Tadaaaaaa ! Un chapitre, vous ne rêvez pas !!! Disons que le fait d'avoir passé les 100 commentaires sur fanfiction m'a vraiment motivé !!! Et comme nous ne somme pas bien loin de ce chiffre sur fanfic… je carbure !!
Pour la petite histoire, j'ai galéré pour trouver un titre à ce chapitre… Je commence à être en manque de proverbes originaux qui « collent », alors nous allons voir du côté des expressions familières également, histoire d'ouvrir nos horizons !
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Chapitre 56 – Un homme averti en vaut deux
Alors que tout le monde s'attendait à un claquage de porte, la disparition de Neeve se fit vraiment dans le silence. Tous tendaient l'oreille, mais rien ne passait à travers les murs. Au moment où l'attention se reportait sur une Natsuko qui se tortillait déjà d'embarras, il y eut un rugissement inarticulé suivit d'une cavalcade dans les escaliers, au bout desquels une Neeve furibonde déboucha :
- « Et puis d'abord, je vais te dire, Natsuko ! Les rumeurs, je les emmerde ! Je sais très bien que je ne cours pas après les garçons ! Je suis très liée avec Ken et Kazuki, et en général, j'ai des bonnes relations avec les garçons, mais cela ne fait pas de moi une marie-couche-toi-là ! Et que tu crois les rumeurs plus que moi qui vis avec toi, que tu connais, ça me fait mal. Franchement, je ne te reconnais plus ! Et puis c'est quoi cette histoire d'Izumi-senpai ? Je HAIS cette fille, elle est moche, conne et complètement folle. Et le fait qu'elle sorte avec ton grand dadais d'abruti de frère ne fait que confirmer tout ça ! En quoi devrais-je être jalouse ? Si je suis seule, c'est parce que je choisis de l'être ! Moi au moins, je ne me précipite pas sur la première personne qui me fait de l'œil ! Natsuko, tu… tu… »
Neeve en bégayait de rage.
- « TU N'ES QU'UNE IDIOTE DOUBLÉE D'UNE PEUREUSE ! ET SI JE PLEURE, CE N'EST PAS À CAUSE DE CE QUI TU M'AS DIT, MAIS PARCE QUE TU T'EN PRENDS À MOI ! LA PROCHAINE FOIS QUE TU AS DES REPROCHES À FAIRE À L'AUTRE BABOUIN, TU LES LUI FAIS EN FACE ! »
Et sur ce, elle remonta les marches et cette fois, claqua sa porte tellement fort que les vibrations se répercutèrent jusque dans leur assiette.
- « Sur ce… je vais m'en aller… » murmura Ken, qui se sentait de trop.
Natsuko, qui venait de réaliser qu'elle s'était donnée en spectacle devant un ami, et pire encore, un garçon pour lequel elle avait eu des sentiments il y a encore peu, rougit encore plus. Shouta et Keiko s'empressèrent pour présenter des excuses, tandis que Kojirô se retenait pour ne pas étrangler sa petite sœur.
- « Tu es sûr que tu ne veux pas que je te raccompagne en voiture ? Ou au moins jusqu'au bus ? » insistait Shouta.
- « Non, ça ira. Ne vous excusez pas, vous auriez dû me voir avec mon frère il y a quelques années… »
- « En fait, je vais aller avec lui ! » fit soudain Kojirô. « Jusqu'au bus…. » expliqua-t-il devant l'air alarmé de sa mère. « J'ai besoin d'un peu d'air… » Et vous aussi, pour engueuler Natsuko comme il se doit….
Mamoru et Takeru reprirent le même prétexte, et c'est ainsi que la fratrie Hyûga, accompagné d'un Penalty encore terrorisé par les cris de Neeve, accompagnèrent Ken jusqu'au lycée. Les deux gamins prirent rapidement de l'avance en s'amusant avec le chien. Ce qui laissa un peu d'espace aux deux amis :
- « Pauvre Natsuko…. » soupira soudain Ken. Kojirô, qui ne savait pas encore quoi dire pour briser la glace, fut surpris par ce choix de mots. « Mais c'est logique ! » reprit le gardien. « Entre toi, super star du foot, Neeve, jolie et populaire, Mamoru qui est le trublion du moment, Takeru le bébé de la famille et le futur bébé, elle se sent délaissée. »
- « Ce n'est pas une raison. »
- « Non, mais je la comprends un peu. A son âge, j'étais toujours comparé à mon frère aîné. C'était la faute de notre père, mais je n'y pouvais rien, alors je m'en prenais à mon frère, qui ne comprenait pas trop, parce qu'il était de mon côté. J'étais jaloux. »
- « Oui, mais pourquoi est-ce qu'elle a cité Izumi ? Elle n'avait rien à faire là-dedans. »
- « Encore une fois, elle est jalouse. Si j'ai bien compris, elles se connaissaient avant que tu ne sortes avec Yamashita. Alors Natsuko trouve que tu lui as volé son amie. »
- « Je doute qu'Izumi soit vraiment amie avec Nat… Je veux dire, ce n'est pas comme si elles allaient faire du shopping ensemble ou autre. »
- « Oui, mais pour Nat, élève de collège, avoir une « copine » du lycée, c'est flatteur. »
- « Je vois… » En fait, Kojirô ne voyait pas trop. Il ne comprenait pas ce qui avait bien pu se passer dans la tête de son adorable petite sœur. Il était le premier à admettre qu'il n'était pas aussi proche d'elle qu'avant, mais c'était surtout parce qu'elle grandissait et qu'ils se trouvaient de moins en moins de points communs.
