1ère publication : 1er avril 2016
Chapitre 61 - nul n'est prophète en son pays
- « Comment ça, le club de basket est dissous ? »
- « Hein ? Tu n'es pas au courant ? »
- « Et pourquoi je serais au courant ? »
- « Ben avec Neeve, quoi ! »
- « Neeve n'est pas ma jumelle siamoise attachée à la hanche, à ce que je sache ! Et Dieu merci ! Ça date de quand, ton info, aussi ? Elle est sérieuse, au moins ?
- « J'sais pas, ce matin, je crois. Moi, c'est Nanani, qui m'a mis au courant. Peut-être que Neeve ne le sait pas encore, tu vas me dire... »
- « Mais pourquoi l'équipe est dissoute ? » intervint Ken.
- « À ce que j'ai compris, avec le départ de ma cousine en septembre, ça réduit l'équipe à un nombre de joueuses insuffisant, alors le lycée coupe les fonds et tout. »
- « Comme ça ? Sans attendre ? » s'indigna le gardien. « Le festival du sport est dans deux semaines, mince ! Elles auraient pu trouver quelqu'un à ce moment ! »
- « Mais j'sais pas, moi ! » gémit Raï en levant les mains en signe de protestation et de défense. « J'vous dis juste ce que je sais... Bon, ben, si tu n'es pas au courant pour Neeve... » Le basketteur quitta la table comme il était arrivé, laissant Kojirô dans un de ces états d'énervement légendaires qui avaient bâti sa réputation.
- « Mais ce n'est pas vrai ! Elle va toutes me les faire, hein ?! » gronda-t-il en s'excitant sur sa portion de riz.
- « Elle n'y est pour rien. » remarqua Kazuki. « Ce n'était pas comme si elle avait tout fait pour que l'équipe se plante. »
- « Non, mais je sais. » aboya presque le Tigre. « C'est juste que c'est tellement son style, que de s'engouffrer bille en tête dans un truc foireux ! »
- « Mais qu'est-ce que ça peut te faire ? »
- « Ben ça me fait, mon très cher Kazuki, que ce sont mes couilles qu'elle va briser pendant je ne sais combien de temps, à pleurnicher et se lamenter, et pas les tiennes. »
- « Et c'est là qu'on voit que tu ne connais pas Neeve. » lâcha froidement le second avant-centre en se levant. « Hé, Akira ? » appela-t-il avec une voix forte, coupant ainsi court à toute discussion, « tu as pensé à prendre les notes de géo dont tu m'avais parlées ? » Il s'éloigna tranquillement, sans se soucier du froid qu'il avait jeté sur la table.
- « Il m'énerve quand il parle comme ça. Comme s'il la connaissait mieux, quoi. C'est ma sœur, pas la sienne... » grommela Kojirô, sa colère étant déjà retombée. Tous trouvèrent de bon aloi de ne pas faire de commentaire.
Le pire dans tout ça ? Kazuki avait vu juste. Alors que Kojirô s'attendait aux grandes eaux, à la Castafiore ou toute autre exhibition outrancière de sentiments contrariés hasiens, il eut droit à une Neeve normalement chiante. À tel point qu'il prit l'initiative d'aller la voir dans sa chambre, alors que chacun faisait ses devoirs de son côté. Il la trouva plongée dans la préparation d'un dossier d'au moins vingt pages sur l'histoire économique et politique de l'Espagne, à faire en espagnol. La section internationale à Tôhô, ça ne rigolait pas.
- « Kojirô, j'suis occupée, là. » grommela-t-elle en étiquetant avec soin un passage d'un bouquin de la bibliothèque.
- « Ben, désoccupe-toi. » fit-il en s'asseyant sur le coin du bureau.
Au ton de sa voix, Neeve comprit qu'il n'était pas question d'échapper à la discussion, et bien qu'elle fût réellement occupée, elle abandonna. Pas sans un très long soupir désespéré, ce qui forcément titilla les humeurs sombres du capitaine.
- « Bon, quoi ? Et mets-toi sur le lit, là, tu es trop grand. » Désireux de ne pas envenimer les choses – et reconnaissant qu'ainsi, il la dominait vraiment – il obtempéra.
- « C'est quoi, cette histoire de fin du club de basket féminin ? » attaqua-t-il pourtant en frontal. Neeve, qui avait commencé à consulter un lexique, fit une grimace.
- « Forcément, il a fallu que tu sois au courant. Pour une fois que je souhaitais que tu sois l'asocial de service que tu penses être... »
- « HEIN !? »
- « Roo, calme-toi. Ouais, l'équipe est dissoute. » Son calme sidéra Kojirô.
- « Comme ça ? Et tu n'es pas énervée ? »
- « Bien sûr que si, je suis énervée ! Plus que ça ! Je suis folle de rage. Mais que veux-tu que j'y fasse ? Tes ploucs d'administratifs ont pris leur décision, et ça ne sert à rien de râler. »
- « Pourquoi tu dis 'mes ploucs' ? Je n'y suis pour rien. »
- « Personnellement, non. Mais une des raisons avancées pour la dissolution du club était l'éparpillement des ressources, pour un club qui... comment ils ont dit ? Ouais... 'clairement montrait des faiblesses dès sa constitution, ce qui se voyait dans la motivation des membres fondateurs.' Ou un truc du genre. »
- « Je n'ai pas trop suivi. » avoua Kojirô, qui sentait l'embrouille venir.
