Premier mai, mais je bosse! Bonne lecture.
Première publication : 01 mai 2016
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Chapitre 62 - on n'est pas sorti de l'auberge
Cette scène, qui plongea les 3K dans un embarras momentané jusqu'à ce que Ken trouvât une connerie à dire pour lancer la discussion sur un autre sujet, s'était déroulée dans un parfait huit-clos. Ou pour être exact, un quatre-clos : les trois footeux et Neeve. Ce qui aurait logiquement dû rester un secret fut forcément sur toutes les lèvres dès la pause midi. Encore un de ses mystères du monde magique qu'était le lycée.
Ainsi, la cérémonie d'ouverture du festival fut l'occasion pour tous ceux qui n'étaient pas encore au courant de mettre à jour leur colonne potin. Déjà que ce genre de réjouissances protocolaires barbait profondément les élèves qui cherchaient toujours quelque chose de mieux à faire ! Autant dire que certains « on » se donnèrent à cœur-joie. Le discours bien monotone du directeur fut presque noyé par les brouhahas, et beaucoup d'élèves se tordirent le cou pour tenter d'apercevoir cette fameuse Neeve Hase. Kojirô, qui profitait généralement de ces moments pour se reposer – il était depuis le temps devenu maître dans l'art de dormir debout – n'arriva pas à entrer dans sa zone « zen » et passa donc ce long, très long moment à prendre sur lui. En effet, ce qu'il avait craint se révélait juste : il se trouvait mêlé à ces histoires, de par ses liens familiaux avec Neeve. Il le savait, il le sentait. Les regards qu'on jetait en sa direction n'étaient pas comme ceux qu'il recevait d'ordinaire.
Il réalisa à un moment qu'il n'avait rien à se reprocher. Et si ça se trouvait, Neeve non plus. En tous les cas, il la croyait quand elle avait déclaré avec son dramatique coutumier, qu'elle n'était pas enceinte. Aussi commença-t-il à retourner les regards en coin qu'on lui jetait, s'amusant même à chercher le contact visuel, forçant les curieux à rougir et détourner les yeux. Qu'on se le tint pour dit !
- « Relax Kojirô. » souffla Ken qui se tenait à ses côtés. « Tout ce que tu pourrais dire ou faire ne rajouterait que de l'huile sur le feu. »
- « Je sais. Mais je ne vais pas agir différemment que j'en ai l'habitude, juste à cause de « on » ou de rumeurs. »
- « D'accord, continue à te montrer grognon et colérique. Après tout, ça ne peut pas être pire, et ça pourrait aider. » Le gardien de but capitula. Kojirô n'avait jamais été connu pour sa subtilité, après tout. Autant le laisser faire à sa guise : ça limitera les dégâts, sachant qu'il aurait de toutes les manières fait pire s'il avait essayé de faire autrement. Un Tigre restera toujours un tigre.
Cependant, Kojirô avait la ferme intention de remettre la main sur Neeve pour tirer au clair cette histoire, une bonne fois pour toute. Dès que l'assemblée fut finie, il scanna la foule autour de lui. Les élèves prenaient tous le chemin des terrains de base-ball, pour le tournoi de l'après-midi. Certains se hâtaient pour avoir les meilleures places, d'autres traînaient volontairement dans l'espoir d'échapper à ce qui était une corvée, et les responsables du festival courraient partout pour régler les derniers détails ou faire face aux urgences qui se dévoilaient. Ses recherches furent interrompues par une voix qui l'appelait par dessus le tumulte des conversations, et lorsqu'il pivota, il se trouva nez à nez avec la dernière personne qu'il pensait trouver ici : Hikari Tanda.
- « Ben, tu n'es pas à l'université, toi ? » A force, il allait croire que les sitcoms dépeignaient la réalité : les étudiants en fac n'avaient jamais, jamais cours.
- « Mobilisée pour le stand de premier secours. » répondit-elle avec son éternel sourire malicieux. « J'envisagerais presque de changer de filière, de passer de la psycho à des études infirmières. » Ce qui fit naître l'image d'une Hikari en tenue blanche de « nurse », et là, bien évidemment, son cerveau eut un raté. Ou deux.
- « Euh... ouais, en fait- »
- « Je dois te parler. » coupa-t-elle. « C'est vraiment important. » chuchota-t-elle presque en posant sa main sur son bras, pour le convaincre de la nécessité d'un entretien là, maintenant. Kojirô soupira. Il était faible face à Hikari. Il se demanda s'il pourrait un jour lui refuser quelque chose, alors qu'elle le regardait avec ses yeux-là. Soupirant encore, il se gratta la nuque avec embarras et désigna un espace un peu à l'écart. Tôhô présentait, comme tous les établissements de prestige, une architecture dite de maître, artistique et moderne, tout en respectant les traditions ancestrales. Ah, le Japon et ses traditions ancestrales ! Kojirô n'y avait jamais compris. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il y avait des coins et des recoins bizarres un peu partout. Il aurait facilement pu s'isoler, mais quelque chose lui disait que c'était mieux, beaucoup mieux, que de rester ici à la vue de tous. Pas besoin d'alimenter le moulin à parlottes.
Si Hikari fut déçue, elle ne le montra pas. Si elle jouait une comédie, elle avait les tics de la nervosité bien au point : mordillements de lèvres, souffle un peu tremblant, doigts qui tripotaient le bout des cheveux. Rien à redire.
