Bon, ben… ma bêta lectrice est très occupée… Et après elle part en vacances. Donc je vais me lancer, sans corrections ou commentaires… Il est presque certain que les quelques chapitres publiés sans la relecture de Kiito/Nix seront corrigés/modifiés plus tard, quand elle sera disponible. Vous vous le ferez savoir !

Edit du 30 juillet : corrections faites !

Allez, bonne lecture !

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Chapitre 49 – Vouloir, c'est pouvoir

- « ……. »

- « ……. »

- « Tu te décides à me regarder ou je te plante là ? » gronda Kojirô. Izumi tressaillit et leva la tête lentement, tentant encore une fois d'éviter son regard. Le buteur souffla. Les filles… toutes les mêmes… on aurait dit Neeve qui a fait une bêtise et qui ne voulait pas l'admettre parce qu'elle avait trop peur de la punition. Alors, il lui attrapa le menton et força sa petite amie à lui faire face.

- « Hyûga--. »

- « Kojirô. »

- « Hein ? »

- « Je veux que tu m'appelles Kojirô. » Il espérait que ce geste la mettrait en confiance. Et puis, elle prononçait Hyûga comme Neeve le faisait avant qu'il ne la poussât à changer, et il n'avait pas envie de se rappeler Neeve à chaque fois qu'il parlait avec sa copine.

- « … alors tu étais sérieux ? »

- « En général, je suis un mec sérieux, tu sais. »

- « Sauf quand tu bois. »

- « Non. Je suis allergique à l'alcool, c'est tout. » Izumi le regarda avec des grands yeux, essayant de savoir s'il était sérieux ou s'il rigolait. « Tu pensais que j'allais changer d'avis et te dire d'aller voir ailleurs ? »

- « Un peu, sauf que je m'imaginais que tu allais plus m'ignorer que me dire quelque chose… Après tout, tu as passé la soirée avec Neeve, et je sais qu'elle a dû te faire un scandale… Rien ne me dit que tu n'as pas cédé. »

- « Je ne cède à aucun chantage, monétaire ou affectif. Surtout venant de Neeve. »

- « Pourquoi ? »

- « C'est une fille et une sœur. Je suis doublement immunisé. »

- « Tu la vois donc vraiment comme ta sœur ? »

- « Ben, comment veux-tu que je la vois autrement ? » Petite voix dans la tête qui envoyait des images suggestives… Ahrem. « Tu es jalouse ? »

- « Terriblement. Tu regardes une autre fille que moi et je t'arrache les yeux… et ceux de la fille. »

- « Je ne regarde pas les filles. »

- « Et moi, je suis quoi ? Une statue ou un buisson ? »

- « Nan, toi tu es ma copine. »

Izumi sourit, un peu gênée, très heureuse et extrêmement victorieuse… puis :

- « Aïe. »

- « Quoi, aïe ? »

- « Je vais avoir ton fan club sur le dos. » D'un coup de tête, elle indiqua un groupe de filles qui les contemplait. Certaines avaient l'air estomaqué, d'autres sur le point de fondre en pleurs, mais toutes semblaient furieuses. Après tout, leur chouchou était bien près d'une fille qui n'appartenait pas à la « brigade du Tigre »… Cette fille, cette Izumi, n'avait pas le droit de faire ça et elle allait le payer…

- « Bah, je vais te protéger. »

- « Tu as intérêt, sinon, il va te falloir une nouvelle copine. »

- « Ah, non, c'est bien trop chiant ! »

- « Comment ça ? »

- « Les examens de sélection. J'en ai trouvé une, je la garde. »

- « … je ne sais pas si je dois être vexée ou heureuse de cette déclaration. »

- « Pendant que tu y réfléchis… je vais mettre les choses au point… » chuchota Kojirô en se baissant vers elle.

- « De quoi tu p--huuuum »

Il s'était penché, et l'avait enlacée pour l'embrasser. Pas une grosse bavouille de baiser comme certains couples aimaient la pratiquer en public – au plus grand dégoût dudit public - mais tout de même un baiser qui en disait long sur la nature de leur relation. Izumi fondit et l'échange manqua de partir en direction de la bavouille suscitée. Kojirô eut alors une pensée reconnaissante pour Hikari, qui lui avait appris à si bien embrasser. L'évocation de son ancien amour ramena Kojirô à la réalité, évitant la bavouille de peu. Non seulement il ne voulait pas penser à cette fille en de pareilles conditions, mais il devait aussi considérer un fait nouveau : l'image d'Hikari n'apportait ni colère ni peine. Plus rien, si ce n'était une note d'amusement et de fierté quant à leur relation. Il avait tourné la page.