- « Ben en gros, le fait que Nanami préfère aller à Londres pour bénéficier de la bourse qu'elle a gagnée après un concours ultra sélectif, prouve que nous ne sommes pas, nous les fondatrices, motivées par notre club. Parce qu'on préfère les cours et les diplômes à notre club sportif. Comme si absolument TOUS les élèves de Tôhô impliqués dans une équipe voulaient absolument TOUS devenir pro. »
- « … ben, c'est un peu le cas. Tôhô, c'est connu pour son cursus sportif. Les sections artistique et internationale sont un peu les moutons noirs de la famille. On se demande toujours ce que vous faites ici. » Le visage de Neeve se ferma et Kojirô roula des yeux. « Roo, calme-toi... » fit-il à son tour, en se moquant clairement de son précédent commentaire. « Je te dis juste les choses comme elles sont. »
- « Donc, tu trouves ça normal ? »
- « Non, pas vraiment. Ils t'ont dit autre chose ? »
- « Donc, tu serais prêt à nous supporter, en tant que capitaine de l'équipe de foot ? » Pour le coup, la jeune femme avait oublié son livre d'espagnol et dardait sur son demi-frère un regard brûlant.
- « Oh là, minute, papillon. Je te vois venir. Je ne dis pas non, mais je ne dis certainement pas oui. Y'a un truc louche, là-dedans. Toi, tu me caches un truc, et il est hors de question, ab-so-lu-ment hors de question que je dise oui ou non, sans savoir tout, tout de tout. »
- « Si je te cache un truc, et je dis bien 'si', c'est parce que ça n'a rien à voir avec cette décision arbitraire. C'est juste que ça leur faisait trop de paperasserie au départ, donc on a fait les choses, pour les aider, et maintenant, ils réalisent qu'on n'a pas fait comme ils voudraient et sont bien embêtés, et surtout, parce qu'avoir un club amateur, ça fait tache sur leur tableau de scores. »
- « Tableau des mérites. On appelle ça le tableau des mérites. Et je doute que ça soit ça. »
- « Ah ouais ? Alors pourquoi Emi et moi avons été mises au garde-à-vous devant le peloton d'exécution pour avoir inscrit notre club en ligue amateur, et non pas avoir fait une année en off ? Sachant que pour être reconnu club à part entière à Tôhô, il faut gagner des compèt' officielles, je ne vois pas comment on pouvait le faire sans faire de compèt' officielles, et pour faire des compèt', il faut au moins avoir le statut amateur. »
- « Ben, ils voulaient que vous vous entraîniez en off pendant une année pour avoir de bons résultats l'année suivante ? » suggéra Kojirô.
- « Sauf que nous, on s'en fiche d'avoir de 'bons résultats'. On voulait juste avoir les points nécessaires pour être un vrai club. »
- « Sauf que ça ne marche pas comme ça, dans un lycée d'élite. On est bon, ou on n'est pas. Littéralement. » Kojirô haussa les épaules. « Si tu voulais faire du basket pour le loisir, même si tu prenais ça sérieusement, fallait pas aller à Tôhô. »
- « Ben, je n'ai pas demandé aller à Tôhô, où il n'y a pas de club de danse. À Sainte E, je faisais de la danse. »
- « Si les compèt' de danse existaient et permettaient de gagner des bourses universitaires, il y aura un club de danse. Neeve, tu ne peux pas te battre contre la logique même de Tôhô. On n'est pas tous là pour devenir des pros, comme moi je le veux, ou Ken ou Kazuki, mais on est tous là pour faire du sport autre chose qu'un loisir. Pour la plupart des mecs de l'équipe, le foot, c'est la garantie d'aller dans une bonne fac, avec une bourse. »
- « Et tu trouves ça normal, toi, de brader l'esprit du sport, le plaisir du sport, au nom des trophées et des bourses ? »
Et là, Kojirô dut admettre que non, il ne trouvait pas ça normal. Il avait d'ailleurs eu plusieurs accrochages dans le passé, dans son équipe collège et même maintenant, avec ses coéquipiers du lycée, à cause de ça. Des joueurs qui n'étaient là que « pour le CV » et qui se contentaient facilement de faire « juste ce qu'il fallait » pour assurer leur bourse, sans donner le meilleur d'eux-mêmes. En dépit des sélections drastiques que la Tôhô faisait, certains passaient à travers les mailles du filet. Dans la majorité des cas, les élèves qui postulaient, ou qui étaient recrutés par l'établissement, aimaient leur discipline et avaient l'esprit de compétition. La plupart étaient raisonnables quant à leur avenir : l'équipe universitaire et zou, fini le sport de haut niveau. En dépit de ce bon sens, tous gardaient au fond d'eux l'espoir de s'améliorer au contact des meilleurs, et d'être recrutés en équipe pro ou pour les jeux olympiques ou équivalent. Le projet des filles était donc aux antipodes du mode de pensée de Tôhô, mais avait le mérite de louer le sport pour le sport, ce qui parlait à Kojirô. Particulièrement depuis sa discussion avec Ken.
