Chapitre 54 - Rien ne sert de courir, il faut partir à temps

Kojirô dut ronger son frein pendant la première mi-temps. Kitazume, voyant l'électricité ambiante, avait décidé de le « préserver » pour la deuxième partie du match. L'entraîneur pensait que cette mesure de sécurité était nécessaire, pour le bien-être de son équipe comme de celle adverse. Mais d'un autre côté, il se félicitait de voir son poulain reprendre du poil de la bête.

Cela faisait maintenant quelques semaines que Kojirô était littéralement à côté de ses pompes. Cette histoire d'allergie, bien sûr, mais c'était surtout le moral qui ne suivait pas. L'homme aux lunettes fumées soupira. L'adolescence… Quelle plaie. Le réveil de vos hormones, la prise de conscience de vos responsabilités, place et rôle dans le monde pouvaient s'avérer critiques pour beaucoup de jeunes, et particulièrement les jeunes sportifs. Combien de fois avait-il perdu des poulains parce qu'au bout du compte, ils n'arrivaient pas à se concentrer sur le sport, à faire fi de cette attraction fatale qu'était une vie sociale normale… ? Celui-ci semblait avoir du plomb dans le crâne, à défaut de cervelle…

St Elizabeth se défendait bien. Mieux que bien. Ils étaient très bons, et le pire adversaire possible pour la Tôhô qui jouait un foot agressif car ils avaient adopté un style très défensif, avec Nagata le capitaine-libéro à leur tête. D'habitude les hommes en noirs ne s'en souciaient pas outre mesure, des défenses, mais avec une attaque affaiblie comme la leur, l'issue du match était loin d'être gagnée. Pour autant, Kazuki et Toshio firent une prestation honorable, bien qu'ils ne pussent marquer aucun but. Mais ils avaient inquiété à plus d'une fois leurs ennemis qui eux aussi s'étaient brisés les dents sur leur défense…

Ce score nul excita encore plus la rivalité entre les deux équipes. La première à marquer serait certainement victorieuse ! Lorsque l'arbitre siffla la mi-temps, les deux formations rejoignirent leurs bancs en se regardant en chien de faïence.

Ayame, elle, regardait le match depuis les gradins. Un petit nombre de spectateurs assistait à la rencontre. La plupart étaient du lycée international, mais certains avaient fait le chemin depuis Tôhô. Notamment, l'équipe journalistique, représentée par Izumi, qui ne s'était pas privée pour s'imposer. Après tout, à quoi bon être la copine de la star du lycée si on n'en profitait pas un peu ? Elle avait mitraillé les deux équipes pendant la première mi-temps, et s'apprêtait à redoubler d'effort quand son homme entrerait sur le terrain.

Izumi avait salué son ancienne camarade d'un signe de la main, qu'Ayame avait totalement ignoré. Mais assise sur son bout de plastique, ne sachant pas qui encourager de Ken ou de Nagata, elle ne pouvait s'empêcher de tourner son regard vers la jeune fille, collée à son objectif… Elle ne pouvait faire autrement que de noter les changements en elle, et malgré sa réticence, elle devait admettre que peut-être Izumi Yamashita avait changé.

Contrairement à Neeve qui lui en voudrait toute sa vie, Ayame avait fait fi depuis longtemps de l'existence d'Izumi. Pourquoi se prendre la tête pour une fille pareille ? Elle ne lui avait pas pardonné, mais, aussi contradictoire que cela pouvait paraître, elle était prête à oublier. Lui donner une nouvelle chance. Exercice difficile et hautement périlleux pour l'amitié renaissante entre elle et Neeve, que celui de concilier ce qu'on savait et avait expérimenté de première main, et ce que les autres lui disaient. Avec un soupir, Ayame reporta son attention sur le terrain, juste à temps pour voir Kojirô faire un signe à sa petite amie. Celle-ci lui répondit, sans glousser ou se pâmer. Un bon point pour elle aux yeux d'Ayame qui nota les réactions jalouses des autres filles assises dans les gradins « visiteurs ». Sortir avec Môsieur Hyûga ne devait pas être de tout repos… Ayame se demanda si Izumi était victime d'une quelconque vengeance et si Kojirô était au courant. Et bien malgré elle, elle sentit une onde d'inquiétude la parcourir.

Etait-elle inquiète pour Izumi, ou pour Kojirô ? Cette banane semblait vraiment tenir à sa copine, au point de venir lui demander de l'aide. Ah ! Délectable après-midi ! Mais pour en revenir au cas présent, il était certain que tout problème touchant Izumi affecterait Kojirô. Et d'après ce que Neeve lui avait dit, être affecté était bien la dernière chose dont il avait besoin en ce moment.

