Première publication : 3 septembre 2016.
J'ai un peu de retard pour le chapitre du mois de septembre. Il faut dire que j'ai eu une fin août intéressante, entre naissance d'un neveu et deux entretiens d'embauche, et des copains en vadrouille qui sont venus faire coucou en Lorraine. Promis, je tente de faire mieux pour les prochains !
N'hésitez pas à commenter l'histoire et/ou le chapitre. Je suis toujours à l'écoute de ce que vous pensez, aimez (ou pas), aviez envisagé, voudriez voir arriver. Plus que les « super », bien que j'adore les encouragements, c'est la critique positive des mes écrits qui me motive. Merci.
Chapitre 66 – beaucoup de bruit pour rien
- « Mais... mais c'est injuste ! »
- « Ah ? »
- « D'accord, c'est ta sœur. Mais ce n'est qu'une sœur ! Je... je ne veux pas rompre, moi ! »
- « Je ne veux pas revivre la scène de cet après-midi encore et encore. Neeve ne désire rien d'autre que t'ignorer, mais c'est difficile pour elle de le faire quand tu es avec moi, et qu'en plus, tu en rajoutes. »
- « C'est elle qui s'est moquée de moi en premier ! » s'exclama la sino-japonaise.
- « Mais qu'est-ce que tu en sais ! » tonna Kojirô sans la moindre once de pitié. « À tous les coups, c'était de moi qu'ils se moquaient, les deux abrutis. Ils étaient sur mon dos il n'y avait pas deux secondes. Tu t'es imaginé qu'elle se moquait de toi. »
- « Je... Je ne suis pas coupable, là ! » tempêta Izumi. « Les torts sont partagés, c'est une longue histoire ! »
- « Et puisque aucune de vous deux ne veut faire des efforts, je dois trancher. Je te l'ai dit, je n'ai pas le temps pour ces conneries. Si le peu de temps que j'ai pour ma copine doit être bouffé par des récriminations sur ma sœur, autant s'épargner la corvée de la copine. »
D'un air froid, il regardait ses yeux s'emplir de larmes qu'elle luttait pour refouler. En son for intérieur, il était soulagé. C'était fait. Il en avait fini avec cette histoire.
- « … je veux pas rompre ! » finit-elle par répéter. « … je vais faire des efforts, je te le promets ! » Devant son manque de réaction, elle se rapprocha de lui, comme si cela allait le convaincre. « … j'ai laissé toute cette histoire de bal me monter à la tête, je le reconnais. C'est... c'est ma faute. Alors... alors, écoute, on va avoir les examens, et après, tu pars bientôt au camp d'entraînement, et il va y avoir ton tournoi. Alors, on laisse les choses comme ça et on en reparle après le tournoi, hein !? Je ne veux pas croire que toi et moi, ça se résume à ça. »
- « Izumi, vraiment- »
- « Non, je refuse de laisser les autres avoir raison, en nous réduisant à deux beaux stéréotypes. Je sais parfaitement que le foot est important pour toi, et rien que ça prouve qu'on a quelque chose de différent. Je t'aime pour ce que tu es, et c'est un joueur de foot, mais je t'aime aussi malgré ce satané foot. »
- « Comme si c'était une bonne raison. »
- « Kojirô, tu n'es pas du genre à fuir. »
- « Je choisis mes combats, Izumi. Et là, j'en ai ma claque. Été ou pas été, ça ne changera rien. »
- « Si ! Je te le promets ! »
Et là, elle se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Un de ses baisers un peu timide, tremblant, où se transmettait tout un mélange de sentiments. Un baiser presque désespéré. Et Kojirô n'était pas insensible, loin de là. On en revenait toujours au fait qu'à la base, Izumi était exactement le genre de fille qu'il cherchait. C'était le packaging autour qui avait conchié leur histoire. Un packaging dont personne ne pouvait se débarrasser, à la différence de l'emballage carton qu'on jetait à la poubelle. Il ne put rester de marbre devant son cri du cœur. Aussi répondit-il à cette étreinte lui aussi avait des regrets, des excuses à faire et des espoirs brisés. Ce baiser, c'était encore la meilleure façon de tourner la page.
Kojirô avait toujours imaginé que rompre, c'était quelque chose de net. Il y avait eu un « avec » et maintenant c'était un « sans ». Une disparition d'un état de fait, claire et nette. Que pouvait-il en savoir, lui qui n'avait jamais eu de vraie relation ? Ce soir là, il réalisa qu'on pouvait arrêter d'aimer une personne, mais que cela n'effacerait en rien les sentiments et les moments vécus à deux. Il garderait toujours en lui la trace de son amour pour Izumi. Cette partie de lui, il ne pouvait pas plus se l'arracher qu'il ne pouvait s'extirper le cœur de la poitrine. L'amour, ce n'était pas une construction Légo, où la pièce verte pouvait remplacer la pièce bleue. On ne détruisait pas pour reconstruire pareil, à cette différence de couleur près. Non, on gardait la pièce verte, et on continuait, on faisait avec. Autant garder comme dernier souvenir un baiser, et non des larmes.
Avec toute la maladresse de celui qui ne veut pas faire mal, alors qu'il sait que ça fait mal, Kojirô rendit à Izumi son baiser, puis s'extirpa de ce moment délicat. Il la serra contre lui, déposa un baiser sur son front, pour finalement reculer d'un pas.