- « Écoute, voilà ce que je te propose : si tu me trouves un bon argumentaire, un bon angle d'attaque, et pas un truc qui ne tient pas la route, je signe ta pétition ou autre. »
- « Vraiment ? Vrai de vrai ? »
- « Ben oui. Ça te semble tellement improbable, que je supporte le club de basket féminin ? »
- « Ben... c'est un peu mon club de basket. » avoua-t-elle.
- « Justement. Si ce n'était ton club, tu penses bien que je m'en foutrais allégrement. »
C'était pour ces moments-là que Neeve était absolument fière d'avoir Kojirô comme grand-frère. Il avait le chic pour tirer la couverture à lui et se péter une classe absolue. Il avait le chic pour la retourner comme une crêpe : alors même qu'elle aurait juré qu'il ne l'aimait pas, la tolérait à peine, voilà qu'il lui faisait entendre que non. C'était extrêmement frustrant de tenter de suivre Kojirô dans ses circonvolutions. On le disait droit et franc, mais Neeve savait bien qu'il n'était qu'un pauvre garçon – pff, les mecs – qui ne savait jamais rien de l'amour et des sentiments et qui changeait d'avis aussi souvent qu'il avait faim :en permanence.
Cependant, il était hors de question de le lui avouer ceci ou de le laisser partir en ayant eu le dernier mot :
- « D'accord, mais c'est autrement plus compliqué. Pour le moment, je gère. Mais je ferai peut-être appel à toi. »
Ce fut cette concession qui poussa Kojirô à toucher deux mots de la situation à Kitazume le lundi matin.
- « Hyûga, je ne vais pas commenter les décisions du corps administratif avec toi. »
- « Je sais. Je vous demande juste de défendre le club des filles, si c'est possible. Ce n'est pas juste qu'on les brime comme ça, alors que le corps administratif les a laissées se débrouiller toutes seules pour monter leur club, et après s'offusque qu'elles ne l'aient pas monté comme lui voulait. Ils n'avaient qu'à le faire eux-mêmes, tous ces directeurs, dans ce cas. Elles ne demandaient que ça, qu'on les encourage, qu'on les aide. Si on leur avait parlé dès le départ de la volonté de la direction de faire une année off, avec des matchs purement amicaux, je pense qu'elles auraient été d'accord. Mais sans guide, elles ont fait comme elles pouvaient, et elles pensaient même bien faire. »
- « Hum, je verrai ce que je peux faire. En attendant, tu n'as pas un tir à préparer, toi ? Parce qu'entre le basket et l'équipe du collège, je trouve que tu te disperses. Et j'espère bien voir ton tir prêt pour le championnat, puisque tu as du temps devant toi. »
Kojirô se renfrogna, ce qui était sa manière à lui d'être penaud. Inquiet pour Takeshi, il avait en effet insisté pour que les collégiens, privés de camp d'été, pussent s'entraîner avec eux et faire des matchs en équipes mixtes, afin d'apprendre des aînés. Ce genre d'attentions faisait tout le charme de Kojirô, et son efficacité en tant que capitaine, mais Kitazume devait canaliser les ardeurs de son poulain. Il renvoya donc son buteur à ses ballons tout en soupirant après l'énergie de la jeunesse bien mal employée.
L'entraînement du mardi soir fut particulièrement éprouvant, puisque le coach avait décidé de consacrer la séance aux acquis physiques, histoire de rappeler à ses petits les « règles du jeu » d'une équipe à Tôhô : concentration et dévouement à l'équipe. Kojirô avait été admis sur le circuit, et dut réaliser, à son plus grand effarement, qu'il avait déjà perdu en endurance. Lui qui avait toujours été fier de sa capacité à courir, sauter, faire des pompes et des flexions, bref, jouer les quatre-vingt-dix minutes du match tambour battant, était à bout de souffle quand le sifflet final retentit.
- « Ne t'inquiète pas, » le rassura Kazuki en passant, « ça m'a fait pareil après mon opération. Mais ça revient super vite. Tu ravales juste ton bulletin de naissance pendant la première semaine. »
- « Et tu l'attends avec impatience, hein, cette semaine. » répliqua le Tigre en voyant l'air goguenard de son coéquipier. Il était encore les mains sur les genoux à calmer son rythme cardiaque.
- « Que veux-tu ? Ce n'est pas tous les jours que je pourrai te battre à quelque chose, alors oui, je vais en profiter, et pas qu'un peu. » Il ricana en partant en petites foulées avec les plots.
- « Tu sais que je suis mauvais perdant ! » lui rappela Kojirô d'une voix de stentor en se redressant. Ça, il ne l'avait pas perdue, tiens. Kazuki se contenta de se retourner et de lui tirer la langue, continuant de courir en arrière en levant haut les genoux, juste pour le narguer. Ce qui piqua au vif Kojirô qui partit en sprint pour le rattraper, faisait blanchir Kazuki devant la menace imminente d'un plaquage tigresque. Cependant, cela fit aussi hurler Kitazume un très très contrarié « et les étirements, bon sang ! », à la suite de quoi l'équipe subit une engueulade collective.
Le buteur était donc d'humeur mitigée à la sortie des vestiaires. Autant dire, pas la meilleure disposition d'esprit pour passer quelques minutes avec Izumi, qui l'attendait.
