Chapitre 48 –
Alors merci à Omicronne, SuperChewbacca (le retour nyaaa), Ilia et Mirty91 pour les encouragements sur Fanfiction.
Spéciale dédicace à Thokyo pour ses demandes (lol moi sadique ?) et gros bisous à A-marie, Chenonceau, Hanon pour les coups de pieds aux fesses…
Petite précision… Je NE SUIS PAS EXAMEN OU REVISION… Mon diplôme, je l'ai eu en décembre 2005… Là je cherche un boulot ! Mais merci pour vos soucis
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Chapitre 48 – Quand le vin est tiré, il faut le boire.
Et elle l'embrassa et il la laissa faire.
…
Pire, il l'enlaça, approfondissant l'échange.
…
Devant le gymnase.
…
Là où s'entraînaient les équipes de baskets.
…
Masculine comme féminine
…
Neeve faisait partie de cette dernière équipe.
…
…
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Sauf que Neeve était le dernier de ses soucis et la dernière chose dans ses pensées. Son cerveau s'était tout simplement arrêté quand il avait commencé à embrasser Izumi. Elle était… chaude… moelleuse… douce dans ses bras. Il n'avait jamais remarqué que les filles pouvaient tenir si bien dans ses bras. Fallait dire qu'il n'avait pas non plus beaucoup expérimenté et creusé la question. Mais là… Une fois dépassée la satisfaction physique, une fois apaisé le besoin d'avoir un rapport rapproché et intime avec une fille… Kojirô se sentait … mieux… comblé… comme si… comme s'il était heureux.
Une sensation honnêtement étrange pour lui. Il était en paix avec lui-même. Il avait prit une décision. Depuis le temps que cela lui trottait dans le coquillage. Avoir une copine. Rencontrer une fille avec qui il s'entendrait bien. Kaoru, Izumi, Lola, Emi. Sûrement pas le choix le plus évident, ou le plus raisonnable, mais il avait choisi.
Le baiser se prolongea encore et enfin, il nota qu'il était maître du jeu. Izumi répondait à ses avances, mais il était l'investigateur de tout. Cela changeait d'Hikari, avec qui il fallait se battre ne serait-ce que pour respirer. Il la sentait frémir et presque défaillir dans ses bras, et cette impression satisfaisait pleinement son ego masculin. Il se sentait fort, grand et viril. Non qu'il n'en eût jamais douté, mais il était toujours bon de se le faire rappeler. Pire encore, il se sentait… taquin et charmeur…
- « A mon avis, c'est plutôt toi qui ne va pas oublier ce baiser… » susurra-t-il à l'oreille de sa compagne. Il lui souffla doucement dans l'oreille, se félicitant de la faire gémir et s'attaqua à son cou. O zones érogènes ! ô Endroits charnels de plaisir !
Il y eut un bruit sourd, comme un ballon qui rebondit lourdement sans être arrêté. Izumi tressaillit et le charme fut rompu. Extrêmement mécontent d'être interrompu, Kojirô releva la tête pour foudroyer… Neeve.
En d'autres circonstances, il se serait esclaffé comme jamais. La tête de Neeve était impayable. La bouche ouverte, les yeux exorbités, avec son T-shirt mouillé de sueur et ses cheveux totalement emmêlés. Et une expression de surprise et de douleur. Pas une seule trace de colère, juste de l'incompréhension. Un gouffre de perplexité et de souffrance. Traversé par un sentiment soudain de culpabilité, Kojirô se redressa mais ne lâcha pas Izumi pour autant. Le ballon de basket vint rouler à ses pieds et plus par reflexe que par autre chose, il le bloqua du pied et d'un mouvement de la cheville, l'envoya en l'air. Il le rattrapa d'une main et le lança en direction de Neeve, mais le ballon retomba dans le vide. La jeune femme venait de faire demi-tour précipitamment et s'engouffrait derrière une porte du gymnase donnant dans les vestiaires. Les équipes masculines et féminines, qui rangeaient l'équipement, la regardèrent passer avec des grands yeux.
Chiyo était la plus proche du couple dehors. Elle les examina avec calme, exactement comment Ken regardait Kojirô quand il avait sorti une connerie particulièrement grosse. Avec un soupir exagéré, elle se rapprocha d'eux et se baissa pour récupérer le ballon qui avait de nouveau roulés aux pieds de Kojirô.
- « Tu vas le regretter, ça… »
De toute sa vie, Kojirô ne sut jamais à qui elle avait adressé ces mots. Même des années après tout ça, Chiyo refusa de s'expliquer. A chaque fois, elle reprenait ce regard froid et distant, rempli de pitié et de mépris tout à la fois, et se contentait de demander « Est-ce que tu as des regrets ? ». Question sans réponse sûre, car à quoi bon regretter le passé ?
