Plait-il ?

Oui, je sais très cher ami mortel, je ne suis pas beaucoup venue bavasser avec vous ces derniers jours. Ce n'est pas non plus comme si c'était entièrement de ma faute. Le fait est que j'ai eu beaucoup de travail, et il n'existe rien de plus difficile à gérer qu'un génocide. Une centaine de morts en une nuit, ce n'est pas humain de m'infliger un tel surplus de travail. Pendant un moment, j'ai eu l'impression de revivre la Première et Seconde Guerre Mondiale. Quelle horreur ! Vraiment, je ne comprendrais jamais l'addiction au meurtre et à la violence des êtres humains. Il faudra m'expliquer cela un jour.

Où en étais-je dans mon récit ? Ah merci de me le rappeler. Oui… le cadeau de Severus. Bon, alors pour expliquer ce qu'il s'est produit ensuite, je peux le résumer ainsi : il ne s'est rien passé. Mais rien de rien. Les cinquièmes années terminèrent leurs examens pour les BUSE, et finirent leur année sous le soleil. Un très beau soleil. Trop beau, car ma peau si belle et si blanche a viré au rouge homard sur certaines parties de mon corps. Ne vous moquez pas de moi comme cela ! C'est malheureusement ce qui m'arrive quand je décide de prendre une apparence humaine. Comment cela, j'aurais pu choisir une peau moins fragile au soleil ? Non justement, je ne peux pas choisir, je ne me transforme pas à loisir voyez-vous. Je n'ai qu'une apparence humaine, et hélas, elle est sensible à la lumière du soleil. Non, je suis certaine de ne pas être un vampire, grrrrr ! Stupide humain(e) !

Bon, je reprends mon histoire. Et arrêtez de rire bêtement ou je vais sévir !

Bien. Severus avait réussi à retrouver et donner son cadeau d'anniversaire à Lily, et cette dernière fut la seule à ne pas comprendre les véritables sentiments du serpentard à son égard. J'ai toujours soupçonnée qu'en vérité, elle s'efforçait à ne pas les voir, parce qu'elle ne voulait pas être obligée de briser le cœur et les illusions de son ami. Par la suite, Severus et Lily n'eurent plus l'occasion de se retrouver seuls ensembles, et le jeune homme renonça à toute tentative de se rapprocher d'elle. Puis, les vacances d'été arrivèrent et Lily et Severus retrouvèrent leur ville natale, et leur maison respective.

"-Tu exagères Morrigan."

Je souris à mon compagnon de jeu. Enfin, mon presque compagnon de jeu. Je l'avais un peu forcé à jouer avec moi, et cela l'avait grandement agacé. Je savais qu'il me le ferait payer. Il soupira, conscient que je resterais hermétique à toutes les remontrances qu'il me ferait et fixa l'adolescente à la crinière auburn se balancer énergiquement sur sa balançoire.

"- Je crois pourtant que cela vaut le coup", soufflais-je à mon ami. "Les choses peuvent changer."

"- Tu sais parfaitement que les entités neutres que nous sommes ne doivent pas intervenir directement dans les affaires humaines."

Ce fut à mon tour de soupirer. Cette règle, je la connaissais par cœur. C'était même moi qui l'avais soufflé. A chacun son rôle dans l'univers et laissons les humains se débrouiller selon leur convenance. Et pourtant…

Je regardais mon ami avec un sérieux qui m'était inhabituel. J'aimais taquiner les autres, mais cette histoire ne me faisait point rire, car j'y avais mis mes espérances pour le futur. Mon comparse m'avait rejoint non loin de chez Severus Rogue. Il voulait voir de lui-même comment cela se passait, et au passage, il voulait également me disputer encore. J'en avais l'habitude, il le faisait très souvent et je me laissais faire car c'était sa façon à lui de me porter un peu d'attention. Mais pour l'heure, il ne cessait de fixer la jeune fille de ses yeux à la pupille dorée en forme de sablier. Son visage était caché par une grande capuche, mais on distinguait très clairement ces inquiétantes pupilles. Il était comme cela, avec ses habits sombres, son visage caché, ses drôles de pupilles et son air sévère. Il faisait tout simplement peur, comme moi d'ailleurs, aux humains. Et pourtant, nous étions tous les deux neutres.

"- Je sais bien que je ne devrais pas faire de l'ingérence", me défendis-je. "Mais tu sais pourtant que si je n'avais rien fait, l'avenir était compromis. Et je ne parle pas seulement du futur des humains."