Soudainement, elle réalisa que Nagata la regardait, alors qu'elle fixait intensément Kojirô depuis peut-être cinq bonnes minutes, perdue dans ses réflexions. A en croire le visage fermé du libéro, il n'appréciait pas la chose. Ayame soupira lourdement. Ses crises de jalousies commençaient à lui peser. A son corps défendant, elle l'avait un peu provoqué, en n'arrêtant pas de parle de Ken et de la Tôhô. Mais c'était pour lui montrer qu'il n'y avait pas que lui de bon qui jouait au foot. La jeune fille en avait rapidement eu marre des sorties avec les gars de l'équipe, où toute discussion consistait à encenser le capitaine et à revoir action par action ses dernières prouesses…

Et puis, elle espérait un peu motiver Nagata pour qu'il se décidât enfin à prendre une décision quant à leur relation. Ayame avait toujours été un électron libre, ne s'attachant à des atomes que pour un moment. Et c'était ainsi qu'elle avait toujours envisagé son « couple » avec le joueur de foot. Quelque chose d'éphémère qui se terminerait de soi-même quand l'un de deux partenaires irait butiner ailleurs. Mais voilà que le jeune homme semblait montrer une véritable affection pour notre petite poupée japonaise. Au début réticente à se « faire passer la corde au cou », la jeune fille avait pourtant choisi de tenter l'expérience. Etre en couple. Un vrai. Ce qui voulait dire, relation unique.

Et voilà le problème. Nagata semblait vouloir le meilleur du couple, sans se mouiller. Les câlins, la présence à ses côtés, les sorties entre potes où il « exhibait » Ayame. Mais pas de tête-à-tête, de marques d'affection romantique – à moins qu'on ne considère le pelotage ainsi – et surtout, une tendance à regarder ailleurs.

Si pour le moment, regarder était son seul délit, Ayame sentait qu'il ne suffisait pas de grand-chose pour que son copain franchît le pas. Et toute tentative de discussion se terminait par une mise en boite systématique des couples glucoses : « Ce n'est pas toi, ça. », « Tu as toujours dit que cela te faisait vomir, les couples qui se tenaient par la main. », « Ayame Sakamoto, me ferais-tu une crise de jalousie ? »

Alors, Ayame laissait tomber. Et durant ces longues soirées à subir le compte-rendu du dernier match auxquels ils avaient tous assisté, elle repensait à ce que Neeve lui avait dit. Sa meilleure amie était connue pour sa tendance à exagérer, mais sa crainte était réelle. Celle de Ken et surtout celle de Kazuki l'étaient tout autant. Petit à petit, elle regretta de s'être fâchée avec eux, et quand Kojirô lui tendit le bâton de « faire l'adulte », elle avait bondi sur l'occasion.

Une vague d'excitation qui parcourait les gradins la tira à nouveau hors de ses pensées. Kojirô, entré sur le terrain, tentait un débordement sur l'aile gauche. Il était censé jouer milieu de terrain, mais difficile de changer un comportement d'attaquant. Bientôt, il fut face à face avec Nagata.

- « VAS-Y ! » s'égosilla-t-elle, sans savoir qui elle encourageait.

Mais Kojirô sembla fuir l'affrontement en passant un peu en retrait, vers Kazuki qui était démarqué. Le ballon frappa la barre transversale avant que le gardien ne la sortît en corner, mais tout le monde avait eu chaud. Ce corner relança encore plus la compétition, parce qu'il offrait une occasion en or à la Tôhô. Kojirô se retrouva marqué à la culotte, mais il se comportait comme s'il s'en foutait. Ce qui était sûrement le cas, ce qu'il prouva en reprenant de la tête et basculant le jeu sur l'aile droite où Yutaka Matsuki était seul. Le milieu de terrain était monté et profita de l'effet de surnombre pour dribbler presque devant les buts. La balle fut perdue et reprise, puis dégagée à l'arrière ou l'Ours se contenta de shooter comme un malade dedans, la renvoyant illico d'où elle venait. Les deux équipes piétinèrent, incapables de créer une différence à leur avantage.

Puis avec un rugissement d'exaspération, Kojirô prit la balle et fonça droit devant, envoyant bouler tous ceux qui se trouvaient devant, à côtés et derrière lui. Kazuki et Toshio se précipitèrent, non pour l'assister mais pour marquer Nagata. Ce dernier ne put se défaire de ses chiens de garde à temps et du assister au remarquable tir de Kojirô en spectateur. 1-0 pour la Tôhô.

- « Capitaine, et nous ? » gémit faussement Toshio en regagnant le rond central, ballon sous le bras.

- « Pff, j'aime pas attendre. » répondit l'intéressé. « Finissons-en, ils sont NULS ! » beugla-t-il avec un regard torve et suprêmement orgueilleux vers les ennemis.