Izumi s'écarta pour de bon de Kojirô.
- « Je crois que… cela serait mieux… enfin… je te vois demain ? »
Il y avait tant d'indécision et de crainte dans ses yeux que Kojirô ne put s'empêcher de maudire Neeve et son sale caractère.
- « Bien sûr que tu me vois demain ! » lança-t-il un peu trop fortement, faisant sursauter la jeune fille à ses côtés. « Enfin, si je survis d'ici là… »
Il pensait à Neeve et Izumi comprit. Elle eut un petit rire soulagé et lui sourit en guise de salut. Puis elle se détourna pour endurer avec brio l'épreuve qu'était de passer devant les basketteurs et –teuses au grand complet, qui ne se privèrent pas pour la siffler et la taquiner. Enfin, surtout les mecs, parce que les filles la regardèrent passer dans le plus grand silence.
- « Bon, c'est fini, non ? Zou, à la douche, vous allez m'attraper froid. Filles comme garçons ! »
Emi arriva en claquant des mains et tous se dispersèrent rapidement. Apparemment, elle était une manageuse terrible dont les colères étaient à l'égal de ses punitions… A éviter donc. « Qu'est-ce que tu fous ici ? » gronda-t-elle. « Tu n'as pas une équipe de foot à diriger ? »
Etait-elle en colère pour la scène dans la laverie, celle devant le gymnase ou les deux ? En tout cas, il était clair qu'elle ne pensait pas grand-chose de lui. Et le peu qu'elle en pensait n'était pas positif. En un mot, elle ne l'aimait pas.
- « Charmante, comme d'habitude. Tu es sûre que tu veux trouver un mec ? Parce que ça, ce n'est pas franchement attrayant comme attitude. »
- « C'est très bien, parce que je n'ai pas envie de plaire aux abrutis dans ton genre. Les autres n'ont pas tous des goûts de chiottes comme toi. »
Kojirô s'était promis de ne jamais frapper une fille, mais Emi flirtait dangereusement avec la ligne de démarcation de « l'exception à la règle. » Le footballeur serra les poings et s'éloigna rapidement vers la pelouse où son équipe avait presque fini de ranger son équipement.
- « Ben alors ? » demanda Ken. « Tu t'es perdu ? »
- « Oh, ça va ! »
Interloqué, le goal en laissa tomber la caisse de ballons qu'il portait à deux avec Toshio. Ce dernier regardait aussi son capitaine avec un drôle d'air, puis il eut un sourire :
- « On penserait que te trouver une copine te mettrait de meilleure humeur. Surtout qu'elle semblait bien embrasser… »
- « QUOI ? » hurlèrent Kojirô et Ken en même temps, le premier ne croyant pas que les nouvelles circulaient si vite, le second n'en croyant pas ses oreilles.
- « Le coach m'a envoyé te chercher, et j'ai assisté à une partie de la scène. Je me suis éclipsé et j'ai baratiné Kitazume comme quoi je ne te trouvais pas… »
- « Avec qui tu sors ? » demanda Ken qui s'était remis de sa crise cardiaque.
- « …. » L'envie de l'envoyer paître était tentante, mais comme de toute façon tout le monde allait être au courant, il finit par lâcher d'un ton grognon : « Izumi Yamashita… »
Ken s'arrêta brusquement, obligeant Toshio à se déboiter l'épaule pour rester en ligne.
- « Je ne te savais pas maso… »
- « …….. le premier qui mentionne Neeve a affaire à moi… » menaça Kojirô, qui se sentait assez mal sur le sujet pour qu'on n'en rajoute pas une couche.
- « Pourquoi pas ? » s'étonna Toshio. « Je meurs d'envie de la voir nettoyer nos vestiaires, moi… »
La remarque prit Kojirô de court. Il avait complètement oublié ce détail, mais il se doutait que ce n'était pas la chose à mentionner devant Neeve. Soudain, une poussée de colère le prit. Pourquoi est-ce qu'il se sentait coupable ? Il n'avait rien fait de mal, si ? Il sortait avec une fille que Neeve, sa demi-belle-sœur n'aimait pas… et alors ? Quand elle s'était entêtée à sortir avec l'abruti Colgate, il n'avait rien dit. C'était décidé, si elle venait lui chercher des poux, il la mettait au récurage de douche avec un coup de pied au cul… Non mais, et puis quoi encore ?
