Première publication : 01 janvier 2016
o.O.o
Chap 58 – Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras
- « Pardon ? » demanda une Neeve pour une fois déstabilisée.
- « Je disais qu'à partir de maintenant, c'est moi qui préparerai les bentôs de Kojirô. »
- « Mais de quoi je me mêle ? » râla la première jeune fille en foudroyant son ennemie du regard.
- « Toi, je ne sais pas, mais moi, je me mêle de la vie de MON petit ami. C'est bien le rôle de la petite amie que de préparer les bentôs, n'est-ce pas ? »
- « Kojirô suit un régime spécial, tu ne peux pas -. »
- « Tu n'auras qu'à me donner les recettes et les recommandations. »
- « Non. »
- « Oh, mais tu n'as pas le choix. »
- « Yamashita, ne cherche pas-. »
- « Toi, ne ME cherche pas ! Je sais que tu penses que je suis maléfique ou quoi, mais je suis encore capable de suivre une recette de cuisine. Et moi au moins, je ferai attention à ne pas mettre de carottes… hein, Kojirô ?! »
Le Tigre se retrouva mitraillé par deux paires d'yeux toutes aussi assassines l'une que l'autre. Bizarrement, il eut du mal à déglutir.
- « Ben euh… » se lança-t-il courageusement.
- « Le sujet est donc clos… » statua une Izumi triomphante.
- « Mais- » tenta-t-il d'émettre, parce qu'il était clair en voyant le visage de Neeve que le sujet était loin d'être clos.
- « Quoi, tu ne veux pas que je te fasse de bentô ? » fit la photographe en herbe d'une petite voix.
- « Oh, arrête ses simagrées ! » protesta Neeve d'une voix dégoûtée. « Comme s'il pouvait te dire non. C'est bien pourquoi, MOI, je te le dis. Ça n'a rien contre toi, mais c'est les ordres du médecin ! »
- « Et depuis quand tu es médecin ? »
- « Et depuis quand tu fais partie de la famille ? »
Les autres garçons assistaient à la scène dans un silence consterné. D'un côté, ils avaient envie de rire, de voir le célèbre Kojirô Hyûga si désemparé, à tout faire pour ne blesser aucune des deux jeunes filles. On aurait dit deux gamines qui se disputaient leur jouet, et Kojirô ne faisait pas vraiment figure de joujou de petite fille. Et puis, c'était toujours amusant de voir deux nanas se prendre le bec, quel qu'en fut le motif. De l'autre côté, le malaise grandissant du footballeur et l'animosité quasi palpable entre les adversaires affectaient le public, qui sentait qu'il allait bientôt être appelé à prendre parti.
Il n'y eut pas de conclusion à la dispute. Emi arriva à toute allure vers Neeve, agitant une liasse de papier concernant le club de basket. Cela semblait urgent, et la jeune fille, avec un dernier regard venimeux vers Izumi, se détourna. La journaliste eut une moue énervée et ramassa son sac. Avant de s'éloigner, elle lança vers Kojirô :
- « Merci de ton aide ! » Elle semblait trahie par le fait que le buteur eût commencé à s'empiffrer, au lieu de la défendre. En effet, le footballeur, ne sachant quoi faire, avait opté pour une attitude neutre... Enfin, neutre pour lui. Aussi, Kojirô, qui leva le nez de son bentô en méli-mélo, eut une réaction toute innocente :
- « Mais quoi !? J'ai faim, moi ! Et je n'ai pas envie d'avoir le médecin sur le dos ! »
- « Tu aurais pu attendre un peu avant de te jeter sur la bouffe. Question crédibilité, tu n'assures pas ! »
- « Mais quoi encore ?! Je n'aurais pas eu une autre attitude si ça avait été ton bentô… »
- « Vraiment ? »
- « OUI ! » De la bouffe, c'était de la bouffe. Certes, Neeve cuisinait très bien, mais il avait très bien survécu avant qu'un hasard de la vie n'en fît son chef cuistot personnel.
- « Tu es génial ! » Et elle lui sauta au cou. Ce qui surprit Kojirô – et ses amis – et le fit grogner, parce qu'il était occupé à mastiquer et que pendue à son cou ainsi, elle l'empêchait de manger… Elle n'en fit pas grand cas, lui plaqua un gros bisou sur la joue et s'en alla.
Le calme revint sur la table. Revint, puis s'éternisa.
- « Euh, capitaine ? » risqua Ken, après que ses compagnons eurent fixé avec insistance le Tigre sans obtenir de réaction de sa part.
- « Quoi encore ? » Kojirô ne releva même pas les yeux de son bentô.
- « Tu sais que… tu viens de te mettre dans une sale situation ? »
- « Ah bon ? »
- « Elles vont toutes les deux te faire un bentô. »
- « Et ? »
- « Comment tu vas faire ? »
- « Je mangerai les deux…. »
La réponse placide sécha un peu le gardien. Techniquement, c'était une très bonne solution. Trop bonne.
