Chalut, désolée pour le retard, mais j'ai passé les deux dernières semaines complètement satellisée à faire du train entre les trois bouts de la France… et comme j'ai le mal du voyage, j'ai dû laisser tomber la fic. Mais bon, voilà notre chapitre 55.
Je me doute que la parution altérée a refroidi beaucoup de votre enthousiasme, cependant, je voudrais savoir si vous aimez toujours ma fic, et si ce n'est pas/plus le cas, ce que vous lui reprochez : un petit comm svp !
Voilà pour moi, bonne lecture !
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Chapitre 55 – Qui sème le vent récolte la tempête.
Kojirô se tint sur ses gardes pendant toute la soirée, mais Neeve ne tenta rien. A moitié persuadé qu'elle n'avait fait que lancer ces mots sans aucune intention (ou possibilité) de les mettre en pratique, il alla se coucher avec l'impression qu'il avait oublié quelque chose. Assez désagréable comme sensation, mais heureusement éphémère, puisqu'il se réveilla en pleine forme le lendemain. Plein d'énergie, et déterminé à rester sur le bon et droit chemin du foot aujourd'hui, Kojirô s'en alla en sifflotant.
Étonnamment, sa bonne humeur se maintint toute la journée… Bien sûr, il ronchonna à propos de tout et surtout de rien, mais plus personne n'y prêtait attention désormais, professeurs y compris. Cela faisait même sourire certains, dont leur prof de Japonais en voyant sa réaction quand elle distribua la photocopie du programme de révision pour les examens de fin de semestre :
- « Quoi, on a étudié le romantisme ? »
- « Oui, Hyûga-kun. On a d'ailleurs commencé le jour de la St Valentin. Je pense que tu te t'en souviens. »
- « Non. Je ne veux pas m'en souvenir. Moi et l'amour, ça fait deux. »
- « Ah bon ? Ce n'est pas ce que les rumeurs disent. »
Cette remarque, en elle-même ingénue, fit tourner le Tigre au rouge tomate le plus profond. Dire que même les professeurs suivaient les progrès de sa vie sentimentale ! Ken et Kazuki étouffèrent leurs rires puis se redressèrent en tentant de reprendre leur sérieux après un coup d'œil froid de la part de l'enseignante.
- « Mais quelle vieille peau ! » pesta Kojirô en sortant de cours. « Une vraie commère ! »
- « Moi, j'l'aime bien… » sortit placidement Sorimachi. « Elle est bonne prof, est prête à vous aider sans pour autant se la jouer « copine »… Franchement, entre elle et le Morse ? »
- « Ouais…. » concéda le Tigre en grommelant.
- « C'est dommage qu'elle soit célibataire… » commenta Ken en frappant la machine qui refusait de lui servir sa boisson. Connaissant la force du karatéka, l'équipement émit finalement un « bip » peu encourageant mais consentit à délivrer la canette de thé glacé.
- « Mais qu'est-ce qu'on s'en tape, qu'elle soit célibataire ou pas ? »
- « Kojirô, tu manques de sens pratique. Les femmes, quand elles sont amoureuses, ont tendance à être moins difficile à vivre. »
- « Ben je devrais caser Neeve alors… » grommela Kojirô en croquant dans sa pomme, premier en-cas de la journée. « Mais si tu tiens tant à caser la prof, fous-la avec Kitazume. Cela nous fera double de vacances… » La suggestion fut accueillie par un silence approbateur. « Mais vous allez arrêter de croire tout ce que je dis ? »
- « Mais pour une fois que tu ne disais pas des bêtises… »
Kojirô rentra chez lui tout seul après son entraînement. Les filles avaient annulé l'entraînement de basket parce qu'Emi avait accompagné les garçons à un match extérieur, et qu'une équipe sans capitaine… Neeve avait donc quitté le lycée dès la fin des cours. Le footballeur ne trouvait pas ça très sérieux – à deux semaines de leur match - mais il avait décidé de ne rien dire. Pour se soulager, il tapa comme un forcené sur la boite aux lettres qui n'en finissait pas de rendre l'âme. Encore des lettres pour Neeve. Cette fille avait une correspondance de ministre et se ruinait en timbres. Déchiffrant les tampons, il identifia l'Espagne et l'Indonésie. Puis il réalisa que Penalty ne s'était pas encore rué sur lui pour lui faire la fête. Pourtant, il l'entendait japper et couiner depuis le jardin intérieur. Alerté par la voix plaintive de son chien, le croyant peut-être blessé, il contourna la maison au pas de course.
- « Penalty ? » appela-t-il.
- « NON ! COUCHÉ ! Kojirô espèce de gros crétin ! »
L'accueil peu chaleureux ne doucha pas l'hilarité du jeune homme qui contempla Neeve qui tentait de maintenir l'animal plaqué dans un bac en plastique d'un œil goguenard. Tous les deux moussaient et dégoulinaient d'eau.
- « Mais qu'est-ce que tu fais à mon chien ? »
- « Je le lave, ton chien. Il pue, c'est une horreur ! »
- « Il pue pas d'abord ! » objecta Kojirô pour la forme.
