Chapitre 45 -
Alors une explication pour les utilisateurs de FFiction… J'ai bien chargé le doc et j'étais en train de mettre à jour l'histoire quand mon ordi a lâché juste avant (j'ai des problèmes d'alimentation)… donc je pensais avoir updaté… mais non.. DESOLEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE !
Pour me faire pardonner, ce chap en « avant-première », vendredi soir et non pas samedi…
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Chapitre 45 – Le roseau ploie mais jamais ne rompt
- « NANA ? »
- « NINI ? »
- « NANA !! »
- « NINI !! »
- « NANA !! »
- « NINI !! »
Rai et Kojirô surent qu'ils avaient fait l'erreur de leur vie. Les deux filles semblaient se connaître. Les voici en train d'atteindre la limite du supersonique en piaillant alors qu'elles sautillaient sur place tout en se tenant dans les bras l'une de l'autre.
- « Euh… vous vous connaissez ? » hasarda Rai.
- « Carrément, elle c'est ma Nini à moi ! »
- « Hein, ma Nana ! Roooh, c'est trop bien de te retrouver ! Tu es partie sans me laisser ton adresse, alors… »
- « Et toi, quelle idée d'attraper une pneumonie ! »
- « Ce n'est tout de même pas ma faute ! »
- « Et tu veux me faire avaler ça ? »
- « Au moins, elle semble bien te connaître… » lâcha Kojirô. Il venait de reconnaître la fille. « Vous étiez ensemble à St Elizabeth avant que Neeve ne redouble. »
- « Il est top, ton copain. »
- « Ce n'est que mon frère--. »
- « Depuis quand tu as un frère aussi mignon ? »
- « Je n'ai pas choisi, figure-toi, mais je me demande comment Monsieur mon frère sait tout ça ? »
- « Monsieur ton frère a vu assez de photo pour reconnaître… Nanami, c'est ça ? Même si qu'elle n'avait pas les cheveux rouges avant. » C'était bel et bien la fille sur les photomatons, ceux dans le cadre sur le bureau de Neeve.
- « Cool, n'est-ce pas ? C'est trendy ! »
- « Totally, sista ! » répondit Kojirô avec un sourire. Rai et Nanami n'étaient pas cousins pour rien.
- « Mais bien sûr ! » Neeve s'était retenue pour ne pas se frapper le front. « Je me disais bien que cela me rappelait quelque chose, que Rai me rappelait quelqu'un. Vous êtes quand même du même moule ! »
- « Neeve… avant tout, pourquoi tu as un cocard ? »
- « Il faut que tu viennes dormir à la maison ! J'ai trop de choses à te dire. »
- « Hum… Tu as cours samedi ? »
- « Non… Enfin, si, mais c'est non. »
- « Euh ? » Les garçons ne captèrent pas ce message cryptique mais Nanami comprit.
- « OK. Vendredi soir alors ! »
- « Ouiiii ! Et tu viens pour la soirée pyjama samedi! »
- « Quelle soirée pyjama ? » Kojirô venait d'atterrir.
- « La soirée pyjama entre filles, voyons. Pour l'anniversaire de Natsuko. Ses copines et mes copines ! »
- « Noooon ! Je ne veuuuux paaaaaas ! » gémit l'avant-centre, terrifié par la vision d'horreur que provoquait l'invasion imminente de sa maison par une horde féminine.
- « Ben, casse-toi. Rai, tu veux bien faire refuge ? » demanda Neeve.
- « Ouais, on va inviter l'équipe, les gars et se faire un barbecue et regarder des films d'horreur. Bro, fais passer le message à ton équipe. »
- « Et tes parents ? » Kojirô ne comprenait pas comment il pouvait planifier une fête comme ça sans demander l'avis de sa famille.
- « Pas là. Alors, je vais être tout seul ! J'ai besoin d'amour ! Emi, love me ! »
- « Non, je vais chez Neeve. »
- « Nobody loves me ! »
- « Rai… si tu mets une jupe, si tu t'épiles les jambes et me laisse te maquiller, je t'accepte à ma soirée pyjama ! » déclara Neeve sans l'ombre d'un sourire.
- « … tu sais quoi… J'aurais été capable de le faire, mais pas les jambes. De quoi j'aurai l'air après, dans mon short ? »
- « D'un asticot chauve… » répondirent les trois filles en même temps.
- « …. Pas toutes ensemble ! » se lamenta Rai.
- « C'est décidé ! Nanami, à vendredi ! Toi, viens vite, j'ai des maths pour toi. »
Kojirô était présent quand Natsuko avait demandé l'autorisation d'inviter des amies pour son anniversaire. Mais il pensait qu'il s'agissait d'un goûter d'anniversaire, l'après-midi… Et non pas d'une boum de gamines de treize ans, à laquelle se rajoutait une « sleep-over party » de dindes couineuses de seize ans.
Mam et Tak avaient déjà leurs tickets de sortie : ils traînaient leur oncle Fumihiro à une quelconque activité spéciale garçons dans un parc naturel à l'extérieur de Tokyo. Là, il y avait un vrai village dans les arbres. Les trois garçons allaient y passer la nuit, une sorte de nuit d'initiation. En gros, ils allaient faire un jeu de piste, regarder les étoiles en faisant brûler des marshmallows et dormir dans une cabane en rondins. Shouta aurait bien été tenté de les accompagner, mais non seulement devait-il rester à la maison seconder sa femme, mais aussi l'idée d'avoir à dormir à la dure le rebutait un peu. Il se faisait vieux.
Le chirurgien acheta donc un stock de bouchons sonores et installa un petit poste de télévision dans sa chambre où il allait s'enfermer avec Penalty. Une soirée entre « hommes » à regarder le sport depuis le relatif confort de son lit. Soirée à laquelle Kojirô était plus que le bienvenu. Mais Rai l'avait invité à sa fête, et par mesure de précaution, le footballeur indiqua qu'il dormirait sûrement là-bas. Shouta accepta la réponse mais un « lâcheur » bien senti se fit entendre. Le père de famille fut donc bougon et envoya remarques misogynes après remarques misogynes à Neeve pendant deux jours. L'intéressée prit ça comme un compliment et continua d'embêter son « gros grincheux de père. »
Restait le problème du vendredi soir… Kojirô n'avait aucune envie de partager une maison avec Neeve et Nanami en pleines retrouvailles. Oui, il entendrait peut-être des choses intéressantes, mais cela ne compensait pas.
La solution vint à lui. Vendredi après-midi, alors que Kojirô écoutait mollement son prof lui raconter l'histoire de la vie des Romains, le Morse se présenta.