- « J'ai appris pour les rumeurs, à propos de ta sœur. » Kojirô leva les sourcils au ciel : comme ça, même l'université était au courant ? Hikari secoua la tête, semblant lire dans ses pensées. « En fait, j'ai peur d'être indirectement la source d'une partie de ces rumeurs. »
- « Explique. »
- « Tu sais que Neeve et moi travaillons ensemble à l'infirmerie depuis peu. » commença la jeune femme. L'avant-centre dissimula sa surprise, ne voulant pas l'interrompre tout en passant pour un crétin qui ignorait ce que sa sœur trafiquait. Encore un point à rajouter sur la liste de sujets à aborder durant une conversation imminente. « Je ne sais pas si elle est enceinte, et je ne dis pas qu'elle a volé ce test de grossesse. Mais le fait est que l'inventaire prouve bien qu'un test est manquant. Or, le nombre de gens qui ont accès aux fournitures médicales est assez restreint, et Neeve est la dernière venue. C'est peut-être l'infirmière ou un staff qui n'a pas rempli la fiche – c'est déjà arrivé – mais... voilà, je voulais que tu saches d'où ça venait. »
- « À qui as-tu parlé de ça ? »
- « À personne d'autre que le Docteur Ojima, quand on a fait l'inventaire. Mais tu sais comment ça fonctionne, ce genre de trucs. « On » a entendu. Je veux dire, ni lui ni moi n'avons hurlé sur les toits qu'il manquait des fournitures, et il n'y avait pas que le test de manquant. Mais on n'en a pas fait un secret, on a fait le rapport, et après, c'est passé de secrétaire en assistant comptable ou je-ne-sais-quoi. Je... Nous n'avons pas pointé Hase du doigt, ça, c'est certain. On a juste dit qu'il manquait un test. »
- « Je vois. »
Le délégué de classe de Kojirô se pointa à ce moment :
- « Hyûga, tu es l'un des derniers ! Le match va bientôt commencer ! »
- « Et alors ? » aboya-t-il. « Tu ne vois pas que je suis occupé, là ? » Le pauvre blanchit devant la sortie colérique du Tigre, et lui tendit une feuille de papier, l'air peu rassuré.
- « Ah, ben, fais vite ? Tiens, ton planning d'activités. Tu commences demain avec- »
- « Ouais, c'est ça. Casse-toi. » Kojirô froissa la fiche dans un poing menaçant et son camarade détala.
- « Tu n'as pas changé, à ce que je vois. » Hikari commenta la courte scène, les yeux pétillants de malice.
- « Pourquoi je devrais avoir changé, hein ? »
- « Oh, je disais ça juste comme ça. Quoi qu'il en soit... je n'ai rien contre Hase. Je ne la connais pas plus que ça, on se voyait rarement, avec son emploi du temps. Mais elle bossait bien. »
- « Bossait ? Pourquoi bossait ? Au passé ? »
- « Bah, tu penses bien qu'avec ce scandale, vol ou pas vol, elle va être virée. »
- « Mais qu'est-ce qu'elle faisait à bosser à l'infirmerie, pour commencer ? »
Hikari allait répondre, mais cette fois, ce fut un professeur qui gronda Kojirô pour ne pas être au stade. Désormais, plus moyen d'esquiver. La conversation coupa donc court et le jeune homme se traîna jusqu'à la place réservée par Ken et Kazuki, s'avachissant dans les gradins avec lassitude. Entourés comme ils l'étaient avec les élèves de leur classe, ils ne purent parler du sujet comme ils brûlaient de le faire. Trop d'oreilles. Ils endurèrent donc les premières minutes du match avant de trouver le moyen de s'esquiver l'un après l'autre. Le tournoi étant toujours très animé, avec les classes qui supportaient telle ou telle équipe en fonction des rivalités scolaires, amoureuses, leur disparition passa comme une lettre à la poste. Ce fut donc derrière les vestiaires qu'ils se réunirent pour disséquer les événements.
- « Je crois que cette histoire ne vient rien dire. Un test manquant ? Et alors ? » fit Ken à la fin des échanges. « Franchement, de là à accuser Neeve... »
- « La rumeur veut que quelqu'un l'ait vu le prendre. » rappela Kojirô.
- « La rumeur a aussi voulu que toi et Yamotashi ayez couché ensemble. » objecta Kazuki. « Et nous savons que toi, tu ne sais même pas qui c'est, Yamotashi... Donc la rumeur... Et quand bien même Neeve a pris ce test, on sait qu'elle n'est pas enceinte, alors pas la peine d'en faire tout un fromage. »
- « Mais qu'est-ce qu'elle aurait bien foutu d'un test de grossesse ? »
- « Mais qu'est-ce qu'on en sait ? C'était un gage ? Ou pour faire une blague ? On a bien acheté des capotes pour en faire des bombes à eau, nous. » Kazuki marquait un point.
- « Donc en gros, » résuma Ken, « la chose qui reste à élucider, c'est ce vol ou pas. »
- « Mouais. » Kojirô était déjà plus calme. « Qu'est-ce que tu fais ? » demanda-t-il à son ami qui venait de sortir son portable de sa poche. Le goal pianota un message rapidement :
- « Je demande à Emi de nous rejoindre. Si quelqu'un a une idée de ce qui se passe, c'est bien elle. »
La jolie brune arriva quelques minutes plus tard. Elle avait les joues rouges et les cheveux en pétard. Apparemment, elle faisait partie du groupe de ceux et celles qui aimaient la fête du sport et qui encourageaient leur équipe jusqu'à l'extinction de voix, bien que la section Internationale ne fût pas alignée dans les compétitions d'aujourd'hui.
