Première publication : 2 août 2016

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Je dédie ce chapitre à 123-Suna, qui a accepté de travailler avec moi comme bêta sur cette histoire, et à Kiito qui vient d'accoucher de sa petite fille. Félicitations ma belle, et merci Suna, de m'aider à continuer ma publication o/

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Chapitre 65 – tout ce qui brille n'est pas or

- « Maman, quand je dis que je ne veux pas en parler, c'est que je ne veux pas en parler ! » Kojirô protesta énergétiquement. Il aurait presque préféré reparler de Shôta et de ses principes éducatifs, tiens.

- « Je ne veux pas que tu me racontes les détails de ta vie. J'ai déjà vécu la mienne. » reprit Keiko d'un ton doux, mais ferme. « Ce qui fait que je suis la personne parfaite pour écouter et donner des conseils. Je vois bien que quelque chose ne tourne pas rond, que ça te ronge. Tu n'as jamais été un grand expansif à la base. En plus tes copains... ils s'y connaissent sûrement autant que toi en relations : c'est-à-dire qu'ils ne savent pas de quoi ils parlent. »

- « Maman, je ne te parlerai pas de mes problèmes, c'est tout ! » s'entêta l'adolescent en virant au rouge carmin de honte. Comme s'il allait confier à sa mère à quel point il s'était comporté comme un goujat et un lâche ! En dépit de toutes ses résolutions, il s'était retrouvé à aider Izumi à préparer ce qui allait être « une soirée dont on allait se rappeler ». C'était une chose de rompre en début d'après-midi, alors qu'il n'avait pas vu sa petite amie depuis une semaine c'en était une autre de la larguer à deux heures ou presque du bal où il l'avait invitée.

- « Comme si j'allais être gênée ! J'ai quatre enfants, bientôt un cinquième ! Tu penses vraiment que tu peux me choquer avec tes histoires ? C'est... c'est sexuel, c'est ça ? Tu... tu as eu une panne ? »

- « MAMAN ! »

L'adolescent, qui avait bondi sur ses pieds pour s'insurger avec véhémence, se contrôla à grand peine. Il fulminait, et pour la première fois de sa vie, il était en colère contre sa mère. Il l'avait toujours adorée en sa qualité de premier-né, renforcée par l'écart d'âge entre lui et Natsuko, il avait été le roi de la maison pendant ses jeunes années. Les Hyûga avaient mené une vie simple, mais aimante. Si le couple s'était marié tôt, c'était par amour, et ils avaient désiré chacun de leurs enfants. Ainsi, alors que dans certaines familles, il y avait les parents d'un côté, et les enfants de l'autre, chez les Hyûga, la complicité, l'entraide était de mise. Kojirô n'irait pas à prétendre que sa mère était « sa copine », mais il admettrait qu'il était beaucoup plus proche d'elle que beaucoup de ses camarades avec leur propre génitrice. Le deuil et les épreuves financières qui avaient suivi n'avaient fait que rapprocher le duo mère-fils.

Mais là, il trouvait que Keiko poussait les limites trop loin. Il en avait marre d'être toujours scruté et questionné. Avant, elle ne l'avait jamais gonflé avec des interrogatoires sur ses états d'âme. Elle devenait collante ! Kojirô était trop habitué à son indépendance pour retomber dans le moule de l'adolescent normal. Un peu plus tard, quand il se serait calmé, il conviendrait qu'il avait en effet élargi son horizon en dehors du football, justement parce que Shôta était arrivé et l'avait déchargé de pas mal de responsabilités. Et donc sa mère s'adaptait juste à ce nouveau Kojirô, un poil plus sociable qu'avant, découvrant ainsi de nouveaux aspects de la vie en société. Si elle n'avait pas été « collante » avant, c'était juste parce qu'elle n'avait pas à l'être. Mais pour le moment, le Tigre était de mauvais poil.

Pareil à lui-même, il s'assit sur son fauteuil de bureau, croisa les bras sur sa poitrine et dédia à sa mère le regard noir de celui qui se renfermait sur soi. En son for intérieur, Keiko râlait tout autant. Ah, les joies des garçons adolescents ! Ses collègues de travail, ses sœurs, toutes lui en avaient parlé. Elle s'était félicitée de ne pas avoir ça avec Kojirô, surtout avec son caractère de cochon. Même si son mari avait vécu, la crise des quatorze-seize ans aurait été mémorable puisque le jeune homme n'aurait pas grandi autrement qu'en étant une sacrée tête de pioche.

- « Si tu ne veux pas te confier à moi, tu sais que tu as des oncles dans ta famille. C'est peut-être plus facile avec un homme ? N'oublie pas que mon frère est à Tokyo, lui aussi... »

Keiko savait que Fumihiro était, à vingt-trois ans, assez mature pour guider son neveu, tout en étant encore assez proche de cet âge dit « con », pour comprendre les affres qui torturaient Kojirô.

- « Ce n'est pas ça. » Le buteur consentit à desserrer les dents. « Ça n'a rien à voir avec un homme ou autre. »

Sa mère soupira et contempla d'un œil acéré le fruit de ses entrailles. Une partie d'elle s'amusait follement de cette partie de Cluedo en mode « c'est froid, c'est tiède, c'est chaud ». Comme Kojirô l'avait justement dit, il était responsable pour un jeune de seize ans. Keiko savait donc qu'elle n'avait pas à s'inquiéter d'une histoire de grossesse, ou de geste déplacé. Non qu'elle pensait Kojirô capable de violence volontaire. Mais avec son mauvais caractère et sa tendance à sauter à la gorge de tout le monde, allez savoir ! C'était donc bel et bien une histoire de fille, et une histoire sentimentale. Apparemment, Kojirô n'avait toujours pas sauté le pas. D'un autre côté, Keiko voyait mal avec quelle fille il aurait pu perdre sa virginité, et à quel moment ! Sûrement pas avec une de ces groupies, à la va-vite dans les vestiaires. Elle avait tout de même mieux élevé son fils que ça !

