Chapitre 43 – A Rome, fait comme les romains

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Bon, voici un chapitre un peu « gnan-gnan » et très sirupeux, mais que voulez-vous, mon histoire est tout de même un shôjô…

Note : le prochain chapitre risque d'être poster sans être relu, parce que ma bêta-lectrice va peut-être partir en week-end, donc me rendre le chapitre prochain APRES. Donc je ferais sûrement une update plus tard dans la semaine pour mettre la version corrigée…

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Un grand merci à Yello, Ilia, Mirty91 (DEUX nouvelles lectrices !! Yahoooo) et Spicycoktail pour les commentaires.

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J'ai récemment trouvé un forum qui fait une sorte de jeu de rôles fondé sur Captain Tsubasa. En gros, vous choisez un personnage dans la liste des perso libres et vous l'incarnez. Dans le forum, vous postez des messages – une sorte de mini histoires – et d'autre perso viennent vous répondre.

En ce moment, c'est plutôt mort, car il n'y a pas beaucoup de joueurs, alors venez vous inscrire. Moi je suis Ken Wakashimazu !!

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Chapitre 43 – À Rome, fait comme les Romains

L'instant se figea. Le vent souffla bien, doucement, apportant le parfum doux et sucré des sous-bois en pleine floraison, mais nul être ne semblait encore vivant. Après le hurlement de Neeve, les animaux s'étaient tapis au plus profond de leur tanière. Les oiseaux s'étaient tus, et le silence pesait lourdement dans ce coin de montagne. Les quinze garçons et les deux adultes, chacun de leur côté du pont regardaient la forme immobile allongée sur les planches. Ils attendaient un signe d'elle pour pouvoir bouger à leur tour.

- « Merde… » murmura Toshio en lâchant la corde qu'il avait secoué l'instant d'avant. Ce n'avait été qu'un chuchotement, mais la voix détonna dans le silence quasi morbide et cela suffit à remettre l'engrenage en route.

- « Hé, Hase ! » gueula Kojirô en se relevant. « Lève tes fesses ! Maintenant ! » Mais Neeve ne bougeait toujours pas.

- « Je crois qu'elle s'est évanouie. » commenta Ken Hidaka en s'approchant de sa partie de pont.

- « Vraiment ? » Ne cherchant pas à étouffer l'ironie et l'anxiété dans sa voix, Kojirô tira sur la ligne de rappel, dans l'espoir de réveiller sa sœur. Croyant voir une réaction, il intensifia ses secousses et enfin, Neeve gémit.

Malheureusement, elle ouvrit les yeux avant tout autre chose. C'était un réflexe tout humain. Et elle ne vit que le bleu du ciel qui plongeait dans les profondeurs d'une faille creusée dans la roche, au fond de laquelle courait une petite rivière. De là où elle était, le cours d'eau avait la taille relative d'un stylo bille posé sur un bureau derrière lequel elle serait assise. Son cerveau embrumé mit quelques instants à réaliser qu'elle était suspendue au milieu du nul part. Ses yeux s'écarquillèrent et d'un bond, elle se projeta assise en arrière, comme pour éloigner l'idée même d'altitude et de gravité. Sa main passa derrière elle entre deux planches et Neeve partit à la renverse, son bras pendouillant sous le pont. En se sentant partir sans rien pour la retenir, la jeune fille eut un autre hurlement. Tous la virent essayer d'agripper quelque chose mais non seulement elle n'attrapa que le vide, mais elle s'emmêla avec la corde de rappel. Elle retomba sur le pont, entortillée dans son harnais et son mouvement accéléra le mouvement de balancier déjà amorcé par son premier bond. Le pont tangua et Neeve eut une série de cris déchirants, à la limite du supersonique. Plus elle bougeait, plus elle s'enchevêtrait dans les fils, moins elle pouvait bouger, plus elle paniquait et moins elle arrivait à se rétablir.

- « Neeve, calme-toi ! » beugla Ken Wakashimazu en essayant de couvrir les cris de la jeune fille.

Toshio, toujours sur la première planche du pont, eut la bonne idée de s'appuyer sur une corder pour l'empêcher d'osciller.

- « Aidez-moi ! » appela-t-il. De chaque côté, des garçons vinrent stabiliser la structure. Sentant le ballottage moins vif, Neeve se calma juste assez pour s'agripper de toutes ses forces à une corde formant le garde-corps, juste sous l'entrecroisement qui formait le « X ».

- « C'est bien ! Calme-toi ! » encouragea Ken, le second coach. « Respire un grand coup, et lève-toi ! »

- « JE VAIS TOMBER ! » fut tout ce que Neeve réussit à dire avant de se recroqueviller sur elle-même.

- « Mais non, tu es attachée à Hyûga. »

Les autres donnèrent de la voix mais elle était maintenant catatonique. Les minutes passèrent et cette fois, il n'y avait pas de solution.

- « Bon, j'y vais. Lâchez tout ! » décida Ken Hidaka.

- « Mais… et les consignes de sécurité ? » demanda Tsuneo Takashima.

- « On s'en fout un peu, en ce moment. Surtout, ne montez pas sur le pont ! »

Les garçons obéirent et l'étudiant remonta le pont en direction de Neeve. Le jeune homme ne se faisait pas trop de souci, ça, c'était la partie facile. Il savait que la structure pouvait largement supporter leurs deux poids, voir même le double. De plus, il savait qu'il était difficile de tomber, le harnais était vraiment un surplus de sécurité – si on marchait doucement et calmement. Tranquilliser la jeune fille et revenir avec elle sans qu'elle les fasse tomber était une autre paire de manche.

