Tadaaaaaa ! Chapitre 51 pondu en un après-midi. J'ai fermé internet, j'ai mis la musique à fond et je me suis dit que je n'arrêtais pas avant d'avoir fini… bon je n'ai pas fait mes comptes, mais voilà un chapitre…

Ceci dit, rythme toujours aussi perturbé, mais ce n'est pas faute d'essayer… je me paie une heure de voyage matin/soir, donc je rentre crevée… Enfin…

J'ai décidé d'accélérer un peu le rythme de narration parce que je suis en train de m'embourber toute seule. En fait, j'ai un gros problème de chronologie… il faudrait que mon moi de mai ait deux semaines de plus. Donc en fait, je vais y aller « comme si »… ce qui veut dire que certaines réactions et actions vont être… grossières, glucoses et stéréotypées… Désolée… m'en voulez pas snif snif…

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Je conseille: Pour la vie, de Missloup, sur fanfic-fr. Une histoire centrée sur Genzô (et tout le monde sait que je n'aime pas trop ce personnage) mais super bien écrite. Alors zou ! Bonne lecture et surtout, merci Missloup pour ta fic !

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Chapitre 51 – La faim chasse le loup hors du bois

Neeve resta un instant figée sous le choc… avant de réaliser ce qui se passait vraiment.

- « … Ko…ko-kokoko--. »

- « Kojirô ? » tenta de deviner le footballeur qui s'amusait trop à la voir se tortiller pour tenter en vain de se débarrasser de lui.

- « Lâ-lâ-lâ-lâche-moi ! »

- « Non. » Plus clair, ce n'était pas possible.

- « S'il te plaît…. » murmura-t-elle d'une voix quasi éteinte en arrêtant de se débattre.

- « … je ne te fais pas mal, si ? » demanda un Kojirô un peu affolé par cette réaction des plus étranges.

- « … si… »

- « Mais je ne serre même pas ! » Pourtant il relâcha son étreinte. « Mais pourquoi tu pleures à la fin ? Je te fais vraiment mal ? A ce point ? »

- « Arrête d'être gentil comme ça ! Comment est-ce que je peux t'en vouloir si tu fais le gentil et l'abruti qui ne capte rien ?» Neeve pleurait bel et bien, en de grosses larmes silencieuses, à la fois boudeuses, tristes et quelque part, douloureuses. « J'en ai marre. »

- « Ben… dis pas ça…. » Ah, il n'avait pas prévu ça. Il s'attendait à un peu plus de mauvaise foi et de combativité de la part de sa sœur. Elle était vraiment pathétique, à renifler comme ça et à le regarder avec son air de chiot perdu. Bientôt, c'était lui qui se sentirait coupable. « Calme-toi, tu vas faire une poussée de fièvre… » ronchonna Kojirô pour se donner contenance. Il porta la main au front de Neeve, pour vérifier qu'en effet, la jeune fille n'en avait pas trop fait. S'il ne la trouva pas plus froide ou chaude que normal, il la retrouva surtout plaquée contre lui… Cette fois c'était elle qui se vautrait sur son torse.

- « J'en ai maaaaaaaarre, j'ai toujours l'impression de tout faire de travers. » pleurnicha-t-elle entre deux sanglots. Encore une fois, elle s'accrochait à son T-shirt qu'elle inondait copieusement.

- « Serais-tu en train de me faire des excuses ? » Kojirô soupira. Heureusement, cette fois, il savait quoi faire : il referma doucement les bras dans le dos de Neeve et la tint contre lui, en attendant stoïquement qu'elle eût fini…

- « … »

- « Je vais prendre ça pour un « oui »… Neeve, tu sais… …. …. » Mince, comment dire ça sans passer pour un abruti ou tomber dans le glucose… j'imagine qu'il n'y a pas d'autre choix… « Ce n'est pas parce que je vais sortir avec une fille, Izumi ou autre, que je ne vais plus m'occuper de toi. Je reste ton frère…»

- « j'veux pas. »

- « Tu ne veux pas quoi ? Arrête de faire ta jalouse. »

- « j'veux toujours pas. »

- « Alors, tu veux que je reste un vieux garçon célibataire toute ma vie ? » Là, il s'amusait carrément. On aurait dit une gamine qui ne voulait pas partager son jouet. Bien sûr, la pensée qu'il fût un jouet n'était pas très plaisante, mais ce qui l'attendrissait autant était la preuve indiscutable de l'attachement que Neeve lui portait. Il n'aurait jamais cru qu'elle l'appréciait autant.

