étaient toujours pas au beau fixe. Kojirô ne mentionna pas qu'il avait rencontré Izumi au supermarché, ni à Neeve ni à Ken ou Kazuki avec qui il s'était réconcilié. Mais bizarrement, il n'arrêtait pas de la voir : dans les couloirs lorsqu'ils changeaient de classe ou à la cantine quand il achetait son repas. Elle ne faisait presque jamais attention à lui, mais si leurs regards se croisaient, elle le saluait d'un sourire ou d'un signe de tête. Il se contentait de faire lui aussi un salut de la tête. Il ne pensait pas plus que ça à elle. Il était en ce moment en pleine préparation de deux matches d'entraînement, contre l'équipe collège et l'équipe universitaire. Ces deux matchs permettraient à l'équipe de roder leur jeu collectif, prenant en compte les nouveaux éléments. Il ne se faisait pas trop de souci pour le match contre l'équipe de Takeshi. Il n'était pas certain de gagner, puisque sous la houlette de son kohai, Tôhô collège avait développé un jeu tout en souplesse, aux passes rapides et engagées. Mais il redoutait la confrontation avec ses « senpai ». Non seulement allait-il revoir ce crétin de Dejima, mais également Hikari, dont il n'avait plus eu de nouvelles depuis la St Valentin.

Les matchs étaient programmés pour vendredi soir et samedi après-midi. Aussi Kitazume avait-il prévu une session de visionnage dans la salle multimedia mercredi soir.

- « Le magnétoscope est cassé. Quelqu'un doit aller en chercher un au studio audio-visuel. » Un calme presque morbide accueilli ces mots. « Surtout, pas tous en même temps. Kojirô-kun, tu es le capitaine. »

- « Justement. C'est moi qui donne les ordres. Ken, vas-y. »

- « Mais je ne sais pas où c'est, moi ! »

- « Hyûga, Wakashimazu, je veux un magnétoscope en état de marche dans moins de cinq minutes ! » rugit Makoto. Les deux garçons s'élancèrent au pas de course.

- « Tu ne sais vraiment pas où est le studio ? » demanda Kojirô, un peu suspicieux.

- « Ben non. Pourquoi est-ce que je devrais savoir ? »

- « Parce que le studio partage les mêmes locaux que le journal et le journal, c'est là où est Lola Oyama. »

- « … je comprends mieux pourquoi tu voulais m'y envoyer. »

- « Je suis gentil, hein ? »

- « Non, pas vraiment, mais tu as de bons côtés. »

Au studio, il n'y avait que Jin qui montrait à Izumi comment faire la mise en page du journal sur ordinateur.

- « Tiens, des footeux ! » Jin rit tout seul, personne ne voyant ce qu'il y avait de drôle. « On peux faire quelque chose pour vous ? »

- « Ouais, notre magnétoscope est mort. »

- « Longue vie au magnétoscope ! »

Soupirant et levant les yeux au ciel, Izumi se leva.

- « Il est impossible. Voilà. Rapportez l'ancien, le service technique y jettera un coup d'œil. »

- « Ken s'en chargera. » Le gardien hocha de la tête, un peu déçu de ne pas avoir vu la petite-ronde-qui-euh… Lola.

Tôhô lycée gagna contre Tôhô collège. Il y eut des moments flottants où leur défense lutta avec acharnement après que les milieux de terrains s'étaient faits voler le ballon par un Takeshi en pleine forme. Kojirô eut une beuglante qui fit peur à défaut de motiver lesdits milieux qui se donnèrent à fond en seconde période, ce qui permis aux lycéens de dominer la fin de partie.

Samedi après-midi fut une autre histoire. Kojirô commença mal la partie. Il était encore en train de ruminer contre Neeve, Hikari et les femmes en général.

- « Quoi, tu viens aussi ? » s'était-il étonné en voyant sa demi-soeur mettre son manteau alors qu'il s'apprêtait à partir, accompagné de Mam et Tak.

- « Arrête de te prendre pour le centre du monde. Je vais voir le match de Rai. Emi m'a dit que je pouvais m'asseoir avec elle sur le banc de touche. » Elle semblait laisser entendre que Kojirô aurait dû la laisser s'asseoir avec les remplaçants depuis le début.

- « Pour que tu rinces encore plus l'œil, l'obsédée ? »

- « Avec des footeux ? Vous n'arrivez pas à la cheville des basketteurs. »

- « … »

- « … »

Ils marchèrent en silence et se séparèrent au portail sans plus de civilité. Malheureusement, Dejima et une partie de l'équipe arrivait en même temps.