- « Bon, il y a un changement dans votre emploi du temps. Votre profosseur de biologie est malade, donc vous n'aurez pas cours demain matin, les cours de sports étant annulées en même temps. »
- « Oui ! »
Le message en réjouit plus d'un. Une matinée de libre ! Yeeeees ! Sauf que :
- « Par contre, votre professeur me fait savoir que vos rapports sont à remettre pour lundi. Elle compte sur vous pour mettre à profit son absence pour les fignoler. »
- « Oui Sensei ! » La classe retint de justesse son excitation. Mais Kojirô faisait grise mine.
- « … psst, Ken, Kazuki ? »
- « Ouais ? »
- « On a travaillé sur ce rapport ? »
- « Ben, nous on a commencé avec Akira, Rai et Yoshi, le soir où Neeve--. »
- « Mais après… entre l'entraînement et la Golden Week…. » compléta Ken.
A leurs côtés, les trois autres sportifs étaient un peu verts.
- « Je crois que tout le monde a oublié ! »
- « No panic ! » Rai eut un grand sourire. « Venez chez moi ! Vers les 19H. On se met tous ensemble. »
- « Et pourquoi pas après les cours ? Ça irait plus vite ? »
- « No way, l'équipe vient chez moi pour visionner un match NBA. Mais vous pouvez venir. C'est juste qu'on va être bruyants ! Mais comme ça, vous mangerez avec nous ! »
Ce fût ainsi que les 3K raccompagnèrent Neeve et Nanami à la maison rose puis s'installèrent dans le jardin dans l'espoir de travailler. La fin de journée était magnifique, avec juste ce qu'il fallait de soleil et chaleur. Les pieds nus dans l'herbe, affalés dans leurs fauteuils de jardin, les trois garçons regardaient Takeru lancer la balle à Penalty et tentaient de se motiver. De la fenêtre ouverte de la chambre de Neeve, des rires et autres piaillements féminins leur apprirent qu'il y en avait au moins deux qui n'avaient pas de souci.
- « Vous restez manger, les garçons ? » demanda Keiko.
- « Non, Maman, on va manger chez Rai, on va finir notre dossier de bio…. » grommela un Kojirô pas convaincu sur l'utilité de la chose. Etudier, pas manger. Manger était toujours utile.
Réconfortés par la promesse de trouver au moins de quoi se caler l'estomac, les 3K migrèrent vers les quartiers chics. Shouta avait accepté de servir de chauffeur et le père de Sorimachi passait les prendre plus tard dans la soirée.
Le match de basket venait de se terminer quand ils arrivèrent. Rai avait mal calculé le décalage horaire, et l'équipe n'avait pu voir que la moitié de la rencontre.
- « Rai, tu pues ! »
- « Achète-toi un cerveau ! »
Les gars prirent congé de leur coéquipier sur ces mots chaleureux. Hayao Chiba et Emi s'attardèrent un peu. Le premier discutait stratégie avec son fidèle second tandis que Emi, en bonne manageuse, rangeait un peu le salon mis à mal par l'équipe. Il n'en fallut pas plus que Ken se sentît obligé d'aller l'aider. Il était vraiment trop bien élevé. Yoshi arriva à ce moment et entraîna Kojirô et Kazuki à la découverte des menus de trucs à commander : pizza, plats chinois et autres gourmandises. Soudain un vrombissement retentit dehors. Des pneus crissèrent et un hurlement se répercuta sur les murs de la maison.
- « Akira ! Espèce d'obsédé ! C'est la dernière fois que tu montes sur mon scooter ! »
Le jeune homme démontra qu'il n'était pas champion du deux cent mètres pour rien. Il sprinta et alla se cacher derrière Rai et Hayao. Kojirô se dit qu'Akira oscillait dangereusement entre la catégorie « bon garçon » et « mauvais garçon. ». Il fallait vraiment qu'il mette ça au clair avec Neeve, parce qu'il ne comprenait pas ce que les filles préféraient. A la stupéfaction générale, Lola Oyama, la pas-petite-grosse-marrante de Ken surgit en agitant un casque.
- « Quoi, qu'est-ce qu'il a fait ? » demanda Emi. Les deux jeunes filles se sourirent. Elles semblaient bien connaître Akira.
- « Je lui propose gentiment de le prendre en place arrière de mon scooter et il m'a pelotée pendant tout le trajet ! »
- « Mais noooon ! Tu allais trop vite et je devais bien me retenir à quelque chose ! Ce n'est pas ma faute si tes seins sont au milieu ! » protesta Akira. Les garçons présents éclatèrent de rire.
- « Et me pincer les fesses, c'était aussi pour te retenir ? »
- « Non ça c'était pour mon plaisir personnel… » admit le coureur.
- « Donc tu reconnais les faits ? » accusa Lola.
- « Je reconnais surtout que tu as la plus belle paire de fesses des secondes années. »
- « … …. …. »
- « C'était un compliment, Lola-chan. Tu pourrais au moins me remercier ! »
- « Mais va te faire voir ! »
- « Mais certainement ! Tu m'accompagnes ? »
Ken regardait la scène avec des grands yeux. Il était clair qu'il y avait quelque chose entre ces deux là.
- « Emi-chan ! Pourquoi est-ce que ta copine ne veut pas sortir avec moi ? »
- « Je ne sais… Peut-être parce que tu es un gros pervers, Akira. »
- « Mais de quoi elle se plaint ! Je suis normal, j'ai seize ans, moi ! »
- « Akira… tu avais douze ans et tu étais déjà un pervers. Je me souviens fort bien de la fois où tu es entré dans le vestiaire des filles…. »
Lola éclata de rire.
- « Tiens, il n'avait jamais couru aussi vite lui ! »
Il s'avéra que Lola et Emi avaient toutes deux fait partie de l'équipe féminine d'athlétisme au collège, Emi au saut en hauteur et Lola au cent mètres haies. Si Emi avait laissé tomber ce sport par manque de conviction, Lola avait dû abandonner suite à une blessure au genou lors d'une mauvaise chute. Après deux ans d'immobilisation, elle venait d'avoir l'aval de son médecin pour reprendre l'entraînement. Cependant, elle hésitait à reprendre la compétition de haut niveau. Quelque part, cette blessure l'avait bien plus touché mentalement que physiquement. Elle traînait du côté des pistes sans jamais se décider à abandonner définitivement.
Akira ne se plaignait pas. Il avait toujours eu un gros faible pour son amie et s'était bien rapproché d'elle pendant sa convalescence. Elle semblait repousser ses avances, mais tous ceux qui les voyaient ensemble se rendaient compte qu'ils ne faisaient que jouer au chat et à la souris. Après tout, si elle n'appréciait vraiment pas de se faire peloter, Lola aurait trouvé sans mal un moyen de le lui faire comprendre.