- « Bon, c'est ta relation avec Izumi... Qu'est-ce que peut bien te mettre dans un tel ét- Ah, tu l'as trompée !? » Keiko n'était pas née de la dernière pluie. Elle savait très bien que son fils avait l'œil qui louchait vers les rondeurs féminines, et à son âge... ah, la chair était faible, dirons-nous.

- « MAIS NON ! »

- « Mais alors quoi ? Elle ne te plaît plus, c'est ça ? Tu veux rompre avec elle ? » finit-elle par lâcher, un peu à court d'idées. Ça ne pouvait pas être ça ! Son grand bêta de saucisse de fils était peut-être puceau, mais pas niais à ce point, non ? Cependant, elle jugea à la coloration écarlate de ladite saucisse, qu'elle était – enfin – tombée juste. « Mon dieu, Kojirô ? Tout ça pour ça ? »

- « Comment ça, tout ça pour ça !? C'est absolument dégueu ce que je vais faire ! »

- « Langage, Kojirô ! » le rappela-t-elle à l'ordre. « C'est dégueu comme tu dis, si tu n'y mets pas les formes. Je sais que tu feras de ton mieux pour lui faire un minimum de mal. Le fait même que tu veuilles rompre en bonne et due forme prouve que tu es un bon garçon. »

- « Comme ça ? Et tu ne me fais pas de reproches ? »

- « Pourquoi est-ce que je te ferais des reproches ? Je n'ai pas à être déçue ou pas. Sauf si tu venais à être violent avec ta copine ou... ou à te comporter comme ce type l'a fait avec l'amie de Neeve ! »

- « NON MAIS ÇA NE VA PAS ! » se récria un Tigre outragé. « MAIS J'AI LA GUEULE D'UN TYPE QUI FAIT CE GENRE DE TRUCS ! …. Je veux dire... pardon... »

- « Kojirô, je te le redis. Je ne vais pas juger ta vie sentimentale, sauf si tu te comportes comme un sagouin. La vie, c'est compliqué, et l'amour encore plus. On peut se tromper aussi en amour. Si ça ne colle pas, ça ne colle pas. Et comme il faut être deux pour être épanoui en amour... Je ne suis pas choquée à l'idée que tu rompes avec Izumi parce que ça ne colle plus entre vous, de ton point de vue. »

- « Comme ça, aussi facilement ? »

- « Si je dois en juger par tout le foin que tu fais, c'est loin d'être 'facile', comme tu dis. »

- « Hgn. »

- « Pourquoi veux-tu rompre avec elle ? Je pensais que ça se passait bien ? » Keiko savait qu'elle était en train de jouer avec le feu, mais elle sentait que Kojirô avait rendu les armes. Autant lui tirer les vers du nez une bonne fois pour toutes.

- « Je n'ai juste pas le temps de m'intéresser à elle comme il le faut. Je l'aime bien, je pourrais l'aimer plus, mais ça serait au détriment du foot, et j'aime plus le foot. »

- « Donc, oui, tu vas lui faire mal, mais ce n'est pas ta faute. Sois clair avec elle, mais pas trop brusque non plus. Tu ne joues pas au foot, là ! »

De l'autre côté de la porte, Neeve sortit de la salle de bains et appela Natsuko pour lui signifier que la place était libre. Keiko grimaça. Ce que ses enfants pouvaient être bruyants ! Cela ne s'arrangeant pas quand le sèche-cheveux de la jeune fille fut branché quelques instants après, à toute puissance.

- « Natsuko va au bal ? » demanda un peu bêtement Kojirô.

- « Bien sûr que oui. Elle est collégienne à Tôhô, non ? »

- « … elle y va avec qui ? » Sa voix s'était faite beaucoup, beaucoup moins chaleureuse.

- « Un certain Tetsuya Izuki. »

- « C'est qui, ce gars ? »

- « Un camarade de classe. Et tu vas être charmant avec lui. » prévint Keiko qui voyait parfaitement comment Kojirô était en train de prendre la chose.

- « Parce que je vais le rencontrer ? »

- « J'espère bien ! Tu as bien l'intention d'accompagner tes sœurs au bal, n'est-ce pas ? »

- « Je suppose... » Il haussa les épaules. Il allait faire le chemin, alors, il pouvait bien le faire avec Neeve et Natsuko.

- « Kojirô ? J'ai un doute là... Le bal... tu y vas seul ? »

Et là, il s'empourpra.

- « Euuuuh, non. J'y vais avec Izumi. C'était prévu depuis longtemps, et je n'ai pas eu le temps de lui parler avant et je trouve ça moche de rompre avec elle juste cet après-midi ! » se justifia-t-il avec hâte. Il passa sous silence qu'il avait tenté, mais qu'il n'avait même pas pu placer un mot avant qu'il ne fût vraiment trop tard. Keiko lui retourna un regard qui en disait long, peu satisfaite par le comportement de son fils. Enfin, il n'y avait pas crime non plus.

- « Dans ce cas, je te laisse te préparer. »

Se préparer pour Kojirô consistant à se laver, se raser et enfiler son costume, il se retrouva avec bien du temps devant lui. En sortant de la salle de bains, il décida de ne pas froisser ses vêtements, passa des fringues de maison et se décida à aller embêter ses petits frères. Son emploi du temps fut contrarié par un cri de frustration provenant de la chambre de Neeve.

- « Hé, ça va ? » demanda-t-il à travers la porte.

- « Non. Viens me donner un coup de main ! »

Ignorant encore qu'il allait faire une bêtise, Kojirô s'exécuta... et se retrouva à devoir tenir des bigoudis pendant que Neeve les fixait avec une concentration digne des meilleurs chirurgiens.

- « C'est bon, je peux y aller ? » gémit-il au bout d'un moment.

- « Hum, pourquoi tu as mieux à faire ? » Neeve le taquina alors qu'elle lui tendait un miroir à tenir derrière elle, afin de lui permettre de vérifier les bigoudis du fond. « NATSUKO ! » appela-t-elle à vive voix, faisant bondir Kojirô qui ne s'attendait pas à ça. Leur petite sœur déboula, un sourire aux lèvres, tout excitée à l'idée de son premier bal. « Tiens, essaye ces vernis, pour voir lequel ira le mieux avec ta robe ? » Quelques conseils plus tard, elle disparaissait, les mains chargées de tubes de crème et de boîtes de poudre.