- « Qu'est-ce qui se passe ? » fit-elle en sautillant, encore dans le rythme des cris provenant du stade.
- « Je veux que tu me dises ce qui se passe avec Neeve. » lâcha Kojirô avec sa brusquerie naturelle. « Cette histoire me tape sur le système, tu n'as pas idée. »
- « Ah. ça. » Son visage se ferma. « Je suis déso- en fait non, je ne suis même pas désolée. Mais depuis la dissolution du club de basket, Neeve ne me parle plus, et je n'ai aucune idée de ce qui se passe. »
Kojirô grogna en roulant des yeux. Il ne manquait plus que ça : une dispute entre filles. C'était ce qu'il y avait de pire, dans l'histoire de l'évolution de l'humanité. Déjà que les histoires de filles, c'était chiant, mais les disputes de filles ? A faire fuir Attila et autres Hannibals. Le jeune homme fut pris d'une envie soudaine d'attraper Emi par les épaules et de la secouer jusqu'à ce qu'elle lâchât le morceau, mais non seulement aurait-il peu de résultat mais aussi allait-il énerver Ken qui n'allait pas apprécier ce traitement donné à sa petite amie.
- « Tu dois bien savoir quelque chose ! Tiens, pourquoi elle aide à l'infirmerie ? Neeve a des qualités, mais sûrement pas celle de donner son temps pour soigner les maux de bides ou les genoux écorchés ! »
- « Faites gaffe, un prof ! » Kazuki donna l'alerte juste à temps. Le quatuor prit la poudre d'escampette et finit par carrément quitter le stade, revenant vers les bâtiments de cours.
- « Mince, on a failli se faire chopper » commenta Ken en s'essuyant le front. L'été était bel et bien arrivé et à courir comme ça, il était en nage. « On se pose quelque part au frais ? De toutes les façons, les matchs sont bientôt finis. »
Le groupe alla donc s'asseoir à la table des footeux, à l'ombre d'un arbre, après avoir acheté des canettes au distributeur. Bien entendu, Kojirô sélectionna du Coca, décidant qu'il avait bien mérité une petite gourmandise.
- « Hyûga, tu as laissé tomber quelque chose. » fit Emi en ramassant la boulette de papier qui venait de rouler au sol. Machinalement elle déplia la chose, pour savoir ce que c'était. « Oh, ton planning d'activités pour le début de semaine. » Les élèves étaient en effet répartis dans les différentes épreuves pour les trois premiers jours ensuite, et selon le classement général, les activités étaient amenées à changer.
- « Génial. » grommela Kojirô, déjà démotivé par la semaine à venir.
- « Bah, ça va encore... qui sont les responsables du festival pour votre classe ? »
- « J'sais pas. Pourquoi ? »
- « Je parie que ce sont des filles. » Elle gloussa un peu, ce qui intrigua Ken. Emi ne gloussait pas. C'était pour ça qu'il sortait avec elle. Il jeta un coup d'œil à la feuille et renifla à son tour. Du coup, la curiosité de Kojirô s'enflamma.
- « Mais quoi encore ? »
- « Tu es essentiellement mis aux activités nautiques. » expliqua Emi avec un grand sourire. « Nul doute que le fait de forcer à exhiber ton corps va rameuter pas mal de monde à la piscine. » C'était peut-être l'été, mais personne n'aimait les activités nautiques, surtout les garçons. Cela avait beaucoup à voir avec le ridicule short de bain réglementaire imposé par la direction. Ça et le fait que les filles qui faisaient de la natation étaient connues pour ne pas supporter le moindre petit, rapide, minuscule coup d'œil en leur direction. Ce n'était pas pour rien qu'on les appelait les Requins. Pff, le féminisme, j'vous jure..
- « Ben, on est bien parti, tiens. » Kazuki et Ken ricanaient allégrement. « Adieu la victoire. »
- « … Je ne comprends pas. Je croyais que Hyûga nageait comme un poisson, avec tous les étés qu'il a passé à Okinawa. » Emi était au courant non seulement par les histoires qui constituaient la Légende du Tigre, mais aussi par les diverses commentaires glissés ici et là par Neeve.
- « Ah, mais je nage parfaitement ! » s'offusqua Kojirô.
- « Sauf que tu ne nages pas droit. » Emi fronça les sourcils devant la moquerie de Ken, qui continua à son intention. « Il n'a jamais appris à nager dans des lignes, et donc, quand on a piscine, il finit toujours disqualifié. »
- « C'est pour ça que personne ne le met plus à la natation. »
- « Ouais, rigolez, vous deux ! Combien je vous parie que vous aussi, vous êtes de corvée de slip ? » rétorqua Kojirô. Après avoir sorti leurs plannings les deux autres joueurs durent convenir qu'ils avaient aussi été inscrits à quelques épreuves, notamment le relais 4 nages.
- « Tiens, on m'a mis au saut en hauteur et en longueur. » Kazuki fit une moue. Ce n'était pas trop son truc.
- « Tu veux échanger ? Je suis à la course d'orientation. » rouspéta Ken.
- « Englué à la piscine. » conclut Kojirô.