- « C'est ça… viens donc m'aider… »
- « Hum, tu t'en sors si bien, pourtant…. » Pure ironie…. Neeve venait tant bien que mal de convaincre Penalty de s'asseoir dans le bac, mais on voyait bien que le chien cherchait déjà la prochaine bêtise à faire.
- « HYÛGA ! »
- « D'accord, d'accord, je vais me changer… »
Grimpant les marches cinq à cinq, le jeune homme arriva dans sa chambre juste à temps pour voir par la fenêtre son chien s'élancer dans le jardin, poursuivi par une Neeve furibonde. Éclatant de rire, il passa un vieux jogging élimé et un T-shirt couvert de peinture qui avait servi lors de la décoration de la chambre d'ami et du bébé. En redescendant, il croisa Natsuko qui portait l'aspirateur.
- « Tu viens nous donner un coup de main ? »
- « Non. J'ai autre chose à faire. »
- « D'aaaaaccord, Miss Famille. »
Son humeur déjà plus sombre, il s'approcha du bac où Penalty, ligoté comme un saucisson par sa propre laisse, subissait le sort exécrable de se faire mouiller. Le chien ne montrait pas d'affection particulière pour le contact de l'eau, ce qui était étrange, parce qu'il se précipitait vers la moindre flaque de boue qu'il croisait en se promenant.
- « Tiens, frotte-lui les oreilles ! » ordonna Neeve en s'attaquant au gros de l'animal.
- « Hum. Mais c'est un truc de fille, ton shampooing ! » s'écria-t-il en sentant l'odeur de la mousse.
- « Mais non ! C'est un truc spécial chien ! Crétin ! »
Kojirô s'empara de la bouteille pour lire l'étiquette.
- « Voyons voir. « Shampoing doux hypoallergénique pour poils mi-longs. Renforce le cuir et rend le poil épais et soyeux. Traitement antibactérien, préventif contre les puces, tiques et autres parasites. Formule neutre respectueuse de l'environnement. » Ben avec, ça, mon vieux…. » railla Kojirô en regardant son animal qui lui fit des yeux de chaton abandonné sous la pluie. Mais comme cela ne fonctionnait pas… SMOUCH ! Penalty venait de se coller à lui, et l'odeur de chien mouillé remplaça celle du shampooing.
- « Évite de lui en mettre dans les yeux. »
- « Merci, je m'en doute… mais qu'est-ce qui te prends, de le laver d'un coup ? »
- « Ce n'est pas d'un coup. Le véto a dit de faire le traitement avant les grosses chaleurs… Alors, lavage ! »
Neeve semblait s'amuser à frotter vigoureusement le dos du chien, qui devait apprécier puisqu'il ne disait rien. Alors qu'elle avait fini les côtes, Kojirô la vit s'arrêter et rougir un peu avant de prendre une profonde inspiration… et de faire disparaitre sa main sous le chien.
- « Roo, ça va ! C'est toi qui devrais faire cette partie, en plus ! »
- « Mais je n'ai rien dit ! » se défendit le jeune homme. « Bon, rinçage ! » Il prit le jet d'eau et entreprit d'enlever la couche de shampooing. Penalty se soumit sans pour autant leur épargner gémissements à fendre l'âme et trémoussements pathétiques des pattes. « Oh, arrête ton cirque, Pen ! »
Avec une claque aux fesses, il indiqua au chien qu'il était libre. L'animal bondit et alla se rouler sur le drap troué étendu par terre. Il faisait mille cabrioles qui adoucirent l'humeur de Neeve.
- « Ouuuuups, désolée, Kojirô… »
- « C'EST ÇA, OUI ! » rugit-il quand il se retrouva aspergé.
- « Mais je voulais juste laver la bassine… »
- « Je vais te la laver, ta bassine, tu vas voir ! »
Il entreprit de la caler dans le bac et l'y maintenir alors qu'il lui fourrait le jet d'eau dans le cou. Elle contrattaqua en lui grattant le ventre avec la brosse du chien. En un instant, ils étaient trempés, couverts de mousse résiduelle et se roulaient à terre en chahutant sous l'air dégoûté de Penalty qui n'en croyait pas ses yeux : même lui ne se comportait pas comme ça.
- « Tiens, un massage à la boue ! Il parait que c'est bon, la boue, pour le visage ! » menaça Kojirô en ramassant une pleine poignée de terre.
- « Arhem… »
Une petite voix toussota, interrompant le jeu. En levant les yeux, les deux « lutteurs » purent voir que le reste de la famille, aligné sur la terrasse, profitait du spectacle en riant.
- « Ah, Papa ! Aide-moi, il me martyrise ! »
- « Neeve, dans la vie, il faut savoir se débrouiller seule des fois. »
Cependant, Kojirô laissa sa sœur se relever.
- « Ah non, vous n'entrez pas dans ma maison comme ça ! » objecta Keiko.
- « AHHHHHH ! » s'écria soudain Neeve. « C'était le jour de l'échographie !! Alors ? »
Tilt ! Kojirô venait de se souvenir de ce qu'il avait oublié hier. Un peu en retard, mais cela soulageait de mettre la main sur la pièce manquante.
