Première publication :05 avril 2017
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Chapitre 73 - quand on parle du loup, on en voit la queue
Elle resta silencieuse un moment avant de rire.
- « Mais je ne vais pas me suicider ! » Le soulagement net qui se peignit sur les traits du footballeur effaça son sourire moqueur. « Non, c'était vraiment l'impression que je donnais ? »
- « Un peu, ouais. T'es pas du genre à... ET OÙ SONT TES CHAUSSURES, BON SANG ! » gueula-t-il d'un coup.
- « … mes chaussures ? Tu t'intéresses à mes chaussures, maintenant ? » releva Hikari en fronçant les sourcils. « … je vais te dire, je n'ai aucune idée de ce que j'ai fait de mes tongs. »
- « Ouais, ben, tu ne vas pas m'ôter l'idée que tu allais faire une connerie ! »
- « … Peut-être. À mon avis, dès que je serais entrée dans l'eau, je me serais arrêtée. Il fait froid, en fait. »
- « Justement, viens. »
Il la prit par le bras et la ramena vers les dunes, avec un peu trop de force pour que le geste fût anodin.
- « Tu t'es vraiment inquiété pour moi. » finit-elle par murmurer.
- « Bien sûr ! »
- « Je croyais que tu ne m'aimais pas. »
- « Je ne t'aime pas. Ce n'est pas pour autant que je te déteste. » Pour le coup, ça lui coupa la parole. Hikari ne sut quoi dire, et un silence inconfortable s'installa entre eux alors qu'ils quittaient la plage vers la jetée. Là, ils entreprirent de regarder aux alentours, à la recherche de la paire de tongs. « Franchement, tu m'as fait une sacrée peur. »
- « J'en suis bien désolée. » Elle était sincère.
- « Mais tu avais quoi en tête, pour ne serait-ce que penser à... à ça ? »
- « Pas grand chose, en fait. »
- « N'esquive pas ! Tu es bien la dernière personne au monde que j'imagine se suicider ! » râla Kojirô en se retournant vers elle.
- « C'est parce que tu ne me connais pas. »
- « Un peu, tout de même. Mieux que tu ne le crois. »
- « Tu crois me connaître. Comme tous les autres, tu projettes sur moi une partie de tes espérances. »
- « Comme si tu ne faisais pas pareil, hein ! » répliqua-t-il, la voix pleine de colère. « Tu m'as utilisé comme un sex-toy, parce que tu t'imagines que tous les mecs sont comme ça. Tu ne m'as pas laissé la moindre chance de te prouver que j'étais différent. Tu as pris ta revanche sur eux à travers moi, sauf que moi, je n'y étais pour rien. »
- « Oui, c'est sûr, je t'ai tellement traumatisé ! » railla Hikari, les poings sur les hanches. « Ça ne t'a pas empêché de coucher avec moi plus d'une fois. »
- « Je... je ne sais pas. Je ne sais même pas pourquoi tu m'as choisi, l'année dernière. Des mecs qui ne voulaient que du cul, il y en avait toute une équipe. »
- « Si je te dis que je t'ai choisi parce que tu étais innocent et que j'avais envie de salir, de te salir, ça te ferait plaisir ? » rétorqua-t-elle.
- « … parce que c'était ça, ta motivation ? »
- « Je ne sais pas. Honnêtement, tu étais mignon, et clairement, puceau, et ça m'a toujours amusée de voir les réactions des puceaux comme toi. On va dire que je suis gourmande, et tu étais une bonne grosse glace qui m'était offerte. Je n'allais pas dire non. »
- « …. …. est-ce que tu ne m'as jamais aimé ? » lui demanda-t-il soudain. « Vraiment aimé. »
- « Je... » Elle s'arrêta, mordillant sa lèvre. Elle ne savait pas. « Je crois que tu as raison. Je ne te connais pas. Je ne peux donc pas t'aimer. Mais j'ai aimé tout ce que tu as représenté pour moi. »
C'était bien parce qu'elle était encore sous le choc qu'elle répondait aussi honnêtement. Avait-elle vraiment voulu se suicider ? Hikari dirait que non, mais force était d'avouer que jusqu'à ce que Kojirô l'eût tiré de l'eau, elle n'avait jamais eu conscience de rien. La dernière chose dont elle se souvenait, c'était un gars de l'équipe de base-ball qui lui avait fait une remarque mi-humour, mi-drague, et ça l'avait énervée. Elle en avait marre d'être constamment prise pour la fille qui était toujours en mode flirt. Cela faisait deux jours, depuis la défaite de l'équipe universitaire, qu'Hikari n'avait pas très bonne mine, et étant donné ses choix vestimentaires de la soirée, il aurait dû être clair pour tous qu'elle n'était pas là pour séduire ou être séduisante. En fait, elle voulait juste passer un moment avec des amis, et il s'était révélé que personne sur cette plage n'était son ami. Son cœur s'était étonnamment serré à ce moment. Puis elle s'était comme réveillée dans la mer, avec Kojirô à ses côtés.