- « Hey ! » salua-t-elle en se rapprochant de lui. La jeune fille était loin de s'imaginer que Kojirô avait pris la décision de rompre, chose que lui n'avait pas oubliée. Le visage du footballeur se figea un peu, montrant ainsi qu'il était très, très embarrassé. Il n'avait pas prévu de faire ça ici, comme ça. En fait, il n'avait pas prévu la chose du tout. Il avait vaguement imaginé un rendez-vous hors du lycée, où il pourrait expliquer les choses le plus doucement possible. Il était hors de question de rompre à la vue de tous, au milieu de la cour. Déjà, Izumi méritait mieux que ça, et surtout, si elle décidait de piquer un fard, lui méritait mieux que ça.
- « Oh, toi, ça ne va pas. » reprenait l'intéressée en voyant son attitude. « C'est grave ? »
- « Euh, non. C'est... un truc de famille. » mentit-il dans l'espoir de gagner quelques minutes. « Dis-moi, est-ce qu'on- » commença-t-il, mais il fut coupé par sa petite amie, qui s'était calée à ses côtés.
- « Je suppose que c'est Neeve et son club de basket ? Ça doit être la galère, l'ambiance, chez toi. »
Ce qui était une tentative « d'être de son côté » tomba magistralement à l'eau. Kojirô répliqua d'une voix très froide, sans même regarder Izumi.
- « Tu te plantes complètement. Elle est super calme, et prépare juste sa défense. Et pour te dire, je suis avec elle sur ce coup. »
- « Non ? Tu délires ? »
- « Je suis généralement un mec sérieux. Le rigolo de la bande, c'est Ken. » répondit-il dans l'espoir de changer de sujet.
- « Mais... mais comment tu peux défendre ce club alors que c'est une sangsue sur les ressources des autres équipes, la tienne en priorité ? »
- « Comment ça ? »
- « Kojirô, le budget de l'année a été arrêté. Tout ce qui est donné à une nouvelle activité le fait aux dépends des autres. »
- « Je suppose que tu as raison, mais pour le moment, personne ne s'est plaint du club féminin de basket, pas même chez les garçons, et ce sont eux les premiers concernés. »
- « Et associer ton nom, ta réputation, à un club de guignols, ça ne te gêne pas ? » Kojirô s'arrêta net et se tourna vers Izumi, l'œil mauvais.
- « Neeve et Emi sont des copines, donc j'apprécierais que tu modères tes propos vis à vis d'elles. Et des autres filles, d'ailleurs. Je ne connais pas Lola et Nanami plus que ça, mais elles ont l'air sympa et surtout motivé. » Voyant qu'il défendait d'autres filles devant elle, Izumi eut une moue plissée.
- « Ça n'empêche pas qu'elles jouent très mal. »
- « Elles ont gagné leur premier match. »
- « De justesse, et ce n'était pas beau à voir. »
- « Elles sont débutantes, forcément que ce n'est pas beau à voir. Ça ne vient pas comme ça, mince ! »
- « Et qu'est-ce que ça doit faire les pieds à Neeve ! » railla Izumi. Ce qui acheva le peu patience qu'il restait à Kojirô.
- « Izumi, pour la dernière fois, ne parle pas mal de Neeve. »
- « Pff, comme si elle, elle se privait ! »
- « De quoi ? De mal parler de toi ? »
- « Parfaitement ! Je sais très bien qu'elle a dû baver dans mon dos, depuis le temps. »
- « Hé bien, tiens-toi pour dit que non. Elle a clairement exprimé toute son hostilité à ta présence sur Terre, ça, merci, mais elle n'a jamais expliqué pourquoi elle te voue une haine aussi féroce, alors qu'elle n'est vraiment pas du genre à être rancunière. »
- « On y est donc. Sainte et pure petite Neeve, et moi qui suis un vrai démon ? »
- « Je n'ai jamais dit ça ! »
- « Mais pourtant, c'est ce que tu penses ! »
- « Izumi, il vaut mieux que tu ne t'amuses jamais à prétendre savoir mieux que moi ce que je pense. » l'avertit-il d'une voix dure. « Je ne sais pas ce qu'il y a eu entre vous, mais je sais qu'elle t'en veut beaucoup. Peut-être que c'est un truc totalement débile, qu'elle s'est monté la tête toute seule, mais voilà : elle t'en veut. Et en dépit de tout, elle n'a rien dit contre toi. En fait, elle m'a même menacé de choses pas très gentilles si je devais te briser le cœur. »
- « Ben voyons. Elle est culottée ! »
- « Quoi encore ? »
- « Tu ne vois pas qu'elle a fait tout ça exprès ? Pour passer pour la gentille et la victime, et donc faire de moi la méchante ? Elle a tout planifié ! »
- « NON ! Neeve est incapable de planifier quoi que ce soit, encore moins un truc aussi... malsain ! »
- « Donc c'est moi la menteuse ? »
- « MAIS JE N'AI PAS DIT ÇA ! » beugla-t-il en prenant un peu de recul. « J'en ai marre ! Je n'ai pas à choisir entre l'une ou l'autre. Neeve a compris ça, alors il va falloir que toi aussi ! »
- « Mais ne parle pas d'elle comme si elle était sans défaut ! » contre-attaqua Izumi. « Moi aussi, je la connais. Peut-être mieux que toi. Je sais combien elle peut être égoïste, penser que le monde tourne autour d'elle et qu'elle est la seule à souffrir ! » Et ces paroles rappelèrent au buteur le moment où Neeve avait évoqué la mort de son père : force fut de constater qu'Izumi n'avait pas totalement tort.