- « Tu la laisses se maquiller toute seule ? » s'inquiéta Kojirô.

- « Oui, et après, je corrigerai si nécessaire. Qu'est-ce que tu en penses ? » demanda-t-elle.

- « Penser de quoi ? » Neeve, qui espérait un avis sur son début de maquillage et de coiffure, comprit que le sportif n'était toujours pas entré dans le monde de l'esthétique.

- « Rien. Merci. »

Alors qu'il sortait, Kojirô se retourna.

- « Hé, Neeve ? » Cette dernière s'était déjà penchée sur ses ongles et elle répondit par un « hum » discret.

- « Depuis quand tu appelles Kazuki, Kaz' ? »

- « Hein ? » Elle releva la tête, surprise. « Je ne sais pas. C'est venu comme ça. Pourquoi ? »

- « ... »

- « Quoi, ça t'embête vraiment que je l'appelle Kaz' ? »

- « J'sais pas. Je croyais que ton bon copain, c'était Ken. »

- « Hum, aussi. Mais j'aime aussi beaucoup Kazuki. »

- « Au départ, tu n'arrêtais pas de le chambrer. » lui reprocha-t-il.

Neeve prit le temps de la réflexion, agitant son poignet pour faire sécher son vernis. De son autre main, elle préparait un de ses pieds pour la même opération, et Kojirô la regardait faire, presque fasciné par ce rituel dont il ne connaissait rien. Bien malgré lui, il se rapprocha et s'assit par terre à côté d'elle.

- « Huum, c'est vrai. Au départ, Ken et moi avons vraiment « cliqué » ensemble. C'était comme si je l'avais toujours connu, et il m'a vraiment aidée à te comprendre. Tiens, passe-moi le dissolvant. » Et là, miracle ! Le Tigre sut de quoi on lui parlait et ce ne fut pas sans fierté qu'il lui tendit la bonne bouteille. Neeve continua, sans même s'extasier sur cet exploit. Mégère, va ! « Kazuki peut paraître un peu creux au départ. Creux, ou superficiel, ou commun- »

- « Comment on peut trouver quelqu'un creux ou superficiel ou commun ? Ça se contredit, tout ça ! » ronchonna Kojirô en reniflant un pot de crème.

- « Mince, regarde tes mains ! » nota soudain Neeve.

- « Quoi mes mains ? »

- « Mais tes ongles sont tous cradosses. Viens par ici, je- »

- « Non ! On ne touche pas la bête. »

- « Mais tu ne vas pas aller au bal avec des ongles crades comme ça ! Laisse-moi te nettoyer tout ça, au moins. Et ça t'empêchera de tirer sur les petites peaux ! » Comme tirer sur les petites peaux faisait mal, Kojirô consentit à confier sa main gauche à sa sœur, prêt à la retirer en cas d'urgence. « Et pour répondre à ta question, c'est justement parce que quelque chose ne collait pas avec Kazuki que j'ai commencé à réellement le connaître. Et je vais te dire, il mérite qu'on s'attarde sur son cas. C'est vraiment un chouette type. »

- « Plus que Ken ? »

- « Différent de Ken. »

- « Si tu devais choisir ? »

- « C'est ça qui est bien : je n'ai pas à choisir. Là, c'est mieux, non ? » Kojirô regarda sa main, et ne trouva rien de bien exceptionnel. Bon, il avait les ongles propres, nets et coupés. Ça ne changeait pas tant que ça d'avant. Bon prince, il tendit l'autre main.

- « En parlant de Kazuki... Tu ne voudrais pas m'aider à lui trouver une copine ? »

Neeve s'arrêta net, pour le dévisager.

- « … toi ? Toi, tu te mêles des affaires de cœur de tes copains ? »

- « Et pourquoi je ne le ferais pas, hein ? » répliqua-t-il avec un grognement boudeur devant son petit air taquin.

- « Ben, ce n'est pas trop ton truc. Tu n'aimes pas les potins et tu n'es pas du genre à disséquer les vies sentimentales ou les exploits sexuels des autres. »

- « AÏE !

- « Mais ne bouge pas à la fin ! Pourquoi tu as bougé aussi ? »

- « ... »

- « Bon, Kazuki. »

Neeve retourna au sujet principal, comprenant qu'elle avait peut-être commis une faute en parlant de vie sentimentale ou d'exploit sex- Attendez une seconde. Yamashita était la première copine de Kojirô. Tout le monde le savait, puisque Môssieur le Tigre avait rejeté toutes les déclarations précédentes. Et pour avoir suivi depuis les premières loges les avancées de cette relation, Neeve pouvait, sans se mouiller, dire que le couple ne devait même pas avoir atteint la deuxième base (1). Se pourrait-il que Kojirô Hyûga, terreur des terrains, fût vierge ? Elle s'étouffa rien qu'en y pensant.

- « Ben alors ? »

- « Rien, j'ai avalé de travers. »

- « Y'a vraiment que toi pour arriver à te planter pour respirer. Je savais que tu étais nulle en bio, mais là... »

- « Crétin, va ! »

- « Bon, et pour ma Banane, tu peux faire quelque chose ? »

- « Ta Banane, comme tu dis, ne me semble pas très empressée de se trouver une copine. Je veux dire, il sait très bien se débrouiller sans Ken et toi. »

- « Naaan, toutes ces filles, avant, ce n'était pas des copines. Franchement, je crois qu'il est prêt pour une vraie relation. Il mérite une fille bien, tu l'as dit toi-même ! »

- « Mais pourquoi tu veux caser Kazuki comme ça, toi ? »

Kojirô se gratta le nez, pris de court. En effet, pourquoi ?

- « Je crois que je suis arrivé à un point où je veux que mes potes soient heureux. Ça pose un problème ? » rajouta-t-il avec un brin de hargne.

- « Non. Je n'ai rien dit. Là, tout beau, tout propre. …. tu es sûr que tu ne veux pas d'un gommage de peau ? »

Le regard qu'il lui dédia aurait fait une belle concurrence à un certain buisson ardent biblique en termes de combustion spontanée.