- « Ah ouais ? » Ledit Kojirô avait les bras croisés sur la poitrine, la dominait de toute sa hauteur avec un œil torve. « Et j'ai représenté quoi, pour toi ? »
- « Quelque chose entre un espoir et un rêve. Tu m'as donné l'impression que j'étais une fille qu'un mec comme toi pouvait aimer, pour de bon. Je sais pertinemment que je ne suis pas une fille... normale. Je ne suis pas ce qu'on attend de moi, ni en bien, ni en mal. J'ai toujours su doser le côté salope avec le côté bonne copine. J'aime brouiller les cartes. J'aime que personne ne sache vraiment si je suis gentille ou pas. Mais avec toi, malgré mon comportement, j'étais une fille gentille. »
- « Mais tu es une fille gentille ! » se récria Kojirô, avant de pousser un soupir monstrueux. Il sembla se dégonfler comme un vieux pneu et alla s'asseoir sur un banc. « C'est ça que je ne comprends pas avec toi. Oui, tu es bizarre. Je le suis tout autant, et tu ne me vois pas me flageller. Mais tu n'es pas méchante. Tu aimes jouer les méchantes. »
- « Et sur quoi tu te bases pour énoncer une telle opinion de moi ? Je te rappelle que tu m'as dit, il n'y a pas cinq minutes, que tu ne m'aimais pas. Et ce n'était pas une question d'amour, mais d'amitié. »
- « Des tas de trucs. C'est ça avec toi. Tu fais des tas de trucs bien sans le vouloir et des tas de trucs pas bien volontairement. Comme si tu t'obligeais à faire chier ton monde. »
- « Ah, et je fais quoi, de si bien que ça ? » Elle se planta devant lui. Cette fois, elle en avait assez. Il allait cracher son morceau, elle allait lui démontrer par A plus B qu'il se gourait sur son compte, et enfin elle allait avoir la paix. Hikari avait haussé le ton, narquoise et exigeante.
- « Mais je ne sais pas, moi. Des tas de trucs. »
Il s'énervait à son tour.
Ils étaient en fait trop similaires pour s'aimer. Tous les deux avaient cette part d'ombre en eux dont ils ne savaient que faire. Hikari l'extériorisait et en abusait. Elle s'en servait même comme excuse pour faire n'importe quoi. Kojirô avait toujours refusé de ne serait-ce que reconnaître son existence, et il la tenait en respect dans un coin de son cœur à coup de rage vindicative contre le monde. Ni amis, ni amants, ils étaient destinés à être les deux faces d'une même pièce. Homme et femme, peine et joie, ombre et lumière, vérité et mensonge. Chacun sa version d'un même fait.
- « Par exemple... » reprenait-il avec vigueur, « tu as laissé Neeve tranquille, comme je te l'ai demandé. »
- « Demandé, ou exigé ? »
- « Ce n'est pas l'important. L'important, c'est que tu l'as ignorée alors qu'elle avait repris les hostilités avec son idée complètement débile de cheerleader. »
- « ... »
- « Non, c'était d'un puéril. J'avais honte pour elle. »
- « Ce n'était en effet pas son meilleur moment. » Hikari acquiesça avec un demi-sourire, avant de le rejoindre sur le banc. « Je crois que j'en avais marre d'être cette fille. Ce n'est pas un rôle, pourtant. »
- « Juste des mauvais choix. Hikari, ça ne m'a jamais gêné que tu sois libre avec ton corps. Ça ne me gêne pas que tu dragues tous ceux que tu trouves mignons. Ça ne me gêne pas que tu aies ce besoin presque compulsif d'être réduite à une poupée Barbie, car je comprends que tu ne veuilles pas qu'on ait la moindre attente en ce qui te concerne. C'est un moyen comme un autre d'être libre. Si personne ne pense que tu as de la valeur, on te laisse tranquille. Et tant pis pour ceux qui sont passés à côté de toi. Mais ça me tue, vraiment, que tu refuses d'être sincère avec toi-même. Ce n'est même pas de la peur. Tu refuses juste d'admettre que tu puisses avoir de la valeur, avoir été amoureuse, de moi ou d'un autre, ou que tu puisses vouloir aider les autres, juste comme ça. »
- « Tu dis ça comme si c'était facile. Être gentille, comme tu dis, c'est le meilleur moyen de se faire poignarder dans le dos. »
- « C'est aussi le meilleur moyen d'avoir des copains qui te protègent contre ce poignard. »
- « Oh, tu peux parler, toi ! Tu as vu la gueule de tes potes ? »
- « Quoi, mes potes ? Ils ont quoi, mes potes ? »
- « Franchement ? À part Ken, ils ne sont pas, ou ils ne sont rien, tes potes. A vrai dire, ils ne sont pas tes potes tout court. Sorimachi est plus un fan qu'un ami, et à force de rechercher ta reconnaissance, il en est devenu une masse informe. La tienne, de reconnaissance, et celle de tous les autres. Un tas de gelée ne peut être ton ami. Sawada ? » Elle eut une moue dubitative. « Vous ne vous parlez plus. Vous êtes sans doute un très bon duo de footballeurs, et je suis sûre que c'est un gars très bien, mais vous ne vous connaissez pas intimement. Le grand dadais du basket ? C'est la même chose. Il ne connaît qu'une partie de toi. Une illusion de toi. »
Kojirô allait ouvrir la bouche pour lui répondre, vertement d'ailleurs, quand un gloussement l'interrompit. Quelque part sur leur droite, Neeve et Kazuki s'approchaient et la métisse était en mode roucoulement. Ils émergèrent du camp, en chahutant comme des gamins, mais sans jamais se lâcher une seconde. Les deux adolescents étaient comme englués l'un à l'autre. À un moment donné, Neeve arriva à se hisser sur le dos de Kazuki, qui accepta de la porter ainsi. Ils disparurent avec force de rires et petits cris derrière une dune, pour une promenade romantique.