- « Tu sais bien que cela ne résoudra pas le problème. »
- « Mais si. »
- « Et tu risques de te rendre malade… » souligna Kazuki. « Et ne viens pas me dire que c'est une belle mort ou un sacrifice pour la paix du monde. »
- « … et ma paix à moi ? »
- « Ta paix à toi, elle ne viendra que lorsque tu auras réglé le problème. »
- « Mais il était réglé, le problème ! » tempêta soudain Kojirô en frappant du poing sur la table. « Pour une fois que Neeve arrêtait de faire sa tête de mule, maintenant c'est Izumi qui s'y met ! BON SANG ! CE QUE C'EST CON, UNE FILLE ! »
- « Et c'est pour ça qu'on les aime… »
La remarque de Rai déclencha un fou rire à la fois amusé et moqueur, qui dispersa la gêne ambiante. Mais tout le monde savait que ce n'était que partie remise et pour une fois, peu de personnes voulaient être à la place de Kojirô Hyûga.
La journée de cours s'enchaîna sur l'entraînement du soir. Tranquillement, Kojirô fit son échauffement et se carapata vers le terrain d'athlétisme pour regarder comment Akira se débrouillait pour être aussi rapide. Quoique surpris, l'entraîneur du club accepta de prendre ce nouvel élève au débotté, le temps de lui donner quelques conseils.
Quand le footballeur retourna sur sa pelouse, il s'arrêta pour regarder son équipe évoluer. Il en était fier. Ils revenaient de loin, ensemble. Le foot n'avait jamais été populaire au Japon. Il avait fallu les exploits de la génération d'or en Europe pour que le ballon rond gagnât ses lettres de noblesse. Depuis cet été où ils s'étaient imposés face à l'élite mondiale, le feu des projecteurs s'était braqué sur eux, et la Tôhô en particulier. Et celle-ci prouvait par la force des choses qu'elle n'avait rien d'un feu de paille.
- « Hé, Kojirô ! »
- « Qu'est-ce que tu fais là, Neeve ? »
- « Où est Kitazume-san ? »
- « Dans ses chaussures. »
- « Quel humour ! Tu as trouvé une nouvelle carrière… »
- « Pourquoi tu cherches Kitazume ? »
- « D'après toi ? »
- « Je t'ai interdit de t'approcher de mon équipe, et mon entraîneur fait partie de - »
- « Je ne vais pas l'abîmer, ton entraîneur. C'est un grand garçon, tu sais… »
- « Et c'est moi qui fais de l'humour pourri. » constata le buteur avec une ironie mordante. Cependant, il lui désigna d'un coup de menton la direction du banc de touche.
- « Ben, on doit bien avoir des points communs, non ? »
- « … je préfère me taire. »
Neeve eut un petit sourire amusé qui étonna le buteur. Aurait-elle oublié l'accrochage de midi ?
- « Neeve, mon petit ! » salua Kitazume. Immédiatement, la jeune fille eut une grimace, ce qui fit sourire l'homme aux verres fumés, qui savait parfaitement qu'elle détestait cette appellation. « Que puis-je faire pour toi ? »
- « Vous pourriez me dire pourquoi vous avez réservé le mini van alors que vous n'avez pas de sortie prévue ? »
- « Ah bon ? » Il se frotta le menton d'un air songeur. « J'ai fait ça ? »
- « Oui ! Et nous avons besoin du mini-van pour aller à - »
Un cri inarticulé interrompit Neeve qui agitait une série d'imprimés sous le nez d'un Kitazume très amusé. Allongé sur le terrain, Yutaka se tenait la cheville en gémissant.
- « Euh, désolé… » bredouillait Yatarô qui était plus que blême.
- « Allons, allons… » soupira l'entraîneur.
- « MAIS CE N'EST PAS VRAI ! BANDE DE BRANQUIGNOLES ! » hurla Kojirô. « VOUS AVEZ DEUX PIEDS GAUCHES, MA PAROLE ! »
- « Arrête de brailler… » gronda Neeve qui s'était penchée sur le blessé, puisque personne n'avait bougé en ce sens. Elle s'agenouilla auprès du garçon et manipula délicatement le membre. Le patient grimaçait de temps en temps, mais restait stoïque. Cependant, le moindre geste de la jeune fille était étroitement surveillé par une quinzaine de paires d'yeux inquiets et impitoyables. Attention à elle si elle abîmait leur coéquipier ! « C'est sûrement une simple foulure… même pas une entorse… » conclut-elle en se relevant. « De la crème, un bandage, pas d'activités pendant une semaine et tu seras aussi beau qu'un camion neuf… »
- « Mon petit, vous m'aviez caché ce talent ! »
- « Je n'ai rien caché, c'est vous qui ne m'avez pas posé la question. » La réponse de Neeve était assez sèche. « Pour en revenir à notre mini-van…. »
À partir de ce moment, Kitazume ne put plus en placer une, pas avant d'avoir accepté, bon grè mal gré, de signer, là, tout de suite, maintenant, avec son sang, les papiers libérant le petit bus qui permettrait au club de basket féminin amateur du lycée Tôhô de se rendre à son premier match. Techniquement, les clubs amateurs n'avaient pas à avoir recours au matériel du lycée, la priorité étant donnée aux activités engagées dans des programmes reconnus. Mais vous pouviez compter sur les six filles pour faire fi des traditions administratives et obtenir exactement ce qu'elles voulaient, quand elles le voulaient.