- « Par contre, » reprit Ken, « là où je coince, c'est cette question de Kazuki ? »
- « Quoi, Kazuki ? Qu'est-ce qu'il vient faire ici, lui ? » grommela un Tigre en pleine confusion.
- « Ta sœur a clairement sous-entendu… »
- « Il n'y a rien à sous-entendre. Lui et Neeve sont carrément glués l'un à l'autre depuis quelques temps. J'avais demandé à Neeve d'enquêter sur lui et cette fameuse fille dont il serait amoureux, et depuis… »
- « Tu vois, je commence à me dire que Neeve sait qui c'est. »
- « Et ? »
- « Avoir Neeve comme conseillère en amour, je ne pense pas que c'est une bonne idée pour Kazuki. »
- « Tu trouves ? » s'étonna Kojirô. « Elle est peut-être ironique, mais je pense qu'elle l'aidera sincèrement. »
- « Sauf qu'une Neeve sincère, c'est une Neeve romantique et niaise, à des années lumières de la vraie vie. » déclara Ken, provoquant ainsi une vague de fou rire chez son capitaine. « Ben quoi ? C'est vrai !!! »
- « Dans ce cas, ils vont bien ensemble ! »
- « … … »
- « Ro, c'est que tu serais jaloux de leur amitié ? »
- « Méfiant… Je ne suis pas certain qu'entre eux, c'est le romantisme qui va prévaloir. Ils peuvent aussi s'attirer mutuellement sur la voie des bêtises. »
- « Et dans ce cas, on sera là pour les remettre sur le droit chemin à coup de pieds aux fesses ! »
Une telle déclaration était sans appel. Ken dut méditer ça seul, dans son bus, qui venait d'arriver.
Lorsque les trois frères passèrent le bout de leur nez par la porte d'entrée, ils trouvèrent une maison bien calme. Les voix de Shouta et Keiko pouvaient s'entendre depuis leur chambre, dans laquelle ils avaient une discussion assez enflammée. Les deux petits filèrent dans leur chambre sans demander leur reste, mais Kojirô s'attela à débarrasser la table. De plus, il avait été coupé dans son repas, et il avait encore faim, surtout que l'air frais de cette petite ballade avait aiguisé le reste de son appétit. Tout en ramassant les bols et les baguettes, il enfournait régulièrement une bouchée, au point qu'il vida le plat. A ce moment, la conversation entre ses parents s'était calmée, même si elle continuait encore mezzo-forte. Avec un haussement d'épaules fataliste, il alla prendre une rapide douche pour pouvoir s'atteler à ses devoirs.
Il finissait ses exercices d'économie quand il entendit sa porte s'ouvrir et se refermer. Avec un grognement – tout en se maudissant de n'avoir pas encore changé la disposition de ses meubles – il fit pivoter son fauteuil, surprenant une Natsuko bien penaude :
- « Nii-san… Je suis désolée… »
- « Va dire ça à Neeve. C'est elle qui a tout pris. »
- « Oui, mais… En fait… C'est toi que je visais… »
- « Ben, apprends à viser…»
- « Désolée… » répéta-t-elle.
- « Pourquoi m'en veux-tu, pour commencer ? »
- « Parce que… tu es allée dire à Maman que je me comportais mal et---. »
- « Et je n'avais pas vraiment tort, non ? »
- « Ben…. » Gênée, elle baissa la tête. « C'est toi qui m'as faite me comporter ainsi ! » râla-t-elle soudain avec un ton boudeur.
- « Ben tiens, j'ai bon dos. C'est de ma faute, mais c'est aussi celle de Neeve qui t'aime bien et de Maman qui veille sur toi. Bientôt, c'est Penalty le problème, c'est ça ? »
- « Non mais---. »
- « Pas de mais. Admets que c'est ta faute, que tu as poussée le bouchon trop loin et puis voilà. Ne t'enfonce pas. »
- « Je ne m'enfonce pas, mais personne n'essaie de me comprendre, moi et ce que je ressens ! »
- « Et qu'est-ce que tu ressens ? » demanda placidement Kojirô en étirant ses jambes devant lui.