- « Tout va bien, tout va bien ! » commença Shouta avant d'être interrompu par cinq voix qui demandaient toute la même chose : le sexe du bébé. « On ne sait pas ! » répondit-il.
- « Comment ça ? » Kojirô se fit le porte-parole. « Ne me dites pas que vous voulez garder ça une surprise ! »
- « Nous y avions pensé, mais en fait, ce n'est même pas ça. Le bébé est tourné d'une telle façon qu'on ne voit pas son sexe. On voit son dos en ce moment. Il peut bouger d'ici l'accouchement, mais c'est fort improbable. Donc, oui, cela va être une surprise ! »
Kojirô grommela indistinctement et se prit un coup de coude de Neeve :
- « Comment ça, ça ne peut être qu'une fille pour être aussi chiante ? A mon avis, c'est un garçon, à montrer ses fesses ainsi ! »
- « Ouais, ben il a intérêt ! »
- « Ah ouais ? »
- « Ouais, et il a aussi avoir intérêt à ne pas avoir les mêmes gènes que toi, parce que sinon, ça craint pour lui ! Heureusement qu'il sera moitié Hyûga. »
- « Qu'est-ce qu'ils ont mes gènes ? »
- « Tu es petite et complètement idiote, superbement chipie et carrément casse-bonbon, voilà ce qu'ils ont, tes gènes ! »
- « Ah, ouais, et les tiens, de gènes ? Tu crois avoir plus de cerveau que moi, Môsieur le Grand Gorille du je-shoot-dans-la-baballe ? »
- « Pour un garçon, c'est très bien ! »
- « Je te dis que c'est une fille ! »
Les parents décidèrent de les laisser se disputer, alors que les trois plus jeunes assistaient à l'altercation en ouvrant des yeux grands comme des soucoupes. Alors que les mots faisaient place aux nouveaux jeux de mains, (la boue, le retour), ils commencèrent à encourager leur champion. Takeru supportait Kojirô, parce qu'il voulait un petit frère, alors que Mamoru et Natsuko soutenaient Neeve, pour la raison inverse. Bientôt, tous perdirent le compte des points tandis que Neeve avait la gorge en feu à force de rire et de pailler en même temps. Il faut dire qu'elle opposait une forte résistance à Kojirô, qui s'amusait à contrecarrer ses attaques… Il en était à la plaquer au sol alors qu'elle rampait pour s'emparer de la brosse dure quand un nouveau raclement de gorge mit fin à leur guérilla. En un bel ensemble, les deux adolescents levèrent les yeux pour découvrir trois paires de pieds. Les chaussettes noires quelque peu transparentes ne pouvaient appartenir qu'à Ken, alors que les pieds nus au petit doigt de pied gauche atrophié désignaient Kazuki. Par contre, la paire de petits petons aux ongles soigneusement vernis de rose corail soulevaient des interrogations : quelle fille pouvait venir ici ? Sachant qu'Ayame n'utiliserait jamais de rose corail, qu'Emi ne se vernissait même les ongles des mains et que Nanami avaient les siens multicolorés…. QUI ?
- « Heu… on vous dérange, peut-être ? » susurra le gardien en levant un sourcil moqueur devant l'état de ses amis. Mais il fut complètement ignoré :
- « Izu…. Izumi ? Qu'est-ce que tu fais chez moi ? » demanda un Kojirô un peu hébété par la surprise. Il reprit ses esprits au moment où il sentit Neeve, toujours plaquée sous lui, tendre ses muscles et prendre une profonde inspiration. Rapidement, il la bâillonna d'une main et l'enfonça encore un peu plus dans la terre détrempée, lui indiquant clairement ainsi qu'il n'admettrait pas une scène.
- « Je dois travailler avec Natsuko-chan. »
- « MA Natsuko ? »
- « Tu en connais d'autres qui habitent ici ? »
- « … Mais qu'est-ce que vous faites ensemble ? »
- « Tu es lent ou tu le fais exprès… ? Club de pho-to-gra-phie ! Elle est secrétaire et moi trésorière. Nous avons du travail pour le festival culturel… Tu te rappelles qu'il va y avoir un festival culturel, non? »
- « Ça va, c'est bon, j'avais pas capté…. » grommela le joueur en se relevant… tout en continuant à écraser Neeve, histoire de ne pas gâcher une si belle occasion.
- « Maiiiis euuuuuh ! » protesta cette dernière.
- « C'est pas ma faute, ça glisse ! » Ce qui était également vrai.
- « Et vous faisiez quoi, là ? » questionna Ken en évaluant le degré de crasse boueuse des deux.
- « Hum, on lavait le chien. » répondit Neeve en se décollant du sol avec un petit bruit de succion.
- « Mais, vous deux, vous faites quoi ? » coupa Kojirô.
- « Moi, je te signale que Neeve m'a invité à manger. » répondit Ken avec un grand sourire. Franchement, c'était super bien payé, pour n'avoir fait que répondre à une page d'équations.
- « Et moi, j'ai un truc à demander à Neeve. » expliqua Kazuki.
- « Ah ouais ? Quoi ? » fit un buteur curieux.