Yutaka Matsuki gagna un aller-retour à l'infirmerie, où le diagnostic de Neeve fut confirmé. Cependant, en sa qualité de sportif, le joueur eut droit à un bandage bien collant et ferme. Et Yatarô Tanyu, le troisième année, prit sur lui de subir l'engueulade de Kojirô qui n'en finissait pas de traiter son équipe de tous les noms d'oiseaux possibles et inimaginables. Une soirée presque comme les autres, donc...
À la maison, Neeve fut pareille à elle-même: parfaitement chieuse et adorablement chiante. Kojirô réalisa soudain, alors qu'il roulait des yeux sans répondre à une énième provocation, qu'il était totalement immunisé à ce trait de caractère assez insolite. Siffle beau perle, la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe. Peut-être avait-il appris le second degré et la patience ? Peut-être devait-il remercier la jeune femme pour cela ? Non, là, fallait pas pousser. Mais voilà, il savait maintenant que l'expression « qui aime bien, châtie bien » avait un fondement, exactement comme lorsqu'il mugissait après ses coéquipiers.
Ainsi, il eut un soupir las, prit le parti de faire contre mauvaise fortune bon cœur, et vint emmêler les cheveux de sa sœur en un geste d'affection toute masculine, faisant naître piaillements et promesses de vengeance.
- « Pff, tu es fatigante, Hase. »
- « M'ouais. Mais tu m'aimes comme ça. »
- « Je te supporte comme ça. Ceci dit, si j'avais à choisir une sœur, je ne la voudrais pas autrement. »
- « Donc, tu m'aimes comme ça. » répéta Neeve avec une moue sceptique, cherchant plus à confirmer qu'à provoquer.
- « Oui, je t'aime comme ça, Hase. Ce n'est pas comme si j'avais le choix, mais je t'aime comme ça. Maintenant, rends-toi utile et dis-moi où tu as planqué les chips. »
Bon, il n'eut pas son snack, régime oblige, mais il hérita d'une moitié de concombre sans avoir à se battre pour. Comme quoi, les dictons, c'était peut-être rétro, mais ça marchait...
Deux jours s'écoulèrent donc sans qui rien ne vint perturber une vie bien remplie à défaut d'être calme. Neeve préparait son premier match de basket, prévu pour le lundi à venir. C'était la dernière ligne droite pour l'équipe, qui désirait commencer leur « carrière » avec une victoire. La jeune fille se dépensait sans compter, forçant l'admiration de Kojirô devant tant de ténacité, et l'inquiétude de son père devant un tel déploiement d'énergie. Le footballeur, quant à lui, se concentrait sur ses pointes de vitesse et son toucher de balle, tout en coachant son équipe handicapée par le forfait temporaire de leur milieu de terrain, Yutaka. Il ne faisait que passer quelques minutes avec Izumi, ce qui était cependant plus qu'il n'avait jamais accordé à aucune de ses « petites amies » précédentes. La photographe en herbe n'avait fait aucune remarque à ce sujet. Peut-être avait-elle conscience que ce petit quelque chose, ce presque rien, signifiait déjà beaucoup. Ou espérait-elle que ce n'était que temporaire ? Après tout, ce passage « concentrons-nous sur le foot » ne durait que depuis deux jours. Bientôt, cela serait fini. Car rien ne durait jamais vraiment.
Notamment la paix du ménage. Kojirô avait peut-être la mémoire courte, ou la mémoire sélective, mais en général, les filles non. Le jeune homme sut qu'il allait avoir des ennuis à la seconde où Izumi arriva ce jour-là avec une deuxième boîte bentô alors qu'il s'asseyait à sa table, dehors, près de la haie. Déjà, la journée avait mal commencé. En ce mercredi 01 juin, Takeru fêtait ses 8 ans. Le petit garçon était surexcité à l'idée d'ouvrir ses cadeaux plus tard dans la soirée, et à l'idée de passer le samedi après-midi dans un complexe de jeu avec ses camarades. En un mot comme un autre, il avait été absolument intenable, usant jusqu'à la patience de Neeve, pourtant tellement coulante avec son « chouchou ». Bon, il fallait admettre que niveau patience, en ce moment, il y avait comme un problème d'approvisionnement chez elle. Mais bon...