- « JE NE SAIS PAS ! » Kojirô ouvrait la bouche pour continuer sur le même mode, avant de se rappeler qu'ils étaient en plein milieu de la cour, et qu'il n'avait pas envie de se donner en spectacle. Il prit donc une grande inspiration pour contenir sa colère et se força à continuer sur un ton qu'il espérait posé. « Tout ce que je sais, c'est que ma mère a épousé son père et qu'ils vont avoir un bébé ensemble. Mon frère - ou ma sœur - sera aussi celui de Neeve, que je le veuille ou non. Même si je le voulais, je ne pourrais pas gicler Neeve de ma vie. Alors j'essaie de la connaître et de faire avec elle. Je ne lui cherche pas d'excuse, juste... je m'attache à voir ses points positifs. Alors, il va falloir que tu fasses avec. Et si tu ne veux pas, ou ne peux pas, alors, on va avoir un problème. »
Et il la planta là.
Ce ne fut plus tard qu'il regretta de s'être laissé emporter sans régler le problème sur le champ. Jeudi soir, alors que sans rechercher à éviter Izumi, il n'avait pas eu l'occasion de la voir et encore moins de lui parler, il reçut un texto de sa part.
** Désolée pour la dernière fois. Je comprends que ta famille soit importante. C'est exactement pour ça que tu n'es pas comme les autres pour moi. **
Malgré la décision prise et arrêtée de rompre avec elle, Kojirô ne put s'empêcher d'avoir un large sourire bêta, avant de se reprendre. Non ! Surtout, ne pas faiblir ! Bien sûr, cela serait plus facile de la jeter si elle se montrait odieuse ou simplement aussi fade que les autres filles. Il n'avait toujours pas trouvé le moyen d'aborder le sujet aussi cela occupa une partie de ses pensées pendant qu'il promenait Penalty en faisant la tournée du soir des journaux. Dès le lundi, avec la levée de sa mise au vert, il allait reprendre toutes ses activités. Cette semaine, il avait hanté la piste d'athlétisme pour perfectionner sa pointe de vitesse, afin de réussir à caser ses deux effets là où la plupart des attaquants n'en faisaient qu'un. Lola, sans occupation depuis la dissolution du club de basket, avait recommencé à traîner du côté du stade et l'avait pris sous son aile. La jeune fille avait été un peu inquiète à l'idée de devoir coacher le Tigre, mais après quelques astuces glissées en douce par une Neeve compréhensive, le duo avait trouvé son équilibre. Kojirô admettait bien volontiers que Lola était une chic fille, et pour la première fois, réalisa qu'il avait une amie fille. Une fille qui ne l'attirait absolument pas physiquement, bien qu'elle ne fût pas moche, et avec qui il s'entendait bien.
Cependant, ceci n'aidait pas cela, et à la fin de sa balade, il n'avait toujours pas la moindre idée de comment il pouvait faire pour rompre en douceur. Kojirô fit alors la seule chose logique à faire : il téléphona à Ayame. Qu'on le patafiolât s'il devait en parler à Neeve ! Cependant, la petite brune n'était pas disponible. Pas plus qu'elle ne donnât suite à son message. Pas même un petit mot pour lui dire qu'elle était occupée et qu'elle le rappellerait plus tard. Ainsi, plus tard dans la soirée, il passa la tête dans l'embrasure de la chambre de sa peste à domicile :
- « Hé, Neeve ? »
- « Hum ? » Affalée sur son lit, elle feuilletait un magazine de mode en attendant que ses ongles fussent secs. « Tiens qu'est-ce que tu en penses ? » Elle lui tendit sa main, soumettant son vernis à son inspection.
- « Ouais, c'est rose. » lâcha-t-il, ne sachant quoi dire.
- « QUOI ? » piailla-t-elle. « Tu vois ça rose ? Vraiment ? C'est censé être violine irisé ! » se lamenta-t-elle en reprenant ses doigts pour les examiner de plus près, sous la lumière de sa fenêtre. Kojirô leva les yeux au ciel. À l'entendre, c'était la fin du monde. « Tu vois vraiment ça rose ? »
- « J'sais pas. C'est du vernis, et ce n'est pas noir ou rouge, ou un truc facile à qualifier. Mais il est bien posé, ça ne bave pas. » On ne pouvait pas dire qu'il n'avait pas mis du sien, sur ce coup.
- « Hum... on ne peut vraiment pas compter sur toi. Tiens, puisque tu es là. Hikari Tanda, ça te dit quelque chose ? » La question le prit totalement de court.
- « Ouais. Pourquoi ? »
- « Tu penses quoi d'elle ? »
- « Je ne pense rien d'elle. C'est la manageur de l'équipe de foot de l'université. Elle fait plutôt du bon boulot. » Connaissant Neeve, Kojirô se doutait qu'elle était parfaitement au courant de ce fait et que s'il disait ne pas la connaître, ça allait lui retomber dessus.