- « Vous êtes vraiment des râleurs. La dernière fois, vous vous plaigniez qu'on ne vous donnait rien à faire, et maintenant que c'est le cas, ce n'est pas bien. »
- « Ouais ben voilà, ce festival, c'est une grosse daube. Je suppose que toi, tu aimes ça ? »
- « Oui, je trouve ça marrant. C'est bien beau de faire du sport à niveau professionnel, mais faut aussi savoir se détendre. »
Voyant que cela allait tourner en dispute, Ken fit le médiateur :
- « Emi, où as-tu été mise ? »
- « Essentiellement en athlétisme, avec Kazuki, du coup. » Le concerné eut un sourire plus rassuré. Il ne serait pas seul dans cette galère. Du coup, il se rapprocha d'Emi pour comparer leurs plannings, et le reste de l'après-midi fut consacré aux pronostics des différentes épreuves.
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Kojirô était persuadé de pouvoir attraper Neeve à la maison, mais il déchanta rapidement.
- « Ah, elle dort chez une copine de classe ce soir. Vu qu'il n'y a pas cours, on l'a autorisée. » annonça Keiko lorsqu'il ne trouva nulle part sa belle-soeur.
- « Ben bravo ! » critiqua-t-il d'une voix amère. « Beaux principes d'éducation ! » Normalement, en semaine, les enfants, petits et surtout les grands, n'avaient pas le droit de sortir.
- « Oh, toi, tu as des problèmes. » Keiko avait très bien compris que Kojirô et Neeve se rapprochaient petit à petit, au point qu'ils pouvaient commencer à se confier l'un à l'autre.
- « Non ! Elle me doit quelque chose, et je suis sûre qu'elle fait exprès de ne pas être là. »
- « Mon fils, je suis extrêmement désolée d'avoir à briser tes illusions, mais le monde de Neeve ne tourne pas autour de toi. A mon avis, elle a complètement oublié votre histoire. »
- « Hé ! Après tout ce que j'ai fait pour elle, elle- Non laisse tomber. »
- « Je laisse tomber, je laisse tomber. Va donc grommeler dans ta chambre veux-tu bien ? Tu vas faire tourner ma mayonnaise. »
Ainsi congédié, Kojirô monta préparer son sac de sport pour demain, enfournant maillot et serviette en vouant Neeve à tous les diables.
Bien entendu, il ne fut pas question de lui mettre la main dessus mardi. Le festival commençait réellement, et tout le monde savait que Tôhô ne faisait pas dans le festival. Tôhô voulait dire compétition. Les classes se vouaient une rivalité presque mortelle, chaque point était âprement défendu et gagné. Les historiques de victoire et de « à cause de qui on a perdu tel point » remontaient à des années auparavant, de telle sorte que certaines classes se découvraient, au moment précis et limité du festival du sport, une haine envers d'autres, héritée de bisbilles datant de trois ou quatre générations (1) précédentes. A la fin de la semaine, il y aurait eu suffisamment de coups faits en douce pour remplir tout un carnet d'observation. C'était pire que la coupe des Maisons dans Harry Potter !
Du coup, c'était une ambiance presque frénétique qui habitait les murs de Tôhô, et personne ne se souciait de qui cherchait qui, serait-ce Kojirô Hyûga. Il était l'ennemi !
Comme Emi l'avait deviné, les épreuves de natation intéressèrent plus de public que d'habitude, notamment au niveau des filles. Kojirô avait une concentration à toute épreuve, mais ce n'était pas forcément le cas des autres garçons de sa classe. Déjà peu à l'aise dans leurs slips de bain, ils étaient intimidés par le physique impressionnant du capitaine, dévoilé dans toute sa beauté par sa tenue minimaliste. Les cris de furies excitées qui fusaient depuis les gradins ne les aidèrent encore moins. Leurs performances furent assez minables, et puisque Kojirô ne savait effectivement pas nager en ligne, la classe écopa de la dernière place, sans la moindre contestation possible. Éliminés rapidement, les nageurs quittèrent la piscine pour assister à d'autres épreuves. Le buteur étant toujours à la recherche d'une certaine métisse, il décida d'aller au stade. Il pourrait saluer Kazuki, à défaut de trouver Neeve.
- « Hé ! Ça se passe comment ? »
- « Hum, je viens de finir les qualifications du saut de haies. »
- « T'as réussi ? »
- « Troisième. Hé ! » s'offusqua Kazuki devait l'air dubitatif de son capitaine, « qu'est-ce que tu crois ? Je suis moi aussi un athlète ! J'suis pas pro en haies, mais je ne suis pas pourri. J'ai battu à plat de coutures Otohori, du judo. » ajouta-t-il avec un sourire torve. Ah, la fameuse lutte entre sport d'équipe et sport individuel.
- « Toi, tu te laisses séduire par le côté obscur. » Les deux footeux se mirent sur le côté pour faire place à une nouvelle activité. Kazuki devant participer à une épreuve dans le stade dans une demi-heure, cela ne servait à rien de quitter le coin. Ils se mirent à marcher un peu au hasard, cherchant Neeve ou quelqu'un de la section internationale.
- « … je ne suis pas sûre qu'elle participe aux épreuves, la section internationale. » fit une troisième année que Kazuki interpella. Il avait vaguement flirté avec elle à un moment donné, aussi avait-elle accepté de répondre à sa question. « Je crois que ce sont eux qui supervisent l'organisation en fait. »
- « Hein ? C'est eux qu'on doit cette connerie ? » gueula Kojirô, très, très mécontent sur le coup. Son coéquipier ouvrait la bouche pour le chambrer un peu plus quand une première année, toute essoufflée se présenta devant eux.
