Mauvaise nouvelle : depuis quelques temps (2 semaines en gros) j'accumule les problèmes personnels (une laryngite, une grande-tante de 84 ans qui se casse le col du fémur, un grand-père de 87 ans à l'hosto… recherche d'emploi qui ne va pas super bien)

Donc… j'ai eu du mal à trouver le temps et l'inspiration pour cette fic (et Paris sera toujours Paris). Le chapitre 47 n'est encore qu'à moitié écrit, et je n'ai plus de stock de chapitres… Donc, je vais essayer de faire un chapitre par semaine – comme d'habitude, sinon… Il va falloir faire avec un rythme de parution au lance-pierre.

Je suis désolée pour cette bad news, mais mon emploi du temps semble over-booké… Mais je ne laisse pas tomber cette histoire, c'est juste un petit… contretemps

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Bonne chance à toutes celles qui passent leurs bac, exams, partiels, oraux etc. !!

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Chapitre 46 – En mai fait ce qu'il te plaît

- « Capitaine, tu as passé une bonne partie de la nuit à lui rouler des patins. Ça et bien d'autres trucs... »

- « …je-je-j'ai-j'ai fait ça ? » Kojirô était livide. Non seulement il ne se rappelait de rien de tout ça, mais il savait que Kazuki n'irait jamais mentir sur un truc pareil.

Il était mort de honte. Il s'était comporté comme le dernier des sagouins. Kojirô avait toujours méprisé ces gars qui se faisaient « le coup de la soirée », se donnant en spectacle devant tout le monde en abhorrant un comportement primitif qui aurait plus sa place sur un tournage de film porno en embrassant et tripotant une fille comme s'ils étaient en mal de sexe...ce qu'ils étaient assurément.

- « Ouais, tu as fais ça. »

- « Je n'ai fait… que ça ? » Kojirô se détestait pour avoir à demander ça et détestait Kazuki pour le lui faire le demander.

- « Pour ce que j'en ai compris, oui. Mais rassure-toi, elle semblait consentante… En fait, c'est à se demander qui sautait sur l'autre… »

Kojirô, perdu dans ses pensées et sa panique, ne remarqua pas l'attitude hautement glaciale de Kazuki. Cependant, Ken, tout malade qu'il était, le remarqua. En fait, il aurait fallu être aveugle et sourd pour ne pas voir le dégoût du jeune homme pour son capitaine. D'un coup de menton et d'un froncement de sourcils, le gardien interrogea Sorimachi qui secoua la tête. Pas maintenant, pas ici. Ce qui ne convenait pas à Wakashimazu. Il se rapprocha et se pencha sur l'avant-centre, qui capitula.

- « Yamashita, c'est la fille que Neeve n'aime pas. Le « c'est elle ou moi. », tu te rappelles ? »

Oh oui, Ken se rappelait. Il se souvenait clairement d'avoir trouvé la réaction de Neeve des plus exagérées et la réponse d'Ayame à ses questions des plus intrigantes et des moins satisfaisantes : « c'est un sujet délicat… ». Mais une chose ne faisait aucun doute : Neeve détestait cette fille. Kojirô avait raison de paniquer – ce que l'intéressé faisait en ce moment, mais pas pour les mêmes raisons. Neeve était à des années lumières de ses pensées. Si pensées il avait. L'esprit de Kojirô tournait à blanc, focalisé sur le même point depuis maintenant deux minutes : j'ai embrassé une fille, j'ai peloté une fille, est-ce qu'on peut dire que j'ai eu une aventure ? Je ne m'en rappelle pas, est-ce que j'ai dit ou fait un truc qu'il ne fallait pas ? J'ai embrassé une fille, j'ai peloté une fille et je ne m'en rappelle pas

Par contre, Ken ne comprenait pas pourquoi Kazuki était si en colère. Kojirô avait bien fait deux bêtises, la première en ayant ce genre de comportement, la seconde en ayant choisi Izumi de toutes les filles pour avoir un tel comportement… Dans l'une comme l'autre, Kazuki n'avait aucun rôle à jouer. Peut-être était-il simplement déçu.

Le retour se passa en silence. Kazuki les salua à peine en sortant du bus. Ken et Kojirô appréhendaient la rencontre avec les parents Hase-Hyûga. Mais ils avaient oublié une chose : l'invasion féminine. Midi approchait. Cela avait été l'heure convenue pour que les parents vinssent chercher les jeunes adolescentes et que les amies de Neeve partissent. Devant la maison, des voitures étaient garées, et une petite foule papotait allégrement.

Les deux garçons saluèrent rapidement et s'éclipsèrent dans la chambre du capitaine. En montant les escaliers, ils croisèrent une Neeve, une Emi et une Ayame bien guillerettes.

- « Salut ! » s'exclama Neeve. Aussitôt, Ken et Kojirô grimacèrent.

- « Moins fort ! »

- « Vous avez la gueule de bois ou quoi ? » plaisanta Ayame. « Non vraiment ? »

- « Pff… » Neeve soupira et fit les gros yeux. « Je suppose que je vais prendre soin de vous. »

Emi dit quelque chose en anglais très vite. Elle méritait bien d'être en section internationale. Comme d'habitude, les trois gloussèrent et les deux grognèrent. Ils en avaient marre de ne pas comprendre quand on se foutait d'eux. Drapés dans leur dignité quelque peu miteuse aujourd'hui, les footballeurs allèrent s'échouer sur le lit de Kojirô, tels deux bateaux en perdition. Le bruit dehors diminua pour enfin s'arrêter. Ils soupirèrent de bonheur.

- « Dis Kojirô ? »

- « Hum ? »

- « Qu'est-ce que tu vas faire ? »

- « Rien. »

- « Rien ? »

- « Rien. Il n'y a rien à faire… Je pense… non ? »

- « … moi je pense que tu devrais aller parler à cette fille. Histoire qu'elle soit sûre que ce n'était qu'un accident… »

Kojirô gémit, attrapa son oreiller et le plaqua contre son visage.

- « Je n'arrive pas à croire que j'ai été aussi con ! »

- « T'étouffer n'y changera rien. »

- « J'ai été con. Si con. Tellement con…. Ken, dis-moi que j'ai été con. »

- « Tu as été con. » S'il n'y avait que ça pour lui faire plaisir, Ken se sentait o-bli-gé de se sacrifier.

