Salut tout le monde !

Désolée pour la fausse promesse de Noël. Je vous avis promis une surprise, qui n'est jamais venue… Je pensais avoir du temps et en plus, la surprise est devenue beaucoup plus grosse que prévue, donc je n'ai réussi à n'en faire que la moitié. Du coup, je décale ça pour la St Valentin…

Voici le chapitre 57, qui marque pour moi un tournant dans l'histoire. A vous de voir si vous voyez de quoi je parle (ça m'étonnerait, mais bon ^^) La suite devrait être retardée, parce que je pars en vacances en Ecosse fin janvier et qu'en ce moment, je fais garde malade pour ma mère qui est stupidement tombée dans la neige… Vous savez, quand il a neigé 40 cm en Provence ? Ben voilà le résultat (je vous jure… pas des doués, chez moi… Je compense par d'autres talents)

-o-o-o-o-o-o-

Chapitre 57 – Mieux vaut seul que mal accompagné

Takeshi Sawada n'avait jamais vraiment bien compris pourquoi les journalistes s'entêtaient à dire qu'il vivait dans l'ombre de Kojirô Hyûga. Malgré tout le respect qu'il avait pour son aîné - et la profonde amitié qui les unissait – le jeune garçon ne se considérait pas comme une personne de moindre valeur, éclipsée par l'aura du buteur. Au contraire, il trouvait que c'était en sa présence qu'il brillait le plus.

A tout juste treize ans, Takeshi se targuait d'être un bon juge de sa personne : il connaissait ses limites et ses qualités. Il faisait ainsi preuve d'une maturité exceptionnelle pour quelqu'un d'aussi jeune. Aussi pouvait-il affirmer sans se tromper qu'il était l'exact opposé de Kojirô Hyûga. Là où le buteur était impétueux et instinctif, lui restait calme et réfléchi. Physiquement, ils se complétaient de même : l'un grand, fort, solide comme un roc, l'autre fin, agile et extrêmement souple. Et cette comparaison pouvait se continuer hors terrain, et s'appliquer à leur caractère et vie quotidienne. Si Kojirô était soupe au lait souffrant d'un déficit certain en sens de l'humour, Takeshi compensait sa trop grande amabilité par une langue légère mais acérée.

En conséquence, quand Neeve – avec qui il n'avait jamais échangé que de rares mots, mais au sujet de laquelle Natsuko était intarissable – sortit une phrase telle que « je suis ta copine, pas ta prostituée », il fut logique que Kojirô réagît au quart de tour avec un « Heiiiiin ? » tonitruant et que Takeshi prît le temps de la réflexion.

Il capta donc le regard de Kazuki, amusé par la réaction de leur capitaine, et l'attitude de défi moqueuse de Neeve. A ce moment, il sut que ces deux-là avaient trafiqué une embrouille quelconque, qui n'avait rien à voir avec la teneur du discours.

Takeshi oscilla entre deux options : d'un côté, il pouvait entrer dans le jeu et en profiter pour se moquer un peu de Kojirô. De l'autre, il ne savait pas trop dans quoi il s'engageait et n'était pas sûr que prendre le parti de Neeve contre Kojirô fût une excellente idée. De plus, l'avant-centre semblait au bord de la crise de nerfs et de la crise cardiaque, en même temps.

- « Capitaine, respire ! Tu vois bien qu'ils ne sont pas sérieux ! »

Neeve eut une petite moue de dépit en voyant que son jeu s'arrêtait là, mais se plia au changement de direction :

- « Parce que tu as vraiment cru que je pouvais être la copine de la banane ? »

- « Héééé, tu sais ce qu'elle te dit, la banane ? »

- « Ouais : merci… parce que sans moi et mon bon cœur, tu aurais pris la honte de ta vie face à ton cousin… »

- « D'abord, c'est Monsieur la Banane pour toi ! »

- « On se calme ! » rugit un Kojirô qui ne comprenait plus rien – non qu'il eût compris quelque chose auparavant. « C'est quoi, cette histoire ? SORIMACHI ! » Kazuki fit le pitre en se mettant au garde à vous. Après tout, Kojirô n'appelait ses amis les plus proches par leur patronyme que lorsqu'il allait leur reprocher une chose énorme. « Qu'est-ce que tu vas faire avec ma sœur, d'abord ?!! »

- « Oh, si tu savais ! » susurra Neeve avec un sourire malicieux, qui s'effaça en voyant le regard furibond de Kojirô. « Roo, arrête ton manège. Je vais faire semblant d'être sa petite amie, c'est tout. »

- « C'EST TOUT ? »

- « Ben oui. C'est comme ça. » trancha-t-elle.