- « Hyûga ? » demanda-t-elle avec un accès de rougeur.
- « Hein ? Quoi encore ? »
- « Tu veux bien courir avec moi ? »
Il cligna des yeux, complètement perdu. A ce moment, Kazuki lui enfonça un coude dans les côtes et lui montra le panneau d'affichage : c'était le créneau la course mystère en relais. Chaque élève devait accomplir un gage avant de participer à son épreuve. Apparemment, la jeune fille devait participer à un huit cents mètres accompagnée par la personne désignée par son bout de papier. Certains participants devaient trouver un professeur, d'autres leur meilleur ami, et elle, la pauvre, avait écopé de « la personne que tu admires chez tes Senpais ».
- « Non, mais ça ne va pas ? » rugit Kojirô.
- « Allez, Capitaine, ne fais pas ton chien ! Elle a eu le courage de te demander. »
- « Ben, tu n'as qu'à y aller, toi ! »
- « Tu cours plus vite que moi. Allez, pour la classe. Vu comment tu as été minable à la natation, tu peux bien nous donner des points. Enfin, leur donner. »
En effet, la jeune fille était membre de leur classe, une année inférieure. Et sans lui demander son avis, Kazuki donna une poussée dans le dos du Tigre, le propulsant en avant. La jeune fille rougit encore plus mais arriva à lui faire un salut de remerciement.
- « Toi, tu vas me devoir une faveur. » grommela Kojirô à l'adresse de sa partenaire.
- « Ah ? Parce que je t'admire ? » répondit-elle avec un affront qui allait avec l'audace qui l'avait poussée à demander à THE footballeur de courir avec elle. « Et puis, ça va faire râler mon frère. »
- « C'est qui, ton frère ? »
- « Abe ? Dejima Abe ? Je suis Abe Fumi. »
A vrai dire, Kojirô avait complètement zappé l'existence de Dejima Abe, l'ancien troisième année qui avait quitté le club de foot quand Kojirô était entré au lycée et avait été immédiatement nommé capitaine. Pourtant, leurs relations ne s'étaient jamais améliorées et encore plus dégradées quand « l'autre abruti » avait commencé à sortir avec Hikari. Kojirô aurait pourtant du lui faire face, puisqu'ils allaient dans peu de temps se côtoyer pendant le camp d'été à la plage.
- « Je vois... » L'idée de titiller un type qu'il n'aimait pas enthousiasma Kojirô. « Tu es bonne à la course ? »
- « Pas trop ? Pourquoi ? »
- « Parce que ton épreuve, c'est de courir en tandem avec ton partenaire, et moi, je cours vite. »
- « Ah... ben, tu vas devoir ralentir... » Ils étaient arrivés à la ligne de départ, chaque participant ayant trouvé sa « moitié »'. L'épreuve attirait les spectateurs, pour le côté comique de la chose. Par exemple, les épreuves de lancer se faisaient par des élèves déguisés, et généralement les costumes étaient aussi ridicules qu'encombrants. Du coup, la présence de Kojirô Hyûga sur le couloir trois ne passa pas inaperçue. Ça sifflait et huait partout dans les gradins.
- « Ralentir, c'est pô mon truc. » glissa-t-il juste avant que le top départ ne fut donné. Et là, il s'en donna à cœur joie. Attrapant Fumi, il la cala en mode princesse dans ses bras et se mit à dévorer la piste à toute allure. Non seulement voulait-il embêter au maximum Dejima, mais aussi en finir le plus vite possible. Et puis, il avait de la frustration à évacuer et un bon huit cents mètres avec un handicap allait parfaitement faire l'affaire. Autant dire qu'il finit premier, surtout que son geste avait séché le reste des concurrents.
- « Voilà, c'est bon, je peux y aller ? » grommela-t-il en déposant la jeune fille au bout de la piste, alors qu'ils étaient agressés par les flashs du photographe qui couvrait l'événement. Ça, ça allait faire la une du journal de l'école !
- « Euuuh. » Fumi avait un peu du mal à remettre ses idées en ordre. « Je crois. Merci. »
- « Ouais, ben, la prochaine fois, oublie-moi. »
- « … pas une chance ! » le défia-t-elle avec un grand sourire narquois. « Pourquoi me priver du plaisir de ta compagnie ? » Ah ça, elle était bien la sœur de son frère...
Et en parlant de sœur ? Où diable était Neeve ?
Si on en croyait les indications précédemment récoltées, elle devait se trouver dans le poste de commandant, dans la cour du lycée. En effet, la section internationale tenait les bureaux, mais pas de chieuse en vue.
- « Hum Neeve ? Non, je ne l'ai pas vue. » Kojirô avait stoppé une fille qu'il avait vu plusieurs fois aux côtés de sa sœur. La jeune fille se renseigna rapidement auprès de ses camarades, obtenant la même réponse. « Bon, je te texte si je la trouve ? » proposa-t-elle.