"- Je sais Morrigan", soupira mon ami. "Mes yeux ont la capacité de voir le passé, le présent, et le futur. Et le futur que j'avais vu était peu reluisant."

"- Très franchement, Chronos, n'as-tu pas été tenté de trouver un moyen de changer ce qui nous attendait ?"

Chronos ne répondit pas. Chez lui, cela signifiait qu'effectivement, il y avait pensé, mais qu'il n'avait jamais osé le faire. J'esquissais un petit sourire amusé.

"- Il te manque encore un peu de courage pour oser braver nos propres interdits."

"- Non, ce n'est pas une histoire de courage", fit-il. "Je ne suis juste pas aussi effronté que toi. Il n'empêche, tu exagères."

"- Bon, d'accord", lâchais-je en levant les yeux au ciel." Je m'excuse de t'avoir forcé la main avec ce contrat. Mais avoue que cet humain a un grand potentiel."

"- Tu crois qu'il y arrivera ?"

Je haussais un sourcil. Chronos ricana, comprenant qu'en vérité, je n'étais certaine de rien et que je jouais un sacré coup de bluff.

"- Cet humain est au courant de tout ?"

"- Non mais ça ne va pas la tête ? Si je lui avais tout dit de mes projets, il aurait refusé et pour trouver quelqu'un d'autre comme lui par la suite, bonjour la galère."

Chronos pouffa de rire, gentiment, mais assez pour que mes joues prennent une violente teinte rouge. Déjà qu'il me restait un léger coup de soleil sur le nez, j'avais l'air tout simplement ridicule. N'empêche, je venais d'avouer à Chronos que je misais tout sur un humain à qui je n'avais strictement rien dit sur la réelle raison de sa résurrection. Et quand il le saurait (et je priais alors pour que ce fusse le plus tard possible), il y avait tout à parier qu'il serait fou furieux. Autant faire en sorte qu'il ne l'apprenne jamais.

"- Merci en tout ca"s, fis-je d'une petite voix. "C'est gentil de ta part d'avoir accepté de me laisser manipuler le temps pour ce cas d'urgence."

"- Tu me dois juste une belle compensation", rétorqua Chronos dans un sourire calculateur." La moitié de l'âme de Severus Rogue. Et je compte sur ta discrétion pour ne jamais lui dire de son vivant que tu t'es permis d'user de son âme pour monnayer quelques extravagances."

"- Comptes sur moi."

Chronos s'en alla, l'humeur plus joyeuse qu'avant. Finalement, il n'avait pas vu Severus, mais ce n'était pas grave, car il avait réussi à atteindre son véritable but : me disputer tout à loisir et s'assurer qu'il pouvait récupérer sa moitié d'âme qui lui revenait de droit. Car si j'avais le pouvoir de ressusciter les gens, le pouvoir de revenir dans le passé appartenait exclusivement à Chronos.

Oui ? Pourquoi il m'a appelé Morrigan ? Oh vous savez, c'est un nom comme un autre, il pouvait bien m'appeler « Ankou », ou un autre nom, j'en ai tellement. Tenez, je l'ai appelé «Chronos » mais il a lui aussi bien d'autres noms, comme « Tempus » par exemple. Vous avez compris que mon ami était l'entité du Temps. Un être à l'allure inquiétante et ennuyeusement sérieux. Mais au fond, il est gentil et sensible. Sincèrement, il vaut mieux demander quelque chose à lui, qu'à moi, car contrairement à ma petite personne, il n'essaye jamais de tromper les gens pour son unique profil. Il serait une entité du Bien s'il n'avait pas un terrible défaut : au début, il se servait de son don de voir l'avenir pour le changer à sa guise, ce qui déplu aux autres entités. A force de vouloir changer les choses en « bien », il mit en péril l'équilibre de l'Univers. Il lui fut demandé de cesser son ingérence et de laisser le monde filer à sa guise sans qu'il intervienne pour changer le cours naturel des choses. Et à moi qui pouvait ramener les gens à la vie, il me fut clairement signifié de faire la même chose : laisser filer. Alors pourquoi avoir désobéit à cette règle tout à coup ? Et bien parce que malgré le fait que Voldemort fut vaincu, un autre mage noir, à la puissance incomparable, allait bien vite prendre sa place. Et ce sorcier là aurait mit en péril non plus seulement les humains, mais aussi nous, les entités supérieures. Comment ? Tout simplement parce qu'en fait, il était ce que vous appelez un Demi-dieu. Une humaine avait été séduite par une entité maléfique et elle avait mit au monde un enfant issu de lui. Un enfant au cœur aussi noir que celui de son père et capable de voir et toucher les autres entités, et donc logiquement de les tuer.