- « Je… j'ai l'impression d'être invisible dans cette famille. Il y a toujours quelque chose à faire pour quelqu'un d'autre, et quelqu'un qui fait parler de lui. »
- « En gros, tu es jalouse. »
- « Non !!! »
- « Si. Tout ça alors que tu sais très bien que tu es la chouchoute de Maman, juste parce que tu es sa seule fille. »
- « Pas vrai ! »
- « Mais si ! D'ailleurs, c'est pour ça que tu as réussi à devenir aussi horrible avant qu'elle n'agisse, parce qu'elle te passe le moindre de tes caprices. »
- « Sauf que je ne suis plus sa seule fille. »
- « Neeve n'est pas vraiment sa fille. Elles s'entendent bien, mais elles ne partagent pas la moitié de ce que vous partagez toutes les deux. C'est plutôt Neeve qui est jalouse. »
- « C'est ça, oui… »
- « Elle me l'a dit. »
- « Neeve te l'a dit ? »
- « Elle m'a dit qu'elle regrettait de ne pas pouvoir appeler quelqu'un « maman ». »
Ça ne répondait pas vraiment à la question, surtout que Kojirô avait un peu exagéré la confidence. Mais cela sembla suffire à Natsuko.
- « Tu crois ? »
- « Je vais te dire une bonne chose. Maintenant que tu grandis, tu vas toi aussi avoir des choses à dire et à faire. Mais des choses pour toi. Tu vas dépendre de moins en moins de nous. Déjà tu vas sortir avec tes amies et tout ça. Et puis, tu as la photo. Toute la famille viendra voir ton exposition. Bientôt, tu vas en avoir marre parce que tu auras l'impression que nous te collons tous. Et attends de voir d'avoir ton premier petit copain. Tu vas voir si tu es invisible ! »
- « Hein ? »
- « Une mère couveuse, un beau-père qui veut bien faire et trois frères… Tu penses t'en tirer comme ça ? »
- « Pff, Neeve couvrira pour moi. »
- « Sauf si tu ne vas pas t'excuser bientôt. Elle est rancunière, tu sais ! »
- « J'y vais ! » Natsuko eut un grand sourire, rassurée par les paroles de son grand-frère. Elle allait faire demi-tour, puis changea d'avis et vint lui faire un câlin. « Je sais que tu n'aimes pas ça, mais tu vas faire une exception. »
- « Parce que c'est toi ! » grommela-t-il. Bizarrement, les câlins de Neeve et les câlins de Natsuko ne se ressemblaient pas tant que ça… Quelque chose était différent. Mais alors qu'il commençait à creuser la question, une autre interrogation germa dans son esprit : « Natsuko, c'était quoi cette histoire de rumeurs, de garçons et de jalousie entre Kazuki et Izumi ? »
- « Ah… ça… euh… » Elle tenta de se dégager, mais elle s'était faite prendre à son propre piège : Kojirô ne la lâcherait pas, littéralement parlant, avant d'avoir eu ses réponses. « Ben, les rumeurs… c'est un peu exagéré… C'est sûr que Neeve est populaire, même au collège. Et le fait qu'elle fréquente l'équipe de basket ET l'équipe de foot, ben… Tu vois… Surtout qu'elle est libre, alors… »
- « Oui, je vois… » Des rumeurs basiques, qui collaient la moindre fille qui s'approchait des garçons sans arrière pensée. « Et pour le reste… »
- « Ben disons que… que… j'ai un peu inventé le reste… Neeve…. Elle est bien jalouse parce qu'elle n'a pas de copain. Je l'ai entendu en parler alors qu'elle était au téléphone avec Ayame. Et je sais qu'elle n'aime pas Izumi-senpai… Alors, bon… Je me suis dit que si vous vous fâchiez entre vous, vous seriez moins sur mon dos. Et comme elle est amie avec la banane…. »
- « Ne traite pas Kazuki de banane. Ce n'est pas gentil, surtout qu'il t'aime bien. »
- « Ça n'empêche pas qu'il est une banane… Franchement, il n'est pas doué… »
- « Doué en quoi ? »
- « Ça, c'est un secret… » fit Natsuko avec un sourire coquin. « Pourtant ça crève les yeux, mais il faut croire que c'est un truc de filles… »
- « AH NON ! PAS TOI ! »
- « Hein ? » Un peu effrayée par la brusque explosion auxquelles elle devait pourtant être habituée, elle recula un peu, se libérant de l'étreinte fraternelle.
- « Tu ne vas pas commencer à me sortir cette histoire de trucs de filles ! »
- « Pourtant, il va falloir t'y faire ! »
- « Refusé ! » Natsuko eut un petit rire et fit un signe de tête en direction de la chambre de Neeve : il était temps pour elle de prendre congé. Mais Kojirô la rappela au dernier moment.