- « Euh... ouais... » Kojirô s'était maudit sur le coup ! Il n'avait pas une seconde pensé à la contacter sur son portable, qu'elle semblait avoir de greffé à la main en ce moment. Distrait, il donna son numéro, sans même réaliser que c'était totalement idiot, puisqu'il ne se baladait pas avec l'appareil dans la poche. A la différence des jeunes de son âge, Kojirô ne s'était toujours pas habitué à dépendre de son portable. Ce dernier gisait donc au fond de son sac en mode silencieux, comme demandé par le règlement par ailleurs. Cependant, il pensait maintenant à le sortir tous les soirs et à le mettre en charge. Il était en net progrès !
Sa quête s'arrêta là, car ce fut le moment pour lui de participer avec Ken et Kazuki au relais natation. Bien entendu, ils firent passer Kojirô en premier, qui ne manqua de dévier, de mordre sur la ligne d'à côté et de se faire éliminer, rendant la participation de la classe caduque. Ainsi, les autres nageurs évitèrent de se mouiller : c'était bien leur plan dès le départ.
- « Pourquoi je suis le seul à avoir nagé ? » protesta Kojirô dans les vestiaires.
- « Parce que. On a déjà donné du nôtre en venant et en passant ce satané maillot. »
- « Et puis, c'est toi le capitaine. Tu dois donner l'exemple. »
- « Vous, vous allez souffrir ! » Ken et Kazuki sortirent de la salle à toute vitesse, coursé par un certain avant-centre assoiffé de vengeance. Mais plus qu'assoiffé, il était affamé, et d'un commun accord, les 3K mirent fin aux hostilités pour aller prendre leur repas.
Pendant le festival, le lycée fournissait à ses élèves un panier repas. Soucieuse de savoir qu'après autant d'efforts, ses élèves se nourrissaient convenablement, l'administration profitait aussi de cette occasion pour faire sa journée annuelle d'information sur la nutrition, se débarrassant de cette obligation dans l'indifférence totale. Les footeux s'étaient posés à leur table habituelle et échangeaient des plaisanteries avec le reste de l'équipe, tous tourmentant leur capitaine à propos d'une certaine course, quand le sac de ce dernier se mit à vibrer. En effet, devant la faim urgente de Kojirô, le trio n'avait pas fait le détour habituel vers les casiers pour y ranger leurs affaires.
Une bonne chose. Si le texto mit fin à l'ambiance bonne enfant du groupe, il permit de sauver une vie.
** Vérif faite : Neeve absente aujourd'hui. Me semble louche, je n'ai rien dit. Donne-moi des news si tu as. **
L'amie de Neeve avait mené son enquête et avait trouvé étrange que le frère ne fût pas au courant de cette absence. Finaude, elle n'avait pas vendu la mèche aux professeurs, mais avait immédiatement averti Kojirô. Ce dernier regarda son écran deux secondes, le cerveau vide, avant de pousser un grognement bien connu de ses coéquipiers : celui qui disait que maintenant, ça allait chier.
Bien entendu, Neeve ne répondit pas à son appel.
- « Kaz, Ken... essayez de joindre Neeve. » ordonna-t-il. Il en était au point d'espérer que cette saleté filtrait ses appels. Mais non. Aucun des deux autres garçons ne purent la joindre, tombant directement sur le répondeur. Et là, Kojirô sut que quelque chose n'allait pas. Le téléphone de Neeve n'était jamais déchargé, pas plus qu'il n'était coupé pendant les pauses. « Bon... OK... » fit-il, les yeux fermés, les doigts pressés sur l'arrête du nez. « On téléphone à tous ceux qui connaissent Neeve, de près ou de loin. Je veux savoir où elle est. »
Le branle-bas de combat était donné. Rai contacta sa cousine, Akira se chargea de Lola, les autres se partagèrent le reste des contacts. Rien. Au final il semblait que Neeve s'était évaporée lundi soir après les matchs de base-ball. A court d'idée, Kojirô fit le numéro d'Ayame. Mais elle aussi était sur répondeur.
- « Ayame. C'est Hyûga. Neeve a disparu, et ce n'est pas normal. Alors tu me rappelles et plus vite que ça. »
- « Kojirô ? » fit doucement Ken. « Tu es sur que tu n'en fais pas trop ? » Le regard meurtrier qu'il reçut le fit reculer un peu. Pourtant, le goal était habitué aux humeurs sombres de son ami. « Bon, elle a séché un jour de cours. Même pas de cours. Juste un jour de festival. Je veux dire... si on n'avait pas notre place dans l'équipe en jeu, on le ferait sûrement aussi. »
- « ... »
- « C'est tout de même un peu sa marque de fabrique, non, de faire ce genre de bêtises qui partent en sucette ? De se retrouver dépassée par les événements ? A mon avis, elle est en train de faire les boutiques et elle se pointera ce soir chez toi en mentant parfaitement. »
- « Neeve ne sécherait pas les cours pour un truc aussi débile que du shopping. La dernière heure de cours, je ne dis pas. Mais pas toute la journée. Et pas sans avoir monté un alibi qui la rend intraçable. » objecta Kazuki.