- « Au lieu de dire des âneries, dis-moi plutôt si tu as des filles dans ta section internationale qui pourraient convenir à Sorimachi. »

- « Ça dépend. Il aime quel genre de fille ? »

- « Celles qui ont des gros seins. »

- « KOJIRÔ ! »

- « M'enfin ! Tu poses une question, j'y réponds ! »

- « Mais vous êtes tous obsédés !

- « Mais qu'est-ce que j'y peux, moi, si la Banane aime les filles avec des belles poitrines ! »

- « Parce que tu crois que la poitrine, c'est important, c'est essentiel, pour développer une relation sérieuse ?! » glapit Neeve.

- « C'est tout de même essentiel de trouver la fille jolie, non ? Kazuki aime les grandes, les petites, les brunes, les teintées, tout, mais il aime surtout les filles bien gaulées. Ta copine, elle pourrait être son âme sœur que ça n'irait pas, si Kazuki la trouve moche. »

- « Pfff, qu'est-ce qu'on n'a pas entendu ! » fulmina Neeve en appliquant sa seconde couche de vernis.

- « Hé, ne te la joue pas hypocrite ! Vous aussi, les filles, vous commencez à regarder le physique ! »

- « Oui, mais ce n'est pas le seul et unique critère de sélection ! »

- « Mais je n'ai jamais dit que- » Sa voix mourut devant le haussement de sourcil narquois de la métisse. « Bon d'accord, je me suis mal exprimé. »

- « C'est ça, c'est ça... Bon, tu restes ou pas ? Parce que je vais nous maquiller, là, Nat' et moi. »

- « Alors, je ne suis plus là ! »

Kojirô se carapata dans la cuisine où sa mère préparait le repas pour quatre... enfin, cinq, maintenant que son aîné se découvrait un creux.

- « Tu ne vas pas manger au festival ? »

- « Oui, et alors ? »

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Comme d'habitude, les filles se faisaient attendre. Les trois Hyûga-Hase s'étaient mis d'accord pour partir à une heure précise et cela faisait déjà cinq minutes que Kojirô patientait.

- « Oï ! À quoi ça sert de se fixer un horaire, si c'est pour ne pas le respecter ! » meugla-t-il.

- « Ça va ! On n'est pas en train de jouer un match. » répondit Natsuko d'une voix maussade en descendant les escaliers. « En plus, Sorimachi n'est pas encore arrivé. »

- « Ah, il vient ici ? »

- « C'est ce que Neeve m'a dit. Alors, comment tu me trouves ? » La toute jeune adolescente tourna sur elle-même, faisant danser les nombreuses franges de sa robe d'inspiration années 20. En dégradé de violet et de noir, le vêtement mettait en valeur les formes naissantes de Natsuko. Avec son maquillage et ses boucles d'oreilles, elle était très mignonne. Trop mignonne !

- « … tu n'aimes pas? » se méprit-elle devant la mine peu amène de son aîné.

- « Si. C'est pour ça que ça ne me plaît pas. » Sa sœur roula des yeux.

- « Et voilà, maintenant tu fais ton grincheux. Tu ne voudrais tout de même pas que j'y aille habillée comme une nonne ? »

- « Qu'est-ce que tu as contre les nonnes ? » maugréa le footballeur. « C'est très bien, une nonne. Très respectable. »

- « Ce que tu peux être vieux jeu, parfois. Et dire que c'est toi le rebelle de la famille... Pfff ! », Natsuko n'était pas plus déstabilisée que ça par le peu d'enthousiasme fraternel. Neeve avait discrètement touché deux mots à sa cadette sur l'attitude à attendre de Môssieur Grand Frère, et ainsi avertie, la collégienne réussit à lire entre les lignes. D'autant plus que Kazuki, arrivé entre temps, n'hésita pas, lui, à complimenter celle qu'il considérait comme sa propre sœur.

- « Tu es très mignonne comme ça, Nat'. Tu me réserves une danse, j'espère. » La jeune fille avait beau savoir qu'il était beau parleur, et complètement subjectif en ce qui la concernait, elle ne put s'empêcher de rosir un peu. Même si ce n'étaient que des compliments de frère – faux-frère - ça faisait toujours plaisir !

- « Je veux bien... si tu arrives à te décoller de Neeve. » musa-t-elle avec une petite voix qui en disait long. « Je l'ai vue alors qu'elle finissait de se préparer, et waaa, elle est SUPER belle. »

- « Ouais, ben, la Belle et la Bête, ce n'est pas la Belle-aux-bois-dormant. Hase, tu te magnes ? » protesta Kojirô, bien décidé à en finir le plus rapidement possible avec la corvée qu'était devenu ce bal.

- « J'arrive, j'arrive. C'est fou comme tu manques de patience, toi... »

Et là, Neeve sécha tout le monde, y compris Mamoru qui, malgré le peu d'expérience engrangée dans le domaine délicat de la féminité, pouvait certifier que là, la jeune femme avait placé la barre haut, mais très, très haut. Si pour le bal de fin d'année, elle avait été tout en argent, cette fois, Neeve avait choisi l'orange corail et le doré. Vêtue d'une robe de cocktail longue qui la collait comme une seconde peau, elle montrait bien plus de chair qu'il ne semblait décent de le faire. La robe fendue laissait passer une jambe parfaitement lisse, tout en laissant dénudée l'épaule droite de la métisse. La bretelle unique se dédoublait de chaque côté de l'épaule gauche, pour se recroiser sur l'omoplate, où elle se réunissait avec la bretelle qui courrait depuis l'aisselle arrière droite à travers le dos. À part ce fin ruban de tissu orné de perles dorées, le dos de la jeune femme était presque entièrement dénudé. Neeve avait consciencieusement enduit son corps d'un lait aux paillettes dorées, ce qui donnait l'impression qu'il émanait d'elle une lueur chaude, vibrante. La couleur se mariait parfois au corail de la robe, rehaussé par les incrustations en perles dorées qui décoraient le tissu. Les bigoudis fixés avec l'aide de Kojirô avaient formé de jolies boucles Neeve avait ramené ses cheveux en une masse à l'arrière de son crâne, laissant juste les pointes retomber en cascade. Les épaules et le cou ainsi mis en valeur, elle n'avait eu qu'à passer de longs pendants d'oreilles en or pour compléter le tout. Son maquillage était léger, mais soulignait son regard. C'était un mélange suave de simple et de sexy, de classe et d'inconvenant.