Kojirô passa en revue toutes les solutions possibles pour se sortir de ce mauvais pas. Il savait que, comme à son habitude, Neeve allait arriver dans quelques instants avec le repas qu'elle lui avait préparé alors qu'il était à l'entraînement matinal. Or Izumi semblait avoir la ferme intention de le regarder manger. Si ce n'était pas de la provocation, ça ! Mais là n'était pas le problème : pouvait-il manger assez vite pour se débarrasser de cette preuve flagrante de partialité ? Impossible de compter sur Izumi, elle n'allait pas vouloir « jouer le jeu » et s'éclipser -. Ah, mais si !
- « Tiens, Kojirô. Et bon appétit. Je dois filer, il faut que j'aille donner un coup de pouce au journal, pour préparer la distribution. »
- « Merci. Mais tu sais que... euh... je ... » Alors, ça... Comment dire à son amoureuse qu'il ne pouvait pas manger son repas, parce qu'il suivait un régime spécial, sans se prendre une baffe ?
- « Ne t'inquiète pas, Natsuko m'a envoyé les recommandations. J'ai tout suivi à la lettre et je n'ai pas mis de carotte, MOI ! »
Une bise sur la joue plus tard, Kojirô se retrouva avec un repas et une bonne douzaine de regards sur lui. Les paris commençaient déjà à circuler quand le drame arriva. Enfin, Neeve. Mais quelque part, Neeve et drame allaient plutôt bien ensemble.
La jeune fille était en survêtement de sport et semblait vouloir s'entraîner même pendant les heures consacrées au repos. Aussi avait-elle traversé la cour à grandes foulées, finissant ainsi de s'échauffer. Comme elle avait pris un chemin différent du traditionnel « escalier ouest en provenance de l'aile « section internationale, labo de langue et d'informatique » », presque aucun des garçons ne la vit, et personne ne put avertir Kojirô, qui regardait la boite d'Izumi avec toute la perplexité et l'indécision du monde. Pour être tout à fait exact, il était comme hypnotisé par les motifs en petites fées roses et jaunes du couvercle. Bizarrement, ça ne le mettait pas en confiance. Bon, il n'était pas assez obtus pour juger le contenu au contenant, mais... et si quelqu'un le voyait manger dans une telle boîte de... fille ?!
Pourtant, sa dignité masculine passa totalement au second plan quand il aperçut le visage fermé de Neeve. Le silence qui s'était quasi instinctivement posé sur le groupe le tira du cours de ses pensées et là, Kojirô ne put retenir une grimace.
Cependant, sa sœur ne dit rien, se contentant de fixer à son tour le bentô. Son visage était totalement inexpressif, mais inexpressif de bons sentiments. Là, il était palpable qu'elle ressassait de sombres pensées: colère, tristesse, vengeance, et bien d'autres choses encore. Nul ne pouvait se targuer de savoir ce que Neeve pouvait vraiment penser. Dans tous les cas, le conflit de cette dernière fut interne et silencieux. Au point qu'une ambiance lourde flottait dans l'atmosphère, indisposant tout le monde.
- « Yo, Man ! Qui on enterre, pour que vous tiriez des tronches pareilles ? » Chien Fou Raï venait de surgir, tel un diable hors de son boîte. Ce garçon avait hissé l'art de mettre les pieds dans le plat jusqu'à un sommet encore non découvert, tellement il était haut et recouvert par les nuages de l'intuition. Raï n'avait pas plus de « feelings » pour ce genre de chose que de bonnes notes en anglais. Le basketteur s'amena, tout en bras et jambes, se dévissant le cou pour voir ce qui se passait. Et ce faisant, il bouscula Ken qui en laissa échapper son sandwich. « Oh, désolé, bro. J'ai pas fait exprès, hein ? »
L'ancien karateka eut une petite mine, même s'il essayait de ne pas le montrer. On ne pouvait pas en vouloir à Raï. Néanmoins, il se retrouvait sans repas, et son estomac criait famine, car la succession des événements l'avait empêché de prendre plus d'une bouchée.
- « Ah, tu n'as qu'à prendre celui-ci ! » Neeve ne trompa personne. Sa voix était diaphane. En fait, elle semblait sur le point de s'écrouler.
- « Merci. Mais... tu es sure? » Ken coula un regard prudent vers son capitaine, qui n'avait toujours pas ouvert la boite apportée par Izumi.