- « Tu parles, un capitaine qui fuit et qui a besoin de deux chiens de garde pour faire son boulot ! »

- « Crétin, le foot se joue à onze ! Apprend à compter, bozo ! »

Une telle remarque, venant du Tigre, bien connu pour ses penchants égocentriques sur le terrain, fut une provocation jugée des plus impertinentes. De leur côté, les gars de la Tôhô s'esclaffaient bruyamment. Ça, Kojirô n'avait pas perdu la main au petit jeu de « comment ne pas se faire des amis. »

Pour une fois obéissant à son entraîneur, Kojirô resta à sa place de milieu. En fait, il s'appliqua tellement que l'équipe réussit à couper presque toutes les passes et forçant leur adversaire à tenter de franchir le milieu de terrain balle au pied. Bon, heureusement que les défenseurs assuraient, parce qu'il n'était pas si bon que ça. Pourtant, petit à petit, il s'aperçut qu'il arrivait mieux à coordonner les mouvements de son équipe. Il comprenait mieux pourquoi Tsubasa, Jun et Hikaru préféraient ce poste à l'attaque. Ceci dit, il se préférait en attaquant, c'était bien là où son potentiel s'exprimait le mieux.

Encouragés par leur capitaine qui ne disait pas que des bêtises, Toshio et Kazuki menèrent une guerre intensive à St Elizabeth. Aucune approche ne fut récompensée, parce que la défense était bien meilleure que le duo qui n'était pas bien rodé, mais le fait même qu'ils constituent un danger fut la preuve des progrès accomplis.

Le match se termina donc sur le score 1-0. Si Nagata et ses deux copains quittèrent le terrain extrêmement en colère, le reste de l'équipe de St Elizabeth resta pour échanger des commentaires sur la rencontre. L'équipe avait sous-estimé leur adversaire qui n'était que championne inter-lycée. Comme « St E. » évoluait dans une sphère différente, ses joueurs se pensaient meilleurs… Si les deux équipes ne devinrent pas amies, désormais elles se respectaient mutuellement.

Ayame soupira, partagée entre deux sentiments. Elle s'en voulait d'être à ce point hésitante. Finalement, elle opta pour aller réconforter en premier son petit ami, parce qu'elle savait que ses amis ne lui en voudraient pas de ne venir qu'après. Chemin faisait vers les vestiaires des garçons, elle tomba sur une scène qui lui sembla tirée d'un mauvais shôjô. A croire que les démons l'avaient entendue : Izumi prise à partie, non par un, mais deux groupes. Le premier était forcément les groupies de Kojirô, et le second, des filles de St Elizabeth, qui paraissaient lui en vouloir d'avoir changé d'école… Pour le moment, elles en étaient à s'échanger des noms d'oiseaux. Le plus drôle était que les groupies des 3K finirent par se retourner contre le clan des St E. quand l'une de ces dernières cracha :

- « De toute façon, c'est bien ton style, de te payer le premier mec un peu populaire. Tu as vraiment mauvais goût. »

Oups, elle venait d'insulter sa célébrissime Seigneur le Tigre, devant ses plus ferventes admiratrices. L'affrontement tourna à la mêlée, avec Izumi qui tentait de sortir du cercle des enragées, tenant son équipement à bout de bras. Prise d'une envie de fou-rire, Ayame plongea dans le tas, attrapa la bandoulière du sac photo et indiqua à Izumi de la suivre…

Une fois sorties de cette empoignade, les deux filles s'arrêtèrent, le temps de remettre de l'ordre dans leur tenue et de reprendre leur souffle. Puis, lorsque leurs yeux se croisèrent, elles éclatèrent de rire, au point de faire perler des larmes aux coins de leurs paupières.

- « En tout cas, merci. » fit Izumi quand elle put parler.

- « Hum. »

- « Je dois dire que c'est surprenant de ta part. »

- « J'ai fait ça pour Hyûga, pas pour toi. Ah, pour l'appareil photo aussi… »

- « Bien sûr. Merci quand même. »

- « Je suppose que tu connais le chemin… » Ayame posa doucement le sac à terre et s'éloigna, voulant rejoindre Nagata au plus tôt.

- « Euh, Sakamoto ? »

- « Quoi ? » Elle se retourna avec une virevolte de cheveux noirs.

- « Tu ne dis rien… ? »

- « Sur quoi ? »

- « Sur Kojirô et moi. Tu sembles bien le connaître. »

- « Je le connais plutôt bien mais je n'ai rien à dire. C'est un grand garçon, il sort avec qui il veut. »

- « Mais tu n'approuves pas. »

- « Pas vraiment. »

- « Parce que… tu es jalouse ? »

Devant l'air inquiet d'Izumi, Ayame ne put retenir un éclat de rire amusé et pourtant cruel.

- « Moi ? Avec Hyûga ? Mais c'est du délire. Il est comme un frère pour moi. »

- « Je vois. » Izumi était nettement soulagée par cette réponse, mais Ayame doucha son enthousiasme.

- « Et c'est parce que je tiens à lui comme ça que je te démolirai si tu devais lui faire du mal. »

- « On dirait Neeve, tu sais. »

- « Pas vraiment. Je doute fort que Neeve ait assez de self-control pour arriver à te dire ça sans dire ou faire quelque chose de regrettable. »

- « Elle est chiante à la fin ! »

- « Dit la fille qui lui a pourrit la vie pendant trois mois… »

- « Mais c'était il y a des années ! »

- « Juste trois. Allez deux et demi. Et je te signale que tu ne t'es jamais excusée. Il n'y a pas prescription pour ce que tu lui as fait.»

