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Tada ! Chapitre 42 ! Merci pour votre attente. Pour la petite histoire, j'ai passé un super week-end à Nice, j'ai même attrapé des coups de soleil !

Note 1 : Il y a un clin d'œil à un anime dans ce chapitre. La première à me trouver ce que c'est à droit à me poser 3 questions sur la fic en général (j'ai droit à un joker, au cas où j'aurais droit à la question qui tue toute l'intrigue !

Note 2 : Voilà que l'équipe de foot commence à jouer un rôle un peu plus important. Donc, voici la liste des joueurs et de leurs postes, par année :

1ère année :

Haruki Shuo – Défenseur

Mazuo Mitsumomo – Défenseur

Toshio Bano – Avant/milieu offensif.

Azuno Matsuba - Goal

2ème année :

Ken, Kazuki et Kojirô (dois-je vraiment répéter leurs postes?)

Tsuneo Takashima – Défenseur

Yutaka Matsuki – Milieu de terrain

Hiroshi Imai - Défenseur

3ème année :

Kiyoshi Furuta – Défenseur (dit l'ours)

Hideto Koike – Milieu de terrain

Sadana Adulo – Milieu de terrain

Renji Hirigari – Défenseur

Yatarô Tanyu – Milieu de terrain

Certains sont les membres de Tôhô collège, qui sont logiquement passés au lycée et d'autre sont le fruit de mon imagination.

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Merci pour tous vos commentaires !

Je recommande : la nouvelle fic de Asuka (sur fanfic-fr) / FicAndRea (sur fanfiction) « A bon chat, bon rat ».

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Chapitre 42 – En avril ne te découvre pas d'un fil

- « C'EST HORS DE QUESTION ! » s'écrièrent deux voix, l'une grave, l'autre aigue.

- « Mais regardez-vous, vous êtes d'accord sur quelque chose ! » moqua Kitazume. « C'est déjà un début, n'est-ce pas ? »

- « Vous êtes sérieux ! » constata Kojirô, sidéré par l'énormité de la chose.

- « Bien sûr. Je n'allais pas laisser votre sœur toute seule à Tokyo alors que nous allons prendre le bon air frais à la montagne ! »

- « J'aime pas la montagne. » fit Neeve sur le ton d'une gamine boudeuse.

- « Ce n'est pas grave, vous ferez comme si. » répliqua Kitazume, avec un grand sourire. « Et puis, comme ça, nous serons en nombre pairs. C'est bien pour jouer au foot. »

- « J'aime pas le foot. » continua Neeve sans plus d'effet que la première fois. Kitazume la prit par les épaules et la poussa vers le reste de l'équipe.

- « Les gars, cette jeune demoiselle va venir avec nous à la montagne, alors comportez-vous comme des gentlemen. »

- « C'est beau, de rêver… » grogna Neeve en essayant de partir.

- « Bien, puisque vous doutez de leurs qualités, vous leur apprendrez comment se comporter comme tels. »

- « Elle va faire quoi ? » L'équipe ne comprenait pas trop, et à en voir l'expression de Kojirô, elle n'était pas sûre de vouloir comprendre.

- « Elle va s'occuper de vous, n'est-ce pas ? » L'entraîneur eut un autre grand sourire et regarda Neeve, comme s'il espérait la voir sauter de joie.

- « Attendez, qu'est-ce que vous voulez dire, là ? » Raté.

- « J'ai bien entendu vos remarques sur l'hygiène et la propreté globale de mes joueurs. Je pense donc que non seulement votre présence devrait les motiver pour … enfin, limiter les dégâts, mais également de les corriger, si besoin. » Même joueur, joue encore.

- « … »

- « C'est donc décidé ! »

- « Attendez, vous espérez vraiment que je vais être d'accord pour passer une semaine de mes précieuses vacances avec une bande de puants poilus pourris ? » Game over.

- « PPP, elle fait fort, là… » commenta Ken, mezzo forte, déclenchant des rires ici et là.

- « Mais si vous êtes là, ils seront gentils et bien élevés. Et puis, comme je l'ai dit, vous rectifierez en cours de route. » Joueur deux, première balle.

- « Hé, je vous vois venir ! Vous voulez que je leur fasse la vaisselle, et la laverie, et la cuisine, c'est ça ? » Joueur deux, balle bonus.

- « Puisque que tout est clair, voici les papiers que vos parents doivent signer. » Jackpot !

- « Mais c'est de la folie furieuse ! »

- « Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais.(1) »

- « Ne me citez pas Oscar Wilde ! »

- « Mais je suis sûr que vous ne le regretterez pas ! »

- « Vous pariez ? »

- « Une grande montagne, pleine de fleurs et d'animaux. »

- « J'aime pas les fleurs. J'aime pas les animaux. »

- « Arrêtez de ronchonner, on dirait Kojirô ! »

- « HEEEE ! » s'écrièrent deux voix, l'une grave, l'une aigue

- « Il y aura un onsen. » sussura Kitazune.

- « … C'est pas assez. » C'était qu'il s'entêtait, le bougre !

- « Et des joueurs avec de belles cuisses. Quinze, pour être exacts. Je ne me compte pas, bien sûr. »

Même Neeve ne trouva rien à redire.

- « Que… que… que… »

- « Allez donc aider Kazuki à récolter les serviettes sales, voulez-vous ? » Avec une petite poussée entre les omoplates, il la projeta vers le joueur qui lui fit un grand sourire.

- « Génial, je vais pouvoir avoir de tes tartelettes ! »

- « Non, tu vas devenir gros, gras et gluant. »

- « GGG, elle continue… » lança Ken.

- « Elle est en forme, notre furie. » compléta Yutaka Matsuki. Le milieu de terrain était à côté de Ken et avait assisté à toute la scène avec un amusement grandissant.

- « ARRETEZ DE M'APPELER COMME ÇA ! »

- « Oups, ça m'a échappé. »

- « Et ça aussi, ça m'a échappé ! » Furieuse, Neeve shoota dans un ballon qui fila droit vers les deux garçons. Ken l'arrêta facilement, mais la vitesse du tir les avait surpris.

- « Et vous qui disiez ne pas aimer le foot. »

- « CE N'EST PAS LE FOOT QUE J'AIME PAS, C'EST LES FOOTEUX ! »

Et Neeve arracha les serviettes des bras de Kazuki et partit à grands pas faire la lessive.

