Chapitre 59 - La musique adoucit les mœurs

Ce samedi 4 juin allait marquer le début d'une nouvelle ère.

C'était en effet ce que Kojirô décida ce matin-là, en se plantant devant son calendrier. Dans deux semaines, jour pour jour, sa mise au repos prendrait fin, s'était-il dit par plus tard que lundi dernier. La semaine n'était pas encore finie, mais il lui semblait que cela faisait une éternité depuis qu'il s'était promis de se concentrer sur le foot – et il devait avouer, sans trop de résultat. Mais là, le passage de mai à juin avait un quelque chose d'électrisant. Juin, c'était la dernière ligne droite avant le camp d'entraînement de l'été et le tournoi inter-lycée début août. Mai, c'était encore le printemps, on avait encore le temps. Juin, c'était presque l'affolement des derniers préparatifs. Or, il était hors de question pour Kojiro et ses gars de ne pas remporter ce prix, maintenant qu'Ohzora avait foutu le camp au Brésil. L'année dernière, Tôhô avait remporté le titre, mais il y avait eu beaucoup de mauvaises langues pour persifler que c'était un coup de pot, une victoire facile face à une Nankatsu en reformatage après le départ de THE star... Cette fois, Kojirô espérait bien leur clouer leur bec et leur démontrer qu'il avait du talent, et pas qu'un peu, et que son équipe méritait largement la coupe.

Alors, en complément de ce qu'il s'était promis lundi, Kojirô divisa mentalement son temps, puisqu'il n'avait pas réussi à tenir sa promesse au cours des cinq derniers jours. 70 % de sa vie sera désormais consacrée au foot, 20 % à sa famille et ses études, et 10 % au reste. Le hic, c'était qu'il hésitait sur où caser Izumi. Elle n'était pas de sa famille, mais elle n'était pas « divers et loisirs ». Elle méritait mieux que ça. Mais il n'avait pas le temps pour « mieux que ça ». C'était une évidence. Kojirô avait dû, depuis la mort de son père, constamment sacrifier des choses pour pouvoir avancer, dans le foot, dans la vie. Avant l'ère Hase père-et-fille, le jeune homme n'avait presque aucune vie sociale, se contentant de l'amitié de Ken, Kazuki et Takeshi. À un moment donné, il avait été piégé par les chamboulements du remariage. Il avait cru pouvoir... oui, il avait confondu « vie sociale » et « vie normale ». Quand avait-il oublié que lui, le Tigre, le seul et l'unique, était avant tout un sportif de haut niveau et qu'en tant que tel, il n'avait pas, et n'aurait jamais, une vie normale ? Alors prétendre à une vie sociale ? Avoir la paix de l'esprit à ne pas se préoccuper à payer des factures, oui, c'était bien. Mais ça ne l'autorisait nullement à perdre son précieux temps à... vagabonder.

Et de toutes les choses en surplus de sa nouvelle vie, celle qui lui faisait moins mal de sacrifier, c'était Izumi. C'était aussi la seule qu'il pouvait sacrifier, en fait. Ça, et les soirées débiles chez Rai. Mais ce n'était pas parce que c'était le fruit d'une réflexion logique que ça n'en était pas moins douloureux. Kojirô savait qu'il devait rompre avec sa petite amie. Non pas parce que Neeve ou tout le monde semblait croire que c'était mieux, pour différentes raisons, mais bien parce que lui le savait.

Autant dire qu'il était d'une humeur de chien en descendant prendre son petit-déjeuner. Pire, il soupirait, à fendre l'âme, ce qui n'était pas tigresque. Shôta se méprit sur cet accès de mélancolie :

- « Allons, ne t'inquiète pas, c'est bientôt fini. Tu pourras jouer au foot très bientôt... et bon, vois cet après-midi comme un test, le purgatoire avant les portes du Paradis... »

Et Kojirô comprit que son beau-père n'était absolument pas enchanté par la perspective de l'après-midi à venir, au complexe de jeu. Après tout, c'était logique. Un neurochirurgien comme lui n'avait jamais eu à participer à ce genre de loisirs, et du coup... ce n'était pas un loisir. Une corvée plutôt. Shôta devait plutôt préférer utiliser son temps libre à... à quoi donc ? Encore une fois, Kojirô réalisa qu'il ne connaissait pas plus que ça les Hase. Il n'avait jamais pris le temps – et la peine, avouons-le – de discuter avec l'un comme l'une.

Le jeune homme mâchonna ses céréales d'un air pensif. Il allait bientôt fêter ses dix-sept ans. Il avait toujours dit qu'il voulait faire carrière dans le foot, et dans le foot international. Avait-il vraiment l'obligation de connaître sa belle-famille ? Les rapports qu'il avait établi jusqu'ici, bon grès, mal grès, ne suffisaient-ils pas ? Après tout, pourquoi assumer devoir sacrifier son propre bonheur, sa relation avec Izumi, pour cette famille dont il n'avait jamais voulu à la base, et dont il n'avait pas besoin ? Alors oui, sa mère s'était remariée, il avait écopé dans la foulée d'un beau-père et d'une sœur, mais voilà, ce n'était pas l'épicentre de sa vie. Kojirô se renversa, basculant sa chaise sur les deux pieds arrière, pour réfléchir plus en avant encore. Ce n'était pas le genre de chose qu'on pensait à la légère.