- « Bah, elle n'est pas le FBI non plus. J'pense pas qu'elle pensait que Kojirô la traquerait comme ça. Regarde, même sa copine de classe n'avait pas remarqué son absence. Elle avait bien calculé son truc. »
- « Je ne dis pas le contraire. Mais ce n'est pas pour faire les boutiques. »
- « Alors quoi ? »
- « Aucune idée. Elle boude peut-être à cause du club de basket ? »
- « J'ai un mauvais pressentiment. » finit par lâcher Kojirô. « Cette histoire de rumeurs, et son attitude avant. Elle me cache un truc, et franchement, là, je SAIS qu'elle a des emmerdes. »
- « Tu es médium, maintenant ? » taquina Rai. « Bro, que tu te fasses du souci, c'est normal. Mais de là à lui inventer des emmerdes ? »
Le buteur secoua la tête. Il pouvait comprendre la réaction de ses amis. Il n'y avait rien de logique dans cette boule au ventre qui s'était installée depuis la réception du texto. Mais il savait. De la même manière qu'il savait quand elle lui mentait ou que ça n'allait pas pour elle. Aucun de ses frères et sœurs n'avait jamais échappé à son radar. A une époque, les Hyûga ne pouvaient pas se permettre d'avoir des problèmes, donc Kojirô avait toujours veillé au grain. C'était son job, en tant qu'aîné.
Soudain son téléphone sonna, faisant sursauter tout le monde. ** Numéro inconnu ** s'affichait sur l'écran, mais Kojirô décrocha plus rapidement qu'il ne pensait le pouvoir.
- « Allo ! »
- « Kojirô ? » fit une toute petite voix de l'autre côté de la ligne. Neeve chuchotait tellement bas que le jeune homme avait peine à l'entendre. Et il y avait une telle détresse dans ce simple « Kojirô » que l'engueulade qui montait à ses lèvres y mourut. « J'ai... il faut que tu viennes. J'ai... Ayame... elle ne va pas bien. Et les autres... je ne sais pas s'ils sont encore là. » La peur devenait hystérie, et il entendait les sanglots qu'elle retenait à grand peine.
- « Quels autres ? » demanda-t-il d'une voix extrêmement calme. « Oublie ça. Où es-tu ? »
- « Dans... une sorte d'hôtel. » Elle lui communiqua les détails d'une banlieue pas très bien cotée.
- « OK. J'arrive. Appelle la police si ça ne va pas. »
- « NON ! » Elle arriva à murmurer toute son opposition.
- « Enfin, Neeve, sois raisonnable ! »
- « Pas besoin de la police. Il faut juste leur faire peur. Pense à Ayame ! »
Kojirô décida de ne pas chercher à comprendre. Déjà, il n'avait pas le temps pour ça, et avec Neeve, c'était peine perdue. Elle était déjà d'un naturel buté, mais quand elle passait en mode « oups », c'était comme si ses neurones se focalisaient sur la première idée qui passait. Et généralement, ce n'était pas une bonne idée. Il raccrocha en soupirant mentalement.
- « Akira, j'ai besoin d'une faveur. » demanda-t-il.
- « … tu sais conduire un scooter ? » opposa le sportif en se levant, ayant précédé la question.
- « Euh... »
- « Alors je conduis et toi, tu passes derrière. »
- « Non, attends ! Ce sont nos affaires, ne va pas te mettre dans les ennuis pour Neeve. »
- « Vieux, t'es mon pote, Neeve est la furie collective du groupe, et franchement, ce n'est qu'une demi-journée d'un putain de festival qui nous les brise tous. Ce n'était pas comme si les gars n'allaient pas couvrir pour nous, hein ? »
Une vague de grommellements affirmatifs s'éleva de la table. Certains n'avaient pas plus envie que ça de devoir faire ration double en terme d'épreuves sportives plus ou moins à la con, mais bon, c'était pour la bonne cause.
- « Allez ! Deux plannings à nous tous ! Ça ne fait même pas un truc chacun ! » encouragea Kazuki. « Tiens, je me dévoue, je prends le croquet d'Akira. »
- « Que dalle ! » réagit Rai. « Ne te choppe pas les trucs sympas en douce, mon cochon ! »
Satisfaits de voir qu'ils pouvaient compter sur la bande, les deux lycéens filèrent. Ce n'était pas chose facile, vu l'activité sur le campus Tôhô. Sans parler qu'ils portaient encore leur uniforme, ce qui pouvait mettre la puce à l'oreille à n'importe quel flic. En plus, pressés par les événements, ils n'avaient ni le temps de se changer ni la possibilité de réellement respecter les limites de vitesse. Heureusement pour eux, ils atteignirent sans encombre le quartier indiqué par Neeve. A un moment donné, Akira ne put plus avancer sur son deux roues et Kojirô descendit.
- « Je t'attends ? » proposa le sprinteur.
- « Ça ne sert à rien. On ne pourra pas tous monter derrière toi. Et puis, quelque chose me dit que ça va durer, cette histoire. Merci, hein. Je te revaudrai ça. »
- « Oh, j'y compte bien. »
Il avait beau se la jouer cool, mais Kojirô n'en menait pas large. Bien que loin des pires banlieues, le noyau de ruelles déployé devant lui n'inspirait vraiment pas confiance. Qu'est-ce que les deux fofolles avaient bien pour faire pour finir ici ? Sans trop de problème, le jeune homme localisa l'hôtel miteux mentionné par sa sœur, mais au lieu de charger bille en tête, il préféra l'appeler, utilisant la fonction 'rappel automatique' vers ce mystérieux téléphone.
- « Neeve ? Vous êtes où ? »
- « Tu es où, toi ? »
- « Devant l'hôtel ! »
- « Tu... tu vois Nagata ? »
- « … qui ça ? »
- « Le footeux de Ste E ! » râla-t-elle soudain.
- « Ah lui. Non. Pourquoi ? »
- « Il est peut-être encore dans le coin et... et il... Ayame... » Cette fois, c'était fini, elle pleurait.
