- Où avez-vous prévu de dormir, les questionna Mendoza.
Dans un premier temps seuls des bâillements lui répondirent.
Les regards de ses deux amérindiens se tournèrent vers Esteban qui soupira :
- J'avais prévu d'aller au monastère mais je ne pensais pas arriver si tard...
- Je vous propose de venir dans notre auberge alors !
- Votre auberge ? Comment ça ?
- Avec l'or que nous avons ramené d'Amérique, Sancho, Pedro et moi avons créé une auberge.
Devant leur hésitation, Mendoza ajouta :
- Ça me ferait plaisir et puis on a bien assez de chambres de libres.
Cette fois si c'est Tao qui prit la parole :
- On a pas le budget pour s'offrir plusieurs chambres dans une auberge…
Mendoza l'interrompit :
- Il est de tout façon hors de question que vous payiez ! Je comptais vous en parler plus tard mais sur une proposition de Sancho nous avons décidé qu'une partie des bénéfices vous revenaient à tous les trois puisque c'est grâce à vous que nous avons ramené l'or avec lequel nous avons installé notre auberge !
- Vous avez fini par trouvé de l'or, ça m'étonne pas de vous, affirma avec un peu de dédain Tao.
- Tao ! s'écrièrent en même temps Zia et Esteban.
- C'est bien à toi de dire ça en plus, toi aussi tu es légèrement cupide sur les bords depuis que tu gère nos sous !
Il se mit à bougonner des paroles indistinctes se qui fit rire les trois autres.
Le lendemain matin Zia accompagna Esteban là où il a vécu toute son enfance pendant que leur amis espagnols entreprirent une visite complète et détaillée de leur auberge avec Tao et sa curiosité technique débordante.
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Alors que le soleil était à son zénith, dans la bibliothèque principale de l'une des plus belles demeures de la ville...
Un homme est assis devant un grand secrétaire en acajou massif, la tête entre les mains ; ses doigts gantés protègent sa peau abîmée. Son visage, couvert de cicatrices exprime à la fois le découragement et la mélancolie. De chaque côté de ses coudes posés sur la table, des livres et des parchemins en pêle-mêle, des cartes, des instruments de mesures : compas, boussole etc.
Une dame très élégante aux cheveux poivre et sel entre dans la pièce en voyant le tableau qui s'offre à elle, elle esquisse un petit sourire triste et compréhensif. Il l'a entendu arrivé mais il ne bouge pas, plongé dans ses pensées, il soupire une énième de dépit. Ses vêtements sont élégants malgré qu'ils ne soient pas richement brodés comme ceux de la femme plus âgée, mais surtout simples, confortables et résistants.
- Athanaos, mon fils, tu ne recherchais pas un certain Mendoza il y a quelques temps ? demanda-t-elle doucement le faisant sortir complètement de la prostration dans lequel il semblait être plongé depuis peut-être plusieurs heures.
- Oui. Vous en avez entendu parler ? réagit-il rapidement en se tournant vers elle soudain très alerte.
- Alvaro vient de m'apprendre que…
- Catalina, Athanaos je vous cherchais.
- Alvaro le navigateur dont tu me parlais il y a quelques instants c'est bien lui qu'intéressait mon fils il y déjà des mois de ça.
- Je suis vraiment navré je n'avais pas du tout saisi que c'était cet homme sur lequel tu cherchais des informations. Il a la réputation d'être un très bon marin mais refuse net toute proposition de repartir en mer. Je crois même qu'il a monté un commerce sur le port. Pour me faire pardonner je vous promets de trouver dès demain son adresse.
- Merci, lui répondit avec chaleur Athanaos.
- Autre chose les nouvelles vont vite et le petit Esteban celui qui, disait-on avait le pouvoir de faire apparaître le soleil est de retour à Barcelone depuis hier alors que tout le monde le croyait mort.
- Vous devez reconnaître qu'aujourd'hui nous avons un ciel sans nuages alors que généralement les tempêtes durent toujours plusieurs jours c'est quand même étrange.
- Coïncidence, c'est tout.
Mais Atananos ne les écoutait plus :
- Où ?
- Pardon ?
- Où est-il ?
- Qui ?
- Mon fils !
- Comment ?!