- « Mais-mais-mais… pourquoi ? »

- « Parce que Monsieur la Banane a crâné devant son cousin en se vantant d'avoir un harem de jolies filles à sa disposition, mais depuis, il a eu… des incidents de parcours, dirons-nous… Et il se retrouve tout seul… Donc, je suis trop gentille en acceptant de sauver son … honneur, dirons-nous… »

- « Et, dirons-nous, il n'a trouvé que toi pour poser comme copine fictive ? » ironisa Kojirô bien goguenard, tant à l'écoute des mésaventures de son ami qu'à la perspective de taquiner sa sœur.

- « Tu m'excuseras, mais tu n'as pas hésité à avoir recours à mes services quand tu t'es retrouvé sans cavalière pour ton bal. »

- « Ben justement, tu devrais en avoir marre de jouer les potiches de service, non ? »

- « Tu sais ce qu'elle te dit, la potiche ! » fulmina aussitôt Neeve.

Kojirô ne se rendit compte qu'après coup que sa remarque n'était pas vraiment sorti comme il l'avait espéré.

- « Ce n'est pas ce que je voulais dire, et tu le sais ! » répondit-il, un peu acerbe.

- « J'aurais dû m'en douter, tu es incapable de penser… alors formuler une pensée… » répliqua-t-elle, tout aussi aimablement

- « Non mais ça ne va pas ! »

- « Au contraire, ça va très bien. Je vois juste que maintenant que Môsieur le Grand Footeux a une copine, il se permet de dénigrer les autres. Si j'avais su, je t'aurais laissé tout seul comme un con, ce soir-là ! »

- « Bon, si on y allait ? » proposa Kazuki plein d'entrain. « Moi, j'adore quand tu joues les potiches ! »

- « Merci La Banane, ça me fait chaud au cœur de le savoir. » répliqua Neeve assez acide.

- « La Banane fait ce qu'elle peut, tu sais. Mais si jamais tu ne veux plus faire potiche, tu peux toujours sortir avec moi, hein ? »

- « Je préfère être une potiche seule, dans ce cas. »

- « Vous faites donc un couple bien assorti : la banane et la potiche. » remarqua Takeshi.

- « On dirait presque un titre de fable de La Fontaine. » conclut Neeve en dépassant Kojirô comme s'il était invisible. Il savait déjà qu'elle n'était plus en colère contre lui, mais qu'elle n'allait pas lâcher une si belle occasion de lui en faire baver de si tôt.

- « De la qui ? » demanda-t-il.

- « Sors un peu, Kojirô…. » fit Kazuki en le saluant à son tour. « C'est un français ! »

- « Et alors ? J'emmerde les français d'abord ! »

- « Si tu le dis mon ami (1)… Au revoir ! »

Peu après le départ de Kazuki et Neeve, Natsuko et Takeshi s'en allèrent. Ils étaient restés pour soutenir Kojirô qui se remettait mal des ses dernières émotions. Bizarrement, pour quelqu'un de curieux, Kojirô n'aimait pas les surprises, surprises qui le rendaient grincheux, qu'elles fussent bonnes ou mauvaises…

Alors qu'il ramassait ses outils, Shouta et Keiko lui demandèrent de bien vouloir surveiller ses frères pour la journée, le temps de faire quelques courses et de se retrouver en tête à tête. Le jeune homme n'eut pas le cœur de le leur refuser, d'autant plus qu'il n'avait rien prévu de spécial pour la journée, hormis ses devoirs. Voilà donc comment il se retrouva assis sur une chaise sur le trottoir devant chez lui, à essayer vainement de mémoriser sa leçon d'histoire, tout en gardant un œil sur Takeru qui jouait avec Penalty et Mamoru qui s'entrainait au skate avec ses copains du quartier. Autant dire que les dates ne rentraient pas vraiment dans son crâne… Aussi accepta-t-il que la bande se déplaçât vers le square à quelques rues de là, où une zone « glisse » avait été aménagée récemment. La mairie avait enfin compris qu'il était préférable de donner aux skateurs un endroit où s'exercer tranquillement, au lieu de les obliger à « vampiriser » les rues et les trottoirs. Il se leva et s'étira avec délectation, ayant bien profité du soleil.

Une fois sur place, il choisit de ne pas s'asseoir avec les rares mamans à l'air anxieux qui avaient suivi leurs rejetons. Kojirô céda aux suppliques de Takeru et alla taper dans le ballon rond dans un coin. En effet, le petit garçon avait dû accompagner la troupe, ne pouvant rester seul à la maison. Cependant, n'ayant ni skate ni roller, il ne pouvait rejoindre la bande de Mamoru. De plus, ce dernier aurait très mal pris une intrusion dans ce qu'il considérait comme son domaine privé.