- « Prends soin de toi. »
Un second qui devint deuxième pas, puis troisième. Au bout du compte, il se détourna et prit le chemin de sa maison, l'esprit en paix.
Neeve, de son côté, s'amusait comme une petite folle. C'était la première fois depuis le collège qu'elle assistait à une soirée de ce genre sans être officiellement la petite amie de quelqu'un – Shun Fujita en l'occurrence. Cette année, elle n'avait pas à se soucier de quoi ce fut : sa réputation ne pouvait pas être plus endommagée et quand bien même, elle s'en fichait. Personne n'allait en souffrir, Kojirô ayant énoncé tout son mépris pour l'opinion des autres. Elle pouvait donc rire, danser, avec Rai, Akira ou tout autre garçon qui le lui demandait et avec qui elle avait envie de danser. Faire la folle, sans se soucier de l'image qu'elle renverrait, et les conséquences pour autrui. Entourée de ses amis – Emi et elle s'étaient réconciliées à la seconde où la grande brune avait compris ce dont il retournait – elle se saoulait de bruits et de lumière.
Sa robe fit sensation. Non seulement le vêtement était-il ravissant et sexy, mais aussi démontrait-il sans l'ombre d'un doute qu'elle n'était pas enceinte. Sa bonne humeur presque contagieuse et sa bonne volonté à danser avec qui le lui demandait gentiment persuadèrent la plupart des gens qu'elle était juste plus expansive que la moyenne des Japonais. Après tout, il suffisait de la voir pour comprendre qu'elle avait du sang étranger, et bientôt tout le monde sut qu'elle avait eu un grand-père américain. À partir de là, tout lui fut accordé : elle avait hérité de lui l'excentricité des cow-boys.
Sans grande surprise, elle fut élue Miss Festival, au côté du président du conseil des élèves. Kojirô Hyûga, qui avait été donné dans les favoris, ne semblait pas avoir fait plus d'une apparition éclair au bal. Mais comme sa petite-amie avait aussi disparu, alors même qu'elle était la principale organisatrice de la soirée, les rumeurs en conclurent ce que tout bon adolescent pouvait en conclure : ilss'étaient trouvé une meilleure occupation. Sur le podium avec Arato-san, Neeve eut la bonne surprise de trouver Takeshi Sawada. À bien y réfléchir, ce n'était que logique : il était le capitaine de l'équipe de foot, élève modèle de troisième année. La Miss collège, Neeve ne la connaissait pas, et lui trouva l'air particulièrement revêche. Aussi décida-t-elle de faire d'une pierre deux coups, au mépris de la tradition qui voulait que les deux « rois » dansassent avec leur « reine » respective un 'Blue Moon Slow'.
- « Arato-san, j'espère que tu ne m'en voudras pas si j'honore notre kohai, en dansant avec lui ? » fit-elle innocemment. Ledit Arato approuva. Il pouvait sentir depuis l'estrade les regards meurtriers de sa petite amie, qui n'appréciait pas l'idée de le laisser seul dans la pénombre avec la beauté du bal. Par contre, vu la tronche de la collégienne – et son âge – il n'avait aucun souci à se faire. Par réciprocité, pour les deux plus jeunes, danser avec leurs senpais revenait à une reconnaissance certaine. Les couples mélangés prirent donc place sur la piste, une fois leur couronne accrochée à leur tête.
- « Heureusement que le ridicule ne tue pas. » commenta Takeshi en regardant sur l'écran d'un appareil photo le cliché collectif qui venait d'être pris.
- « Oh, tu exagères. Elle n'est pas si mal, ta couronne. » tenta de le motiver une Neeve qui, elle a-do-rait son bout de plastique scintillant.
- « On échange, si tu veux. » proposa le footballeur, pince-sans-rire.
- « Ah non. La tienne est belle, la mienne est mieux ! »
- « Dans ce cas... mais je dois te remercier. Je n'avais pas envie de danser avec cette fille. »
- « Oh, une ex peut-être ? »
- « Quelque chose du genre. On ne s'aime pas. » avoua le collégien avec un léger rougissement.
- « À ta guise. Tu penseras à inviter Natsuko, hein ? »
- « Quoi ? À danser ? »
- « Non, à faire des roulades dans la pelouse. Bien entendu, à danser ! »
- « Pourquoi ? »
- « Parce que c'est ton amie ? Parce qu'elle va aimer danser avec le Roi du Collège ? Tu peux bien lui consacrer ta deuxième danse de Roi, tout de même ! »
- « … pourquoi la deuxième ? »
- « Je suppose que tu vas danser avec ta partenaire, après ça. C'est normal, de lui consacrer la première danse. »
- « Ben, je n'ai pas de cavalière. Je suis venu seul, comme pas mal des gars de l'équipe, d'ailleurs. »
- « Mon dieu, pauvre jeunesse ! Vous êtes vraiment des manchots, vous les gars. » rouspéta Neeve devant cet aveu. « Alors tu as encore moins le choix : tu danses avec Natsuko. »
- « Hein ? »
- « Vu que tu n'as pas de cavalière attitrée, les gens vont automatiquement penser que la première fille que tu invites est celle pour laquelle tu as un faible. Natsuko a l'avantage d'être comme ta sœur, donc ça passera beaucoup mieux. En plus, elle, elle a un cavalier, donc les rumeurs sur elle et toi ne prendront pas. »
- « Et si je décidais de ne plus danser du tout ? »
- « …. tu rigoles, là ? »
- « Je ne peux pas y échapper, hein ? »
- « Non Monsieur. Autant joindre l'utile et l'agréable. »
Ainsi, à la fin de la danse, Takeshi invita une Natsuko toute rougissante, et Neeve rejoignit Kazuki, qui lui tendit une coupe de jus de fruits.