- « … merci. »

- « C'est de nature, tu n'y peux rien… » continua Ken, pour tenter de réconforter son ami. Il voulait le faire réagir. Un Kojirô en colère était tout de même mieux qu'un Kojirô pleurnichard. Avant que le buteur ne pût répondre, un coup sec résonna à la porte et Neeve entra sans attendre.

- « Bon, j'ai de l'aspirine-qui-n'est-pas-de-l'aspirine-qui-marche-trois-fois-mieux-que-l'aspirine et une grande théière de thé à la menthe. J'ai aussi des compresses froides pour le front. »

- « Neeve, je t'ai dit que tu étais géniale ? » demanda Ken en s'asseyant sur le rebord du lit. « Kojirô, dit quelque chose ! »

- « Je suis troooop con ! » se désola Kojirô de dessous son oreiller.

- « Ce n'était pas ce que j'attendais, mais cela me va aussi. Dommage que je n'ai pas pu t'enregistrer. » commenta Neeve. Elle vint s'asseoir à côté du goal, mais penchée vers son frère. « Tiens, bois ! » Elle força Kojirô à lâcher son oreiller pour avaler le verre d'eau dans lequel deux cachets effervescents se dissolvaient. « On mange bientôt. »

- « J'ai pas faim ! » grogna Kojirô. Alarmés, les deux autres se tournèrent vers lui. Neeve porta la main à son front.

- « Non, il n'est pas malade. »

- « Mais si j'ai faim ! » grommela-t-il. « Mon ventre a faim, pas moi. » expliqua-t-il.

- « Alors si ton ventre a faim… » Neeve se moquait ouvertement. « Bon, restez au frais ici, je vous appelle. Oh, Emi reste manger ici, donc soyez gentils avec elle. »

- « Je hais les filles ! » gronda soudain Kojirô. Le thé et les cachets commençaient à lui éclaircir le cerveau.

- « Et nous te le rendons bien, ne t'inquiète pas… » Neeve sortit et ferma tout doucement la porte derrière elle.

Ken regarda Kojirô se lever et se diriger vers son bureau où il empoigna une plante verte. Il la secoua et semblait lui marmonner quelque chose. Ayant lui-même mal à la tête, il décida sagement de ne pas se poser trop de questions. Surtout que Kojirô reposa doucement la plante et alla même jusqu'à l'arroser soigneusement.

- « Je ne savais pas que tu avais la main verte. »

- « Moi non plus… » renâcla le Tigre. « Mais j'ai été obligé… »

- « D'avoir la main verte ? »

- « Ouais. »

Décidément, Kojirô devenait fou. Il parvint à ressembler ses esprits quand il fut l'heure de passer à table. Natsuko babillait en ne s'arrêtant que pour respirer, ce qui permit à Kojirô d'être égal à lui-même, son mutisme monosyllabique dissimulant son malaise et son mal-être facilement. Ken engagea la conversation avec Emi pour couvrir les états d'âme de son capitaine et entretenir la discussion. Mais Neeve leur jetait fréquemment des coups d'œil en biais. Vous pouviez compter sur une menteuse pour en sentir un autre.

Kojirô joua avec sa nourriture – qu'il finit par engloutir, mais il ne pouvait s'empêcher d'avoir une boule à la gorge. Il ne comprenait vraiment pas pourquoi il avait fait ça. Certes, cela faisait longtemps qu'il n'avait eu de… contacts intimes avec une fille. Et la proximité d'Izumi, ajoutée à la quantité d'alcool ingurgitée hautement élevée pour lui pouvait expliquer bien des choses. Mais de là à n'en avoir aucun souvenir ! Quand même, s'il avait un tant soit peu apprécié, il s'en serait souvenu, non ? Pourquoi ne s'en souvenait-il pas ? Et pourquoi avait-il fait cela ?

Si cette révélation n'avait pas été délivrée par Kazuki, son meilleur ami, Kojirô n'y aurait pas cru, et aurait pensé qu'on lui montait un bobard. Parce que franchement, lever une fille pour une nuit, ce n'était pas son genre. Bourré ou pas. Il n'était ni dragueur ni capable se comporter ainsi. Quelque chose ne tournait pas rond dans cette histoire.

Kojirô ressassait ces pensées en silence. Il avait suivi Ken et les deux filles dehors, dans le jardin intérieur où le groupe sirota du thé en papotant doucement. Quand Ken décida qu'il allait suffisamment mieux pour se présenter chez lui, Emi se leva également. C'était le milieu de l'après-midi, la famille Hase-Hyûga voulait sûrement passer du temps ensemble. Kojirô surprit tout le monde en décidant d'aller courir. Il était hors de question pour lui de se retrouver seul face à sa mère ou à Neeve. En moins de deux secondes, l'une comme l'autre allait percer sa carapace et le soumettre à la question. Courir résolvait trois problèmes : l'éloigner de la maison, l'aider à se vider l'esprit, l'aider à se purger le corps.

Il se changea rapidement et attrapa la laisse de Penalty. Après avoir accompagné Emi et Ken à l'arrêt de bus, il se lança dans un grand footing. Il ne s'arrêta que lorsque son cerveau passa de « mince, qu'est-ce que j'ai fait ? » à « mince, où suis-je ? » Emporté dans son élan, Kojirô s'était bel et bien perdu et dut tournicoter pendant cinq minutes pour se repérer. Arrivé chez lui, il prit une bonne douche et s'attela à finir ses devoirs de mathématiques. Une occupation prenante, qui demandait une attention totale à la tâche en cours, était le remède à ce sentiment de perdition.

Il venait de machinalement d'allumer sa lampe de bureau devant l'obscurité grandissante quand il sentit un courant d'air souffler sur sa nuque. Il eut un grognement mental. Il allait devoir changer l'agencement de sa chambre car il détestait être assis avec le dos tourné vers la porte. Cependant il fit comme s'il n'avait rien remarqué et continua de griffonner sur sa page de brouillon. Takeru devait sûrement se frotter les mains à l'idée de surprendre son grand frère. Il l'imaginait déjà en train de recevoir le jeune garçon qui bondissait derrière lui en criant de sa petite voix « Nii-san ». Assurément un gamin de sept ans qu'il pouvait soulever d'une main, c'était effrayant.