- « Oui Nii-san ? »
- « Tu sais pourquoi Neeve déteste Izumi autant ? »
- « Non. Elle ne veut pas en parler. Mais Izumi-senpai m'a dit que c'est à cause de Shun--- »
- « Je suis au courant. Mais elle t'a dit autre chose, Izumi ? »
- « A quel propos ? »
- « Oh… N'importe quoi. »
- « Non… A part le fait qu'elle est raide dingue de toi… »
- « Elle a dit ça ? » s'étrangla Kojirô.
- « Non, mais c'est évident. Encore un truc de fille. »
- « Tu l'aimes bien, Izumi. »
- « Oui. Je ne m'entends pas aussi bien qu'avec Neeve, mais elle est sympa. Elle ne me traite pas comme une gamine, tu sais. »
- « Mais tu te rends compte qu'en la fréquentant, tu vas te mettre Neeve à dos ? »
- « Et toi alors ? »
- « Ben, disons que… »
- « Rooooo, il est a-mou-reux, il est a-mou-reux ! » chantonna Natsuko, ce qui fit rugir d'embarras un Tigre bien mal à l'aise. « Mais, bon, je dirais qu'Izumi est changeante… » reprit-elle. « Entre ce qu'elle veut être, et ce qu'on attend d'elle… ses parents ont l'air super stricts, alors des fois, elle change d'attitudes, c'est surprenant. »
- « Hum… »
Il la laissa partir, et retourna à ses devoirs, qu'il bâcla tellement il avait la tête ailleurs.
Les deux derniers jours de la semaine se passèrent à la fois rapidement et trop lentement. Ils étaient tous conscients d'être dans l'œil du cyclone, un calme trop tranquille pour être confortable, et chacun guettait l'horizon pour savoir quand l'orage réapparaîtrait. Natsuko, qui avait présenté ses excuses à Neeve, oscillait entre une attitude presque servile et une brusque montée de fierté colérique, devant la froideur de son aînée. Cependant, personne ne pouvait reprocher à cette dernière son hésitation à « passer l'éponge », tant l'attaque avait été injustifiée. Kojirô, qui se sentait épargné aussi longtemps que durait cet antagonisme, tentait de se faire petit et surtout de ne pas être là au moment où la situation partirait « en sucette ».
Ken avait demandé discrètement des nouvelles, mais il n'avait reçu qu'un haussement d'épaules en retour. Le gardien de but voyait bien le trouble de son capitaine : d'un côté, cet imbroglio ne le concernait pas parce que cela ne concernait que Neeve et Natsuko. D'un autre, il était bel et bien au cœur même du problème, sans pour autant comprendre vraiment ce qu'on lui reprochait, ou encore comment arranger les choses.
Le Tigre était encore confus quand arriva l'heure de son rendez-vous avec Izumi. Ils avaient convenu de se retrouver devant le cinéma. Shouta le déposa en revenant des courses faites avec Neeve. En plus de la nourriture, la famille avait acheté un nouveau sèche-linge en prévision des montagnes de couches (et une nouvelle boîte aux lettres !) et les muscles de Kojirô avait été mis à contribution pour charger le carton.
Alors que Shouta s'éloignait pour signer les derniers papiers, les deux jeunes adultes restèrent sur le parking. Chacun était plongé dans son silence, et plus Kojirô pensait à son rendez-vous, plus il sentait la pression monter.
- « Tiens ! » proposa soudain Neeve en lui tendant un chewing-gum.
- « Grrr ! Quoi encore ? Je pue du bec ? »
- « Même pas. Mâche, ça va te calmer. Et puis, si tu pues du bec, ça arrangera aussi les choses. »
- « … Merci… »
- « Vous allez voir quoi ? »
- « Les entrailles du Mal »
- « … C'est Yamashita qui a choisi ? »
- « Disons que je n'ai pas fait d'objection… »
- « Je n'ai jamais compris d'où elle tenait cette fascination pour le sang. C'est morbide. »
- « Ce n'est pas parce qu'une fille aime les films d'horreur qu'elle est morbide. Arrête de la charrier. »
- « Pourquoi ? »
- « Parce que c'est lassant… Et injuste… Tu aimes les films d'horreur ? » demanda-t-il, dans l'espoir de détourner la conversation.