Les Hyûga avaient toujours été très famille. Bien que les tantes et oncles et grand-parents respectifs du côté de Keiko ou de feu son père vivaient loin, ils étaient restés en contact. Les Crapauds passaient généralement les vacances d'été à la campagne chez une relation plus ou moins éloignée. Kojirô ne s'imaginait pas vivre autrement, même si lui-même ne pourrait pas reconnaître la moitié de sa famille s'il devait la croiser dans la rue. Il n'empêchait pas qu'il connaissait tous les noms de ses cousins, celui de leur conjoint (à deux-trois erreurs près) et ceux de leurs gosses. Du coup, se dire que finalement, les Hase, ce n'était pas SA famille, cela tenait de la cogitation poussée.

Ce qui voudrait dire... Kojirô pourrait allouer 10 % à sa famille, les Hyûga... et le futur Hyûga-Hase... et laisser une petite place à Izumi. Sa mère comprendrait, il le savait. Mieux encore, elle l'encouragerait à se conduire en égoïste. D'un autre côté, Shôta était là pour rester, et donc Neeve aussi. Et vraiment, aurait-il la capacité à la supporter ad vitam eternam aussi butée et... Sur le coup, Kojirô redescendit en assise normale tellement vite que le mouvement de rétablissement de la chaise sur ses quatre pieds le propulsa un peu en avant, heurtant la table, de telle sorte que le lait de son bol se renversa un peu. Venait-il VRAIMENT de penser qu'il n'aimait pas cette Neeve indifférente, et qu'il préférait encore quand ils s'engueulaient parce qu'au moins elle lui parlait ? Un claquement de langue excédé le tira de son monologue interne. Ladite Neeve était en train d'éponger le jus d'orange qui avait imité le lait, et bien que les dégâts comme le geste étaient minimes, Kojirô fut immédiatement hérissé par l'attitude de la jeune fille. Au temps pour lui, il n'avait vraiment rien à lui dire.

Cependant... l'espace d'un instant, il se projeta dans le futur, et dans un futur autre que juste sa carrière. Dans dix ans, oui, il serait connu et reconnu, et le voilà en train de rentrer au pays pour l'anniversaire groupé de sa famille. Sa femme serait avec lui, forcément. Peut-être même un bébé – même s'il avait encore le temps d'y penser. Forcément, dans dix ans, il y aurait Shôta. Et peut-être Neeve. Et si sa femme, c'était Izumi ? Qu'est-ce qu'il se passerait... Un frisson d'horreur lui remonta dans la colonne. Le genre de frisson qu'on éprouve quand on a cinq ans et qu'on se réveille la nuit dans sa chambre, et qu'on est certain d'avoir entendu un bruit, et que donc, il y a un monstre sous le lit ou dans le placard. Non, cette vision n'était absolument pas bonne.

Or, et force était de l'admettre... il pouvait facilement imaginer un futur avec Izumi. Certes, il se savait pas « amoureux d'elle » même si elle semblait être « folle de lui » si on en croyait Natsuko – et il ne voyait aucune raison de ne pas se fier à sa petite sœur pour ce genre de ragots. Mais dès à présent, Kojirô admettait que cela pourrait devenir possible. Et qu'il espérait donc de cette relation autre chose qu'une petite amourette. Même si les choses devaient évoluer et se finir d'elles-mêmes, Kojirô envisageait d'être... en couple. Il prenait au sérieux son histoire. Contrairement à certains de ses amis qui accumulaient les relations en sachant qu'elles n'iraient pas très loin, Kojrô voulait pouvoir se projeter. Un peu comme pour tout dans sa vie : il ne faisait pas les choses à moitié. Pour le coup, il était un peu comme Ken : il respectait l'amour. Pff, et dire qu'il était tombé amoureux d'Hikari... Comme c'était pathétique, au final... Et donc, on en revenait à la case de départ : il n'avait pas le temps nécessaire à accorder à Izumi pour donner une réelle chance à cette histoire de se développer au mieux. Et ça serait injuste envers la sino-japonaise de ne pas se donner à fond...

Kojirô était le premier étonné du tour que prenaient les choses. Si on lui avait dit qu'il aurait une petite-amie du style d'Izumi au lycée... qu'ils auraient trois rendez-vous amoureux et qu'il irait jusqu'à acheter de lui-même des tickets pour un bal... Oui, il aurait ri. Mais quiconque le connaissant n'aurait pas trouvé ça si anormal venant de sa part. Pourquoi agirait-il différemment avec sa famille qu'avec sa copine ? Lui qui avait toujours été extrêmement protecteur envers sa mère et sa fratrie ? Lui qui avait été élevé par une mère célibataire qui avait bien veillé à lui enfoncer dans le crâne qu'une femme, ça se respecte au même point qu'un autre être humain, footballeur ou non, pourrait-il être autrement qu'attentif à sa relation amoureuse ? Oui, il était colérique, souvent impulsif dans ces mots, mais dans l'intimité, c'était intrinsèquement... un gentil garçon. Ayame l'avait parfaitement cerné, sur ce point.