Kojirô n'avait pas touché un ballon depuis ce qui lui semblait être une éternité. Aussi, même un tranquille de jeu de passe avec son benjamin le ravit, tout en avivant le sentiment urgent de pratiquer un vrai foot.

Takeru shoota dans la balle et Penalty se précipita dessus avec un aboiement joyeux. Aussitôt le gamin tenta de reprendre le ballon, farouchement gardé par le chien. Kojirô réalisa que si ses défenseurs étaient moitié aussi bons que son animal, son équipe n'aurait plus aucun problème… Laissant un instant son frère à sa lutte acharnée, il chercha du regard Mamoru pour s'assurer que tout allait bien de ce côté. Ce dernier était en train de s'entraîner inlassablement pour effectuer une figure précise, et il était en train de suivre les instructions d'un de ses amis légèrement plus âgé. Pour marquer ses dires, celui-ci se lança dans une série de mouvements, bougeant son skate avec les pieds, pirouettant sur place avant de mettre une main à terre pour faire virevolter sa planche en l'air.

Ce fut comme un déclic. Kojirô ne comprit pas très bien ce qui l'inspira précisément, mais en un éclair il vit la forme d'un tir.

- « Mamoru ! » clama-t-il tellement fort que le garçon se figea sur place, persuadé d'avoir fait une bêtise. « Refais-moi ça !! »

Pas vraiment rassuré, son frère obéit, mais dans sa précipitation de bien faire, il tremblait et n'arriva pas à effectuer correctement la figure.

- « Quoi ? Qu'est-ce que tu veux voir ? » demanda un peu agressivement son ami. « Ça ? » Pensant prendre la défense de Mamoru, le jeune garçon recommença sa démonstration, pour enchaîner ensuite avec d'autres mouvements. Le reste de la bande s'arrêta pour le regarder : certains l'encourageaient et d'autres le sifflaient, moqueurs. Il n'en fallut pas plus pour lancer une sorte de compétition sans règle ou but précis, si ce n'était faire preuve de ses talents et crâner devant les autres. A skate ou à roller, les amis de Mamoru se succédèrent, chacun sortant sa « spéciale » à Kojirô, qui les regardaient tous très attentivement. Des fois, il secoua la tête, visiblement pas convaincu, mais il lui arrivait de demander encore telle ou telle figure.

- « Nii-san ? » questionna prudemment Takeru. « Tout va bien ? »

Ballon sous le bras et Penalty au pied, il se sentait délaissé.

- « Huuuuuuuum. »

- « Tu viens jouer ? »

- « Huuuuum. »

- « Niiiiiiiiiiii-san ! »

- « Huuuuuuuum.» VLAN ! Kojirô se prit le ballon de foot en plein visage, lancé heureusement pas très fort, mais par un gamin très boudeur. « Non, mais ça ne va pas ? »

- « Au moins, ça t'a réveillé ! »

- « Je vais t'apprendre, moi ! »

- « C'est ça, attrape-moi d'abord ! » défia Takeru. Kojirô eut une toux moqueuse : ce n'était pas difficile de capturer le crapaud. Sauf que cette fois, il y eut un changement de plan : « Penalty, attaque ! »

Sauf que le chien ne savait pas attaquer. Mais il interpréta le large geste de son petit maître comme bon lui plaisait, ce qui en l'occurrence se trouva être : sus au Kojirô. Penalty aboya gaiment et sauta sur le jeune homme qui eut le bon réflexe de tendre les bras. Il se retrouva donc avec un animal collé à lui, alors que son petit frère détalait à toute vitesse.

- « Ce n'est pas du jeu, ça ! »

- « Pour gagner, tous les coups sont permis ! »

- « Mais il faut respecter les règles ! »

- « Depuis quand tu t'en soucies ! » nargua Takeru depuis le bloc de béton sur lequel il était monté.

- « … …. … … … … Descends de là ! C'est un ordre ! »

- « … mauvais perdant… »

La soirée chez Rai fut une nouvelle expérience pour Kojirô. En premier lieu, les convives étaient d'un autre genre. La star du soir, Nanami, venait de Tôhô Arts, tout comme la majeure partie des invités qui abordaient de ce fait des looks de plus étranges, et tenaient des discours pour le moins cryptiques. Le footballeur, déjà peu sociale, ne se sentait pas à sa place ici. Il avait déjà du mal à trouver un sujet de discussion avec des gens dits « normaux », mais avec des allumés…. ? Le jeune homme resta donc en compagnie de Rai, l'hôte du soir, et des quelques amis de ce dernier. Kojirô soupçonnait d'ailleurs que Rai avait invité les garçons de la bande plus pour avoir un support que pour les faire participer à la fête. Il avait beau se montrer aussi jovial et se mêler sans peine à la petite foule, il revenait sans cesse vers Akira, Yoshi et les 3K. Sauf qu'il n'y avait qu'un seul et unique K de disponible : Ken Wakashimazu.