Il arriva au milieu du pont, où Neeve était toujours assise, les jambes de chaque côté de son corps. Il s'accroupit plus où moins élégamment près d'elle. Les pupilles de la taille d'une tête d'épingle, ses yeux étaient fixés sur la rivière en bas, et ses lèvres formaient des mots muets qu'elle répétait sans fin : « je vais tomber, je vais tomber, je vais tomber… »

- « Neeve… Neeve ? » Il tendit la main pour lui toucher l'épaule mais elle ne répondit pas. C'était comme si elle ne ressentait plus rien. Avec un soupir, Ken eut recours à la vieille astuce appliquée normalement aux chevaux : il lui cacha les yeux d'une main. Effrayée par cette obstruction soudaine, Neeve eut un nouveau petit cri, plus étranglé que les autres.

- « Je… vais…tomber. »

- « Mais non. Maintenant, on va te dégager de ces fils. Il faut que tu te lèves. »

Il eut du mal à la faire lâcher la corde à laquelle elle se cramponnait tellement fort qu'elle s'était entaillée la paume des mains contre le matériel rugueux. Avec une patience quasi infinie, il la releva.

- « Je vais avoir besoin de mes deux mains. Garde les yeux fermés. » Il sentit ses cils caresser la peau de ses doigts alors qu'elle obéissait. Voyant l'heure passer, Ken prit le risque de défaire la ligne de rappel de Neeve et de rapidement défaire les nœuds avant de la rattacher. La jeune fille n'avait presque pas bougé. Elle se tenait droite comme un « i », les mains maintenant engluées à la rambarde métallique. « On y va. Avance le pied, tu as une planche juste devant. » Ken lui donna une petite impulsion dans la direction voulue.

Finalement, les deux atteignirent la fin de pont. Neeve marchait comme un automate, mais en sentant la terre ferme sous ses pieds, elle ouvrit les yeux et se précipita le plus loin possible du bord que la ligne de rappel lui permit. Harnaché de l'autre côté, Kojirô sentit une saccade quand la ligne fut complètement déroulée, puis une seconde quand Neeve se laissa tomber au sol. Rapidement, il se dégagea de son harnais et alla voir comment elle allait. Pas trop bien, parce qu'en arrivant près d'elle, il fut accueilli par des bruits pas très ragoûtants. Neeve vomissait et pleurait en même temps.

- « Hase, arrête de foutre le bordel partout… » A son tour, il s'accroupit près d'elle et rattrapa les cheveux de sa sœur. A défaut de savoir faire les chignons, il les passa dans le col de son T-shirt. L'estomac vide, elle reprit vie.

- « Je veux rentrer à la maison. » gémit-elle.

- « On va aller au chalet, et tu vas… ben, prendre une douche. » Il la remit debout pour défaire le harnais. Ken Wakashimazu n'avait pas attendu que le système de sécurité soit de nouveau opérationnel. Il traversa en quelques enjambés malgré les protestations des deux coachs.

- « J'ai son sac, elle va en avoir… besoin… »

Ken et Kojirô, ainsi que tous ceux autour, n'osaient mentionner le fait que Neeve n'était pas en joli état. Les deux footballeurs récupèrent leurs sacs et le trio, conduit par le second Ken, partit immédiatement pour le chalet. En moins de dix minutes, l'habitation était visible. Le camion dans lequel le groupe avait chargé leurs affaires était garé devant, et deux hommes étaient en train de le décharger.

- « Vous en avez mis du temps ! » s'exclama l'un d'entre eux.

- « On a eut quelques problèmes. Je vais signer le bon de livraison. » Le moniteur laissa les deux garçons qui connaissaient les lieux guider Neeve vers la salle de bains. Pendant la marche, la jeune fille avait repris ses esprits pour de bon et avait été d'un rouge honteux depuis. Elle s'enferma avec empressement dans la grande salle d'eau, pendant que Ken et Kojirô s'affalaient dans le canapé du coin salon.

- « ELLE ME LES FERA TOUTES ! »

- « Je ne pense pas qu'elle l'a faite exprès, celle-ci. »

- « … Merci, Ken, j'avais compris. » Kojirô se calma. Ses deux amis lui avaient dit d'arrêter de soulager ses nerfs en s'énervant. Ils lui avaient dit qu'il avait le droit d'être inquiet et que cela n'allait pas le diminuer ou le faire paraître moins… moins lui. Sur le coup, il n'avait pas compris, mais depuis que Neeve continuait de s'attirer les pires ennuis, il voyait de quoi ils parlaient.

- « Tu savais qu'elle avait le vertige ? »

- « Non. Sinon, je l'aurais foutue dans le camion… »

- « Tu sais pourquoi elle a le vertige ? »

- « C'est marrant, là maintenant, j'ai pleins de motifs qui me viennent mais je ne pense pas que cela soit ça. » répondit Kojirô ironiquement.

- « Ne sois pas méchant… »

- « C'est pour ça que je ne dis rien. »

Les autres garçons arrivèrent à ce moment. Le camion était presque vide et ce fut dans un grand tohu-bohu que l'équipe de foot s'installa. Les sacs furent traînés dans la grande chambre aux lits superposés, les commissions stockées dans les deux réfrigérateurs ou les placards.

- « Bon, je me mets où ? » fit Neeve depuis la porte. Elle avait bien meilleure mine maintenant qu'elle s'était lavée et changée.

- « … »

- « Quoi ? Qu'est-ce que j'ai ? » La jeune fille s'examina, croyant avoir une tache ou un trou.

- « Il est mignon, ton T-shirt Pokemon. » finit par lâcher Renji. « Rose comme ça… »

- « Pff, tu n'as aucun goût. Pourtant, le rose, ça t'irait bien. »

L'ambiance joyeuse s'était glacée quand elle était entrée dans la chambre, mais comme elle se comportait normalement, tous se détendirent.

