Un kaléidoscope féminin

Lysa Arryn

Elle espère que son époux mourra lors de la rébellion. C'est cruel, c'est horrible sans doute mais c'est honnête. Lysa ne déteste pas Jon Arryn, loin de là : il est gentil, courtois, poli.

Mais il n'est pas Petyr.

C'est là que le bât blesse.

Aucun homme ne saurait remplacer Petyr.

Devenir veuve, cela serait avoir la possibilité d'épouser Petyr un jour.

Jon Arryn aurait pu être n'importe quel homme, elle aurait souhaité la même chose.

Elle le souhaite parce qu'elle sait désormais qu'il n'y a rien qui la lie à lui.

Elle a pensé être enceinte. Ses fleurs rouges n'avaient pas fleuri pendant longtemps, elle s'était sentie mal et quand sa sœur a commencé à s'arrondir, elle a effleuré du doigt l'idée, le rêve, de mener une grossesse en parallèle de son aînée, se soutenant l'une et l'autre. Une grossesse qu'elle aurait enfin pu mener à terme : son père a fait assassiner son bébé en son sein, celui de Petyr, parce que les laisser se marier était apparemment plus déshonorant que de commettre le péché d'avortement aux yeux des Sept. Elle a la conviction que ce thé de lune a endommagé une partie de sa matrice : les Tully conçoivent vite, conçoivent bien…

Elle pense à Petyr.

Lui, il lui aurait fait un enfant dès la nuit de noces.

On dit qu'après une guerre, il y a des changements, des gens tombent, d'autres grimpent. Si elle devient veuve, si Petyr grimpe, ils pourraient enfin être ensemble, non ?

Puis elle s'en veut : Jon pourrait la traiter bien pire. Il sait qu'elle s'est donnée à un autre, qu'elle a conçu un bâtard mais qu'on lui a nié le droit de le mettre au monde.

La rébellion se finira un jour mais sa guerre à elle, intime, ne s'éteindra jamais.

Lysa a dix-sept ans et déjà le sentiment que sa vie est terminée.