Le buteur tira une tronche et fit une grimace. Il avait beau dire, il y avait quelque chose de fondamentalement dérangeant dans ce couple. Hikari, qui avait été assez proche pour voir sa mimique, eut un ricanement.
- « Ils sont mignons, ensemble, hein ? Ça donne tellement envie de leur faire du mal. »
Et c'était exactement ça. Ils étaient parfaits ensemble. L'image du petit couple idéal, elle et lui, se regardant dans le blanc de l'œil pendant des heures en soupirant et en se faisant des petits bisous niais. L'Amour, comme ils disaient. Et ils ne se rendaient pas compte qu'ils avaient l'air ridicule. Mais pire encore : que leur histoire digne d'un conte de fée ne pouvait que mal se terminer, s'ils ne redescendaient pas sur terre rapidement. Kojirô grogna.
- « … est-ce que ça veut dire qu'on est jaloux ? »
Hikari pondéra la question d'un air de professionnel.
- « Quelque part, je pense que oui. Mais on est jaloux de leurs œillères, pas de cette illusion. Toi et moi ne croyons pas à l'amour. »
- « Ben, parle pour toi. »
- « Quant on sait comment ta dernière relation s'est terminée, tu m'excuseras. »
- « Quoi, Izumi ? »
- « Ben quoi, Izumi ? Tu l'as aimée, peut-être ? »
- « Ouais, j'aurais pu. »
- « Sauf que tu ne l'as pas fait. Tu as préféré ne pas y mettre le doigt de pieds, dans cet 'amour'. » Elle eut un reniflement dédaigneux.
- « Mais comment tu es au courant de... » Déboussolé, et un peu honteux, Kojirô ne finit pas sa question. Un doute le taraudait. Si elle savait pour leur rupture, savait-elle pour cette nuit ? Un souvenir que Kojirô avait pour le moment réussi à repousser au fin fond de sa mémoire, comme un rêve érotique dérangeant. « Non, mais c'était au lycée ! Tu n'étais même pas là ! »
- « Tu as le choix de tes réponses. Soit tu acceptes que rien n'est jamais secret quand ça se passe au lycée, et que j'ai un très bon réseau d'information, soit tu te dis que je t'épie jour et nuit, soit tu réalises que je parlais de moi et pas d'Izumi et que tu viens de te trahir. »
- « ET EN PLUS, ÇA TE FAIRE RIRE ! »
- « Mais carrément. » lui répondit-elle calmement, un grand sourire sardonique aux lèvres. Là, elle dégustait cette révélation inopinée. « D'un autre côté, ceci explique beaucoup de choses. »
- « Ah oui ? Quoi ? »
- « Rien de bien important. » Elle se leva et épousseta son jean. « Je crois que j'ai perdu mes chaussures. Je vais rentrer. »
- « Non, réponds à ma question ! » Il se leva aussi et marcha à ses côtés, refusant de la laisser s'échapper. Hikari ne l'arrêta pas pour autant, elle continua vers son bungalow, évitant l'endroit où Tôhô faisait la fête. Ça lui faisait faire un détour, mais elle s'en fichait.
- « Mais rien. Juste pourquoi tu étais à cran. »
- « Je n'étais pas à cran. C'était ma décision, et je ne la regrette pas. Je veux faire du foot à haut niveau et je n'ai pas le temps de m'occuper d'une fille. Surtout que moi, si je m'engage dans une relation, je le fais sérieusement. Je crois en l'amour, moi. »
- « C'est ça. Tu veux me faire croire que tu as déjà imaginé ton mariage, et une vie avec des gosses ? »
- « Ben oui. »
- « Très bien. » Elle s'arrêta soudainement. « Décris-moi tout ça. »
- « Hein ? »
- « Ta vie rêvée. Ta femme, tes gosses, tes plans d'avenir. »
- « Je- »
- « Non, vraiment. »
- « Mais- »
- « Oh, je te mets au défi de le faire. » réattaqua-t-elle, hargneuse.
- « Nan, mais c'est quoi, ton problème ? Ben ma vie rêvée, c'est d'être joueur pro... »
- « Rien de nouveau ici. » Elle commenta en direct, mais il ne s'interrompit pas pour autant.