- « Euh… Hase… Pour le pont… » Toshio bafouait des mots, l'air contrit.

- « Laisse tomber, tu ne pouvais pas savoir. »

- « Mais…

- « Le premier qui en reparle a droit à mon pied au cul ! » tonna Neeve. Malheureusement, elle n'apparaissait pas très menaçante, tout menue dans son T-shirt rose.

- « Ne te prends pas pour le capitaine… » répondit Toshio avec un sourire.

- « Tu as raison. Le premier qui en reparle a droit à son pied au cul ! » Des vagues de rires et de protestations accueillirent cette remarque.

- « Tout va bien ? » demanda Kitazume en passant la tête par la porte. « Je viens d'apprendre que le chauffage dans la pièce principale ne fonctionnait pas trop bien, et le onsen est en train d'être filtré. On ne pourra l'utiliser que demain. »

- « D'accord ! »

- « Bon, Hidaka-kun et moi sommes dans la petite chambre et… Mince, je n'avais réalisé ! » s'exclama l'entraîneur avec un juron, ce qui surpris l'équipe. « Neeve, mon petit, tu es une fille. »

- « Merci de m'indiquer ce détail d'importance, au cas je ne l'aurais pas encore su... Et où est le problème ? »

- « Tu ne peux pas dormir avec les garçons. Cela ne se fait pas ! »

- « Ah bon ? Moi, cela ne me pose pas de problème. Enfin, tant que j'ai un lit bien à moi. »

- « Le premier qui l'ouvre morfle ! » gronda Kojirô en voyant l'expression de ses coéquipiers changer petit à petit en comprenant ce qui se passait. Des expressions presque coquines. Les premières années ne seraient pas les seuls à se faire bizuter cette année…

- « Ben… je dors dans le canapé lit du salon, alors ? »

- « On vient de te dire que le chauffage est pété, niquedouille ! » riposta Kojirô.

- « Je suppose que je peux laisser ma place dans la petite chambre et dormir ici. » proposa Hidaka. Neeve grimaça… Elle préférait nettement partager une grande chambre avec quinze garçons de son âge que douze mètres carrés avec un professeur. Et puis, les garçons n'étaient pas très contents de se retrouver avec un moniteur. Il avait beau n'avoir que dix-neuf et être étudiant, il représentait toujours un peu l'autorité.

- « Mais quoi encore ? Je pue ? Qui est contre le fait que je dorme ici ? » Les poings sur les hanches, elle défia du regard les garçons devant elle. Enfin, ceux dont elle put croiser le regard, parce que certains étaient plus grands qu'elle.

- « Mais… c'est que…. » commença un troisième année, un peu gêné.

- « Quoi ? Vous pensez que je vais me choquer à vous voir vivre comme des mecs ? »

- « Non, mais… enfin… »

- « Oh, je vois… » Elle plissa les yeux d'un air malicieux. « Vous voulez faire des trucs entre vous ? Genre, vous racontez des histoires cochonnes ? » Certains se trémoussèrent un peu. Elle avait vu juste. Quinze adolescents en pleine croissance avaient des sujets de discussion bien définis : le sport – le foot de préférence, les voitures ou les motos, et les filles – dénudées de préférence. « A mon avis, j'en connais plus que vous. Et des meilleures. Et puis, comme ça, vous aurez un avis féminin sur la question. »

- « … Tu es une vraie perverse, la furie… » murmura une voix anonyme. Sûrement pas celle de Kitazume qui regardait son « petit » sous un autre angle.

- « Tu ne vas pas te plaindre, non ? »

- « Héhéhé. » Cette fois, le rire général oscillait entre l'incrédulité et le doute. Kojirô était congestionné, et tous se méfiaient.

Les entraîneurs cédèrent et laissèrent les jeunes s'installer. Ce qui ne fut pas chose facile. Le chalet avait beau être spacieux, il semblait qu'un millier de footballeurs grouillait et se cognait les uns dans les autres.

L'habitation n'était qu'un logement temporaire, prévu pour des courtes durées. Installé sur une pente douce, le chalet semblait être fait de bois, mais ce n'était qu'un revêtement pour faire traditionnel. Dessous, c'était de la bonne pierre qui gardait la fraîcheur en été et la chaleur en hiver. Une courte volée de marche donnait sur une grande terrasse protégée par le toit. Une seule porte donnait sur une grand espace de vie, alliant une cuisine sommaire mais complète, une longue table longée de bancs, et un coin salon avec plusieurs fauteuils dépareillés et un sofa clic-clac. Une porte en face de celle d'entrée s'ouvrait sur un petit couloir sombre. A droite, la chambre des moniteurs où étaient difficilement casés deux lits jumeaux. En face, une pièce alignant quatre WC cloisonnés puis la salle de bains. C'était une salle de bains commune, à l'ancienne, avec des pommes de douche fixées à mi-hauteur, surplombant un large rebord dallé qui servait de siège. Au fond, une porte donnait dehors, sur le onsen. Une partie lavabos était séparée des douches par un muret carrelé.

La chambre commune était au fond du couloir. C'était un grand rectangle. La première longueur était percée de deux portes à chaque extrémité du mur : celle du couloir et une donnant directement sur la salle de douches. Entre ces deux portes, un alignement de casiers, servant de penderie. Les lits superposés étaient groupés deux par deux, formant des îlots de quatre lits et collés aux trois murs : il y avait tout juste la place pour deux îlots le long de la seconde longueur. Les lits et les étroites armoires étaient les seuls meubles de la pièce, en gros bois sombre, et cela remplissait la pièce.

Neeve s'était assise sur une couchette inférieure et regardaient les garçons se disputer sur la distribution des lits.

- « Les quatre premières années ensemble. » décrétait Renji, avec un sourire tout en crocs, rendant nerveux les intéressés.