- Esteban, mon fils, l'enfant que j'ai dû abandonner dans les bras d'un marin lorsque mon bateau a sombré il y a plus de 15 ans maintenant, dont j'espérais sans trop y croire la venue un jour à Barcelone.
- Reviendrait plutôt parce que si c'est ton fils c'est ici qu'il a grandi, lui apprit sa mère avec un petit sourire.
Ils furent coupé dans leur discussion par deux petits coup frappé à la porte.
- Entrez !
- Excusez-moi moi de vous déranger Seigneur Nunez mais le père Marco demande à vous voir, l'infirma l'un des domestiques.
- Faites le entrer, exigea le maître des lieux surpris.
- Je vous remercie de me recevoir, je suis désolé de vous déranger, j'ai une requête à adresser à votre fils.
- Une requête ? En tous les cas je suis étonné de vous voir ici en personne monseigneur surtout pour une simple demande. Qu'est-ce qui nécessitait votre déplacement ? Je suis curieux je dois l'avouer...
- Si vous le laissiez parler peut-être que l'on pourrait le savoir, sourit sa femme.
- D'autant plus que je ne vois pas qu'est-ce qui vous amène me voir plutôt que le seigneur Nunez, mon Père ?
- Oh ! s'exclama Alvaro, effectivement Athanaos n'est pas vraiment quelqu'un d'influent, sans vouloir vous vexez... ajouta-t-il très vite l'air sincèrement gêné.
- Vous ne me vexez absolument pas puisque que c'est la vérité de toute façon, souri le concerné, mais peut-être pourrons-nous écouter ce que le Père Marco a à nous dire ?
Ce dernier se triturait nerveusement les mains en assistant à cette petite scène familiale.
- En fait je ne viens pas en mon nom, un peu plus tôt, dans la matinée, un jeune homme est venu au monastère. Il m'a fait une vague description de votre personne et m'a presque supplié de me donner des informations sur vous Seigneur Athanaos...
- Et vous lui avez dit quoi ? le coupa méfiant Athanaos.
- Je vous assure qu'en temps normal je n'aurais jamais fait ça mais il se trouve que je connais bien ce garçon puisque c'est moi et mes frères qui l'avons élevé sous la tutelle de mon prédécesseur le feu de père Rodriguez.
- Venez-en aux faits que lui avez-vous dit ?! s'impatienta Athanaos.
- Je ne sais que très peu de choses sur vous donc je lui ai dit que vous êtes revenu du Nouveau Monde il y a environ 2 ans, alors ça faisait près de 20 ans que vous n'étiez pas revenu à Barcelone donc tout le monde vous croyait mort. Mais cela il semblait déjà le savoir la seule chose que je lui ai dites qu'il ne savait pas c'est votre nom de famille.
- Donc vous ne savez donc rien de moi, soupira soulagé Athanaos.
- Sûrement, répondit humblement le prêtre, et il m'a demandé de vous remettre une lettre dans laquelle si j'ai bien compris il indique son souhait de vous rencontrer.
Alors que Athananos commença à lire le pli que le père Marco lui avait remis, Catalina Nunez attira le prêtre un peu plus loin et lui demanda :
- Excuse-moi mon Père mais il me semble qu'un jeune garçon qui a vécu dans votre abbaye il y a quelques années, le petit Esteban, serait de retour ? Auriez-vous de ses nouvelles ?
Le prêtre la regarda légèrement confus :
- Oui c'est de lui dont je vous parlais à l'instant...
L'épouse Nunez bien que déconcertée s'apprêtait à répondre quand soudain on entendit un hoquet de stupeur suivit d'un bruit sourd puis celui d'un bris de verre. Athanaos vacillait, tentant de reprendre contenance le bras appuyé sur un buffet où trônait quelques minutes plus tôt un pichet ouvragé. Il avait fini de lire la lettre.