Kojirô et Neeve étaient têtus. Mais Kitazume l'était aussi. Et il avait l'avantage que donnaient quarante années d'entêtement et l'autorité conférée par son poste. Ayant décidé que Neeve viendrait s'occuper de ses gars, il s'arrangea pour que cela arrivât. De gré ou de force, elle viendrait.

Lorsque les deux lycéens rentrèrent le soir, Shouta était au téléphone. D'un signe de la main, il leur indiqua de le rejoindre dans le salon. Les deux jeunes adultes obéirent. Ils s'assirent au comptoir américain. Neeve se coupa un concombre dont la moitié fut perdue en faveur du ventre de M Kojirô qui piquait une tranche sur deux. Enfin Shouta raccrocha.

- « Il parait que tu as quelque chose pour moi ? » demanda-t-il à s'adressant à sa fille.

- « Non, pourquoi ? » répondit-elle en toute franchise.

- « Je viens de parler à Kitazume-san-- »

- « Noooooon »

- « -- et je dois dire que je suis surpris, mais ravi, que tu te sois proposée pour aider au stage de foot de Kojirô-kun--. » poursuivit Shouta comme s'il n'avait pas été interrompu par un gémissement et un étalage de cheveux châtain sur le comptoir américain. Kojirô eut un claquement de langue irrité devant cette intrusion capillaire sur son concombre.

- « Je ne me suis pas proposée, il m'a forcée. »

- « -- et je dois ajouter que je suis agréablement surpris de voir que Kojirô-kun a été enchanté à cette idée. » Cette fois, la moquerie était visible. Kitazume et Shouta avaient pas mal de points communs, dont un humour douteux – enfin, selon le point de vue adolescent. « Donc, donne-moi cette autorisation parentale. »

- « Papa, tu ne vas tout de même pas cautionner cette idée saugrenue de m'envoyer MOI, pure et innocente, dans un chalet rempli de gars puants et obsédés. »

- « Toi, pure et innocente ? » ricana Kojirô en s'étranglant sur son morceau de concombre.

- « Neeve, je dois dire que oui, cette idée m'a traversé l'esprit, mais entre Kojirô-kun et Kitazume-san, je ne pense pas que tu devrais avoir de problème. Je plaindrais presque l'équipe ! »

Kojirô éclata de rire. Neeve sembla pâlir de colère, mais sous les ecchymoses, c'était difficile de voir. Elle sortit les papiers, et les déchira presque en deux dans sa hâte de les remettre dans son sac une fois que Shouta y eut apposé son sceau.

- « Je vous déteste tous ! » furent ses derniers mots de la soirée.

Ce fut ainsi que Neeve se retrouva levée avant même l'aube – à ses dires, mais son réveil marqua bien 06:10 – vendredi matin, le premier jour de ses vacances. Kojirô l'aida à porter ses sacs jusqu'à la gare, où l'équipe avait rendez-vous. Elle avait l'air décomposée, n'ayant dormi que quelques heures.

Kojirô s'était réveillé en sueur durant la nuit précédent le départ. Il avait déjà shooté dans sa couette qui avait glissé au sol mais il avait toujours aussi chaud. Maintenant qu'il était réveillé, il décida d'aller prendre un verre d'eau. Il se leva et traversait en titubant un peu le couloir vers la salle de bains, quand il remarqua de la lumière qui passait sous la porte de Neeve. Avait-elle oublié de fermer…non, une silhouette venait de passer, coupant le rayon qui dessinait des ombres bizarres sur le parquet. Kojirô vint toquer doucement à la porte.

- « Hé, ça va ? »

- « … oui. »

- « Couche-toi, tu vas devoir te lever tôt demain. »

- « D'accord. »

Après trois verres d'eau, il était sur le point de regagner sa chambre mais Neeve n'était pas couchée. Elle qui pouvait dormir douze heures par nuit ? Cette fois, il entrouvrit la porte.

- « Pourquoi tu ne dors pas ? »

- « J'ai pas sommeil. »

- « C'est ça. Mais je te préviens, tu te démerdes pour la randonnée. »

- « Merci, ça, j'avais compris. »

- « Pourquoi tu as pleuré ? »

- « Comment tu sais que j'ai pleuré ? »

- « Parce que tu es encore plus rouge que d'habitude. »

- « Je me suis cognée, c'est tout. Et ça me lance, donc je ne dors pas bien. »

Kojirô fronça les sourcils et s'approcha du lit où Neeve, assise, les genoux relevés, adossée à sa pile d'oreillers, regardait ses albums photos.

- « Tu ne te devrais pas avoir si mal. » Il lui releva le menton et se pencha sur son arcade sourcilière. « Non, ce n'est pas infecté. MAIS POURQUOI EST-CE QUE TU PLEURES ? » Il regarda ses yeux se remplir de larmes. Neeve battit des cils pour les chasser, car elle avait appris à ne pas se frotter le visage.

- « C'est toi… » murmura-t-elle, voyant qu'il ne lui lâchait pas le menton. Mais les larmes continuaient de rouler le long de ses joues.

- « QUOI ENCORE ? »

- « T'es trop gentil. » Kojirô resta un instant silencieux, le temps de digérer cette nouvelle.

- « Il faudrait savoir, non ? Je suis méchant ou gentil ? » essaya-t-il de tonner, mais sans y arriver. Bizarrement, il aimait bien que Neeve lui dît qu'il était gentil. Il était temps.

- « Je suis désolée… pour t'avoir dit ça…que tu étais méchant. »

- « Arrête de pleurer, on m'a dit pire que ça et je suis toujours en vie. »

- « Oui, mais moi, j'ai été méchante avec toi alors que tu es gentil avec toi. »

- « Bien sûr que tu es méchante, tu es une fille et une sœur. C'est comme ça, tu es née pour me pourrir la vie. Alors arrête de pleurer. »

- « Arrête d'être gentil ! » sanglota Neeve, laissant Kojirô aussi perplexe sur la cause de cette crise de larmes que sur la marche à suivre maintenant qu'elle pleurait. Parce que, pour une fois, il ne se sentait pas coupable. Ce n'était pas sa faute. Non ? Si ? Non. Définitivement non. Il s'assit en soupirant sur le bord du lit en se disant que la prochaine fois, il mettrait une bouteille d'eau près de son lit. Ça lui éviterait bien des problèmes.