- « … c'est obligé que tu sortes avec elle ? »

- « Oui. »

- « … je l'aime pas. »

- « J'avais cru comprendre …ce détail. … Pourquoi ? »

Ils arrivaient enfin à en parler tranquillement. Enfin, Neeve s'était totalement répandue sur lui, comme du vieux camembert coulant (vous savez, ce truc immonde de puanteur que les français bouffaient), et avait vraisemblablement la ferme intention de rester comme ça, le visage enfoui dans son T-shirt. Clairement, elle hésitait à répondre à sa question. Déjà, elle s'était repliée sur elle-même. Il avait senti ses muscles se contracter, ses épaules s'avachirent et plusieurs fois, elle avait ouvert la bouche, pour la renfermer sans rien dire. Finalement, elle resserra farouchement ses bras autour de lui :

- « Mieux vaut que je ne te le dise pas. »

- « Tu crois vraiment que je vais me mettre en colère de savoir que tu lui fais la tête pour avoir essayé de te piquer Sourire Colgate ? »

- « … elle t'a parlé de ça, donc ? »

- « Oui. »

- « Qu'est-ce qu'elle a dit d'autre ? »

- « Rien. Il y a autre chose à savoir ? »

- « … mieux vaut que je te le dise pas. »

- « COMMENT ÇA ? »

- « Si tu l'aimes autant que tu le dis, mieux vaut que… enfin, c'est entre elle et moi et cela ne te regarde pas. »

- « Ça me regarde si je dois faire l'arbitre. » Kojirô la décolla de lui et lui attrapa le menton, pour la forcer à le regarder dans les yeux. « Honnêtement, je suis curieux de savoir ce qu'elle t'a fait pour que tu sois tellement en rogne, mais de l'autre côté, je me dis que cela ne doit pas être si important et que tu fais la rancunière… Je me trompe ? »

Neeve se pinça les lèvres, gonfla les joues et rougit. De colère, d'embarras ? Kojirô ne saurait dire. Mais il était clair qu'elle n'allait pas préciser le motif de cette haine. Le footballeur soupira encore une fois…

- « Tu es désespérante. Je laisse tomber. Je te demande juste de ne pas être désagréable avec elle. »

- « … si elle ne fait rien, je ne ferai rien. » finit par accepter Neeve, voyant que son frère ne lui lâcherait pas le menton tant qu'elle n'aurait pas accepté ses conditions. « … tu l'aimes vraiment ? »

- « Aimer est un grand mot. Je la connais à peine. Mais je l'apprécie. Suffisamment pour vouloir connaitre plus d'elle. »

Kojirô crut voir passer une lueur dans les yeux de Neeve à ce moment, mais avant qu'il n'eût le temps de la questionner, Shouta arriva.

- « Tiens, vous vous parlez maintenant ? » demanda le père en regardant ses deux aînés alternativement.

- « Roo, ça va Papa… à croire que tu ne t'ai jamais disputé avec quelqu'un avant. » grommela Neeve.

- « … Neeve ? » appela doucement Shouta.

- « … oui Papa ? » Elle aussi n'aimait pas quand son « vieux » prenait un ton si gentil.

- « Tu avais bien une interro de maths aujourd'hui ? »

- « Ah… euh…. C'est que… tu vois…. »

- « Elle s'est plantée et a eut droit à mon pied aux fesses. » intervint Kojirô. « Mais je lui laisse le bénéfice du doute sur ce point. »

- « Quel point ? » s'étonna Shouta en fronçant toutefois les sourcils. Il était difficile de savoir comment il préférait ses deux ados : en train de se disputer ou en train de se couvrir l'un l'autre.

Kojirô se gratta le cou d'un air pensif avant de bien vouloir dire à son beau-père :

- « Elle sait très bien de quoi je parle. » Et Neeve de piquer un fard.