Sans entendre ce qu'Izumi pouvait bien répondre à ça, Ayame tourna les talons définitivement. Malheureusement, elle arriva trop tard. Les vestiaires se vidaient des joueurs de l'équipe qui lui informèrent que le capitaine était déjà parti. La jeune fille tenta de le joindre sur son portable, mais elle tomba sur sa messagerie.

- « Mais quel gros con ! »

Furieuse qu'il ne l'ait pas attendue alors qu'elle était restée spécialement pour le voir jouer, elle traversa le campus en direction de la cour. Bingo, la Tôhô n'était pas encore partie. Rapidement, elle rassembla ses affaires et sauta dans le bus au moment où les portes se refermaient.

- « Mademoiselle ? » s'enquit Kitazume, surpris par cette apparition.

- « Hum, je vais à la Tôhô moi aussi. Vous voulez bien me déposer, s'il vous plait ? »

Petit sourire enjôleur qui fit complètement craquer l'entraineur, qui n'était cependant pas du genre à se faire charmer. Toute contente d'elle-même, Ayame s'assit élégamment près de Kazuki qu'elle embêta pendant une partie du trajet.

- « Kojirô ! » supplia ce dernier au bout d'un moment. « Elle fait rien que m'énerver. Change de place avec moi. »

- « Non. »

- « Si ! Tu m'en dois une ! »

- « Pff ! Je n'ai pas encore vu les résultats. » Ils pensaient tous les deux à la promesse de Sorimachi, à savoir calmer Neeve.

- « Ben si tu ne changes pas de place, je ne ferais rien. »

Kojirô se leva mais avec un sourire goguenard, se déplaça à l'avant du bus, pour s'asseoir près d'Izumi, qui bénéficiait aussi d'un trajet en bus, et non pas en métro comme les autres spectateurs. Ayame fut plus rapide que son voisin, et ce fut elle qui s'assit près de Ken, tandis que Sorimachi se complaisait dans une paix solitaire.

Le bus arriva quand le soleil flamboyait de ses derniers rayons. Coincés dans les embouteillages, le trajet avait été plus long que prévu. La cour principale était déserte, ce qui rendait les lieux un peu lugubres. Heureusement, on entendait ici et là les cris des joueurs dont les clubs étaient encore en entraînement. Les garçons se séparèrent rapidement. Kojirô resta en arrière, puisqu'il fut volontaire pour aider à porter l'équipement photo aux bureaux du journal. Une fois seuls dans la grande pièce, le jeune couple en profita un peu. Mais comme ils furent interrompus par la femme de ménage, ils durent se résoudre à quitter les lieux.

Dans l'escalier, Izumi fit quelque chose d'assez inattendu : elle s'empara de la main de Kojirô et entrelaça leurs doigts. Le joueur résista à sa première réaction : celle de se débarrasser de ce contact. Il n'avait jamais aimé ce geste qu'il considérait débile. Surtout que les filles étant généralement plus petites que lui, il devait se tordre le bras pour pouvoir marcher de concert. Néanmoins, le sourire satisfait de sa copine le dissuada et il souffrit en silence…

De retour dans la cour, ils s'aperçurent que les clubs en avaient fini avec leurs activités. De partout, filles et garçons, sacs de sport en bandoulière, certains brandissant épée de bambou ou battes de baseball se hâtaient vers le portail.

Portail qui était bien encombré. Un groupe bloquait le passage, et Kojirô grogna en réalisant que Neeve était au centre. Comme d'habitude. Qu'avait-elle fait cette fois-ci, pour se faire remarquer ?

- « Hé, Bro ! Bro ! » Rai faisait de nouveau le sémaphore. Et comme c'était ridicule, que l'attention des gens se dirigeait vers lui, Kojirô Hyûga, destinataire des signaux, lui qui tenait la main de sa petite amie assez peu gracieusement, il se dépêcha de rejoindre le groupe. Izumi le suivit, bien sûr, bien qu'elle fut obligée de trottiner pour rester à sa hauteur.

- « Quoi encore ? Pourquoi vous êtes plantés là ? »

- « Il faut que tu viennes à notre soirée samedi ! »

- « Quoi ? Quelle soirée ? Ce samedi ? Mais en quel honneur ? » Kojirô était certain de ne pas être au courant d'une telle invitation.