- « … de me trouver une femme compréhensive sur ma passion et accessoirement mon boulot. On se marie et on fait trois-quatre gosses. »
- « C'est ça, ton rêve ? »
- « Il est très bien, mon rêve ! » s'insurgea Kojirô.
- « OK. Vous vous mariez où ? Au Japon ? En Italie ? Dans une église ? À la mer ? Il y a ta mère ? Vous êtes en costumes occidentaux ou en kimono ? Qui sont tes amis autour de toi ? Idéalement, elle fait quoi, comme job ? Quels traits de caractère recherches-tu dans ta femme parfaite ? »
- « Mais qu'est-ce que j'en sais ? C'est quoi, ces questions à la con ? »
Elle haussa les épaules et reprit sa marche.
- « Ces questions à la con, comme tu dis, c'est la preuve que tu n'as jamais rien imaginé, passés le foot et l'Italie. Tout le monde, tous ceux qui croient en quelque chose ont une vision idéale de cette chose. La cérémonie du mariage, la maison de leur rêve, le job de leur rêve, leurs vacances de rêve. Toi, tu n'as rien dans ta vie, à part le foot. Ah, je vais te dire. Tu arrives à imaginer une silhouette dans sa robe de mariée, mais tu sais que passé ça, il n'y a rien. Ce n'est pas que tu n'imagines pas ta mère, tes frères et des potes, c'est que tu sais qu'ils ne sont pas là. »
- « Bien sûr que si ! »
- « Non, Kojirô. Bien entendu, si tu les invites, ils seront là, mais tu sais au fond de toi que tu n'as pas besoin d'eux. Quelque part, j'en viens à me demander si tu as envie d'eux. »
La rage éclata en Kojirô en un éclair. Elle monta en lui à une vitesse qui le surprit lui-même. L'instant d'après, Hikari était plaquée contre le bâtiment le plus proche et Kojirô serrait sa gorge dans sa main.
- « TA GUEULE ! » rugit-il. Il tremblait de colère et se maîtrisa à grand peine. Pour éviter de l'étouffer, il retira ses doigts et frappa le mur. Il se dépiauta la main, mais ça n'avait rien de comparable avec ce qu'il s'était fait avec une bouteille de sauce quelques sept mois auparavant. Hikari recula, se tenant la gorge. À sa peur initiale succéda le triomphe mauvais.
- « Oh, j'ai touché un point sensible ? Ben quoi ? Tu es un solitaire, ou tu n'as pas confiance en ces gens, ou tu réalises qu'ils sont un poids pour ton grand rêve. Tu en as, des explications, mais tu choisis de voir le négatif ici. »
- « Et ça, ça ne veut pas dire pour toi que je crois en l'amour ? »
- « Ça veut surtout dire pour moi, que toi tu es prêt à sacrifier l'amour pour ton rêve et que leur morale à deux balles te fait culpabiliser. … bon, viens ici, je vais te soigner. J'ai le kit de premier secours dans ma chambre. »
Kojirô se laissa faire. Encore une fois, il avait honte. « Honte » était devenue son ombre, son second prénom.
- « Je ne me reconnais plus. » finit-il par lâcher dans le vide de la nuit, alors qu'il suivait Hikari. Il ne s'adressait même pas à elle.
- « La question serait surtout de savoir si tu n'as jamais su qui tu étais. » Elle ouvrit la porte de sa chambre et lui désigna le lit. « Assis. »
Tenant sa main en l'air pour éviter d'éventuelles gouttes de sang, Kojirô s'affaissa sur le matelas.
- « Ça veut dire quoi, ça ? Purée, pour une fois, dis-moi les choses clairement. » Elle roula des yeux. C'était pourtant limpide.
- « Prends le problème autrement. C'était quand, la dernière fois où tu as eu un rêve autre que le foot ? Où tu étais content et joyeux ? Ou tout allait bien sans aucun souci en vue ? »
- « Parce que ça existe, ce genre de moment ? » railla-t-il en grinçant des dents pendant qu'elle désinfectait la plaie.
- « Oui. »
- « C'est quoi, le tien ? »
- « Hum. Le jour où Himada Kyo a accepté de sortir avec moi. » Elle répondit avec à peine un instant d'hésitation.
- « C'était quand ? »
- « Milieu de ma deuxième année de collège. »
- « Ah ouais, ça date. Il s'est passé quoi, après ? »
- « On est sorti ensemble pendant trois mois, on a fait l'amour ensemble puis après avoir bien testé sa virilité avec moi, il m'a jetée pour une autre fille, qui, jalouse, s'est empressée de me faire une réputation de Marie-couche-toi-là. »
- « Et c'est là où tu as arrêté de croire en l'amour ? » Kojirô avait du mal à accepter que cette histoire pouvait avoir traumatisé Hikari aussi durement, pendant aussi longtemps.
- « Mes parents ont divorcé peu de temps après, alors ce n'est pas ce moment précis, mais c'était dans ses eaux-là. Donc, toi ? »
Kojirô réfléchit, suivant ses mouvements alors qu'elle bandait la plaie – assez superficielle, mais il allait avoir mal à la main pendant plusieurs jours.