En effet, Kojirô se devait de rester avec sa petite amie. Voilà une nouvelle donne, et le footballeur ne savait pas trop comment la jouer. Rester avec elle tout le temps ? Ou se séparer de temps en temps ? Il avait déjà compris, à son grand soulagement, qu'Izumi ne le collerait pas, en une attitude « chienne de garde » que certaines filles avaient tenté d'adopter précédemment. Bon, elle n'était jamais loin de lui, et semblait prête à bondir sur la moindre fille qui le regardait. Ce qu'il trouvait plutôt agréable. Mais lui n'était pas certain de vouloir la laisser libre, ce qui risquait de donner carte blanche aux autres gars de l'approcher.

De plus, il fallait prendre en compte le fait que Neeve serait de la partie. La cohabitation n'allait pas être des plus amicales. Quelle chance, en sa qualité de grande amie de Nanami, la jeune fille avait une place de choix au sein du groupe hétéroclite d'artistes, auquel elle se mélangea sans aucun problème. Et elle entraîna Kazuki avec elle. Qui entraîna son cousin avec lui, qui à son tour, introduisit Ayame.

Pour continuer à tromper son cousin, le dernier des 3K avait convaincu Ayame de poser comme une « bonne copine » et d'être la cavalière de son cousin pour la soirée. Kojirô ne savait pas ce que cela avait ou allait coûter à Kazuki, mais il se doutait qu'Ayame allait lui en faire baver. Ceci dit, elle avait non seulement gagner son ticket pour une belle fête, mais elle semblait plus que s'amuser à faire tourner ledit cousin en bourrique. Elle et Neeve mettaient le paquet, se comportant en véritables évaporées. Même Kazuki avait du mal à garder son sérieux, lui qui était connu pour son sens de la comédie.

Kojirô regardait la scène de loin avec un sentiment de gêne colérique grandissante : voir Neeve et Kazuki roucouler ainsi était absolument vomitif. Lui-même avait peut-être demandé à Neeve de jouer un rôle, mais il ne s'était pas abaissé à feindre des sentiments amoureux. Quelque part, il trouvait le procédé simplement dégradant, pour Neeve comme pour Kazuki. Le second avant-centre n'avait plus de copine ? Et alors ? Comme si quelqu'un allait y attacher vraiment de l'importance…

Izumi le tira de son ruminement en exigeant qu'il dansât avec elle. Après forces de marchandages, elle parvint à le tirer dans le salon, transformé en « discothèque » comme à l'accoutumé.

- « Tu danses pourtant bien ! » remarqua-t-elle. « Alors pourquoi tant de chichi ? »

- « J'aime pas danser, c'est tout, qu'importe que je sois bon ou pas… » grommela-t-il. Hors de question d'avouer qu'il se sentait la grâce d'un ours et la légèreté d'un pachyderme obèse….

L'essentiel étant qu'Izumi fût contente, il accepta de retourner danser une ou deux fois supplémentaires lors de la soirée. En récompense, il eut droit à des baisers. A son plus grand soulagement - mais quelque part déception aussi – leurs échanges furent un peu plus… calmes que ceux du banc. Oui, ils en gardaient la passion, cependant, Kojirô sentait que la situation était contrôlé : ils n'agissaient pas comme deux ado en proie aux hormones. Cela n'enlevait rien au piment et à la satisfaction des baisers, au contraire : ces derniers n'en étaient que plus intenses. Et ce fut donc naturellement que les caresses firent place aux lèvres.

De son poste (c'est-à-dire près du billard et loin de la piscine) Ken assistait aux deux scènes avec intérêt. Il s'amusait fortement à épier ses deux camarades, proies aculées de leurs femelles respectives. Bien que Neeve ne fût que la copine du jour, elle agissait comme telle et usait de tous les droits et privilèges qui venaient avec la fonction. Pour un peu, il plaindrait Kazuki. Yoshi Kizaka lui tint compagnie un moment, puis Chiyo et lui entamèrent une discussion passionnée sur le volley, sport que la jeune fille pratiquait hors du dôjô à ses heures perdues. Elle avait même pensé à rejoindre l'équipe féminine, mais avait retardé son inscription, le temps de bien prendre ses marques à Tôhô. Puis Emi et Neeve avaient monté l'équipe de basket et la jeune fille préféra cette option. Non seulement jouait-elle avec ses amies, mais la pratique était moins intense que dans un club de compétition, ce qui lui laissait du répit pour ses études et les arts martiaux.