Encore une fois… le fait d'avoir pris une décision ferme sur le sujet soulagea Kojirô. Pleinement satisfait de lui-même, il s'assit sur un banc en attendant que ses coéquipiers finassassent leur douche. Il croisa les bras sur la poitrine et ferma les yeux. Une migraine commençait à pointer son nez et il n'aimait pas ça…. Il sentait qu'il n'était pas couché, avec Miss Amabilité sur le dos… Pour un peu, il se serait endormi, malgré le bruit ambiant. Kojirô eut un sursaut, se surprenant à dodeliner de la tête. Il commençait à s'inquiéter… Ce n'était pas normal d'avoir sommeil comme ça. Il se demandait si Shouta avait déjà les résultats de ses analyses.
Un peu rendu apathique par la tournure des événements, Kojirô se traîna vers le portail. L'équipe de foot le regardait en coin, puisque déjà la rumeur s'était répandue dans les vestiaires que Neeve allait bientôt venir faire le ménage. Les joueurs avaient beau être obtus, ils savaient encore faire un lien de cause à effet. Et s'ils étaient curieux de savoir « qui » ils étaient encore plus inquiets de savoir « comment ». Comment cela allait se passer.
En fait, il ne se passa rien. Du moins, rien entre Kojirô et Neeve, pour la simple et bonne raison qu'elle était partie sans lui. Chiyo annonça la nouvelle en envoyant un regard pénétrant à son cousin, qui aussitôt réagit. Il prit le sac de la jeune fille et lui fit un signe indéchiffrable pour tous, sauf pour elle, qui eut un reniflement. La complicité entre ses deux là aiguillonna encore plus le malaise général de Kojirô.
Cependant, la journée était loin d'être finie et d'autres rebondissements se préparaient. La première vague se présenta sous la forme de Miki et de Sayuri, les deux copines de Kazuki. Elles l'attendaient de pied ferme devant le portail. En les voyant, l'attaquant s'arrêta, grommela quelque chose, soupira à fendre l'âme et reprit son chemin.
- « KAZUKI ! » s'écria Miki en se jetant sur lui. « Il faut qu'on parle ! »
- « Miki, on n'a plus rien à se dire… » fit l'intéressé d'une voix lasse en se dégageant doucement.
- « Mais… MAIS ! Tu n'as pas le droit ! »
- « Pas le droit de casser avec toi ? J'aimerais bien voir ça ! »
- « Mais pourquoi ? »
- « Parce que je ne t'aime pas. »
- « Et alors ? Ce n'est pas nouveau ça ! »
- « Pour moi, si. J'ai réalisé à quel point notre relation était creuse. »
- « Mais je t'aime moi ! »
- « Et ben pas moi. » Kazuki commençait à s'énerver. Tout le monde regardait la scène avec stupéfaction, les footeux comme le reste des élèves qui rentraient chez eux après avoir terminé leurs activités de club. Gêné d'être le point de mire de tous, Sorimachi voulait en finir. Miki se mit à geindre et tenta encore de s'accrocher à lui. Cette fois, il se libéra plus brusquement. « Tu veux que je te dise ? J'en ai ma claque de te voir t'accrocher à moi comme ça, en me reprochant d'être moi-même, tout en me disant que tu m'aimes. C'est de l'hypocrisie mentale ! »
- « Roo, ça fait, les grands mots. C'est toi l'hypocrite ! Avant, cela ne té dérangeait pas de sortir avec moi-même si tu ne m'aimais pas. »
- « Tu as toujours eu un cœur de pierre. » coupa brusquement Sayuri. « Alors, tes excuses comme quoi tu réalises à quel point ce que tu me ou lui faisais était mal, ça me fait rigoler… Parce que je me suis renseignée… tu as cassé avec toutes, je dis bien toutes, tes conquêtes. »
- « Sayuri, Miki… » Kazuki était à bout. Ken et Kojirô découvraient une nouvelle facette de leur ami. Après tout, ils n'avaient jamais su comment il se comportait avec ses copines seul à seule. « … vous me faites chier… Vous voulez savoir ? Je ne vous aime pas, je ne vous aimerai jamais et je ne vous ai jamais aimé. Vous êtes jolies et sympa, mais vous n'êtes pas plus que ça. Je me suis amusé avec vous, et ça vous le saviez, c'est même vous qui vouliez que je m'amuse avec vous. Et maintenant, j'en ai marre. Vous ne m'amusez plus. Alors…. Cassez-vous ! »
Ah. C'était nouveau ça. Un Kazuki mode Kojirô. Décidément, le Tigre avait mauvaise influence sur son entourage. Et le changement n'était pas du goût des jeunes filles. Sayuri s'avança la première et gifla assez violement Kazuki, qui se laissa faire. Encore plus étonnant, il encaissa sans broncher la claque de Miki. Les deux filles, ennemies depuis toujours, s'éloignèrent bras dessus-dessous en silence, tandis que l'avant-centre se massait la joue d'un air complètement amorphe. Sans rompre le silence, il s'éloigna et tourna le coin de la rue sans que personne ne bougeât.