- « Tu la trouves sympa ? »
- « Je n'ai pas à la trouver sympa ou quoi que ce soit. Pourquoi ? »
- « Oh, rien. Je suis tombée sur elle la dernière fois, et bon, je voulais savoir ce que tu en pensais. »
- « À part qu'elle est bien foutue, je n'en pense pas grand chose. »
- « Pff, tu penses vraiment qu'à ça. Et dire que tu as une copine ! Tu devrais avoir honte. »
Justement, en parlant de ça.
- « J'essaie de joindre Ayame. Tu sais pourquoi elle ne répond pas à son téléphone ? » Neeve fut soudain suspicieuse.
- « Pourquoi tu veux parler à Ayame, toi ? »
- « Un truc qui ne te regarde pas. »
- « Ce qui regarde ma meilleure copine, me regarde moi. »
- « Neeve, laisse tomber d'accord ? Je veux parler à Ayame. » La jeune fille eut une moue dubitative et l'examina avec attention avant de consentir à partager son savoir.
- « Elle est occupée en ce moment. Je crois que te rappeler n'est absolument pas sa priorité. Sans vouloir te vexer. »
- « Occupée comment ? Avec ses études ? »
- « Occupée tout court. » Son ton était un peu sec, et Kojirô recula prudemment. Cependant quelque chose d'autre le chiffonnait.
- « Et toi, tu n'es pas occupée ? » Comme elle le regarda sans comprendre, il s'expliqua. « Tu n'as pas un club de basket à sauver ? Si tu te fais les ongles, c'est que tu as laissé tomber ? » En lui-même, il était mécontent. S'il avait initialement soutenu le projet, c'était parce que Neeve semblait ultra-motivée. Alors, qu'elle laissât tomber l'affaire si vite, ça le chiffonnait. Et pas qu'un peu !
- « Crois-moi, on a essayé, mais l'administration s'est braquée. Alors, on a pensé, avec Emi, que ça serait mieux de laisser l'été se passer, de préparer un dossier pour un club off pour ce qu'il reste de l'année tout en ayant recruté entre temps. Là, avec les partiels de fin de trimestre qui arrivent, les filles ne sont pas réceptives à l'idée de devoir passer du temps à s'entraîner. Autant ne pas perdre le nôtre. On fera peut-être de la pub pendant le festival. »
Ce n'était forcément satisfaisant pour Kojirô, mais il laissa couler. Finalement, si Neeve ne s'énervait pas plus que ça, lui, ça lui allait.
Son tir n'était pas prêt, mais il prenait forme, surtout depuis que le jeune homme y avait consacré une grosse partie de toutes ses soirées. Avec la fin de sa période de repos qui arrivait, Kojirô avait espéré pouvoir se plonger dans le foot, mais il avait oublié que sa semaine de « reprise » était aussi celle du festival des sports, et que la semaine d'après était consacrée aux partiels. Quelle idée de faire une fête AVANT les examens ? Peut-être pour éviter la déprime à ceux qui s'étaient plantés en contrôle continu. Tout ce que Kojirô voyait était que les réjouissances allaient l'empêcher de se concentrer comme de jouer au foot.
Pour pallier ce retard, Kitazume le prit à part après l'entraînement du soir pour un entretien particulier sur le sujet. Il fut donc seul lorsqu'il quitta le lycée après avoir pris sa douche. Les autres équipes étaient soit toujours occupées, soit déjà parties. Quelle ne fut pas sa surprise de croiser Neeve. La métisse avait les yeux fixés sur son téléphone portable, envoyant des messages à une vitesse qui ne cessait jamais d'étonner Kojirô aussi sursauta-t-elle quand il l'appela :
- « Hé, Hase ! Qu'est-ce que tu fais encore là, si tard ? »
- « Ah euh. J'étais à la biblio, je faisais des recherches. »
- « C'est vrai, ce mensonge ? » Neeve gonfla les joues devant la moquerie, mais n'alla pas plus loin.
- « Bon, je faisais autre chose. Ça te gêne ? »
- « Non. Je voulais juste savoir. » Il haussa les épaules. « Tu t'es faite collée, c'est ça ?... ne me dis pas que tu t'es faite collée pour tes notes en maths !? » rugit-il soudainement.
- « Mais non ! Ne t'énerve pas comme ça. » soupira-t-elle en lui envoyant son sac dans l'estomac, lui coupant le souffle, et donc la colère. « Je n'étais pas collée, ni pour les maths, ni pour autre chose. »
- « Ben, tu faisais quoi, alors ? »
- « Des trucs. Des trucs de filles, si tu veux tout savoir. »
- « Non merci, ça ira. … tu ne sors pas avec un mec, au moins ? »
- « Qu'est-ce que ça peut te faire ? »
- « … J'sais pas. Je suis juste curieux. » admit-il.