- « Non, en ça, on a toujours été différentes. »
- « Pourquoi tu dis ça comme ça ? »
- « Pour rien… Tu l'aimes vraiment ? »
- « Aimer est un grand mot. Mais je l'apprécie beaucoup. »
- « … … .. »
- « Vas-y, lâche-toi. »
- « Hein ? »
- « Je te connais assez bien pour savoir quand tu te retiens de dire quelque chose. Et je sais aussi que ce n'est généralement pas une bonne idée, parce que tu finiras par parler, mais pas forcément au meilleur moment… »
- « Je… je… en fait.. » Neeve se trémoussa, visiblement mal à l'aise. « J'ai l'impression qu'elle a peu changé. » Kojirô trouva qu'il était intelligent de ne rien dire. Surtout qu'il n'avait rien à dire. Il lui jeta un regard en coin, la voyant tortiller ses cheveux autour de ses doigts, signe d'une grande nervosité chez elle. C'était une chose qu'elle faisait notamment quand elle avouait à Shouta, après force de menaces et de haussements de voix, qu'elle s'était plantée en maths ou autre bêtise. « Elle n'a jamais rien dit sur moi, ou plutôt contre moi, à qui que ce soit. »
- « Hum. »
- « Héééé, ne t'excite pas ! Cela ne veut pas dire que je vais l'apprécier et tout… mais je pense que je peux … peut-être et si et seulement si elle reste comme ça… être... la supporter… quand sa présence sera absolument indispensable….. »
Le footballeur retint de justesse la question de savoir pourquoi cela la surprenait autant, qu'Izumi n'ait rien dit sur elle. A la place, il opta pour la solution de conciliation :
- « Ne t'inquiète pas, je n'ai pas envie de vous mettre côte à côte plus que nécessaire. Pas plus de la mettre en présence du reste de la famille. »
- « Ah ? »
- « Entre toi et tes… votre passé, Maman qui va me prendre la tête et Natsuko qui va piquer sa crise…. »
- « Et puis, tu ne veux pas la partager… »
- « T'occupe pas de ce que je veux ! » coupa-t-il un peu sèchement. Il avait du mal à suivre ses retournements de sentiments, mais il y avait une règle absolue de survie à respecter : ne jamais laisser Neeve Hase mettre le nez dans vos affaires. « J'apprécie… ta sincérité… » reprit-il plus doucement, « … mais je n'ai pas besoin de ta permission. Même si tu avais continué à lui et me faire la tête, je n'aurais pas changé d'avis. »
- « Je commence à le voir. »
- « Franchement, je me demande si tu me connais vraiment. »
- « Et moi, je me demande si tu est vraiment à la hauteur de la tâche. »
- « De quoi tu parles ? » tiqua un Kojirô agacé par cette nouvelle bifurcation de sujet. C'était pour ça qu'il aimait parler sport : un sujet clos et défini.
- « Sortir avec une fille, avoir une relation n'est jamais facile, mais avec Yamashita, c'est encore plus dur. Non, laisse-moi parler. Nous étions amies avant, et quelque part, je sais qu'elle est… fragile… Ne fais pas cette tête. Je ne peux pas la voir, mais je ne la hais pas au point de me réjouir de son malheur. Elle a l'air de vraiment tenir à toi, au point de changer d'attitude par rapport à moi. Et c'est bien ça qui m'inquiète. Parce que si tu devais lui faire du mal, je ne suis pas sûre qu'elle… tiendrait le choc… Alors, tu fais gaffe. Parce que si elle souffre, je t'arrache les couilles et les prépare en émincé pour Penalty…. »
Sur ces mots très peu engageants, elle rentra dans la voiture. Comment avait-elle fait pour calculer son timing aussi précisément ? Parce que le retour de Shouta empêcha Kojirô de hurler ou d'étrangler Neeve – voire les deux à la fois…
Donc, il sortit de la voiture peut-être moins stressé, mais également énervé, ce qui n'était pas mieux. Heureusement, Izumi eut un peu de retard, et sa colère se distilla en une confusion sans précédent. Il était prêt à se taper la tête contre le mur quand sa petite amie arriva. Son cerveau s'arrêta de fonctionner un instant. Il était trop occupé à analyser les sensations de fierté et contentement provoqués par les mots « petite amie ». Puis la vue de la courte robe qui dévoilait ce qu'il fallait de peau et de jambe acheva ce qui lui restait de neurones opérationnelles ou non exclusivement consacrées au foot et à son ventre…
Izumi sembla s'amuser de son trouble, allant même jusqu'à lui dire qu'il était « mignon quand il rougissait. » Ce dernier commentaire le tira de sa torpeur :
- « Je croyais que j'étais sexy. »
- « L'un n'empêche pas l'autre. On y va ? »
Presque docilement, il la suivit, tentant de ne pas trop fixer son popotin, qu'elle n'avait pas aussi rebondi que Neeve, mais tout aussi agréable à regarder… Remarquant les coups d'œil admiratifs et appréciateurs que les autres garçons lançaient leur tour, Kojirô se sentit partagé entre l'arrogance la plus méprisante et la jalousie la plus possessive. Espérant ne pas trop se montrer ni macho ni romantique, il s'avança et tendit directement l'argent pour leurs deux places. Ils n'avaient jamais mentionné cela ; d'un commun accord tacite, chacun avait compris qu'il serait responsable de ses propres dépenses. Mais il y avait maintenant un changement de plans. Très décidé, Kojirô se saisit de la main d'Izumi et prit contrôle des choses. Il s'était attendu à se qu'elle se rebellât, mais elle se contenta de sourire, en une petite moue qui ressemblait assez à celle de Neeve quand elle allait lui sortir « un truc de fille ».