Ce fut l'odeur qui trahit le prédateur. Un parfum de cerise flotta jusqu'au Tigre, lui-même en embuscade, prêt à une contre-attaque éclair. Qu'est-ce que Neeve lui voulait ? Il était encore en train de considérer la question quand elle frappa. Du coup, il fut réellement surpris.

- « Kojirô Niiiii-saaaaan ! » chantonna-t-elle en passant ses bras autour du cou du jeune homme et en se collant à son dos.

- « HASE ! » hurla-t-il. Il sentit qu'elle posa son visage sur son épaule.

- « Oui, Nii-san ? »

- « Ne m'appelle pas comme ça ! » fit-il sèchement. Elle eut un sursaut.

- « … pourquoi pas ? » grommela-t-elle, à la fois froissée et triste.

- « Parce que… » bougonna-t-il à son tour.

- « Mais tout le monde t'appelle comme ça ! » protesta Neeve.

- « Non, juste les crapauds. »

- « Et moi ? Je ne suis pas un crapaud ? »

- « Non. »

- « Alors je suis quoi ? » Si elle était contente de ne pas être appelée « crapaud », elle était déçue de ne pas être cataloguée comme une petite sœur.

- « C'est fou comme c'est tentant de te répondre une connerie, là… » railla-t-il. Il se prit une taloche sur le haut du crâne. La deuxième en moins de vingt-quatre heures. Hé ho ! Mais il passa l'éponge. « Venant de toi, c'est… bizarre… Surtout avec cette voix, on dirait une gamine… et moi un lolicon (1) »

- « Il te faut vraiment une copine, tu ne penses plus qu'à ça… » glissa Neeve en resserrant son étreinte autour de son cou.

- « LACHE-MOI ! Littéralement et pas littéralement parlant ! Je ne veux pas de copine ! » Le sujet délicat à ne pas aborder en ce moment. Elle ne l'avait pas fait volontairement, bien que cela faisait plus de trois jours qu'elle le rendait chèvre avec cette « deadline ». Il s'en voulut de son emportement. Il inspira donc un grand coup pour ne pas passer ses nerfs sur elle.

- « Pff, si c'est comme ça, je vais t'appeler vieux schnock… » Mais l'envie n'était pas présente. Elle avait compris qu'il désirait ne plus être taquiné à ce sujet. Cependant, il était hors de question qu'elle baissât juste les bras comme ça. C'était une question d'honneur que de défendre sa réputation de « chieuse. » Alors elle cherchait à avoir le dernier mot.

- « Neeve, tu me fatigues… tu sais ça, hein, saleté ?... ne réponds pas, je sais que tu fais exprès. » Il était peut-être fatigué, mais il n'allait pas la laisser gagner comme ça.

- « Et ça marche ? »

- « On verra plus tard. Tu veux quoi? »

- « J'ai besoin de ton livre d'anglais, s'il te plaît ! »

- « Mon livre d'anglais ? Pourquoi faire ? » Mais il fouillait déjà dans la pile de manuels scolaires entassés sur un coin du bureau.

- « Je cherche des idées pour une dissertation. »

- « Tiens ! » Il lui tendit le livre mais elle resta cimentée sur son dos. Avec un soupir, il déposa le bouquin et croisa les bras sur sa poitrine.

- « QUOI ENCORE ? » Il perçut ses lèvres qui s'étiraient en un grand sourire dans son cou.

- « Une toute petite minuscule faveur. » commença Neeve en frottant sa joue contre la sienne. Elle commença à déplier une feuille devant lui.

- « Une faveur ? Alors c'est non. »

- « Tu ne sais même pas ce que c'est ! »

- « Il faut que je t'explique encore un truc ? Je t'ai expliqué tes maths et ta physique en long, en large et en travers, alors t'es vraiment bouchée, ou quoi ? »

- « Méchant ! » Elle le prit assez mal. Elle se redressa et le boxa dans l'épaule.

- « Il faut t'y faire, c'est le modèle. T'es agaçante, j'chuis méchant. Je pensais que ça, tu l'aurais compris depuis ! »

- « Méchant, méchant, méchant ! » Elle fit pleuvoir les poings rageurs sur sa clavicule.

- « Et j'en suis fier. Alors, qu'est-ce que tu n'as pas encore compris ? »

- « Rien. En fait--. »

- « Alors c'est non! »

- « Tu ne sais même pas de quoi il s'agit. »

- « Justement. Et je ne veux pas savoir. C'est sûrement une bêtise. Alors c'est non. »

- « MECHANT ! » Les coups recommencèrent. Tant qu'elle ne boxait pas, il s'en foutait. Au contraire, c'était agréable, comme massage.

- « Neeve ? » appela Shouta. « Je peux savoir ce que tu fais ? »

- « Je le frappe. Il est méchant. » expliqua Neeve sans ralentir le rythme. Kojirô sourit et poussa le vice à lui présenter son autre épaule.

- « Ah bon ? »

- « Je lui demande gentiment un truc et il est méchant. »

- « Il a raison. C'est toujours louche quand tu es gentille. » Shouta déposa le linge qu'il venait de ramasser et plier sur le lit de Kojirô et s'en alla. Il ne voulait surtout pas être mêlé à cette dispute de gamins.

- « Et toc ! » répliqua Kojirô. « Et c'est toujours non. Arrête donc de me masser, tu te fatigues pour rien ! »

- « … …. Je vois… » Elle se recolla à son dos. « Tu es vraiment trop con… Normal que tu n'aies pas de copine. Personne ne veut de toi. »

- « JE T'AI DIT DE ME LACHER, NON ? T'ES VRAIMENT AUSSI BOUCHEE ? SURTOUT NE FORCE PAS TON TALENT ! » Il se redressa, sautant sur ses pieds, ce qui fit qu'elle dut effectivement desserrer sa prise et elle tituba en peu en arrière.