- « .. vous êtes désespérants… Neeve, tu as mauvaise influence sur Kojirô. »

- « MAIS POURQUOI C'EST TOUJOURS MA FAUTE ? »

- « Parce que tu es une fille. » sortit Kojirô.

- « Macho ! »

- « Et alors ? » Il haussa les épaules et bâillonna Neeve qui voulait répliquer. « Tu voulais nous parler ? » Il se tourna vers l'homme de la maison avec un sourire innocent.

Shouta regarda la scène en secouant la tête de façon incrédule. A ce moment, il était presque reconnaissant à ses parents de ne pas lui avoir infligé un ou des frères et sœurs.

- « Toi surtout. Tu peux te libérer demain après-midi ? Pour des examens complémentaires ? »

- « ENCORE ? » râla le jeune homme. « Mais je viens d'en passer une tonne ! »

- « Juste quelques contrôles, et deux piqures… »

- « …. Si c'est nécessaire… »

Ce fut ainsi que Kojirô rata l'entrainement de l'après-midi, au soulagement de ses coéquipiers qui craignaient ses commentaires. L'équipe souhaitait qu'il revînt sur le terrain au plus tôt, non seulement parce qu'il manquait cruellement à leur jeu, mais aussi parce que courir après le ballon l'épuisait suffisamment pour atténuer le nombre et l'acidité de ses critiques…

Kojirô, lui, aurait préféré rester sur la pelouse. Ce n'était pas qu'il détestait les hôpitaux. Loin de là même. Pour lui, l'hôpital était l'endroit où ses crapauds étaient nés. En fait, il n'avait que des bons souvenirs associés au corps médical. Son père était mort sur le coup pendant l'accident de voiture qui lui avait coûté la vie, et son corps avait été directement acheminé à la morgue. De plus, aucun membre de sa famille ou ses amis n'avaient eu de graves problèmes de santé. Oui, Ken et son épaule, et récemment, Kazuki et son ventre. Mais jamais leurs jours n'avaient été en danger.

Non, ce qui le dérangeait dans les visites médicales était le regard neutre des médecins, qui le traitaient comme un bout de viande à examiner, palper et dans lequel enfoncer des aiguilles. On le passait d'une pièce à une autre, d'un test à l'autre, sans jamais lui expliquer le pourquoi, ou même le rassurer sur son état et les résultats d'examens.

Aussi fut-il très content d'être libéré plus tôt que prévu, bien qu'il se massât encore la fesse gauche, cible de deux énormes piqures de on-ne-sait-pas-quoi-mais-qui-allait-le-remettre-d'aplomb. Un rapide coup d'œil sur l'heure lui apprit qu'il était inutile de rentrer à Tôhô. Le temps qu'il y soit, les autres seraient déjà partis. Et puis, il avait mieux à faire. Finalement, cette histoire de contrôle médical servait bien son plan.

Il commençait maintenant à bien se repérer dans les rues proches de St Elizabeth, et même dans le campus. Par contre, cela n'aidait pas ses recherches de LA personne au milieu de la foule d'élèves de tous âges qui se pressaient vers la sortie. Mais il avait une vague idée de l'endroit où il se rendait, et, la chance aidant, il se retrouva nez à nez avec Shun Fujita au détour d'une allée.

- « Aaaa ! » Shun recula assez rapidement et leva ses poings en position de défense. « Tu es malade ! Fous le camp ou j'appelle la sécurité ! »

Kojirô nota que ses précédents coups avaient laissé des marques. Après tout, cela ne faisait que cinq jours. Mais il n'était pas là pour chercher la bagarre. Il enfonça ses mains dans les poches et tenta de calmer la situation.

- « Je ne viens pas pour ça. Je viens te parler. »

- « Tu sais parler, toi ? »

- « Fujita, fais-le pour Neeve. » gronda le Tigre en se retenant à grand peine.

- « Quoi Neeve ? Qu'est-ce qu'elle a encore ? »

- « Elle rien. Mais tu lui dis gros… Et tu vas t'acquitter de ta dette maintenant. »

- « … je dois dire que je ne capte rien. Tu as dû prendre trop de ballons dans la tête. »

- « Ta gueule ! Je te parle d'Ayame qui--. »

- « Sakamoto ? »

- « Tu en connais beaucoup des Ayame, toi ? »

- « Qu'est-ce qu'elle a ? »

- « Ben, justement, je voulais que tu me le dises. »

- « … … … ?? »

- « Elle et Neeve se sont disputées, à propos des nouvelles relations d'Ayame. » expliqua Kojirô en brisant enfin le silence pesant qui s'était installé.