Ceci conforta encore plus le footballeur sur le fait qu'il avait vraiment raison de sortir avec Izumi. Ce n'était pas un pis-aller, une relation pour « tenter le coup » ou « voir s'il était capable de ». Il éprouvait réellement quelque chose pour la jeune fille qui lui souriait presque – carrément – bêtement. Il était certain qu'à ce point, elle n'était pas l'amour de sa vie, mais les choses commençaient bien. Une bonne base était primordiale.

- « Allez, je t'accompagne. Histoire de savoir où te chercher quand j'aurai besoin de toi ! » lança-t-il en marchant en direction des escaliers. Il avait anglais en première heure, et il se devait d'être en classe avant le début des cours.

- « A219. »

- « … cela me dit quelque chose… »

- « J'espère bien. Tu y as laissé une impression indélébile, le jour de la Saint Valentin. »

- « … AH ! La classe de la pétasse ! »

- « Exact. »

- « Mais c'était l'année dernière ça ! Comment peux-tu sa--. »

- « Une histoire comme ça n'est pas prête d'être oubliée. »

- « Ah. »

- « … Et je préfère te le dire tout de suite, avant que quelqu'un ne te le dise… » Kojirô ne dit rien, se contentant d'écouter, parce qu'il n'avait aucune idée de ce qu'elle allait lui dire, même s'il avait une idée précise sur le « quelqu'un. » Une certaine petite châtain dont le nom commençait avec un « N ». « Je suis en classe avec Chiyo Wakashimazu. »

- « Ah. Et ? »

- « … … Wakashimazu n'a pas une très haute opinion de moi. »

- « Neeve l'a montée contre toi ? »

- « Elle a essayé en tout cas. »

- « Ben, on s'en fout non ? »

- « Oui, mais je ne veux pas poser de probl--. »

- « Notre relation va poser des problèmes à beaucoup de personnes et je ne me soucie pas une seconde d'elles… D'aucune d'entre elle. »

- « Et Neeve ? »

- « Neeve peut aller voir ailleurs si j'y suis. J'ai le droit de sortir avec qui je veux. »

- « Mais tu ne sors pas avec moi juste parce que--. »

- « Un mot de plus et je te largue pour cause de stupidité avancée. »

- « On t'a déjà dit que tu étais direct toi… » grommela Izumi.

- « Oui, cela fait partie de mon charme. »

- « Mais bien sûr ! » ironisa-t-elle.

- « Quoi ? Tu ne me trouves pas charmant ? » Et toc, une petite démonstration d'œil de cocker Hyûgaesque.

- « Non, tu as l'air débile comme ça. Refais cette tête et c'est moi qui te largue, pour cause de crétinisme aveuglé. »

- « Ah. » Beuh, pourquoi ça ne marchait pas ? A moins qu'elle ne soit plus résistante que les autres ? « Tu as un frère ? »

- « Deux. Un grand et un petit. Je suis totalement immunisée. » Elle se redressa sur la pointe des pieds et lui fit une légère bise au coin des lèvres. « Allez, va en cours. »

- « … Est-ce que tu viens de me tapoter les fesses ? »

- « Hum ? Oui. Je faisais de la provocation… » Et elle désigna du même geste de la tête le même groupe de filles qui les avait suivis.

- « Ce n'est pas très malin ça. »

- « Mais c'était trop tentant ! »

- « Quoi ? Me toucher les fesses ou les faire enrager ? »

Izumi eut un petit sourire satisfait et disparut dans sa salle, laissant Kojirô seul à son fan club. Horreur ! Fuyons ! Mais alors qu'il allait tourner les talons, il s'arrêta et courut après Izumi et la rattrapa.

- « Un coureur de jupons qui largue toutes ses conquêtes comme, ça, sans vraie raison, ça veut dire quoi ? »

- « Que Sorimachi-san est amoureux. »

- « Comment est-ce que… »

- « Enfin, c'est évident. Va en cours. »

- « N'en profite pas pour me retoucher les fesses. »

- « Trop tard. »

En effet. Mais Kojirô eut un sourire de vaurien et murmura à sa nouvelle copine :

- « Et si je te faisais pareil ? »

- « Tu te ferais coller par mon prof qui arrive. »

- « HEIN ? »

Kojirô s'engagea dans les escaliers comme une fusée. Il avait un étage à descendre et trois couloirs à s'avaler avant d'être dans sa classe. Il répéta la manœuvre de la glissade et, à sa surprise, réalisa que le Morse n'était pas encore là.