- « …. tu es... sublime. » coassa enfin Kazuki, qui la fixait avec des yeux brûlants.

- « Tu... tu n'es pas mal non plus. Pas du tout. » À vrai dire, Neeve avait du mal à ne pas rougir devant son cavalier.

À la différence de son capitaine qui avait opté pour l'ensemble costard noir, Kazuki se l'était joué « estival et décontracté ». À son pantalon noir, il avait marié une chemise bleu marine profond, aux manches retroussées aux coudes, agrémentée d'un veston cintré noir. Une cravate de même couleur pendait, à moitié dénouée, à son cou. Pour compléter le tout, un chapeau insolemment penché à l'arrière du crâne. Il était donc habillé à la mode des jeunes, et assumait son style tiré des magazines avec une assurance orgueilleuse qui n'avait rien à envier à celle du Tigre dans ses meilleurs – ou mauvais – jours. Il était beau, et il le savait.

Pire encore, il avait complètement coordonné sa tenue avec celle de Neeve, de sorte que les voir ensemble était comme recevoir la vision de Barbie et Ken, l'air con en moins. Lorsque Neeve passa ses chaussures, elle était juste un poil plus petite que lui, et la complicité entre eux n'arrangeait vraiment pas leur côté « couple parfait ».

- « Je... JE VEUX UNE PHOTO DE VOUS ! » décréta Natsuko. « Vous êtes trop bien, tous les deux comme ça ! » Et sans demander l'avis de personne, elle détala chercher son appareil.

- « Neeve... d'où tu tiens une robe pareille ? » questionna Kojirô d'un ton qu'il voulait détaché.

- « Hum ? Oh, elle date de l'été dernier, j'avais accompagné Shun au mariage d'une de ses cousines. » Le jeune homme aurait voulu pouvoir tuer Shôta, qui avait autorisé sa fille de même pas seize ans à l'époque à se promener ainsi vêtue. Mais était-il seulement au courant de l'existence de cette tenue ? Et quand bien même... Capterait-il seulement à quel point la robe, qui n'était que sexy chez une adulte, frôlait justement trop avec la limite de « trop sexy » chez une adolescente ? Enfin... jeune femme. Là, vu comment le tissu moulait toutes les formes de Neeve, le doute n'était pas possible.

- « Tu vas prendre froid, non ? »

- « Oh, j'ai une étole, au cas où. Mais bon, la météo prévoit une superbe soirée du mois de juin. »

Neeve et Kazuki se prêtèrent avec joie aux exigences de Natsuko, et Kojirô se retrouva à devoir poser avec eux. Bien entendu, Shôta vint prendre quelques clichés des quatre ensemble, mais ne trouva rien à redire à l'accoutrement de sa progéniture. On ne pouvait vraiment, mais vraiment pas compter sur lui !

L'humeur du capitaine de l'équipe de foot ne s'améliorant pas avec le temps, Natsuko lui jeta au bout d'un moment un regard dégoûté et trottina pour rejoindre les deux autres lycéens qui l'inclurent sans aucun problème à leur discussion. Sorimachi se rengorgea même d'avoir deux jolies filles à ses côtés. Lorsque le trio, traînant derrière lui un Tigre ronchon arriva au portail, il ne put manquer le duo Wakashimazu. Pour une raison qui ne s'expliquait pas sans un retour en arrière mêlant famille et pari, Ken et Chiyo portaient des yukatas. Seule entorse à la tradition : au lieu des getas de bois, des baskets. Ça évitait justement des entorses.

- « Vous êtes beaux aussi comme ça. » rassura Natsuko. « Un peu à part, mais beaux. »

- « Un festival, c'est un festival, alors, on met des yukatas ! » Ken était on ne peut plus têtu sur ce point. Il n'avait pas volé son surnom hors terrain de « Samouraï ».

- « Emi est aussi en yukata ? » s'informa Neeve, qui réalisa à ce moment avec horreur qu'elle n'avait pas eu de conversation croisée avec son amie sur leur tenue. Grave crime au code de l'amitié féminine !

- « Je crois qu'elle vient habillée normalement. » avoua Ken. « Elle n'était pas censée venir, un peu comme toi, donc elle m'a dit ne pas avoir de robe. »

- « Je suis sûre qu'elle se fera belle pour toi, Ken. »

- « Bof, je m'en fiche un peu. Elle pourrait venir en pyjama, que ça me serait bien égal. Je l'aime elle, pas sa garde de robe. »

Et voilà que les trois filles s'extasièrent devant cette preuve de romantisme moderne, rendant un gardien très, très rouge devant l'avalanche de compliments et de taquineries.

L'ambiance se rafraîchit considérablement quand le retardataire arriva et analysa, d'un œil de Tigre bien maussade, le jeune homme qui se tenait aux côtés de sa collégienne de sœur. Izuki, Tetsuya de son prénom, était une pathétique petite chose qui ne faisait apparemment partie d'aucun club sportif digne de ce nom. Il donnait dans la crevette rachitique ! Franchement, Kojirô était déçu de sa sœur. Qu'est-ce qui lui avait pris de s'amouracher d'un microbe pareil !? Dire qu'avant, elle louchait sur Ken ! Une baisse notable dans ses standards.