Qui est cet enfant ? Son nom ne vous dirait rien. Il n'a jamais figuré dans aucun récit sur l'Elu et sur Voldemort. C'était un élève de première année quand le Lord Noir attaqua Poudlard et y mourut. Cet enfant, et Chronos le savait autant que moi, ne devait jamais naître. Et pour y arriver, il fallait que Severus tombe enfin amoureux de celle qui lui était destiné.

Quel rapport entre cette fille et l'enfant dont je parle ? Et bien dans la première vie de Severus, elle n'avait jamais réussi à se faire remarquer du serpentard, et, des années après sa sortie de Poudlard, elle noya son chagrin dans les bras d'un inconnu avec qui elle aurait un enfant. Un enfant destiné à devenir le plus grand mage noir de tous les temps. Si Severus ne pouvait l'aimer et changer sa destinée, il ne resterait plus qu'à trouver un humain capable de la tuer et cela, c'était presque impossible. Pourquoi ? Oh, vous allez vite comprendre. Revenons pour le moment à Lily sur sa balançoire.

La jeune fille se balançait allègrement, s'amusant exactement comme lorsqu'elle était enfant. Mais sa sœur ainée n'était plus là pour jouer avec elle. Elle boudait parce qu'elle ne savait pas faire de magie comme sa cadette, et avait nourrit pour ce talent une haine farouche. Quand on ne peut pas posséder quelque chose, on trouve à dire des choses mauvaises dessus, comme pour se convaincre que finalement, cela ne valait pas la peine de le posséder. C'était simplement de la jalousie.

Lily attendait quelqu'un, et s'occupait comme elle pouvait jusqu'à ce que ce quelqu'un arrive. Vous, comme moi, savez qui elle attendait : non loin de là vivait un jeune homme, son ami d'enfance, le très controversé Severus Rogue. Mais ce n'était pas Severus qui arriva, mais Sirius Black. Il semblait très ennuyé, et ne savait comment aborder Lily. Il ne lui avait jamais adressé la parole directement, sauf pour lui demander un renseignement sur les cours, et encore. James était toujours à côté pour parler à Lily et il n'y avait que lui pour s'intéresser à elle.

"- Je suis surprise", fit Lily en sautant de la balançoire pour s'approcher de lui." Je ne m'attendais pas à te voir durant les vacances, Black."

"- Moi aussi, je me surprends à être ici", convint Sirius en faisant la grimace." Pourtant, ce n'est pas l'envie de te voir qui me pousse jusqu'ici."

"- C'est quoi alors ?"

Lily le fixa avec méfiance. Elle craignait que Sirius Black ne soit venu que pour agresser son ami Severus. Si c'était le cas, elle s'était résolue à le protéger. Il était son ami, mais Black, lui, ne l'était pas. Il ne le serait sans doute jamais. Bien trop imbu de sa personne, bien trop égoïste, bien trop méchant avec ceux qu'il n'aimait pas.

"- Tu n'es décidément pas polie, Evans," fit remarquer gravement Sirius. "D'abord, tu ne m'a même pas dit bonjour et ensuite tu m'agresses presque."

"- Bonjour," fit Lily piquée au vif. "Que viens-tu faire ici, Sirius Black ? Tu es bien loin de ta maison à Londres, et de ton propre aveu, tu n'es pas très enchanté de me voir. Pourtant, c'est bien devant moi que tu te présentes."

Sirius grimaça de plus belle. Il n'avait jamais aimé la répartie de Lily, elle usait bien trop souvent d'ironie, ce qui la rendait hautaine et casse-pied. Elle avait l'air de savoir tout mieux que les autres, et pourtant, elle avait des œillères comme tout le monde. Et puis Sirius détestait les filles qui se donnaient des airs de sainte-nitouche.

"- Je veux te parler", répondit-il sobrement.

"- Tu es déjà en train de me parle"r, rétorqua méchamment Lily.

"- Très drôle Evans, je te suggère de faire l'école du rire", répliqua froidement Sirius. "Plus sérieusement, je dois te parler de quelqu'un en particulier."

"- De Severus Rogue peut être ? Ou de Potter ?"