- « Dites-moi qu'il est malade ! »

- « On ne sait pas… On attend… » fit Ken en le saluant. « Ça va, toi ? »

Le sourire goguenard était on ne peut plus explicite.

- « Ouais. Et toi ? »

- « Hum… Intéressant, l'entraînement du matin maintenant que tu n'es pas là pour nous gueuler dessus. Et Neeve ? »

- « Quoi Neeve ? »

- « Elle va comment ? »

- « Je ne sais pas et je m'en fous. »

- « Elle te fait la tête ? »

- « Oui. C'était à prévoir. »

- « On se demande pourquoi. »

- « Et ça veut dire quoi, ça ? » rétorqua Kojirô assez violemment.

- « Cela veut dire, capitaine, » commença Ken en levant les mains comme pour calmer une colère grandissante, « cela veut dire que ma cousine n'aime pas cette fille. Je ne veux pas savoir si c'est à cause de Neeve ou pas, mais entre Chiyo, Neeve et toi, je me retrouve au milieu et je ne veux pas prendre partie ! »

- « On ne te demande pas de prendre partie. C'est MA copine, c'est à MOI qu'elle doit plaire. Je te demande juste de ne pas lui tirer la tête sans la connaître. »

- « Tu sais bien que je ne fais jamais ça. »

Il y eut un silence entre les deux, qui se jugèrent du regard. Enfin, Kojirô s'éclaircit la gorge.

- « Ouais, bon… »

- « En tout cas, tu as bon goût. Elle est mignonne. » Venant de Ken, cela revenait à une acceptation d'Izumi. Le buteur fut soulagé. Ken n'était pas monté contre sa copine, il était même prêt à lui laisser sa chance.

- « En parlant de mauvais goût… » il se pencha pour chuchoter et Ken l'imita. « … tu sais ce qui se passe avec Kazuki ? »

- « Pas vraiment. » Le goal murmurait aussi. « Mais il a vraiment cassé avec toutes ses copines, mêmes celles des autres lycées. »

- « Ah ouais…. » Kojirô jeta un coup d'œil vers Sorimachi. Ce dernier était tourné vers Akira et les deux garçons feuilletaient le manuel d'anglais, apparemment ennuyés jusqu'au tréfonds de ce manque d'action. « Izumi pense qu'il est amoureux. »

- « Izumi pense qu'il est amoureux ? Vous en êtes déjà là ? A vous parler de ce genre de choses ? »

- « Hein ? »

- « …. Laisse tomber, Kojirô. Tu es vraiment un spécimen… » Ken rigola en silence en regardant son capitaine d'un air à la fois désabusé, dégoûté et admiratif.

- « Si Neeve ou Ayame avaient été dans le coin, je leur aurais posé la question à elles. Elles semblent pouvoir lire dans les motivations des garçons si facilement. »

- « Ayame surtout. Elle est d'accord avec le diagnostic. » fit Ken avec un sourire en biais.

- « Comment tu sais ça, toi ? »

- « Et comment veux-tu que je sache qu'il a cassé avec toutes ses copines comme ça ? J'ai appelé Miss Ragot, c'est tout. »

- « J'ai du mal à imaginer Ayame en Miss Ragot. »

- « Elle ne l'est pas vraiment, mais elle sait toujours tout sur tout. Donc, oui, Kazuki est amoureux. »

- « Reste à savoir de qui. »

- « Pourquoi ? »

- « Pour l'aider. »

Ken avala son oxygène de travers et partit en quinte de toux entrecoupée de rires.

- « Attends… toi ! TOI ! TOI qui viens de te trouver une vraie petite copine de toute ta vie … tu veux aider Kazuki, le playboy, dans son histoire d'amour ? »

- « Exactement. » Kojirô regarda Ken avec morgue. « Je prends très mal ton insinuation. Je te signale que, de nous trois, c'est moi le premier à m'être trouvé une véritable petite amie. » Le gardien ouvrit la bouche --. « Ne me dis pas que tout ce cortège de pseudo copines donne à Kazuki une vision réelle de l'amour. » Mouché, Ken ferma la bouche.

- « Je n'arrive pas à y croire. »

- « Quoi ? »

- « Je suis doublement ébahi ! »

- « QUOI ? »

- « Tu as raison sur les deux points : c'est bien toi le premier à t'être trouvé une vraie copine, et sur le fait que Kazuki ignore tout de l'amour. »

- « J'ai toujours raison. »

Ken éternua, mais dans le « atchoum », il y avait comme un « Neeve » dissimulé, ce qui donnait un « atchneevoum » qui fit rire Kojirô. Et comme il n'était pas du genre discret, ses voisins de table reportèrent leur attention volage vers lui.