Donc, de façon presque inconsciente, il plaçait le bonheur présent ET futur d'Izumi très haut sur sa liste des priorités. Et en parlant de futur...

- « Neeve ? » appela-t-il, brisant le silence ambiant. La jeune fille, surprise de cette apostrophe, alors qu'ils étaient censés se faire la tronche, leva la tête en clignant des yeux. « Je vais te poser une question très sérieuse, OK ? ». Devant la mine on-ne-pouvait plus déterminée de Kojirô, Neeve comprit que ce n'était pas le moment de jouer. Elle acquiesça en reposant sa tartine, lui allouant donc toute son attention. « Plus tard, dans ta vie... est-ce que tu accepterais de vivre selon la carrière de son mari ? »

- « …. …. je ne te suis pas très bien, là. » avoua-t-elle. Kojirô lui-même ne trouvait pas les mots, donc il pouvait comprendre pourquoi ce n'était pas clair.

- « Que ce soit St Elizabeth ou Tôhô... en section internationale en plus... on vous destine à de 'grandes carrières', n'est-ce pas ? » Il mima avec les doigts des guillemets. « Du coup, ça veut dire des postes à responsabilité et tout. Et si ton mari reçoit une promotion à l'autre bout du pays, ou même ailleurs, hors du pays... tu fais quoi ? » Neeve fit la moue, pas vraiment certaine de bien saisir le but de la question.

- « Je suppose que tout dépendra de mon propre boulot. Si je suis dans un job qui me plaît ou qui ne me permet pas de changer de poste comme ça... Je veux dire... il y a peut-être vingt ans, ouais, il était attendu qu'une femme suive son mari. Mais bon, il était aussi entendu qu'une femme n'aurait jamais de carrière, à proprement parler. » Elle le regarda, mais il semblait encore un peu perdu. « Je ne suis pas une grande féministe, mais je ne suis pas non plus une grande carriériste. En fait, tu devrais plutôt parler à mes copines. Pour l'instant, je n'ai absolument aucun plan pour l'avenir. Alors si mon mari était muté dans un coin sympa, là, maintenant, je te dis, pourquoi ne pas le suivre. Mais Ayame, Nanami ou même Emi s'offusqueraient qu'on pense qu'automatiquement elles abandonneraient leur activité, sans même être consultées plus encore. »

- « ... »

- « Ça répond à ta question ? »

- « J'crois... »

- « … et pourquoi tu te poses ce genre de question, comme ça, un samedi matin ? » fit-elle, curieuse, et tout de même un peu prudente.

- « J'pensais à un truc, c'est tout... »

- « Ça n'a rien à voir avec Papa, hein ? »

- « Hein ? »

- « Papa ? Tu n'as pas entendu des trucs, par hasard ? »

- « Hein ? Non. Mais qu'est-ce que tu racontes ? »

- « Ben j'sais pas. Tu parles de mutation et de femme qui suit son mari. Peut-être que tu as entendu mon père parler à ta mère pour un changement de poste ? »

- « Ton père veut changer de poste ? » Kojirô fut soudain alarmé. Quoi ? Ils allaient encore déménager ?

- « Mais j'sais pas moi ! C'est toi qui as commencé ! »

- « Mais j'ai rien commencé du tout ! » protesta-t-il avec véhémence.

- « … donc ça n'a rien à voir avec Papa ? »

- « Mais rien, bon sang ! »

- « … OK... dans ce cas, tu te poses vraiment de drôles de questions pour un samedi matin. » railla-t-elle en se levant. Et voilà, on était reparti. Kojirô haussa les épaules, blasé, et finit son lait. Il était déjà retourné à ses pensées et surtout celle qui voulait que jamais Izumi le suivrait en Europe après le lycée, là où il comptait jouer. Elle voulait faire une école de journalisme, et même si elle partait étudier à l'étranger, elle penserait d'abord à ses études et sa carrière – ce qui était normal – et pas à décider de son futur en fonction des recrutements des joueurs de foot.

Bref.

Ce n'était pas ça.

Ce fut donc deux ados boudeurs qui se traînèrent dans la voiture. Kojirô parce qu'il avait la tête pleine d'idées biscornues qui aboutissaient dans des endroits qui ne lui plaisaient pas, Neeve parce qu'elle commençait à stresser pour son match de lundi, et qu'elle aurait préféré passer l'après-midi à s'entraîner plutôt qu'à traîner dans un centre de jeu à regarder une bande de mômes de dix et sept ans respectivement, faire les zouaves au laser quest ou au bowling.

- « Maiiiis ! » piailla Takeru. « Ça va être marrant ! »

- « Et avec qui je vais faire équipe ? Parce que bon, si je joue avec ou contre vous, ça va être de la triche. » répliqua-t-elle. Elle n'avait pas tort.

- « Tu aurais pu inviter des amies, ma chérie. » souligna Keiko en se retournant, un peu contrariée à l'idée que la jeune fille allait s'ennuyer. Ni elle ni Shôta n'avaient vraiment envisagé ce cas de figure, et pourtant, ils ne leur venaient pas à l'idée de dispenser les deux jeunes de ce qui était à leur yeux une réunion familiale.

- « Je l'avais fait, mais Nanami a la tête dans ses dossiers de transfert, Ayame a eu un imprévu et Emi est avec son amoureux. » grommela Neeve en se renforçant dans son fauteuil.