- « Pourquoi pleures-tu? » Commençons par le début.

- « Je ne sais pas. »

- « C'est con, ça… » Il se gratta la nuque et bailla. Autant pour mon étude psy. Ce que c'est compliqué, une fille…

- « Je crois… que je ne t'ai jamais dit… jamais remercié… pour… les gars et …avoir couvert pour moi. »

- « Non, tu ne m'as pas remercié et si tu le fais, je te file une baffe. C'est normal. Même si tu n'étais pas de ma famille, je n'aurais pas laissé une fille se faire agresser devant moi. »

- « Tu vois, tu es un gentil garçon. »

- « Et ça, ça te fait pleurer ?»

- « … j'en ai marre… »

- « … De moi ? » Kojirô se doutait que ce n'était pas la bonne réponse, mais il voulait en avoir le cœur net.

- « J'en ai marre, c'est tout, tout part en sucette. D'abord Shun et puis Yamashita. Et puis ces mecs. J'en ai marre et j'ai mal. » Neeve pleurait toujours autant. « Pourquoi ils m'ont attaquée ? Je n'avais rien fait, moi ! Ils ont commencé à me sortir leurs trucs comme d'habitude, et puis je ne sais pas pourquoi, ils ont pété un plomb… »

- « Allez, c'est fini. » Kojirô la regardait se recroqueviller sur elle-même et entendait sa voix qui montait dans les aigus, à la limite du strident. Elle paniquait.

- « J'ai eu si peur… si peur… » Elle commença à se balancer, le visage enfoui entre ses bras qui entouraient ses genoux. « A chaque fois que je ferme les yeux… je revois la scène… sauf que tu n'es pas là… et moi… je…. je… » Kojirô soupira, un long soupir résigné.

- « Mais j'étais là. Arrête d'angoisser. Viens là… » Et avec toute la résignation du monde, il la prit dans ses bras. Cette fois, elle ne s'accrocha pas à lui, préférant se rouler en boule contre son torse. C'était une bonne chose, parce qu'il ne portait pas de T-shirt à torchonner de larmes et sang. Il dormait en boxer depuis le retour des beaux jours. « Si tu veux me remercier, arrête de pleurer bon sang ! Ce n'était pas ta faute. Et c'est normal que tu aies eu peur. » Neeve se calma enfin. Elle renifla et se moucha avant de réaliser dans quelle position elle était.

- « C'est bon ! » Elle se releva un peu vite et dissimula sa rougeur derrière ses cheveux. Pas que cela soit désagréable de se retrouver collée à garçon à moitié… plus qu'à moitié nu… Mais voilà, non…

- « Tant mieux. J'en ai marre que tu me prennes pour un coussin. Mets-toi bien ça dans le crâne, Hase, c'était exceptionnel. La prochaine, je te fais payer. »

- « Hum… »

Elle rampa sur son lit pour se glisser sous les couvertures.

- « Ton sac est fait ? »

- « Hum. »

- « Bien. Tu as intérêt à te lever demain. »

- « Mais pourquoi as-tu autant de sacs ? » râlait Kojirô. Il n'avait qu'un sac boudin et un sac spécial pour ses crampons et elle, elle en avait le triple.

- « C'est ton entraîneur qui m'a dit de prendre tout ça. Personnellement, je n'ai que ces deux sacs. » Elle secoua son énorme sac à dos et le sac en bandoulière.

- « Vraiment ? »

- « Oui. » Elle ne releva pas l'ironie narquoise de Kojirô.

- « Neeve, mon petit ! » Kitazume salua la jeune fille avec la même politesse excessive qu'il ne montrait qu'à elle. « Tu as vraiment une mauvaise tête. Heureusement, l'air frais de la montagne va te remettre d'aplomb ! » Neeve murmura quelque chose à propos de là où il pouvait se mettre l'air frais de la montagne, en prenant garde à ne pas être entendue. Seul Kojirô comprit, mais il était à côté d'elle.

- « Si seulement il pouvait ne pas m'appeler mon petit… »

Kojirô eut cette fois un grand sourire. Neeve avait pris la mouche quand Kitazume l'avait vouvoyé à outrance et avait explosé après un « demoiselle » de trop. Depuis, Kitazume la tutoyait et l'appelait Neeve. Il avait tenté un « Neeve-chan » mais cela n'était pas non plus du goût de la jeune fille.

- « Tu as bien pris tout ce que je t'avais conseillé ? »

- « Oui, c'est Kojirô qui porte tout. »

- « C'est gentil d'aider cette jeune demoiselle. »

- « Ce n'est pas comme si j'avais le choix, si ? » demanda-t-il en passant les sacs à Kiyoshi Furuta pour que le troisième année les chargeât dans le train.

Makoto Kitazume se contenta d'appeler sa troupe de garçons – et leur nouvelle accompagnatrice, pour faire l'appel et distribuer les billets. Neeve se retrouva en fond de wagon, assise en face de Kojirô et de Hiroshi Imai, un deuxième année. Le siège près de la jeune fille était libre et elle profita pour poser son sac et son manteau. Rapidement, tous les garçons piquèrent du nez. Le trajet en train prendrait trois heures, alors autant en profiter. Avec un sourire, elle tira la tablette vers elle et sortit un livre de son sac. Au bout d'un moment, Kojirô se mit à ronfler doucement. Neeve le regarda, essayant de comprendre comment il pouvait faire autant de bruit. Il n'avait pas le nez cassé, et avec la tête penchée comme ça, l'air passait bien…

Neeve décida de le laisser dormir. Après tout, elle se sentait un peu coupable d'avoir abrégé sa nuit hier. En repensant à ce qui s'était passé hier, elle s'agita nerveusement. Kojirô avait le don d'éveiller des émotions contradictoires en elle. Depuis cet incident qui avait fait d'elle le toutou fidèle de Kojirô, à le suivre matin et soir, elle ne pouvait que comprendre pourquoi Mamoru et Takeru ne juraient que par lui. Il était à la fois fort et doux. Il avait soigné ses blessures, s'était préoccupé d'elle mais lui avait passé un savon d'enfer. Puis il avait accepté de ne rien dire à son père. Il la laissait pleurer devant lui, cependant la jetait dès qu'elle pleurait pour un rien. Il était à la fois proche et infiniment loin d'elle.