Et ça, Ken le comprit aussi. Il poussa un gros soupir. Il n'allait pas piquer la nana dont son ami était raide dingue, encore plus si celle-ci paraissait lui rendre la pareille. Le goal eut un pincement au cœur. Il ne connaissait pas Lola donc il ne pouvait pas le cœur brisé, mais rien n'empêchait les regrets et le doute de s'immiscer en lui. Quand allait-il enfin trouver la bonne fille au bon moment ? C'était désespérant.
- « J'en ai marre de toi ! » clama Lola. « Puisque tu t'obstines, je n'irai pas à la soirée demain soir ! »
- « NON ? Ma-ma-mais-mais… » bégaya-t-il. « Tu m'as dit qu'on irait ensemble ! » gémit-il.
- « Tu n'avais qu'à pas inviter d'autres filles ! » riposta Lola.
- « M'enfin, ce sont les filles du journal ! Ce sont tes amies ! »
- « Kaoru est mon amie ! L'autre non… »
- « Mais où vas-tu aller ? »
- « Chez la copine d'Emi. »
Clic clic clic clanc. Les rouages dans le cerveau de Kojirô s'enclenchèrent.
- « Chez MOI ? » rugit-il.
- « Hein ? T'es qui toi d'abord ? » lança Lola en se retournant. « Oh, pardon Hyûga-san… … Pourquoi les footeux sont ici ? »
- « Parce que nous allons étudier ! » expliqua Yoshi.
- « C'est ça, on y croit drôlement… » fit Lola d'un ton qui cachait mal son scepticisme. « Donc les rumeurs sont vraies. Vous vivez ensemble… » Lola se retourna vers Kojirô, guettant une confirmation ; et lui ne sut pas comment se comporter devant ce nouveau spécimen de l'espèce féminine. Encore une qui ne tremblait pas devant lui. Il aimait bien ça, il devait l'avouer.
- « Ouais c'est ma soeur. »
- « Ben, je vais la rencontrer demain soir. »
- « Grand bien te fasse. Mes condoléances pour ton cerveau. »
Lola et Emi eurent un gloussement. Pff, mettez deux filles ensemble et vous aviez une basse cour. Heureusement, elles disparurent rapidement, laissant les garçons seuls face à leurs pizzas et leurs interrogations biologiques…
Kojirô se jura que jamais plus il n'endurerait une session de shopping avec des filles. Plutôt mourir. Parce que faire les magasins avec des filles était encore pire que la mort. Une torture lente, horrible, à petit feu, autant physique que mentale.
Samedi matin, une crise éclata dans la paisible demeure Hase-Hyûga. Les filles n'avaient rien à se mettre. Elles avaient vidé leurs deux armoires, et une bonne partie de celle de leur mère et avaient conclut – la logique n'ayant pas de place ici – que rien ne correspondait à l'esprit de la soirée. Il fut donc décidé d'aller faire les boutiques et en urgence, puisque les premières invitées étaient attendues pour 17H30. Et comme Kojirô avait interdit à Neeve de sortir seule, encore moins seule avec sa petite sœur, il se trouva prit à son propre piège. Tel un homme agonisant sur le champ de bataille, il fut traîné de magasins de fringues en magasins de chaussures en magasins d'accessoires. Non seulement il devait porter les paquets, mais elles avaient décidé d'être insupportables avec lui : il devait donner son avis. Mais ne pouvaient-elles pas comprendre qu'il n'en avait pas, d'avis ? Mince, une soirée pyjama ! Un boxer et un t-shirt non ? Ben… non… Raté… Seule consolation, Neeve lui paya le repas du midi. Il put également choisir le restaurant et décida d'aller au barbecue japonais. Un demi-bœuf en brochette plus tard, son moral était légèrement moins en berne. Et quelque part, il eut une révélation. Il profita de ce que ses sœurs étaient chez le coiffeur pour aller acheter les cadeaux d'anniversaire pour sa famille.
Keiko, Nat, Mam et Tak étaient tous plus ou moins nés en même temps. La jeune adolescente célébrait son anniversaire le 13 mai, la mère de famille à la fin du mois et les deux garçons respectivement les 1er et 6 du mois de juin. Traditionnellement, la famille Hyûga fêtait tous les anniversaires d'un coup, fin mai. Ils n'étaient pas riches, alors ils ne pouvaient pas se permettre de faire des sorties à répétition. Mais l'événement était de taille, alors ils allaient soit au restaurant, soit assister à un spectacle. L'année dernière, Keiko les avait surpris en les amenant voir Le Cirque du Soleil (1). Donc voilà, pour une fois, Natsuko organisait une… boum…- ô joie ! Kojirô en trépignait d'impatience – et Shouta avait réservé une salle au complexe bowling&laserquest pour les deux garçons et leurs amis le mois prochain. Seule Keiko n'avait rien voulu de spécial, mais c'était parce qu'à ses yeux, elle avait tout : un mari aimant, des enfants plus ou moins disciplinés, une grande maison et du bonheur comme elle en avait peu eu auparavant.
Kojirô se félicita de sa clairvoyance. Il dissimula ses quelques paquets avec ceux des filles – il y en avait tellement de toute façon. Il était tellement fier de lui et occupé à s'auto-féliciter qu'il faillit se faire avoir par le coiffeur qui tenta de le convaincre de le laisser lui faire des mèches blondes. Ce fut Natsuko qui le rappela sur terre en lui donnant un grand coup de coude dans l'estomac. Neeve, elle, ne disait rien et regardait la scène avec intérêt. La saleté ! Elle l'aurait laissé se faire avoir ! Pire, elle confirma qu'elle aurait même payé ! Il secoua la tête. Des mèches blondes ! Lui… Saleté de saleté de sœur… Il renâcla dans le bus contre elle, alors que Neeve s'entêtait à le convaincre que cela lui irait bien. Passionné par leur chamaillerie, le trio descendit du bus et marcha tout en continuant à parler. Aussi n'aperçurent-ils pas les ombres qui les regardaient. Seulement, Kojirô avait ce sixième sens, celui qu'Ayame avait appelé « avoir les yeux derrière la tête. » En tant que joueur de foot, il avait appris à sentir et appréhender l'environnement autour de lui… surtout si on émettait des ondes hostiles. Rapidement, il sut que quelqu'un les suivait. Il se retourna d'un coup et vit un peu plus loin dans la rue une demi-douzaine de silhouettes dont l'aspect général rappelait celui des caïds qui s'en étaient pris à Neeve.