- « Quoi ? Emi ? » Kojirô sursauta.

- « … Mais sur quelle planète vis-tu ? » répliqua Natsuko avant même que son aînée n'ouvrit la bouche. « Elle est avec Ken ! » clama-t-elle. Difficile de dire si cette nouvelle faisait plaisir ou pas à la photographe en herbe qui avait eu encore jusque peu des sentiments doux quoique enfantins à l'égard du goal.

- « HEIN ! Mais depuis QUAND !? »

- « Une semaine... Depuis la soirée chez Rai. » explicita Neeve. Kojirô n'en crut pas ses oreilles. Depuis une semaine et Ken ne lui en avait pas parlé ? Bon, il n'avait pas été très présent cette semaine, vu qu'il était hors terrain et concentré sur son tir. Mais bon... « Rooh, ne fais pas cette tête, ils ont décidé de garder ça plus ou moins secret... ou discret. Au moins pour les premiers temps. »

- « Ouais, mais tout de même... » grommela-t-il. Cette fois, il boudait pour de bon !

Il s'assit dans un canapé avec toute la lourdeur qu'il lui était possible d'invoquer et avec la ferme intention de ne pas en bouger jusqu'à la fin de la petite sauterie. Kojirô avait comme un poids sur l'estomac, signe que son esprit était réellement préoccupé. Bizarrement, Neeve s'assit presque à côté de lui, une expression semblable sur le visage.

- « Il faut que tu te calmes. » lui conseilla-t-il au bout d'un moment. « Stresser à ce point, c'est mauvais. Tu vas finir par réellement te planter lundi. »

Neeve lui lança un coup d'œil en biais, l'air encore plus mauvais que d'habitude, prête à dégainer la vacherie du moment, puis soupira.

- « Je sais. Mais je ne peux pas m'empêcher de stresser. C'est comme ça. »

- « Essaie de rationaliser. Tu n'es pas seule dans l'équipe, vous êtes toutes ensemble dans le match. »

- « Mais une équipe est toujours aussi forte que le plus faible de ces maillons. C'est bien ce que tu as toujours dit. »

- « … d'où tu tiens ça, toi ? » grommela-t-il.

- « … tu es à Tôhô depuis le collège. Les sources d'informations sont plus que nombreuses. Et je te signale que j'ai passé du temps avec ton équipe, dans la montagne. J'en ai appris beaucoup sur le Tigre. » Il n'y avait qu'une petite pointe de moquerie dans sa voix.

- « … ouais, ben tu sais, cette histoire de Tigre, ça commence à me gonfler. »

- « … ah bon ? … je veux dire... je sais... » Neeve piqua un fard et bafouilla un peu. « … je sais que je me suis moquée, au début, mais je n'avais pas compris à quel point c'était sérieux, cette histoire de foot. »

- « Ouais, mais ce n'est pas que pour ça. …. attends, tu veux dire quoi, par ça ? » fit-il un peu estomaqué. En réponse elle soupira d'un air excédé en roulant des yeux.

- « Ben quoi ? Qu'est-ce que tu croyais ? Que j'étais stupide au point de ne pas réaliser que c'était vraiment un truc spécial, le foot, pour toi ? Que ce n'était pas du flan, cette histoire de passer pro ? »

- « Parce que tu avais des doutes ? »

- « Mais voyons, Kojirô, c'est évident ! Le foot, ça n'a jamais été populaire. J'avais à peine une idée de ce que c'était avant de te rencontrer. Et puis, des gars qui disent qu'ils veulent faire pro, tu en as dans toutes les équipes lycéennes. A St E., ce n'était pas différent. La plupart ne savent pas ce qu'ils disent. »

- « Parce que toi, oui ? »

- « Je ne sais pas si mon père ou quelqu'un t'en a parlé, mais j'aurais pu devenir danseuse étoile. Ou en tous les cas, entrer dans un programme pour tenter d'en devenir une. J'avais longtemps hésité, parce que je savais à quel point j'allais en baver. J'avais déjà eu des ampoules et des courbatures, et des concours, à en pleurer quand je me plantais lors de l'audition. Alors, tu penses, un programme de petit rat ! Mais finalement, j'étais prête à tenter ma chance. »

- « Et ton père a dit non. »

- « Voilà. Puisque tu savais, pourquoi ça t'étonne, qu'à la base, j'avais des doutes sur... … mais bon, c'est quoi, cette histoire de Tigre ? »

- « Pfff... j'étais con, plus jeune. OK ? »

- « Pas la peine de m'agresser. J'y suis pour rien ! » protesta-t-elle en fronçant les sourcils et en se décalant plus loin sur le canapé.

- « Mais arrête de penser que je t'agresse. J'suis un râleur, c'est tout. Ouais, je râle beaucoup contre toi, parce que tu es vraiment MAIS vraiment chiante, mais ce n'est pas toujours contre toi ! »

- « Ravie de le savoir... » L'acidité dans sa voix n'avait pas disparu, loin de ça. Bien entendu, ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd et les choses allaient s'envenimer quand Natsuko arriva. La jeune adolescente, ayant eu une pyjama party récemment, n'avait pas voulu inviter ses amies à cet après-midi : elle avait décliné avec un « peuh » presque méprisant cette possibilité. Voyons, les jeux d'arcades, c'était bon pour les bébés, pas pour les jeunes ladies qu'elle et ses amies se targuaient d'être. Du coup, coupée de ses frères, elle était également un peu esseulée, et après avoir tenté de trouver une occupation, elle était revenue à la table familiale pour y trouver ses deux aînés qui se prenaient le chou, pour une énième fois.