- « Parfaitement. Et comme ça, ça rattrapera le repas de la dernière fois. Et puis, je sais que... enfin, rien ... »
Kojirô ne releva pas cette pique, car il n'était pas vraiment sûr que cela en était une. Neeve était capable de faire dix fois mieux (ou pire) en matière de provocation et de « titillement ». Or là, elle faisait tout pour éviter la confrontation. Ce dont il lui était gré, mais il se doutait bien qu'il allait prendre cher à son retour à la maison ce soir... Il regarda donc en soupirant sa sœur s'éloigner d'un pas un peu trop sec pour être naturel et Ken soulever le couvercle d'un petit festin... avant de se rappeler qu'il avait faim lui aussi. La situation semblait momentanément réglée, n'est-ce pas? Alors, pourquoi s'en faire pour ce qui allait forcément arriver ? Surtout qu'il aurait besoin de force pour affronter la suite.
- « Tu devrais aller lui parler. » souffla Kazuki assis à ses côtés.
- « Hum? A… quiff ? » questionna placidement le Tigre en mastiquant avec entrain.
Le second buteur le fixa, interdit, avant de transformer cet étonnement en dégoût mêlé de pitié.
- « Pff. A croire que tu le fais exprès. Ne viens pas râler après... » finit-il par lâcher avec un rien d'agressivité. Le jeune homme se leva et jeta son emballage de sandwich dans une poubelle avec une désinvolture qui dépareillait avec ses mots, preuve que lui aussi se composait un masque derrière lequel dissimuler ses émotions. Avec un dernier regard coulé vers son capitaine, l'attaquant s'éloigna, en direction du gymnase.
- « Quoiche encore! » pesta Kojirô, qui sentait bien qu'il avait – encore – fait une boulette, mais qui ne voyait vraiment pas ce qu'il avait fait. Peut-être parce qu'il s'agissait de ce qu'il n'avait pas fait... Ken, Raï et le reste de l'assemblé haussèrent les épaules, ne pouvant que compatir.
Il était tout sauf bête, le Tigre, même s'il faisait beaucoup d'efforts – une majorité à son insu, ceci dit – pour prouver le contraire. C'était juste dans son caractère d'être impulsif, de parler franchement sans vraiment prendre le temps de penser aux conséquences autres qu'immédiates. Quelque part, il arrivait vaguement à comprendre les sentiments des deux filles, qui voulaient absolument cuisiner pour lui. C'était une preuve de leur amitié, soutien, amour, ou quelque soit le sentiment à traduire. Elles y passaient du temps, et y mettaient beaucoup d'application et de cœur. C'était une attention charmante, qu'il appréciait à sa juste valeur, d'autant plus qu'il savait que Neeve n'avait pas que ça à faire. Et même s'il se doutait qu'Izumi n'avait pas fait le sien de ses blanches mains, elle avait veillé à la confection de la chose. Cependant, il ne saisissait pas pourquoi elles attachaient autant d'importance à ce geste. Il les aimait bien avant cette histoire du bentô, et les aurait aimées tout pareillement sans. Si un jour, alors qu'Izumi n'avait pas été là, Neeve était venue le voir pour lui dire qu'elle ne pouvait plus lui préparer son déjeuner, il aurait été déçu, déçu parce qu'elle cuisinait bien. Mais pas plus que ça.
Aussi prit-il sur lui d'aller discuter avec sa sœur, lui faire comprendre que rien n'avait changé entre eux, Izumi ou pas Izumi, bentô ou pas bentô. Il profita d'une crise de nerf maternelle contre les benjamins de la maison pour se glisser dans la chambre où la jeune femme étudiait. En effet, elle n'était pas aux fourneaux, bien que ce fut jour d'anniversaire. Puisque la famille fêterait les deux anniversaires en fin de semaine, il n'y aurait rien de bien spécial ce soir, si ce n'était des glaces monstrueuses au désert, accompagnées de quelques petits cadeaux. En plus, à l'approche de ses matchs, Neeve consacrait moins de temps à la maison. Cela l'avait fait d'ailleurs culpabiliser, notamment par rapport à la grossesse de Keito, avant que cette dernière lui lui fît remarquer qu'elle était enceinte, pas mourante et qu'elle s'était très bien sortie de ses quatre précédentes grossesses sans aide familiale. Ce à quoi Neeve n'avait su que répondre.
La métisse était donc assise à son bureau et semblait travailler dur. En tout cas, elle était tellement concentrée sur ses papiers qu'elle n'entendit ni les coups frappés par un Kojirô circonspect, ni son entrée et avancée vers elle. Elle aussi tournait le dos à la porte et se ne fut que lorsque la silhouette du footballeur vint obstruer la lumière qu'elle releva la tête:
- « Qu'est-ce que - … Oh, Kojirô... Que veux-tu? ». Elle n'était pas spécialement désagréable. Plutôt distante, voire même méfiante.
- « Tu fais tes maths toute seule maintenant? » plaisanta le jeune homme en tendant la main vers sa feuille d'exercices. Elle piailla et s'accrochant à son bras, plantant ses ongles dans sa chair.