En général, il l'exaspérait. Elle avait envie de lui taper dessus, d'effacer sa morgue à coups de poings rageurs. Et puis, il avait ce don de la pousser à bout. Elle n'arrivait pas à lui mentir, il lisait en elle comme dans un livre ouvert. Cela la mettait mal à l'aise. Et ce qui la gênait encore plus, c'était qu'il ne semblait pas attacher d'attention à tout ce qu'elle essayait de cacher. Au contraire, cela semblait l'amuser. Chose qu'elle trouvait exaspérante. Neeve avait toujours l'impression d'être une gamine capricieuse devant lui. Pire, elle se sentait mise à nue. Et Neeve avait tout de même un sens de la pudeur.

Mais elle devait avouer qu'elle n'avait jamais été aussi heureuse de le voir, lui, au bout de cette rue, le jour où elle s'était faite agressée. Elle cherchait désespérément une boutique ou un passant pour l'aider, mais les rues étaient désertes. Quand elle l'avait vu, elle avait su qu'il allait l'aider. Mieux, que tout allait bien se passer. Comment pouvait-elle faire confiance à quelqu'un qu'elle était censée presque détester ? Parce qu'elle le trouvait rassurant. Parce qu'elle avait une confiance aveugle en lui, maintenant. Elle l'avait laissé soigner ses plaies sans rien dire, ne remettant même pas en cause ses ordres et directives. Et depuis, elle n'arrivait pas à lui refuser la moindre chose. Depuis lui cuisiner ce qu'il voulait à se lever dès qu'il l'appelait. Enfin, elle se levait si elle était réveillée, chose plus facile à dire qu'à faire. Petit à petit, Neeve trouva l'expression qu'elle cherchait. Elle le respectait. Respecter ne voulait pas dire aimer ou concéder inconditionnellement. On pouvait se respecter mais se disputer.

Après tout, avoir un grand frère n'était pas si mal. Elle ne s'était jamais sentie aussi en sécurité que lorsqu'il l'avait prise dans ses bras hier. Quelque part, son embrassade maladroite lui avait rappelé celle de son père ou de son grand-père. Si j'ai un petit frère, j'espère qu'il lui ressemblera un peu… Enfin, surtout physiquement… Satisfaite, la jeune fille reporta son attention sur ce qu'elle faisait.

Le ronflement prit de l'ampleur, au point de réveiller Hiroshi qui redressa la tête brusquement et regarda son capitaine d'un air dégoûté. Il se leva pour aller se poser près de Kitazume qui dormait en silence. Neeve secoua la tête et prit sur elle. Mais bientôt, tous les joueurs furent éveillés et regardaient vers elle d'un air accusateur. Elle prit son courage à deux mains. En fait, un pied. Qu'elle envoya contre le tibia du joueur en face, qui avait étalé ses jambes partout, la forçant à se contorsionner pour placer les siennes.

- « Erf… quoi ? On est arrivé ? »

- « Non. Dis-moi pourquoi j'ai faux. » Neeve lui tendit une double feuille de calcul.

- « Tu me réveilles pour ça ? »

- « Non. Tu ronflais si fort que tout le monde pensait qu'il y avait un deuxième train ici. »

Kojirô se redressa sur son siège et bailla longuement. Neeve en profita pour déplier ses jambes et pousser celles de son frère qui se laissa faire en grognant. Il se gratta la tête en parcourant l'exercice de Neeve. Elle semblait avoir juste, mais elle avait raison, les calculs ne menaient à rien. Avec un soupir, il attrapa le livre de maths devant elle et lut l'énoncé. Pendant ce temps, Hiroshi revint à sa place. Maintenant que tout le compartiment était debout, il n'avait pas vraiment envie de rester avec l'entraîneur.

- « Tu fais des devoirs ? Déjà ? »

- « Autant profiter. Je n'ai pas envie de rester enfermée pendant des après-midi… »

- « J'aurais peut-être dû faire comme toi. » Ils étaient peut-être en vacances et allaient faire retraite, mais ils avaient tous des devoirs. Kitazume avait aménagé des sessions de travail entre les diverses activités mais Neeve comptait bien tirer le plus profit possible de ce fameux onsen.

- « Mais t'es trop con ! » clama soudain Kojirô, faisant sursauter tout le monde à proximité. « Apprends à lire ! C'est 5x3 et pas 3x5 ! »

- « Ah bon ? Je comprends mieux. Ne n'arrête pas en si bon chemin. Regarde ça ! » Elle lui tendit d'autres exercices de maths et de physique-chimie.

- « M'enfin… » protesta le jeune homme en s'attelant à la tâche sous l'œil amusé de son coéquipier. « Mais moi, j'ai--. »

- « Tu as faim, je me disais… » coupa Neeve. « Tiens ! Abricot ou chocolat ? » Elle tira deux paquets de gâteaux de son sac.

- « Les deux. »

- « Les deux ? »

- « Je vais partager avec Hiroshi, qui va corriger la chimie. » Douce vengeance. Le deuxième footballeur prit un air confus.

- « Quoi ? Moi ? »

- « Non, Angelina Joli. Tu ne vas pas me dire que tu ne sais pas faire, on a vu ça l'année dernière. » Méchamment, il lui passa les copies. Après un instant, Hiroshi abandonna :

- « Je n'ai pas étudié ça, moi ! Hé Yutaka, ça te dit quelque chose, ça ? » Il se retourna pour appeler son camarade de classe.

- « … Non… on a fait ça ? Kiyoshi ? Viens voir ! » A son tour, Yutaka appela un footeux à la rescousse. « T'es en troisième année, non ? Tu dois savoir faire ça. »

Bientôt, la moitié de l'équipe était penchée sur l'exercice de Neeve qui les regardait d'un air incrédule. Elle sortit un autre paquet de biscuit, qui disparut en un instant.