Décidé à en avoir le cœur net, il traîna ses sœurs à l'épicerie où il collectait ses journaux et se faufila par la porte de derrière. Il eut un bref échange avec le propriétaire qui lui promit d'alerter la police s'il ne revenait pas dans les cinq minutes.
Kojirô coupa par les petites rues qu'il connaissait si bien et arriva pile derrière les loubards. Il eut la satisfaction d'en reconnaître un ou deux, et de voir que leurs cocards à eux étaient bien plus beaux que celui de Neeve qui avait déjà commencé à jaunir. Le jeune homme cogna la tête de deux gars l'une contre l'autre et envoya son poing dans la gueule d'un troisième. Il donna un coup de jambe bien placé au quatrième et empoigna le dernier par le col. Kojirô le projeta violemment contre le mur et appuya son bras replié sur la gorge de son adversaire qui avait bien blanchi.
- « On va faire simple. Je revois vos tronches encore une fois dans le quartier et vous le regretterez. »
Kojirô ne s'embarrassa pas de discours grandiloquents. Déjà, il n'aimait pas parler, alors il économisait sa salive. En plus, il avait l'esprit logique. Des sorties telles « je vous tue de mes propres mains » n'auraient pas de sens dans sa bouche. Il n'allait pas les tuer. Cela risquerait de compromettre sa carrière de footballeur professionnel. Par contre, les battre jusqu'à ce qu'il ne reste rien d'eux, ça, il savait faire…
- « …ou-oui… » coassa l'autre. Kojirô finit le travail par un bon coup de boule, histoire de bien se défouler. Puis il alla chercher ses sœurs qui avaient profité de sa courte absence pour acheter encore plus de choses qu'il se retrouva à porter. La prochaine qui lui sortait qu'il était un méchant frère passait par la fenêtre…
Arrivés chez eux, le trio découvrit Ken et Kazuki dans la rue, en train de jouer au baseball avec Fumihiro, Takeru Mamoru et les copains de ce dernier. Les deux footballeurs virent tout de suite que Kojirô avait encore eut des problèmes. Il souriait… Ce n'était pas normal. Kojirô ne souriait jamais. A moins qu'il n'eut laminé son adversaire au foot. Et là, pas un terrain de foot en vue. Donc oui, l'étalage de dents Hyûgaesque avait quelque chose de terrifiant.
Ken déchargea Kojirô de quelques paquets tandis que Kazuki offrait à Natsuko leur cadeau, acheté en commun. Tous deux considéraient les jeunes Hyûga comme leur famille. Après tout, ils étaient les derniers de leurs fratries respectives, et ils adoraient jouer aux grands frères. En prévision de la soirée pyjama, ils offrirent à la jeune fille un ensemble shorty/T-shirt à motifs de petits lapins et de carottes. Il y avait même les pantoufles assorties. Kojirô se douta que Neeve leur avait conseillé l'objet. Il voyait mal ses deux amis penser à acheter ce genre de choses. L'ensemble faisait gamin dans le thème, mais la coupe allait sûrement mettre en valeur les formes naissantes de la jeune demoiselle, et le rien de dentelle donnait un côté mature qui ravit Natsuko.
Leurs devoirs fraternels ainsi remplis, les 3K acculèrent Shouta pour qu'il corrigeât leur exposé de biologie. A leur plus grand étonnement, Akira avait plutôt bien fait son travail et eux avaient plutôt bien pompé. Avec les petites corrections de spécialiste du chirurgien, ils sentaient qu'ils allaient décrocher une bonne note. En plus, les explications de Shouta étant vraiment claires, ils avaient même compris ce qu'ils avaient pompé ! La vie était superbe !
Sauf que les Huns (ou les Unes) débarquèrent. Rapidement, ils furent encerclés par une horde de gamines de douze-treize ans qui bondissaient dans le salon et le jardin. Penalty prit peur, hurla à la mort et vint se réfugier dans la voiture quand Shouta se proposa d'emmener les garçons à leur fête.
- « Ça va peut-être se calmer… » fit le père en faisant reculer la voiture dans l'allée.
- « L'espoir fait vivre. »
Une fois hors de la voiture, Ken et Kazuki se retournèrent vers Kojirô.
- « Alors, que s'est-il passé ? »
- « Quoi encore ? »
- « Tu souriais. »
- « … j'ai rencontré des connaissances communes. Et je me suis senti obligé d'aller dire bonjour. » Le sourire carnassier de Kojirô s'élargit.
- « Tu es trop bien élevé, que veux-tu… » soupira Ken. « Des problèmes ? »
- « Non. Et cela devrait continuer comme ça… »
- « Tu es sûr ? » demanda prudemment Kazuki. Il se récolta un regard torve. Bien sûr que Môôsieur Kojirô Hyûga était sûr !
- « … de toute façon, je pensais qu'il était temps que je m'attaque à la source du problème. »
- « Pourquoi maintenant ? »
- « Parce que j'ai dû aller au centre commercial avec Neeve et je ne veux pas recommencer ! »
Malheureusement pour lui ni Kazuki ni Ken n'eurent la fibre très amicale sur ce coup. L'image d'un Kojirô collier au cou et traîné par une Neeve armée d'une cravache s'imposa à eux et ils éclatèrent de rire.
- « Bro ! Bro ! Ils sont méchants avec moi ! » lança-t-il en direction de Rai qui venait accueillir ses invités.
- « C'est normal, c'est parce que c'est toi. » répliqua le basketteur.
- « Onlyyyy youuuuuu … » Ken et Kazuki entonnèrent la chanson des Platters. « can make this world seem right ! »
- « C'est fini, non, les Beach Boys ? » grommela le Tigre en coupant court au récital. Un peu dépité par l'attitude de ses amis, il attrapa une canette de coca et alla saluer le reste des convives.
La fête n'avait rien à voir avec celle précédemment organisée en ces mêmes lieux. Déjà, il y avait nettement moins de monde. La majeure partie des invités faisait partie de l'équipe de basket. Yoshi, Akira étaient accompagnés par quelques uns de leurs coéquipiers. Chez les footeux, il n'y avait pas grand monde. Comme la fête s'était organisée du jour au le lendemain, tous avaient déjà des plans pour le week-end, et après une Golden Week passée loin de la famille ou des amis, il était difficile de se décommander. Autre différence, il n'y avait pas autant de musique et d'alcool. C'était juste une soirée « tranquille ». Cependant, il y avait toujours de l'alcool, de la musique … et des filles !