- « ET MOI JE T'AI DIT QUE TU ETAIS CON ! UN GROS SALE CON EGOISTE EGOCENTRIQUE ET MECHANT ! »

Et vlan, il se prit une claque. Une claque magistrale qui retentit dans la chambre. En un instant, elle avait tourné les talons et quitté la pièce.

- « MAIS AIIIIIIIIE ! » gueula-t-il en se frottant la joue. Une deuxième claque en moins de quatre mois. Hé ho !

Il se rassit, soupira et retourna à ses maths. Il prit le temps de recopier son équation et de peaufiner son graphique avant de se tourner vers le mur séparant sa chambre et celle de Neeve. Pas de musique. Elle faisait donc la tête.

A juste titre. Il n'avait pas été gentil avec elle, il le savait. Mais elle avait ce don extraordinaire de s'attirer les ennuis. Il s'aperçut qu'elle n'avait pas pris le manuel d'anglais. Avec un nouveau soupir à fendre l'âme il traversa le couloir. Il toqua et comme il s'attendait à ne pas avoir de réponse, poussa la porte.

Neeve était assise par terre sur sa vielle couverture, celle qu'elle utilisait normalement pour ses séances beauté. Sa chambre était exceptionnellement bien rangée. Après tout, elle avait reçu des amies hier, mais elle avait fait des efforts depuis que Mambo avait été adopté. Malgré les interdictions et menaces paternelles, Neeve et Mambo habitaient ensemble. Le chaton étant de nature curieuse et joueuse, la jeune fille avait appris à ne plus laisser traîner les choses comme avant… ou alors à ses risques et périls…

La voici d'ailleurs en train de brosser l'animal qui se roulait à terre de plaisir. A l'exception du ronronnement félin, le silence régnait. Neeve écoutait de la musique via un casque branché sur sa chaîne. Elle aussi tournait le dos à la porte, cependant en voyant une silhouette se découper sur le plancher, elle se retourna.

- « Casse-toi ! » L'accueil n'était guère chaleureux mais Kojirô avait connu pire.

- « Tu as oublié le livre. » Elle ne dit rien, se penchant sur Mambo pour le renverser de l'autre côté pour continuer à le brosser. Kojirô ne put s'empêcher de sourire. Elle adorait visiblement l'animal, qui était choyé comme la huitième merveille du monde. Devant le manque de réaction de sa sœur, Kojirô alla au bureau déposer l'ouvrage. Il remarqua alors la fameuse feuille de papier.

- « C'était ça, ta faveur ? » demanda-t-il.

- « Laisse tomber… » maugréa-t-elle.

- « Ne me dis pas que tu pleures ! » Il n'avait même pas lu la première ligne de la feuille qu'il avait dépliée pour fixer du regard la forme assise en tailleur devant lui.

- « Si. »

- « A cause de moi ? »

- « Oui, t'es trop con. »

- « Justement, cela ne vaut pas le coup de pleurer à cause de moi. »

- « Ça marche pas comme ça ! »

- « Ah… ben… euh… désolé… » Non ?

- « Ça ira… » Elle ne le regarda pas et se détourna pour ranger le matériel de brossage. Mambo miaula, s'étira et sortit en boitant de la pièce, la queue dressée en l'air comme s'il était le roi du monde.

- « Vous voulez monter une équipe de basket féminine ? » s'étonna Kojirô après sa lecture.

- « Et alors, ça te pose un problème ? »

- « A moi ? Non, pas du tout. Ça va te faire du bien, de courir un peu. »

- « Serais-tu en train d'insinuer que--. »

- « Que tu n'as aucune endurance physique. Ne discute pas, tu sais que c'est vrai. »

Elle grommela quelque chose et se leva.

- « Nous avons besoin de l'aval de capitaines d'équipes déjà montées, pour appuyer notre candidature. Cette année, nous ne jouerons que des matchs amicaux ou les ligues d'amateurs. Mais nous espérons pouvoir nous inscrire pour les championnats en fin d'année scolaire. »

- « Qui c'est le « nous » ? » Kojirô relut la feuille avec plus de soin.

- « Emi, bien sûr, elle sera la capitaine. Moi, Nana, Lola et Chiyo. »

- « Que cinq ? Je pensais qu'il fallait être six ? »

- « Oui, c'est dans le règlement. Il faut au moins un remplaçant. Mais Nanami a une copine qui va sûrement se joindre à nous. Tu signes ? »

- « A qui d'autre allez-vous demander ? »

- « Emi se charge de l'équipe de basket. De toute façon, eux, c'est obligatoire, puisque nous allons nous partager l'équipement et le terrain. Lola s'occupe de l'équipe d'athlétisme, Chiyo du club de judo, karaté et machin-chose art martial… »

- « Et toi, de moi… »

- « Ben oui, pour une fois que tu vas me servir à quelque chose ! »

- « Pardon ? » A son tour d'être offusqué. Il avait pourtant l'impression d'avoir fait beaucoup pour elle.

- « Pour le moment, le foot, cela ne m'a pas apporté grand-chose… Alleeeeeez, dis ouiiiiiii ! »

- « O.K. Tu as cinq minutes pour me convaincre. » Il lui dédia son sourire de chenapan en coin et croisa les bras sur sa poitrine. Il s'assit à moitié sur le bureau et la regarda bien en face. « Je t'écoute. »

- « Tu es sérieux ? »

- « Pour le sport ? Toujours… Parce que je veux être sûre que tu ne vas pas prendre du temps et de l'argent au lycée, quitte à léser quelqu'un d'autre, pour tout laisser tomber dans un mois. » Son ton n'admettait pas la discussion. « Plus que quatre minutes. »

Elle prit une grande inspiration et se lança :

- « Faire du sport c'est important--. »

- « Non, merci, je sais pourquoi c'est important de faire du sport. Je veux que tu me convainques, moi, pourquoi toi, tu veux faire soudainement du sport. » Elle le dévisagea en silence. « Trois minutes. » fit-il.

- « Le basket, ce n'est pas du sport. » lâcha-t-elle. « Pour moi c'est avant tout une source d'amusement, de plaisir, de… enfin, tu vois ce que je veux dire. Et tu l'as dit toi-même, j'ai besoin d'exercice. Autant allier l'utile à l'agréable. » Elle sourit.