- « Aaah, ça… c'est vrai, il y a des rumeurs qui courent… »

- « Elles disent quoi, ces rumeurs ? »

- « Je ne fais jamais trop attention aux rumeurs » fit Shun. « Mais je sais que celles-là m'ont choqué… En gros, Ayame serait le coup des premières années. Et comme ce n'est pas son genre, j'ai écarté--. Ne me dis pas que c'est vrai ! »

L'air horrifié de Shun calma quelque part les doutes informulés de Kojirô à l'égard de l'ex de Neeve. Voir qu'il s'inquiétait pour Ayame, et qu'il ne la pensait pas capable d'une telle chose, rassura le footballeur. Ce mec n'est pas complètement pourri après tout…

Pourquoi se sentait-il obligé de se justifier alors qu'il pensait ça ? Sûrement parce que Neeve ET Izumi avaient été attirées par Sourire Colgate. Et si les deux filles avaient eu des sentiments forts pour un abruti total, cela ne donnait pas beaucoup de crédit à leur jugement. Et comme il était le frère de l'une et le copain de l'autre, il était important pour Kojirô de s'assurer qu'il ne fréquentait pas des idiotes finies. Bien sûr, cette réflexion se faisait au niveau subliminal, et la seule chose que le footballeur ressentait, c'était l'envol d'un sentiment confus d'ambigüité.

- « Je ne sais pas si c'est vrai, mais autant de rumeurs doivent être quelque part alimentées. On sait tous les deux qu'Ayame est une grosses dragueuse. Peut-être que son attitude a été mal interprétée. » Kojirô haussa une épaule, un peu désabusé. « Quelque soit la raison, tu vas garder un œil sur elle. »

Pas de doute, il venait de donner un ordre direct à Shun. Celui-ci prit la chose très mal, mais à part un regard noir, il ne montra pas signe de sa colère.

- « Je vais en effet garder un œil sur elle. Non parce que je dois quelque chose ou pas à Neeve, et encore moins parce que tu me le demandes mais bien parce que je crois qu'elle peut avoir besoin d'aide. Et je pense être mieux placé pour ça que toi. Sur ce… disparais ! »

Kojirô eut un sourire supérieur, celui qu'on a quand on sait quelque chose que l'autre ne sait pas. Lentement, il sortit son téléphone et passa un appel, sans quitter Shun des yeux. Le lycéen trépignait et bouillonnait, sans pour autant montrer signe qu'il allait mettre sa menace à exécution.

- « Ayame, c'est Kojirô. Il se trouve que je suis à St Elizabeth. On se retrouve devant le portail ? » Le buteur raccrocha et élargit son sourire. « Contente-toi de la tenir à l'œil et laisse les grands garçons faire le reste. Tu es incapable de parler avec Ayame. Tu ne la connais même pas. »

Content de son effet, laissant un Shun au bord de l'explosion, Kojirô partit. Il alla même jusqu'à tourner le dos à Fujita, en un dernier geste de défi.

Ayame attendait sagement devant la grille, entourée d'autres garçons que Kojirô n'aima pas dès le premier regard. Etonnant que des types de cet acabit soient à St Elizabeth. Ils faisaient plutôt play-boys au crâne vide qu'élite de l'éducation japonaise et internationale. La jeune fille s'écarta desdits garçons avec un signe de la main et vint à la rencontre de Kojirô :

- « Tu es tellement paumé que tu n'as même pas le courage d'attendre tes leçons en horticulture. »

- « Sakamoto… bonjour à toi aussi… c'est qui, ces mecs ? »

- « Des amis. … tu es jaloux ? »

- « Non. Ils ont juste l'air con. »

- « Figure-toi que ce sont les joueurs de foot de St Elizabeth. » glissa Ayame avec un sourire badin.