- « Moi, je ne veux pas être avec Yutaka, il pue des pieds ! »

- « Mets-le avec Kazuki, ils feront la paire ! »

- « La paire de pieds ! »

- « Et elle, on la met où ? »

- « Où veux-tu la mettre ? ou te la mettre ? » Kojirô foudroya l'auteur de ce commentaire grivois

- « Vous êtes vraiment impossibles… » finit-elle par lâcher avec un soupir. Elle avait également entendu la remarque, mais s'en souciait peu.

- « Hein ? »

- « Je vais vous distribuer les lits, moi… » La jeune fille fouilla dans son sac et sortit un paquet de bonbons colorés. « Alors, quatre bleus, quatre rouges, quatre… jaunes et quatre verts. Voilà. Vous allez piocher et vous allez dormir avec ceux qui ont la même couleur. Vous vous débrouillez entre vous pour savoir qui a quel lit… Ça vous va ? »

- « Non ! » grogna Kojirô. Il s'empara des quatre rouges – ses préférés – et les engloutit. « Toi, Kazuki, Ken et moi, on prend ces couchettes. » décida-t-il en prenant un îlot de deux couchettes seul sur un mur.

Des murmures de protestations s'élevèrent. Certains auraient bien aimé avoir Neeve dans leur groupe. Mais une œillade meurtrière du Tigre fit taire les commentaires. Les douze places restantes furent rapidement allouées et tout le monde put s'installer sur son lit.

- « Tu prends celui en haut. » ordonna Kojirô. Docilement, Neeve monta la courte échelle.

- « Mais j'ai le vertige… » susurra-t-elle.

- « Hase, tu cherches les ennuis. »

- « Moi ? Noooooon. Salut Kazuki. » fit-elle. Ken avait décidé qu'il dormirait en bas lui aussi, et donc le second avant se retrouvait « voisin de palier » avec la jeune fille. Sans même échanger un mot, ils disposèrent leurs oreillers pour se retrouver tête à tête, et non, pieds à pieds comme la plupart des autres garçons.

- « Salut ! Ça va ? Pas encore trop peur de nous ? » Il s'allongea sur le ventre et dédia un regard amical à Neeve. Une mèche de cheveux vint se poser sur son œil, et machinalement, il souffla dessus. Il fut surpris d'entendre Neeve glousser.

- « Pourquoi tu ris toute seule ? »

- « Pour rien… »

- « Hé, la basse cour ! » Kojirô donna un coup de pied en hauteur, soulevant le matelas de Neeve entre deux lattes de bois. « Kazuki, arrête de la faire glousser. Le seul dindon que j'accepterai dans ce chalet sera un dindon mort, farci et rôti. D'ailleurs-- »

- « MOI, J'AI FAIM ! » compléta le reste de l'équipe en un hurlement collectif. Ils étaient habitués aux phrases fétiches de leur capitaine.

- « Ça vous pose un problème ? » rugit le capitaine.

- « J'ai compris… je vais faire le repas… » Avec un soupir, Neeve descendit de son lit et alla inspecter le contenu des placards et passer en revue les ustensiles de cuisine.

- « Les garçons, j'ai besoin d'aide ! » appela-t-elle. Soudain, tous furent très occupés à faire quelque chose. « Il y aura du rab de gâteau pour les gentils garçons qui viendront aider. » ajouta Neeve en ne voyant personne. Il y eut une ruée vers la porte.

Peu de temps après, tous se massaient le ventre en chipotant les dernières miettes du plat de cookies. Les dix-huit habitants du chalet avaient réussis à se caser tant bien que mal autour de la grande table, Kitazume en bout de table.

- « Jeunes hommes… et jeune fille… » corrigea-t-il. Il s'était levé, et le brouhaha des conversations se calma. Neeve, qui faisait la vaisselle, leva la tête mais continua à essuyer les verres. « Demain, le réveil sonnera à 9h00. Nous irons faire un tour des environs, afin que tous se repèrent, puis dans l'après-midi, nous ferons quelques exercices. » L'équipe de foot grogna. « Quelques exercices » pouvait facilement se traduire par « véritable session d'entraînement ». « Mais pour le moment, c'est l'heure du traditionnel Trivial Pursuit. Un esprit sain dans un corps sain. »

Kitazume décida de ne pas jouer. Il prétexta qu'il était trop intelligent et allait déséquilibrer les équipes. Il s'adjugea le rôle de lecteur de questions et d'arbitre. Ken Hidaka occupa le poste de « joker », que les équipes pouvaient solliciter en cas de besoin. Quatre équipes de quatre se formèrent et rapidement, le jeu se transforma en jeu à gages. Celui ou celle qui ne répondait pas à sa question devait se soumettre à la volonté impitoyable des autres. Si les défis étaient enfantins, ils n'étaient pas tous de bon goût. La grimace de Neeve en entendant Azuno Matsuba gargouiller l'hymne national avec un verre d'eau ne passa pas inaperçue. Avec un coup de coude pour ses voisins, Sadana Adulo se chargea de son prochain chalenge. Avec un grand sourire charmeur, il lui remplit un grand verre de coca :

- « Cul sec. » Partout autour de la table, des sourires entendus apparurent. Qui pouvait se vanter de pouvoir boire autant de boisson gazeuse sans en subir les conséquences ? Neeve ne comprenait pas bien. Ce n'était pas difficile et il n'y avait rien de plus que du coca dans le verre que Sadana avait servi devant elle.

- « C'est tout ? »

- « C'est tout. »

Avec un haussement d'épaules, elle s'exécuta. Elle crut caler à mi-verre mais, têtue et mauvaise perdante comme elle l'était, elle continua. Elle reposa son verre vide avec force sur la table et les regarda, fière d'elle.