- « Pff, vous faites forts ! » Chiyo cassa l'atmosphère lourde en parlant à haute voix. « Ken, on y va. Je ne veux pas être contaminée par la connerie ambiante. » Et cette fois, elle fixa clairement Kojirô. Comme si c'était sa faute si Kazuki pétait les boulons et cassait avec toutes ses copines ! Attendez… ce n'était pas péter les boulons, ça, c'était en visser un à la bonne place ! Alors qu'est-ce qu'elle venait lui courir sur le haricot ?
Kojirô s'apprêtait à la reprendre de volée. Entre elle et Emi, il en avait un peu marre du Neeve fan club, ou du « Le Tigre est un con » fan club. Sauf que Ken s'interposa et lui fit comprendre qu'il y avait une limite à ne pas dépasser. Comme si elle, elle y faisait attention à sa limite à lui !
- « Rentre chez toi, capitaine. Tu as mauvaise mine. »
Puis il prit sa cousine par les épaules, la fit pivoter et la poussa un peu de force hors du lycée.
Kojirô serra les dents et les poings et fit volte face à toute allure. Il marchait droit devant, très énervé et tous se déplaçaient devant lui. Il renâcla et rumina de sombres pensées pendant les sept minutes que lui prit le chemin du retour. Neeve allait l'entendre. Il ne lui avait pas donné la permission de rentrer seule. Espèce de sale petite peste ! Il avait donné sa parole à sa mère que plus rien ne lui arriverait, et voilà que Mademoiselle se prenait des libertés soudaines !
Penalty arriva à fond la caisse et lui sauta dessus. Le chien commençait à faire son poids et le footballeur chancela un peu. Le jeune homme empoigna l'animal par le cou et enfouit son visage dans la fourrure, cherchant dans le contact un peu de réconfort. Bien sûr, Penalty se laissa faire, avide de câlins qu'il était. Il fut presque mécontent quand Kojirô s'écarta avec une dernière caresse… Le tigre se sentait d'attaque pour affronter cette peste de Neeve.
Sauf que rien ne se passa comme prévu. Alors qu'il bifurquait dans le palier, Shouta l'appela. C'était étrange que le médecin soit déjà de retour. Cela aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Mais Kojirô soupira et descendit vers le salon, puis vers la nouvelle chambre d'ami. Là encore… pourquoi diable aller s'enfermer dans une chambre d'ami ?
- « Kojirô-kun… Je vais sûrement empiéter sur ta sacro-sainte liberté et indépendance et habitude de te débrouiller tout seul… Mais là, je vais jouer mon rôle de beau-père et de médecin. Alors tu t'assoies et tu réponds à mes questions. »
Ou comment prendre un Tigre déjà irrité à rebrousse-poil…
- « Hé ho--. »
- « Est-ce que tu te drogues ? De quelque manière que ce soit ? »
- « HEIIIIIIN ? NON MAIS ÇA VA PAS ? »
- « Ne hurle pas ! Oui ou non ? »
- « NON ! » Kojirô se leva et voulut partir, mais Shouta le retint et le repoussa violemment vers le lit, sur lequel le jeune homme s'étala.
- « ASSIS ! » La voix claqua et Kojirô eut un aperçu de Shouta en colère, et pour la première fois depuis bien longtemps, il goûta à cette chose bizarre appelée « autorité paternelle. » Il n'était pas sûr d'aimer ça. Shouta prit une inspiration et reprit plus doucement. « Laisse tomber le côté beau-père, imagine que je suis juste un docteur. »
- « Pourquoi ? »
- « Parce que tes analyses montrent des anomalies. »
- « Ben ce n'est pas de la drogue. » grommela Kojirô en se relevant et en s'asseyant sur le coin du lit. Shouta s'installa en face, dans la chaise en bois. « Je n'ai jamais fumé ou snifé ou piquousé. Même pas une cigarette. Je jure !»
- « Je vois… et l'alcool ? »
- « … une bière de temps à autre. Rien de méchant. » Soudain, Kojirô se rappela la fête du week-end dernier. Mince, c'était déjà mercredi… Trois jours envolés… « En fait… » commença-t-il avant de s'interrompre. Non pas peur de Shouta mais pour chercher ses mots. Le chirurgien en face le regarda, attendant calmement. « Samedi soir, j'ai bu… trois bières peut-être… et pourtant, j'avais la gueule de bois… et un trou noir… mais je suis certain de ne pas avoir tant bu que ça ! » Ses limites face à l'alcool, il les connaissait depuis la fête du premier de l'an, quand Rai et lui avaient bu comme des trous. Il s'était saoulé jusqu'à en vomir presque, mais jamais il n'avait eu de perte de mémoire. Et une gueule de bois comme celle qu'il avait eu.