Sirius ne répondit pas, et Lily traduisit ce blanc comme un aveu. Elle eut un sourire dédaigneux et s'apprêta à répondre que si c'était d'eux qu'il voulait lui parler, il pouvait rentrer chez lui car il n'y avait rien à en dire. Potter savait qu'il pouvait aller se faire voir et Rogue n'était rien de plus qu'un simple ami d'enfance avec qui elle partageait ses secrets. Il n'y aurait jamais rien d'autre entre eux. Mais Sirius brisa le premier le silence pensant :

"- De Lucinda Dantes."

Lily blêmit. Elle ne s'attendait pas du tout que Sirius sorte ce nom. Lucinda était une fille de serdaigle d'une très grande beauté, ce qui la rendait particulièrement prétentieuse. Et comme elle était capitaine de l'équipe de quidditch de sa maison, elle pensait être au dessus de tout le monde. Beaucoup de défauts qui laissaient penser aux autres élèves que le choixpeau s'était trompé de maison en lui attribuant serdaigle. La maison serpentard lui aurait mieux convenu.

"- Pourquoi de Lucinda ?"

"- Je voulais te prévenir qu'elle allait essayer de te tuer avant la rentrée."

"- Mais… pourquoi ? C'est absurde !"

"- En fait, non", expliqua Sirius. "Elle est jalouse de toi et espère donc, en suivant la logique fort simple de Lucinda, éliminer une sérieuse rivale. Et elle compte bien faire en sorte qu'il t'arrive un « malheureux accident dont tu ne te relèveras pas », selon ses propres termes. Comme quoi, tu vois, cela sert d'espionner les gens."

"- Jalouse de moi ? Mais je n'ai rien fait pour qu'elle soit jalouse de moi !"

Lily s'était vivement offusquée de cette nouvelle. Elle n'y croyait tout simplement pas. Personne ne l'avait détesté à ce point, et elle avait beaucoup d'amis qui l'adoraient. Non, vraiment, personne ne pouvait sérieusement lui en vouloir à mort. Sirius Black devait lui faire une bien vilaine farce.

"- Tu es très jolie", admit Black en grimaçant comme jamais. "Tu es intelligente également, et tu es très populaire. Tu attires un peu trop à toi le regard des garçons, dont un en particulier. Un garçon qui plait énormément à Lucinda. Et elle espère que soit tu meures, soit tu deviennes défigurée, histoire que tu ne lui fasses plus de l'ombre."

"- C'est… stupide."

"- C'est du Lucinda tout craché", corrigea Black dans un sourire moqueur." Ne demande pas à cette fille d'être fine dans sa logique. Tu es sa rivale, tu dois être écartée de son chemin à tout prix."

"- Mais enfin, aucun garçon ne mérite que l'on fasse ça pour lui, c'est vraiment absurde."

"- Oh mais je suis d'accord", fit Black. "Même si cela me flatte que des filles se crêpent le chignon pour moi, je ne tiens pas non plus que cela finisse en meurtre. Cela me causerait bien trop d'ennui. Mais bon, il faut croire que Lucinda a mon ami James dans la peau et le fait qu'il ne cesse de te demander de sortir avec lui doit représenter le pire affront pour elle."

Il y eut un blanc durant lequel Lily eut du mal à digérer les informations. Lucinda était amoureuse de Potter ? Le fait que Potter veuille sortir avec elle mais pas avec Lucinda était la cause de tant de haine ? C'était tout simplement incompréhensible. Pour Lily, cela tenait plus d'un mauvais scénario de film d'amour que de la réalité.

"- Et pourquoi, au lieu d'embêter Lily qui n'a rien fait pour mériter cela, tu ne vas pas voir ton copain Potter pour le persuader de sortir avec Lucinda ?"

Severus Rogue les épiait depuis un moment, mais aucun des deux ne l'avait remarqué. Le serpentard et le gryffondor se fusillèrent instantanément du regard. Leur haine n'avait aucune limite. Pourtant, par respect pour Lily qui n'avait rien à voir avec leur querelle à l'origine, ils se dominèrent pour ne pas se jeter à la gorge de l'autre.

"- Il ne l'aime pas", répondit Black.

"- Ah ? Maintenant il se préoccupe de ce genre de détail ? Jusqu'ici, j'avais l'impression qu'il se moquait de savoir si Lily l'aimait ou non."