- « Qu'est-ce qu'il y a de si drôle, bro ? » demanda Rai en s'étirant.

- « Rien, c'est Ken qui est con. »

- « Ah… allez, pour de vrai ? »

- « Quoi, tu ne me crois pas ? »

- « Ken n'est pas con et s'il l'était, cela devrait plutôt te faire pleurer, puisque c'est toi le meilleur ami… » Et paf ! Ce fut au tour de Ken de se moquer gentiment de son capitaine.

- « En fait… » commença le goal… « la chose la plus drôle c'est que Kojirô soit si fier de sa nouvelle copine. »

- « Ah oui, la petite d'hier soir ? »

- « Hein ? » Akira et Yoshi se retournèrent si brusquement que le volleyeur manqua de tomber de sa chaise. « Depuis quand il a une COPINE ? »

- « Gueule plus fort, je crois que le collège ne t'a pas entendu. » grommela Kojirô en foudroyant le coupable qui souriait niaisement.

- « -- »

- « TA GUEULE ! » Cette fois, il avait atteint sa limite. « Mais qu'est-ce que cela peut vous faire si j'ai une copine ou pas ? »

- « Rien, on trouve ça… chou. »

- « Mignon tout plein. »

- « A croquer. »

- « … » Tous se tournèrent vers Kazuki qui n'avait encore rien dit.

- « … hilarant. »

- « Hilarant ? »

- « Oui, hilarant. » Le second buteur se leva. « J'hésitais aussi avec hypocrite, mais je ne suis pas sûr que Tigrounet puisse l'épeler, alors, j'ai--. »

- « Qu'est-ce que tu veux dire ? » Kojirô s'était précipité et avait attrapé Sorimachi par son devant de chemise. Tranquillement, celui-ci se dégagea.

- « Tout simplement que cette relation est une grosse rigolade. Un théâtre de marionnette avec Kojirô Hyûga en rôle principal. Tu ne sais rien de cette fille, et tu lui fais confiance. Je préférais encore quand tu te faisais entuber par Hikari.»

- « Et toi, bien sûr, tu sais tout d'elle ? »

- « Pas tout, mais assez pour la juger objectivement. »

- « Parce que tu es objectif, toi ? »

La classe était scotchée par la dispute. La révélation seule que Hyûga avait une copine aurait été suffisante pour capter leur attention, mais là, c'était Dallas revisité.

- « Oui. Je ne suis pas du tout attiré par Yamashita. »

- « Et par qui es-tu attiré ? » La sortie de Ken surprit tout le monde, même si la tentative de diversion était flagrante.

- « Une fille, bien sûr. » Kazuki eut un sourire en coin.

- « Bien sûr. On la connait ? »

- « On va dire que oui. »

- « Et c'est réciproque ? »

- « C'est à voir. Maintenant, puisqu'il est clair que Morse ne vient pas, je vais à la bibliothèque. »

- « …. Tu vas à la bibliothèque ? TOI ? » Kojirô avait du mal à l'avaler, celle-ci.

- « Oui, moi. Puisque tu es en mode promenade de santé, je te signale que c'est Toshio et moi qui sommes l'attaque de Tôhô. Donc on est nul et on a des entraînements spéciaux… et ça me laisse moins de temps pour étudier. Ça, tu le saurais si tu avais un sens des priorités. »

Kazuki tourna les talons et passa la porte dans un silence des plus religieux… et des plus interrogatifs.

- « C'était quoi ça ? Il est en colère parce que j'ai une copine, parce que j'ai choisi cette fille ou parce…. »

- « Parce qu'il n'est pas toi. » fit Miki. La jeune fille avait une mine horrible, les yeux gonflés et le teint barbouillé. Assurément, elle ressentait un contrecoup à leur rupture.

- « Hein ? »

- « Tu es tellement imbu de toi-même, que tu ne réalises pas ce que tu fais aux autres. Pauvre Kazuki. »

- « Hein ? » Surtout que ce n'était pas la première fois qu'on le prenait de haut sur le sujet. Imbu de lui-même ? Il était peut-être colérique, mais il restait humble… Après tout, il revenait de loin et il n'était pas près d'oublier la Meiwa et les temps difficiles d'avant.

- « Tu te sers de Kazuki comme d'un pion pour te mettre en valeur… et tu ne t'en rends même pas compte. Il est jaloux. »

- « Hein ? » Là, ça devenait lassant. Miki dut le comprendre parce qu'elle lui fit signe et peu de temps après, ils étaient en tête à tête assis sur un banc dehors.