- « Ils sont mignons, tous les deux. » susurra-t-elle.
- « Hein, quoi ? Nat' et Takeshi ? Ah ! Mais tu délires ! Ils sont comme frère et sœur. » Neeve haussa un sourcil.
- « Si tu le dis... » Ce n'était pas parce que les 3K considéraient comme un frère et une sœur les deux collégiens – dans le cas de Kojirô et Natsuko, totalement véridique – que les deux intéressés se voyaient comme tels. D'accord, pour le moment, ils ne se voyaient pas. Trop habitués l'un à l'autre. Mais Neeve trouvait qu'il pourrait y avoir là une jolie histoire. Kazuki ouvrit la bouche pour répliquer, prit le temps de la réflexion et décida de ne rien dire.
- « Quoi ? » Son revirement n'était pas passé inaperçu et Neeve n'était pas du genre à « laisser tomber ».
- « Non, rien. Une bêtise sûrement. Tu danses ? »
- « Kaz', je ne dirai jamais non à une danse. »
Sous les regards admiratifs et envieux, ils prirent place sur la piste.
- « J'espère que ton lait doré, ça ne colle pas à la peau et aux fringues. » ronchonna Kazuki.
- « Si ça devait coller, ça aurait collé depuis longtemps. Tu vois des paillettes quelque part ? »
- « Non. »
- « Alors, arrête de faire ton Kojirô ! »
- « Ce qu'il était de mauvais poil, aujourd'hui ! D'ailleurs, il est passé où ? »
- « Sûrement avec l'autre, à faire ce que je ne veux vraiment pas savoir. »
- « Tiens, en parlant de ça- »
- « De quoi, ça ? De la vie sexuelle de Kojirô ou- »
- « NEEVE ! »
- « Quoi ? Ne me dis pas que tu n'es pas au courant ! »
- « Mais je ne vais pas t'en parler, voyons ! »
- « Est-ce qu'il a seulement une vie sexuelle ? »
- « M-m-mais, ça ne te regarde pas ! »
- « Allez, tu peux bien me le dire, à moi. »
- « Surtout pas à toi, Neeve. Tu es sa sœur. C'est juste... si tu dois savoir, c'est à lui de t'en parler. » Kazuki se voyait mal divulguer les secrets de Kojirô, surtout quand on savait que les secrets, c'était Hikari.
- « Ah, dis-moi au moins s'il est encore... pur ? »
- « … qu'est-ce que ça peut bien te faire ? »
- « Ben s'il est encore puceau à son âge, et vu comment il est doué avec les filles alors qu'il n'a qu'à se baisser pour en ramasser une... bref, je préfère autant savoir pour ne pas faire de bêtises. Tu me connais, j'ai la réplique facile, et je sais que ce sujet est particulièrement sensible pour un garçon. Et quand le garçon, c'est Kojirô... » Elle n'avait pas tort. Loin de là.
- « … si on te demande, ce n'est pas moi qui aie vendu la mèche. Il n'est pas sans expérience. »
- « Mais on ne lui connaît aucune copine officielle. »
- « Voilà. Maintenant, tu marches sur des œufs, OK ? »
- « Chef, oui chef. J'ai bien fait de poser la question, j'aurais mis les pieds dans le plat. »
- « Ah, mais quels pieds ! »
- « Quoi, qu'est-ce qu'ils ont, mes pieds ? »
- « Rien. Ils sont très jolis, tes pieds. D'ailleurs, ça va, avec tes chaussures ? »
- « Parfaitement. Mais n'esquive pas la question. »
- « Mais quelle question ? Je t'ai dit que tes pieds étaient très beaux ! »
- « … Kazuki, comment ça se fait que tu n'aies pas trouvé une copine ? Une vraie, hein. »
- « Parce que jusqu'à présent, je n'ai pas cherché. »
- « Et ça a changé, c'est ça ? »
- « On va dire quelque chose du genre. » Apparemment, chez les mecs, le « quelque chose du genre » était l'équivalent du « gentil garçon » des filles.
- « Je la connais ? »
- « ... »
- « … Ce n'est pas Natsuko, hein ? »
- « Mais tu as fumé quoi, Hase ? »
- « Mais euuuh, je veux savoir ! »
- « On va faire un deal. Quand je ferai ma déclaration, tu seras la première à le savoir, ça te va ? »
- « Ah, tu as donc bien l'intention de te déclarer. Allez, dis-moi. Je peux t'aider, hein ! »
- « Je me débrouille très bien tout seul. »
- « Pff, tu parles ! Tu n'es pas avec elle, ça prouve bien qu'il y a un problème ! »
- « Ah, ce n'est pas moi, c'est elle. »
- « Comment ça ? »
- « Elle n'est pas encore bien réceptive à mon charme. Mais j'y travaille. »
- « Ben, elle a intérêt à se "réceptiver' rapidement. Franchement, de toi à moi, tu as toutes tes chances. »
- « Tu crois ? »
- « Tu es mignon, très bien foutu, tu prends soin de toi, tu es un sportif de haut niveau, tu es drôle, tu aimes plein de trucs, et tu n'es pas trop mauvais en classe. Et tu danses bien. » Neeve faisait la liste des qualités et compétences de Kazuki à haute voix, sous le regard amusé de ce dernier.