- « Vous avez une équipe de foot ? Jamais entendu parler. Ils doivent être aussi nuls qu'ils en ont l'air, c'est bien… »

- « Hyûga… J'ai vraiment l'impression que tu es jaloux. Tu n'entends pas parler d'eux parce qu'ils ne participent pas au tournoi national. Mais à celui des clubs d'entreprises. » (1)

- « HEIN ? »

- « Et oui, comme St Elizabeth forme les futurs cadres de ce pays, l'équipe de foot n'est qu'un plus sur le CV. Donc la direction préfère mettre les joueurs de foot, basket ou autre, en contact avec les recruteurs d'entreprises que ceux des ligues…. »

- « Des bobos, quoi. Incapable de jouer au foot, incapable de diriger quoi que ce soit. Elite, mon cul ! »

- « Si tu le dis ! » susurra Ayame.

- « NON ! Pas touche à mes fesses. Je me suis fait piquer, alors, là c'est non ! »

- « … dommage… » La jeune femme remonta sa main. « Donc, de quoi veux-tu parler ? » Elle glissa la main vadrouilleuse dans la pliure du coude. Kojirô trouvait qu'elle se pavanait un peu, mais il préférait avoir ses mains en vue plutôt qu'à l'aventure du côté de son postérieur. « Offre-moi à boire. Tiens, on va dans ce café. »

- « Beurk, non, c'est hideux ! » protesta Kojirô. Ayame eu un « tsss » de langue.

- « Il est très mignon. »

- « C'est plein de dentelle et de froufrou et c'est tout blanc et rose dedans ! »

- « Justement, c'est pour ça que c'est mignon. Les filles adorent ce genre de truc ! »

- « Tu m'en diras tant…. » grommela-t-il en se laissant tirer dans l'antre du cauchemar.

Il se sentait ridicule, assis sur la banquette, devant la petite table en fer élégamment forgée. Kojirô comprenait mieux la douleur de la bête de foire, exhibée et montrée du doigt… Il foudroya du regard la minuscule tasse de thé devant lui, comme si c'était la faute de la vaisselle qu'il se retrouvât à devoir boire du thé dans un truc avec un ange dessus. Pff, ridicule….

- « Hyûga… tu devrais emmener Yamashita dans un endroit pareil. »

- « Non. »

- « Tu es gonflé de me demander mon avis--. »

- « Elle se sentira sûrement à l'aise, mais pas moi. Je ne pourrais même pas ouvrir les dents… »

- « Et ça change en quoi ? »

- « SAKAMOTO ! »

Ayame sourit. Elle savait depuis le début que Kojirô ne se plairait pas ici, mais elle avait voulu savoir s'il était « cap' ». Le fait qu'il soit encore là en disait long sur lui. Soit il faisait ça par amitié pour elle, soit il était désespéré au point de tout accepter pour qu'elle le conseillât. L'ennui était qu'elle ne pouvait pas savoir quelle option était la bonne.

- « Bon, que veux-tu savoir ? »

- « ………………………………………………………………………. »

- « En effet, tu es complètement bloqué. C'est le rose ou la dentelle qui te fait ça ? »

- « En fait, je crois que c'est l'odeur… ou les petits chats au mur… ou le gloussement de la serveuse… j'aime pas ici… »

Ayame eut un autre sourire. Elle s'amusait comme une petite folle. Cependant, en bonne conseillère, elle se mit à lui indiquer d'autres salons de thé et plans de sortie pour un jeune couple. Elle avait l'impression que Kojirô allait sortir son cahier pour prendre des notes tant il se concentrait sur ses paroles. Mon Dieu ! Elle comprenait mieux pourquoi Neeve s'était tant amusée à le faire tourner en bourrique. Il n'y avait pas à redire, Kojirô Hyûga était craquant comme tout. Pour un peu, elle lui aurait donné une caresse sur le crâne.