- « Kazuki n'a pas ton talent pour le foot. Pourtant il s'entraîne au moins aussi durement que toi. Voire plus. Mais tu l'as toujours traité comme un rigolo pour qui le foot ne comptait pas autant que toi. Mais le foot, c'est toute sa vie. Sauf qu'il n'ira jamais loin. Pas avec toi qui lui fait de l'ombre. Il a beau être très bon, il n'est pas aussi bon que toi. Est-ce que tu savais qu'il avait bossé fort pour entrer à Tôhô alors que toi tu avais une offre inconditionnelle ? Est-ce que tu sais que personne, personne, pas un seul recruteur, ne l'a jamais approché pour des études universitaires, des clubs d'entreprises ou la J-league ? »

- « En quoi c'est ma faute ? »

- « Combien de fois tu t'es moqué de lui parce qu'il était riche ? Parce qu'il était un coureur de jupons ? Il est riche et alors ? Ce n'est pas son compte en banque qui joue sur le terrain. Et malgré toutes ces années avec lui, tu n'as pas encore compris que s'il sortait avec autant de filles, c'est parce qu'il ne savait pas dire non. »

- « Tu essayes de me dire qu'il fait un complexe d'infériorité à cause de moi ? »

- « En partie à cause de toi. Tu es son meilleur ami, mais tu ne connais rien de lui. Tu te contentes de lui coller l'étiquette du rigolo, et il s'est laissé faire. Il ne s'est jamais dévoilé, ne s'est jamais permis d'être lui-même, de peur que tu ne le rejettes. Tu ne vois en lui que ce qui t'arrange. »

- « Ce n'est pas vrai ! »

- « Et ce faisant, il se limite à ça. A cette vision que tu as de lui. Et il donne une mauvaise idée de lui. Le pire, c'est qu'au fond, tu le sais et tu continues. Parce qu'une miette de Kazuki te rend encore plus fort, plus grand. Tu l'écrases volontairement pour te mettre en valeur. Et il était d'accord avec ça, jusqu'à maintenant.»

- « Arrête ton délire ! »

- « Pour Kazuki, tu étais un modèle. Tu t'es toujours battu pour avoir ce que tu voulais. Une meilleure vie, devenir meilleur au foot. Il s'est dit que cela marcherait pour lui aussi: avec des efforts, il deviendrait un bon joueur de foot, accepté pour ce qu'il était, et pas juste un gentil garçon plein de fric. Il s'est dit qu'un jour tu remarquerais qui il était vraiment. »

- « Les problèmes psychologiques de Kazuki ne me concernent pas vraiment. »

- « Tu as changé. Avant, tu étais dur, mais tu étais juste. Tout le monde t'admirait. Même ceux qui ne t'appréciaient pas. On ne pouvait pas te reprocher ton caractère combatif. Mais depuis quelques temps, tu brasses du vent. Et ta passion pour le foot… On a l'impression que tu t'en fous de Tôhô. Oui, tu as un avenir dans le foot, et maintenant Tôhô est juste un pis-aller, le bac à sable en attendant mieux. Mais pour la plupart, Tôhô est la limite. Tu es condescendant et maintenant tu te permets de critiquer Kazuki juste parce que tu as une copine. Mais si ta copine te connaissait aussi bien que n'importe quelle fille avec qui Kazuki est sorti le connaissait, elle comprendrait que tu as un gros problème d'ego. Et Kazuki l'a compris. Il en a marre de Môsieur Kojirô qui pique des crisettes dès que le monde ne tourne pas comme il veut.»

Elle s'en alla en laissant un Kojirô oscillant entre l'envie de se frapper le front contre le mur jusqu'à ce que mort s'en suive, l'envie de frapper le front de Miki contre le mur jusqu'à ce que mort s'en suive, l'envie de frapper le front de Kazuki contre le mur jusqu'à ce que mort s'en suive et l'envie d'aller se coucher.

Mais le tout le laissa songeur. Très songeur. En fait, cela lui prenait la tête. Il passa les deux heures de maths suivantes à tenter de voir si elle avait vu juste ou pas. Son attitude fut remarquée par Ken : après tout, Kojirô était généralement attentif en cours de maths et là, il ne prenait même pas de notes. Aussi décida-t-il d'aller à la pêche aux nouvelles. De toute façon, il ne fallait pas être devin pour savoir que cela avait à voir avec Miki. Le gardien prit Kojirô à part pendant la pause midi, et ils allèrent s'installer sur le toit, chose qu'ils ne faisaient jamais. Bien sûr, Kazuki n'était nulle part en vue.