- « Hum, un truc. » Si cela n'éclaira pas plus Kojirô, cela sembla parler à Neeve. Le Tigre se demanda soudain si cette amitié entre sa sœur et son ami était une chose bien raisonnable. Neeve ayant mauvaise influence sur tout le monde, le buteur en second étant influençable en ce moment…
- « Je vois. » Neeve se remit debout.
Ou tenta de se remettre debout. Ce fut là que tout arriva. Alors qu'elle n'était qu'à moitié déployée, elle glissa sur la flaque de boue et retomba en arrière. Comme toute autre personne dans les mêmes conditions, elle tenta de se raccrocher à quelque chose. Ce quelque chose fut Kojirô, ou plus précisément, son jogging. Et connaissant le défaut maintenant bien établi que les joggings et bas de pyjamas de la maison Hase-Hyûga avaient tous des élastiques plus ou moins lâches, cela ne sembla pas si improbable que le jogging du jour ne fît pas exception. Par contre, il était beaucoup plus surprenant que le caleçon vint avec le pantalon.
- « HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ! » piailla Izumi en se couvrant les yeux et rougissant.
- « NON MAIS ÇA VA PAS ? » rugit Kojirô de toute sa voix en se recroquevillant pour tenter de cacher ce qui aurait dû rester de l'ordre privé.
- « AIIIIIIIIIIIIIE ! » gémit Neeve qui ne s'était pas rattrapée et était donc retombée à terre.
Ken et Kazuki ne dirent rien, trop occupés à rire. Ils se reprirent quand ils virent que la situation n'allait pas en s'arrangeant quand Penalty décida de se vautrer sur son maitre bien aimé, qui n'avait pas de main libre pour le calmer ou le repousser.
- « HASE ! »
- « Quoi ? » Neeve venait de se dégager et s'était déjà éloignée. « Il paraît que je suis faible. Démerde-toi, c'est ton chien, ton slip et tes… choses. »
- « HASE ! »
- « Quoi encore ? Tu as fini de faire ton caca nerveux ? »
- « M'enfin---. »
Izumi n'en finissait plus de couiner, piailler et autres bruits animaliers.
- « Yamashita, la ferme, ce n'est pas comme si c'était la première fois que tu en voyais, non ? »
- « Hiiiiii---. En fait, oui. Je ne suis pas comme toi, moi. » répliqua l'interpellée.
- « Pff, après tout, il n'y a que cet abruti pour vouloir te montrer ses choses. »
- « COMMENT ÇA ? » s'exclamèrent un duo de voix.
- « Mais vous vous êtes bien regardés, non ? Entre une méduse avachie à l'haleine de crapaud vénimeux et l'autre ramolli du bambou supérieur comme inférieur… Il faut bien un idiot pour sortir avec une mocheté. »
- « HASE ! C'est quoi cette histoire de ramolli du… »
- « Rooh, t'excite pas ça, tu risques de provoquer une réaction !! »
- « Mais qu'est-ce !!!! » s'indigna Kojirô qui était toujours à terre et à moitié dévêtu.
- « Parce qu'en plus, je dois te faire un dessin ? »
La moue et le haussement mono-sourcilier acheva un Tigre à la fierté déjà bien égratignée. Ken le prit en pitié, au contraire de Kazuki qui s'esclaffait de plus belle. Le gardien guida Izumi à l'intérieur de la maison, donnant ainsi l'occasion à son ami de se rhabiller tranquillement. Et le temps de penser.
Kojirô venait de comprendre l'attitude de Neeve. Et, entre autre, le « je me vengerai ». La dernière remarque que la jeune fille avait lancée se voulait blessante avec la volonté de toucher là où cela faisait le plus mal pour un garçon. En d'autres circonstances, le footballeur aurait très mal pris cette critique sur l'importance et la taille du sujet. Surtout si cela venait de Neeve. Qu'est-ce qu'elle en savait, elle ? Quand on voyait Shun, on se demandait ce que lui avait dans le pantalon. Dans tous les sens du terme. Mais là, le Tigre était plus énervé par le ton et le domaine de l'insulte que par l'insulte en elle-même.
Neeve avait décidé de porter la guerre sur le terrain hautement glissant de leur différence. Elle lui reprochait d'être un garçon. Tant qu'il se comportait en frère, une chose asexuée, androgyne - mais volontaire, autoritaire mais protectrice - tout allait bien. Mais dès qu'il se comportait en garçon, en homme, en mâle, elle réagissait comme si la présence même de Kojirô était une attaque personnelle. En tant que sœur, rien à dire, Neeve était au top. En tant que fille, elle était imbuvable. Dès qu'il la considérait comme une fille…
Il resta figé sur place. A vrai dire, Neeve n'avait jamais été exceptionnellement pudique. Elle ne se baladait pas nue, certes, mais elle semblait ne pas se soucier qu'il la vît en sous vêtements ou en petit short moulant. Lorsqu'il lui arrivait de la surprendre en des circonstances gênantes, elle le chambrait, mais ne lui faisait pas un cinéma. Se pouvait-il qu'elle le ne considérait pas comme un garçon ? ou comme un garçon qui ne la voyait pas, elle, comme une fille ? Pourtant, c'était bien elle qui lui avait seriné à toutes les sauces qu'il devait se trouver une copine. Elle était donc consciente de cet aspect sexuel. Alors, quel était le problème ?