- « Quoi ? »

Déçus, voire même étonnés, les garçons se détournèrent. Le joueur suivant lança le dé et avança le pion de son équipe.

- « Question biologie. » commença Kitazume. « Quel nom donne-t-on--. »

Il fut interrompu par le rot le plus bruyant jamais entendu dans ce chalet. Neeve plaqua les mains sur sa bouche, n'osant plus respirer. Etait-ce vraiment elle qui venait de sortir une telle horreur ? Les footballeurs eurent un moment de silence avant d'éclater en rires et hurlements divers.

- « ELLE EST DES NOTRES ! ELLE A BU SON VERRE COMME LES AUTRES ! » beuglèrent-ils tous en cœur alors qu'elle était sur le point d'éclater tellement elle était rouge.

- « Un peu de sérieux, voyons… » tempéra Kitazume avec un sourire.

- « Neeve, tiens, un peu d'eau. » proposa Mazuo Mitsumomo, son équipier de la soirée.

- « Mer--. » Elle eut un nouveau renvoi et les rires furent relancés.

- « Je vous déteste… » marmotta-t-elle en vidant son verre d'eau si vite qu'elle en attrapa le hoquet, à la satisfaction générale. A la fin de la partie, ils allèrent se coucher. Neeve s'enferma dans les toilettes pour se mettre en pyjamas et toqua avant d'entrer dans la chambre.

- « C'est bon, vous êtes habillés ? »

- « Ouais. »

Ils avaient été gentils, ils n'avaient pas menti… pour cette fois. Mais le bizutage n'allait pas s'arrêter là.

- « Super sexy ! » sifflota Renji. « Après le T-shirt Pokemon, tu fais fort. Un pyjama nounours… »

- « Tu sais ce qu'ils te disent, mes nounours ? Et puis tu t'es vu avec des carreaux écossais ? »

- « Hé, Neeve ? » appela Kiyoshi Furuta, depuis la couchette supérieure où il s'était étalé. Le troisième année échangea un regard convenu avec son grand ami Renji. « C'est quoi, tes mensurations ? »

Le reste du dortoir dressa l'oreille. Kojirô ouvrit la bouche pour protester, mais Neeve le prit de vitesse.

- « Je ne sais pas. » Elle entreprit de grimper à l'échelle pour monter sur son lit. Se faisant, son postérieur attira beaucoup de regards. Nounours ou pas, c'était une belle vue.

- « Comment ça ? » s'étonna Kiyoshi.

- « Je ne me suis jamais mesurée. Mais si tu veux tout savoir, je fais du 85C et du 38-40 en petite culotte. »

-« Mais tu es malade de sortir un truc comme ça ? » s'offusqua Kojirô.

- « Ben quoi ? Si ça, ça les fait bander, c'est que ce sont des puceaux de bas étage… » Et toc.

- « M'ouais… » Kojirô hésita entre étrangler Neeve et étrangler ses coéquipiers. Il n'aimait pas la tournure que prenaient les événements. S'il pouvait comprendre l'envie de ses amis de taquiner la jeune fille, il ne voulait payer les pots cassés.

- « Neeve, mon petit ? »

Kitazume lui faisait signe depuis le bout du couloir. Elle qui venait de s'installer confortablement dut redescendre. Elle ferma la porte derrière elle et Renji qui s'était levé.

- « Hé, Kojirô-kun ! » appela Yatarô Tanyu, le plus calme des troisièmes années. Sa tranquillité s'accompagnait d'une grande confiance en lui. Si la tradition de nommer le capitaine parmi les dernières années avait été encore de mise, nul doute que le titre lui serait revenu. Mais il était très content de voir Kojirô assumer ce rôle et respectait son kohai tant comme joueur que comme individu. Ce rapport de force était réciproque. Yatarô était le leader des milieux de terrains et Kojirô écoutait toujours son avis, quand il le donnait. « Relax, on ne va pas la manger, ta sœur. Et je te signale qu'elle sait se défendre. »

- « Ouais, tu devrais en profiter. » renchérit Hideto. Kojirô se renfrogna un peu. Etait-il aussi protecteur ?

- « Et je t'assure, on la trouve tous mignonne, mais personne ne veut sortir avec elle. » reprit Yatarô.

- « Et pourquoi ça ? »

- « Parce que personne ne veut de toi comme beau-frère. » La réponse placide s'accompagna d'un « bouh » conspué général en direction du capitaine. « Et puis, elle est chiante à vivre. On te laisse te démerder tout seul. C'est pour ça que tu es le capitaine. »

- « C'est bon, j'ai compris ! » grogna Kojirô, mais il souriait. Après tout, Neeve semblait bien prendre les taquineries générales et pas un mot n'avait dépassé la bienséance. Rassuré, il se coucha. Neeve choisit ce moment pour rentrer.

- « C'est bon, j'éteins ? » proposa-t-elle, puisqu'elle était près de la porte.

- « Deux secondes, viens voir par ici. » Elle fronça les sourcils mais s'approcha de Renji qui sortit un mètre mesureur qu'il était allé chercher dans les fournitures de foot. Le mètre servait à tracer les limites du terrain, mais aujourd'hui, il allait servir à autre chose.

- « … je vois… » Avec une moue qui ne présageait rien de bon pour le garçon, elle se laissa faire.

- « Il faudrait que tu enlèves ton T-shirt… » suggéra Renji. A la surprise générale, elle obéit. Mais elle avait une brassière dessous.

- « Ne prenez pas vos rêves pour la réalité. » fit-elle sèchement, indiquant ainsi une limite à ne pas franchir. « Et je mesure ma poitrine toute seule ! »

Renji annonça les mesures à haute voix :

- « Quatre-vingt onze… » déclencha un concert de sifflement appréciateurs.