- « Tiens, vous vous parlez, maintenant ? » railla-t-elle. Les accusés, pris en flagrant délit, eurent en parfaite harmonie un « pff » dédaigneux et se détournèrent l'un de l'autre. Natsuko roula les yeux et s'installa entre les deux. « Franchement, et après, vous dites que c'est moi, la gamine... J'vous jure. Bon, Neeve, puisque tu es capable de parler à Nii-san, tu es capable de me parler, et donc, on va aller faire du DDR (1) ensemble. … et ne me dis pas non, tu adores ça, et en plus, tu vas pouvoir me mettre la pâtée. »

Si Neeve râla, ce fut pour la forme, et pour le plaisir de se faire prier. Elle ne pouvait pas résister à une compétition, à un défi, et encore moins quand il s'agissait de danse. De plus, elle savait qu'elle ne pouvait pas faire indéfiniment la tronche à Natsuko, alors même qu'elle arrivait à reparler à Kojirô. Ce dernier eut une sorte de reniflement ricaneur : Neeve n'avait vraiment aucune volonté. Alors qu'elle avait promis une vengeance éternelle à tout bon de champ, elle avait tenu à peine une semaine dans son attitude de majesté ignorant la crasse populeuse. En fait, il n'y avait que Yamashita Izumi qui semblait être mise de côté par cette faiblesse presque hypocrite : même Shun et cette Oki paraissaient avoir été oubliés, si ce n'était pardonnés.

Et encore une fois, les pensées du jeune homme revenaient vers sa petite amie. Ou future ex-petite amie. Il devait rompre avec elle, c'était la solution logique à beaucoup de ses problèmes, en plus d'être la bonne chose à faire. Mais allez le faire ! Kojirô n'avait jamais eu à larguer qui que ce fut, selon les « formes ». Déjà, il ne s'était jamais reconnu la moindre copine, et ses passades comprenaient rapidement le message quand il se mettait à les ignorer – ce qui arrivait rapidement. En fait, ce n'était même les ignorer : c'était les traiter avec le même désintérêt frôlant le dédain qu'auparavant. Elles avaient voulu l'embrasser, il s'était laissé faire, mais sa complaisance ne s'étendait pas plus loin que ces baisers. Si elles voulaient plus, ou si elles pensaient que ces baisers leur donnaient droit à prétendre à plus, elles se cassaient les dents sur un mur inébranlable.

L'un dans l'autre, ça ne changeait rien au fait que Kojirô n'avait aucune idée de comment rompre en douceur avec Izumi, pas plus qu'il ne savait pourquoi Neeve lui vouait, en dépit de sa propre nature de bonne pâte, une telle haine, forcément irrationnelle.

- « Tu es bien pensif, Capitaine. » fit une voix plutôt douce, mais surtout inattendue.

- « Takeshi ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? » Kojirô accueillit son benjamin avec sa chaleur coutumière, content de voir un ami, et surtout de le voir, lui.

- « Hum, Nat' a mentionné que c'était l'anniversaire des gars aujourd'hui, et je voulais passer faire un coucou... et j'espérais pouvoir te parler. » ajouta le collégien avec un air inquiet.

- « Ben, ma mère et Shôta surveillent les mômes, quelque part là dedans... » Le Tigre désigna le centre d'arcade d'un geste rapide. « Tu n'as qu'à attendre ici avec moi, ils finiront pas revenir, et ça te donnera forcément le temps de me dire ce qui ne va pas. »

C'était bien évidemment une question de foot. Takeshi était depuis avril capitaine de l'équipe collège, et forcément, ce n'était pas une chose facile pour lui qui avait toujours été dans l'ombre. Le poste ne lui déplaisait pas, ni ne l'impressionnait. Mais il pataugeait un peu à prendre ses marques à l'approche des tournois et au regain de vitalité de la concurrence avec la Nankatsu. De plus, il devait faire honneur à l'héritage laissé par Kojirô et ses autres senpaïs, ce qui n'était pas rien.

Les deux garçons se lancèrent donc dans une grande discussion sur le sujet, et Kojirô accepta sans se faire prier de venir encourager et « coacher » les benjamins, d'autant plus qu'ils ne bénéficiaient pas de camp d'entraînement à la mer. Les collégiens profitaient « juste » de l'absence des aînés, lycée et fac, pour squatter les équipements. Kojirô ne voyait pas bien l'intérêt, vu que les moyens mis à disposition pour le collège étaient tous sauf pourris. Sûrement un truc psychologique, un de ses machins qui n'avaient jamais réellement fonctionné sur lui.