Kojirô était passé près de l'illumination. Il avait eu un éclair, mais pas assez de temps pour bien en capturer l'essence. Cependant, il commençait à mieux cerner Neeve, et les paroles de sa mère prenaient désormais un autre sens. Du coup, il se sentait gêné. Comment devait-il se comporter face à Neeve ? Qu'attendait-elle de lui ? Puis, ses pensées prirent un chemin bizarre, renversant la perspective : comment voyait-il Neeve, lui ? Après tout, il avait détesté Shun le moment où il l'avait vu, simple silhouette sur un scooter… Parce que c'était un garçon et qu'il proclamait ainsi que Neeve était une fille ? Non, simplement parce qu'il était con, parce qu'en fait, l'idée de Neeve avec un copain ne soulevait pas une montagne d'objections et de dégoût chez notre buteur. Oui, il se ferait du souci, mais tout comme il se souciait des fréquentations d'Ayame. Non, il voyait Neeve comme une jeune fille de seize ans…
A ce propos, il devenait urgent de la caser. Ken avait dit vrai, une fille avec un copain est moins sur votre dos. Surtout quand il s'agissait de votre sœur. Par contre, c'était autrement plus délicat comme sujet. Il avait déjà eu du mal à se trouver une copine pour lui, alors dénicher un petit ami capable de supporter les humeurs de Miss Amabilité…
Entre temps, Neeve avait prit une douche pour se débarrasser de sa boue puis, une fois rhabillée, s'était enfermée dans sa chambre avec Kazuki. Ken, qui s'était retrouvé seul une fois que Natsuko et Izumi s'étaient elle aussi bouclées dans l'autre chambre, avait erré comme une âme en peine à la recherche de quelque chose à faire. Kojirô se changeait, pas un bruit ne sortait des deux chambres féminines…. Pas un ragot à se mettre sous la dent… Réduit à jouer aux jeux vidéo avec Takeru et Mamoru, le gardien se mordillait les lèvres. Il ne savait pas ce que Kazuki voulait. Ils s'étaient croisés dans la rue mais le second buteur n'avait pas daigné donner la moindre explication. Ken se doutait qu'il s'agissait d'un truc de fille, peut-être même sur cette fameuse fille dont il était amoureux.
Plus il y pensait, moins il voyait qui cela pouvait être. Peut-être bien Emi, mais déjà le goal savait que les sentiments – si sentiments il y avait véritablement – n'étaient pas partagés. La jeune fille savait tout juste qui était Sorimachi. Et le joueur était de plus en plus secret, rendant l'enquête difficile. Depuis qu'Ayame s'était réconciliée avec Neeve, Ken avait pu éliminer beaucoup d'autres filles, parce que la jolie brune semblait au courant des rumeurs de tous les lycées à la ronde. Alors le mystère restait entier.
Une question en entrainant une autre, le gardien se demanda comment les relations Hyûga-Hase-Yamashita allaient évoluer. A ce point de leur histoire, le couple Kojirô-Izumi, bien qu'encore neuf et balbutiant, paraissait solide : elle semblait attachée à lui, et lui, lui prêtait étrangement beaucoup d'attention. Cependant, la jeune fille provoquait une sensation bizarre en Ken : d'un côté, il la trouvait charmante, plutôt jolie, volontaire avec son petit caractère. Une personne qui semblait être capable de plaire et quelque part, de diriger un Tigre impulsif et bien des fois tête-creuse. Mais tout au fond de lui, elle éveillait un sentiment de doute, de gêne, un peu comme un vin tournait acre dans votre bouche après son premier fumet.
Et voilà maintenant qu'elle fréquentait Natsuko. Lorsqu'on savait l'animosité entre Neeve et Izumi, ce nouvel élément du puzzle allait certainement compliquer les choses. Le monde était bien petit… Qui aurait pu croire que la petite amie et la petite sœur partageraient la même passion pour la photo ? Surtout que ce n'était pas quelque chose d'inventé. Les deux filles avaient montré un intérêt depuis longtemps, on ne pouvait pas accuser Izumi de l'avoir fait exprès.
Ken eut un sursaut. Il venait de mettre la main sur ce qui le dérangeait. Le fait qu'Izumi soit arrivée si vite, qu'elle s'intégrât si parfaitement dans la vie de Kojirô. Elle semblait trop bien pour être réelle. Oui, sa passion pour la photo lui faisait comprendre et supporter la passion du buteur pour le foot. Oui, cette même passion la rapprochait de Natsuko. Et son caractère était son caractère. Mais quelque part, c'était louche.