- « Elle triche ! » glissa à haute voix Kojirô, décidé à « en profiter ». « Elle a des soutifs spéciaux qui--. »

- « CE N'EST PAS VRAI ! » rétorqua la jeune fille. « C'est une brassière des plus classiques, où vois-tu que je triche ! »

- « Arrête de bouger ! »

- « Tu me chatouilles ! »

- « Vraiment ? » Aussitôt dit, Renji avait Neeve à terre, se débattant contre son assaillant. Il arrêta après un moment. « Bon… j'en étais à… cinquante-huit…. Pff, un tas d'os… » Mais les garçons hochaient la tête, avec un air appréciateur.

- « Le tas d'os t'emmerde. »

- « Et… quatre-vingt dix-sept. Hum… là, c'est--. »

- « Finis ta phrase, et moi aussi, je te dis ce que tu as de mal foutu… J'ai fait de la danse, c'est normal que j'aie les jambes musclées. »

- « Pas mal… » conclut Renji. « Allez les gars, on l'accepte ? »

- « Ouais ! Go furie go ! »

- « … furie, furie… » Puis un sourire se dessina sur sa moue. « Si tu as fini… A moi ! » Elle prit le mètre des mains d'un Renji rougissant.

- « M-m-moi ? »

- « Ben oui, pas Georges Clooney. Enlève ton T-shirt ! » Lui n'avait pas de brassière pour dissimuler son torse, et Neeve haussa un sourcil d'une manière narquoise.

- « Tu as les mains froides. »

- « Sois un homme, endure en silence… Tour de poitrine : quatre-vingt dix-huit cm. Pas mal, mais tu peux gagner en pectoraux. Tour de taille, quatre-vingt huit. Il faudra arrêter le sucre. » Elle tira assez méchamment sur un des rares bourrelets qui traînait. « Tour de cuisse : cinquan-- allez, cinquante-deux. » Elle se releva et enroula le mètre.

- « C'est tout ? »

- « Quoi, tu veux que je te mesure autre chose ? » répondit Neeve en se méprenant volontairement sur le sens de la question. Il était clair que Renji faisait allusion au chiffre inférieur à ses attentes. La réplique sécha le jeune homme qui ne pensa pas à renchérir sur la proposition de Neeve, pourtant osée. D'ailleurs, elle comptait bien sur cet effet, parce avait-il été partant, elle voyait mal quoi faire. « Je vais éteindre. » dit-elle rapidement pour noyer le poisson.

Elle joignit le geste à la parole et alla se coucher.

- « AIE ! »

- « Pardon Kojirô-san, je t'avais pris pour l'échelle. » Elle n'était pas désolée, et pour le prouver, le piétina encore un peu. Comment avait-il osé dire qu'elle trichait et mentionner ses soutiens-gorge devant tout le monde ? Il voulait la guerre, il l'aurait. Elle continua de « chercher le barreau de l'échelle » un moment. Quand Kojirô, ennuyé, voulut se débarrasser du pied, il accrocha l'ourlet du pyjama. Mais c'était trop tard, il avait tiré.

- « KYYYYAAAA ! »

- « Je n'ai pas fait exprès ! » ronchonna-t-il en laissant Neeve se rhabiller. Les pyjamas n'étaient pas connus pour leur maintien autour des hanches. Apparemment la famille Hase-Hyûga était fâchée avec les élastiques de leur jogging et pyjama…

Kojirô se carra dans son lit et ferma les yeux. Bientôt il se lançait dans un solo ronflé, rejoint rapidement par le reste de la troupe qui interpréta une magistrale symphonie nasale.

Le capitaine de l'équipe de foot fut réveillé par un bruissement près de lui. Hébété, il ouvrit les yeux et mit un moment à réaliser qu'il n'était pas dans sa chambre. Autour de lui, des jambes. Il reconnut les carreaux écossais de Renji. Avec un grognement, il roula en position assise et regarda sa montre.

- « Pourquoi--. »

- « Chut ! »

Renji, Toshio et Yatarô préparaient quelque chose. Et vu l'association, c'était Neeve qui allait trinquer. Un coup d'œil à sa montre confirma les craintes de Kojirô. Il n'était pas encore 8h30.

- « Attendez... » Rapidement, il se leva et attrapa ses affaires. Moins de vingt secondes plus tard, il disparaissait dans les douches. L'agitation, aussi discrète fut-elle, avait réveillé Ken et Kazuki, qui avaient tous les deux un sommeil léger.

- « Euh, ouais, nous aussi. »

Les deux sortirent du lit d'un bond et détalèrent. Cette fois, Neeve eut un grognement et enfonça la tête dans son oreiller. Dans la chambre, presque tous les joueurs étaient réveillés. Voyant les 3K, les mieux à même de connaître Neeve au réveil, déguerpirent ils jugèrent bon de les imiter. Bientôt les trois farceurs en herbe se retrouvaient seuls avec la belle endormie. Ils eurent un instant d'hésitation, mais ils ne pouvaient pas reculer sans perdre la face désormais. C'est à ce moment que Neeve, dérangée par le bruit, leur fit le coup des yeux de poissons morts. Dégoûtés, les trois joueurs s'approchèrent du lit, et se haussèrent sur la pointe de pieds pour vérifier qu'ils avaient bien vus. Renji secoua doucement la dormeuse. Ses yeux s'ouvrirent et se refermèrent mais sa respiration ne changea pas.

- « Beuuurk. » lâcha Toshio.

- « Carrément. » approuva Yatarô.