- « Tu oublies de dire que j'aime les animaux, et que j'aime lire. Je suis presque bédéphile, en fait. Les comics américains, surtout. »
- « Vraiment ? Je ne savais pas. »
- « Tu n'as pas vu ma chambre, j'ai des posters et des figurines. »
- « Et pas de joueurs de foot ? »
- « Non, mais j'ai un poster d'Anna Kournikova en maillot de bain. Nettement plus décoratif que Beckham. »
- « J'imagine. »
- « Hum, c'est vrai que tu n'es jamais rentrée dans ma chambre. Tiens, tu n'as qu'à venir samedi, avant le concert. »
- « Vraiment ? »
- « Pourquoi pas ? En plus, le Dôme est du côté de chez moi. On pourra y aller en voiture. »
- « Je pensais qu'on irait tous ensemble. »
- « Bah, les filles peuvent venir. Ken aussi. Il se débrouillera pour rentrer quand nous, nous partirons pour le concert. »
- « Je crois qu'on a un plan, alors. »
- « Cool. Et prenez vos maillots, je te rappelle que j'ai une piscine ! »
- « Kazuki, tu es vraiment l'homme parfait, en fait. »
- « Heureux de te l'entendre dire, Neeve. Heureux de te l'entendre dire. »
Le week-end se déroula tranquillement. À peine rentré chez lui le vendredi soir, Kojirô s'était enfermé dans sa chambre. Il n'avait aucune envie de voir sa mère, qui pourtant n'ignorait rien de sa situation. En ce moment, il avait une dent contre toutes les représentantes du sexe dit faible. Une chance que Penalty fût un mâle. Du coup, il passa beaucoup de temps avec ses petits frères et son chien, pendant que les filles, raccompagnées par un Kazuki penaud d'avoir raté le couvre-feu, dormirent tard puis passèrent leur temps en papotage de filles et compte-rendu détaillé de la soirée. Keiko s'installa avec elles puis les embarqua pour une séance shopping, entre filles. En maman attentive, elle pratiqua avec maestria la compartimentation des groupes. Dimanche, les deux ados bossèrent comme des fous furieux, pour leurs examens qui débutaient le lendemain.
À cause des partiels, Kitazume avait annulé l'entraînement du matin, non sans promettre un rattrapage puissance mille la semaine d'après. Les joueurs avaient protesté : le camp d'entraînement allait suffire, comme torture, non ? Ce à quoi l'homme aux lunettes teintées avait rétorqué que s'ils voulaient rester champions, ils avaient intérêt à souffrir et à aimer ça. Cela ne l'empêcha pas de limiter la séance du soir à de simples exercices physiques, comme de l'endurance ou des ateliers muscle-souplesse. Il ne donnait pas cher de sa peau si les joueurs devaient être recalés pour cause de fatigue.
Mercredi soir, il entra dans les vestiaires alors que l'équipe se changeait, avec peu d'entrain.
- « Messieurs, on se dépêche, j'ai une surprise pour vous. »
- « … depuis quand Kita-fumé a des surprises ? » grommela Sanada Adulo, un milieu de terrain de troisième année. Il consulta son capitaine d'un regard, mais ce dernier n'était pas dans la confidence.
Ce fut donc un groupe inquiet qui s'engagea sur la pelouse, pour y trouver une Neeve mi-figue, mi-raisin.
- « Qu'est-ce que tu fous là, toi ? » Kojirô houspilla sa sœur. Depuis vendredi, il était revenu à des meilleurs sentiments envers les filles, mais il n'en restait pas moins un grincheux qui aimait piquer au vif sa benjamine.
- « Crois-moi, ce n'est pas par plaisir. Et avant que tu ne râles, je n'y suis pour rien, c'est de sa faute à lui ! » fit-elle en se défendant énergétiquement en pointant un point accusateur vers Kitazume.
- « Mon petit, une manageur ne montre pas son coach du doigt, c'est très mal poli. »
- « HEIN ! »
L'équipe était bouche bée, et Neeve gémit, implorant Kojirô pour son pardon d'un regard presque désespéré.
- « Je te jure que je n'ai rien demandé ! »
- « Non, mais c'est quoi, cette histoire ! ? Coach, vous nous faites un poisson d'avril en retard, c'est ça ? »
- « Hyûga, je ne comprends pas ta réaction. » En fait, l'entraîneur se délectait de la situation. « Neeve ici présente avait besoin d'un poste pour son parcours associatif, et nous avons un poste de manageur vacant. Et avec le championnat qui arrive, nous avons bien besoin de renfort. En plus, ce n'est pas comme si vous ne vous connaissiez pas tous déjà. Donc, les garçons, je vous demande d'accueillir officiellement votre manageur et de lui réserver votre meilleur comportement. »
Un brouhaha de salutations fit écho à la demande de l'entraîneur. Kojirô avait toujours les bras croisés sur la poitrine, à fusiller les deux intéressés du regard.
- « Bah, dis-toi que comme ça, tu l'auras à l'œil. » lui glissa Ken dans une tentative d'apaisement. Et là, un sourire carrément pervers se dessina sur les lèvres du capitaine.