- « Mais ce n'est pas vrai... » Comptez sur Neeve pour râler. « On vous laisse dix minutes et vous parlez foot. » Loin de s'offusquer de cette entrée en matière, Takeshi se contenta de la saluer poliment. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas la jeune femme. Déjà, il ne la connaissait pas si bien que ça, mais surtout, il se doutait qu'ils n'étaient pas forcément appelé à s'entendre au delà de l'amitié courtoise. Trop de différence, entre l'âge, l'éducation, le caractère.

Les footballeurs tentèrent de faire la conversation aux deux filles, mais irrémédiablement, le sujet revenait sur le ballon rond. Quand Kojirô confia à son cadet les soucis qu'il rencontrait pour mettre au point son tir, il fut immédiatement assailli de questions techniques, preuves que Takeshi n'avait jamais volé sa place dans l'équipe nationale junior, en dépit de son jeune âge. Ce ne fut qu'une question de minutes avant que le duo ne se retrouvât dehors en train de taper dans un ballon sorti d'on ne savait où. Bah, dans un complexe de jeu, ça n'avait pas été difficile à trouver.

- « Pff, c'est nul. » râla Natsuko. « Allez, viens Neeve, je vais faire des photos. » En bonne petite photographe en herbe, la collégienne avait pris son appareil avec elle, car « on ne sait jamais ».

- « Ben, si tu veux, mais je vais quoi, moi ? »

- « Tu n'as qu'à poser. Ça me fera travailler mes portraits. »

- « … Je ne sais pas. »

- « Allez, tu as plein de photos partout dans ta chambre. »

- « Oui, mais c'est avec les copines, dans le feu de l'action. Je... je ne sais pas faire, j'suis pas mannequin. » protesta Neeve, pas vraiment enchantée par cette idée.

- « S'il te plaît ! Si je veux exposer des clichés lors du festival, il faut que j'en fasse plein. Pour m'améliorer, pour qu'ils puissent choisir... »

- « … » Avec un soupir, la jeune fille se laissa convaincre, suivant avec réticence sa demi-sœur qui l'entraîna plus loin, là où la lumière était meilleure. Elle était vraiment bonne pâte. Ou faible, incapable de s'en tenir à ses volontés de vengeance.

Petit à petit, elles disparurent de la vue des garçons, qui ne s'en rendirent compte que plus tard, quand Keiko les trouva. La mère de famille, s'étonnant de la disparition de ses aînés, s'était mise à leur recherche. Non qu'elle fût inquiète. Elle savait que Neeve et Kojirô étaient responsables – la plupart du temps. C'était plus pour savoir où ils étaient. Une de ses fixettes de mère, renforcée par des hormones de grossesse.

- « Tiens, Takeshi-kun, cela faisait longtemps. » Il y avait une chose que Kojirô aimait chez sa mère – parmi tant d'autre – c'était qu'elle avait toujours su éviter les très classiques et tout aussi embarrassants « comme tu as grandi » et autre commentaire surfait.

- « Bonjour Keiko-san. » Le jeune salua poliment et s'enquit de sa santé et de l'avancée de la grossesse. Takeshi était, au même titre que Kazuki et Ken, un fils adoptif de la famille Hyûga. Il n'y avait donc aucun malaise dans cette conversation, et Kojirô les laissa papoter pendant qu'il allait à la recherche de ses sœurs. Il les trouva sans trop de difficulté, plus loin dans le jardin, mais elles n'étaient plus seules. Neeve posait avec Kazuki sous l'objectif de Natsuko, et comme d'habitude à chaque fois que Monsieur Banane et la Furie étaient ensemble, il y avait des éclats de rire dans tous les sens. Kojirô était trop loin pour entendre ce qui se passait, mais apparemment, les deux lycéens essayaient de prendre la pose pour Natsuko, mais dès que l'un se concentrait, il faisait éclater de rire l'autre. Loin de s'énerver, la photographe les mitraillait, rajoutant presque de l'huile sur le feu. À un moment donné, Kazuki se pencha pour cueillir une marguerite et la prit entre ses dents, comme les tombeurs de films avec une rose, mais se mit à loucher, ce qui déclencha une crise d'hilarité chez Neeve, ne l'empêchant pas de faire à son tour une grimace.

Leur complicité bonne enfant irrita profondément le buteur, sans qu'il ne se l'expliquât. Oh, si, il savait bien qu'il était fatigué de devoir supporter tous les mauvais côtés de Neeve sans avoir droit aux bons. Ceci dit, il n'était pas sûr d'être comme Kazuki jamais il ne lui viendrait à l'idée de se mettre une mauvaise herbe tirée d'une pelouse du centre-ville dans la bouche et de faire le guignol. Si c'était ça, les critères de sélection affective de Neeve, pas étonnant qu'ils s'entendaient pas. A bien y réfléchir, elle était assez à l'aise avec Raï et Ken, qui étaient plutôt « déconne ». Pendant le séjour montagne de la Golden week, la jeune fille avait été plutôt proche de Renji et Kyoshi, de la même trempe. Pourtant, Ayame, Emi et Shun n'étaient pas franchement adeptes du genre « humour potache ». Oh, ils ne manquaient pas d'humour, mais c'était des plaisanteries plus ironiques et moqueuses... comme lui.