- « De la bière, dis-tu ? Tu te souviens quelle marque ? »
- « Non. Un truc pas cher. Une bouteille verte. »
- « Donc, 90 des bières… » Shouta se frotta le menton et consulta ses notes avec une moue. « Et ces trous de mémoires, tu en a déjà eu auparavant ? »
- « Non. »
- « Est-ce que tu as mangé quelque chose de particulier les vingt-quatre heures avant samedi ? »
- « …………………………. Peut-être………….. » Il mangeait beaucoup de choses, mine de rien…
- « Je pense que tu as joué de malchance. En fait, tu es mal foutu. »
- « Comment ça ? »
Shouta eut un gloussement.
- « Je pense que tu es naturellement peu tolérant à l'alcool. Tu ne le sais peut-être pas, mais l'alcool est essentiellement de l'éthanol. Cette molécule a des effets psychotropes, c'est-à-dire qu'elle agit sur le système nerveux. Entre eux, cela permet de construire une résistance à l'alcool. Dans ton cas, ton corps rejette tout simplement l'alcool. On dit que tu ne « tient pas l'alcool » mais tu auras beau en boire des tonneaux, jamais tu ne construiras une résistance. Pour une bonne raison-- »
- « Hein ? »
- « En gros, le moindre verre et c'est fini pour toi. Comme tu ne bois que rarement et que tu fais beaucoup de sport, tu élimines facilement l'alcool. Tu n'as jamais été vraiment ivre. Mais ce n'est pas le problème principal--.»
- « En fait… si… » avoua-t-il d'une voix blanche. Sous l'œil scrutateur de son beau-père, il finit par expliquer ce qui c'était vraiment passé lors du réveillon.
- « Je vois… ceci n'invalide pas ma théorie. Comme tu n'as pas l'habitude, tu n'as pas vu la différence et--. »
- « Mais pourquoi je n'ai pas fait de perte de mémoire alors ? »
- « Parce que tu n'avais pas de réaction allergique à ce moment. »
- « Hein ? »
- « L'alcool multiplie le taux d'histamine par cent dans l'organisme. L'histamine est une moécule présente dans les problèmes d'allergie. Il suffit que ton corps dégrade naturellement mal l'histamine, et boum… Tu as sûrement un problème d'assimilation d'histamine. Ce que tu as pris pour une gueule de bois était la réaction allergique. »
- « Mais pourquoi est-ce que je n'ai pas fait de réaction avant ? »
- « Peut-être parce que ton corps a su gérer l'afflux d'histamine. Comme je te l'ai dit… ton métabolisme est à bout. Tu as des carences ou des surplus un peu partout. Tu es mal foutu. »
- « Super… » Le silence retomba. « Et maintenant ? »
- « Maintenant… plus d'alcool pour toi. Une alimentation saine et équilibrée. Une bonne piqure d'antihistamique. Du repos. Un mois --. »
- « Mais maintenant que nous savons ce que c'est, ce n'est pas la peine de--. »
- « On a peut-être trouvé les effets, mais la cause reste la même. Si ton corps n'avait pas été aussi fatigué, il n'y aurait pas eu de réaction allergique. Donc un moins de repos et on va te donner du chrome.»
- « Du chrome ? »
- « Une carence en chrome est dure à détecter, mais elle se traduit notamment par une augmentation de production d'insuline. Impact direct sur la glycémie. Et tu présentes un déséquilibre en glucose. Fini le coca et les douceurs. Parce que, tu vois, une carence en chrome réduit aussi la résistance à l'histamine. »
- « Génial… »
- « Allons, allons… je vais juste faire passer une note à ta mère et Neeve pour que tu suives un régime alimentaire précis. Tu vas devoir manger des carottes… et par contre… plus d'ananas…»
Shouta continua encore un peu, mais Kojirô n'écoutait plus. Il était délesté d'un poids immense. Il allait bien. Rien de grave. Juste lever la pédale sur le sport, manger des trucs bizarres et faire attention plus tard. Ouf…
Du coup, il en oublia Neeve. Il monta dans sa chambre, s'attela à faire ses devoirs et fit une promenade avec Takeru et Penalty juste avant le dîner. Le petit garçon avait décidé de prendre des cours de dressage avec Shouta pour éduquer le chien. Kojirô ne dit rien et sourit devant la joie du gamin à faire des « trucs » avec son père. Plus le footballeur connaissait Shouta, plus il devait admettre que ce type était plutôt passable pour un beau-père. Ce qui le titillait un peu. Le détester aurait été plus facile à admettre…
Ce ne fut qu'en passant à table qu'il réalisa qu'il n'avait toujours pas parlé à Neeve. Il n'avait pas l'intention de s'excuser ou même de changer d'avis, mais de lui faire comprendre qu'il ne sortait pas avec Izumi juste pour l'embêter. D'accord, la haine palpable de sa sœur avait été un levier de son intérêt pour la jeune fille, mais c'était tout. Il avait appris à la découvrir et à l'apprécier pour ce qu'elle était, indépendamment de tout autre jugement.