- « Hase ! » appela-t-il. Neeve se tourna vers lui, un peu inquiète. Il ne lui donnait du « Hase » que quand il était en colère. « Va me chercher une serviette. »
- « Pour quoi faire ? »
- « Parce que je te le demande. »
- « Tu n'as même pas fait un mouvement. Tu n'as pas besoin de serviette. Bouge tes fesses, plutôt. »
- « Tu es la manageur, tu fais ce qu'on te dit. »
- « Correction, je fais ce que l'entraîneur me dit. Et il m'a dit de te faire courir. Dix tours de terrain pour l'équipe et cinq de plus si vous n'obéissez pas. Et pour votre gouverne, sachez que je suis au courant de mes tâches : je ne suis pas votre servante, donc vous gérez vos serviettes et vos bouteilles comme des grands. La glacière est posée près du banc et les serviettes sont dans le bac. Et celui qui m'en perd une souffrira horriblement. »
Et Neeve porta à la bouche un sifflet et enclencha un chronomètre pour les dix tours de terrain.
L'un dans l'autre, à part Toshio qui n'aimait toujours pas Neeve, les joueurs étaient contents de cette affectation. Avoir un manageur était une bonne nouvelle en soi. Si en plus, c'était Miss Festival ! D'autant plus qu'ils avaient déjà pratiqué la bestiole, et vice-versa, donc les choses étaient déjà posées. Il n'y avait que Kojirô qui râlait encore quand ils quittèrent le stade.
- « Mais pourquoi ? » finit par demander Neeve.
- « Mais tu es envahissante ! Tu es dans ma maison, dans mon école, et maintenant dans mon équipe ! En plus, tu n'aimes même pas le foot ! »
- « Ouais, mais toi, je t'aime bien. »
- « ... » Que vouliez-vous répondre à ça ?
- « Et je t'assure, ça m'est tombé dessus comme ça. Kitazume m'a annoncé ça ce matin, et je n'ai pas la possibilité de dire non. Il a négocié pour que mon dossier ne soit pas présenté devant le Directoire, tu comprends ? »
Oui, il comprenait. Ce n'était pas pour autant qu'il aimait ça.
- « Neeve, je veux que tu me fasses la promesse solennelle, la plus sacrée possible, que tu vas bien te tenir ! »
- « Promis ! »
- « Vraiment, je n'aurai pas la patience de supporter tes taquineries. Ici, je suis le capitaine, c'est moi le chef ! Tu ne peux pas arriver et tout foutre en l'air avec un commentaire ou ton attitude à la con ! »
- « Mais quelle attitude à la con ? » se rembrunit soudain la jeune fille.
- « Oh, tu sais très bien de quoi je parle. C'est sérieux, là ! On parle de ma vie professionnelle ! Et si tu dis 'ça va, ce n'est que du foot', je te vire de l'équipe. Là, maintenant. »
- « Rooh, ça va. Déjà, je ne te dirai jamais, à toi, 'ce n'est que du foot'. J'ai du mal à comprendre ce degré de passion qui t'habite, mais je le respecte. » Elle l'avait stoppé d'un doigt encore parfaitement manucuré. « Après, je sais très bien que je rentre dans ton univers je n'avais jamais voulu ça. Assister aux matchs depuis les gradins, ça m'allait très bien. Et je te promets, sur la tête de ma grand-mère – et tu sais que ma grand-mère, c'est quelque chose ! – que je vais bien me tenir. Tenter de bien me tenir. »
- « Comment ça ? » rugit-il.
- « On sait très bien que je vais la faire ou la dire, la grosse connerie. Ce sera totalement involontaire de ma part, mais ça va arriver. Ce jour-là, pitié pour ma dignité, OK ? C'est déjà assez difficile d'avoir à consacrer des heures à un truc que je n'aime même pas. »
Kojirô n'avait pas forcément vu les choses de cette façon. Ça ne devait pas être facile pour elle d'avoir à consacrer du temps, beaucoup de temps, à quelque chose qui ne la motivait pas plus que ça. Mais si c'était vraiment comme ça que Neeve considérait son poste, autant l'en décharger immédiatement.
- « Tu détestes le foot autant que ça ? »
- « Je ne déteste pas le foot. Juste, je n'aime pas ça. C'est une indifférence polie, si tu veux. Comme toi et la photographie de Natsuko. Mais bon, il y a toi, Kazuki et Ken, et Furuta, et Hirigari, et le reste de l'équipe, et oui, je vous aime bien. J'ai appris à respecter votre... enthousiasme. Professionnalisme. » ajouta-t-elle rapidement devant la moue sceptique de son frère. « Et c'est pour ça que je vais faire le maximum pour vous aider. Même si ça consiste à laver vos serviettes. Que je ne gérerai pas plus que tout à l'heure, ceci dit. Si la serviette n'est pas dans le panier, la serviette ne sera pas lavée, compris ! »
- « M'engueule pas, ma serviette, moi, je la gère parfaitement. »
- « C'est toi le capitaine. Je t'engueule au nom de l'équipe, et toi, tu transmets. »
- « Hum, non. Je te donne carte blanche pour dresser mes joueurs à rendre la serviette. Mais pas plus. »
- « Ça, c'est ce qu'on va voir ! »
- « Hase, ça veut dire quoi, ça ? Reviens ici ! »
L'équilibre ainsi établi manqua d'éclater le lendemain midi. L'équipe de foot, assise à sa table sous l'arbre, s'apprêtait à commencer son repas après une matinée éreintante – sciences sociales pour la classe des 3K – quand Neeve débarqua.