La soirée avança sans que Kojirô s'en aperçût. Rai l'avait de nouveau embarqué dans un de ses tournois de jeux débiles. Il se retrouva à faire une course de petites voitures télécommandées, encouragé par ses co-équipiers. Rai semblait posséder des gadgets à ne plus savoir quoi en faire. Il était également très apprécié. A chaque fois qu'il passait dans une pièce de sa maison, ses invités se levaient pour qu'il vînt les rejoindre. Personne n'avait encore résisté au côté excité mais sincère du grand jeune homme. C'était comme si vous repoussiez un labrador qui venait vous demander de jouer avec lui, ou à défaut de lui lancer la balle.
Kojirô se sentait bien à ses côtés. Il pouvait être aussi exubérant, aussi taquin, aussi hilare qu'il le souhaitait. Rai ne s'en souciait pas. En fait, personne ne s'en souciait. Pas plus qu'on ne se souciait que les 3K ne traînassent pas ensemble. C'était comme découvrir ce que Kojirô était, ce que Ken était, ce que Kazuki était, indépendamment les uns des autres. Ce n'était pas parce que Kojirô se faisait rarement courser par des co-équipiers pour le jeter la piscine que cela voulait dire que ce n'était pas possible. On attendait de Kojirô qu'il soit taciturne, de Kazuki qu'il soit un dragueur à la limite con et de Ken qu'il soit le parfait gentleman japonais. Aussi un Kojirô en mode comique, un Ken en train de se déhancher sur la piste de danse et un Kazuki qui papotait philosophie avec Akira pouvaient surprendre, mais cela ne choquait pas plus que ça. Surtout cela n'étonnait aucun des trois membres du trio. Amis depuis leur jeune adolescence, ils comprenaient qu'ils grandissaient et qu'ils n'étaient pas obligés d'être similaires en tout. À force de vivre les uns avec les autres, on en oubliait d'être soi-même. La bonne camaraderie pouvait rapidement vous étouffer. Vous vous trouviez des envies et goûts nouveaux, vous changiez d'avis, et voilà que vous n'êtes plus le pendant, le reflet, le symbiote de vos amis. C'était un piège redoutable, mais les 3K l'avaient pour le moment bien évité. Après tout, il leur resterait toujours le terrain de foot comme port d'attache. Ils changeaient et se félicitaient de ces changements. Bientôt chacun aurait sa vie, ses priorités. Le cœur des hommes était peut-être volage, cependant l'amitié n'était pas un truc sorcier.
Kojirô se servit une autre canette de coca et resta un instant assis sur la chaise à regarder autour de lui. C'était une sorte de déformation professionnelle chez lui : analyser son environnement. Autre déformation chez lui : engloutir toute nourriture qui se trouvait à portée de main. Rai avait installé un grand barbecue dans la pelouse, et plusieurs personnes s'activaient à tourner les steaks hachés, les saucisses et bouts de poulet. Mais voilà qu'un hamburger avait été abandonné tout seul dans son assiette. Kojirô jeta un coup d'œil autour de lui, néanmoins personne ne se présentait pour réclamer sa nourriture. Tendant la main, le joueur de foot attrapa l'assiette et d'une bouchée, avala presque la moitié du plat.
- « Mais c'est trop fort ! Où est ma bouffe ? » râla soudain une voix derrière lui. Ouuups. « Ce n'est pas vrai ! Hé toi ! » Il sentit une main se poser sur son épaule.
- « Mais cha allait deguenir froid ! » se défendit-il, articulant avec peine tant sa bouche était pleine.
- « … toi ? »
- « … toi auchi ? » Il déglutît et tendit le reste du cadavre de hamburger au véritable propriétaire qui repoussa la main d'un geste exaspéré. Haussant les épaules, il engloutit le reste.
- « Va me chercher un autre hamburger ! Avec du fromage ! Et rapporte une saucisse… En fait, prends-en deux ! » ordonna Izumi Yamashita en lui filant une claque derrière la tête. Interloqué, il bondit sur ses pieds avant de réaliser qu'il venait de se faire frapper par une fille. Il se retourna pour la voir s'installer sur la chaise qu'il venait de libérer. Izumi avait posé son assiette et avant de commencer à manger, était allée chercher une boisson. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant qu'un malotru s'était servi dans son plat. Et que le malotru était Kojirô Hyûga. « Qu'est-ce que tu attends ! J'ai faim moi ! » pesta-t-elle en remarquant qu'il s'était arrêté pour la regarder. « Prends aussi de la salade. »
Toujours aussi stupéfié, il trottina vers le barbecue et revint avec une assiette bien remplie. Il posa le tout sur la table et Izumi attira le tout vers elle.
- « Passe-moi la moutarde ! » Il s'exécuta et la regarda badigeonner ses saucisses de condiments et attaquer le tout avec entrain. Spontanément, il tendit la main vers une tranche de concombre. Il fit éperonner par un coup de fourchette bien placé. « Tu vas arrêter de me piquer ma nourriture ? Si tu as faim, va chercher la tienne. Ce n'est pas parce que tu es mignon que tu dois te croire tout permis ! »
- « Hein ? »
- « Allez, ouste ! » Il s'en alla en bougonnant. Le hamburger avait réveillé son appétit. « Hé, Hyûga ! »
- « Quoi encore ? »
- « Puisque tu vas au grill, ramène des frites ! »
Kojirô ne sut jamais pourquoi il obéit. Il se servit copieusement et revint à table, où Izumi mangeait toujours. Sans mot dire, il lui tendit l'assiette de frites et s'assit en face. Ils mastiquèrent en silence. Kojirô ne put s'empêcher de noter que Yamashita avait un solide appétit et dévorait la viande à belles dents.
- « Tu pensais vraiment ce que tu as dis ? » demanda-t-il soudainement.
- « Qu'eche-que ch'ai dit ? » Izumi avait elle aussi la bouche pleine et l'avant-centre eut un petit rire.
- « Très féminin. Que je ne devais pas tout me permettre ? »
- « Carrément. »
- « Et que j'étais mignon ? »
- « Ça aussi. » admit la jeune fille. « Ce n'est pas non plus comme c'était nouveau pour toi. »
- « Quoi ? Qu'on me dise que je suis mignon ? »
- « Ben oui, vu le nombre de groupies qui sont après toi. »
- « En fait, » il fronça les sourcils « elles ne disent pas que je suis mignon. Elles sont plutôt du genre à hurler que je suis trop fort ou trop beau. »
- « Ben tu peux dégonfler ton ego, je te rassure, tu n'es pas beau. »
- « Mais tu as dis que… »
- « Mignon, pas beau ! » Izumi le regarda bien en face, le menton calé dans sa paume. Elle avait fini de manger et sirotait sa boisson à la paille. « Tu es bien trop typé pour être beau. Tu as les traits irréguliers aussi. Mais si cela t'éjecte de la catégorie des midinets made in Hollywood, cela te donne un charme certain…. Réflexion faite, tu n'es pas même mignon… »
- « Mais pour qui tu te prends ?! » Kojirô n'aimait pas la tournure de la conversation.