Alors que Ken commençait à s'ennuyer, seul dans son coin, Emi vint le rejoindre. La manageuse de l'équipe de basket semblait hors de souffle :

- « Qu'on ne me dise plus jamais que les artistes n'ont aucune résistance physique. Je viens de prendre une pâtée à DDR. »

Charitablement, Ken lui tendit son propre gobelet de jus. Petit à petit, il s'était rapproché de la jeune fille, qu'il trouvait charmante malgré son côté brusque. Quelque part, elle lui rappelait Kojirô, en version féminine et surtout plus « soft ». Mais l'analogie avait été adoptée par Neeve, à qui il l'avait confiée. Si au départ son intérêt était calculé (mission : découvrir l'amour secret de Sorimachi) il s'était attaché à Emi. Elle aimait le sport, avait de la répartie, mais gardait ce quelque chose de doux en elle.

- « Je hais les jeux vidéos » confia-t-il en la resservant. « Tu vas dire que je suis retro, mais je n'aime pas ces trucs digitaux. »

- « Hum, je n'ai rien contre, mais à petite dose… Tu es bon au billard ? »

- « Un peu… » admit Ken avec modestie. « C'est principalement une question de rebord et d'impact, ça ressemble un peu au karaté… »

- « Avec toi, tout ressemble un peu au karaté. »

- « Ou au foot. » la corrigea-t-il avec un sérieux feint.

- « Oui, ça aussi. »

- « Image que ce sont des ballons de basket… » suggéra-t-il en lui tendant une queue. « Après, c'est une question de position. »

Il passa derrière elle pour corriger son inclination et sa prise. Au départ, Emi rougit et tremblota un peu, gênée par ce contact assez intime. Mais comme Ken ne captait rien, elle soupira et reporta son attention sur le tapis vert devant ses yeux. Ken aux pays des filles, acte I, scène I… Elle perdit largement et alors que le gardien commençait une explication sur les raisons de sa défaite, elle soupira encore une fois.

- « Oh, ce n'était pas si mal ! » tenta-t-il de la consoler, alors qu'il se méprenait sur la cause de sa mélancolie.

- « Franchement, ce que tu peux être aveugle ! » râla soudain Emi en s'éloignant. Elle ne voulait pas qu'il vît les larmes dans ses yeux. Quelle idée d'être bêtement tombée amoureuse de ce type. Encore plus lent que Hyûga ! Elle avait tout essayé, au dehors de se jeter sur lui ou de se déshabiller devant lui. Et même là, il trouverait une excuse à son comportement. Ce même côté chevaleresque pur et romantique qui l'avait séduite était également le pire défaut du goal.

- « Mais Emi ! Attends ! » Ken la rattrapa et la retint par le bras. Il ne lui fallut qu'un coup d'œil pour voir l'état bouleversé de son amie. Délicatement, il relâcha son étreinte et la guida doucement vers un couloir un peu à l'écart de la petite fête qui battait son plein. « J'ai fait quelque chose de mal ? »

- « Oui. Non. Oui »

- « Je suis désolé… » murmura-t-il en se dandinant. Tout autre garçon aurait eu la présence d'esprit de demander « quoi », mais Ken naviguait sur un plan existentiel différent.

- « Tu ne veux pas savoir pourquoi ? » demanda justement Emi en reniflant.

- « C'est sûrement une histoire de gentil et de mauvais garçon. » annonça d'un ton docte un Ken des plus sérieux.

- « … tu n'es pas aveugle… tu es juste…. juste… »

- « Juste…. ? » s'enquit-il presque timidement.

- « … trop bien…un vrai gentil garçon… »

- « … je suis … trop bien. Mais j'ai tout de même fait quelque chose de mal…. ? » Ken aux pays des filles, scène I, acte II…

- « Non. »

- « Vu ton état, j'ai bien dû faire---. »

- « Justement NON, tu n'as rien fait ! »

- « Et c'est mal !???? »

- « ROOOOO EMBRASSE-MOI IDIOT ! »

- « Quoi ? Moi ? Maintenant ? » Ken goûta aux joies du conflit entre la joie et la panique.

- « OUI TOI MAINTENANT ! »

- « Mais je ne sais pas faire ça, moi ! » gémit-il. Déjà, il esquissait un pas en arrière.

Avec un gémissement sourd qui tenait du désespoir, Emi en arriva à la solution finale précédemment évoquée : elle se jeta sur lui. Elle se colla à lui, noua ses bras derrière son cou et l'obligea à se pencher pour enfin l'embrasser. Ken se figea puis eut un tremblement généralisé du corps. Finalement, son instinct l'emporta et il rendit son baiser à la jeune fille. Quelques instants, ils étaient à bout de souffle.