- « Désolée, Kazuki, j'avais l'oral d'anglais en premier, ce matin ! » fit-elle en lui tendant un bentô. Une boîte que Kojirô reconnût aussitôt pour être la sienne.
Le jeune homme n'avait plus à suivre un régime strict depuis la levée de sa mise au vert, bien qu'il dût faire attention à l'équilibre de ses repas. Aussi avait-il repris ses bonnes habitudes de s'acheter un sandwich à la cafétéria. Izumi et lui ayant rompu, il était logique qu'il dût se nourrir par lui-même. Et comme il ne voulait pas aborder ce point avec Neeve, il ne lui avait pas avoué qu'il prendrait bien avec plaisir un de ses repas emballés qu'elle préparait toujours pour le reste de la famille.
- « Mais c'est à moi ! »
- « C'est maintenant que tu réagis? » Ça faisait trois jours déjà que Kazuki récupérait le matin son repas, dans ce même bentô. « Tu ne t'en sers pas ! » cingla un peu abruptement Neeve.
- « Ouais, mais pourquoi tu fais à manger pour Kazuki ? »
- « Parce que je lui ai dit que je le ferai cette semaine. »
- « T'as perdu un pari, c'est ça ? »
- « Ça ne te regarde pas ! »
- « C'est ma boite ! »
- « Très bien, j'irai en acheter une ce soir pour Kazuki. Voilà, t'es content ? »
- « Pourquoi tu es de mauvaise humeur comme ça, Hase ? »
- « Parce que tu te comportes comme un gosse, Hyûga. Qu'est-ce que ça peut te faire si j'utilise cette boite ou une autre ? »
- « … rien, tu as raison. Désolé. »
!
Kojirô Hyûga, qui s'excusait. Devant témoins. Au pluriel. De lui-même. Un jour à graver dans les annales.
- « Pourquoi tu manges ce sandwich pourri, toi, d'abord ? » reprit Neeve. « Tu n'aimes plus ma bouffe, c'est ça ? »
- « Euh ben... »
- « Pff, franchement ! Tiens, tu iras pour la peine acheter une boite avec Sieur Super-banane, pour la peine. »
Et ce fut ainsi que Kojirô recommença à se faire servir des plats maisons. Et Neeve ne lui demanda jamais ce qui était arrivé à Yamashita et ses bentôs. L'équipe ne le sut jamais, mais elle avait évité là un drame planétaire.
Par contre, elle ne put échapper à la tornade ménagère qui lui tomba dessus le soir même. L'inconvénient d'avoir une manageur comme Neeve, c'était qu'elle aimait que les choses fussent propres. Cela incluait le vestiaire, qu'elle lavait consciencieusement depuis deux soirs. Pourtant, la jeune fille n'arrivait pas à se débarrasser d'une odeur entêtante de sale, de truc en décomposition en train de gentiment moisir quelque part.
- « Non, mais ce n'est pas possible ! » pesta-t-elle alors que les joueurs tentaient de lui faire comprendre qu'ils souhaitaient se changer et qu'il faudrait qu'elle évacuât les lieux. « J'ai beau frotter, et aérer, ça sent toujours aussi mauvais, ici. »
- « Neeve, je crois que l'entraîneur veut te voir... » lança Kojirô, dans l'espoir de la faire dégager en direction du bureau de Kitazume. Mais cela ne fonctionna pas. Lorsque la métisse avait une idée en tête, elle ne l'avait pas ailleurs. Elle était en mode « traque », et elle allait trouver la source de cette menace odoriférante. La voilà d'ailleurs qui étrécissait les yeux, soudainement bien suspicieuse. « Non, quoi encore ? » grommela-t-il.
- « … je ne pensais pas en arriver à ce stade-là. Je ne pensais pas que ça pouvait être ça ! » Entre colère et désespoir, Neeve se planta au milieu de la pièce. « INSPECTION DES CASIERS ! » gueula-t-elle, pour couvrir les protestations de ceux qui étaient à moitié nus.
Un moment de silence accueillit cette déclaration avant qu'un concert de piaillements ne s'élevât. Comment ? Mais ne savait-elle pas qu'un casier d'adolescent était intouchable ? Tel le Saint des Saints, c'était un espace hautement personnel, et c'était là que les cœurs purs déposaient leurs secrets les plus intimes.
- « Non, mais vous croyez vraiment que je vais m'offusquer parce que je vais voir vos magazines pornos ou vos stocks de préservatifs ? » fulmina de plus belle la manageur. « Tout ce qui m'intéresse, c'est la chaussette sale ou le sandwich pourri qui est là, quelque part. »
- « Neeve, c'est une mauvaise idée. » temporisa Ken.
- « QUE NENNI ! »
Alerté par le cri, Kitazume passa la tête par l'embrasure de la porte.
- « Mon petit, qu'est-ce qu'ils ont fait ? »
- « Non, mais Coach, pourquoi vous lui donnez raison directement !? » protesta Hiroshi.
- « Parce que j'ai un minimum d'instinct de survie, Imai. » Ce qui sécha la plupart des garçons et fit gonfler les joues de Neeve.