Il la regarda passer devant lui et s'asseoir entre Takeru et Natsuko. Elle ne semblait pas plus en colère que ça mais avec elle, c'était toujours difficile à dire. Shouta annonça à la famille que Kojirô allait devoir suivre un régime alimentaire spécial et que si possible, tout le monde allait le suivre. Neeve haussa un sourcil, dévisagea Kojirô et retourna à son assiette.
- « Hé, Neeve ! » appela-t-il. « Passe-moi le plat. »
- « … » Elle s'exécuta en silence.
- « Tu vas me faire la tête, c'est ça ? »
- « Oui. » Pour une fois qu'elle ne mentait pas…
- « Quoi ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire encore ? » gronda Shouta.
- « Il y a qu'il sort avec une fille. » déclara Neeve d'une voix bien trop posée.
- « … et c'est un problème ? » On sentait bien que le père était amusé autant qu'il était décontenancé par cette sortie.
- « Oui. »
- « Et quel est le problème avec Izumi ? » attaqua Kojirô.
- « Elle n'est pas pour toi. »
- « Madame Soleil fait de l'astrologie, maintenant ? »
- « Non de la psychologie. Cette fille est folle. »
- « Neeve, je t'interdis de traiter la petite amie de Kojirô de folle ! » réprimanda Shouta.
- « Izumi Yamashita est folle à lier. Et tu ne peux pas m'empêcher de le dire. C'est contraire à ma liberté d'expression ! »
- « Peut-être… Mais je peux t'empêcher de sortir avec tes amies si tu ne te conduis pas correctement avec cette Izumi. »
- « Je n'aurais pas à me conduire correctement ou pas… Je ne la calcule même pas. »
- « Très bien, le sujet est réglé. » fit Kojirô brusquement. « Mais ne va pas me faire une crisette quand tu la trouveras ici. »
- « !! Elle va venir ici ? »
- « Ben oui, c'est ma copine ! »
- « Mais c'est chez moi ici ! »
- « Et c'est chez moi aussi ici. Je n'ai rien dit quand tu m'as imposé l'autre abruti Colgate ! »
- « Ah, en fait c'est ça ! Tu sors avec elle juste pour me rendre la pareille, hein ? »
- « Hase, tu n'es pas le centre du monde. Je sors avec Izumi parce que je l'apprécie. Ça n'a rien à voir avec toi. »
- « Tu ne la connais même pas ! »
- « Mais qu'est-ce que cela peut te faire ? Avec qui je sors ou je ne sors pas ? »
Neeve ouvrit la bouche pour répliquer mais ravala ce qu'elle allait dire. Puis elle explosa :
- « Mais vis ta vie ! Je m'en fous après tout, si tu aimes sortir avec les schizophrènes ! Après tout, tu en es un bien, toi aussi ! »
- « QUOI ENCORE ? »
- « Tu m'excuseras, mais aller foutre un autre cocard à Shun juste parce qu'il sort avec une abrutie… »
Mince, elle était au courant. Et cette saleté venait de faire exprès de le sortir devant les parents. Keiko et Shouta échangèrent un regard qui ne présageait rien de bon. Aussi prit-il les devants :
- « Très bien. Si pour toi, se faire du souci pour ton bien-être et ta sécurité, c'est être schizo… je m'empresse de retourner à la réalité. Tu as décidé de ne pas m'obéir et de rentrer de cours toute seule. Parfait. La prochaine fois que tu te fais agresser, tu iras voir ailleurs si j'y suis ! » Là, il réussit à clouer le bec à la jeune fille. Et il fit le coup du chapeau « Par contre, il y a un endroit où tu iras, c'est les vestiaires. Tu as promis de frotter-- »
- « Espèce de sale --. »
- « NEEVE ! KOJIRO ! Montez dans vos chambres immédiatement ! » coupa soudain Keiko. « J'en ai marre de vos disputes. »
Voir la douce et aimante Keiko en colère rendit les deux adolescents penauds. Chacun baissa la tête et s'excusa avant d'obéir. Neeve passa derrière Kojirô et il pouvait sentir ses regards meurtriers dans sa nuque. Il avait envie de se retourner pour lui mettre une gifle autant que pour… pas s'excuser mais….