Même avec eux, elle se comportait comme la parfaite petite jeune fille de bonne famille. Les deux footballeurs l'avaient rattrapée alors qu'elle cherchait la maison des Hase-Hyûga. Sur le coup, ils leur avaient semblé logique de faire chemin ensemble, mais le hasard de la rencontre… était-il vraiment si hasardeux ? Chemin faisant, ils avaient discuté de sujets neutres, comme ceux qu'on évoque entre personnes qui ne se connaissent pas vraiment, réunies par la force des choses. Mais au bout de cinq minutes, le sujet avait dévié des profs et examens aux dernières bêtises du trio, et les deux garçons se retrouvèrent à lui raconter des anecdotes de leur vie commune et des quatre cent coups qu'ils avaient fait au collège…
- « Ken, réveille-toi… » fit soudain Kojirô en se laissant tomber à ses côtés sur le canapé. « Tu te fais battre par un gamin de neuf ans. »
- « Bientôt dix ! » s'exclama Mamoru sans quitter l'écran des yeux, tout en tirant un bout de langue tant il était concentré par le jeu.
- « Hum, oui… »
- « Il veut quoi, le Kazuki ? »
- « Aucune idée… »
- « Ah…. »
Ken sentit que Kojirô voulait lui dire autre chose, mais que le moment était mal choisi… Et ce moment ne se présenta pas. Quelques instants plus tard, Kazuki et Neeve descendaient en chuchotant comme deux conspirateurs. Les deux lycéens tendirent l'oreille pour capter au moins une bribe, mais à part des rires, ils ne tirèrent rien.
- « Ah, tu veux rester manger ? » proposa la jeune fille à haute voix.
- « Non, ma famille m'attend. C'est dommage, j'adore ta cuisine. »
- « Pense à ta ligne. » Le gloussement qui accompagna la phrase laissa entendre une référence obscure à une plaisanterie que seuls eux partageaient.
- « Ouais, ben on verra quand tu y seras… »
Sur ces mots énigmatiques, Kazuki prit congé et Neeve vint embêter Ken, qui se laissa faire. De toute façon, il avait perdu et elle avait commencé, alors autant lui faire plaisir. Ainsi, elle le laisserait tranquille plus tard, quand il serait moins d'humeur à se faire titiller. Parce que contrairement à Kojirô, Ken avait complètement cerné Neeve. Cette dernière s'amusait par ailleurs à faire tourner chèvre son frère, qui n'avait pas encore compris le mode d'emploi.
Les choses se corsèrent quand Izumi et Natsuko rejoignirent le reste de la famille. Shouta et Keiko s'étaient à leur tour installés dans le sofa, et à défaut de participer, encourageaient les joueurs. Lorsque Natsuko présenta son invitée, les parents eurent un hoquet.
- « Enchantée, mais…. » commença Keiko d'une voix hésitante. « Je croyais que… enfin… Kojirô... sa petite… enfin… »
- « Oui, ça aussi ! » Et Izumi rougit un peu, ce qui provoqua immédiatement une sorte de renâclement de la part de Neeve. Shouta eut un rapide coup d'œil vers sa fille puis fronça les sourcils en examinant Izumi. Celle-ci était maintenant victime de l'attention maternelle.
- « Ah, je ne pensais pas que Kojirô allait… Enfin, tu aurais pu me prévenir ! » La mère de famille se retourna vers son aîné d'un air accusateur.
- « Mais je ne savais pas non plus ! »
- « C'est moi qui l'ai invitée, pour le club photo ! » intervint Natsuko. Elle eut un sourire en coin, qui rappelait celui de Kojirô, mais dont l'expression moqueuse venait définitivement de Neeve. « Comme ça, j'ai fait d'une pierre deux coups. Si on avait dû attendre que Nii-san nous la présente… »
- « Mêle-toi de tes affaires ! » rugit Kojirô qui voyait la situation lui échapper. Ce n'était pas qu'il n'avait pas envie que sa famille fît la connaissance de sa petite amie, mais il ne pensait pas le faire si tôt alors qu'ils débutaient seulement leur relation, et sûrement pas de cette manière. Pas devant Ken. Et Surtout pas avec Neeve qui, étrangement, se contenait, bien qu'elle semblât sur le point d'exploser.
- « Ne fais pas ton timide ! » rétorqua Natsuko. « Dire que j'ai appris que vous sortiez ensemble par les rumeurs, et même pas---. »
- « Parce que tu penses que j'allais t'en parler, à toi ? »
- « Disons que cela aurait été logique. Après tout, je connaissais Izumi-senpai bien avant toi. »
L'argument porta et calma Kojirô, qui n'avait pas vu la situation sous cet angle. Ken, déjà embarrassé de se retrouver au milieu, prit délicatement Neeve pour la diriger vers la cuisine :
- « Ça sent le brûlé, non ? » murmura-t-il.
- « Pf. » Elle s'éloigna pourtant, le visage fermé. « Tu sais très bien que non ! »
- « Tu avais l'air…. En fait, ne refais plus cette tête, tu es effrayante…et laide. »
- « Hé bien, merci ! »
- « De rien ! »
- « Moi qui allais dire que tu étais un gentil garçon. »
- « L'un n'empêche pas l'autre. Maintenant, calme-toi, respire, et surtout, détends-toi. Tu vas casser ta cuillère en bois… » Neeve lâcha l'instrument qu'elle serrait si fort que ses phalanges en blanchissaient. Puis elle se figea, en entendant Keiko :
- « Izumi, veux-tu rester manger avec nous, ce soir ? »
Ken crut un instant qu'elle allait hurler, mais sa bouche resta ouverte sur un son qui ne sortait pas. Son teint passa du rouge cramoisi au blême cadavérique.