- « Tu est trop sauvage pour être mignon. On dira d'un tigron qu'il est mignon mais d'un tigre adulte, non. » Elle continuait à le détailler, la voix songeuse. Bizarrement, il se sentait rougir sous l'œil scrutateur de la jeune fille.
- « Alors je suis quoi ? » Cette fois, il était amusé.
- « Je dirais… sexy. »
- « Je suis… sexy ? »
- « Oui, définitivement sexy. » confirma Izumi. Elle était satisfaite d'elle-même. Ayant trouvé le mot qu'elle cherchait, elle se désintéressa de son voisin de table et reporta son attention sur la foule autour d'elle.
- « … … c'est bien la première fois qu'une fille me dit que je suis sexy. » avoua Kojirô, décontenancé par l'attitude de la jeune fille. C'était aussi la première fois qu'il avait ce genre de conversation avec une nana. En général, les filles autour de lui se contentaient de piailler, de rougir, de bégayer ou… bon, étaient occupées avec lui. Et elle lui avait donné une taloche. Plus il connaissait cette fille, plus il l'appréciait. Soyons clair, il n'aimait pas recevoir des taloches. Mais il avait mérité celle qu'il avait reçue, et il appréciait qu'elle eût assez de caractère pour lui en donner une. Surtout qu'elle tapait comme une fille, alors pas de bobo.
- « Vraiment ? » s'étonna Izumi en lui jetant un coup d'œil rapide.
- « Ben oui. »
- « Maintenant c'est fait. Mais cela m'étonne. »
- « Ah ? »
- « J'étais certaine que Neeve te l'aurait dit depuis longtemps. » Grr, pourquoi devait-elle aborder le sujet de Neeve ? Il avait failli oublier qu'elle était persona non grata.
- « Neeve et moi, on parle pas de ce genre de chose. »
- « Et de quoi parlez-vous, dans ce cas ? » La question semblait honnête, dépourvue de mauvais sentiments. Elle s'était de nouveau tournée vers lui.
- « Pas grand-chose. Nous sommes assez différents quand on y pense bien. »
- « Moi, je ne trouve pas. »
- « Vraiment ? »
- « Pour commencer, vous êtes aussi orgueilleux et têtes de mules l'un que l'autre. »
- « Je ne suis pas orgueilleux ! » se défendit-il.
- « Et qui était en perdition dans un rayon de produits féminins sans vouloir même demander de l'aide ? » taquina Izumi.
- « Ce n'est pas de l'orgueil, c'est de l'amour propre ! »
- « … ouais, on va dire ça comme ça…. Je peux te poser une question ? »
- « Tu peux poser, ce n'est pas dit que je vais y répondre… » Elle eut un rire avant de redevenir très sérieuse.
- « Pourquoi Neeve a-t-elle un cocard ? »
- « Elle s'est faite agressée. » Il n'y avait aucun mal à répondre franchement à cette interrogation.
- « C'est grave ? »
- « Non. Pourquoi tu t'intéresses à Neeve ? J'ai cru comprendre que vous n'étiez pas en très bons termes. »
- « Faux. Elle n'est pas en bon terme avec moi. Moi, j'aimerais bien redevenir amie avec elle, mais tu la connais… Rancunière et de mauvaise foi… »
- « Vous-vous étiez amies ? »
- « En première année. Quand elle a redoublé. Nous étions dans la même classe, puis elle a usé de son influence de déléguée pour me faire changer de classe. »
- « Pourquoi vous vous êtes disputées ? » Kojirô se maudit ! Lui et sa curiosité mal placée !
Kojirô avait toujours été curieux. C'était d'ailleurs ainsi qu'il avait connu le football. Son père préférait plutôt le baseball et avait commencé à lui apprendre à jouer. Le jour où ils étaient entrés dans un magasin de sport pour acheter des battes d'occasion, Kojirô avait remarqué des chaussures à crampons. Intrigué, il avait demandé des explications à son père et il découvrit l'existence du foot. Le propriétaire du magasin était fan de ce sport assez méconnu au Japon et avait fait un petit coin « foot » dans son magasin dans l'espoir d'attirer l'attention de ses clients. Il toucha le gros lot avec Kojirô. Le petit garçon de cinq ans commença à taper la balle dans l'arrière cour du magasin et fit des progrès rapidement. Touché par son talent, le commerçant appela son vieil ami du temps du lycée, Kôzô Kira, celui qui l'avait initié à ce sport au lieu d'étudier. Kira fut tellement impressionné par ce gamin qu'il usa de toute son influence pour créer une équipe de foot au sein de l'établissement Meiwa. L'histoire devint ce qu'on en sait.
Avec le temps, Kojirô apprit à se méfier de sa curiosité. Cela déclenchait plus de conséquences qu'il ne pensait, et certaines pouvaient être désagréables. Il n'avait ni l'argent ni le temps d'avoir des ennuis. Donc il réfréna ses envies, garda sa langue dans sa poche – ce qui n'arrangea pas sa tendance au mutisme. Mais voilà que cela venait le chatouiller.
- « C'est une longue histoire… Et c'est surtout très stupide. » soupira Izumi. « J'ai essayé de sortir Shun. Avant qu'ils ne sortent ensemble, bien sûr. »
- « Shun… Shun Fujita ? L'abruti Colgate ? »
- « Abruti Colgate ? Hihihi, ça lui va bien ! » Izumi dut reprendre son souffle. « Mais oui, celui-là. Shun était très proche d'elle, du fait qu'ils étaient délégués et qu'ils se connaissaient d'avant le redoublement de Neeve. Et comme j'étais amie avec elle, je restais avec elle et j'en suis venue à fréquenter souvent Shun. Alors j'ai tenté ma chance, surtout que Neeve clamait qu'ils n'étaient qu'amis. Sauf qu'en fait, elle a très mal pris que je flirte avec lui. »
- « Tout ça pour ce con. Quand on sait comment ça a fini… Je n'arrive pas à croire que deux filles se soient battues pour ce con. »
- « Neeve s'est battue avec Oki ? » D'abord étonné, Kojirô se souvint qu'elle venait de St Elizabeth et qu'elle devait connaître les rumeurs.
- « Oui, elle lui a donné un cocard. A Shun aussi… »
- « C'était donc ça… » murmura Izumi d'un ton pensif. « Bon viens danser ! »
- « Qui ? Moi ? »
- « Oui. »
- « Non. » Hors de question.