- « Tu vois que tu sais faire. »

- « … Je crois que j'ai besoin de cours de rattrapage… »

baisser de rideau, fin de l'acte I.

Shouta s'était montré intraitable. Couvre-feu obligatoire à deux heures du matin. Entre un Kojirô en convalescence qui était sorti la veille et une Neeve de nature délicate, il était hors de question que le père de famille laissât ses deux petits dehors toute la nuit. Aussi se gara-t-il à 1h58 devant la maison de Rai et condescendit à attendre jusqu'à 2h09 avant de téléphoner à sa chère fille pour la rappeler à l'ordre. Ce fut donc une Neeve boudeuse qui déboula sur Kojirô à 2h10 :

- « Et le mollusque, on s'arrache ! »

- « D'où ça vient, ce mollusque ? »

- « Du fait que tu es englué à Yamashita comme une moule sur son rocher ? »

- « Moi, au moins, j'ai un roche sur lequel m'engluer… »

- « Je préfère être une moule solitaire que d'avoir un tel rocher. J'ai le sens des valeurs, moi. »

- « Dixit la potiche… »

- « Kojirô ! »

Etonnamment, la remarque ne venait de Neeve, mais d'Izumi qui le regardait d'un air bizarre :

- « On ne se moque pas des autres ! C'est méchant. »

- « Oh, c'est vrai, tu es l'experte es-méchanceté… Je n'ai pas besoin de toi, Yamashita ! »

- « Et puis, ce n'est pas bien de se vanter devant les pauvres et les miséreux ! » rajouta la journaliste en herbe.

Neeve fulmina et Kojirô crut un instant qu'elle allait se jeter sur sa petite amie. Mais elle se contint et articula entre ses dents serrées :

- « Hy-û-ga, va-po-ser tes fesses dans la voi-tu-re im-mé-di-a-te-ment ! »

- « Vas-y d'abord, j'arrive. » négocia-t-il. Juste le temps de prendre congé de Rai et du reste de la bande. Kazuki et son cousin étaient déjà partis, et Ken était invisible. Puis il retrouva Izumi devant la porte d'entrée. Cette dernière n'avait pas été formellement invitée et ne devait son ticket d'entrée qu'à son lien avec Kojirô. Si le footballeur partait, elle n'avait aucun prétexte pour rester à une fête organisée en l'honneur d'une amie de Neeve.

- « A lundi ! » salua-t-elle en descendant l'allée à ses côtés.

- « Ton père est là ? » demanda Kojirô en scrutant la rue paisible du quartier résidentiel, à la recherche d'une voiture.

- « Mon père, non, mais son chauffeur, oui. »

Il fut une fois de plus frappé par la différence qui les séparait. Il était plus ou moins habitué : quand on prenait en compte la renommée de Tôhô, il était certain que la scolarité était loin d'être gratuite et que seuls les enfants de « riches » y étaient inscrits. Eux et les boursiers en sport-études. Mais avec Izumi, la chose prenait une proportion étrange. Il fréquentait quelqu'un de riche. Volontairement. Quelqu'un qui ne prenait pas de pincette à chaque fois qu'elle faisait usage de son argent. Quelqu'un qui restait une personne gentille et non l'espèce de chose hautaine et imbuvable que devenait la plupart des gosses pourris-gâtés.

Décidemment, il aimait bien Izumi…

Kojirô eut tout le loisir de regretter son trait d'esprit. Neeve n'avait toujours pas avalé le second coup de « potiche ». La première fois, elle savait que cela n'avait été qu'un mot malheureux, auquel elle avait immédiatement répondu. Maintenant cette fois, il savait exactement ce qu'il disait. Cela dépassait le mot déplacé, car elle était profondément blessée. Ainsi au lieu de le traiter à froid ou de le chercher continuellement, elle boudait. Et dès qu'il la regardait, il pouvait voir son visage peiné.

Cependant, il ne trouva pas le temps de lui présenter des excuses. En ce dernier dimanche de mai, la famille Hase-Hyûga célébrait l'anniversaire de Keiko. A cause de sa grossesse qui la fatiguait, la mère de famille refusa d'aller au restaurant. Elle proposa à la place de faire un barbecue dans le jardin, idée qui ravit l'ensemble des garçons. Shouta fit donc des heures supplémentaires devant le grill pour tourner les steaks hachés et les saucisses en nombre suffisant pour remplir l'estomac affamé des trois jeunes Hyûga mâles. A la fin du repas, différents jeux s'enchaînèrent, puis, alors que le soleil entamait sa descente vers l'horizon, Naksuto demanda à prendre une photo de la famille. La jeune fille avait retrouvé un caractère plus calme, bien qu'il fût désormais clair qu'elle avait hérité d'une partie du mauvais tempérament de son aîné : elle ne se laissait pas marcher sur les pieds et n'hésitait pas à rentrer dans les plumes de celui qui osait la dérangeait.