Devant le regard scrutateur et clairement peu amène de la star du football locale, l'adolescent commença à se tasser. Pourtant, tout avait bien commencé. Il avait rejoint, comme prévu, sa cavalière à l'entrée du lycée. Il ne s'attendait pas à se retrouver entouré de lycéens, Wakashimazu et Sorimachi en tête de liste, mais après tout, c'était normal. Le groupe l'avait salué, l'examinant avec intérêt et un zeste d'espièglerie. Apparemment, la tête qu'il avait faite en voyant la sœur de Natsuko, la fameuse Neeve Hase, était mémorable. Ce qui aurait pu être un gros moment de gêne brisa la glace, surtout quand Natsuko détourna son attention sur sa propre robe, que Tetsuya trouvait beaucoup plus à son goût. Hase était belle, mais trop tape-à-l'oeil. Tetsuya était d'un naturel plus discret, donc une personne souriante et modeste comme Natsuko était beaucoup plus son type.

- « Bon, Hyûga, tu as fini de faire ton gros ours mal léché ? » rouspéta Chiyo au bout d'un moment. Venant de la jeune femme qui n'avait eu que très peu de contacts avec Kojirô, cette tirade était surprenante. D'un autre côté, ni Ken ni Kazuki ne pouvait se manifester contre leur capitaine, et tout commentaire de Neeve n'aurait fait que mettre de l'huile sur le feu. « Il ne va pas la bouffer, ta sœur. Quelle chance, Ken, que tu ne sois pas comme ça. Je t'aurais massacré depuis des lustres. »

- « Bah, faut dire que tu n'as pas de copain, ça simplifie beaucoup les choses. »

- « Peut-être. Mais je te jure que si tu te comportes comme ça, je... je te dénonce à ta mère, tiens. »

- « AH NON ! »

Tout le monde s'éloigna, entrant dans la cour, pour se mêler à la foule qui commençait à se constituer. Rapidement, les deux collégiens retrouvèrent leur groupe d'amis, pendant que les plus âgés arpentaient le terrain : Kazuki n'avait-il pas lancé Neeve dans la course pour l'élection de Miss Festival ? Il était temps qu'elle se montrât !

- « Finalement, c'est une bonne chose que nous soyons en yukata. » déclara doctement Ken à un moment. « Sinon, Chiyo et moi t'aurions fait de l'ombre, ma petite Neeve. »

- « Fais chier ! »

L'interjection de Kazuki coupa court à l'échange de piques qui s'amorçait. Tous se retournèrent vers l'avant qui grommelait en regardant un message reçu sur son téléphone.

- « Un problème ? » s'enquit le goal d'une voix inquiète.

- « Nan, rien de grave. Juste qu'un de mes groupes préférés devait lancer une série de concerts cet été, et tous, absolument tous, tous ceux qui sont dans la région, ont lieu durant le camp d'entraînement ! »

- « Oh, tu parles de Trap Control Protocol ? » Neeve et Kazuki s'étaient notamment rapprochés à travers des échanges de CD.

- « Oui. »

- « Rooh, ne boude pas. Tiens, ça me fait penser : tu voudrais nous accompagner au concert de Tokiko_fun ? Je sais que ce n'est pas forcément ton artiste préférée mais c'est toujours ça, non ? »

- « Vous ne deviez pas y aller entre filles, toutes ensemble ? »

- « Chiyo et Emi, oui, mais Ayame ne va pas pouvoir venir. » La meilleure amie de Neeve aurait, à la date du concert, quitté l'hôpital mais serait toujours privée de sortie. Sans compter que Neeve était toujours listée comme indésirable auprès de la famille Sakamoto.

- « Je ne vais pas rater une occasion de sortir avec trois jolies jeunes femmes, ça non ! »

- « L'une des jolies jeunes femmes est ma copine. » rappela Ken, les yeux plissés de faux soupçons.

- « Ça ne l'empêche pas d'être jolie. » Et on était reparti.

De son côté, Kojirô passait un moment moins agréable. Il était tendu comme une corde d'arc, et à ses côtés, Izumi n'en menait pas large. L'aura d'agressivité frustrée que dégageait son petit ami la rendait nerveuse, elle qui n'était pas bien vaillante. Qu'elle se fût lancée dans l'organisation de cette fête pour gagner des voix ou non, elle était responsable du bon déroulement de la soirée. Alors qu'elle s'était imaginée pouvoir passer de groupe en groupe, saluant et souriant à chacun, au bras du très attendu Kojirô Hyûga, la voilà réduite à un coin de la cour, où Kojirô avait décidé de stagner pour la soirée.

Le capitaine voyait bien que son attitude dérangeait. Mais il était encore sous le coup de l'abandon collectif de ses amis. Après le remontage de bretelles de Chiyo – bien qu'il ne l'avouerait jamais, il savait qu'elle n'avait pas eu tort de le reprendre – tous s'étaient détournés, plongés dans leurs petites discussions, et aucun n'avait fait attention au fait qu'il n'avait pas suivi le mouvement. Hé oui, lui attendait encore sa cavalière ! Izumi était arrivée peu de temps après, dans une robe bustier toute simple, aérienne, d'un beau vert bouteille qui se mariait parfaitement avec son teint, sans pour autant tirer un sourire à l'homme de ses rêves.

- « … ça ne va pas ? » finit-elle par demander, voyant qu'il n'était pas prêt à engager la conversation. En réponse, Kojirô soupira lourdement.

- « Ah, désolé, je ne suis pas de bonne compagnie ce soir. »

- « Des problèmes ? »

- « On va dire quelque chose du genre. Et non, je ne veux pas t'en parler. » Et si là, Izumi n'avait pas compris le ton de la soirée...

- « Bon... essayons de faire avec. Tiens, je vois mes copains de classe. »

La jeune femme ne lui laissait pas vraiment le choix : le voilà obligé de la suivre, et il se retrouva à saluer de parfaits inconnus. D'un côté, il pouvait la comprendre. Si elle ne prenait pas les choses en main, ce n'était pas lui qui allait faire des efforts pour améliorer l'ambiance. De l'autre, il détestait être forcé, même si c'était « pour son bien » ou « de sa faute ».

Petit à petit, il arriva pourtant à se détendre. Il suffisait de repousser aux limites de son subconscient qu'il allait larguer Izumi et qu'il était en rogne contre le monde entier. Son mutisme actuel ne changeant pas trop de son attitude générale, les amis d'Izumi finirent par le laisser en paix, l'acceptant comme figurant à l'arrière-plan. Quand Rai et ses copains débarquèrent, Kojirô trouva à ce moment la parfaite excuse pour s'éclipser. Mais vint le moment où Izumi le rejoignit.