- « Oh là, de l'eau dans le gaz entre le petit capitaine et sa copine. A-t-elle enfin compris que tu n'en valais pas la peine ? »

- « J'ai surtout compris que les footeux en général n'en valaient pas la peine. Tous aussi cons les uns que les autres. Toi le premier, le crétin congénital ! » cria Neeve à travers la cour, attirant l'attention de ceux qui se rendaient aux matchs de basket, foot ou baseball. Les rires fusèrent, visant à la fois Kojirô et Dejima. Ils se regardèrent, et pour une fois, ils étaient d'accord. Sale peste ! Pour autant, ils étaient prêts à s'écharper au moindre geste. Geste qui vint.

Kojirô s'était calmé dans le vestiaire. Après s'être changé, il avait passé une longue minute la tête sous le robinet d'eau froide. La méthode marcha. Il rejoignit ses co-équipiers sur la pelouse pour s'échauffer mais après trois minutes, il s'arrêta net. Hikari venait d'apparaître et appelait son équipe. Il ne put s'empêcher de la regarder, voire même de la dévorer des yeux. Il avait beau se dire qu'il avait pris la bonne décision en la laissant derrière lui, il ne pouvait qu'admettre qu'elle lui manquait. Surtout quand il la voyait dans son petit jogging moulant. Surtout quand il la voyait sourire et rire. Surtout quand il la voyait… embrasser Abe ? Il ouvrit une bouche grande comme un four. Rapidement le dégoût remplaça la surprise, puis la folie meurtrière remplaça le dégoût. Après leur baiser, Dejima avait relevé la tête et fixé Kojirô droit dans les yeux. Si ce n'était pas de la provocation, ça. A son expression, le lycéen comprit que quelque part, Abe était au courant pour lui et Hikari et qu'il ne faisait que le narguer. Il avait beau se dire que ce n'était qu'une technique lâche, petite, mesquine, digne d'un crétin congénital comme Abe, il ne pouvait pas se calmer. La technique, aussi lâche, petite, mesquine fut-elle, faisait ses preuves.

Ainsi, il n'arriva pas à se concentrer sur le match. Depuis le rond central, il entendait les ricanements de hyène hystérique d'Abe. Ce ne fut que lorsqu'il fut renversé par une charge à la limite de la légalité et après avoir perdu le ballon qu'il se reprit. Il courut après le fautif, récupéra le ballon et marqua le premier de ses deux buts. Il laissa Toshio Bano marquer les deux autres. Victorieux mais pas satisfait, il retourna aux vestiaires.

- « Hé, Kojirô, ça va ? » demanda Kazuki en lui tendant une serviette. Puisqu'il ne pouvait pas jouer, il aidait l'équipe de son mieux.

- « Super, pourquoi ? »

- « Ton genou saigne… »

- « Ah ? » Il baissa les yeux sur sa jambe. Il ne se rappelait pas s'être blessé, ne serait-ce que superficiellement.

- « Pistache ! » Kazuki lui envoya une pichenette sur le front. « Arrête de ronchonner, veux-tu bien ? Regarde qui est venu t'encourager ! » Il eut un mouvement de tête vers la sortie.

Kojirô ne sut jamais qui il espérait voir. Il sut seulement que son cœur s'affola un moment. Cela ne pouvait pas être Hikari. En fait, il eut à ce moment la certitude qu'il ne voulait plus voir Hikari. Si elle était venue vers lui avec l'intention de repartir du bon pied, il aurait sûrement accepté. Mais du moment où elle avait osé s'impliquer avec Dejima, elle avait perdu toute valeur pour lui.

C'était Neeve. Neeve l'attendait. Pour le moment, elle brandissait un poing mi-rageur mi-amusé vers l'équipe qui l'avait saluée d'un « Mince, voilà la furie ! Fuyons ! » mais quand elle sentit son regard, elle se retourna et lui adressa un sourire timide. Il lui fit un grand signe en retour, juste pour voir son sourire se figer.

- « Héééé, tu as gagné ! » Izumi venait d'apparaître près de lui. Derrière elle, Kaoru et un autre gars qui portait une sacoche volumineuse de caméra et un trépied s'en allaient. « Nous avons tout filmé ! Félicitations ! » Et elle partit rejoindre les membres du club journalisme. L'échange avait été court, mais suffisant pour que Neeve s'éclipsât. Et il sut qu'elle n'était pas prête à refaire le premier pas encore une fois.

- « Et merde, t'es énervante, Hase. Mais qu'est-ce qu'elle a bien pu te faire, cette fille…. » soupira-t-il en allant se doucher.