Le souvenir de Neeve assombrit le visage de la jeune fille. Leur dispute avait été violente, aussi soudaine que courte. Elles étaient en train de faire du lèche-vitrine ensemble quand elles avaient rencontré un des garçons qui gravitaient autour d'Ayame depuis la rentrée. Cette dernière engagea la conversation, mais Neeve refusa de lâcher plus de trois mots. Comprenant le message, le garçon avait pris congé. Mais quand Ayame avait reproché son attitude à son amie, celle-ci s'était défendue avec virulence :

- « Je n'arrive pas à croire que tu fréquentes ce type ! »

- « Ce type ? Je te signale qu'on connait Nagata depuis le collège ! »

- « TU le connais depuis le collège… moi je ne l'ai jamais--. »

- « C'est parce que tu étais obnubilée par Shun. »

- « Ce qui n'a pas empêché ce crétin de me faire des remarques et des propositions indécentes… »

- « Indécentes ! Tout de suite, tu dramatises ! Il devait flirter ! Mince Neeve, ce que tu peux être coincée par moment…. »

- « Ayame, je sais faire la différence entre flirt et sexe. Ce type ne te parle que parce qu'il veut coucher avec toi. »

- « Il ne s'est rien passé en trois ans, et il me parle toujours. »

- « Il attend son tour. »

- « COMMENT ÇA, SON TOUR ? »

- « Ayame, les rumeurs--. »

- « ET TU LES CROIS ? »

- « MAIS NON ! Mais tout le monde a des rumeurs qui trainent sur son compte. Regarde, moi, Shun, Oki et Yamashita…. »

- « Et mes rumeurs disent que je suis une grosse salope qui couche avec tout le monde, donc Nagata ne me parle que parce qu'un jour au l'autre, je lui ouvrirai les jambes !! C'est ça hein ? »

- « Si je suis coincée, toi tu es vulgaire ! » rétorqua Neeve. « Ce n'est pas ce que JE pense, mais c'est sûrement ce qu'IL pense. »

- « Je pense que je suis meilleur juge sur Nagata que toi ! »

- « Ayame ! Enfin, ouvre les yeux ! Ce mec est un vrai play-boy. Il a mauvaise réputation et en trainant avec lui, tu ne fais qu'alimenter les rumeurs ! »

- « Et je m'en fous ! Qu'on croit ce qu'on veut ! »

- « Ce n'est pas une question de croire ! ce mec est un véritable suicide social et--. »

- « Et toi, une véritable plaie. Au moins, avec lui, ce n'est pas reproche sur reproche. De toute façon, qu'est-ce que tu viens de gonfler ! Tu as tes amies, cette chère Emi et tout et tout ! »

- « Mais Emi est aussi ton amie ! Et moi aussi ! »

- « Alors, arrête de me prendre la tête ! »

- « Roo, j'en ai marre. Tu sais quoi, tu as raison, je ferais mieux de rester avec Emi, elle au moins elle ne joue pas la fière ! »

L'échange avait continué crescendo encore quelques minutes et les deux amies s'étaient séparées sur des mauvais mots et des accusations. Orgueilleuses toutes les deux, aucune n'avait voulu cédé et venir s'excuser en premier. Voilà maintenant plusieurs semaines qu'elles s'ignoraient, faisant comme si l'autre n'avait jamais existé.

- « Comment va Neeve ? » demanda Ayame en sucrant son thé, pour dissimuler son embarras.

- « Elle te fait toujours la tête. » répondit calmement Kojirô qui avait décidé qu'il se foutait des apparences et s'était étalé sur la banquette, les jambes largement dépassant sur l'allée.

- « Tu es courant, alors…. »

- « Non. Juste un peu, par Ken. »

- « Pff, il a pris le parti de Neeve contre moi et si tu viens--. »

- « Je viens pour que dalle. J'ai assez d'ennuis comme ça pour me mêler des chicaneries de gamines. »

- « CHI--. »

- « Quand on se connait depuis aussi longtemps que Neeve et toi, il est certain qu'à un moment, vous vous marchez sur les pieds. Je sais, je suis en train de vivre la même chose avec Kazuki. Sauf que moi, je désire conserver mon amitié avec lui. »

- « Parce que tu crois que--. »

- « J'accepte qu'il change et qu'il ne soit pas exactement ce que je pensais qu'il serait. Et je deviens ami avec le nouveau Kazuki, non parce que j'étais ami avec l'ancien, mais parce que le nouveau me plaît aussi. »

- « Et si tu arrêtais de me couper la parole, tu saurais que c'est Neeve qui n'a pas accepté que je change ! »