- « Naaaaan, j'ai paaaas fini ! Je te signale que j'ai toujours fait mes maths toute seule, je te demandais de me corriger après ! »
- « À d'autres... Le nombre de fois où j'ai dû commencer par te ré-expliquer tes cours... »
- « Si ça te gêne autant, je m'abstiendrai, la prochaine fois. » fit-elle avec un soupçon de hargne qui rappelait enfin l'ancienne Neeve.
- « Arrête donc de dire des bêtises plus grosses que toi. De un. si ça me gênait, je te l'aurais fait savoir de façon claire et nette. De deux... je doute fortement que tu sois capable de faire quoi ce soit qui me gêne vraiment. »
- « Oh, vraiment... On parie? » susurra-t-elle d'une voix on ne pouvait plus tentatrice et provocatrice. Et là, il eut un sourire carnassier, ce sourire qui faisait craquer toutes les filles tout en le rendant totalement orgueilleux.
- « Es-tu certaine de vouloir jouer à ce jeu avec moi ? »
- « Bah, j'ai toujours gagné, jusqu'à maintenant... » glissa-t-elle avec satisfaction.
- « Ouais, mais jusqu'à maintenant, je ne m'étais jamais trop défendu. Là, ça risque fortement de changer, maintenant que j'ai compris le coup du gros ours à qui on fait courir le marathon. »
- « QUOI ! Mais comment est-ce que-. »
- « Il va falloir apprendre à être plus discrète. » Il jubilait, tout simplement.
- « C'est ça, c'est ça. Disons surtout qu'on t'a bien aidé à comprendre. Tricheur va ! » Neeve bouda, mais continua à soutenir son regard. Elle n'aimait pas perdre, pas plus que lui d'ailleurs. Ils s'affrontèrent, moitié sérieux, moitié rieurs, à ce jeu de gamins, jusqu'à ce que Mambo vint bondir par la fenêtre entrouverte en miaulant. Bien sûr, Neeve se précipita sur son « bébé » qui lança un regard suppliant à Kojirô, lequel ne put l'aider.
- « … Tu es en progrès... » commenta-t-il laconiquement, en lui rendant sa feuille pour une fois seulement à moitié fausse, pas mécontent toutefois que les choses en fussent restées là. Défier Neeve était nocif. Mais étrangement amusant, maintenant qu'il comprenait les règles. « C'est presque pas trop nul. »
- « Rooo, ça va ! Rends-moi ma feuille d'ailleurs ! Je t'avais dit que je n'avais pas fini ! »
- « L'étonnant, c'est que tu aies réussi à commencer. »
Elle lui tira la langue, à défaut de pouvoir réellement répliquer. Ayant récupéré ses exercices, elle tenta de se remettre à son application de théorème, un Mambo ronronnant sur les genoux, donc dans un état d'esprit beaucoup moins concentré.
- « Ah... tu voulais quoi, déjà ? »
- « … te parler ? » avança le buteur avec prudence.
- « … pourquoi est-ce que je sens que ça va mal finir ? »
- « Sûrement parce que tu es une gentille fille ? » Cette dernière ouvrit des yeux ronds en entendant ses propres arguments se retourner contre elle, avant d'éclater de rire.
- « Tu n'as rien compris, en fait ! Tu croyais vraiment t'en tirer comme ça ? »
- « Neeve, je suis sérieux. Je sais que tu es une gentille fille, qui aime jouer les pestes. Mais c'est un jeu. Au fond de toi, tu es …. gentille. »
- « Venant de toi, on ne dirait pas que c'est un compliment ». La jeune femme croisa les bras sur sa poitrine, dévisageant son frère qui venait de se laisser tomber sur le lit avec un soupir. Elle avait décidé de ne pas coopérer.
- « Ce n'est pas un compliment, c'est un état des choses. Et c'est exactement pour ça que tu n'as rien dit à midi. Parce que tu es gentille. » Le nom de Yamashita n'avait pas été prononcé, mais le fantôme de la sino-japonaise flottait entre eux. Neeve ouvrit la bouche pour répliquer, mais Kojirô l'arrêta d'un doigt pointé en sa direction. « Je sais que ça n'a pas été facile, et je sais que tu vas me dire que c'était pour ne pas te donner en spectacle ou perdre ton temps avec elle... Mais le fait est que tu as tenu ta langue. Et je parlerai à Izumi qui, sur ce coup, n'a pas été très sympa. »
- « C'est ça, parle à Izumi. » grommela très sèchement la basketteuse en herbe, en se renfrognant encore plus.
- « Ceci dit, je ne vais pas faire l'arbitre entre vous deux tout le temps. Il va falloir... arrêter ce cirque. Tu ne l'aimes pas, j'ai compris. Tu ne veux pas faire d'effort, juste tolérer sa présence, j'ai compris. Mais d'un autre côté, j'ai Izumi qui me dit n'avoir rien fait de bien spécial, si ce n'est avoir dragué Shun. Pourtant, je sais que tu es une gentille fille, et même avec ton caractère de cochon, tu ne ferais pas tout un plat pour-. »
- « Ah, parce que ce que je fais, c'est tout un plat? »
- « Sans autre information de ta part, oui. » Le verdict était tombé, aussi honnête que tranchant.