- « C'est un vilain défaut. »
- « Venant de toi ! »
- « Hé, les pipelettes du groupe, ce sont Ayame et Ken ! »
- « Et tu viens en seconde position. Non, c'est juste que je sais que tu me caches un truc, et en général, tu me caches les trucs qu'il ne faut pas me cacher, et tu le sais très bien, alors je pose la question, et je continuerai jusqu'à ce que j'ai la réponse. » fit-il en avançant sur elle, pour venir lui souffler dans les yeux. S'il disait ça sur un ton presque plaisant, cela n'enlevait rien au bien-fondé de sa remarque. « J'ai suffisamment de soucis comme ça, Neeve, alors n'en rajoute pas. Dis-moi ce que tu trafiques, et on arrangera ça. »
- « Mais je ne trafique rien ! » s'offusqua Neeve. « Je fais ce que je veux. Et je te promets que ça n'a rien à voir avec toi, et que ça ne pose aucun problème. » Elle recula devant lui puis tenta de se défendre en lui redonnant un coup de sac. Kojirô attrapa la sacoche en plein vol, tira vers lui, de telle sorte qu'il déstabilisa Neeve. Celle-ci tomba vers lui, mais se retrouva récupérée par un Kojirô qui lui infligea exactement la même punition qu'à Ken ou Kazuki quand ils faisaient leur tête de mule : tête bloquée sous un bras et une bonne friction du crâne avec les articulations. « Hiiii, ça ne va pas ! Lâche-moi ! »
Ils chahutèrent comme des gamins pendant quelques instants, jusqu'à ce que deux filles, probablement des troisièmes années, passassent près d'eux. Kojirô n'entendit pas ce qu'elles se murmurèrent mais à en juger par les coups d'œil peu discrets, c'était sur Neeve, et ce n'était pas gentil.
- « Quoi encore ? » râla-t-il en la relâchant. « Tu as toujours des rumeurs qui courent sur toi ? »
- « Bah, avec l'échec du club de basket... » Elle réajusta sa tenue et lui fila un coup de sac en traître dans le dos. Ils se chamaillèrent tout le long du chemin de retour.
Cette histoire de rumeurs ne s'arrêta cependant pas là. Dès le lundi matin, Kojirô se fit approcher par deux premières années de l'équipe. Mazuo Mitsumomo et surtout Azuno Matsuba, le second goal de l'équipe. Ils semblaient assez ennuyés, et ça pouvait se comprendre. Ce qu'ils avaient à dire n'allait pas plaire à leur capitaine.
- « Voilà. » commença Azuno, une fois qu'ils furent posés un peu à l'écart. « Ça concerne Neeve. » Sachant que le gardien n'appréciait pas spécialement la jeune fille, Kojirô fronça les sourcils. Il regarda les deux complices échanger un regard troublé, avant que le défenseur reprit :
- « On a entendu une rumeur sur elle. »
- « Bah, je sais. Il y a toujours une ou deux rumeurs sur elle. »
- « … Peut-être, mais celle-là est particulièrement... mauvaise. »
- « Et on s'est dit que tu devais être mis au courant, parce que bon... tu es son frère. »
- « Ouais, j'ai cette chance ultime. » grommela le buteur en se grattant le nez, sentant venir les regrets de n'avoir pas écouté plus que ça ses instincts le vendredi soir. « C'est quoi, cette rumeur ? »
- « ... »
- « Vous allez accoucher, oui ? » les pressa-t-il après les avoir regardés se dandiner pendant quelques secondes.
- « Ben justement, c'est pas nous, mais elle, qui va le faire. »
- « HEIN ? »
- « On dit qu'elle est enceinte. »
- « Apparemment, on l'a vue voler un test de grossesse à l'infirmerie. » compléta Azuno, avant de reculer un peu, prêt à partir en courant si nécessaire.
- « …. …. je vois. » Kojirô se passa les mains sur le visage et soupira lourdement. « C'est qui, ce 'on' ? »
- « Comme toujours, on, c'est on. C'est tout le monde, c'est personne. » fit Mazuo.
- « Par contre, les gens qui m'en ont parlé, ils ne sont pas du style à écouter les ragots, et à en colporter. Ce n'est pas juste Radio-couloir, cette fois. Ça semble assez sérieux. »
On pourrait croire qu'ils se montaient la tête pour rien. Mais dans les établissements aussi privés que sélectifs que Tôhô, la rumeur suffisait à mettre en danger le dossier d'un élève. Un bon élément ne faisait ou ne disait rien qui pouvait donner naissance à une quelconque rumeur. Pour que Neeve se vît associée à un tel racontar, pour que les cancans prissent aussi rapidement et fortement racines, c'était qu'à la base, elle avait un comportement qui rendait le ragot crédible. C'était ainsi que l'administration voyait les choses. Une jeune fille bien sous tout rapport n'était jamais accusée d'être enceinte, et même si quelqu'un devait faire courir ce bruit, ce dernier devait s'éteindre tout aussi rapidement. Or, là, la rumeur restait et avait fait le tour des élèves, hors section internationale, de telle sorte que les premières années de la section générale étaient désormais au courant.
- « Les gars, vous savez comme moi que Neeve n'est pas enceinte. »
- « Bah, on s'en doute. On la connaît, on sait que ce n'est pas son genre. Mais... »
- « MAIS QUOI ! »
- « Rooh, la barbe avec cette histoire ! » s'emporta à son tour Azuno. « Depuis la rentrée, il court sur elle des rumeurs comme quoi c'est une fille facile et que si elle s'est faite larguer par son mec de Sainte E, c'était pour ça. Et son comportement avec toi, et Sorimachi, et Wakashimazu et autres n'aide pas. »
- « Mais quel comportement ? » râla Kojirô. « Elle ne fait rien de mal. »
- « … Elle n'a rien dit quand Kyoshi lui a roulé une pelle. » lui rappela Azuno.