- « Fichtre. J'ai l'impression que ce genre de moment parfait, ça remonte à avant la mort de mon père. C'est normal ? »
- « Ce n'est pas inhabituel. Vous étiez une vraie famille unie, de ce que j'en ai compris. Pour toi, c'était ça, le bonheur. Et si depuis, tu n'as pas l'impression d'avoir été aux anges, c'est que tu n'as pas apprécié ta vie jusqu'ici. »
- « Hé ! J'ai gagné la coupe plusieurs fois ! Au collège, et l'année dernière ! »
- « Pourtant, ce n'était pas un moment d'euphorie pure. Tu n'as même pas cité ton recrutement à Tôhô. Kojirô, tu as arrêté de vivre quand tu avais neuf ans. Comment peux-tu te connaître ? Tu as été une boule de nerfs toutes ces années. Tu es passé à côté de tout plein de trucs. »
- « Donc, je regrette ça ? C'est pour ça que je ne vois personne à mon mariage ? »
- « Je ne sais pas, Kojirô. C'est à toi de voir. Soit c'est toi qui aimes tellement le foot que ça te suffit, soit c'est toi qui ne sais juste pas te projeter au-delà du foot. »
- « Et imaginons que je veuille me projeter au-delà du foot. Je fais ça comment ? »
- « Aucune idée. » Son sourire était autant amusé qu'amer. « Je ne suis encore qu'une étudiante, pas un pro. Tu devrais aller voir quelqu'un. »
- « Non. Hors de question. »
- « C'est sûr que tu t'en sors tellement bien tout seul. »
- « Ce n'est pas ça. Je... je n'aime pas les adultes. Ils ne comprennent pas. »
- « Tu es un adulte toi-même. »
- « Ben, c'est logique que je ne me comprenne pas alors, non ? »
- « Tu boudes. On n'arrivera à rien quand tu es comme ça. »
- « Alors, je fais quoi ? »
- « Et si tu me faisais l'amour ? »
- « MAIS ÇA NE VA PAS ? »
- « Mais tu n'as pas fini, de faire ton prude ? » Elle le gronda tout en s'asseyant à côté de lui. « Je vois bien que tu as un problème, mais je ne sais pas comment t'aider. Et quelque part, je n'ai pas envie de t'aider. J'ai suffisamment d'emmerdes de mon côté, et de toutes les façons, on n'est pas ami, toi et moi. Mais tu as besoin de te relaxer, et d'oublier pour cinq minutes. Le sexe, c'est parfait pour ça. Et ça tombe bien, j'ai moi aussi besoin de me relaxer. »
- « Et tu me proposes ça en même temps que tu me dis qu'on n'est pas ami. Ça t'arrive souvent, de coucher avec des mecs qui ne sont pas tes amis ? »
- « Oui. » Son honnêteté était quelque part désarmante. Elle le poussa de telle sorte qu'il se retrouva un peu allongé mais sur le côté.
- « Et tu ne crois pas que c'est ça, le souci ? » grommela-t-il en tentant de se relever.
- « Sûrement. Mais toi et moi, ce n'est pas une question d'amitié. On ne sera jamais ami. Je ne sais pas ce qu'on est, mais on est capable de se comprendre. C'est à la fois plus que de l'amitié, et moins. C'est... tu m'as aimée. Je n'ai pas été insensible à ce que tu me proposais. Entre toi et moi, c'est une histoire d'occasions manquées. Alors, s'il y a bien un homme sur cette terre à qui je peux demander de me faire l'amour, et non pas simplement coucher avec moi, c'est toi. Entre nous, ce n'est pas que sexuel. C'est... tendre... c'est... de la confiance. On ne va pas se faire mal. Plus maintenant. Je suis libre, tu es libre, même si on a nos casseroles derrière nous. J'ai envie d'un moment partagé. »
Elle n'avait pas tort. Dis comme ça, Kojirô ne pouvait qu'acquiescer.
- « Quoi, pas de coup fourré ? Pas de plans maléfiques pour rendre Abe ou je ne sais qui jaloux ? »
- « Je crois que je vais rester célibataire pour quelque temps, en fait. »
Et cet aveu suffit à le convaincre.
D'un coup de rein, il se redressa et ce fut avec une infinie précaution qu'il la prit contre lui, comme si elle allait se briser. Le baiser qui lui donna n'avait rien de mesuré, mais ce n'était pas ce feu torride qui avait été le leur jusqu'ici. Elle avait raison c'était, pour la première et la dernière fois, une connivence partagée. Ils ne cherchaient pas à dominer l'autre. Ils avaient juste besoin de l'autre, et cette reconnaissance des faits suffisaient à apaiser leurs maux pour le moment.