- « Neeve, ôte-moi d'un doute… Tu m'en veux parce que je sors avec Izumi, ou parce que je sors avec une fille tout court. »
- « Crétin ! Tu peux bien t'envoyer en l'air avec qui tu veux. Yamashita n'est pas une fille, c'est un déchet de l'humanité, tu fais dans la zoologie avec elle. »
- « … mieux vaut elle que toi… »
Seul le bruit d'une porte qui claquait très fort lui répondit.
Plus tard dans la soirée, il reçut la visite de sa mère. Kojirô eut la pensée folle de se jeter par la fenêtre pour échapper à la conversation qui se dessinait. La tête seule de sa mère suffit à le désespérer.
- « Maman, je ne suis vraiment pas d'humeur à me faire passer un savon--. »
- « Je m'en fous un peu, tu sais. C'est ça l'avantage d'être le parent. Les états d'âmes de ses enfants, on a tendance à les écraser. »
- « Ce n'est pas un état d'âme. Je suis vraiment désolé de vous avoir imposé ça, mais c'est Neeve qui a amené le sujet sur le tapis. J'avais bien l'intention de régler ça entre nous. »
- « Garde ta salive, je ne prendrai pas position et je ne jouerai pas l'arbitre dans vos querelles--. »
- « Maman, ce n'est pas ça ! Elle me fait la tête parce que je sors avec une fille qu'elle n'aime pas ! C'est tout, c'est elle la gamine. Que dois-je faire ? Rompre parce que Mademoiselle n'est pas contente ? »
- « Elle pleure, tu sais... »
- « Dis-moi plutôt quand elle ne pleure pas. » ronchonna Kojirô en ressentant toutefois un coup au cœur. « Mais pourquoi elle pleure ? »
- « A mon avis, elle est jalouse. »
- « ……De quoi ?... »
- « Hum…. J'aurais envie de dire que si tu ne le sais pas, alors tu n'es pas digne de le savoir, mais je vais tenter de t'expliquer. »
- « C'est bien gentil ça… » L'ironie était coupée par la fatigue. « Promets-moi de me faire un petit frère. Je ne veux pas de troisième sœur ! »
- « Shouta et moi avons fait ce que nous avons pu à ce sujet. »
Kojirô regarda sa mère s'installer confortablement à la tête de son lit. Son ventre s'arrondissait vraiment, mais elle était en pleine forme.
- « Tu étais déjà aussi grosse pour Takeru ? » demanda Kojirô en fronçant les sourcils.
- « Un peu moins, mais cela va être un gros bébé. »
- « Tu ne me fais pas des jumeaux, hein ? »
- « Il n'y a pas de cas de jumeaux dans notre famille ou celle de Shouta, pour autant qu'il en sache. Et arrête de détourner le sujet.» Kojirô marmotta dans sa barbe. « Donc, Neeve pleure parce qu'elle est jalouse. Non pas de la fille, mais de toi. »
- « Hein ? »
- « Si tu m'interromps, cela ne va pas être facile. Contente-toi d'écouter. » Marmottement. « Elle est aussi jalouse de la fille, mais pas parce que c'est cette fille. Juste parce que tu as une copine. Vois-tu, Neeve t'aime vraiment beaucoup. Elle commence tout juste à te voir comme un grand frère. En fait, elle aime bien se faire protéger par son grand costaud de frère. Mais voilà que tu te trouves une petite amie. Du coup, tu n'es plus un grand frère, tu lui jettes en pleine figure que tu es un garçon. »
- « Mais j'ai toujours été un garçon ! »
- « Tsss… tu ne comprendras jamais rien. »
- « Maiiiis eeeeeuh, Maaaaamaaaaaan ! »
- « Parle-moi plutôt de ta nouvelle petite amie. »
- « … qu'est-ce que tu veux savoir ? » grommela-t-il. Non seulement venait-il de se faire moucher, mais en plus, elle fouinait.
- « Elle est jolie ? »
- « Plutôt. Elle a surtout un petit caractère. Elle m'a donné une taloche ! »
- « Tu devais sûrement la mériter. »
- « Je n'avais fait que manger son hamburger ! » protesta Kojirô avant de réaliser qu'il se coulait tout seul.