Pour une fois, il fut content que sa mère fût aussi bornée que lui, quand elle l'avait obligé à accepter un billet de cinquante euros pour sa soirée. A ce moment, il avait protesté, mais tout compte fait, il lui était reconnaissant : il pouvait traiter sa petite amie comme il se devait. Une fois installés dans leurs fauteuils, ils engagèrent la conversation, et Kojirô s'étonna en lui-même de la facilité qu'il avait à « papoter » avec une fille – ou tout autre être humain – sur un sujet autre que le foot. Il remarqua aussi que la position assise remontait la jupe de quelques centimètres supplémentaires. Ce qui le distrayait un peu du fil de la conversation. Si Izumi nota son trouble, elle ne dit rien.
Le truc, avec les séances de cinéma, c'est que regarder un film dans le noir, ça coupe la communication verbale. Vous êtes censé rester planté dans votre fauteuil et regarder l'écran. Et pas les jambes de votre voisine. Le truc, avec les séances de cinéma, c'est que regarder un film dans le noir, ça ouvre des possibilités phénoménales de conversation non verbale. Un geste de la main, ou de tout le corps… Kojirô savait très bien ce qui se passait entre un couple durant un film, film qui n'était qu'un prétexte. Particulièrement quand le film donnait dans le gore : les filles étaient censées piailler et se jeter dans les bras masculins, prêts à les réconforter.
Sauf que le footballeur se doutait qu'Izumi n'aurait pas ce genre de réaction. Du coup, il ne savait pas ce qu'il pouvait ou ne pouvait, devait ou ne devait pas faire… Ou voulait… Aussi décida-t-il de se concentrer sur l'écran et d'oublier ses questions métaphysiques. Ainsi, ce fut Izumi qui initia le contact quand, lors d'un moment particulièrement sanguinolent, elle enfonça ses ongles dans son avant-bras. Un rapide regard lui apprit qu'elle avait toujours les yeux fixés sur le film, mais que son visage était plissé dans une grimace de dégoût fasciné. Doucement, il se délivra de son étreinte, parce qu'elle pressait trop ses muscles et se contenta de couvrir sa main de la sienne… tout en lui repliant les doigts. Si elle devait labourer quelque chose, autant qu'elle se fît les griffes sur le velours de l'accoudoir. Finalement, leurs doigts s'entremêlèrent, et ils restèrent comme ça jusqu'à la fin.
Izumi ne lui lâcha la main que pour s'accrocher à son bras, alors qu'ils marchaient dans la rue, à la recherche d'un endroit où prendre un café et, pour Kojirô, manger. Elle était maintenant bien collée à lui, et malgré la chaleur de l'été, le jeune homme ne trouvait rien à redire. Il apprécia encore plus le fait qu'elle proposa de prendre quelque chose à emporter pour continuer à se balader. En-cas en main, ils poursuivirent leur marche, jusqu'à arriver à la grande place près du lycée, là où Kojirô était tombé nez à nez avec ses deux camarades le jour où il avait rencontré Shouta.
Presque huit mois de ça, donc ! Kojirô fut surpris. Cela lui semblait encore très proche, mais il avait l'impression d'avoir vécu deux vies et prit vingt ans dans les dents durant la même période. Sa vie avait été complètement chamboulée ; pour autant, il s'y était tellement habitué que la période « avant Hase » était telle une légende, un rêve qui s'évaporait au contact du soleil.
Encore une fois perdu dans ses pensées, il avait laissé Izumi l'entraîner là où elle voulait. Et au moment de s'asseoir sur le banc à ses côtés, il réalisa que l'endroit était the lieu de rendez-vous des couples. Un peu partout, avec suffisamment d'espace pour préserver leur intimité, des amoureux se blottissaient l'un contre l'autre, trop occupés l'un par l'autre pour vraiment noter la présence d'étrangers…
- « Euh… Izumi ? » demanda-t-il prudemment. Peut-être n'avait-elle pas réalisé où ils étaient ?
- « Oui Kojirô ? » Ledit Kojirô fut un peu électrifié par la façon dont elle prononça son nom. C'était comme s'il redécouvrait les syllabes. Mais elle attendait clairement la suite de sa question.
- « Qu'est-ce que… Tu sais… ici…. Enfin… » La jeune fille eut encore ce « sourire de fille » et se pelotonna contre lui, ce qui lui coupa un peu le souffle.