- « Oi ! » Kojirô manifesta sa présence et fut déçu de voir qu'immédiatement, le délire s'arrêta. À la fois penaud et vexé, se sentant exclu tout comme coupable, il approcha. « Maman nous cherche. » expliqua-t-il aux filles. « Kazuki... qu'est-ce que tu fiches ici ? »

- « Ah, crois-le ou pas, je faisais des courses dans le coin quand j'ai vu Nat' et Neeve. »

- « Vraiment ? Comme ça, par hasard ? »

- « Hum ? Ben oui. Qu'est-ce que tu crois ? Si j'avais voulu m'incruster, je l'aurais fait direct. Mais bon, c'est juste que c'est sur le chemin pour rentrer chez moi, et quitte à marcher, autant passer par un centre de jeu qu'une bordure d'autoroute, hein. » Kojirô avait complètement oublié que Kazuki habitait dans le coin. « D'ailleurs, tu aurais pu m'inviter, puisque tu étais là. »

- « Désolé, vieux, je ne savais même pas où nous allions. » Ce genre de détails restait exactement les informations auxquelles le Tigre ne prêtait aucune importance. « Takeshi est dans le coin. »

- « Ah, cool ! Ça tombe bien, j'ai les stats qu'il m'avait demandé, pour son équipe. » Et Kazuki, sortant son téléphone portable contenant les chiffres mentionnés, partit devant, sans se soucier le moins du monde des sentiments de jalousie idiote naissants chez son capitaine.

- « Vite, Nii-san ! » appela Natsuko.

- « Quoi encore ? » marmonna-t-il en se laissant tirer par le bras.

- « Maman a dit qu'il y avait une salle de karaoké plus loin ! »

- « Ah mais non ! Hors de question ! » protesta Kojirô, qui avait une sainte horreur de cette activité, bien que ne l'ayant jamais pratiquée. Rien que le concept lui filait des boutons.

- « Alleeeeeez ! » Sa sœur pleurnicha, argumentant que c'était aussi sa fête d'anniversaire, et que donc, il irait chanter avec les autres. Finalement, il condescendit à s'asseoir dans la salle et à les regarder, se jurant bien de ne pas participer. Pourtant, il se laissa gagner par l'excitation générale, et particulièrement par un duo Takeshi-Kazuki qui lui dédia le fameux « eyes of the tiger ». Il accepta alors de chanter avec Natsuko le générique d'un dessin animé qu'ils avaient suivi avec fidélité dans leurs jeunes années – la collégienne se sentant très mature désormais. Ils furent ensuite remplacés par Neeve et Kazuki, sur une chanson d'une chanteuse à la mode. Les deux firent un mini-show, imitant les pas de danse du clip, puisqu'ils connaissaient les paroles par cœur.

- « Vous n'êtes pas mauvais du tout, c'est ça le pire. » taquina Takeshi à la fin. « Vous chantez bien ensemble. Mais ça fait mal aux yeux de vous regarder. »

- « Pourquoi ça ? »

- « Votre égo est aveuglant ! »

Les rires ponctuèrent cette pique, les deux intéressés ne trouvant pas particulièrement injuste cette remarque. L'après-midi se déroula ensuite dans la même veine, sans que personne ne vit le temps passer. Natsuko était particulièrement ravie de se voir inclure dans le groupe des grands, bien qu'il lui arrivait parfois d'être un peu déconnectée. A douze ans, difficile de tenir face à trois ado de seize ans, talonné par un précoce de quatorze ans.

- « En fait... » remarqua-t-elle, « le plus vieux, c'est Kazuki. »

- « Ah bon ? Tu es né quand ? » Neeve n'était pas forcément au courant de tous les détails. « Je sais que Ken est de fin décembre et Kojirô est du 9 août. »

- « Et moi, je suis du 26 juillet. »

- « Vous êtes tous les deux des lions. » nota Neeve.

- « … ne me dis pas que tu crois en ces conneries ? »

- « Pourquoi pas, Kojirô ? » protesta-t-elle. « Ce n'est pas plus bête que cette histoire de groupe sanguin. » (2)

- « Ben, j'n'y crois pas plus. »

- « Hum, donc Neeve, tu es quoi, toi ? »

- « Scorpion ! »

- « Pff, ça ne m'étonne pas. Tu es venimeuse comme pas possible ! »

- « Quand on ne croit pas, on se tait. »

- « Attends, j'hallucine, Kaz' ? Tu y crois, toi ? »

- « Bwa, ça m'amuse. Et ça fait craquer les filles, quand tu y crois. » L'avant-centre sortit son téléphone et lança une application qui permettait de calculer les compatibilités amoureuses, preuve qu'il avait réellement travaillé son arnaque. Voyant là une nouvelle façon de s'amuser, Natsuko prit l'appareil et entreprit de rechercher « homme lion+femme scorpion ».

- « Ah lala, il est dit que vous êtes tous des dominateurs, et que le lion cherche à se faire admirer, et que la scorpion cherche l'indépendance, la passion et la compréhension. »

- « Voilà, c'est la faute de Neeve. » railla Kojirô qui secouait la tête devant autant d'âneries.

- « Tu parles. » Penchée par-dessus l'épaule de sa sœur, Neeve finit de lire le descriptif. « Le lion peut se montrer insupportable et se pavaner en exhibant la scorpion, mais apparemment, les réconciliations sont pleines de sensualité... Alors, vous m'excuserez, Monsieur le Tigre fait un très mauvais Lion. »

- « Tu veux dire quoi, là ? » gronda l'intéressé.