- « Donc, entre moi et … l'autre, c'est elle que tu crois? »
- « Le truc, c'est que je n'ai rien à croire venant de toi. Si ce n'est cette haine irraisonnée. »
- « Alors, dis-moi, ô grand sage... l'homme qui a provoqué l'accident qui a tué ton père, tu ne le hais pas, peut-être? »
Kojirô sursauta en entendant la réponse de Neeve et l'envie de lui coller une bonne gifle monta en lui. De quel droit osait-elle mentionner la mémoire de son père, raviver ce souvenir douloureux, dans un contexte qui n'avait rien à voir ? Si ce n'était pas de la provocation gratuite, pour chercher à le blesser ! Mais non, rappelle-toi, c'est une gentille fille... se sermonna-t-il avant de se reprendre. Cependant l'œillade qu'il darda sur sa demie-soeur avait un quelque chose d'assassin.
- « Quel est le rapport? Izumi n'a pas tué ton père, à ce que je sache. » L'iceberg qui avait fracassé la coque du Titanic avait certainement été plus chaleureux.
- « C'est vrai. Mais elle m'a fait exactement le même genre de douleur. Quelque chose qui ne disparaîtra jamais. Elle m'a pris quelque chose qu'elle ne pourra jamais me rendre. »
- « Quoi ? Shun ? »
- « Mon innocence. » Un grand silence plana, durant lequel le jeune homme chercha à savoir s'il allait mordre à l'hameçon ou pas... Que dire? Il sentait qu'elle ne mentait pas, mais qu'elle n'était pas totalement honnête. Peut-être se mentait-elle à elle-même. Mais Neeve reprit la parole, les yeux fixés par delà la fenêtre, caressant Mambo d'une main hésitante. « Avant elle, j'étais une gamine, niaise, crédule, pensant que la vie était belle, que tout allait bien. Et elle a su me démontrer que ce monde était pourri, plein de souffrances, que les parents ne servaient pas à grand chose contre ça. Elle m'a utilisée, trahie, humiliée ! Plus j'avais mal, plus elle s'éclatait. Et elle n'a jamais éprouvé le moindre remord. Et voilà maintenant qu'elle se pointe, sourire aux lèvres et faire comme si rien n'avait jamais eu lieu ? Comme si j'allais lui pardonner ? Merde, elle ne m'a même jamais présenté ses excuses ! »
Neeve parlait d'une voix hachée, vibrante d'émotions et de larmes à peine retenues. Le lycéen, lui, se trémoussait, mal à l'aise. Il ne pouvait pas dénigrer qu'elle souffrait. Mais la cause de la douleur... Était-ce aussi ... terrible que ce qu'elle le croyait et laissait penser ? N'avait-elle pas fait, dans son égarement de petite fille, une montagne d'un pas grand chose ? Parce que comparer ça, quelque fut le « ça », à la mort de son père … Kojirô ne pouvait pas croire que sa petite amie fut aussi aveugle au désespoir qu'elle avait causé, volontairement ou non, à Neeve. Quand bien même aurait-elle été innocente de tous les crimes dont la blonde l'accusait... elle ne pouvait pas juste agiter la main en disant « ce n'est rien, j'ai juste dragué son futur ex-mec ». Surtout qu'Ayame laissait parfaitement entendre que la peine de Neeve était bien fondée.
- « A moi non plus, il ne m'a jamais présenté d'excuses. » lâcha-t-il. « Et je pense avoir perdu plus que toi. Oh, je ne dis pas que tu n'as pas souffert. Mais en l'absence d'explication, je maintiens que la mort de mon père dépasse tout ce que Izumi a pu te faire. Et pourtant, je continue à vivre. » Il savait que ce n'était pas très... compatissant de sa part, d'être aussi dur. Mais le footballeur avait horreur qu'on s'apitoie sur son propre sort.
- « Ouais, peut-être. Mais tu n'as pas à croiser ce type tous les jours de ta vie, et ta sœur ne se met pas à sortir avec. » cracha-t-elle, tel un chat. Mambo, dérangé par le bruit et la mauvaise ambiance, sauta à terre, feula à son tour en direction du sportif, avant de quitter la chambre, la queue dressée en signe de défi.
- « Peut-être. Mais ce n'était pas sa faute. » Il avait du mal à croire ce qu'il disait. Il défendait celui qui avait amené la mort sur les traces de son père. « Il n'était pas ivre ou drogué, pas fatigué. Il a juste fait une mauvaise manœuvre, par temps mouillé. Il doit sûrement se sentir très mal, ce type. »
- « Sauf que dans mon cas, c'était volontaire. »
- « J'ai du mal à croire qu'Izumi ait pu te faire du mal, volontairement ! » s'exclama-t-il, avant de réaliser qu'elle le regardait d'un œil goguenard et très acide.