- « Hum ? » Soudain ses lèvres étaient très proches des siennes. Il recula un peu sur le banc.
- « Tu sais, si tu ne veux pas… » Le fait qu'elle se montrât presque si entreprenante le perturbait, surtout qu'il ne s'était pas préparé à une telle éventualité. Pour autant, il bénit Neeve qui lui avait donné son paquet de chewing-gum : le voilà débarrassé de son arrière-goût de sandwich à l'ail.
- « Disons que j'ai encore faim et j'ai décidé de goûter aux demi-japonais demi-tigre… sans sauce soja…. »
Et elle coupa court à toute discussion de la manière la plus catégorique possible : en s'emparant de ses lèvres.
Kojirô n'en était pas à son galop d'essai en matière de baiser. Il avait profité, dans la juste mesure, de l'amour inconsidéré de ses fans, à qui il était facile de dérober quelques lèvres. Et puis, il y avait eu Hikari.
Embrasser Izumi n'avait rien avoir. Si elle avait pris les devants, elle céda rapidement la main à Kojirô, devenant presque passive dans ses bras. Pour une fois qu'il ne devait pas se battre pour ne serait-ce que respirer, le jeune homme apprécia le changement et entreprit de lui démontrer que le rôle du dominant lui allait très bien.
Malheureusement, il fut bientôt l'heure de se quitter. Pour autant, Kojirô était un peu soulagé de partir de cette place. Puisque tout le monde faisait la même chose qu'eux, personne ne les avait particulièrement remarqués. Mais le footballeur n'aimait pas ce genre de comportement. Appelez le prude si vous le voulez (mais faites attention à ce qu'il ne vous entende pas…), mais il considérait qu'il y avait certaines choses qui devaient rester de l'ordre privé et ne pas se faire en public. D'un autre côté, auraient-ils été tous les deux dans un endroit privatif, il n'aurait pas été en mesure de répondre de ses actions… Sentir un corps chaud, souple, abandonné à vos caresses réveillait en vous des instincts de prédateur… affamé, le prédateur, voulant sa livre de chair fraiche. Non, tout compte fait, c'était une bonne chose qu'ils soient restés là où ils étaient…
Galamment, il l'accompagna jusqu'à sa station de métro. Il aurait été prêt à la raccompagner jusqu'à chez elle, mais elle lui expliqua qu'elle allait rejoindre ses parents à une soirée. La mention de « parents » suffit à faire fuir Kojirô. Non qu'il eut honte de lui et se jugeait incapable de faire face à la situation, mais étant donné la nature de ses pensées, et sachant les parents… télépathes… à certains moments (surtout quand il s'agissait de leur fille unique, petit trésor d'une famille riche), il préféra remettre cette rencontre à plus tard. Il rentra donc en sifflotant, bien content de sa soirée. Il avait oublié le sèche-linge à décharger qui l'attendait dans le coffre de la voiture, mais il se prêta à l'exercice avec tant de bonne humeur que même Shouta trouva ça suspicieux.
- « Hum… donc... j'en déduis que ta soirée s'est bien passée ? » demanda-t-il alors qu'ils étaient seuls dans le garage à installer la machine.
- « Oui. » répondit sobrement Kojirô.
- « Je n'avais pas compris que ta petite amie était cette fille… » commença le chirurgien d'une voix hésitante.
- « Ah. Ben, c'est elle… ... Tu la connais ? »
- « Oh que oui. Neeve et elle étaient comme cul et chemise, si tu me pardonnes l'expression, il y a quelques temps. Elles étaient les meilleures amies du monde. »
- « Je croyais que c'était Ayame ? »
- « Elles se connaissaient toutes les trois, mais Neeve et Ayame ne se sont rapprochées qu'après… »
- « Après quoi ? » Se pouvait-il que Shouta connût le fin mot de cette histoire ?
- « Je ne sais pas. Je sais juste que Neeve n'a plus voulu entendre parler de… euh… »
- « Izumi. »
- « D'Izumi, donc. Je comprends mieux sa réaction. Tu es conscient que sortir avec… Izumi… ne va pas arranger tes rapports avec---. »
- « Neeve a … dans sa grande bonté… donné son autorisation pour que je fréquente Izumi. »
- « Oh la ! Oh lala ! Tu es mal barré alors ! » sourit Shouta. « Si j'étais toi, je me méfierai. Je ne sais pas ce qu'elle va te demander, mais ça va te coûter cher. »
- « Je maitrise parfaitement Miss Amabilité. » indiqua calmement Kojirô en branchant la machine et en vérifiant que les voyants appropriés s'allumaient. Il fut interrompu par le rire tonitruant de Shouta, qui n'avait encore jamais entendu le surnom donné par son beau-fils à sa propre fille. Surnom qu'il s'empressa de communiquer à Keiko, mais devant Neeve qui fulmina contre son père jusqu'à lui donner des coups de coussin. Puis, elle appela le sang et sortit le jeu de Mah-jong, décidée à faire avaler à son géniteur ses propos indésirables.