- « Ben votre instinct de survie aurait pu se réveiller avant que ce fumet détestable n'imprègne les murs. J'ai déclaré une inspection des casiers, et je vais inspecter les casiers ! Un point c'est tout. »
Makoto Kitazume réfléchit pendant une seconde, avant de se ranger à ses côtés :
- « Hé bien, vous avez entendu, les gars. »
- « Non, mais Coach ! »
- « Ça vous apprendra à ne pas ranger vos casiers. Je vous avais déjà fait la remarque. » Oui, deux fois. Au début de chaque trimestre.
- « Oh, vous pouvez parler. » le mit en garde Neeve. « Le bureau, c'est la prochaine étape. »
- « Mon bureau ? »
- « Notre bureau. Si je suis amenée à traiter l'administratif du club, je vais avoir besoin d'avoir accès au bureau et aux archives. Et si ça ne sent pas le putois, ça sent la poussière. »
Tout homme adulte qu'il était, Kitazume accusa le coup. Son bureau, son repaire de mâle solitaire, d'alpha dominant... passé au peigne fin par une gamine. En plus, il en conviendrait, son rangement tenait plus de l'empilement organisé à sa façon qu'autre chose. Il ne pouvait absolument pas garantir ce que Neeve pourrait trouver dans les tiroirs ou sous certains amoncellements hasardeux. Et bon, lui-même avouerait qu'un bon coup de chiffon ne ferait pas de mal. Il ne l'avait jamais passé parce qu'il manquait de temps et de réelle motivation : quand on est sur un terrain par tous les temps, ce n'était pas un mouton ou deux de poussière qui vous dérangeaient.
- « Hum, voilà ce qu'on va faire. Demain soir, j'annule l'entraînement et nous allons tous ranger le vestiaire. Comme ça, il sera tout à vous lundi. »
- « Oh, que non ! Je veux nettoyer ces casiers. Les vider, oui, mais faut-il enco- »
- « Les gars seront à même de nettoyer leur casier. Et même ceux qui sont vides. Je m'y engage personnellement. Et pendant ce temps, vous irez faire un tour à l'administration, pour être sûre que tout est bon pour le camp d'entraînement. »
- « … …. D'accord, on va faire ça. Mais ça a intérêt à être rangé. Et propre. Et le prochain qui me laissera pourrir je ne sais quoi, il y passera ! »
Et Kitazume sut qu'il avait du boulot sur la planche.
Par contre, les choses se passèrent moins bien au niveau paternel. Shôta entra dans une colère monstre en apprenant que derrière ce nouveau poste se cachait la nécessité pour Neeve de sécuriser des points et d'assurer ainsi une bonne moyenne générale. La jeune fille avait en effet annoncé à la famille son rôle auprès de l'équipe de foot d'une manière plutôt chafouine : au milieu d'une discussion à bâtons rompus. Elle avait bien espéré que la nouvelle passerait plus ou moins inaperçue. Cependant, le chirurgien trouva suspect ce rapprochement sportif. Il soupçonnait surtout sa fille de vouloir faire une blague – d'un goût douteux, avouons-le - à Kojirô en s'immisçant ainsi dans la vie du « capitaine ». Or, le père de famille avait déjà assez de mal à trouver un moyen de « se connecter » avec son beau-fils, pour ne pas avoir besoin de son boulet de fille qui rajouterait de l'huile sur le feu. Passée à la casserole, Neeve avait finalement craqué et tout avoué. Autrement dit, sa vie ne tenait qu'à un fil. Le fil de son bulletin de notes.
- « Allez, ce n'est pas si grave. » tenta de temporiser Keiko. « Un semestre, ce n'est rien sur la durée du lycée. Neeve a eu du mal à s'habituer à un nouvel environnement, en plus de tout ce qui s'est passé. » Elle faisait allusion à sa mauvaise santé, sa rupture avec Shun, ses disputes avec cette nouvelle famille agrandie, le bébé, et cerise sur le gâteau, l'avortement d'Ayame.
- « Justement. Elle aurait dû être assez intelligente pour savoir qu'elle devait se concentrer sur ses études. C'est ça la priorité, et à son âge, c'est pitoyable de penser qu'on peut papillonner comme ça. Ah ben, ça va être beau, sa vie à la fac ! Enfin, si elle y va. »
Kojirô trouvait détestable cette manière qu'avait Shôta de parler de Neeve comme si elle n'était pas là, le nez piteusement baissé sur ses chaussettes. Bon, il n'avait pas tort, mais ce n'était pas comme si Neeve avait volontairement fait n'importe quoi. Au contraire, elle étudiait bien plus régulièrement que lui ! Et puis, pourquoi toujours résumer le succès à un diplôme supérieur ? Il n'avait pas l'intention d'en obtenir un, mais gare à celui qui irait lui dire qu'il allait rater sa vie. Ohzora avait fait encore « pire », dans le genre : il avait arrêté les études après le collège.
- « De toute façon, si elle n'a pas de bonnes notes, elle se fera virer de l'équipe. » lâcha Kojirô à un moment donné. « Donc, la boucle est bouclée. Neeve, tu vas avoir des points en plus ce semestre, et ça va te permettre d'avancer au second sereinement, et là, tu vas étudier convenablement. Et puis voilà. »
- « Kojirô-kun, je ne vois pas en quoi le fait de passer son temps à manager ton équipe va l'aider à être meilleure en classe. »
- « Je suis son capitaine. Elle aura des meilleures notes. » Point final. Il était déjà son tuteur attitré, et maintenant, il avait toute autorité sur elle pour la forcer à étudier. Et s'il y avait bien une chose qui n'embarrassait pas le Tigre, c'était la gêne et les faux-semblants. Il allait user, voire abuser si nécessaire, de son statut de capitaine si celui de frère ne suffisait pas. Le jeune homme conclut l'affaire en ébouriffant les cheveux de Neeve, lui tirant des piaillements de protestation, ce qui dégénéra en bataille de chatouilles.