- « Tu me le dois bien. »
- « Non. »
- «Tu ne t'es même pas excusé pour avoir mangé mon hamburger--. »
- « Je suis allé t'en chercher un autre--. »
- « --et maintenant j'ai trop mangé, donc je dois éliminer ! »
- « -- et j'aime pas danser ! »
- « Tut tut ! Viens danser ! »
- « Non ! »
- « Tu danses, Sexy Boy ! » Elle le tira par le bras mais il résista. Il ne savait pas comment réagir à ce nouveau surnom. Sexy Boy… « Kaoru-san ! Viens m'aider ! » appela-t-elle.
- « Que veux-tu ? » La journaliste apparut dans le champ de vision de Kojirô.
- « Aide-moi à lever Monsieur Deux Pieds Gauches ! »
- « Pourquoi faire ? »
- « Pour lui apprendre à danser ! »
- « Mais je sais danser ! » protesta-t-il. « C'est juste que je n'aime pas danser. »
- « C'est parce que tu n'as jamais eu les bonnes partenaires ! Regarde-nous, les filles les plus jolies de la soirée ! »
- « … et puis, si tu ne viens pas danser, je publie une photo compromettante de toi dans le journal. » Kaoru avait été soufflée par l'audace de sa kohai. Traîter le Tigre comme ça. Mais il semblait bien le prendre. Alors, elle allait en profiter et apprendre à mieux le connaître. Alors elle empoigna l'autre bras et tira. Kojirô ne bougea pas, mais la chaise glissa un peu.
- « … quelle photo ? »
- « Oh, j'en ai plein. Une où tu te cures le nez… »
- « Ou une où tu te grattes les coucougnettes… » ajouta Izumi avec malice. « Et si tu ne danses pas, je révèle à tout le monde le genre de course que tu f--. »
- « C'est bon, c'est bon, je danse ! » rugit Kojirô. Il se doutait qu'elles n'en étaient pas capables, mais elles commençaient à attirer l'attention, chacune arc-boutée à son bras, lui se faisant traîner.
Grommelant et pestant, il se leva. Ken était toujours en train de danser. Il ne faisait pas défaut à sa réputation de charmeur et mettait en application les exercices que Neeve lui avait imposés lors du stage à la montagne. Lassée de ses commentaires et de son manque d'application lors de son atelier, elle l'avait désigné victime volontaire pour être son partenaire de danse. La jeune fille avait eu l'idée folle d'enseigner la samba et le mambo à l'équipe de foot, pour parfaire sa souplesse. Ken avait donc souffert, mais apparemment cela en valait la peine. Son déhanché attirait les filles, dont trois qui semblaient se rapprocher de plus en plus du gardien, au point d'être collées sur lui. Ce qui était loin de lui déplaire. Il eut un grand sourire idiot pour son capitaine, puis un ricanement en le voyant se faire pousser au milieu de la piste par Kaoru et Izumi.
- « Pff, quel m'as-tu-vu ! Allez, les filles, on lui montre de quoi on est capable ! »
Si la remarque choqua les deux jeunes filles, elles ne le montrèrent pas. Au contraire, elles se prirent au jeu et aussitôt la compétition commença. Rai calma les choses en passant des musiques de groupe, comme La Macarena et YMCA. La nuit était bien avancée, l'alcool commençait à couler, l'ambiance tapait au plus fort. Mais tout n'allait pas comme prévu. Kazuki avait bien délesté Ken d'un des ses cavalières, mais l'avait laissé partir au bras de Yoshi et maintenant il semblait un peu s'ennuyer. Pour une fois, il ne draguait pas toutes les filles mignonnes qui passaient par là. Kojirô se demanda si Miki avait réussit à le convertir à la monogamie… Kaoru avait été happée par un Jin qui passait par là. Le buteur se retrouva donc seul avec Izumi qui, elle, s'amusait follement.
Rai décida de lancer la soirée films d'horreur. Après tout, cela avait été le but de la fête. Certains restèrent profiter de la pelouse ou de la piscine et Ken proposa justement un tour dans l'eau à ses deux cavalières… pour se rafraîchir bien sûr. Et là, Kojirô subtilisa la canette de bière de son gardien. Ken avait bien assez bu comme ça. Voilà qu'il flirtait ouvertement.
Bouteille à la main, il se cala dans un grand fauteuil en cuir pour regarder le premier DVD. Izumi était de l'autre côté de la pièce en train de papoter avec Kaoru. Mais quand elle se leva pour aller chercher un verre, Jin bondit pour occuper sa place. Kojirô fit une grimace. Il avait de la concurrence. Ce qui ne le dérangeait pas vraiment. Il aimait bien Kaoru, la trouvait mignonne et sympathique, mais bien trop molle. Aussi tordu que cela pût paraître, Kojirô préférait les filles avec un peu de punch, comme Ayame ou Hikari. Mauvaise idée, il n'aurait pas dû penser à son ex. S'il pouvait vraiment qualifier Hikari d'ex. Plongé dans ses pensées maussades, Kojirô descendit la canette de bière d'un coup.
Le problème majeur de l'alcool était qu'il ne désaltérait pas. Il se leva donc pour aller chercher quelque chose à boire. Il n'avait pas fait deux pas, qu'une forme s'affalait sur son siège libre.
- « Mais ! c'est--. »
- « Chuuuut ! J'écoute ! » le coupa Izumi. « C'était ton fauteuil ? »
- « Ben ouais ! »
- « On partage ? C'est qu'on manque de place ici ! »
- « CHUUUUUUT ! » gueula l'assemblée.
- « Hé, Hyûga, puisque tu es debout, ramène la caisse bleue ! »
Ladite caisse était remplie à ras bord de bière. Kojirô dut retourner se chercher du coca, mais il n'y avait plus de stock. Il eut un claquement de lèvres irrité et commença à retourner la cuisine à la poursuite d'un truc buvable. Il dégota une demie-bouteille de limonade. Il ne restait plus rien. En repassant, il stoppa net. Dans la piscine, Ken était très occupé à rouler un patin à une de ses cavalières. Cela le choqua plus qu'il ne l'aurait pensé. Après sa « rupture » avec Hikari, il avait toujours cru qu'il emballerait une fille avant Ken… Il se rassit encore plus maussade et accepta machinalement une nouvelle canette de bière qu'on lui tendait et se concentra sur le film.
La blonde aux gros seins courait dans les bois en hurlant.
- « Elle n'est pas douée ! » chuchota Izumi à ses côtés. Elle aussi tenait une canette.
- « Hein ? » répondit-il sur le même ton en se trémoussant pour trouver une position confortable. Izumi n'était bien grosse mais le fauteuil n'était conçu que pour une personne.