- « Yo ! » Rai, ravi de pouvoir connaître mieux la « girlfriend de son bro », l'accapara au début, pour le plus grand plaisir du footballeur. Avec un peu de chance, il allait pouvoir échapper au pire. « Waaa, c'est Neeve, là ? » fit-il soudain, en envoyant une grande claque dans le ventre de Kojirô pour le rappeler à l'ordre.

- « Mais euuuh ! Hein ? Ouais, c'est elle. » grommela-t-il en se massant l'abdomen. Rai n'était pas le seul à suivre des yeux la silhouette auréolée de doré qui passait à ce moment.

- « Pfiou, elle envoie du lourd, non ? Elle veut draguer quelqu'un ? »

- « Mais qu'est-ce que j'en sais, moi ? »

- « Ouais, ben, moi, je vais l'inviter à danser. Hors de question que je n'aie pas ma photo avec elle. » Rai s'élança et Kojirô le vit rattraper sa sœur qui accepta avec joie. Kazuki en profita pour se déhancher comme un taré avec Chiyo tandis que Ken et Emi profitaient d'un moment en amoureux. Après tout, le bal du festival du sport était l'objet de nombreuses rumeurs selon lesquelles les futurs des couples se faisaient et se défaisaient à cette occasion. Dans le cas du gardien, son avenir semblait assuré. Emi n'avait pas de belle robe, mais son ensemble corsaire-boléro lui allait beaucoup mieux, de toute façon.

- « Allez, viens danser ! » La demande d'Izumi contenait un peu trop d'autorité pour passer comme ça.

- « Je croyais avoir fait comprendre clairement que je ne dansais pas ! »

- « Je croyais t'avoir fait comprendre que ça n'importait pas. »

Ce côté impertinent qu'il avait trouvé charmant au début ? Comme il avait envie de l'envoyer bouler ! Ne voyait-elle pas qu'il n'avait aucune envie d'être ici ? Encore moins de danser ? Apparemment non. Izumi le traîna par le bras, et à moins de faire un esclandre, il dut encore une fois céder et suivre. En moins d'une demi-seconde, il se retrouva sur la piste de danse. Et à toute la mauvaise humeur accumulée se rajouta le fait que sa veste lui tenait horriblement chaud. Kojirô était endurant, donc jusqu'alors, il avait encaissé sans trop réaliser. Après tout, il n'avait fait que se tenir debout à siroter de la limonade maison. Mais là ? Il allait arrêter quand le DJ lança un slow et là, il ne put pas y réchapper.

Étouffant un soupir monstrueux, le Tigre entoura sa partenaire de ses bras et se mit à osciller de droite à gauche, s'imaginant parfaitement l'air d'imbécile qu'il pouvait avoir. Non, c'en était trop. Il y avait la galanterie, certes, mais les bonnes résolutions prenaient le pas. Après cette danse, il allait rompre avec Izumi. Supporter cette comédie encore deux, trois heures ? Niet. En plus, c'était indigne de lui. Tant pis pour le bal. Il porta sur sa partenaire un regard désolé, mais ce qu'il vit sécha toute culpabilité. Alors qu'il s'attendait à la trouver triste, déçue par son attitude récalcitrante – à juste titre – il ne put que constater qu'elle s'en foutait royalement. En fait, Izumi était en train de se pavaner, toute contente d'être au centre de la piste de danse avec Kojirô Hyûga, le capitaine de l'équipe de foot. Et non pas Kojirô Hyûga, le crétin de seize ans qui la traitait comme une moins-que-rien depuis quelques temps. Finalement, elle s'en foutait pas mal, de ses humeurs et du fait qu'il ne l'appelât pas. Elle ne cherchait en lui que le Tigre, l'image, le bonus de popularité. Finalement, elle était comme toutes les autres.

Il se dégagea. Comme le slow se terminait, Izumi ne comprit pas immédiatement qu'il partait, et pensa juste simplement qu'il quittait la cour car il avait eu sa dose. Bêtement, elle trottina à sa suite. Mais voyant qu'il ne s'arrêtait pas en bordure des stands, elle l'interpella :

- « Mais où vas-tu ? »

- « Je me casse, je rentre. »

- « Hein ? Quoi ? Déjà ? »

- « Ben oui. J'en ai ma claque, de me faire exhiber comme un animal de foire. » Izumi eut la bonté de rougir profondément. Puis son caractère pétillant reprit le dessus.

- « Et alors ? Il faut bien que tu serves à quelque chose. Vu que tu es aimable comme une porte de prison, je n'allais pas me priver non plus ! » lui répondit-elle. Kojirô ne s'attendait pas à cette réaction. En d'autres circonstances, il aurait sûrement réfléchi à deux fois, et même capitulé. Il n'avait pas choisi Izumi au hasard : il aimait vraiment ce côté « femme indépendante qui n'a pas peur de lui tenir tête ». Les groupies hystériques ou les vierges rougissantes, ce n'était pas son truc. Mais là, Kojirô n'était pas en mesure de réfléchir de façon posée.

- « Je t'ai dit que je n'avais pas envie d'être là ! » Le dos rond, le poil hérissé, le Tigre était en mode combat. « Déjà en temps ordinaire, les bals et toutes ces conneries, ça me court sur le haricot sévère, mais aujourd'hui, c'n'est spécialement pas le moment de m'énerver. Je suis pourtant venu, pour te faire plaisir. »

- « Ah oui, c'est le moment où je dois tomber en pâmoison parce que tu agis comme un petit ami normal ? »

- « Je pensais que tu avais compris que je n'étais pas un petit ami normal. Les sorties, les roucoulades, le main-dans-la-main-et-les-yeux-dans-les-yeux, ça, ça n'a jamais fait partie du contrat. »

- « Par contre, m'embrasser, ça, pas de problème ! »

- « Tu es ma copine, oui ou non ? Si je ne peux pas t'embrasser, alors, qu'est-ce que tu fous là ? »

- « Tu rigoles, là ? Tu te rends compte que tu es en train de me dire que tu sors avec moi juste pour... pour le sexe ? »

- « Vraiment ? Quel sexe ? On a déjà couché ensemble, ou même est-ce que je t'ai seulement fait des avances, peut-être ? Tu me prends vraiment pour un gros obsédé, donc. Et pourtant, ça ne te gêne pas de t'exhiber avec moi. »

- « Ne retourne pas la situation. Tu sais très bien que je veux être élue Miss Festival ! »

- « Kazuki avait donc raison ! » claironna Kojirô d'un ton amer.