La collégienne sortit donc son nouvel appareil photo et passa de longues minutes à régler le pied, le zoom et d'autres bidules pendant que Neeve cherchait son chat et que Kojirô tentait de tranquilliser un Penalty survolté par l'abus de viande.

- « Alleeeeez, on sourit ! » Elle appuya sur le déclencheur puis courut se mettre à sa place. Après que le flash eût fini d'éblouir la famille, elle se précipita pour regarder le résultat. « J'en ferais une copie pour tout le monde ! »

Puis ce fut le drame, parce que Mambo grimpa dans un arbre et que Neeve, hystérique à l'idée qu'il allait tomber à cause de sa patte, fit un tel cirque que Shouta dût aller chercher l'échelle pour aller décrocher un félin acrobate, parfaitement heureux là où il était. Ce qui prit donc un certain temps.

Lundi matin arriva. Kojirô se planta devant son calendrier. Dans deux semaines, jour pour jour, sa mise au vert se terminait. Il avait déjà subi presque deux semaines sans réellement toucher à un ballon, ou tout autre exercice physique et l'inactivité commençait à le rendre fou. Heureusement, les derniers résultats montraient une nette amélioration dans la balance de ses oligo-éléments et autres molécules. Il devait toujours suivre un régime spécial, mais rien de trop contraignant. Le seul bémol était la limitation en coca, ce que le joueur endurait difficilement.

Cependant, il avait le feu vert pour recommencer le sport à dose raisonnable. Il était toujours exclu des entrainements et allait devoir alterner les matchs, mais il pouvait se dépenser. Cela commençait avec une reprise intégrale de ses distributions. Un léger footing donc, et quelques exercices de musculation.

Sauf que Kojirô avait une idée bien précise quant à l'usage qu'il allait faire de cette liberté relative nouvellement récupérée. Il allait consacrer chaque seconde de son temps à la maitrise de son nouveau tir. Il avait passé une bonne partie du week-end à décortiquer son illumination du skateboard, et il en était venu à une conclusion précise : il avait du boulot sur la planche.

En effet, contrairement à Takeshin Tsubasa ou Misugi, le Tigre ne pratiquait pas un « football artistique ». Il était loin d'avoir le même degré de contrôle dans son toucher de balle, lui le grand adepte d'un foot physique. Bien sûr, il savait dribbler et la qualité de ses techniques n'étaient pas remise en cause. Mais il ne savait pas donner autant d'effet que les autres à ses tirs et passes. Ça, il l'avait compris depuis longtemps. Kojirô s'entraînait depuis des mois à améliorer ses effets, mais en pure perte. Il n'arrivait à ses fins qu'en sacrifiant la puissance de ses frappes, sacrifice tellement important que le résultat n'était pas probant. En général, un tir était soit fort soit avec effet. La feuille morte de Tsubasa, par exemple, ne se signalait pas par une puissance monstrueuse. C'était l'effet qui compliquait la chose.

Seul le « fire shoot » de Schneider semblait faire l'exception. Le tir était une bonne alliance de puissance et d'effet. Mais de longues discussions avec les deux Ken lors d'un camp d'entraînement l'avaient amené à revoir son jugement : l'effet en lui-même n'avait rien de spectaculaire. C'était bel et bien la force qui engendrait le mouvement, accentuant l'effet de base.

Là où Kojirô avait eu une illumination fut en voyant le jeu aérien du skateboard. Et s'il avait eu des difficultés à comprendre ce qu'il venait de « voir », cela s'expliquait tout bêtement par le fait qu'il venait d'avoir deux idées en même temps. La première était simple : diversifier son panel de techniques en développant un jeu aérien. Prendre le contre-pied de ses habitudes du Tir du Tigre et du Néo Tigre du Tigre. Frapper là où l'adversaire ne l'attendait pas. Après tout, avec la musculature de ses cuisses et de son dos, il sautait très haut. Son jeu de tête était par ailleurs excellent. Mais s'il arrivait à développer un jeu plus en souplesse, pour pouvoir tirer hors du sol, cela lui donnerait un avantage certain. Il pourrait toujours profiter de la puissance de ses jambes, mais sans la contrainte du sol.