Ses mains caressèrent ses flans, presque amoureusement. Il savourait le moment, laissant l'excitation monter à un rythme beaucoup plus lent que leurs habituels échanges. Ils n'étaient pas pressés, et si leur interaction était très égoïste, pour soulager leur mal, ils le faisaient à deux. Mais Kojirô n'avait jamais été un grand patient, et rapidement, il renversa leur position. Il en voulait plus, plus de ce corps, plus de sensations. Ses lèvres et ses mains étaient partout, la dénudant petit à petit, et elles étaient audacieuses ce soir, décidées à lui tirer un maximum de petits soupirs et gémissements. Hikari s'arqua contre le matelas, en proie à une fièvre toujours plus renouvelée. À son plus grand étonnement, Kojirô n'hésita pas à laisser descendre sa bouche toujours plus bas, vers ses seins, son ventre et au-delà, alors qu'il n'était pas un grand adepte de ce genre de préliminaires. Ce n'était pas pour autant qu'il n'était pas doué, et lorsqu'il releva la tête, essuyant le bas de son visage pour dévoiler un grand sourire satisfait, elle n'était plus qu'une masse traversée de courtes impulsions électriques. La jeune femme se mordit les lèvres, tentant de dissimuler l'euphorie qu'il avait fait naître en elle. En pure perte. Elle ne contribua qu'à lui arracher un petit rire arrogant. Ceci l'enragea et elle se souleva pour venir passer ses bras autour de son cou, l'obligeant à venir l'embrasser tout en se couchant sur elle.
Il n'était pas si tard quand Kojirô laissa Hikari endormie dans son lit. À pas de velours, le jeune homme quitta le bungalow et entreprit de retourner dans son dortoir. Il pensait réellement être plus proche de l'aube que de minuit, mais à en juger par la musique et les cris en provenance du feu de joie, beaucoup de sportifs étaient encore debout. Pourtant, le choix de leurs chansons laissait clairement imaginer l'état d'ébriété dans lequel tout ce beau monde se trouvait. Aussi Kojirô trouva-t-il plus sage de faire un autre détour pour regagner les bâtiments alloués aux lycéens. Il était arrivé à mi-chemin quand il se prit soudain le faisceau d'une lampe torche dans les yeux. Il grogna et tendit le bras pour couvrir son visage, reculant d'un pas.
- « Mais quoi encore ! »
Si Neeve n'avait pas reconnu son frère, cette exclamation ne laissait aucun doute sur l'identité de son interlocuteur.
- « Ah ben bravo ! » râla-t-elle. « Je ne pensais pas que tu serais le dernier de ma liste. »
- « Hein ? Mais quelle liste ? » Excédé, il lui attrapa le bras pour baisser la lumière qu'elle s'obstinait à lui projeter dans les pupilles.
- « Les inconscients qui oseraient braver le couvre-feu, pardi. Un bel exemple, Capitaine. »
Kojirô se souvint alors que Kitazume avait décrété que son équipe avait jusqu'à une heure du matin pour regagner ses quartiers. Si les joueurs voulaient continuer à s'amuser entre eux dans la salle commune, en dépit de la nécessité de se reposer, ça ne regardait qu'eux, mais il était hors de question qu'ils restassent plus longtemps dehors, à se saouler ou faire les zouaves. Neeve n'était pas étrangère à cette nouvelle limitation, et avait récolté plusieurs regards mauvais, notamment de la part des troisièmes années. Pour autant, elle n'avait pas cillé et avait même surenchéri :
- « Je patrouillerai et ferai l'appel, donc je vous conseille de ne pas tenter votre chance. »
Apparemment, Kojirô avait dépassé l'heure limite.
- « Ah. Il est quelle heure ? »
- « Deux heures et des poussières. Tu n'as pas de montre ? »
- « Non. »
- « Ah. Mais tu étais où ? »
- « … je me promenais sur la plage. » Kojirô hésita un instant, pris de court, avant de fournir une explication qui n'était techniquement pas un mensonge : il avait été, à un moment donné, sur la plage.
- « Tu as raté l'anniversaire de Kazuki ! » Et vlan, elle lui fila un grand coup dans le bras. La douleur était minime, mais elle fouetta son sang en provoquant des fourmillements.
- « MAIS ÇA NE VA PAS ? »
- « Chut, tu vas réveiller les gens. »
- « Mais ce n'est pas l'anniversaire de Kazuki ! C'est le 26, son anniversaire ! »
- « Merci, je suis au courant. Mais on avait dit qu'on le fêterait tous ensemble ce soir. » gémit-elle.
Il fallait comprendre que « on », c'était elle. Dégoûtée par le revers de fortune de son petit ami, Neeve avait soumis l'idée à l'équipe, qui avait très joyeusement accepté de se réunir autour d'un gâteau en chantant – le plus faux possible – la célèbre chanson. En fait, toutes les équipes s'y étaient mises, et cela avait suffi à réchauffer le cœur du jeune homme. Peu importe que personne n'eut vraiment de cadeau – hormis le collier de coquillages bricolé par Renji et Akira, plus pour le délire qu'autre chose. Ils étaient tous là, autour de lui, et il en avait profité pour faire quelques photos. Tous, sauf Kojirô.