- « Il a vraiment des entraînements spéciaux ? »

- « Oui. Kitazume est sur les dents. Toshio et lui sont loin d'être même la moitié de ce que tu es. »

- « Ne dis pas ça. Tout sauf ça !»



Et Kojirô finit par raconter ce qui s'était passé. Ken resta un instant silencieux, mastiquant son sandwich avant d'aborder le sujet délicat.

- « Elle n'a pas tort. »

- « HEIN ? »

- « S'il te plait, ne hurle pas. Laisse-moi t'expliquer avant. C'est vrai que tu ne vois dans les gens que ce que tu veux bien y voir. Kazuki est un gros farceur, Rai est un grand décontracté, je suis le mec calme et sage, Neeve est une peste etc… Mais je le sais, tout le monde le sait, et nous t'acceptons comme ça. Parce que c'est ce que tu es. Et malgré ce défaut – et tous les autres – tu restes notre ami. »

- « … tu penses vraiment que je me sers de Kazuki comme d'une mise en valeur. »

- « Honnêtement, oui. Si tu y réfléchis bien, tu remarqueras que nous ne savons pas grand-chose de Kazuki. »

- « Mais si ! »

- « Tu savais que sa mère était sa belle-mère ? »

- « Vraiment ? Comment est-ce que tu sais ça ? »

- « J'ai entendu une discussion comme ça quand nous étions chez lui. Est-ce que tu as remarqué que Kazuki nous invite rarement chez lui, autrement que pour quelques heures ? »

- « Ouais. »

- « C'est parce qu'il est riche et que nous venons tous les deux de milieux pauvres. Il ne veut pas avoir l'air de se vanter. De la même façon qu'il ne veut pas parler de ses problèmes familiaux parce qu'il ne veut pas avoir l'air de pleurnicher alors que nous avons – toi surtout – des problèmes bien plus graves. »

- « Il est trop con. Tout le monde a des problèmes. Tout reste relatif. Même moi, maintenant que ma famille n'a plus de problèmes d'argent, j'ai des problèmes. »

- « Je sais. Kazuki est quelqu'un de bien plus sensible que tu le ne crois. »

- « Mais si je suis un aussi gros abruti, pourquoi personne ne me l'a dit avant ? »

- « Et se prendre un pain ? »

- « KEN ! … Pourquoi est-ce que toi, tu ne me l'as pas dit ? »

- « Parce que cela n'aurait servi à rien. »

- « … »

- « Tu n'étais pas prêt à entendre la vérité. Je ne suis pas sûr que tu le sois maintenant. »

- « Comment ça ? »

- « Tu es un être profondément asocial. Tu es la fois super émotif et stéréotypé dans tes comportements. Tu ne connais rien aux relations humaines. On a l'impression que tu as peur de te confier. Tu as raté peut-être dix ans de ta vie sociale. Même avec des cours accélérés, tu vas avoir du mal à t'adapter. »

- « Donc c'est définitif, je suis un gros con ? »

- « Non. Juste un gros nounours. Tu es sensible au fond. Comme Kazuki. C'est pour ça que tout le monde vous aime. »

- « Et toi ? »

- « Moi ? J'oscille entre les catégories « gentil garçon qui se la joue méchant », et « méchant garçon qui se la joue gentil »… »

- « Décodage ? »

- « Je suis un opportuniste, Kojirô. Je fais les choses qui m'arrangent quand ça m'arrange. J'aime bien manipuler les gens. C'est pour ça qu'Ayame et moi nous entendons si bien ensemble. »

- « Et tu es un train de me manipuler, là ? »

- « Parfaitement. Et ça marche. »

- « Je n'aime pas être manipulé ! »

- « Kojirô, cela fait onze ans que je te manipule ! »

- « C'est moi, ou le monde tourne à l'envers ? »

- « Cela s'appelle grandir. »

- « Pff, écoutez le vieux Pépé plein de sagesse trouvée dans les kinders surprises. »

- « Oui, mais c'est bon les kinders. »

- « Hn » Kojirô s'allongea de tout son long sur le sol et ferma les yeux. « Donc en gros, je ne connais pas Kazuki. »

- « En gros. »

- « Et je fais quoi maintenant ? »

- « Tu fais comme tu le sens. C'est comme ça que les gens font. »

- « … si Miki dit vrai, je me serais également servi de toi comme mise en valeur. Cela ne te gêne pas ? »

- « Non. Non seulement je le savais, mais je faisais pareil. »

- « Tu te servais de Kaz--. »

- « Je me sers de toi comme mise en valeur. C'est la base de toute amitié. Quand tu rencontres quelqu'un de nouveau, que tu ne connais pas, tu ne peux que le juger sur son apparence. En général, l'apparence donne une assez bonne idée de ce qu'est la personne. Et en général, toute amitié est une recherche intéressée : quelqu'un avec qui bien s'entendre, avec les mêmes goûts, le même mode de vie. Personne ne traine avec une personne qu'il n'aime pas ou qui le fait se sentir comme une merde. »

- « …. En fait, tu es carrément cynique ! »

- « Non, réaliste. »

- « Et compliqué. Pourquoi tout le monde est compliqué ? » ronchonna Kojirô.