- « Je vous remercie, mais je ne peux pas. » minauda un peu Izumi.
- « Tu es sûre ? Cela ne nous dérangerait pas. » insistait Keiko. Puis, elle sentit le regard de son mari sur elle, un regard brûlant dont le message était clair : non.
- « Oooooh, allez, Izumi-senpai ! » pleurnicha Natsuko. Mais la lycéenne ressentait maintenant la gêne ambiante, entre les ondes meurtrières qui émanait de la cuisine, le malaise de Kojirô et la confusion de Keiko.
- « Non, mes parents m'attendent. D'ailleurs, je dois y aller si je ne veux pas rater le métro. »
Rapidement, elle prit congé. Son départ ne purifia pas l'ambiance. Neeve se contenait toujours mais il était évident que la première contrariété serait la goutte qui ferait déborder le vase. D'ailleurs, ses mouvements étaient hachés, comme ceux d'un robot, et la manière dont elle servit les plats assez brusque. Ce ne fut que lorsqu'elle s'assit et poussa un long soupir qu'elle retrouva un semblant de stabilité.
- « Que nous vaut le plaisir de ta compagnie, Ken ? » lança Shouta d'une voix calme. Il donnait l'impression qu'il n'avait pas relevé le moindre souci dans la maison.
- « Hum, Neeve m'a invité. » répondit Ken, soulagé de briser le silence et de partir sur une conversation des plus simple.
- « Vraiment ? Tu as dû lui faire bonne impression… »
- « En fait---. » commença le gardien.
- « Il m'a sauvé la vie ! » coupa Neeve avec un petit sourire.
- « Comment ça ? » s'enquérit Keiko.
- « En fait---. » reprit Ken.
- « Il a été un vrai héros ! » s'extasia faussement Neeve. « Un vrai homme, un pur, un dur ! »
- « En fait---. »
- « Vous auriez dû voir ça ! »
- « J'aurais aimé, en effet. » commenta Keiko qui ne comprenait pas pourquoi Neeve en faisait autant. Par contre, Shouta lisait clair en elle : les deux zozos avaient trafiqué quelque chose que Neeve voulait absolument lui cacher.
- « Neeve ? »
- « Oui Papa ? » fit innocemment la jeune fille.
- « Vous avez fait quelque chose d'interdit ? »
- « En fait---. » tentat encore une fois Ken, sans grand succès.
- « Bien sûr, sinon cela ne serait pas marrant. » coupa directement Neeve.
- « Très bien. » Shouta replongea le nez dans son bol, l'esprit en paix.
- « Comment ça, très bien ? » s'exclama une Keiko perdue pour de bon.
- « Chérie, si elle te dit oui, c'est non. Et donc, tant qu'elle n'a rien fait d'interdit et qu'ils sont en bonne santé, je ne veux pas savoir. »
- « Ah ce point ? »
- « On parle de Neeve, là… »
- « Très bien. »
Et à son tour, elle reprit une activité normale. Et la famille suivit son exemple. Kojirô, par exemple, entreprit de remplir l'assiette de sa sœur, qu'il jugeait à peine remplie pour satisfaire un écureuil. Il n'avait pas laissé tomber le plan « remplumer la bécasse » et la gavait régulièrement. Neeve avait également laissé tomber les protestations. Il fallait dire que l'exercice intense auquel elle se livrait, entre les distributions de journaux, les promenades de Penalty et le basket, avait décuplé son appétit.
- « Ah, Papa ? » demanda Neeve.
- « C'est non. »
- « Tu ne sais même pas ce que je veux te demander. »
- « Tu veux me demander quelque chose, c'est suffisant pour me faire partir en hurlant ! »
Ken regardait le père et la fille se taquiner avec étonnement. C'était bien la première fois qu'il voyait ce lien qui lui unissait : à la fois une relation de famille, mais aussi une profonde amitié, moitié père/fille, moitié frère/sœur.
- « Alors, je vais considérer que c'est un oui. »
- « C'est dangereux ? »
- « Bien sûr. »
- « Quand ? »
- « Samedi après-midi. »
- « Avec ? »
- « Kazuki. »
- « Ah ? » Si Shouta fronça les sourcils, un peu surpris, les deux autres footballeurs se firent un tour de cou en bougeant la tête trop vite.
- « Qu'est-ce que tu va faire avec Kazuki, toi ? » gronda Kojirô sur une voix bien basse.
- « Je l'ai dit, des trucs dangereux. » fit innocemment Neeve en posant sa joue dans sa paume de main pour le regarder d'un air narquois. « Toute la journée… » susurra-t-elle.
- « Là, j'avoue ne plus suivre… » avoua Shouta.
- « Ro, je vais passer la journée avec lui, puis on ira à la soirée ensemble, il n'y a pas mort d'homme. »
- « Et tes devoirs ? »
- « Je bosserai dimanche. Kazuki a même accepté de m'aider. »
- « Ah… Je ne sais pas trop quoi dire. Ça sent l'embrouille… » Shouta hésitait.