- « Non, ça vient de se décider, c'est en l'honneur de Nanami ! Ma cousine est trop forte ! »

- « London ! LONDON ! LONDON ! » s'écriaient Neeve, Nanami et Ayame en sautillant sur place. Entre Rai qui n'expliquait jamais rien et l'excitation ambiante, ce fut Emi qui se chargea de démêler l'histoire. Nanami, la grande perche de cousine aux cheveux rouges qui servait accessoirement de cousine à Rai, venait de gagner un concours de design, remportant ainsi une bourse pour aller finir ses études dans une grande école de design à Londres. Une chance exceptionnelle qui lui ouvrait des possibilités énormes. Pour célébrer la nouvelle, Rai et Nanami avaient organisé une petite fête chez eux au débotté.

- « D'accord, mais pourquoi Ayame et Neeve sont hystériques, elles ? »

- « Oh, apparemment c'est un truc entre filles de St Elizabeth. » Emi fit une petite grimace, cachant peu sa déception de ne pas faire partie du « gang ». Kojirô soupira. Entre Neeve, Emi et Ayame, les jalousies de « qui est la copine de qui » commençaient à le fatiguer.

- « Tu vas venir, hein, bro ? » s'enquit Rai.

- « Je… je ne suis pas sûr. » hésita Kojirô. Devant l'air triste de son ami, il rajouta : « Je sors déjà vendredi soir, alors je ne sais pas si ma mère acceptera que je remette ça le lendemain. »

Ce qui était la pure vérité. Jamais avant son agenda social n'avait été ainsi chargé. Aussi la question de savoir où était la limite entre cours et distractions ne s'était pas posée. Puis Kojirô fronça les sourcils. Toutes ses histoires, ça lui mettait des bâtons dans les roues. Il devait se concentrer sur le foot, même s'il ne pouvait pas jouer en ce moment. Kazuki avait raison sur ce point, il avait tendance à fuir ces derniers temps.

Ce fut un choc pour Kojirô. Réaliser soudainement qu'en l'espace d'un peu plus de six mois, il avait changé du tout au tout. Qu'il s'était éloigné de son objectif alors qu'il était dans la ligne droite. Le directeur et Matsumoto-san l'avaient averti. Ce tournoi qui se préparait devait être sa priorité, et voilà qu'il se laissait distraire par une famille, une copine et des soirées…

Sauf que… maintenant qu'il avait goûté à tout ça, il ne savait pas s'il aurait le courage de tout laisser derrière lui. A part Neeve. Elle et ses ennuis et ses changements d'humeurs, il les mettait dans le premier vol en direction de Tombouctou. C'était à cause d'elle que Natsuko tournait peste, c'était à cause d'elle que ses copains se laissaient aller avec des petites histoires mesquines digne de Dallas.

- « Je vais demander et je te dis ça demain. Mais maintenant, je dois y aller. Hase, on se bouge. Félicitations euh…. Nanami ? » Sur le coup, il se sentit bête, parce qu'il ne connaissait pas son nom de famille.

- « Nishimura, comme Rai, mais Nanami, c'est très bien aussi. Après tout, tu es le frère de ma Nini à moi. »

- « Frère par alliance. » corrigea-t-il. Ce qui eut pour effet de doucher un peu l'ambiance joyeuse du groupe. Neeve rougit et bafouilla quelques mots d'au revoir, puis emboîta le pas à Kojirô, qui se maudissait. Pourquoi avait-il dit ça comme ça ?

Alors qu'il pensait avoir droit à une crise, Neeve ne dit rien, se contentant de poser son sac à terre près du portail avant de siffler Penalty pour sa promenade. Penaud et mal à l'aise, le joueur rentra chez lui. Après un rapide passage par la cuisine pour embrasser sa mère, et embarquer quelques provisions de bouches, il monta faire ses devoirs… A peine installé, il dut se lever pour demander à sa petite sœur de baisser le son de sa chaine. Natsuko, qui se dandinait au son d'une musique pop obéit, mais contrattaqua directement :

- « Tu aurais pu frapper avant d'entrer, non ? »

- « J'aurais pu, mais avec le boucan que tu faisais, tu n'aurais rien entendu ! »

- « Et si j'étais en train de me changer ? »

- « Je me serais excusé et je t'aurais demandé la même chose. »

- « J'aimerais qu'on me respecte un peu dans cette maison ! » râla l'adolescente.

- « C'est marrant, j'allais te dire la même chose. » Puisque l'occasion se présentait, Kojirô allait en profiter. Il pénétra dans la chambre, chose qu'il n'avait pas faite depuis une éternité et remarqua que les images de chats et de poneys avaient été remplacées par des posters de chanteurs ou d'on-suppose-top-model-ou-acteurs. Les chanteurs, il les reconnaissait au micro ou à la guitare qu'ils tenaient à la main. Mais les autres… Il ne put s'empêcher de noter que tous avaient en commun un air effaré de drogué efféminé. Natsuko se pâmait devant… ça ???

- « Mais qu'est-ce que tu me veux ? » pesta Natsuko en le voyant fermer la porte derrière lui.