- « JE PEUX SAVOIR POURQUOI VOUS ÊTES LÀ PLANTÉS DEVANT MON LIT ? »

Les trois gredins sursautèrent et se bousculèrent dans leur hâte de sortir de la pièce le premier. Ceux qui dormaient encore furent réveillés. Exhortés par une mise en demeure de manger des trucs infâmes pendant le reste de la journée s'ils ne libéraient pas la salle de bains rapidement, les quinze garçons se retrouvèrent dans la cuisine à préparer le petit-déjeuner.

- « Pourquoi on se tape tout le boulot ? » pesta Hiroshi Imai. « A quoi ça sert d'avoir une fille ici si elle ne sert à rien ?

-« Qui a eut la bonne idée de nous l'énerver ? » riposta Kazuki. « Euh… Kojirô, depuis quand tu mets trois sucres dans ton café ? » L'interpellé eut un regard en biais vers son ami et se contenta de tendre une tasse de café bien noir – et bien sucré - dans le vide, ou du moins c'était ce qui semblait être le vide. Mais une forme apparut, et prit la tasse au moment où Kojirô la lâcha. Un tel synchronisme était une œuvre d'art.

- « Merci, Kojirô-san ! »

- « L'appel du café. » conclut le capitaine en direction de son équipe, toute admirative.

La journée avança sans autre difficulté. Neeve passa une bonne partie de l'après-midi à faire une première lessive, puis, lorsqu'elle eut fini, s'approcha du terrain qui avait été désigné comme pelouse de jeu. Kitazume avait dressé une nouvelle série d'exercices inédits et l'équipe s'appliquait, sans pour autant satisfaire le coach.

- « J'ai mis des boissons fraîches sur la table ! » appela Neeve. Pour leur plus grand plaisir, Kitazume accorda une pause. « C'est si dur ? » demanda la jeune fille en voyant sa troupe revenir toute suante.

- « Plutôt. Pourquoi, tu trouves ça facile ? » défia Tsuneo Takashima.

- « Excellente idée ! Neeve, mon petit, montre-leur ! »

- « Qui ? Moi ? Mais je ne sais pas jouer ? »

- « Allez, la furie, montre-nous ! » encouragea l'équipe.

- « … le premier qui rit… » menaça Neeve en prenant un ballon. Elle commença à trottiner, imitant les garçons dans leur parcours. Son toucher de balle était encore bien hésitant et son contrôle à la limite du lamentable, mais petit à petit, elle y arriva. Elle slaloma avec plus de facilité et finit le parcours.

- « Encore une fois ! » demanda Ken Hidaka. « Je chronomètre. »

- « J'en ai marre, du foot… » ronchonna Neeve. « Jamais contents… » Mais elle se repositionna. Cette fois, elle n'hésita que très légèrement. Elle fit l'exercice sensiblement plus lentement que les garçons, mais, à leur corps défiants, mieux. Beaucoup mieux. Si elle avait été plus à l'aise balle aux pieds, elle aurait été parfaite. Son temps avoisinait les pires performances de l'équipe. « En fait, c'est rigolo, votre truc. Je peux le refaire ? »

- « … Neeve, sérieux ? Tu aimes ce truc ? » demanda Haruki Shuo.

- « Aimer est un grand mot, mais j'y arrive, non ? Alors vous êtes fiers de moi, hein ? »

- « Mais comment tu fais ? »

- « Il suffit de ne pas avoir un balai dans… enfin d'être rigide. Je suis sûr que Ken et Koike-kun y arrivent bien. » En effet, c'était eux qui avaient réussi le mieux et qui détenaient le record de vitesse. « A part ces deux-là, vous êtes tous raides. Faut savoir être souple de temps en temps. »

Satisfait de la démonstration de Neeve, Kitazume annonça donc que la jeune fille allait être en charge d'un atelier « assouplissement » obligatoire. Tous les matins.

- « Cela veut dire que je dois me lever ? » réalisa la monitrice désignée.

- « Et oui, vous viendrez courir avec nous. »

- « J'aime pas courir… Oh, la radio a diffusé un bulletin météo. Il va y avoir un super orage en début de soirée mais il passera durant la nuit… Bon, puisque j'ai fait mon boulot, je vais au onsen, moi ! »

- « Espèce de petite…. » L'équipe enragea un moment. Elle les narguait et ils s'en voulaient de tomber si facilement dans son jeu, mais elle était tellement énervante. Au bout d'un moment, Kitazume leur demanda de remballer le matériel. La météo avait vu juste, le temps se couvrait.

- « Bon, autant tous profiter du onsen. »

- « OUAIS ! » Avec un cri de joie, les garçons rentrèrent dans le chalet. Seul Kojirô et les deux Ken s'attardèrent. Lassé de ne pas trouver la solution à son tir, le buteur avait décidé de demander des conseils aux les deux spécialistes des buts. Les trois jeunes hommes se mirent à débattre de détails techniques et ils auraient pu continuer ainsi pendant longtemps si le vent ne s'était pas mis à souffler plus fort. Ils rentrèrent pour assister à une scène des plus comiques. Treize garçons étaient en train de se mordre les doigts d'avoir titiller Neeve une fois de plus.

- « Où est ma serviette ? » Elle dégoulinait d'eau et tapait d'un pied excédé sur le sol. « Où sont mes affaires de douches ? »

- «… » L'équipe ne répondait pas, trop occupée à vérifier les mesures que Renji avait faites la veille. Neeve ne portait qu'un petit maillot de bain deux pièces noir, qui n'était pas techniquement un bikini, mais s'en rapprochait dangereusement.

L'histoire était toute simple. Neeve s'était douchée avant de rentrer dans le onsen (1) et avait laissé ses affaires sorties. Les garçons, en voulant eux aussi se doucher, étaient tombés sur le sac et l'avaient subtilisé. Ils pensaient piéger Neeve, l'ayant acculée nue dans le onsen.