Conforme à ses prévisions, Neeve fut aussi chaleureuse d'un glaçon en Arctique. Et dire qu'il n'avait rien fait, lui… Il s'affala sur son bureau, aucunement motivé pour faire quoique ce soit. Il n'avait même pas envie d'aller courir.

- « Kojirô, viens jouer avec moi ! » proposa Takeru.

- « Non merci. »

- « Hé, Nii-san, tu veux faire une partie de baston avec moi ? »

- « Plus tard, Mamoru. »

- « Nii-san, tu as vu mon nouveau PC ? »

- « Oui, Natsuko… »

Il ferma les yeux. Il voulait arrêter de penser. Mais était-ce seulement possible ?

Son téléphone sonna. Sans même regarder qui c'était, il décrocha.

- « Quoi encore ? »

- « … C'est sûr, c'est très personnel comme manière de saluer. C'est … très 'toi'. »

- « Sakamoto, je n'ai pas envie qu'une fille vienne me taper sur le système. »

- « Allons bon. Quoi encore ? »

- « C'était ma réplique, ça. »

- « Hé bien, c'est une bonne réplique. Tu as bon goût. Tu es sûr que tu ne veux pas sortir avec moi ? »

- « Sûr et certain. » Il sourit et ouvrit les yeux. « A ce propos, ta plante est encore en vie. »

- « Ce n'est pas ma plante, mais la tienne. Il faudra la rempoter bientôt. »

- « Si tu veux. »

- « Bien sûr que je veux. Alors ? »

- « Alors quoi ? C'est toi qui m'appelles. »

- « Vraiment ? »

- « Oui. Pourquoi est-ce que je t'appellerais ? »

- « J'avais donc un truc à te dire… »

- « …J'attends… »

- « … Ah si ! Qu'est-ce que tu en penses, de ce que Neeve t'a dit ? »

- « Elle ne m'a rien dit. Cela fait une semaine qu'elle ne me parle plus. »

- « HEIN ? »

- « QUOI ENCORE ? »

- « MAIS QU'EST-CE QUE TU AS ENCORE FABRIQUE ? »

- « Moi rien. »

- « Et tu espères que je vais te croire ? »

- « Sakamoto ! » gronda-t-il.

- « Dis-moi tout. »

- « C'est cette fille. Elle est venue me parler trois secondes, et Neeve a prit la mouche. »

- « Cette fille ? Attends, tu veux dire, Yamashita ? »

- « Ouais, c'est ça, c'est son nom. »

- « … Ne me dis pas que tu lui parles encore ? »

- « NON ! C'est elle qui vient me parler. Pourquoi ? Est-ce que quelqu'un va enfin me dire ce que vous avez contre elle ? »

- « Cela ne m'étonne pas qu'elle vienne te parler. Ecoute, Hyûga, c'est bien Neeve ou elle. Mais je peux te jurer que cette fille est… mauvaise. Elle…n'est pas nette… »

- « Comment ça ? »

- « … Elle est un peu comme Shun, elle est tout sourire devant et par derrière, elle ne tourne pas rond. »

- « … Si tu le dis. »

- « Neeve ne te le pardonnera jamais si tu te laisses avoir par elle. Fais attention, elle est… perverse. »

- « Qui, Neeve ? »

- « Mais non, crétin. Enfin, si, Neeve est perverse, mais je parlais de Yamashita. Et d'un autre genre de perversité. »

Kojirô ne savait pas de quelle perverse parler. Neeve ou Yamashita.

- « Bon, qu'est-ce que tu voulais ? »

- « Mais qu'est-ce que j'en sais moi ? Tu n'arrêtes pas de m'interrompre ! »

- « Mais je n'ai rien dit ! »

- « Justement, c'est ta faute ! »

- « Mais ça n'a aucun sens ! » protesta Kojirô.

- « M'en fous. C'est le privilège de toute femme. Tu as intérêt à t'y faire ! »

- « Je refuse ! »

- « Dans ce cas, tu es mal barré. »

- « Donc, tu voulais me parler… » relança-t-il.

- « Oui, mais je ne sais toujours pas de quoi. Je te rappelle si ça me revient. A plus. »

Cette fois, il savait qu'il allait se faire raccrocher au nez. En fait, Ayame ne considérait pas lui avoir raccroché au nez, parce qu'elle avait dit au revoir.

Il se sentait mieux. Pourquoi est-ce que parler avec Ayame laissait toujours cette sensation en lui ? Une envie de sourire tout en secouant la tête. Si seulement Neeve pouvait être comme elle.