Ce dernier se rappelait maintenant de l'information. Il avait juste zappé. Oh, il s'en voulait. Sur le moment, il se serait mis des claques, mais l'air accusateur de Neeve le prit à rebrousse-poil. Il détestait qu'on lui fît remarqué qu'il avait merdé.
- « Oh, ça va, ce n'est qu'un anniversaire en avance. Pas la peine d'en faire un drame. Je suis souhaiterai demain, et surtout, le 26. »
- « Tu es vraiment sans cœur. » fit Neeve en secouant la tête. « Allez, avance. Je vais pouvoir aller dormir. »
Kojirô et Neeve avancèrent de quelques pas sans se parler, boudant dans leur coin. Kazuki n'avait rien dit, mais l'absence de Kojirô l'avait peiné. Heureusement, une petite balade sur la plage avait réussi à le réconforter. Un peu trop d'ailleurs. Une fois de plus, leur étreinte avait alors manqué de se transformer en quelque chose de beaucoup plus intense.
- « J'suis désolé, Neeve. » Kazuki était été très penaud de ce nouveau manque de contrôle et il tentait de reprendre contenance un peu à l'écart. Neeve se mordait les lèvres, ne sachant pas trop comment gérer l'état de son petit ami.
- « Hum, j'avoue que je le suis aussi. Si le sable ne grattait pas autant... »
- « … tu ne devrais pas rigoler avec ça. » soupira l'avant-centre en essayant de visualiser des trucs très laids.
- « … pourquoi ? »
- « Parce qu'il y a un moment où la blague ne passera plus et je ne vais pas pouvoir me retenir. »
- « Qui a dit que je blaguais. »
- « Neeve... » Kazuki soupira. « … je ne veux pas... Je veux dire, on a dit qu'on prenait notre temps. Je n'ai pas envie de te forcer et- »
- « Tu ne me forces à rien. J'en ai autant envie que toi. J'ai... envie de toi. » avoua la jeune femme en piquant un fard. « Ça me fait un peu peur, je ne te le cache pas, mais on se connaît depuis longtemps, maintenant. Oui, on ne sort ensemble que depuis trois semaines mais... » Elle s'arrêta soudain, prise d'un doute. « Ça... ça te choque peut-être ? Je... je ne suis pas ce genre de fille mais- »
Kazuki l'interrompit en la prenant dans ses bras.
- « Neeve, jamais je ne penserai de toi ce genre de trucs. Je sais que tu es une fille bien. On pourra me dire tout ce qu'on veut, ce genre de racontars n'a jamais pris, et ne prendra jamais, avec moi. Ça me fait plaisir de savoir que tu envisages cette étape de notre relation. Mais à vrai dire, je pensais devoir attendre plus longtemps que ça. »
- « Pourquoi ? » demanda-t-elle honnêtement. « J'ai l'air coincée ou prude ? »
- « Non, mais... je sais que je... enfin, il n'y a eu que Shun avant, et je comprendrai que tu veuilles attendre. Ce n'est pas évident, pour une fille. »
- « AH ! Tu parles comme si tu savais de quoi tu causes. » Puis elle fit la grimace. Forcément qu'il savait. Vu le nombre de conquêtes qu'il avait eu auparavant. « Tu... tu as eu beaucoup de partenaires ? » osa-t-elle avec une timidité teintée de curiosité. Kazuki la relâcha et ils s'installèrent de façon à ce qu'elle fût dos contre son torse, ses bras à lui l'enserrant tendrement.
- « Pas tant que ça. Je ne couchais pas avec toutes mes copines. Surtout quand je sentais qu'elles n'étaient pas prêtes. »
- « Je croyais que les mecs... enfin... C'est bien toi qui a dit 'ce n'est pas évident pour les filles', sous-entendu, pas pour les garçons. »
- « Tu es fille de médecin, Neeve. Tu dois tout de même savoir qu'un gars arrive plus beaucoup facilement à jouir qu'une fille. On n'a pas forcément besoin de sentiments et tout ça. Mais je ne sais pas. Je n'ai jamais eu à réellement convaincre une de mes partenaires, donc je n'ai jamais été excité au point de ne pas prendre en compte les situations de la fille. »
- « … mine de rien, quand tu parles, tu donnes l'impression d'avoir une sacrée expérience. »
- « Ça te gêne, que je sois... plus expérimenté ? »
- « Ça te gêne, que je ne sois pas si expérimentée que ça ? » répondit-elle du tac-au-tac.
- « Un peu. Ça me met une sorte de pression. Et si je n'étais pas bon ? »
- « Bah, l'étalon-test, c'est Shun, et je suis sûre que tu peux le battre. »
- « Je te remercie pour ta confiance, mais c'est un sujet délicat pour les gars. »
- « Les performances au lit. Pff. »
- « Ne te moque pas de moi, Neeve. » se lamenta Kazuki. « C'est très important pour un garçon de savoir qu'il est capable de satisfaire sa partenaire. »
- « Je suis sûre que tu vas y arriver. » Elle se tortilla pour déposer un petit bisou sur sa bouche, sans pour autant bouger.
- « …. » Il soupira lourdement.