- « Non, pas de ça ici, les enfants. » admonesta Keiko.
- « … ça ne va pas, Maman ? »
- « Je suis un peu fatiguée, je l'avoue. Mais même si je pétais la forme, on ne se chatouille pas dans mon salon. Allez donc faire ça dans vos chambres. Et puisque vous y êtes, pourquoi ne pas les ranger ? »
- « Après les examens ! D'ailleurs... » Et les deux jeunes montèrent réviser pour leur dernier jour de partiels.
Le vendredi soir fut donc une délivrance scolaire. Il y avait encore une semaine de cours, techniquement, mais les professeurs faisaient plus du bachotage et de la correction de partiels qu'autre chose. Bien entendu, Kitazume tint parole et les jeunes hommes de son équipe durent donc vider leur casier et le nettoyer. Ce qui donna lieu à bien des découvertes et piques, railleries et blagues. Cependant, tous serrèrent les fesses, Kitazume compris, quand Neeve fit l'inspection des travaux finis. Se déclarant satisfaite, elle proposa à l'équipe de finir la soirée en allant prendre un milk-shake pas très loin. À la surprise générale, l'entraîneur accepta. Pour rien au monde il n'aurait cependant avoué avoir besoin d'un remontant après la séance de tri et de dépoussiérage qu'il venait de vivre.
Un peu plus tard dans la soirée, alors que Kojirô, soucieux de s'épargner bien des soucis, nettoyait sa chambre comme sa mère le lui avait demandé, Neeve se présenta.
- « Je peux te déranger cinq secondes ? »
- « Hgn. »
Ignorant cette réponse peu parlante, elle s'assit sur le lit, entre une pile de vêtements et une autre de feuilles de cours volantes à ranger.
- « Bon, j'ai une question concernant le hors-jeu. Quand est-ce qu'il est constaté : quand la passe commence, ou quand elle est finie ? »
- « Mais elle est con, ta question. » grommela distraitement Kojirô qui était en train de comprendre ce qui bloquait la porte de son placard. « Comment veux-tu que l'arbitre sache où le joueur envoie le ballon, au moment où il tire ? Tu sais à quelle vitesse les actions s'enchaînent, non ? Comment veux-tu qu'il vérifie si le mec en attaque est en hors-jeu ? C'est quand la passe est transmise. » À quatre pattes par terre, il vérifiait le rail coulissant et trouva un bouton. Là, il sécha... De quel habit venait-il ?
- « D'accord. Alors, ensuite, ça concerne les tirs au but. Il est dit là que- »
- « Là où ? »
- « Là dans mon bouquin. »
Cette fois, il se redressa et regarda pour de bon sa sœur. Elle avait bien un exemplaire de « le foot d facile » entre les mains et l'ouvrage était décoré de plusieurs petits marque-pages colorés.
- « … tu apprends les règles de foot dans un bouquin, toi ? »
- « Ben oui. Où veux-tu que je les apprenne ? Dans les lignes de ta main, peut-être ? »
- « Nan, mais tu es entourée de joueurs de foot quasiment toute la journée et tu prends un livre ? »
- « … déjà, toute la journée, c'est exagéré. Seulement durant l'entraînement, et c'est bizarre, vous êtes assez occupés à cracher vos poumons, en ce moment. Et de deux, j'apprends le foot comme je veux. La théorie, c'est bien suffisant pour ce que j'ai à faire. Je pourrais tout aussi bien ne pas les lire, vos satanées règles. Je commande les stocks de boissons et réserve les chambres d'hôtel. Donc à part le règlement du tournoi, je pourrais ne rien lire. »
- « Tu as lu le règlement du tournoi ? » Kojirô était estomaqué.
- « Pas encore. Je ferai ça pendant le camp d'été. Ça m'occupera. »
- « Mince, je n'avais pas capté que tu venais au camp d'été, en fait. »
- « Ça te pose un problème ? » Neeve le défia un peu, le menton pointé en l'air.
- « Non, mais j'espère qu'on va arriver à se supporter. On va vraiment passer presque tout l'été ensemble. »
- « Ouais, ben, profite de demain alors. »
- « Pourquoi, tu fais quoi demain ? »
- « Je vais au concert de Tokiko_fun le soir, et en journée, on va chez Kazuki. »
- « … Qui ça 'on' ? »
- « Les filles et Ken, s'il est dispo. »
Kojirô comprit alors qu'il n'était pas inclus. Ce n'était pas un oubli de la part de Kazuki, ou une supposition comme quoi inviter Neeve impliquait tacitement d'inviter Kojirô. Il n'avait juste jamais été compté parmi la liste des présents. Si ça n'avait été qu'une journée entre Kazuki et les filles, il aurait compris. Même convié, il aurait refusé. Supporter Sorimachi qui faisait son paon devant son harem toute une journée, merci, mais non. Mais là, clairement, Ken était de la partie. Mais pas lui.
Et ça semblait normal pour tout le monde.