- « Attendez, mais c'est facile ! » Kazuki venait d'apparaître. Il était assis dans un autre compartiment et comme il avait perdu à la crapette chinoise, était venu voir ce qui se passait ici. Sorimachi s'assit près de Neeve et raya toutes les tentatives précédentes d'un grand coup de rayon. « Regarde, il faut appliquer cette formule, mais en intégrant ça ici. » Au bout de trois minutes, tous hochaient la tête en accord.

- « Kazuki, merci ! Tu es le meilleur ! » s'exclama Neeve en applaudissant. Le joueur eut un sourire mais fut confronté aux regards du reste de l'équipe, certains admiratifs, certains envieux de l'attention que la jeune fille lui prodiguait en lui donnant la moitié de son muffin.

- « Ben quoi ? On a fait ça l'année dernière ! » se justifia-t-il.

Enfin, ils arrivèrent au pied de la montagne sur le flanc de laquelle se nichait leur chalet. Pour y accéder, il fallait s'enfoncer dans la forêt, en une randonnée facile mais longue, de quelques heures dans le parc naturel protégé que formaient cette montagne et sa voisine.

- « Bon, tout le monde, mettez vos livres et autres fourbis dans ce fourgon. Vous ne gardez que votre sac principal. » annonça Kitazume.

La tradition voulait que les joueurs portassent leurs propres affaires jusqu'au chalet. Le petit camion contournait la montagne par les quelques sentiers tracés dans la vallée, livrant nourriture et fournitures nécessaires au séjour. Neeve déposa avec soulagement son sac de livres de cours et ajusta son sac à dos avec une grimace. Elle avait été désespérée quand elle avait vu le programme que l'entraîneur lui avait remis la veille, quand elle lui avait rendu son autorisation parentale signée. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi elle était ici.

Elle était ici parce que Makoto Kitazume était coach et que son œil acéré de recruteur avait repéré le potentiel en elle. Certes pas un potentiel footballistique. Avec de l'entraînement – beaucoup d'entraînement - elle pourrait devenir une joueuse potable, mais sans plus. Il lui manquait avant tout la passion. Mais la pertinence de son analyse du jeu avait surpris Kitazume. Le défaut de la Tôhô n'était pourtant pas évident, surtout pour un œil inexpérimenté. Quand à sa remarque sur l'équilibre du score, elle avait vu juste. Il y avait quelque chose à creuser ici.

Et puis la demoiselle avait un sacré caractère. Il fallait la voir remettre en place les joueurs. Elle maniait la langue de bois, la langue de feu et la langue de chat avec une habilité hors pair. Tour à tour enjôleuse, gamine et peste, elle savait exactement quoi dire et quand le dire.

Makoto Kitazumi n'avait ni femme ni enfant. Il y avait bien eu cette jeune fille qui remontait à sa prime jeunesse à qui il aurait dû demander la main. Il y avait bien eu cette femme à qui il aurait dû demander de rester…Makoto avait maintenant conscience qu'à son âge, il était condamné à ne pas avoir de descendant. Il n'avait pas d'enfant, mais il en avait quinze. Cela lui prenait assez de temps. Trop, diraient celles qui avaient traversées plus ou moins longtemps sa vie.

Malgré son aspect de glaçon polaire, Makoto avait la fibre paternelle développée. Sinon, comment porter à bout de bras ces embryons d'adultes qu'il formait non seulement physiquement, mais aussi mentalement ? Il inculquait peut-être les valeurs de respect de soi et de l'adversaire, de combativité mesurée, de dépassement de soi, mais n'ignorait rien des notions d'amour, d'amitié, de jalousie et autres émotions qui venaient vous entortiller l'esprit de votre joueur alors qu'il devrait se concentrer sur son ballon.

Aussi, lorsque Kojirô montra des signes palpables de détresse émotionnelle (ou détresse dans ce qui lui servait d'émotions), il considéra qu'il était de son devoir de mener son enquête. Quelle ne fut pas sa surprise de voir qu'il s'agissait d'un remariage parental. Il connaissait plutôt bien la famille Hyûga. Entre les gamins qui traînaient sur le terrain derrière leur frère aîné et une mère dépassée par les ambitions de son fils, il les avait rencontré plusieurs fois. Rapidement, il toucha du doigt le problème principal : Neeve Hase. Il avait consulté son dossier quand il fut transmis à l'administration pour un pré examen et avait tenu à suivre l'évolution de cette histoire d'un œil prudent (qui se voulait donc lointain.)

Les relations entre Makoto Kitazume et Kojirô Hyûga étaient singulières. Le jeune homme respectait sincèrement son entraîneur mais n'hésitait pas lui donner son avis, même quand on ne le lui demandait pas. De son côté, Kitazume appréciait le talent de son élève, tout en essayant de contenir son caractère. Il était difficile de concilier leurs deux personnalités et visions du foot, mais ils y arrivaient et leur équipe bénéficiait de cette émulation.

Après leur confrontation lors du dernier championnat inter collèges, Kitazume avait donné sa démission. Il ne pouvait plus entraîner cette équipe qu'il avait pourtant menée à la victoire, mais au prix de ses convictions personnelles. Aussitôt des offres de coaching plurent sur lui. Il fut extrêmement étonné quand la Tôhô le contacta.

- « Je vous ai dit que ma décision était prise. »

- « Nous vous proposons d'entraîner une autre équipe de notre complexe. » Makoto s'attendait à se voir proposer l'université ou le primaire, mais certes pas le lycée.

- « Mais… c'est la même équipe ! Avec Hyûga. »

- « Non, vous entraîniez l'équipe collège. Tôhô lycée une tout autre équipe. Avec un tout autre Hyûga, d'ailleurs. »

Non seulement l'offre était prestigieuse (Tôhô lycée !) et alléchante, mais quelque part, cela apaisait la crise de conscience de Makoto qui avait plus d'une fois regretté d'avoir démissionné. Il n'arrivait pas à savoir si cette action, pourtant parfaitement, était en fait la bonne.