- « Ma foi, en voilà, une technique de drague originale… Tu es sûre qu'elle veut sortir avec toi, ou est-ce qu'elle essayait seulement de récupérer son hamburger ! »
- « MAMAN ! »
- « Allons, mon chéri. Je ne suis pas née de la dernière pluie, je me doute que vous vous embrassez. Elle embrasse bien ? »
- « MAMAN ! »
- « Tu me la présenteras ? »
- « Non, tu vas me donner honte, à lui poser des questions débiles. »
- « Penses-tu… je pencherais plus vers lui montrer les photos de toi bébé. Tu sais, celles faites chez grand-mère, quand tes cousins t'avaient habillé en fille… »
- « MAAAAAAMAAAAAN ! » C'est qu'elle en était capable. « Je dois finir mes devoirs… »
- « En gros, casse-toi ? »
- « OUIIIII ! » rugit-il. Pourquoi ne pouvait-il pas avoir une mère normale qui viendrait lui briser les coui…pieds parce qu'il sortait avec une fille ? Et non pas savoir si elle embrassait bien….
Jeudi matin… D'habitude, Kojirô aimait bien les jeudis. Il avait toujours eu des cours sympa le jeudi. Mais il n'était pas sûr qu'il allait aimer ce jeudi. Déjà, rien qu'en se levant, il sut que cela serait un jour bizarre. Il pleuvait et faisait gris, pourtant, il faisait une chaleur étouffante et ce dès 07.00… Fin mai était peut-être la saison des pluies, mais ce temps tapait sur le système. Kojirô s'était réveillé plus tard que d'habitude. Kitazume l'avait dispensé de venir aux entraînements du matin. Déjà qu'un Tigre n'était pas normalement de bonne humeur, alors un Tigre frustré… Mieux valait le tenir éloigné de la pelouse. L'équipe devrait déjà supporter ses emportements et ses nerfs durant l'après-midi. Aussi put-il dormir plus longtemps et se contenter d'un petit jogging en distribuant les journaux.
Quand il revint à la maison, Neeve était déjà partie. Maintenant que l'équipe de basket des filles avait été créee, elle devait s'entraîner matin et soir. Mais… chose touchante… elle lui avait préparé son bentô. Elle ne lui faisait donc pas totalement la tronche. Ceci dit, il n'avait pas besoin d'ouvrir la boite pour savoir qu'elle y avait mit plein de carottes. Il haussa les épaules, prit ses affaires et pour la première fois depuis bien longtemps, accompagna ses frères à leur école primaire. La ballade fut courte mais lui remonta le moral. Il était tellement perdu dans ses pensées qu'il ne remarqua pas tout de suite l'agitation autour de lui. Ses pas l'avaient mené par habitude vers le lycée, traversant la grande cour jusqu'à son casier. Ken et Kazuki étaient encore à l'entraînement et ce ne fut que lorsqu'il se retourna pour envoyer une vanne à… personne… qu'il réalisa qu'il était seul.
De toute sa vie au collège et au lycée, il n'avait jamais été seul. Constamment entouré par Sorimachi et Wakashimazu, ou Sawada, ou un autre joueur. C'était fou ce qu'on se sentait nu quand on était seul. Les chuchotis se taisaient quand il fixait un groupe, mais dès qu'il se détournait, les murmures reprenaient. Très détaché, il se dirigea vers les escaliers.
Pour encore s'arrêter. Un peu plus loin devant lui, Izumi. Cette dernière ne l'avait pas vu, tournée de profil comme elle l'était. Il eut un petit sourire. Sa petite amie. La sienne. Celle qu'il avait choisie. En général, il s'était plutôt laissé faire par les filles, Hikari comme celles d'avant. Elles étaient mignonnes et se pendaient à son cou. Ils les laissaient faire et comme on pouvait s'y attendre, au bout de trois-quatre jours, il en avait marre, et il les envoyait voler. Toutes, sauf Hikari, mais principalement parce qu'elle ne se l'était jamais jouée collante. Izumi était la première fille pour qui il avait un vrai intérêt… Et soudain il réalisa qu'il n'avait jamais eu de vraie relation auparavant… et donc aucune idée de ce qu'il devait faire. Merde, où était Kazuki quand on avait besoin de lui.
Allons bon ! Une fille de cinquante kilos ne pouvait pas être plus effrayante qu'une équipe de foot, et même là, Kojirô n'avait jamais eu peur. Il redressa les épaules et se passa la main dans les cheveux qu'il n'avait pas coiffés, comme d'habitude.
- « Salut ! »
Les filles avec qui Izumi papotaient le regardèrent avec des yeux de veaux et Izumi rougit profondément.
- « Ah… oui… salut…. »
Les filles s'éclipsèrent et Izumi resta plantée là, à regarder ses chaussures….
Ben quoi encore ? C'était quoi cette attitude ?
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