- « Natsuko, ceci est ton premier et dernier avertissement. Tu vas arrêter de te comporter comme une pimbêche. Tu sais très bien de quoi je veux parler. » Il lui attrapa le menton d'une main pour la forcer à le regarder dans les yeux. « Tu grandis et tu deviens une femme. Et j'en suis plutôt content. Mais si tu dois devenir une écervelée hautaine, chiante et hypocrite, je te jure que je te fais mettre en pension avant même que tu aies le temps de te démaquiller. »

- « Chiche. »

Malgré lui, il serra les doigts autour du menton de sa sœur, qui tressaillit, non de douleur, mais de crainte.

- « Tu grandis mais moi aussi. Je reste ton aîné et si tu mérites une claque, je te la donnerai, même si tu as trente ans. Et ce n'est pas une question de chiche, tu sais très bien que Maman m'écoutera. D'ailleurs, si elle ne t'a pas déjà parlé, elle va bientôt le faire. » Natsuko ne put dissimuler sa grimace de dégoût mais aussi d'indifférence.

- « Pff, une discussion avec Maman ? Et alors, je m'en fous…. » Voilà exactement ce qu'elle pensait et cela se lisait sur son visage.

- « Natsuko, tu vas bien m'écouter. » reprit Kojirô d'une voix très ferme. « Tu ne peux pas agir comme Neeve. Elle a trois ans de plus que toi, et franchement, elle n'est pas un modèle de vertu. Plus d'une fois, elle se serait prise une claque, si j'avais eu mon mot à dire. »

- « Sauf que tu ne le fais pas. »

- « Parce que c'est la fille de Shouta. »

- « Et bien, pas moi. Et tu n'es que mon frère, pas mon père. Je n'ai pas de père et je n'ai pas envie qu'on me prenne la tête. J'ai des bonnes notes, d'excellentes notes même, je suis secrétaire du club photo et je ne me suis jamais faite collée. Alors, je ne vois pas ce que tu me reproches. Si tout le monde avait une sœur comme moi… » Elle ne finit pas sa phrase, conclue sur un ton un peu suffisant. En même temps, elle repoussa la main de son frère.

- « Les chevilles, ça va ? Tu veux la vérité, si tout le monde avait une sœur comme toi, les internats seraient pleins à craquer. Tiens-le toi pour dit! »

Sur ce, il quitta la pièce. Il ne tirerait rien de sa sœur. Il allait devoir s'en remettre à sa mère. Mais pour le moment, il allait se calmer en faisant ses devoirs. Piochant rageusement dans son paquet de chips, Kojirô se plongea dans ses études. Déterminé à remettre les choses en ordre, il se concentra sur son anglais, chose qu'il s'était promise il y a longtemps…

Un peu plus tard, alors que l'air embaumait bon un repas du soir, il alla trouver Neeve qui venait de prendre sa douche. Fidèle à sa promesse, elle avait fait du porc aigre-doux, mais la cuisine, mélangée à sa transpiration de la promenade avait nécessité un récurage en bonne et due forme.

- « HEEEEEE ! Tu pourrais frapper ! » s'écria-t-elle en voyant Kojirô foncer droit sur elle, qui ne remarqua même pas qu'elle était encore en petite tenue.

- « Roo, on s'en fout, t'as qu'à mettre un T-shirt ! » grogna-t-il en lui lançant ses habits.

- « Mais---. »

- « Toi, tu vas m'écouter ! » Neeve eut un hoquet de surprise et ses yeux s'agrandirent en voyant la fureur de son frère. Rapidement, et surtout avec beaucoup de gêne, elle passa son jogging de maison. « Tu vas laisser Natsuko tranquille. Elle pète complètement les plombs, elle devient toi, mais à treize ans. Je savais que c'était une mauvaise idée que de---. »

- « Natsuko ? Elle a un problème ? »

- « Je viens de te dire que---. »

- « Et là, je t'arrête tout de suite. Cela fait au moins des semaines que je n'ai pas parlé plus que ça à Nat. Elle est toujours fourrée au collège, dans son club ou avec ses copines. Qu'est-ce que tu me veux, hein ? »

- « A cause de toi, elle se comporte comme une … une… une greluche ! »

- « Ben, ce n'est pas ma faute. »

- « Et je dis que si !!! »

- « Et le fait qu'elle se comporte si mal depuis je ne lui parle PLUS, ça ne prouve pas que tu es malade ? Arrête de me prendre pour la sorcière maléfique du coin. Tu m'emmerdes à la fin, tiens ! » Et Neeve quitta sa chambre aussi furieuse que Kojirô lorsqu'il était rentré.

- « Je n'ai pas fini ! » ragea-t-il.

- « Et moi si ! Si tu tiens à ce que je te laisse en paix, alors, lâche-moi la grappe ! »

- « Neeve, reviens ici ! Je te parle ! »

- « PAS MOI ! » gueula-t-elle depuis les escaliers.

- « HASE ! » Il courut derrière lui, mais déjà Keiko venait voir de quoi il s'agissait. Neeve haussa les épaules et alla touiller son plat.