Avant de prendre une décision, il avait demandé à avoir un entretien en particulier avec Kojirô. Ce dernier accepta. Ils s'enfermèrent dans une pièce adjacente au bureau du proviseur pendant un long moment. Il n'y eut pas le moindre éclat de voix et quand ils sortirent, tous les deux avaient un visage des plus neutres. Jamais mot de ce qui fut échangé dans cette pièce ne transpira. Mais leur nouvelle relation remontait à ce jour. Ils avaient mis de l'eau dans leur vin, et même s'il y avait des frictions de temps en temps, ils semblaient s'apprécier. Une relation oscillante, plus poussée que celle normalement établie entre un joueur et son entraîneur, moins puissante que celle entre un père et son fils. Et Makoto n'était certes pas le confident de Kojirô. Qui pouvait d'ailleurs se vanter d'un tel titre ? Peut-être Ken et Kazuki. Mais Makoto allait défendre son bon petit, à son corps défendant s'il le fallait.

Il était hors de question, dans l'esprit de notre bon entraîneur, que Kojirô finît comme lui. Un homme seul, sec, plein de regrets, qui se cachait derrière ses principes pour éviter de regarder en face l'échec de sa vie sociale. Cette jeune fille avait une influence sur Kojirô. Plutôt bonne dans l'ensemble. Pour la première fois en bientôt cinq ans, Kitazume avait vu son poulain être en colère après un être humain pour une raison autre que le foot. Depuis que Neeve Hase avait envahi sa vie, il souriait, voire riait. Il râlait toujours autant, mais pour autre chose qu'un match raté. Il montrait son côté curieux, même espiègle et - ô surprise - semblait avoir appris ce qu'était la patience. Une nécessité pour survivre aux côtés d'une personne dotée du tempérament de Neeve Hase.

Il devait admettre qu'il aimait bien la jeune fille. Elle avait de gros défauts. Capricieuse et gâtée, oui. Un petit séjour à s'occuper de quinze garçons bordéliques à souhait allait régler ça. Une tendance à se dissimuler et une facilité à mentir comme on respire. Une semaine dans quatre-vingt mètres carrés avec seize personnes… ou une grande montagne vide de tout allait régler ça : on s'intègre ou on prend l'air. Un penchant à s'emporter et à pleurer pour un rien. Bien, elle pourrait hurler et pleurer tout son saoul. Elle aurait peut-être de l'écho et les lapins de la montagne la peur de leur vie… Et puis en ce moment, elle avait des problèmes. Sinon, pourquoi aurait-elle un des plus jolis cocards qu'il lui ait été donné de voir ? Et Kojirô qui la couvait comme une mère poule couvait son premier œuf ? Une semaine à la montagne et tout serait oublié.

Kitazume se frotta les mains, content d'avoir si bien rempli son rôle d'éducateur.

- « Tout le monde, je vous présenteKen Hidaka. Hidaka-kun va passer cette semaine avec nous. Il est étudiant et voudrait devenir préparateur physique. Vous le reconnaissez peut-être, il jouait avec Tôhô lycée, il y a deux ans de ça. »

- « Carrément, un sacré bon gardien de but ! » s'exclama Ken Wakashimazu, très content de rencontrer une de ses idoles. « J'étais dégoûté pour ton épaule. »

- « Je vais beaucoup mieux ! » rassura l'autre Ken en faisant tourner son bras droit. « Mais plus de compète pour moi. Je vais me tourner vers le coaching. »

- « Super, un autre Kitazume… » marmotta Kazuki, ce qui fit pouffer Neeve, debout à ses côtés.

- « Tiens, depuis quand il y a une fille dans cette équipe ? » interrogea Ken Hidaka, surpris par la présence d'une représentante du sexe faible.

- « Depuis que cette équipe a décidé de sortir de l'âge de pierre. » rétorqua Neeve.

- « Hein ? »

- « Ils ont découvert les merveilles qu'étaient la lessive, le savon et le déo. Mais comme leur cerveau n'a pas encore suivi le mouvement évolutif, je suis là pour les leur rappeler. »

- « Ah… Bon courage alors. »

- « Ralala, pourquoi faut-il que tous les Ken qui jouent au foot soient craquants ? » ajouta Neeve en minaudant un petit peu. « Dommage que vous n'ayez pas les cheveux longs… on ne peut pas tout avoir… » L'équipe, qui avait retenu son souffle devant cette tentative de drague, éclata de rire devant la tête déconcertée du moniteur et celle gênée de leur Ken.

- « Neeve ! » braillait justement ce dernier. « Arrête de dire des conneries plus grosses que toi ! » Elle eut un petit rire et lui tira la langue.

- « Parce que je le vaux bien ! »

- « Tu… tu vas voir ! »

Il lui courut après, lui promettant les pires infamies s'il l'attrapait. Elle commença à l'esquiver, et bientôt Kazuki fut au milieu. Neeve se servait du joueur comme d'un bouclier qu'elle faisait pivoter pour bloquer Ken dans ses tentatives de s'approcher d'elle.

- « Faites un peu attention à l'handicapé ! » grogna soudain Kojirô. « C'est fini, les gamineries ? Je vous signale qu'on va marcher. Et en silence ! »

Tous obéirent. La troupe s'engagea dans le sentier qui s'étrécit bientôt. Puis la pente s'accuentua graduellement.

- « Neeve, tu traînes… » grommela Ken derrière elle.

- « Je traîne pas ! Je regarde les fleurs. »

- « Ben, regarde-les un fois arrivée au chalet. »

- « Non, c'est celles-là que je veux regarder. »

- « Tiens, voilà, tu peux les regarder et marcher ! » Le gardien de but avait arraché les pauvres fleurs et les tendait à Neeve.

- « Merci Ken, c'est très gentil. »

Ken soupira et la doubla en passant par le sous-bois. Il n'avait pas fait trois mètres qu'il entendit un grand piaillement qui fit s'envoler tous les oiseaux.

- « Enfin Neeve, regarde un peu où tu mets les pieds. »

- « Je HAIS la montagne ! Il y a plein de cailloux partout ! » gémit la jeune fille.

- « Tu le fais exprès ? »

- « Carrément. Ça marche ? »

- « Un peu. Marche plus vite, avant que je ne t'étrangle. »

- « Je parie qu'elle fait ça pour se venger ! » lança Kazuki depuis le bas de la file.

- « Comment ça ? » demanda Azuno Matsuba.

- « Elle ne voulait pas venir. Kitazume lui a forcé la main, alors elle nous le fait payer. »

- « Kazuki ! Tu gâches tout mon effet ! » protesta Neeve en se retournant et en vacillant dangereusement sur un bout de racine. Ken la stabilisa en l'attrapant par le haut de son sac.