"Monsieur,
Je m'excuse en premier lieu de vous importuner mais je vous en prie lisez cette lettre, s'il vous plaît. Ma question va sûrement vous paraître saugrenue cependant elle est la raison pour laquelle je me permets de vous écrire : Connaissez-vous un homme qui aux Amériques se faisait appeler le Prophète Voyageur ? Je ne sais que très peu de choses de lui seulement qu'il a été le Grand-prêtre d'une cité se situant à l'intersection entre une montagne et trois temples et que pour faire simple il s'est sacrifié pour protéger son trésor. Mais j'ai eu aussi connaissance d'une légende le consternant par un vieil inca se nommant Mayuka selon laquelle il a eu un enfant avec une jeune inca mais que cette dernière aurait été sacrifié en offrande au Dieu Soleil après une éclipse. Le prophète et son fils furent renvoyés sur l'océan. J'ai toutes les raisons de penser que cet homme était mon père. Voyez-vous je suis arrivé à Barcelone avec le retour du reste de la flotte de Magellan. J'avais alors moins de deux ans. C'est lors d'une tempête pas loin du détroit au sud de l'Amérique que j'ai intégré, si on puis dire, l'expédition. Un courageux marin s'est jeté à la mer pour me sauver alors que le bateau sur lequel je me trouvais avec mon père coulait. Ce marin vous à aperçu de loin à Barcelone et m'a avoué que pour lui vous ressembliez à l'homme qui m'avait confié à lui. C'est quelqu'un de très observateur même s'il m'a dit, je cite, qu'il y a des choses que l'on oublie pas. Je me demandais donc si vous aviez un quelconque lien avec cet homme. Je souhaiterais vraiment avoir des informations sur lui si vous en avez la moindre j'aimerais vraiment que vous me recontactiez même si vous en avez juste entendu parler.
Merci de votre compréhension,
Esteban."
- Mon Dieu, chuchota-il les larmes aux yeux.
- Athanaos qu'est-ce que...
- Où puis-je le trouver ? demanda-t-il tout tremblant.
- De qui parlez-vous ? questionna le prêtre étonné de le voir dans cet état.
- L'auteur de cette lettre.
- Le jeune Esteban ?
- Non le roi de France, répondit légèrement excédé Athanaos.
- Athanaos voyons ! le réprimanda sa mère indigné.
- Pardonnez-moi, ni lui ni moi nous nous attendions à ce que vous vouliez le rencontrer…
- Et donc ?
- Oh et bien je pense que vous devez connaître de nom le navigateur Mendoza ? Il refuse depuis plus de trois ans de reprendre la mer et c'est le patron d'une auberge qui tourne bien près des quais, je crois que Esteban et ses amis logent là-bas. Mais je pense que vous aurez plus de chance de le trouver à la taverne du port ; enfant il aimait beaucoup aller se réfugier là-bas pour écouter les récits des marins…
- Alors allons-y ! déclara Catalina à l'intention de son fils avant d'ajouter, et il est inutile de protester je viens avec vous ! Vous nous accompagnez mon père ?
- Si vous le souhaitez.
- Athanaos ?
- C'est vous qui voyez mais je tiens à me présenter moi-même donc je vous demanderai de ne pas intervenir mon père si vous n'y voyez pas d'inconvénients bien sûr.
- Comme vous voudrez, Messire.
- Alors venez avec nous vous pourrez nous en dire plus sur Esteban puisque vous l'avez vu ce matin
- Attendez ma mie, je veux que vous partiez avec au minimum deux gardes c'est plus prudent. Et bien évidemment Esteban est le bienvenu ici cela va de soit mais je souhaitais que ce soit dit.
La mère et le fils répondirent d'un signe de tête souriant.
- Si je puis me permettre je doute qu'il viennent ici tout seul. Au monastère il était accompagné de sa petite fiancée et ils ne sont pas éternisé car ils ne voulaient pas laissé l'un de leur amis livré à la lui même trop longtemps…
- Fiancée ? s'exclama Catalina.
- Ça ne semble pas vous étonner Athanaos ? s'étonna lui aussi Alvaro.
- Pas plus que ça je l'avoue…
- Parce que tu sais qui c'est ?
- Si c'est la jeune fille à laquelle je pense, je l'ai déjà rencontrée. Mais on s'éloigne du sujet, si Esteban vient ici avec ses amis j'espère que ça ne vous posera pas de problème Seigneur Nunez ?
- Bien sûr que non !
Ce fut ce moment que choisit un domestique pour s'adresser à Catalina :
- Senioria Nunez, la voiture est prête.
- Très bien allons-y dans ce cas !