- « Forcément, on parle de Kazuki et de moi, ici. »
- « Et depuis quand vous êtes si amis, tous les deux ? » questionna innocemment Natsuko.
- « Bah, ça s'est fait comme ça, tu sais ? »
- « Et pourquoi pas Nii-san ? »
- « Hein ? » Cette fois, c'était au tour de Neeve de ne pas comprendre.
- « Pourquoi est-ce que ce n'est pas Nii-san qui t'aide à faire tes devoirs ? »
- « Parce que je préfère travailler avec Kazuki. »
- « Tu veux que je te dise ? » glissa mielleusement la jeune fille.
- « Me dire quoi ? » Sa sœur tomba dans le piège, pourtant évident. Même Kojirô savait qu'elle allait le regretter.
- « Que ça ne va pas marcher. »
- « Qu'est-ce qui ne va pas marcher ? »
- « Rendre Nii-san jaloux. »
La remarque tomba à plat. Ken eut un hoquet, Kojirô s'étrangla avec un grain de riz et Neeve se contenta de rester figée, un bout de viande pris entre deux baguettes à mi-hauteur entre son bol et sa bouche. Puis, elle éclata de rire, attirant ainsi l'attention de toute la famille. Bientôt Kojirô mêlait son rire au sien. Leur hilarité allait croissant, au point que des larmes perlèrent au coin des paupières de Neeve.
- « Qu'est-ce qui se passe ? » s'enquit un Mamoru curieux.
- « Nat… vient de… sortir… une bêtise… cinq fois… plus grosse… qu'elle… » finit par articuler l'ainé.
La jeune fille se rembrunit immédiatement.
- « Le truc le plus débile de la terre ! » renchérit Neeve. « Franchement, ma chérie, tu es à côté de la plaque. » Elle tapota la main de sa petite sœur. Cette dernière la retira et regarda sa famille qui souriait d'un air débonnaire.
- « J'en ai marre ! » cracha-t-elle. « Tout le monde me traite comme une quantité négligeable. Mais je vais te dire ! Tu le regretteras, Neeve. »
- « Mais de quoi tu parles, Natsuko ? » L'agressivité dans les mots de sa voisine de table alerta la lycéenne, qui se reprit instantanément.
- « Apparemment, les rumeurs n'ont pas tort. »
- « Quelles rumeurs ? »
- « Celles selon lesquelles tu tournes autour de tous les garçons. »
- « HEIN ? »
- « Et maintenant, tu t'en prends à Sorimachi, alors que tout le monde sait que tu t'en fous, tout ça parce que Nii-san sort avec Izumi-senpai ! »
- « Mais-mais-mais…. » Neeve et Kojirô en perdaient les mots, alors que le reste de la famille se contentait de regarder Natsuko se livrer à un éclat des plus étranges pour elle, quant on connaissait le caractère doux de l'adolescente.
- « De toute façon, Izumi-senpai est beaucoup mieux que toi ! »
- « HEIN ? »
- « Elle est beaucoup mieux que toi ! »
- « Merci, j'avais compris. Nat, un conseil, ne parle plus de cette fille ici. »
- « Parce que tu penses pouvoir m'interdire des choses, toi ? »
- « Parfaitement. Qu'est-ce qui te fais penser que non ? »
- « Le fait que personne ne t'aimera vraiment ! Tu es fausse, tous les rumeurs le disent, tu te donnes des genres et tu flirtes, mais personne ne t'aime jamais, parce qu'en fait, toi toute seule, tu es nulle. Même ton père, il pense ça, regarde, il préfère déjà son nouvel enfant, qui n'est même pas encore né ! »
- « NATSUKO ! » Trois voix s'étaient élevées en même temps, mais la jeune fille s'était déjà arrêtée, à bout de souffle. Suite à la tirade enflammée et au cri, le silence qui retomba parut peser comme une chape de nuages plombant le ciel d'orage. Tous avaient les yeux fixés sur la collégienne qui, les bras croisés sur sa poitrine faisait la moue. Soudain, son visage froncé par l'entêtement, buté et sur la défensive, se décomposa et ses yeux s'agrandirent :
- « N-n-n-Neeve… » bredouilla-t-elle.
En un bel ensemble, tous se tournèrent vers l'interpellée, et comprirent la réaction de Natsuko. Le spectacle était désolant : Neeve pleurait silencieusement, à grosses larmes qui coulaient sur ses joues librement. Le teint défait, à la limite du cadavérique, la lèvre inférieure tremblante, la jeune fille semblait ailleurs, fixant des yeux un point imaginaire.
- « Neeve ? » appela doucement Shouta en se levant.
Comme électrisée par la voix de son père, elle sursauta.
- « Je-je-je… je ne me sens pas très bien, excusez-moi. »
Elle reposa sa serviette sur la table et se leva. Cette fois, tout son corps tremblait. Sa détresse était palpable, mais, par son intensité, clouait chacun à son fauteuil. Neeve sortit de la pièce dans le plus grand silence.