- « Kojirô, viens voir ici ! » commanda sa mère en se dirigeant dans sa chambre.

Avec un regard mauvais vers Neeve, il obéit. Dire qu'il voulait bien faire, et c'était lui qui allait se faire remonter les bretelles.

- « Je---. » commença-t-il avant de se faire couper.

- « Nous allons parler. Juste parler. Alors arrête de faire cette tête. »

- « Quelle tête ? » grommela Kojirô en enfonçant ses mains dans les poches de son survêtement.

- « Celle de celui qui en a marre, qui boude et qui va tuer tout le monde. »

- « J'ai cette tête-là ? »

- « Oui. Alors, qu'est-ce qui ne va pas ? »

- « Mes sœurs. »

- « TES sœurs ? Je sais qu'entre toi et Neeve, c'est difficile, mais je vous croyais… enfin, pas fâchés. » Keiko soupira. Il était difficile de savoir où ces deux-là en étaient l'un envers l'autre. Dès que l'un semblait prêt à accepter l'autre, ce dernier changeait d'avis. « Et Natsuko est juste adorable. »

- « Natsuko n'a rien d'adorable. Elle se transforme en véritable peste. Si vous ne faites rien, Shouta et toi aurez des problèmes dans quelques années. »

- « Vraiment ? » Keiko ne se moquait pas. Avec une grimace, elle s'assit peu gracieusement sur son lit.

- « Elle ne m'écoute pas. En fait, c'est une mini Neeve, mais de treize ans. Et ce qui acceptable chez Hase, parce qu'elle plaisante et le montre, Natsuko le fait ou le dit de façon très sérieuse. »

- « Je vois. C'est certain qu'elle est un peu distante ces temps-ci. Entre Shouta qui est très pris par les garçons, moi avec Neeve et ce nouveau bébé, elle peut avoir perdu ses repères. Mais elle est tellement discrète que… »

- « Ben, ses repères, je viens de les lui redonner. » Keiko esquissa un sourire.

- « Et j'en déduis à ton humeur que cela n'a pas été très concluant. »

- « Comment tu sais ça ? »

- « Natsuko fait sa crise d'adolescence. L'autorité d'une mère, ça la fait rigoler. Alors celle d'un frère aîné… »

- « M'ouais. »

- « Bon, je prends ce dossier en main. Après tout, tu n'es pas leur père. C'est à moi, à nous, Shouta et moi, de régler ça. Toi, essaye de te dépatouiller avec tes propres problèmes. »

- « J'ai pas de problème. » lâcha Kojirô du bout des lèvres.

- « Vraiment ? Alors pourquoi tu passes tes nerfs sur Neeve ? »

- « JE--- ! »

- « Ne crie pas, je sais exactement ce qui s'est passé il y a un instant. J'étendais le linge… Et je t'ai déjà dit que ta voix portait. Tu sais, Neeve essaye vraiment de ne pas t'ennuyer. »

- « Elle s'y prend comme un pied. » Keiko tapota le lit à ses côtés et Kojirô, pour ne pas contrarier sa mère, s'assit près d'elle.

- « Dis-toi deux choses : déjà, elle ne sait pas comment s'y prendre, elle n'a jamais eu de famille. Et deuxièmement, c'est non seulement dans son caractère de taquiner, mais dans ton cas, elle le fait exprès. Parce qu'elle veut être sûre d'attirer ton attention. »

- « Là, c'est réussi. Mais pourquoi veut-elle que… Enfin, elle n'arrêtait pas de me dire que je la collais ! »

- « C'était avant. Maintenant qu'elle a une famille, et un grand-frère pour prendre soin d'elle, elle ne veut pas le perdre. Et encore moins le prêter. »

- « QUOI ? JE SUIS UN JOUET MAINTENANT ? »

- « Hum, un peu. Tu as bien fait la tête quand Mamoru a arrêté de t'admirer non ? »

- « Ce n'est pas la même chose. »

- « Franchement… sois tu le fais exprès, soit tu es un cas désespéré. Allez, va te réconcilier avec elle. » Elle lui tapota la cuisse d'un air encourageant.

- « J'veux pas ! »

Venant d'un grand et fort bonhomme comme Kojirô, la remarque surprit et Keiko eut un gloussement qui vexa son ainé.

- « Des fois, j'en oublie que tu es un enfant toi aussi. J'ai tendance à te considérer autrement que les crapauds. »

- « AHAH ! Toi aussi tu les appelles comme ça ! » Kojirô finit par capituler et s'étendit sur le lit, croisant les mains sous sa tête. « Franchement, c'est nul de grandir. »

- « Je m'en doute. A ton âge, je ne savais pas où j'en étais. »

- « Toi, c'était différent. C'était une autre époque. »

- « Kojirô, je ne suis pas si vieille ! Je te rappelle que je suis tombée enceinte de toi quand j'avais dix-huit ans ! »

- « Ben ,y'a pas de quoi être fière ! »

- « On va dire que je n'ai pas entendu ça. »

Keiko était amusée. Voir son premier-né se débattre avec lui-même, aussi douloureux que cela était parce qu'elle ne pouvait pas grand-chose, restait intéressant, de part la personnalité du sujet. Elle se déplaça pour venir caresser les cheveux de son fils qui fixait le plafond. Le silence retomba entre eux, une sorte de quiétude comme celle qu'ils partageaient avant. Sans le vouloir, le jeune homme sentit ses paupières se fermer. Pour un peu, il ronronnait.