- « Ben... oui. » L'aveu calme d'Izumi calma les choses. « Je ne le cache pas, j'ai envie d'être élue, et une partie de cette élection repose sur le fait que je sorte avec toi. Mais si tu crois que je sors avec toi juste pour ce genre de... trucs, tu te goures. »

- « Mais bien sûr. » railla le footballeur.

- « Mais totalement ! » Izumi prit une profonde inspiration avant de se lancer. « Crois-le ou pas, je n'ai jamais été populaire. Je sais que je suis plutôt jolie, et bonne élève, mais je n'ai jamais fait partie de cette élite adoubée par la plèbe pour des raisons bien étranges. Et je m'en fichais. Puis j'ai commencé à sortir avec toi, et je l'ai fait uniquement parce que tu me plaisais. Honnêtement, je n'avais même pas rêvé que je puisse te plaire. Si on est honnête, toi et moi, au départ, je n'avais pas une bonne image de toi, avant de te connaître et de réaliser que l'image qu'on te colle, ça n'a rien à voir avec qui tu es vraiment. Moi, j'aime le vrai Kojirô. Le ronchon, mais le gentil ronchon. Mais voilà, parce que nous étions ensemble, j'ai commencé à être populaire. Et tant pis si c'est hypocrite, mais j'aime être populaire. Avant, je me moquais des gens populaires, mais ça devait être par jalousie. Aujourd'hui, j'ai une chance de gagner une élection à la noix. Je m'en contrefous totalement, mais savoir que je suis listée comme une gagnante... C'est petit, c'est moche, mais ça me fait super plaisir. Alors oui, je me pavane et toi, tu es là. Et si tu penses qu'une autre fille agira différemment, tu te goures. À cause de ce que tu représentes, n'importe quelle fille sera toujours quelque part en train de se trémousser, uniquement parce qu'elle est avec toi, et qu'on la voit avec toi. »

Si les choses en étaient restées là, le couple aurait eu l'opportunité de se séparer en bons termes. Ce qu'Izumi avait expliqué, Kojirô pouvait le comprendre, malgré la couche de mauvaise foi qu'il entretenait. Mais il fallut que Neeve passât dans leur champ de vision, riant à gorge déployée d'une énième bêtise sortie par un Kazuki goguenard qui traînait Akira et Lola derrière lui. Le visage d'Izumi se ferma totalement et l'expression d'animosité presque cruelle qui déforma ses traits ne la mit absolument pas en valeur.

- « C'est ça. J'ai failli te croire ! » beugla Kojirô. Pour le moment, la musique avait couvert leur dispute, mais si le ton montait encore, ils allaient devenir le centre de toutes les attentions. Choses que le sportif avait toujours détestées, mais ce soir, il n'en avait rien à faire, des apparences et des autres. Les remarques d'Ayame lui revenaient en force. « Là, je vois bien que tu détestes Neeve. Je vois bien que tu es prête à tout pour lui faire du mal ! »

- « Mais non ! » protesta Izumi. « Je ne la déteste p- »

- « À d'autres ! »

- « Oui, bon, d'accord. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ! Elle a fait de ma vie un enfer ! À cause d'elle, je suis passée pour la méchante qui s'est acharnée sur la pauvre petite victime. Tu penses que je vais la porter dans mon cœur après ça ? Mais ce n'est pas pour autant que je vais lui faire du mal ! »

- « Tiens, c'est nouveau, ça. Qu'est-ce qu'il est arrivé au « j'ai essayé de sortir avec Fujita avant qu'ils ne soient ensemble », hein ? »

- « Mais voyons, je n'allais pas te dire ça et ruiner mes chances avec toi ! »

- « Sauf que tu m'as menti ! Sur quoi d'autre tu m'as menti, hein !? »

- « Rien d'autre, je te le jure ! » Izumi sentait que les choses échappaient à tout contrôle et tenta d'apaiser Kojirô. En pure perte.

- « Et donc, je dois trouver normal que de tous les mecs sur Terre, tu me choisisses moi, alors que tu sais que je suis le frère de la fille que tu hais le plus au monde ? »

- « Vous n'êtes pas frère et sœur ! » objecta la jeune fille avec un air incrédule et presque dégoûté.

- « BIEN SÛR QUE SI ! C'EST MA SOEUR ! »

Et là, Kojirô réalisa qu'il avait enfin avoué ouvertement, à lui comme au monde – enfin, surtout à lui, le monde ayant déjà capté depuis belle lurette – la nature de la relation qu'il entretenait avec Neeve. Elle s'était insinuée en lui, et voilà maintenant qu'il l'aimait, pleinement, totalement, aveuglement. De cet amour qu'il dédiait aux crapauds, de cet amour qui faisait qu'il s'inquiétait pour elle au premier signe de fatigue ou de bêtise. Il l'avait complètement intégrée. « Neeve, c'est ma sœur, et ma famille passe avant tout. »

- « ... »

- « Donc, tu conviendras que ce n'est pas sain qu'on sorte ensemble. Dans une dimension parallèle, on aurait pu faire un beau couple. Mais pas ici. »

- « A-a-attends ! » Izumi venait de comprendre. « Tu es en train de me dire que tu te la joues 'elle ou moi' ? »

- « Ouais. Et j'ai choisi. C'est Neeve. Ça sera toujours Neeve. »

o.O.o

(1) Je pense que tout le monde est familier avec ce terme, mais au cas où :

wiki/M%C3%A9taphores_du_baseball_d%C3%A9crivant_le_sexe