- « Que tu as beaucoup de qualités, mais la sensualité ne fait pas partie du lot. » souffla Takeshi en réprimant un éclat de rire.

- « Mais j'peux parfaitement être sensuel ! » brama Kojirô, piqué à vif. « Si j'veux ! » ajouta-t-il devant l'air narquois de Neeve.

- « Tu t'enfonces, Nii-san. »

- « Donc, si j'ai bien compris, ton anniversaire tombe pendant votre camp d'entraînement ? » Neeve relança la conversation pour éviter un coup de sang à Kojirô, alors que tout se passait si bien. Le sujet s'approchait d'un peu trop près d'une certaine Izumi à son goût, et déjà que le footballeur avait été pris à rebrousse-poil...

- « Hum, ça se peut, mais cette fois, on est en semaine de relâche juste avant le tournoi inter-lycée. »

- « Je trouve ça d'un débile, de vous faire faire un tournoi en pleine chaleur. » contesta Neeve, déjà fatiguée à l'idée de devoir assister aux matches. Pas la peine de se leurrer : la compétition se passant en périphérie de Tokyo, et durant les vacances, elle allait devoir venir, ordre parental oblige.

- « Bah, on est des sportifs, ça ne gêne pas. »

- « C'est mieux que jouer en plein hiver. » ajouta Takeshi.

- « Ah bon ? J'aurais cru qu'au contraire, le froid ne vous dérangeait pas, puisque vous courriez partout. »

- « Ce n'est pas le froid, c'est le terrain glissant. Je me demande toujours comment Matsuyama fait p-. »

- « Ah non ! » protesta Natsuko. « Assez de foot. On parle toujours foot. Aujourd'hui, c'est encore un peu mon anniversaire, alors, on ne parle pas foot. »

- « Mais de quoi veux-tu qu'on parle ? » Kojirô renâcla en roulant des yeux.

- « … du festival des sports ! » La gamine était contente de son idée. Ça allait sûrement intéresser les garçons, puisque c'était du sport.

- « Ce que je peux détester ce truc. » Kazuki en crachait presque, comme un chat mécontent. Devant l'air étonné de Neeve, il se justifia. « Ça n'a rien de marrant. On nous empêche de participer, nous les « grands sportifs », sous prétexte que c'est de la triche, aux véritables épreuves sportives. Sauf que bon, à la base, Tôhô, c'est reconnu pour ses équipes sportives. »

- « Ouais, c'est complètement con. Du coup, on se retrouve toujours collés aux épreuves débiles comme la course en sac ou la course à l'œuf. » compléta Kojirô avec un soupir. Il avait oublié cette histoire de festival. Galère.

- « Mais il y a le bal, après... » objecta Natsuko. Ça, elle n'avait pas oublié, parce qu'elle s'était faite inviter par un garçon de sa classe. Son premier rendez-vous, pensez-vous !

- « Un bal, tu parles. C'est les cours du collège et lycée ouvertes et réunies, avec quelques pauvres lampions et un buffet dégueulis. Et généralement de la mauvaise musique... Et il faut se mettre sur son trente-et-un, alors qu'on crève de chaud. » La remarque de Kazuki fit sourire Natsuko.

- « Toi, tu râles ainsi à cause de la malédiction du bal. »

- « Hein, quelle malédiction ? » Neeve était pour le coup super intéressée. Elle qui croyait aux signes astrologiques...

- « Il paraît que si un garçon embrasse sa cavalière à un certain endroit à minuit, alors le couple dure pour toujours. »

- « Oh, c'est mignon. Totalement débile, mais mignon. Qu'est-ce qui te gêne, dans tout ça ? » Neeve ne comprenait pas. Kazuki, se plaindre d'une occasion de galucher sa copine du moment ?

- « Nan, c'est plus compliqué que ça. Il y a tout un processus à faire avant, et c'est super prise de tête. Et le bal est toujours, toujours organisé par des filles, c'est toujours super glucose, et toutes les filles sont là à te regarder avec des yeux de merlans frits pour savoir si tu vas les inviter et les embrasser. Ah, vous m'y verrez pas ! »

Et là, Kojirô additionna deux et deux.

- « Attends, ton bal, c'est celui où j'ai pris des tickets ? » Kazuki eut un sourire mauvais et complètement goguenard.

- « Hé oui, Capitaine. Tu vas le regretter, tu n'images pas. »

Et là, Kojirô se rappela qu'il était censé rompre avec la fille qu'il avait invitée à ce bal...

(1) DDR : Danse danse révolution. Jeu d'arcade très populaire au Japon, qui se joue avec les pieds, à l'aide d'un clavier interactif : il faut appuyer dans le rythme sur les touches défilant à l'écran. L'équivalent de « Guitar Heros » pour la danse.

(2) Les Japonais croient qu'à chaque groupe sanguin correspond un type de comportement. Les "A" sont assez rationnels, les "B" sont plus émotifs, les "O" sont des gens qui vont a leur rythme et les "AB" sont des originaux, qui cherchent a se démarquer du lot, en résumant vite fait, bien fait.