- « Vous ne croyiez tout de même pas que j'allais me baigner toute nue, non ? »

- « Bof, ce n'est pas comme si tu portais grand-chose non plus. » fit Kojirô. Lui seul pouvait se permettre cette remarque. « Alors, voilà ce qu'on va faire. Neeve va retourner au onsen avant qu'elle ne m'attrape une pneumonie à se balader à poil, moi je vais me laver et aller au onsen et quand nous en sortirons, ses affaires seront revenues… comme par magie, bien sûr. »

- « Bien capitaine. »

- « Et toc ! »

- « Neeve, n'en rajoute pas. »

La hache de guerre fut enterrée. Le bizutage de Neeve était fini et elle s'en était honorablement sortie. Le groupe passa une bonne soirée, mais à la fin du repas, la maison fut ébranlée par un coup de tonnerre. Un éclair suivit peu après et une autre détonation. Neeve pâlit un peu.

- « Vous êtes sûrs que le chalet ne va pas s'écrouler ? » On se moqua d'elle un peu, puis tous se blottirent autour de la table pour une soirée studieuse. Le chauffage ne fonctionnait que dans cette partie de la pièce. Quand Neeve alla prendre sa couverture pour s'en envelopper, les garçons décidèrent qu'ils pouvaient aller sans crainte pour leur virilité chercher des couches protectrices supplémentaires. A l'heure du coucher, le tonnerre et les éclairs avaient cédé leur place à une pluie rapide, rabattue par des bourrasques de vent. Il faisait nettement plus chaud dans le dortoir et bercés par ce petit confort, chaudement blottis sous leurs couvertures, ils dormaient à poings fermés quand la pluie s'intensifia.

- « KYAAAAAA ! » « HEEEEEE ! »

Soudain, les protestations de Neeve et Kazuki percèrent la nuit. Neeve dévala l'échelle tellement vite qu'elle dérapa et se heurta au jeune homme qui s'était simplement laissé glissé hors de son lit. Sous l'impulsion, il chuta, entraînant les couvertures de Ken avec lui tandis que Neeve s'étalait sur Kojirô. Ce dernier la repoussa et s'assit d'un bond, oubliant qu'il dormait avec une couchette basse au-dessus de lui. Son cri de douleur résonna dans la chambre, et Kazuki hurla quand Ken, qui avait suivit ses couvertures, tomba sur son coéquipier toujours emmêlé dans les draps.

- « MAIS QUOI ENCORE ? » meugla Kojirô en se massant le crâne.

- « Le toit fuit, on se fait saucer ! » expliqua Kazuki en se relevant et en récupérant son oreiller. Neeve tira ses couvertures mais il était trop tard. Le tissu était imbibé d'eau.

- « On s'en fout ! » Mais Kojirô se leva et tira son matelas à terre. Il n'avait pas envie d'être le prochain à se faire mouillé. Ken l'imita.

- « Mais… et moi ? » demanda Neeve plaintivement.

- « Démerde-toi. » Kojirô s'allongea, se tourna sur le côté et ferma les yeux.

- « Pff, le gros égoïste. Je suppose qu'on va devoir se contenter du clic-clac. » dit Kazuki en donnant un coup de pied dans la jambe de son capitaine. Traînant ses couvertures et l'oreiller de la jeune fille, il disparut dans le couloir. Les autres joueurs retournèrent à leurs occupations : dormir. Mais des bruits et grincements métalliques leur parvenaient depuis l'autre côté du couloir, leur apprenant que le clic-clac était vieux et rouillé. Puis Neeve rentra encore dans la pièce et s'activa à chercher des choses les plus discrètement possible mais :

- « CE N'EST PAS UN PEU FINI ? QUAND VAS-TU ARRETER DE FAIRE CHIER LE MONDE ? »

- « JE TE SIGNALE QU'IL FAIT FROID, DUCON ! FILE-MOI TA COUVERTURE ET RETOURNE RONFLER ! »

- « BEN TIENS ! PRENDS LA ET CASSE-TOI ! »

- « MERCI ! ET BONNE NUIT, SUTOUT ! »

Le calme retomba définitivement pour la nuit. Tous purent constater qu'il n'était pas judicieux de réveiller Kojirô en pleine nuit et que Neeve était bien courageuse de devoir le supporter. En fait, comme il devait la supporter, c'était bien, c'était équilibré et marrant et…. zzzzz. Quand le premier réveil sonna, tout le monde dormait encore. Une main peu motivée éteignit l'agitateur sonore mais le mal était déjà fait.

Pour être sportif de haut niveau – ce que les gars de la Tôhô lycée se targuaient d'être – il ne suffisait pas d'avoir un physique impeccable. Le mental devait être aussi en acier trempé. Aussi les joueurs se levèrent. Il fallait aller s'entraîner, les vacances, ce n'était pas pour eux. Mais une grasse matinée, ils ne diraient pourtant pas non. Certains allèrent dans la salle de bains, d'autres se dirigèrent directement vers la cuisine pour un bon café.

- « Qu'est-ce qui se passe ? » grommela Kojirô. Pourquoi est-ce que ça bouchonnait dans le couloir ?

- « Euh… » répondit Mazuo un peu gêné. « Va donc prendre une douche ! » Mais d'autres voix s'interposèrent.

- « Merde, Sorimachi… Il est gonflé, le salaud! »

- « Attends, avec une fille comme elle dans ton lit, tu en profites, non ? »

(1) Il est obligatoire d'être propre (savonné et rincé) avant d'entrer dans un onsen, afin de garantir la propreté de l'eau. De même, il est traditionnel de se baigner nu, avec une seule serviette autour du corps ou des reins pour satisfaire Mme la bienséance. Toutefois, les onsen ne sont plus mixtes, sauf quelques rares exceptions.