- « Peut-être. J'en sais rien. Mais le fait que Neeve ET Ken se fassent du souci pour toi a tendance à me faire penser qu'ils ont peut-être raison. Changer pour simplement changer, ce n'est pas bien. Tu dois devenir celle que tu veux vraiment devenir, et non pas celle que les autres veulent ou pensent que tu deviens. Un peu comme Kazuki. »

- « C'est quoi cette histoire de Kazuki ? »

- « Ne change pas la conversation ! » fit Kojirô en lapant son thé d'une goulée. Décidemment, ces tasses sont moches, mais ridiculement petites. « Mais en gros, Kazuki a arrêté d'être le play-boy que tout le monde croyait qu'il était. »

- « Il était temps…. »

Kojirô sursauta et faillit lâcher la tasse à l'ange.

- « Comment ça ? »

- « J'ai tout de suite vu qu'il cachait sa timidité derrière cette attitude de dragueur. Et j'ai surtout vu qu'il ne savait pas dire non à une fille. Je te jure que si un jour, il tombe sur une fille vraiment accro à lui, il se retrouvera devant l'autel et la bague au doigt avant qu'il ne le réalise. »

Kojirô éclata de rire, un rire sonore qui cassa un peu l'ambiance feutrée du salon de thé.

- « Il dit qu'il est amoureux… »

- « VRAIMENT ? DE QUI ? » Ayame se pencha vers Kojirô comme une véritable conspiratrice.

- « Je ne sais pas… On pense que c'est d'Emi… »

- « Emi… Emi la basketteuse ? »

- « Hum. »

- « … Ben si c'est le cas, il n'a aucune chance. Mince, c'est sûr ? »

- « Non, Ken est en train de… d'approfondir le sujet… »

- « Ken… parle avec… Emi ? »

- « Je viens de te le dire ! »

A ce moment, Ayame eut un long gloussement.

- « Oh lala, c'est Dallas, vos histoires…. »

- « Pourquoi tu dis ça ? »

- « Pour rien. »

- « Si, dis-moi ! »

- « Non, ce ne serait pas marrant ! »

- « SAKAMOTO ! »

- « J'ai dit non… »

- « Alors, reviens dans la bande. »

- « Non. »

- « Montre-toi plus adulte que Neeve. Ce qui n'est pas bien difficile. »

- « Non. »

- « Vous n'êtes pas copines pour rien. Je croyais que tu étais amie avec nous, Ken et moi. Et voilà que tu nous laisses tomber ! »

- « Ooooh, du chantage affectif. Hyûga, tu fais des progrès ! Et ne me fais pas les yeux de cocker cela ne…. Bon d'accord, je viendrais vous voir jouer demain. Tiens, je vais emmener les gars de l'équipe, comme ça, vous pourrez parler popotte après… »

Kojirô se mordit les lèvres. Il ne voulait pas que ces mecs se ramènent, il voulait que Neeve et Ayame se voient seule à seule. Et puis, il se doutait que les mauvaises fréquentations qu'on imputait à la jeune fille devaient avoir quelque chose à voir avec les play-boys footeux d'avant…

- « Ramène-les, on va te les tester, tes beaux gosses… »

Ce qui voulait tout dire…

Kojirô rentra peu après chez lui. La tête pleine des conseils et interdictions d'Ayame, il déposa ses affaires et emmena Penalty faire sa promenade du soir. Le chiot avait grandi en une magnifique bestiole qui ne ressemblait à rien, avec une oreille légèrement recourbée, une grande queue à poils longs et un pelage noir et feu qui ne suivait aucun motif. Mais comblé d'amour, brossé et câliné, Penalty attirait l'attention de bien des regards alors qu'il trottinait tranquillement aux côtés de son maître, sans laisse.

Une fois dans le parc, le jeune homme joua au foot avec le chien qui adorait bloquer la balle que Kojirô lui envoyait – doucement… Cette fois, c'était les filles qui pouffaient en les voyant chahuter.

- « Toi…. Tu as intérêt à te calmer avant que Mamoru ne grandisse, sinon, tu vas être utilisé comme piège à filles… »

Penalty se répondit rien et s'allongea sur les genoux de Kojirô assis à terre. On pouvait bien l'utiliser, tant qu'il recevait des caresses en retour. Bloqué au sol par son chien, le buteur y vit un signe du destin. Il prit son téléphone et appela un certain numéro qu'il n'avait jamais encore osé composer.