- « Oh oui? Et le coup du bentô, ce n'était pas volontaire, peut-être ? »
Mouché. Il était mouché. C'était à s'arracher les cheveux ! Comment allait-il se sortir de cette situation !? Entre une sœur qui campait dans son bon droit mais version huître bien fermée et sa copine qui n'avait, pour le moment, d'autre travers que d'être …. bah, décidée, déterminée... Comment faire la part des choses ?
- « D'accord, ce n'était pas cool de sa part. Je l'ai déjà dit et-. »
- « Et d'après toi, qu'est-ce qu'il va se passer après ? J'ai cédé sur ce point, donc, comme je la connais, elle va réattaquer bientôt. Et à ce moment, j'aurai le choix: soit je me braque, et je te mets dans la mouise et tout et tout, soit je suis la gentille fille que tu m'as dit que j'étais, et je laisse couler. À la fin, c'est moi qui finirai écrasée, et elle aura gagné. Elle m'aura encore pris ce que j'avais, elle m'aura humiliée, et tout ça sous le regard bovin de mon attardé de frère! »
Oups. Comptez sur Neeve pour rajouter du piment sur de l'huile bouillante. Kojirô se leva avec un cri inarticulé avec la ferme intention de la passer par la fenêtre, tandis qu'elle se fortifiait dans son fauteuil, comme si le meuble était une zone de non agression surveillée par l'O.N.U.
- « NON! » hurla-t-elle plus que lui, ce qui le freina tout de même dans son élan. « Si elle est capable de passer par Natsuko pour obtenir des recettes que je ne voulais clairement pas lui donner et de te faire tout son show, c'est qu'elle a tout calculé. Si elle est capable de ça, elle est capable de tout le reste. Pourquoi est-ce que ce n'est pas elle qui a fait le dos rond, pour une fois ? Qu'est-ce qu'elle avait besoin de se mêler de nos affaires de cuisine ? Admet-le, ce qu'elle a fait est tordu, mesquin, petit, et c'était totalement intentionnel ! »
- « ET ALORS ?! PEUT-ETRE QUE J'AIME MES COPINES QUE QUAND ELLES SONT TORDUES MESQUINES ET INTENTIONNELLES ! »
- « …. Dans ce cas... Nous n'avons plus rien à nous dire. Je …. respecterai... ton choix. Mais je ne veux plus entendre parler de vous. Faites vos trucs de votre côté. Je ne vais pas me gâcher la santé encore une fois à cause d'elle. Je voulais te protéger, mais si tu plonges volontairement vers le côté obscur... intentionnellement. Ne t'inquiète pas, je ne vous gênerai pas. … Tu peux prendre la porte. »
- « Me protéger ? ME PROTEGER ? TU CROIS PEUT-ETRE QUE J'AI BESOIN D'UNE NEVROSEE COMME TOI POUR ME PROTEGER ? »
- « Crois ce que tu veux, je m'en fous. »
Elle se tourna vers ses maths d'un air résolu et lorsque Shôta entra dans la chambre pour savoir pourquoi son beau-fils s'époumonait, il la trouva totalement figée sur son exercice, calme et pondérée, alors que Kojirô écumait de rage.
- « Mais qu'est-ce qu'il se passe ici ?! » gronda-t-il.
- « Rien. Il ne se passe rien, et il ne se passera absolument rien. » déclara alors le garçon d'un air dégoûté. « Autant parler à un mur, il risquerait de me répondre lui. Intelligemment, en plus. »
Et il quitta la pièce dans le plus grand silence et surtout, la plus grande indifférence de la part de Neeve.
Elle tint sa promesse. Contrairement aux précédentes fois, elle ne traitait pas Kojirô par l'ignorance, mais avec une courtoisie banale. Sans être spécialement chaleureuse, elle n'était pas le glaçon ironique qu'elle savait être. Ou la peste revancharde qui vous tendait des pièges. Elle était polie, comme avec un camarade de classe, qui se trouvait vivre chez elle, par un hasard de la vie. Elle ne lui parlait jamais plus que nécessaire, ne lui faisait plus de bentô, mais le traitait comme un membre de la famille, s'occupant de son linge ou du ménage avec la même application qu'auparavant. En fait, elle était exactement telle que Kojirô l'avait souhaitée à leur rencontre. Distante mais abordable.
Il n'y avait plus de cours de maths ou d'anglais. Neeve étudiait dans sa chambre, tout comme tous les autres enfants, mettant ainsi fin à la séance de travail collectif sur la table de la salle à manger.
Et Kojirô avait enfin la paix.
Enfin...
Jusqu'à samedi.