- « Quoi ? Encore ? »
- « Toujours... » confessa-t-il. « Mais encore une fois, si tu n'es pas prête... »
Cette fois, elle se retourna et lui fit face.
- « Kazuki, je suis prête. Pas forcément là, sur la plage, mais... je croyais que c'était assez clair. » Devant le regard encore troublé de son petit ami, Neeve décida de faire la preuve par X. Littéralement. Elle laissa ses mains glisser de ses épaules vers son torse et encore plus bas, et posa avec un aplomb qu'elle était loin de posséder réellement, ses doigts sur la bosse qui était encore là. Kazuki sursauta et émit une sorte de glapissement, se saisissant de son poignet pour la stopper.
- « Non Neeve ! S'il te plaît ! » Gênée au-delà des mots, elle chercha une explication dans son regard. « Ce n'est pas que je ne veuille pas... mais... » Il l'implora. « Mais je crois que c'est moi qui ne suis pas prêt. Physiquement, je rêve de ça. Vraiment. Toutes les nuits et tu n'imagines pas comment les gars me chambrent. Mais … entre Kojirô, le tournoi, mes parents... je suis complètement à côté de mes pompes et j'ai besoin d'être sûr que je ne couche pas avec toi par dépit. Tu n'es pas là pour me consoler, Neeve. Je... je tiens vraiment beaucoup à toi, et il y a cette voix en moi qui dit que ça serait mal, si je devais... enfin, toi et moi, comme ça. »
- « Je comprends. »
Ce n'était pas pour autant que ça apaisait l'aiguillon de la souffrance. Elle venait de proposer une petite gâterie à son copain et s'était mangé un râteau phénoménal. Le pire, c'était qu'elle ne pouvait pas en vouloir à Kazuki. Son message était justement la plus belle preuve d'amour qu'il pouvait lui faire. Cela n'empêchait pas la jeune femme d'être frustrée, et de se sentir très incertaine quant à ses capacités à lui faire plaisir. Surtout quand il lui avait avoué être un peu inquiet de son manque d'expérience.
Shun n'avait pas été un mauvais amant. Mais c'était pour autant qu'elle pût en juger. Il n'y avait eu que lui, aussi difficile de faire une comparaison. Et Shun n'avait pas été un grand explorateur des terres interdites. Tous les deux avaient été plus intéressés à s'entraîner plus qu'à découvrir. Aussi comptait-elle sur Kazuki pour mener la barque et la guider. Si ce dernier commençait à douter, ils n'étaient pas près de faire quoi que ce fût.
À ce moment, tout romantisme s'était évaporé. D'un autre côté, l'érection de Kazuki aussi. Ainsi, les deux amoureux regagnèrent la jetée où se tenaient les festivités et passèrent encore un peu de temps avec leurs amis, mais le cœur n'y était pas vraiment. Bientôt, Kazuki alla se coucher, et cela marqua le début de la retraite des footballeurs. Neeve dut s'occuper de faire l'appel et de commencer à traquer les retardataires, jusqu'à ce que Kojirô Hyûga fût son dernier nom.
Neeve savait que c'était idiot, mais elle en voulait à son frère. Elle le tenait responsable d'une partie des doutes qui assaillaient Kazuki, même si au fond d'elle, elle savait que ce n'était pas ça le fond du problème. Désireuse de revenir à des meilleurs sentiments envers lui – même s'il ignorait qu'elle venait mentalement de le traiter de tous les noms d'oiseaux qu'elle connaissait – elle tenta d'engager la conversation.
- « Dis... ça va toi ? » Il lui dédia une œillade étonnée, mais goguenarde. Qu'est-ce qu'elle fabriquait, la petite Hase ? « Tu... tu sembles un peu à côté de tes pompes en ce moment. » continua-t-elle vaillamment. « Tu as été absent pendant une grosse partie de la soirée. »
Il fut tenté de lui dire que c'était parce qu'il ne supportait pas de les voir ensemble, lui et elle, mais il se retint.
- « Je n'ai pas progressé dans mon foot. »
- « Ah. »
- « ... »
- « ... »
- « ... »
- « ... » Elle l'examina à la dérobée, cherchant quelque chose à dire. Derrière le prétexte du foot, il y avait autre chose, et Neeve n'était pas idiote. Elle savait de quoi il retournait. Brusquement, alors qu'elle ouvrait la bouche pour tenter une médiation, elle aperçut quelque chose qui ne pouvait être qu'un suçon à la base du cou de Kojirô. « MAIS CE N'EST PAS VRAI ! » rugit-elle. Kojirô sursauta mais comprit immédiatement ce qui se passait. Un peu bêtement, il plaqua sa main sur l'objet de tous les délits. « MAIS TU AS COUCHÉ AVEC TANDA ! DE TOUTES LES FILLES ! » D'un autre côté, c'était aussi la seule fille disponible. Emi sortait avec Ken et Lola avait dragué l'Ours toute la soirée pour faire les pieds à Akira. « TU ES VRAIMENT UN GROS SALAUD ! ET IZUMI DANS TOUT ÇA ?! »