- « Ben oui, en criant comme ça, elle est sûre de ne pas semer le malade au couteau… »
- « J'aimerais bien t'y voir. Elle vient de voir son copain se faire larder devant elle. »
- « Moi, je lui mettrais un grand coup dans les couilles ! »
- « C'est ça… c'est ça… »
Comme tous les films d'horreurs modernes, les scènes tournaient rapidement au gore. Izumi frissonna et ferma les yeux plusieurs fois, mais ne gémit pas comme les autres filles, qui en fait profitaient largement de cette occasion pour se jeter sur un garçon à côté d'elle. Une sale obscure et un film gore avaient généralement cet effet, et Rai devait le savoir, puisqu'il avait été le premier à rassurer une de ces pauvres petites âmes sensibles.
- « Tu savais que nos intestins mesurent sept mètres soixante ? » questionna Izumi à voix basse.
- « Non. Comment tu sais un truc pareil ? »
- « Mon grand père était boucher. »
- « C'est pour ça que tu n'as pas peur ? »
- « Un peu. Je suis blindée. Passe-moi un truc à boire. »
- « Il n'y a que des bières. »
- « Menteur ! »
- « Vérifie par toi-même ! » Il avait espéré qu'elle se lèverait et qu'il pourrait s'étaler et reconquérir le siège, mais elle se pencha à travers lui, lui bouchant un peu la vue. « Pousse-toi. » Et il l'aida à se pousser. Le mouvement la surprit et elle cria. Les autres filles prirent peur et crièrent à son tour. Il y eut de nouveau une session « réconfort ».
- « T'es trop bête ! »
- « Ton grand-père était boucher, pas vitrier… »
- « La prochaine fois je griffe. »
- « Et moi je mords. » répliqua-t-il.
Elle se rassit et après lui avoir écrasé le pied et enfoncé le coude dans l'estomac, elle se tourna vers l'écran, l'ignorant tout bonnement. Kojirô essaya de suivre, mais l'intrigue du film était vraiment trop nulle pour qu'il adhérât. Il finit sa bière, en décapsula une nouvelle et eut une idée. Mauvaise, bien sûr, mais entre la fatigue et l'alcool, son cerveau ne réagissait plus vraiment normalement – ou ce qui servait de normal habituellement pour son cerveau.
Il posa la bouteille bien fraîche dans le cou de sa voisine.
- « KYAAAAAAAAAA ! »
Cette fois, tous hurlèrent, à l'exception de Kojirô qui se marrait comme un baleineau. Il en profita pour éjecter Izumi d'un coup de jambe. Décidée à se venger, elle se jeta sur le fauteuil et se servit de lui comme coussin. Ils bataillèrent un moment avant que les autres ne les rappèlent à l'ordre. Ils se figèrent, un peu penauds avant de se redresser. Cette fois, Izumi était carrément sur les genoux de Kojirô, qui ne disait rien.
Il commençait à avoir mal à la tête. En fait, le monde semblait tourner autour de lui. Il cligna des yeux mais le phénomène continua. Il grogna et ferma les yeux.
Il fut réveillé par une secousse à l'épaule.
- « Gné ? » Mince, il avait la gueule de bois. C'était bien la première fois qu'il ressentait si fortement les effets de l'alcool. Il avait bu certes plus de bières que d'accoutumée, mais il était certain d'être resté dans les limites du raisonnable. Après tout, il se targuait d'être un athlète de haut niveau ! Et un athlète respectait son corps.
- « Capitaine, debout. » Kazuki le secoua encore une fois, pour être sûr que son ami était réveillé.
- « Ouais, de suite… Merde ! Ma distribution de journal ! » Il se leva brusquement mais dut se retenir à l'avant-centre.
- « Crétin, tu l'as filée à l'autre gars. »
- « Ah ouais ? » Kojirô se frotta le menton. « Je vais prendre une douche ! » annonça-t-il.
- « Ne te perds pas ! Appelle en cas de besoin ! »
- « Abruti ! »
- « Ken vient de se vautrer dans le salon, alors je préfère assurer ! »
Kazuki secoua la tête. Il avait vu le gardien lâcher la pression et s'en était réjoui. Ken avait besoin de se décoincer un peu. Et puis, avec un peu de chance, cette fille serait LA bonne. Seulement, il en doutait. L'alcool ne faisait pas de miracle. Et Ken, tout souple qu'il était, s'était mangé une table basse et effectué un beau vol planté.
Kazuki lui-même n'avait pas bu, plus par manque d'envie que par esprit sportif. Kazuki n'aimait pas la saveur de l'alcool. Il avait pourtant bien profité de la soirée, à discuter avec plusieurs gars et était allé se coucher dans une des nombreuses chambres d'amis vers les 3H du matin.
Mais ces deux amis n'avaient pas imité son exemple. Tous deux traînaient la patte en descendant la rue pour aller à l'arrêt de bus. Ils avaient meilleure mine, après une douche, un bon petit déjeuner et une grande tasse de café.
- « Je ne peux pas rentrer comme ça ! » gémit Ken. « Mon père va me mettre en bouillie. »
- « Viens chez moi. » proposa Kojirô. « Ma mère ne fera sûrement pas attention, avec les filles, et on n'aura qu'à dire qu'on a mangé un truc pas frais. »
Kazuki soupira lourdement.
- « Vous êtes quand même une belle paire de boulets… »
- « En parlant de boulet, Ken, toi et cette fille ? » asticota Kojirô.
- « Hum, quoi ? »
- « Traînes-tu toujours ton boulet de pureté ? »
- « … joker… » grommela le gardien.
- « Cela veut dire oui. » conclut Kojirô. « Franchement, je pensais que l'alcool te libérerait. »
- « Ouais, mais ce n'est pas mon genre. » répliqua Ken, piqué au vif. « Je suis peut-être moins coincé, mais pas inconscient au point de me jeter sur une fille que je connais à peine. »
- « Certains devraient en prendre des leçons. » glissa très sèchement Kazuki.
- « Hein ? Quoi encore ? Qu'est-ce que j'ai fait ? » s'insurgea Kojirô.
- « Toi et cette fille… Yama… Yama… »
- « Yamashita. Et alors ? On a regardé un film ensemble ! »
- « Généralement, on regarde avec ses yeux, pas avec sa langue. »
- « HEIN ? » Ken et Kojirô étaient aussi stupéfaits l'un que l'autre.
- « Tu ne te rappelles de rien ? » Kazuki était incrédule.
- « Non, je me suis endormi pendant le premier film. »
- « Alors, il faut se méfier. Tu n'es pas un somnambule comme les autres. Et l'alcool ne te va pas. »
- « MAIS QUOI ENCORE ?! »
- « Capitaine, tu as passé une bonne partie de la nuit à lui rouler des patins. »
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