- « Hé, Nii-san ! »

- « Oui Mamoru ? »

- « Est-ce que je t'ai dit ? Pour la… la bande de crétins ? » reprit-il après une pause, en chuchotant.

- « Non. Quoi ? » répondit-il sur le même ton.

- « Ils ont été arrêtés. Enfin, les trois grands. Et les autres ont été raccompagnés chez eux par la police… »

- « Hum ? »

- « Un policer en civil les a surpris en train de raquetter d'autres gars. Il a appelé des renforts et zou ! »

- « C'est bien, ça. »

- « Tu étais au courant, hein ? »

- « Pas vraiment. »

- « Bon, viens jouer à la console. Shouta est nul. »

- « J'ai un truc à demander à Shouta, c'est bien… »

Il se déplia et suivit son benjamin.

- « Heu, Shouta… Il faudrait que tu signes mon autorisation de sortie. »

- « Sortie ? » Shouta posa sa manette avec soulagement et examina le papier.

- « Pour la Golden Week (1). L'équipe de foot va faire retraire dans la montagne. On s'entraîne mais on s'amuse aussi. »

- « Une sorte de semaine d'intégration. »

- « Un peu. »

- « Et pourquoi est-ce que tu ne demandes pas à ta mère ? » taquina Shouta.

- « Parce qu'elle va me prendre la tête pour ma grand-chose. C'est encadré par l'entraîneur et un autre type. »

- « Oh la, tu as même un onsen (2) »

- « Tant qu'à faire. » Kojirô regarda avec plaisir Shouta apposer son sceau en bas de la page. Il avait eu raison de lui demander plutôt qu'à sa mère. Elle avait déjà une tendance au mode mère-poule, mais maintenant qu'elle était enceinte, elle s'inquiétait pour un rien. C'était pratique, un beau-père.

Il s'installa tout content dans le canapé pour une soirée en famille durant laquelle Neeve oublia de lui faire la tête. Après tout, il la laissa gagner à tous les coups. Si cela lui faisait plaisir…

Le répit fut de courte durée. Pourtant, dimanche avait été un jour splendide. Ils avaient fait un barbecue dehors puis s'étaient lancés dans les travaux de décoration. Entre la chambre du bébé et la chambre d'ami, il y avait du travail. Kojirô batailla contre Mamoru qui s'amusait à lui poncer le mollet avec le papier de verre et coursa Takeru qui lui peignit ledit mollet en vert « pousse de bambou ». Keiko dut utiliser toute sa bouteille de dissolvant pour faire partir la marque, et il dut puer l'eau de rose pendant deux heures. Lundi fut dans le même genre. Il s'endormit pendant la pause déjeuner au lieu de réviser son anglais. L'herbe n'était pas verte « pousse de bambou », mais était confortable. Il était certain de récolter une note minable à son interrogation, mais certain de gagner leurs prochains matchs. Kazuki avait repris un footing léger et avait même put taper dans un ballon.

La journée se terminait doucement. Kojirô avait invité ses amis à venir chez lui pour commencer un projet de groupe, un dossier de biologie aussi long qu'il promettait d'être barbant. Le soleil couchant projetait des jeux de lumières sur les murs en perçant entre les feuilles et fleurs maintenant pleinement ouvertes. Cette fin d'avril était magnifique et promettait un bel été. Ken et Kazuki étaient aux aussi en chemise et avaient bourré leur veste d'uniforme dans leurs sacs. En un bel ensemble, ils tournèrent une rue et s'engagèrent dans une rue plus petite. Le soleil les éclaboussa et les trois garçons plissèrent les yeux et traversèrent la rue pour se mettre à l'ombre. Comme la rue était trop petite pour les voitures, ils ne regardèrent pas où ils allaient. De toute façon, ils ne voyaient rien.

Un bruit de course retentit tout près. Plus loin des cris. Sûrement des gamins qui jouaient. D'ailleurs voilà une silhouette qui déboulait à pleine vitesse plus haut dans la rue. Kojirô s'écarta un peu pour laisser passer la flèche. Mais voilà que la personne vint s'écraser droit sur lui. Il chancela en arrière sous le choc et allait protester quand, avec un sursaut, il reconnût les longs cheveux châtains. Neeve s'accrochait à lui avec force.

- « Vous ne pouvez pas faire atte--. Hase ? Qu'est-ce que tu--. »

Il fut interrompu par les voix. Maintenant qu'elles étaient plus proches, les trois footballeurs pouvaient entendre qu'elles n'avaient rien de gamins qui jouaient.

- « Rattrapez-la, elle ne peut pas être bien loin ! »

Un groupe sortit de la même rue et s'approcha tout aussi rapidement. Kojirô compta sept gars, du genre de ceux qui avaient ennuyé Mamoru, mais version XL. Plus grands, plus baraqués et surtout plus cons.