- « Parce que tout le monde ne peut pas avoir les couilles d'être franc et simple comme toi. »

- « C'est un compliment, ça ? »

- « Un peu. »

- « J'ai quand même l'impression que c'est réducteur. »

- « Un peu. Toi, tu juges les gens sur l'impression qu'ils te donnent. Si cela ne te convient pas, tu passes ton chemin. Il ne te vient même pas à l'esprit qu'ils puissent montrer une image et d'aller creuser pour voir si les gens sont vraiment ceux qu'ils prétendent être. C'est presque de la débilité niaise. Mais c'est aussi une qualité admirable, de faire confiance, de ne pas penser que les autres puissent mentir. »

Kojirô médita ça un moment. Ken avait juste sur toute la ligne. Rien que Neeve et Ayame vérifiaient ses dires. Et Kazuki, et même Ken lui-même. Shouta et Mamoru aussi déguisaient leurs vrais sentiments.

- « C'est pour ça que tout le monde me dit de me méfier d'Izumi ? »

- « En partie. Elle peut très bien être ce qu'elle prétend être. Mais elle pourrait mentir. Et le fait est qu'elle a montré différentes facettes d'elle à plusieurs personnes et c'est difficile de dire qu'elle est la vraie. Et, je te le dis, elle n'est pas une fille facile. Elle doit avoir des problèmes familiaux ou autres. »

- « Comment ça ? »

- « Je n'arrive pas à lire en elle. J'arrive toujours à lire dans les gens avec plus ou moins d'exactitude. Ça vient du karaté. Les gens ne savent pas que leur langage corporel en dit bien plus sur eux qu'ils ne le croient. Et elle, elle reste une énigme. Alors fais gaffe. »

- « Hum. Et donc ? »

- « Donc quoi ? » Ken s'allongea près de son ami et croisa les mains sous sa tête.

- « Que lis-tu en moi ? »

- « Que tu es un très bon pion de mise en valeur. Et un bon ami. »

- « … Tu ne trouves pas que ce nuage ressemble à un cochon ? »

- « Un peu. Et celui-ci à une manette de PS2. »

- « Aussi… Et maintenant ? » demanda Kojirô.

- « On revient au sujet principal. De qui Kazuki est amoureux ? »

- « … tu connais Emi ? »

- « Emi, la copine de Neeve ? Celle de l'équipe de basket ? »

- « Oui. Elle a flashé sur l'un d'entre vous. »

- « Sûrement pas moi. La seule fois que je lui ai parlé, j'avais la gueule de bois et je n'ai rien dit d'épatant. … Ça pourrait coller, tu sais… Mais comment tu sais ça ? »

- « Moi aussi, j'entends des trucs que je n'aurais pas dû. Donc tu penses que c'est elle ? »

- « Aucune idée. Kazuki connait tellement de filles, c'est difficile de savoir. »

- « Mais moi, je n'en connais pas tant que ça, et il l'a dit lui-même « on va dire que vous la connaissez. »… Ça exclut beaucoup de filles, sauf les amies de Neeve… Ce sont les seules filles que je connais. » avoua Kojirô.

- « Ayame, c'est sûr que non. Nanami ? »

- « Trop grande. »

- « Lola ? »

- « Tu étais intéressé par elle et elle sort avec Akira. Il respecte ça.»

- « … La journaliste ? »

- « Kaoru ? Peut-être… Mais ce n'est pas trop son style. »

- « La pétasse de Rai ? »

- « Il se la ferait, mais il n'en tomberait pas amoureux… »

- « Ouais… Donc il ne reste qu'Emi. »

- « Et elle ne m'aime pas moi. »

Ken s'assit en sursaut.