Severus ricana, victorieux. Il pouvait s'en prendre à Potter, mettre en avant ses plus grands défauts, et même Black ne pouvait le défendre correctement. Parce que c'était la vérité. Potter se souciait si peu des sentiments des autres. Un fils à papa capricieux, voilà ce qu'était le véritable Potter.

"- Severus, je ne te permets pas de dire de telles méchancetés."

La voix triste et emplie de colère de Lily refroidit Severus qui se tut. Lily se sentait si désappointée par les mots de Sirius, qu'elle ne parvenait toujours pas à admettre que Lucinda voulait la tuer par jalousie.

"- Je crois que le mieux, c'est que je parle à Lucinda."

"- Mauvaise idée", intervinrent ensemble Sirius et Severus.

Les deux ennemis se lancèrent un regard noir, fort peu disposés à admettre qu'ils puissent avoir la même pensée en même temps. Ce serait comme partager quelque chose d'intime entre eux, et cela leur était intolérable.

"- Elle est têtue et ne voudra rien entendre de toi", continua Sirius. "La connaissant, elle y verra plutôt une occasion de t'attaquer. Renonces, c'est pour ton bien, et laisse les autres plaider ta cause."

"- Mais, enfin, je…"

"- Lily, c'est dur de l'admettre pour moi, mais cet imbécile a raison."

Severus posa une main fraternelle sur l'épaule de Lily qui commençait à désespérer. Il sortit sa baguette et la montra à son amie en lui assurant :

"- N'ai crainte, je serais toujours là pour te protéger."

"- Moi, cela me ferait seulement peur", fit Sirius en ricanant.

L'instant d'après, le gryffondor se massait la tête après avoir reçu un coup de poing de Lily. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle eut une si bonne droite. Finalement, elle était peut être capable de se défendre seule, et Sirius se demandait qui de Lucinda ou de Lily avait besoin de craindre l'autre.

"- Bon, moi, je me tire", fit Sirius en s'éloignant. "J'ai assez vu la tête de Snivelus pour aujourd'hui, ça me ferait vraiment trop mal de devoir le supporter encore."

"- C'est ça, enfuie toi, de toute façon, je savais déjà que tu n'étais qu'un gros lâche", rétorqua Severus en levant sa baguette magique.

"- Mais ce n'est pas vrai, les garçons ne savent vraiment pas discuter sans violence ou quoi ?"

Lily soupira puis retourna à sa balançoire. Severus passa son après-midi à lui assurer qu'avec lui, elle ne craignait rien, qu'il resterait collé à elle comme son ombre. Une situation qui arrangeait le serpentard, qui voyait là un moyen de démontrer tout son amour et sa fidélité pour elle. Bref, autant dire que ce n'était pas demain qu'il songerait à tomber amoureux d'une autre. C'était fort mal parti pour mes projets.

Le soir venant, Severus raccompagna Lily jusque chez elle. Il ne s'était rien passé d'extravagant, ce qui avait presque déçu Severus. Il avait eu l'impression d'être un garde du corps inutile. Mais Lily le remercia pour toutes ses attentions avant de rentrer et de le laisser seul dans la rue. Severus commença à prendre le chemin du retour quand je décidais de me montrer à lui, et ce malgré le coup de soleil qui défigurait mon si beau faciès.

"- Bonsoir, cher ami."

Ma venue soudaine le fit sursauter. Puis, sans que j'en sois surprise, il accéléra son pas.

"- Ce n'est pas ainsi que l'on me sème", lui fis-je remarquer d'un ton badin." Et puis je dois vous parler de quelque chose de très important."

"- Ah oui ? Quoi donc ?"

Le ton sec et rancunier de Severus faillit me briser le cœur. Faillit, parce qu'il en fallait quand même plus pour me faire mal. Faisant fi de sa colère affichée, je lui répondis :

"- D'une promesse inscrite sur un contrat. Vous savez, la close : « Ne pas essayer de séduire Lily Evans ». Je vous l'ai dit, elle ne tombera jamais amoureuse de vous. Cessez donc de vous bercer dans cette douce illusion qu'elle puisse vous aimer. Vous perdez votre temps et votre énergie."

"- Vraiment ?"

Severus s'était arrêté en plein milieu de la rue, son ton montant légèrement. Les poings serrés, il espérait m'intimider. Ce n'était certainement un misérable humain qui allait me faire peur. Déjà que Chronos, avec son air effrayant et sérieux me faisait souvent rire, alors un adolescent colérique, c'était à la limite du pitoyable.