Pour une fois, Kojirô gagna….
Samedi matin commença par un hurlement qui réveilla tous ceux qui n'étaient pas encore réveillés : pour une raison inconnue, Mamoru et Takeru se battaient. Ou plutôt Takeru essayait de frapper son aîné qui se moquait des ses efforts, jusqu'au moment où le benjamin démontra qu'il fréquentait le dôjô régulièrement. A l'aide d'une prise, il renversa Mamoru qui se reçut comme un sac de patates et se tordit le poignet, d'où le hurlement. Après s'être assuré que l'enfant était entier, Shouta utilisa pour la première fois de son autorité paternelle pour punir les deux garçons qui furent privés de télévision pendant la semaine suivante : Mamoru pour s'être moqué de son frère et Takeru pour avoir eu recours à ses techniques de karaté de façon insensée.
Il était clair que Neeve tenait son caractère grognon matinal de son père. Le duo Hase bougonna d'ailleurs pendant tout le petit-déjeuner, après quoi, chacun alla s'enfermer dans une salle de bains pour y prendre forme humaine. Shouta en sortit bien plus tôt que sa fille, et eut la folle idée de proposer son assistance à Kojirô qui allait fixer la nouvelle boite aux lettres.
- « Non, ça ira, je peux faire ça tout seul. Tu peux aller promener Penalty par contre. » suggéra-t-il. Ainsi, le père de famille emmena sa femme et deux de ses fils au parc, sa fille étant toujours dans sa salle de bains et apparemment pas prête d'en sortir.
Le footballeur s'attela à la tâche avec une sorte de rage apaisante. Quand le cadavre bosselé de l'ancienne boite fut à terre, il se sentit l'âme d'un conquistador qui trouvait un nouveau territoire empli de richesses insoupçonnées. Moins de vingt minutes plus tard, il donnait le dernier tour de tournevis à la nouvelle structure, dont la porte s'ouvrait presque magiquement. Extrêmement fier de lui, il s'amusa à ouvrir et fermer le clapet qui ni ne grinçait ni ne se coinçait.
- « Oui, c'est une boite aux lettres, Capitaine… » fit soudain une voix assez ironique mais tout de même douce dans son dos.
Kojirô se retourna et tomba nez à nez avec Kazuki et Takeshi Sawada. Ce dernier, auteur du commentaire, le regardait étrangement, la tête penchée sur le côté.
- « Vous faites quoi ici ? » demanda le Tigre avec son tact habituel, tout en ramassant ses outils.
- « Je viens chercher Natsuko-chan. » expliqua le collégien. Devant l'incompréhension de son ancien coéquipier, il rajouta : « Le festival culturel ? J'ai promis de l'aider à organiser son exposition photo. Et puis, je dois aussi lui passer mes notes pour son sujet de japonais. »
- « Donc, en gros, ma sœur t'exploite… » conclut Kojirô.
- « Ah, elle aide l'équipe quand elle a le temps, alors, c'est normal. »
Kojirô sourit, pleinement satisfait de voir que sa sœur ne laissait pas tomber le foot et les vieux amis. Mais, franchement ? Neeve avait mauvaise influence. Sans elle, Natsuko n'aurait jamais cherché à tirer profit de la gentillesse innée de Takeshi. Puis il se dirigea vers Kazuki :
- « Et toi ? »
- « Moi, je viens chercher Neeve. » répondit le second buteur, imitant le ton innocent de Takeshi. « Ah, la voilà ! »
En effet, Neeve venait de sortir de la maison, avec son gros sac boudin à la main, bien rebondi. Kazuki le récupéra et le soupesa :
- « Tout ça ? Pour une journée ? »
- « Tut tut, tu me fais confiance ? »
- « J'aimerais dire oui, mais là, je commence à me méfier… » Kazuki fixait le sac d'un air mauvais. « Je sens que je vais le regretter… »
- « Mais non. Tiens, je ne suis pas bien ? »
Neeve pirouetta sur elle-même, pour montrer sa tenue. Elle semblait n'avoir qu'une petite robe d'été dans les tons de bleu marine, avec de fines sandales à talon moyen.
- « Très bien. J'aurais même fait un peu plus décolleté. »
- « Ho hé, je suis ta copine, pas ta prostituée, je te signale ! » Neeve fit mine de se fâcher.
- « HEIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIN ? » beugla un Kojirô suffoquant.
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J'essaie de faire le chapitre suivant avant la fin de l'année… Ce n'est pas garanti…
Par contre, je devrais même avoir un petit quelque chose pour vous pour Noël…