- « Hééé là ! Je te vois venir ! Tu veux que je me tape tout le boulot ! »

- « Mais tu l'as dit toi-même, je suis nul en relation social ! »

- « Mais--. »

- « Allez un effort ! C'est pour Kazuki ! » Ken jura et grommela mais il avait déjà laissé tomber. Lui qui adorait fourrer son nez partout était servi. En plus, malgré tout ce qu'il disait, il restait un bon et loyal ami. « Et puis, je ne te laisse pas tout faire. »

- « Comment ça ? »

- « Tu te charges d'Emi, mais moi, je me tape le gros boulot de vérifier que Kazuki a bien des vues sur ladite basketteuse. Imagine qu'il nous soit tombé amoureux d'une fille de la classe ou autre ! »

- « Si tu veux… » Ken s'en foutait déjà un peu. Si Kojirô se mettait à jouer les entremetteurs, il y avait de fortes chances que tout parte en sucette.

- « Et puis, je tiens à souligner que je vais devoir travailler avec Neeve, alors que toi, tu as Ayame. En fait, je devrais demander à changer ! »

- « Que viennent faire Neeve et Ayame dans cette histoire ? »

- « Tu penses vraiment que toi et moi, seuls, pouvons faire quelque chose de bien, solide et constructif pour la vie amoureuse de Kazuki ? »

- « Présenté comme ça, c'est dur de dire oui. »

- « Donc, il nous faut les expertes. »

- « Sauf que cela ne marchera pas. »

- « Pourquoi ? »

- « Neeve et Ayame se sont disputées. »

- « QUAND ÇA ? »

- « Assez récemment. »

- « Mais pourquoi ? » Kojirô se redressa, très alarmé. Pas étonnant que Neeve prît la mouche pour un rien. Ken soupira.

- « Tu te rappelles de ce que je t'ai dit sur l'amitié et la mise en valeur ? »

- « En gros. Quel est le rapport avec--. »

- « Depuis que Neeve a changé de lycée, Ayame s'est retrouvée toute seule à St Elizabeth. Vraiment toute seule. Elle et Neeve avaient ce genre d'amitié fusionnelle qui excluait les autres filles. Ayame arrive à parler avec les autres de sa classe, mais elle bloque. Et les autres filles ne sont pas très aidantes. Elles se vengent un peu du fait que Neeve et Ayame aient été les Miss Populaire du collège. Maintenant qu'on sait que Neeve s'est faite berner par Fujita… Ayame subit le contrecoup. »

- « Et avec son caractère, elle ne doit pas non plus vraiment mettre de la bonne volonté. »

- « Non… Elle prend bille en tête toutes celles qui croient les rumeurs. »

- « Mais pourquoi se disputer ? »

- « Ayame ne fréquente pas les bonnes personnes. Enfin, selon Neeve. »

- « Comment ça ? »

- « Elle s'est rapproché des garçons. »

- « Bah, et c'est mal ? »

- « Elle flirte avec tous les garçons. »

- « Ce n'est pas nouveau. »

- « Et elle flirte avec la ligne de démarcation entre « fille gentille qui se la joue méchante » et « fille qui cherche les ennuis. » Elle dit que non, et je n'arrive pas à lui mettre du plomb dans la cervelle. »

- « Je me demande… pourquoi vous ne sortez pas ensemble. »

- « QUOI ? Moi et Ayame ? » hurla Ken avec stupeur.

- « Ben oui. Après tout, vous allez bien ensemble. »

- « Non. Nous sommes trop semblables. Nous nous pousserions trop l'un et l'autre vers la ligne « mauvais garçon/fille. ». Ayame serait mon Hikari, si tu vois ce que je veux dire. »

- « Je vois. Il faut pourtant faire quelque chose pour Ayame. »

- « Je ne peux plus rien faire. Je me suis fais jeté, tout comme Neeve. »

- « Ah ouais ? Ben, elle va avoir du mal à me jeter moi ! »

- « … ne me dis pas que… »

- « Et oui, je vais aller lui botter le cul. »

- « Je ne sais pas si c'est bien ou pas. »

- « T'inquiète, j'ai tout un plan. »

- « Alors là, j'ai peur. »

- « On y va ? » Kojirô se remit sur pieds et Ken lui emboita le pas.

Dans le couloir, la classe attendait la reprise des cours. Kazuki arriva au coin des escaliers au moment où les deux les descendaient. Il y eut un mouvement de flottement indécis, Kazuki et Kojirô se regardant en chien de faïence. Puis le second buteur partit en direction du groupe en trainant des pieds.

- « Sois toi-même ! » chuchota Ken en poussant Kojirô dans le dos. Déstabilisé, ce dernier faillit se casser la figure dans les trois marches restantes, mais se reprit et appela d'une voix de stentor :

- « KAZUKI ! »

- « QUOI ENCORE? »

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