- « Ben, pourquoi nous ? » demanda Toshio Bano. « Ce n'est pas notre faute, on n'a pas demandé à se la taper, cette folle furieuse. »

- « … Toi, tu vas morfler… » prévint Neeve.

- « Pourquoi ? Il n'y a que la vérité qui blesse ! » riposta le première année. « Si c'est pour nous casser les couilles, tu n'avais qu'à rester chez toi ! »

- « … Pourquoi tu m'aimes pas ? » gémit Neeve d'un ton faussement plaintif.

- « Je suis misogyne. Tu m'excuseras, mais tu es bien la seule à te plaindre qu'on pue ou autre. Nous, cela ne nous dérangeait pas. Alors, si tu es là, c'est ta faute. Tu n'avais qu'à pas ouvrir ta grande gueule ! Alors, plus tu te la joues grande victime, plus tu me fais gerber. Ferme-la et avance ! »

- « … Mince, nous avons un mini-Kojirô ! » plaisanta la jeune fille, mais il était clair qu'elle était blessée par l'attitude du joueur. Mais tous ceux qui avaient assisté à la scène se disaient que Toshio n'avait pas vraiment tort.

Ils reprirent la marche, mais en silence. Au bout d'un moment, Neeve s'élança dans le sous-bois, montrant qu'elle avait simulé son manque de coordination depuis le début. Elle rattrapa Toshio et le tira à part. Ils discutèrent un moment avant qu'il n'éclatât d'un rire moqueur qui poussa Neeve à le poursuivre. Lui gambadait joyeusement, mais elle avait du mal à le suivre.

- « Neeve, mon petit, ne va pas te faire mal ! » appela Kitazume. « Bano, si tu te casses ne serait-ce qu'un ongle, tu vas le regretter ! » Coupés dans leur élan, les deux revinrent. Mais Toshio eut le dernier mot, en poussant Neeve dans un taillis de fougères. Elle poussa un véritable vagissement qui fut étouffé par sa roulade quand elle partit en arrière dans un trou dissimulé par les hautes plantes.

- « Mais reviens ! » cria Toshio d'une voix nasillarde moqueuse. « Youhoou ? Neeeeve ?

- « Tu casses, tu paies ! » lâcha Kojirô en passant devant le lieu du crime. « Va la chercher, elle est capable de se perdre. »

Les hostilités venaient de débuter. Pour une fois, Kojirô n'était ni cible ni arbitre. Neeve se vengea en tirant sur le bas de jogging de Toshio qui se retrouva en caleçon blanc à petits arcs-en-ciel devant tout le monde, au moment même où il grimpait sur une pierre de la taille d'un cheval qui bloquait le chemin. Avec les jambes bloquées ainsi, il perdit l'équilibre, il tomba sur Renji Hiriragi qui apprécia ni la vue ni le poids. En guise de représailles, le troisième année glissa une grosse grenouille dans le sac à dos de la jeune fille lors d'une pause. Lorsqu'elle le souleva, un coassement sonore retentit :

- « Croac croac ? » répéta la jeune fille en fixant son sac d'un air incrédule. Elle n'avait rien mis qui fasse ce genre de bruit dans son sac. Quand le bruit se répéta, elle fit glisser la fermeture éclair de la poche supérieure. Tous ceux qui savaient de quoi il retournait la regardaient avec un sourire goguenard plaqué aux lèvres. « OOOOOOOH ! Une GRENOUILLE ! » gloussa Neeve. « Elle est trop MIMI ! »

Les moqueurs eurent un hoquet. Ils la virent utiliser son pull pour recueillir l'amphibien et le transporter dans l'herbe plus loin.

- « Sans blague ? » murmura Renji. « Depuis quand les filles aiment les grenouilles ? »

- « Bon ! Qui est l'abruti qui a mis une grenouille dans mon sac ? Espèce de brutes sans cœur ! »

Un silence accueillit cette tirade. « Je vois… de toute façon, je le saurai, parce que cette espèce a des poches de graisses irritantes sur la peau…. Tous ceux avec des pustules sur les mains auront affaire à moi ! » Et elle repartit la première sur le chemin. Elle dut s'arrêter au bout de trois mètres. « Euh, c'est par où, votre chalet ? »

- « Pss, Neeve ! » chuchota Kazuki. « Tu es sérieuse, pour la grenouille ? » Il venait de voir Renji en train de se frotter les mains avec son T-shirt.

- « Est-ce que j'ai l'air de savoir différencier les grenouilles, moi ? J'ai bluffé ! »

Les jeux bons enfants connurent pourtant une fin assez désastreuse. L'après-midi était bien avancée, et le groupe attaquait la dernière partie de la randonnée. Le groupe s'était séparé en deux pour faciliter l'avancée. Etrangement, depuis que Neeve avait arrêté de faire l'idiote, elle tenait un bon rythme de marche et était dans le groupe de tête, mené par Ken Hidaka. Kojirô et Ken étaient avec elle, tandis que Kazuki traînait la patte, accusant sa cicatrice.

Le petit groupe déboucha sur une corniche donnant sur un profond ravin. Pour joindre l'autre côté, un petit pont de bois et corde se balançait doucement. Ce n'était pas un passage difficile, mais par mesure de précaution, vu le dénivelé, la direction du parc avait installé un système de harnais de sécurité. Le pont était d'ailleurs en parfait état, il n'avait que l'air peu engageant. Des petites planches, de cinquante centimètres à peine étaient retenues par des grosses cordes de la taille de l'avant-bras de Kojirô. Le garde corps était composé de ces mêmes cordes, croisées en « X » et venaient s'enrouler autour d'une main courant composée d'un assemblage de cordes et de fils métalliques moins souple.

- « On traverse et on est au chalet dans dix minutes ! » annonça Ken Hidaka d'un ton joyeux. « Bon, la procédure c'est de passer un par un. Kojirô-kun, tu vas m'assurer, je passe premier, puis je ferai le relais-sécurité de l'autre côté. »

Les garçons hochèrent la tête, se défiant déjà d'exécuter telle ou telle acrobatie lors de la traversée de ce pont de singe. Seule Neeve avait blanchi et s'était reculée en voyant le précipice sous ses yeux.