- « Bip bip, essaye encore… »

- « Pfff… Euh… je pense aussi que… euh… il est temps que je me donne à fond dans quelque chose. On m'a toujours dit - toi, Papa, Shun - que j'abandonnais toujours en cours de route. Alors, avec le basket, je vais faire de mon mieux. »

- « Pas mal. Autre chose ? »

- « J'ai envie de faire quelque chose par moi-même. Même si l'équipe ne devait pas marcher, j'aurais essayé et surtout j'aurais tout fait. Enfin co-fait. Si Emi est le capitaine, moi je suis… la secrétaire… Tu comprends ? »

- « Ouais. Autre chose…. ? » Il voyait clairement qu'elle était honnête, qu'elle pensait vraiment ce qu'elle disait, qu'elle y croyait.

- « … … … cela va me donner des points supplémentaires qui comptent dans la moyenne, et j'en ai besoin parce que je suis nulle en classe. »

- « Et c'est censé me convaincre, ça ? »

- « Oui. Surtout toi, qui n'es à Tôhô que parce que tu es doué en sport. Question académique, est-ce que tu penses que tu aurais décroché le concours ?»

- « Non. Mais justement, toi non plus, tu n'as pas passé les concours. »

- « Ben voilà, je rame carrément. Pourquoi est-ce que tu crois que je te pompe l'air à me faire re-expliquer chacune de mes leçons ? Pour tes beaux yeux, peut-être ? »

- « Hé, c'est toi qui es méchante, là ! » protesta-t-il. Son sourire goguenard contrebalançait toutefois sa voix offusquée. « Tu rames vraiment ? »

- « En maths et physique oui. La chimie et la bio, c'est bon, j'arrive à suivre. »

Il se pencha sur le bureau et remplit la feuille. Le formulaire était un texte pré-imprimé, laissant des trous pour les champs à remplir. En gros, ce qu'il signait disait qu'il pensait que c'était une bonne idée, et qu'il pensait que les membres du futur club étaient dignes de confiance.

- « Merciiiiiiiiii ! » Elle prit le papier en sautillant sur place toute excitée.

- « Calme-toi, le dindon gloussant ! » gronda Kojirô. Ça promet…

- « Ouiiiiii ! » Elle se trémoussa encore un peu puis bondit sur lui et lui plaqua une grosse bise sur chaque joue.

- « Hein ? »

- « Je ne vais pas te présenter d'excuse pour la claque, parce que tu la méritais, mais voilà. » Et il se fit mettre à la porte mano militari parce qu'elle devait appeler Emi de toute urgence.

De l'amour à la haine, de la haine à l'amour. Elle était lunatique. Kojirô secoua la tête. Enfin, il était rentré dans ses bonnes grâces. C'était l'essentiel. Dans sa chambre, il trouva un colocataire. Mambo dormait sur son lit.

- « Qu'est-ce que tu fiches ici, toi ? » Le chaton ouvrit un œil, miaula et se mit à ronronner. Le jeune homme baissa les bras. Il était envahi par les Hase. Il n'y avait rien à faire. Il se remit à son bureau et finit ses maths. Il attaqua ses questions d'histoire avec moins d'enthousiasme. Soudain, une forme blanche jaillit et se posa SUR son livre. Kojirô caressa le chat et le reposa délicatement sur son lit. L'animal se mit à tourner en rond, s'assit et miaula.

- « Chuut, je travaille. » Cependant, Mambo tenait bien de sa maîtresse : têtu. Moins d'une seconde plus tard, il se glissa sur les genoux du joueur, se roula en boule et ronronna. « C'est que là, je ne peux pas travailler… » tenta d'argumenter Kojirô. De la même façon qu'il ne parlait pas bien femme, il ne parlait pas bien chat. Sûrement un problème d'accent, du fait de sa nature de tigre. Après trois nouvelles tentatives pour repousser l'empiétement félin, il capitula. Il venait de se faire battre par moins d'un kilo de viande et de fourrure. Calant Mambo dans son bras, il descendit et alla dans la buanderie pour nourrir l'envahisseur.

- « Tu tombes bien ! » déclara sa mère. « Mets donc la table. »

- « Techniquement, ce n'est pas mon tour. »

- « Tu as le choix : soit tu es un bon fils et un bon frère et tu mets la table, ce qui ne va ni t'écorcher vif ni te prendre un temps incommensurable, soit tu ne manges pas. »

- « Et c'est censé être un choix ? Je suis entouré de dictateurs ! »

- « Pardon, mon chéri ? »

- « Ce n'est rien. Huuuuum, du ramen au pooooorc ! »

- « Oui mon fils. Comment était ta soirée ? »

Kojirô se figea. Comment les parents pouvaient-ils toujours mettre les pieds dans le plat ? A moins qu'ils ne le fassent exprès. Sûrement un radar intégré… Habilement, il détourna la conversation. Cependant, il se doutait que sa mère n'était pas dupe, mais qu'elle ne se doutait pas de la nature de ce qu'il dissimulait. Elle avait sûrement dû sentir un relent d'alcool dans son haleine et il allait avoir droit dans quelques jours à une « leçon de vie » ou « petite discussion. » Franchement, les parents modernes… Des fois, il se disait qu'il préférerait une bonne engueulade.

Cela commença par des lèvres. Un soupçon de baiser, à peine une pression à la commissure de sa bouche. Puis il y eut un souffle souple dans son cou, qui se baladait entre son oreille et son épaule. Une main caressait son corps qui semblait parcouru de micro impulsions électriques. Une voix douce l'appela. Les lèvres se firent plus solliciteuses, le souffle plus précipité, la caresse plus accentuée. La voix devint gémissement. Un corps offrait des merveilles de vallées et courbes de chair. Le gémissement se transforma, c'était son nom qui revenait encore alors qu'il allait…

… se réveiller en sursaut. Kojirô passa de la position allongée sur le ventre à celle assise sur ses fesses en un battement de cœur. Précipité, le battement de cœur, parce qu'il pantelait comme s'il venait de finir un match.

- « Non mais ça va pas en bas ? » La voix querelleuse s'adressait à son alter ego, cette partie de lui qui s'était réveillée et l'avait réveillé. « Mais faut se calmer, mon pote. » Clairement, « en bas » avait un message à faire passer.