- « Tes cheveux ont déjà tellement poussé. » avança doucement Keiko.

- « Ouais, mais cette fois, pas touche. » fit-il sans ouvrir les yeux. « Izumi m'aime bien comme ça. »

- « Hum, Izumi… Tu ne m'en as pas parlé. »

- « Je sais. Et ne compte pas en savoir plus. »

- « Tu vas me la présenter ? »

- « Pas tout de suite. A ce propos, je peux sortir samedi soir ? »

- « La soirée chez Rai ? »

- « Comment tu sais ça ? » s'étonna Kojirô, en tournant la tête pour dévisager sa mère.

- « Neeve m'en a parlé. »

- « J'avais oublié qu'elle irait. Bon sang ! Pourquoi tous ses potes sont les miens !?»

- « Vous vous ressemblez, c'est normal. »

- « Maman ? »

- « Oui mon chéri ? »

- « Ne redis jamais ça. »

- « … si tu veux. Pour en revenir au sujet, tu n'es pas déjà de sortie vendredi ? »

- « Un ciné avec Izumi. Un truc tranquille… »

- « Je ne suis pas trop pour. Avec tes problèmes de santé. »

- « Mais je vais très bien ! » Pour le coup, il se redressa.

- « Et puis, cela m'embête. Autant de sorties…. »

- « C'est exceptionnel, tu sais. »

- « Et le foot ? »

- « Quoi le foot ? »

- « Tu n'oublies pas tes priorités, non ? »

Cette fois, Kojirô avait trouvé la réponse.

- « Non. J'y ai pensé moi aussi, mais je n'oublie pas le foot. En fait, j'y reviens. Avant, je jouais beaucoup pour l'argent, et quand Shouta est arrivé, j'ai un peu perdu mon chemin. Mais j'ai compris que j'aimais jouer au foot. C'est tout con comme raison. Au début, je ne pensais pas que c'était suffisant. J'avais beau être bon, je me disais… que ce n'était pas assez, cela ne justifiait… » Le jeune homme s'emmêlait dans ses explications, mais alors qu'il parlait, les pièces du puzzle se mettaient en place. « Quand je voyais Kazuki, qui n'est pas aussi doué que moi, se donner à fond et même refuser l'université, et aller contre ses parents, je me disais que je n'avais pas ma place sur le terrain. Mais en fait, j'aime le foot autant que lui. Je crois qu'il m'en a voulu parce que je considérais ma présence sur le terrain comme coulant de source, parce que j'étais bon… Mais il n'y a pas que le talent… »

Keiko avait écouté en silence. Elle n'était pas certaine de comprendre exactement ce que son fils lui disait. Ce qui lui plaisait était qu'il parlait, exprimait ses sentiments, ses craintes et ses espoirs. Elle n'avait rien pu faire ces dernières semaines, et même aujourd'hui, son rôle se réduisait à être une oreille compatissante. Après tout, elle avait toujours été dépassée par les rêves de son fils.

- « Ce n'est pas tout, je dois… ben voilà ! »

Soudain gêné par son monologue, Kojirô bondit sur ses pieds et quitta la pièce un peu précipitamment, ce qui fit rire Keiko. Il se retourna un instant pour lui dédier un de ses rares sourires avant de s'élancer dans le couloir en clamant assez fortement

- « Ça sent bon ! J'ai trop les crocs, on bouffe quand dans cette baraque de fous ? »

Shouta et Neeve mettaient la table et stoppèrent net devant l'exubérance du jeune homme.

- « Je pense que cela va bientôt être prêt. » finit par répondre Shouta en jetant un coup d'œil à la cuisinière du jour pour confirmation. Celle-ci approuva de la tête mais n'ouvrit pas la bouche. Kojirô soupira. Les filles et leur sensibilité. Il trottina jusqu'à la cuisine où Neeve s'était réfugiée.

- « Je peux faire quelque chose ? » Et par habitude, il tendit la main vers une portion de nourriture qui passait par là… PAF « Aie ! »

- « Bien fait ! » Le retour de la cuillère en bois.

- « Ah ouais ? » Le retour des chatouilles. « Tu es faible Hase ! »

- « Un jour, je me vengerais ! » promit Neeve en se recroquevillant pour se protéger au maximum. Commença un combat où Kojirô tentait d'atteindre les côtes de Neeve qui se défendait avec Excalibois, la cuillère magique.

- « Chiche ! »

Il ne le savait pas encore, mais il allait regretter ces mots.