- « Tu vas bien ? » demanda Kojirô en la voyant dans cet état. Elle s'était rapprochée de lui, et avait attiré son attention en tirant sur sa manche. Il était en train de s'équiper et Ken le moniteur vérifiait que tout était bien ajusté.

- « J'ai le vertige. » déclara-t-elle d'une voix blanche.

- « Depuis quand ? » Kojirô ne semblait pas prendre la mesure du stress dans la voix de la jeune fille. Le moniteur, lui, la scruta intensément.

- « Depuis que je suis gamine. Est-ce qu'il y a un autre chemin ? »

- « Non. L'autre chemin, c'est en bas avec la route des voitures. »

- « Je redescends ! »

- « Mais voyons Neeve, tu en as pour la journée ! Et puis, arrête de faire ta chochotte. »

- « Non, je ne pourrais pas passer. » Elle enfonça ses ongles profondément dans son bras, le faisant siffler de douleur.

- « … tu es sérieuse… tu as vraiment le vertige. » réalisa Kojirô avant d'exploser. « Mais c'est quoi cette psychose ? Tu vas me traverser ce pont avec mon pied au cul et plus vite que ça ! »

- « Qu'est-ce qu'il y a ? »

Le reste de groupe s'étonna du retard pris dans la première traversée.

- « Ce n'est rien ! » tenta d'apaiser le moniteur.

- « Neeve, tu es pâle comme la mort ! » s'exclama Ken.

- « J'ai le vertige. Je ne veux pas passer ! » gémit-elle.

- « Mais si, c'est facile comme tout ! » encouragea le goal. « Regarde, on va tous passer avant toi ! Et gros comme on est, si on passe, toi tu n'auras aucun problème. »

Neeve acquiesça en silence. Elle regarda Ken Hidaka, Kojirô et deux autres garçons passer. Elle commençait à reprendre des couleurs quand Tsuneo Takashima eut la bonne idée de se balancer en équilibre, les mains sur les cordes, les pieds en l'air, en faisant le pitre. Elle se décomposa en voyant la structure s'agiter. Mais les garçons, lancés dans leurs défis, n'y prêtèrent pas attention. Après lui, chacun y alla de sa démonstration de voltige. Bientôt, elle fut seule avec Ken.

- « C'est à toi. » Le gardien de but était resté en arrière pour l'aider à passer son harnais et pour la rassurer. En la voyant, il eut un moment de doute. « Laisse ton sac ici, je te le porte. » Neeve hocha de la tête d'un air à la limite de la panique et laissa tomber son sac au sol. Elle resta là, plantée à deux pas de la première planche qu'elle contemplait d'un œil torve.

- « Je ne veux pas y aller. » geignit-elle.

- « Neeve… tu vas t'en sortir comme une grande. »

- « J'ai le vertige. »

- « Je sais, mais tu n'as qu'à regarder les gars en face. Tiens, regarde Ken Hidaka, il est plutôt beau gosse. Mais bien sûr, je suis plus beau. » Il essaya de la détendre, mais sans succès.

- « Si j'avais su, je ne serais pas venue. »

- « Neeve, tu dois y aller. »

- « Hé, Hase ! Grouille-toi ! » clama Kojirô en agitant les bras. Lui aussi avait voulu la rassurer en étant celui qui assurait le contrepoids. Non que cela fût nécessaire, mais cette proposition avait semblé lui redonner le moral.

- « NON ! NON ! Je vais rentrer à la maison ! » Déjà elle tentait de défaire le mousqueton mais ses mains tremblaient tellement qu'elle ne faisait rien.

- « Neeve ! » Ken la prit par les épaules. Elle n'allait pas être capable de le faire. « Et si je passe avec elle ? » hurla-t-il en direction du moniteur à travers la ravine. L'autre Ken refusa à grand geste.

- « Allez, la furie ! » encouragea le reste des garçons qui voyait la situation s'éternisait autant qu'elle empirait. « Si tu réussit, tu auras notre respect ! »

- « On te promets de ne pas péter devant toi ! » brailla un garçon. Neeve eut un rire totalement hystérique et s'accrocha à Ken tellement fort qu'il en eut les poumons comprimés. Il la sentait trembler, alors qu'elle s'efforçait de retrouver un souffle régulier au milieu des halètements qui soulevaient sa poitrine. Enfin, elle le lâcha subitement et s'engagea sur le pont. Les yeux fixés droit devant elle, elle tâtait du pied le vide devant elle, à la recherche de la planche suivante. Elle avançait à la vitesse d'un escargot paraplégique mais doucement elle avala quelques mètres de pont. Elle en était à la moitié quand le second groupe débarqua. Elle avait mis tellement de temps pour se décider et à avancer qu'ils avaient été rattrapés.

- « Quoi, vous êtes encore là ? » Kitazume fronça les sourcils.

- « Oui, Neeve a des problèmes de --. » commença Ken en s'approchant de son entraîneur.

Ce qui laissa l'entrée du pont ouverte. Tashio, qui était dans le second groupe, ne pensa pas à malice. Il voulait juste continuer à s'amuser. Il s'approcha du pont et sauta à pieds joints sur la première planche en agitant une des cordes de la rambarde.

- « WOOOOEEE, une furie, ça se balance énormément ! »

Neeve perdit l'équilibre, passa un pied entre deux planches puis fut projetée en l'air par l'impact. Elle poussa un hurlement qui fit paniquer l'ensemble du groupe. Tous la virent s'envoler et passer par-dessus le garde-fou avant de se faire tirer en arrière par la corde de sécurité que Kojirô avait eu le réflexe de tendre de toutes ses forces. Il était tombé à terre pour faire un contrepoids et regarda sa sœur retomber sur les planches comme un pantin désarticulé et ne plus bouger.

(1) Le Portrait de Dorian Gray (1870)

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Donc voilà. Vous avez jusqu'à samedi prochain pour tenter de trouver le clin d'œil caché.

La gagnante pourra me poser 3 questions sur la fic. En fait, selon la participation, je peux autoriser les autres à me poser une question.

Donc, si vous voulez participer, envoyez-moi votre réponse par message privé, avec votre question principale et deux autres questions (si vous êtes premières !!)