Kojirô avait déjà fait des rêves érotiques, mais des comme ça, jamais. Cela avait été tellement réel, et pourtant, il n'y avait pas visage, pas d'identité à cette voix et à ce corps. Auparavant, il avait toujours fantasmé sur une fille en particulier : le top-modèle de son magazine de foot, la fille de la pub pour le gel douche, Hikari… Mais là. Rageusement, il se détourna pour attraper la bouteille d'eau posée au bas du lit - Kojirô tirait leçon de ses expériences. Ayant retrouvé ses esprits et possession intégrale de son corps, il se recoucha.

Il te faut vraiment une copine.

Et pour une fois, il était d'accord avec Neeve. S'il en était au point de se jeter sur la première nana qui passait à sa portée en soirée, ou à faire des rêves bizarres, il était grand temps de prendre le problème en main. Et non, pas cette main là… Il n'était vraiment pas en condition…

Il te faut vraiment une copine.

De toute façon, c'était la faute de Neeve. A force de le lui répéter, elle avait transmis un message subliminal à son abruti de subconscient. Non, il n'avait pas besoin d'une copine, et voilà que son cerveau interprétait ça « tu as besoin de tirer un coup. » En fait, oui… mais non ! Arrrgh pourquoi fallait-il qu'il ait un cerveau ? A quoi servait un cerveau, je vous le demande ?! Le sien, s'il servait trois fois par jour, c'était un miracle ! Si c'était pour lui faire des tours de pendards comme ça, autant sans passer, de cerveau.

Il te faut vraiment une copine.

C'était sa faute. Et puis d'abord, qu'est-ce qu'elle y connaissait, en relation ? Quand on voyait comment s'était finie sa dernière relation… D'ailleurs, maintenant qu'il y pensait, il y avait un post-scriptum au message qu'il avait donné au caïd de samedi. Oooh, il allait se faire un devoir ET un plaisir de le délivrer au destinataire… en main propre bien sûr. Il ne garantissait rien quant à la propreté avant – et surtout après, mais pour les mains, ça il savait faire.

Satisfait de cette décision, il se rallongea. Restait à savoir comment il allait faire pour faire le facteur. Kojirô s'endormit tranquillement, l'esprit rempli d'images de poings et de nez. Un petit poing qui casse un nez, deux petits poings qui cassent un nez, trois petits poings qui cassent un nez….

A croire qu'il avait lu le destin dans les étoiles. Après l'entraînement matinal, les 3K eurent la charmante surprise d'apprendre que leur prof de biologie était toujours malade et que cette grippe de mai avait également touché leur professeur d'histoire. Leur classe se retrouvait avec quatre heures de libres ! Rapidement, les élèves se dispersèrent. Certains allèrent à la bibliothèque, d'autres profitèrent du soleil pour s'étendre sur la pelouse, et d'autres encore sortaient en ville. Il fallait une autorisation parentale pour avoir le droit de quitter l'enceinte du campus. Sans cela, les élèves devaient rester confinés à l'intérieur des murs. Kojirô avait toujours eu cette permission. Sa mère signait année après année le formulaire qui lui permettait de partir plus tôt, faire des heures supplémentaires à la superette ou aller chercher ses frères et sœur à l'école.

Ken et Kazuki allaient se changer quand ils remarquèrent que Kojirô, lui, enfilait un autre jogging, un des siens.

- « Tu te changes ? »

- « Pour aller en ville ? »

- « Faites pas chier, les gars ! »

S'ils pouvaient quitter le campus durant les heures de cours, les élèves se devaient néanmoins de porter leur uniforme. Ce que Kojirô était en train de faire était purement et simplement une infraction flagrante au règlement, et il en était bien conscient. Donc il mijotait quelque chose. Un quelque chose pas très avouable, puisqu'il ne voulait pas être reconnu par son uniforme.

- « On te laisse partir à une condition ! » menaça Ken en se mettant au travers du chemin de Kojirô.

- « Ouais. On vient avec toi ! » renchérit Kazuki.

- « Ça ne vous regarde pas. »

- « Sûrement pas, mais je veux garder un œil sur toi. »

- « Hors de question qu'à cause de tes conneries, l'équipe de foot soit pénalisée. » Parce qui quelqu'un reconnaissait Kojirô Hyûga en civil hors de Tôhô en train de faire un truc interdit, non seulement l'individu en pâtissait, mais dans ce cas bien précis, l'équipe aussi. Un renvoi du lycée, même temporaire, mettrait la cohésion du groupe à mal.

Vaincu, Kojirô accepta d'un grognement. Les deux autres garçons se changèrent en survêtements de sports. Quelle chance, Ken et Kazuki avaient aussi des habits « civils ». Techniquement, les seuls vêtements autorisés étaient ceux de l'uniforme. Mais comme ils faisaient du sport deux fois par jour, l'administration fermait les yeux quand les joueurs utilisaient un bas de jogging ou un T-shirt personnel, tant que le motif et la couleur restaient raisonnables. Pour donner le change à la sécurité, ils passèrent leur haut de jogging Tôhô, qu'ils roulèrent en boule dans un sac dès qu'ils tournèrent le coin de rue.

Sans parler, les trois garçons prirent le bus. En voyant la ligne, Ken et Kazuki comprirent de quoi il retournait. Kojirô rendait une petite visite de courtoisie à St Elizabeth. Les deux joueurs serrèrent les poings. Ils avaient du mal à croire que la bande de caïds qui s'en était prise à Neeve était revenue. Une fois arrivés en vue du portail de l'établissement scolaire, les footballeurs hésitèrent. Que faire maintenant ? Ils ne savaient pas où trouver les responsables.

Encore une fois, la chance sourit à Kojirô. Ne sachant quoi faire, il pénétra dans la cour par le portail principal et personne ne l'arrêta. Et comme il n'avait pas de plan précis, il obliqua presque machinalement vers les terrains de sport. Il voyait mal Colgate Man faire une activité physique, mais il se sentait quelque part rassuré de voir la pelouse du terrain de foot.

- « Je peux contacter Ayame. » proposa Ken. Kojirô tiqua. Il n'avait pas pensé à la jeune fille, qui était pourtant toujours élève à St Elizabeth.