La seconde idée était encore au stage d'élaboration. Il s'agissait de donner un effet au ballon, par exemple lors d'une technique aérienne, puis de shooter. Puisque Kojirô savait qu'il n'arriverait pas à allier puissance et effet d'un coup, il allait faire ça en deux étapes. Le désavantage certain de cette technique reposait sur le fait que là où certains ne faisaient qu'un geste, lui allait en faire deux. Cependant, cela lui permettait de conserver la puissance de ces tirs. Et pour réussir, il allait devoir être rapide. Suffisamment pour pouvoir enchaîner l'effet et le tir.

Kojirô avait toujours été un homme d'action. Qu'importaient les épreuves et les difficultés. Une fois qu'il avait décidé quelque chose, il fallait une somme considérable d'efforts pour le stopper ! Un typhon sur Okinawa ne l'avait pas freiné la dernière fois qu'il avait eu ce regard là… Cette fois, à part une explosion nucléaire, Kojirô resterait inébranlable.

Déterminé, il alla faire sa distribution et se rendit sur le terrain de foot juste après avoir avalé quelques friands à la viande en marchant. Pendant que son équipe s'entraînait, il récupéra un ballon et alla s'isoler dans un coin. Pour n'importe quel quidam non spécialiste du foot qui passerait à ce moment, Kojirô faisait « joujou ». Mais en fait, il perfectionnait ses effets. En ce qui concernait la vitesse, il flanchait un peu. Heureusement, son bon ami Akira, champion du cent mètres, allait pouvoir être de bon conseil.

Ainsi Kojirô trouva de quoi occuper sa matinée. Entre cours et discussion technique, il ne vit pas le temps passer, au point qu'il ne réalisa qu'à midi qu'il n'avait pas de bentô. Il n'était pas rentré chez lui ce matin. Râlant à en perdre haleine, sachant qu'il allait se faire tirer les oreilles pour ne pas avoir suivit les ordres du médecin, il alla s'acheter un sandwich à la cafétéria.

Il avait à peine rejoint ses amis à leur table habituelle qu'Izumi débarqua, l'air un peu affolé :

- « Kojirô, c'est horrible ! »

- « Quoiche ? » La bouche pleine, il la regarda avec un petit pincement au cœur pousser Ken vers la droite afin qu'elle pût s'asseoir en face de lui. Elle qui était si gênée de se montrer avec lui, la voilà qui prenait ses aises avec l'équipe. Non que cela le dérangeait, mais pour un changement, c'était un changement.

- « Il nous manque des articles pour la prochaine édition du journal et on doit la boucler ce soir ! »

- « Ah… » Kojirô sympathisait, mais il ne savait pas en quoi cela le concernait.

- « Tu penses qu'on pourrait faire un article sur l'équipe de foot ? »

- « Encore ? » demanda-t-il.

- « Justement, encore… tu n'aurais pas une idée pour faire quelque chose de neuf avec vous ? »

- « Dis tout de suite qu'on est des vieilles choses inintéressantes ! » protesta Ken.

- « Disons que le foot, c'est le foot, et qu'à moins de révolutionner le sport, on en a vite fait le tour, de votre équipe… »

- « Ben heu… c'est que… les gars, une idée ? »

Les garçons, footeux ou pas, se creusèrent la tête. Mais l'instant « réflexion intense » fut coupé par un cri outré :

- « LÀCHE IMMÉDIATEMMENT CE TRUC IMMONDE ! » beugla Neeve.

- « Hase…. De quoi tu parles ? » marmonna Kojirô.

- « C'est quoi, un sandwich? Tu crois que ça rentre dans ton menu, hum ? Et moi qui me tue à te faire un bon bentô maison avec que des bonnes choses dedans ! »

Elle agita la grosse boîte avant de la poser brusquement devant son nez. Le jeune homme grimaça : quoi qu'elle eût préparé, ça allait avoir une drôle de tête maintenant.

- « Je ne pensais pas que---. »

- « Hyûga, on ne te demande pas de penser ! Jette-moi cette horreur ! Et mange ! »

- « Mais tu as encore mis des carottes dedans ! »

- « Si tu n'es pas content, je ne te ferai plus de bentô. »

- « Très bien… parce qu'à partir de maintenant, c'est moi qui les lui ferai. »

La voix d'Izumi s'éleva, douce et mielleuse. Par contre, son regard n'avait rien de gentil. Clairement, elle venait de déclarer la guerre à Neeve….

(1) En français dans le texte (ils sont censés parler Japonais, ne l'oublions pas….)

-o-o-o-o-o-o-o-o-

Bonne année pour 2009 ! Tous mes vœux pour la santé, le bonheur, le travail, l'argent… et surtout, l'amour !!!!!!!!