- « Allo, Yamashita, j'écoute ? »

- « C'est Kojirô…. » Il avait la voix toute étranglée et se demanda pourquoi, d'un coup, il se prenait une suée.

- « Mais comment tu as eu mon numéro ? »

- « Oooh, j'ai mes sources. Je te dérange ? »

- « Pas vraiment, j'essaye de finir mon exposé d'histoire mais je manque de… motivation… »

- « Ça je connais… …. Euh…. » Quand il faut y aller, faut y aller. « Tu fais quelque chose demain ? »

- « Je couvre le volley féminin…. Elles jouent au lycée Seiki. »

- « Et après ça ? »

- « Bof, je n'ai pas encore fait de plans… tu as un match, non ? »

- « Ouais, à Tôhô. … … Tu…. Tu-tu-tu veux faire un truc après ? »

- « OUI ! » Au moins, elle était enthousiaste…

- « Vraiment ? »

- « … ben oui, crétin. Je commençais à me demander si tu allais me parler… je ne savais pas que tu avais mon numéro. »

- « Ouais, en fait, j'ai des journées chargées en ce moment… »

- « Ce n'est pas grave. On va faire quoi ? »

- « J'sais pas. Tu veux faire quelque chose en particulier ? »

- « En fait… il faudrait que je passe à la boutique photo pour --. »

- « Génial, on fait ça ! » Kojirô était soulagé qu'elle ne veuille pas faire les sorties classiques des amoureux, tels le parc, l'aquarium ou autre.

- « En fait, je travaille samedi soir… je fais des heures supp pour me payer un nouvel appareil photo… »

- « Ce n'est pas grave, je te raccompagnerai comme ça. »

- « Merci, c'est gentil. On se voit demain ? »

- « Ouais,…. »

Encore deux minutes pour fixer le rendez-vous et la conversation se termina. Bizarrement, Kojirô était essoufflé, comme s'il venait de courir un cent mètres. Sentant sous trouble, Penalty vint rouler sur lui pour lui lécher le visage.

- « Beurk ! Couché Penalty ! »

- « Tu n'aimes pas les bisous ? » taquina une voix qu'il connaissait bien.

- « Hase ! Qu'est-ce que tu fous ici ? »

- « Je reviens de chez le kiné… »

- « Ah bon ? Des problèmes avec ta cheville ?»

- « Pas vraiment… visite de contrôle… »

- « Mais tu fais attention, hein ? Avec le basket, tu es sûre de ne pas forcer trop ? »

- « Dis-moi, c'est toujours aussi pompe-l'air, un grand frère ? »

- « Penalty, va lui faire un bisou ! »

- « Noooooooon ! Couché Penalty, couché j'ai dit ! Pourquoi ce chien n'obéit pas ? »

- « Parce que je l'ai dressé ainsi… C'est bien, mon chien ! Continue comme ça ! »

Les deux chahutèrent de bon cœur en rentrant chez eux. Bien sûr, Kojirô gagna les affrontements physiques tandis que Neeve le surprit par son imagination créatrice verbale… Penalty courait devant eux ou aboyait quand il trouvait qu'on ne s'occupait pas assez de lui. En somme, ils se comportaient comme des gamins de seize ans, bruyants et turbulents.

Soudain, Neeve s'immobilisa alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques mètres du portail. Kojirô, emporté par son élan, manqua de la renverser avant de réaliser qu'un scooter noir attendait, sagement garé le long du trottoir :

- « On doit se parler » fit Shun, comme si de rien n'était.

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(1) Note de l'auteur qui n'est pas sûre de ce fait : j'ai cru comprendre que les entreprises, tel Nissan, Mitsubishi et autre, avaient des clubs sportifs auxquels s'inscrivaient les employés. Le niveau est assez bon (voire même très bon), et avant la création de la J-league, c'était un peu le seul tournoi adulte de foot. Maintenant que la J-League existe, certaines entreprises préfèrent investir dans les « vraies » équipes, mais les clubs d'entreprises restent tout de même quelque chose d'important dans la culture japonaise.