- « Laisse tomber. Il vaut mieux ne pas la mêler à ça. »

- « Hé, regardez ! » Kazuki appela en un chuchotis et automatiquement, Ken et Kojirô furent sur leurs gardes. En un bel ensemble, les trois s'accroupirent derrière un banc, cherchant à se cacher plus ou moins discrètement.

Shun Fujita sortait du gymnase. Il était lui aussi en jogging et accompagnait un autre élève qui saignait abondamment du nez. Un présage ! D'un commun accord, ils suivirent les deux garçons discrètement. Quand leur cible entra dans un bâtiment bas – l'infirmerie sûrement – ils en profitèrent pour se rapprocher. Et quand Shun sortit, il se fit empoigner et tirer jusqu'à la petite arrière-cour, encombrée de larges containers plus ou moins puants et de sacs poubelles traînant à terre. Il se retrouva projeté contre un mur avec un bras qui l'étranglait en pressant contre sa gorge. Shun paniqua et essaya de se dégager mais il se reçut un coup sur la tête qui l'assomma à moitié.

- « Merci Ken. »

- « C'était avec plaisir. »

- « Beurk, ça pue ici. Je vais faire le guet. »

- « C'est ça, casse-toi ! » Et Shun sut à qui il avait affaire.

- « Mais vous êtes dingues ! Qu'est-ce que vous voulez encore ? » coassa-t-il. « Je vous préviens, si vous ne me lâchez pas immédiatement, je porte plainte. »

- « Si tu ne la fermes pas immédiatement, je te refais ton cocard ! » Loin d'être impressionné, Shun se débattit de plus belle. En pure perte. Kojirô se contenta de mettre plus de pression sur son avant-bras et regarda avec un contentement sans fin l'abruti Colgate s'asphyxier…. Tout seul… comme un con… qu'il était…

- « Tu es un bon prof. Le cocard que Neeve lui a mis n'a pas encore totalement disparu. » nota Ken.

- « On ne peut pas en dire autant du sien. Mais ça, il doit en savoir quelque chose. » Kojirô, ne voulant tout de même pas aller en prison pour un abruti pareil, lâcha Shun. Le garçon se laissa glisser à terre crachant et toussant, à la rechercher de son souffle. Il avait à peine repris une bouffée d'air qu'il se reçut un coup de pied dans les côtes qui l'envoya bouler un peu plus loin. Shun tenta de se relever. Il était sur les genoux quand un nouveau coup le remit à terre. C'était un bel uppercut qui le toucha un menton, fendant une lèvre au passage. Shun retomba sur le dos et eut le réflexe de porter les mains à son visage, ce qui bloqua le coup suivant, mais ne fit qu'amortir les deux suivants. Heureusement pour lui, Kojirô ne cognait pas de toutes ses forces…

- « Mais qu'est-ce que vous me voulez, merde ! » protesta-t-il enfin. Les coups s'arrêtèrent.

- « Je veux que tu comprennes comment cela fait de se prendre une trempée par plus fort que soit. » répondit Kojirô en retenant son poing. « Parce que Neeve, elle, elle en fait encore des cauchemars ! » gronda-t-il en l'empoignant par le col de son T-shirt.

- « M-m-mais de quoi tu parles ? Neeve ? » bredouilla Shun. Kojirô eut la satisfaction de noter la peur qui rétrécissait les pupilles de sa victime.

- « Ouais, Neeve. Une jolie petite blonde--. »

- « Châtain. » corrigea Ken qui surveillait un côté de la cour tandis que Kazuki faisait de même plus loin.

- « Blonde ou châtain, on s'en fout ! » gronda Kojirô en secouant Shun. « Neeve, celle que tu as traitée comme une merde--. »

- « Mais quoi encore ! Je n'ai pas parlé à Neeve depuis la dernière fois ! » Shun réussit à poser ses mains sur les avant-bras du buteur et serra.

- « Toi non, mais tous sbires oui. Et ils ont fait un super boulot ! Ils sont tellement zélés qu'ils ont tentés de refaire le coup. »

- « Mais qu'est-ce que tu racontes ! »

- « … Je ne veux pas savoir si c'est toi ou ta nouvelle copine. Mais l'un d'entre vous est psychopathe et a envoyé des gars s'occuper de Neeve. Et comme je disais, ils sont plutôt doués. » Kojirô s'était facilement débarrassé des mains de Shun et lui avait donné un autre coup, qui tenait presque plus de la gifle que du crochet. Shun bascula en arrière et regarda Kojirô se pencher sur lui avec consternation. Il ne savait pas de quoi il parlait précisément, mais il comprenant de quoi il s'agissait dans l'ensemble.

- « Tu ne penses sérieusement pas que j'aurais pu faire un truc pareil ? »

- « Tu l'as trompée. C'est presque pire. »

- « Mais c'est du délire ! »

- « Et c'est aussi du délire, les marques sur le visage de Neeve ? »

- « E-e-elle va bien ? »

- « Tout aussi bien que toi quand j'en aurai fini avec toi ! »

- « Kojirô ! » Kazuki appela à voix basse d'une voix un peu précipitée. « Abrège ! »

- « Ouais ! » Il se retourna deux secondes pour voir Ken disparaître derrière un mur. « En gros, j'ai fait comprendre à tes gars, ou à ceux de ta pouffiasse, que ce n'était pas la peine de revenir. Mais maintenant, je m'assure que le maître va rappeler les chiens à la niche. Premier et dernier avertissement. »

- « Je n'y crois pas. Oki ne--. »

Shun s'interrompit pour deux choses. Parce que non content de lui cracher dessus – ce qui fut un choc pour Shun – Kojirô le lâcha et Shun tomba à terre brutalement, se mordant la langue en avalant ses mots. Le sang afflua dans sa bouche, le goût métallique et aigre lui tournant le cœur. Le temps de cracher et se relever, les trois footballeurs étaient hors de vue.