- « Je vois. Donc tu penses, toi, en fait, que c'est une fille facile ? » Il s'était levé pour dévisager son coéquipier.
- « Je m'en fous, de savoir si c'est une fille facile ou pas. Mais ce qui est sûr, c'est que je ne la respecte pas pour ça. »
- « Et ce fameux 'on'... comment il est au courant pour ce baiser ? Il n'y avait que nous, dans ce chalet ! »
- « Hé, oh, je n'ai rien dit, moi ! » se défendit le première année. « J'ai autre chose à faire de mon temps que parler de ta sœur. »
- « Alors, qui ? Qui a parlé !? »
- « Attends, on se calme ! » temporisa Mazuo, en se mettant entre les deux. Ils commençait à craindre un échange de coups. « Hyûga, je pense vraiment qu'aucun de nous n'a volontairement parlé, et en mal de surcroît, de Neeve. Mais tu sais comme ça marche, ce genre de rumeurs. Il suffit que quelqu'un entende l'un d'entre nous en train de rigoler sur 'hé, tu te rappelles de la fois où l'Ours a embrassé Hase', pour que ça soit repris et déformé. »
Il avait raison. Kojirô se contenta de foudroyer Azuno, qui lui rendit son animosité sans flancher.
- « Sympa. Je viens te prévenir, et tout ce que je reçois, c'est ta suspicion ? »
- « Azuno ! Tu sais bien que ce n'est pas ça ! » s'exclama Mazuo, toujours dans son rôle d'ambassadeur. « Va falloir vous calmer, tous les deux ! Capitaine, tu peux être certain que personne dans l'équipe n'a quoi que ce soit à dire contre Neeve. Même si Azuno ne l'aime pas plus que ça, il ne la déteste pas pour autant. » L'intéressé hocha la tête une fois, bien décidé à ne pas céder. Finalement, il était aussi forte tête que Kojirô. « Et toi, tu sais que Hyûga s'emporte pour un rien, tu es exactement pareil, alors tu arrêtes de faire exprès de mal comprendre. » Ainsi fustigés, les deux footballeurs grommelèrent, ce qui équivalait à une reconnaissance de culpabilité chez eux. « Maintenant qu'on t'a mis au courant, nous, on s'en va. » finit l'arrière en prenant son copain par le coude, pour l'orienter vers la sortie. « Sérieux, Capitaine, on se fait du souci pour Neeve. »
Et ils n'étaient pas les seuls. Sauf que Kojirô était Kojirô, et il n'était pas la personne la plus délicate et diplomate. Il déchaîna sur Neeve les foudres des cieux dès qu'il la vit, papotant avec Ken et Kazuki à la sortie du stade. Elle était en tenue de sport, comme tout le monde en ce beau lundi matin, consacré aux derniers préparatifs du festival. La cérémonie d'ouverture était planifiée pour l'après-midi, à 14 h 00, avec une des épreuves les plus populaires : le tournoi de base-ball. Tout le lycée y assistait, avant que les classes fussent réparties en petits groupes selon les épreuves.
- « Non, mais c'est quoi cette histoire ? » grinça-t-il entre ses dents, en la prenant fermement par le bras.
- « Hein ? De quoi tu parles ? » Neeve essaya de se dégager, en pure perte. Quand il lui expliqua, en des termes assez crus, elle pâlit.
- « Non mais ça ne va pas ? » s'égosilla-t-elle en rougissant jusqu'à la racine des cheveux. « De quel droit tu OSES te mêler de ça ? »
- « J'OSE, parce qu'on est de la même famille, abrutie ! Tout ce qui te touche, me touche ! »
- « Ah oui, la belle réputation du grand Capitaine de l'équipe de foot ! On voit où sont tes priorités ! Par contre, te demander d'où viennent ses rumeurs, qui cherche à me nuire, ça... »
- « Oh, je te vois venir, là ! Tu vas suggérer que c'est Izumi, c'est ça !? »
- « Mais je n'ai rien dit du tout, c'est toi qui as parlé d'elle, mon grand ! » répliqua-t-elle du tac au tac. « Ce n'est pas de ma faute si tu penses que ta petite copine est capable de faire ce genre de choses. Mais bon, puisque tu penses que moi, je suis non seulement capable de me faire sauter comme la dernière des catins, mais en plus d'être assez conne pour me faire engrosser, on va être clair. Je n'ai pas fait l'amour avec un garçon depuis Shun ! Je suis en abstinence totale depuis mars ! Donc à moins d'être touchée par le doigt du Saint Esprit, je ne vois pas comment je pourrais être enceinte. Et puisque ma vie semble aussi passionnante, autant jouer cartes sur table : mon premier amant, c'est Shun, et c'est le seul que j'ai eu. J'ai perdu ma virginité l'année dernière. EST-CE QUE MAINTENANT, QUELQU'UN ICI PRÉSENT A ENCORE UNE QUESTION SUR MA VIE SEXUELLE ? …. Non ? C'est bien ce que je pensais. »
Avec une virevolte et un jetage de cheveux par-dessus l'épaule, Neeve se détourna, non sans avoir lâché un regard dégoûté sur Kojirô, qui ne savait plus où se mettre.