"- Vraiment", fis-je d'une voix froide. "Vous retombez peu à peu dans vos erreurs passées. Votre vie ne tourne à nouveau plus qu'autour de cette jolie péronnelle et vous en oubliez de vivre autrement. Essayez de vous faire d'autres vrais amis au lieu de tenter vainement de vous faire aimer d'une fille qui, de toute, façon n'aimera que James Potter."

"- Mon cœur ne sait aimer personne d'autre", répliqua Severus comme si cette affirmation pouvait mettre définitivement fin à cette discussion.

"- Moi, je pense surtout que vous ne vous êtes pas foulé pour voir les autres filles autour de vous. A force de ne pas les voir, vous passez à côté de celle qui saura supplanter la belle Lily dans votre cœur."

"- Je ne veux pas d'une autre."

"- Alors le contrat prend fin et je vous ramène dans mon domaine. Vous ne suivez pas les closes du contrat, je ne vois pas pourquoi je devrais vous laisser continuer cette vie-ci si c'est pour la voir anéantie de la même manière que l'autre."

Severus blêmit, et me suppliait du regard de ne rien en faire. Il s'agrippa à mon bras comme un enfant de 5 ans s'agripperait au bras de sa maman. Sa détresse était touchante. Mais pour moi qui n'étais pas humaine, cela me laissa de glace.

"- Non", finit-il par dire." Je… d'accord, je vais laisser Lily tranquille."

"- Sage décision", fis-je en esquissant un sourire sadique."Je tiens à vous dire que grâce à cette résolution vous venez de sauver la vie de cette charmante demoiselle."

"- Comment cela ?"

"- Oui, il semblerait que votre amour pour elle soit toujours aussi meurtrier. Restez bons amis, je pense que cela suffira pour qu'elle puisse vivre."

"- Que lui serait-il arrivé ?"

"- Je ne sais pas. Je ne décide pas de la manière dont les gens vont mourir. Je sais seulement, quand et où. Tout ce que je voyais pour elle, si vous persistiez, c'est sa mort peu après son mariage avec James Potter, mais cette fois dans l'enceinte de Poudlard. Le nom de Potter vient aussi de s'effacer de cette date, en même temps que plusieurs autres. Mince… je crois qu'une bataille particulièrement meurtrière vient d'être évitée. Impressionnant, non ? Remarquez, cela me fait des vacances."

Severus ne répondit rien. Il était tout simplement désespéré. Mit au pied du mur, il venait enfin de se mettre dans le crâne que le destin lui avait tout simplement interdit d'aimer Lily Evans. Mais alors, pour qui vivre ? Que faire ? Il me bombarda de questions existentielles dont je n'étais pas disposé à apporté de réponse. Je le lui signifiais poliment et gentiment avant de resonger à m'en aller. Il n'était pas conscient du potentiel de son destin, et il valait sans doute mieux qu'il ne l'apprenne jamais. Parfois, laisser les gens dans l'ignorance pouvait leur être salutaire.

"- Severus …"

J'avais rarement eu une voix si douce, la dernière fois, c'était avec… non, hum, je m'égare. Non, ce n'était personne. Bref, je voulais peut être me faire un peu pardonner pour mes précédentes facéties dont il fut la victime, ou alors j'étais réellement inquiète, je ne sais plus. Mais je lui manifestais alors une tendresse rarissime.

"- Vous savez, vous avez plus à y gagner à vous ouvrir aux autres que vous n'y pensez. Essayez, juste pour voir, et je puis vous assurer que vous serez agréablement surpris. Repensez-y."

"- J'y songerai."

D'un claquement de doigt, je disparus en le laissant seul avec ses réflexions et ses doutes, encore une fois. Et je cessais de me montrer si maternelle envers lui ? Cette attitude ne me ressemblait pas du tout.

Severus rentra chez lui, dépité à l'idée que pour protéger Lily, il lui fallait effectivement renoncer à tout jamais à elle. La laisser aux mains de Potter ? Il n'avait pas le choix. Devait-il en conclure que pour sauver Lily, il devait aussi veiller à la sécurité de celui qu'elle allait épouser ? Non… c'était impensable, il ne voulait plus que ce genre de pensée horrible lui traverse l'esprit. De plus, Lily était en danger avec Lucinda qui lui en voulait. Comment convaincre la furie de laisser Lily et Potter en paix ?

La nuit lui porterait conseil, il verrait tout cela le lendemain. Oui… il parlerait à Lucinda avant qu'un drame ne se produise.