- « Elle est là ! » clama l'un d'entre eux.

- « Elle va s'échapper ! »

Kojirô referma automatiquement ses bras autour de Neeve quand il la sentit bouger. Elle était prête à se remettre à courir.

- « Bon, on n'a rien contre vous. Lâchez la fille et filez ! » ordonna un des gars. Pourquoi est-ce que tous les leaders de bande devaient fumer ?

- « Pas une chance ! » répliqua Ken en se rapprochant de Kojirô.

- « Vous n'êtes que trois contre nous ! »

- « Trois, pour vous, c'est assez ! » répondit Ken avec assurance. Déjà il se mettait en position de garde.

Le geste fut le signal. Kojirô s'interposa devant Neeve et attrapa le loubard qui se lançait vers elle. Ken était déjà aux prises avec trois autres gars. Kazuki donnait des coups de jambes au premier que Ken jeta par terre. Indifférent, il visait la tête, les côtes ou le ventre. Kojirô se contentait de balancer des coups de pieds ou de poings de toute sa force. Mais il avait beau être fort, et Ken savoir se battre, ils n'étaient que 2 ¼ parce que Kazuki ne pouvait pas faire grand-chose. Ceux d'en face avaient aussi clairement l'habitude de se battre. La bataille prenait un mauvais tournant quand Rai, Akira et Yoshi arrivèrent. Ils sortaient visiblement de la supérette plus haut où ils avaient fait quelques achats. En voyant la bagarre, ils lâchèrent sacs et cartables et vinrent prêter main forte à leurs camarades. Rapidement, l'affaire fut bouclée. Les lycéens étaient jeunes, en bonne santé et avaient pris par surprise les caïds qui ne s'attendaient pas à autant de résistance. La plupart d'entre eux réussirent à s'enfuir, en piteux état.

- « Bon. Pourquoi on se bat, déjà ? » demanda Yoshi en écrasant une dernière fois la figure du gars qui venait de tomber à terre inconscient devant lui. Il le retourna du pied pour s'assurer qu'il resterait couché.

- « Pas de bobo ? » interrogea Akira en s'époussetant. Il avait reçu un coup de coude et avait une lèvre enflée. Mis à part des écorchures et blessures légères ici et là, les six garçons étaient intacts. Ou pas.

- « OOOH ! BRO ! Mais c'est quoi, ce sang ? » s'exclama Rai en désignant le T-shirt de Kojirô. Ce dernier tira son habit pour regarder les grosses traces.

- « Ce n'est pas le mien. Je n'ai même pas pris un coup de ces tapettes. »

- « Ben ce n'est pas nous, ni eux, parce qu'il n'y a pas de sang par terre. » avança doctement Akira en regardant autour d'eux.

C'est alors qu'ils la virent. Dans l'action, ils en avaient oublié la cause de tout ce remue-ménage. Neeve Hase était toujours là où Kojirô l'avait poussée. Elle avait toujours les cheveux qui pendaient sur ses épaules. Avec la tête et les épaules penchées comme ça, son visage n'était pas très visible. En sentant les regards se poser sur elle, elle eut un coup d'œil à travers les mèches et sembla se recroqueviller encore plus.

- « Neeve, viens voir par ici ! » appela Kojirô très tranquillement. Mais elle ne bougea pas. « Neeve ! »

Cette fois, elle esquissa un pas en arrière. Avec un claquement de langue exaspéré, il avança vers elle. Elle leva les mains comme pour le repousser, mais il se saisit d'un poignet qui força vers le bas tandis que sa main gauche lui attrapait le menton. Une fois débarassé du bras de Neeve, il écarta doucement les mèches de son visage.

Pressés derrière lui, les cinq garçons eurent un mouvement de recul. Akira laissa échapper un sifflement normalement appréciateur, mais qui ici était ironique. Rai souffla un « la vache ! » inquiet tandis que Kojirô prenait une profonde inspiration :

- « Neeve, je te jure, si tu n'étais pas déjà si amochée, je te collerais la baffe de ta vie. »

(1) Golden Week : Entre le 29 Avril et le 5 Mai. Plusieurs jours fériés se succèdent dans le calendrier japonais, donc toute la semaine est fériée. Presque toutes les activités sont gelées pendant ce temps. C'est une période très chargée pour les transports, parce que beaucoup de japonais en profitent.

(2) Source chaude naturelle, très fréquente dans les auberges de montagne. Le Japon se situe sur une zone de volcans plus ou moins actifs.