- « Alors ? »

- « On rentre. »

Les 3K se faufilèrent entre deux bâtiments et regagnèrent la cour principale par un chemin totalement opposé à celui qu'ils avaient pris auparavant. Ce fut à ce moment que la cloche sonna la pause et rapidement, il y eut foule. Craignant d'être repérés, les trois Tôhô tentèrent de passer le portail au plus vite. Ralentis par les élèves, facilement repérables par leur habits qui détonnaient dans cette marée de bleu marine, ils arrivèrent néanmoins à se glisser dehors et sprintèrent pour ne pas avoir à discuter avec le gardien qui était depuis apparu. Ce ne fut qu'une fois rentrés dans leur lycée et en train de se changer qu'ils se relaxèrent pour de bon.

- « Tu crois qu'on a été vu ? » demanda Ken.

- « Non, mais c'était moins une. Un groupe venait vers nous avec des poubelles. »

- « Ben ils ont dû en trouver une… une grosse merde même pas recyclable. »

- « Capitaine, on t'a déjà dit que ton sens de l'humour pue ? »

- « Ouais, mais moi, ça me fait rire. Un problème avec ça ? »

- « Pas vraiment. Bon, qui me passe ses réponses d'histoire ? »

Le trio se posa sur sa table habituelle, près d'un arbre, aussi loin que possible des classes et de la cantine, aussi près que possible des distributeurs de friandises. A cette heure, la cour était presque déserte, à part quelques élèves de leur classe qui, comme eux, profitaient du soleil.

- « Où sont les trois zigotos ? »

- « Connaissant Akira, à la bibliothèque… »

- « Pauvre Rai… »

Ils avaient vu juste. Les 3K discutaient popote – résultat des championnats régionaux des autres départements et adversaires probables – quand le basketteur surgit.

- « J'en ai marre ! Akira m'a fait recopier la moitié de son bouquin ! »

- « C'est toi qui a la meilleure écriture ! » répliqua Yoshi en s'installant. « Beurk, c'est quoi ce sandwich ? » Le volleyeur fit grise mine en découvrant son déjeuner. Kojirô, lui, déballa sa fameuse boîte bento.

- « Bon sang ! Elle a mit des carottes ! » râla-t-il. « Elle sert vraiment à rien cette fille ! » Mauvaise foi, quand tu nous tiens…

- « Qu'est-ce que tu as contre les carottes ? » interrogea Yoshi en repiquant les bouts de légumes et en les avalant.

- « C'est pas bon, c'est tout. Hé ! mon bout d'omelette ! »

- « Ouups, je croyais que c'était de la carotte ! »

L'ambiance était détendue. Kojirô ne se sentait pas le moins du monde coupable de quoi que ce soit. Au contraire. Il était soulagé. Non seulement il avait réglé le problème, mais il avait vérifié que Shun n'avait rien à voir avec cette situation. Quelque part – et c'était un sentiment étrange – il était soulagé que l'ex de Neeve ne fût pas le responsable. Cela voulait dire que la jeune fille n'avait pas été complètement aveugle quant à la personnalité de son premier amour. D'un autre côté, cela voulait dire que c'était la fille, Oki, qui avait tout manigancé. Et ça, ça faisait peur. Quel esprit tortueux devait-elle avoir ! Son téléphone sonna. Une chance qu'il ne soit pas en cours.

- « Toutes mes félicitations ! » clama Ayame.

- « Quoi encore ? »

- « Je viens faire mon rapport après votre intrusion Tôhôienne ! »

- « Les rumeurs vont vite. »

- « Pas les rumeurs. Un Shun Fujita en piteux état qui est venu me demander ce qui se passait avec Neeve. »

- « Et ? »

- « Je lui ai dit la vérité. Je pense que son couple est en mauvaise voie. »

- « C'est sûr que c'est la nouvelle copine ? »

- « Hyûga, ne te mêle pas de ça. Elle est dangereuse cette fille. Je pense que maintenant Neeve est en sécurité, alors laisse tomber. »

- « C'était bien mon intention. Sinon, ça va toi ? »

- « Mais oui. Je te vois ce soir. »

- « Gé-ni-al. Je trépigne d'impatience. »

- « Tu as intérêt. Bye » Et elle raccrocha.

La sonnerie retentit alors, annonçant la reprise des cours. Kojirô se précipita dans les escaliers tout en coupant son téléphone. Ils avaient anglais en première période et le Morse voulait qu'ils soient déjà en classe quand la cloche sonnait. Donc techniquement, il était en retard. Il s'engouffra dans sa salle en un coup et freina à mort en bout de glissade pour se rétablir. Ken et Kazuki, en train de s'installer, applaudirent devant le beau rétablissement. Le buteur se jetait sur son siège en haletant quand le Morse entra en se dandinant. Il profita du chahut ambiant quand tous se levèrent pour saluer et se rassirent pour mettre ses deux amis au courant. Plongés dans leur conversation, ils ne prêtèrent pas attention au remue-ménage autour d'eux.

- « Hé, les gars ! » appela Akira. Un paquet de copie à la main, il les regardait bizarrement. « Votre rédac ? »

- « Quelle rédac ? » Il lança un coup d'œil paniqué à Ken. Et voilà. Cela devait arriver. Avec tout ce qui se passait, il en avait oublié un devoir. Et devoir d'anglais qui plus est !

- « La rédac qui était à rendre aujourd'hui… Sur le gouvernement anglais ? » expliqua Akira, dans l'espoir d'allumer une étincelle quelque part.

- « Euh, ouais, ben non, en fait… » Ken sortait un torchon, à peine du demi page, écrit en gros caractères romains.

- « What is the problem ? (quel est le problème ?) » demanda Johnson-Kawaru. « Mister Hyûga, as always… Well ? (Monsieur Hyûga, comme d'habitude. Alors ?)

- « It is that euuuh…euuh…. In fact…. » bégaya Kojirô dans son meilleur anglais. Ce qui ne l'amena pas très loin.

- « Should I understand that you have not done the assignment? I think it is time that you understand the meaning of responsibilities. (dois-je comprendre que vous n'avez pas fait votre devoir ? Je pense qu'il est temps que vous appreniez le sens du mot responsabilité.) »

Lolicon : pour Lolita-Complex. Désigne le fantasme – et par extension les hommes qui ont ce fantasme - des jeunes filles innocentes, généralement en uniforme scolaire, voire pré pubères. Faussement associé à la pédophilie, le lolicon est toutefois un fantasme qui peut dévier facilement.

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