- « Ta chambre ? »
- « Au deuxième.. La troisième ou quatrième à gauche. »
Il raccrocha, sans se donner plus de peine. Nagata, il pouvait assumer. Cette abrutie de Neeve l'avait réellement inquiété, au point qu'il s'était presque convaincu, pendant la course en scooter, qu'il allait avoir à faire face à des caïds ou autres mafiosi. Bon, pour le coup, il regrettait qu'Akira ne fût plus là. En cas de bagarre, c'était toujours bien d'être deux.
L'air profondément peu aimable, Kojirô déboula dans le hall de l'hôtel et se précipita vers les escaliers, grimpa les marches quatre à quatre. Un homme à l'image des lieux, crade et gras, hurla en sa direction :
- « Mais tu te crois où ? Où tu vas comme ça ? » Ce à quoi il lui fut répondu un très magistral et cependant laconique :
- « EN HAUT ! » Au deuxième étage, pas plus de Nagata que d'âme qui vive. Neeve faisait vraiment un fromage de rien. Kojirô en était sûr : il allait l'étrangler ! « HASE ! » appela-t-il de toute la puissance de sa voix, ce qui n'était pas peu dire, tandis qu'il oscillait entre deux chambres. Au bout de quelques secondes d'attente, une des portes s'entrouvrit :
- « Kojirô, c'est toi ? »
- « MAIS QUI VEUX-TU QUE CE SOIT ? L'EMPEREUR MUTSUHITO ? » Sans trop de ménagement, il poussa la porte et jura avec abondance.
Encore une fois, sa sœur s'était récoltée un gnon. Elle avait la lèvre éclatée et une pommette très enflée, mais c'était surtout son teint cadavérique qui choquait. Le contraste avec les plaies et les yeux bouffis de larmes était encore plus saisissant et en dépit de tout bon sens, la colère de Kojirô retomba, comme un mauvais soufflet.
- « Non, je sais... » bégaya Neeve. « Mais c'est Ayame. Je... je ne sais pas quoi faire. »
Elle lui désigna le lit sur laquelle la petite brune gisait, presque inconscience si ce n'était pour le gémissement occasionnel qui s'échappait de ses lèvres. Roulée en boule, Ayame se crispait encore et encore, sa respiration haletante résonnant dans la pièce sens dessus-dessous.
- « Il s'est passé quoi, là ? » Ce n'était pas que Kojirô ne se souciait pas de la santé d'Ayame, mais il ne pouvait pas faire grand chose, et il se doutait qu'il s'agissait de quelque chose de plus grave qu'un mal de bide.
- « Oh, c'est Nagata. J'ai réussi à le foutre à la porte, mais on s'est bagarré avant et ça a donné ça... » avoua Neeve d'une voix blanche. A bout de force, elle se laissa tomber sur une chaise et recommença à sangloter. Comprenant qu'il ne pourrait rien tirer d'elle pour le moment, le footballeur s'approcha du lit.
- « Ayame, tu m'entends ? » Il reçut une faible plainte en retour. « Qu'est-ce que tu as ? » Il n'attendit pas sa réponse. Une main sur son front pour vérifier sa température – elle était brûlante ! - il l'examina. A première vue, elle ne saignait pas et ses douleurs venaient de son estomac.
Kojirô n'était pas le plus romanesque des garçons. Les grands délires, les plans sur la comète, c'était beaucoup plus le domaine de Ken et de Neeve. Le capitaine était pragmatique : il aimait les faits, le concret. Peut-être cela expliquait-il pourquoi il était si doué pour le foot et les maths. Ce n'était pas un manque d'imagination, bien au contraire. Néanmoins, Kojirô considérait que la vie quotidienne n'était pas emplie de magie et de rebondissements. Il séparait clairement les rêves, et les choses rares, improbables, de ses journées. C'était déjà bien assez d'avoir vécu l'accident tragique qui avait tué son père, et de nourrir des espoirs d'une carrière international de sportif professionnel. Là, c'était bon, le quota était dépensé. Les espions, les courses poursuites, oui, ça existait, mais pas dans sa vie. Pourtant, il arriva à une conclusion assez farfelue, digne d'un feuilleton télévisé. Parfois, la fiction devenait réalité.
- « Ayame, pitié, dis-moi que n'a pas essayé de te faire avorter illégalement ! »
(1) Au Japon, la composition des classes ne change généralement pas d'une année à l'autre, que ce soit au primaire ou au collège. Le lycée – si j'ai bien compris – a une sorte de sélection « littéraire/scientifique » après la première année (c'est comme ça que j'ai notamment justifié le regroupement des six sportifs). Mais à part ça, pas de changement. La composition de la classe 1-A de première année se retrouvera plus ou moins pareille en 2-A et en 3-A.
Du coup, une « génération » englobe les élèves qui ont fait les 3 années ensemble. Ce qui veut dire qu'une classe de première année peut hériter d'une rivalité avec une autre classe de première année à cause d'une dispute à propos d'un match de volley entre les élèves qui ont depuis eu leur diplôme. (ce qui veut dire que les troisièmes et secondes années peuvent être au courant de la genèse de cette dispute... ou pas ^^).
Bien entendu, cette rivalité ne concerne pas que la première année. C'est toutes les années de la classe A (1-A, 2-A et 3-A) qui sont rivales des années de la classe B.
