Il pleuvait abondamment, me souvins-je. Une pluie d'été, tiède, fine, triste, sous un ciel clair et gris. Un temps où j'aimais sortir car le soleil ne brûlait pas ma peau délicate sous ma forme humaine. Ce jour-là, un enterrement était célébré au cimetière local et c'était déchirant de voir le peu de foule qui suivait le cortège funèbre. Il y avait le prêtre, un homme aux allures sinistres, le visage respirant la malveillance et la jalousie. Son costume noir était encore tout chiffonné et semblait de mauvaise facture. Derrière lui, un adolescent qui ressemblait à l'homme, grand et malingre, le visage malade. Il était très malheureux et semblait crouler sous le reproche. Derrière encore, un vieux couple simple et discret suivait à une distance respectable, non pas le cercueil, mais le garçon qui marchait en trainant le pas.

Le trou était déjà creusé, et le cercueil y fut introduit en silence, avec une délicatesse rude. Le bois de piètre qualité sonna d'une manière lugubre quand il toucha le fond de la fosse, et le garçon tressaillit tandis que l'homme en noir, à l'aspect de corbeau, fixait la tombe avec une froideur inégalable. Cela semblait l'ennuyer de participer à l'évènement, comme s'il s'agissait d'une mascarade des plus morbides à laquelle il était obligé de faire part.

Le garçon pleurait en silence, ne prenant pas la peine de retenir les larmes chaudes qui coulaient abondamment sur ses joues. Ses pleurs étaient masqués par les fines gouttes de pluie qui tombaient sur lui. Le rideau humide rendait l'atmosphère pénible, et la tristesse s'intensifiait de ce fait.

Le prêtre commença à réciter ses prières rituelles, de sa voix morne et grave. Il fixait le cercueil sans vraiment le voir, l'habitude de ce genre de travail sans doute. L'enterrement avait si peu d'âme, que je trouvais cela triste pour la morte. Seul son fils et le couple qui le suivait étaient réellement affectés par son décès brutal et précipité.

Dans un souci de réconfort, je vins me tenir à côté de l'adolescent, qui ne prit même pas la peine de se tourner vers moi pour me dévisager. Il avait l'habitude de m'avoir à ses côtés au moment le plus critique de son existence. Et même si nos regards ne se croisèrent pas, son silence en disait long, et je devinais qu'il appréciait ma venue. Je n'avais pas de peine, je n'étais là que pour fournir un soutien à une âme en détresse, à quelqu'un que je considérais à présent comme un être cher à l'image d'un fils.

La Cérémonie prit fin assez vite et dans un silence d'outre-tombe. L'homme disparut dès les derniers mots prononcés par l'ecclésiastique, sans un mot, sans un regard, sans même déposer de rose en hommage à la morte. Pas comme l'adolescent qui resta encore de longues minutes à contempler ce qui restait de sa mère. Une boite en bois médiocre, avec un nom gravé sur une plaque métallique si fine qu'elle s'abimerait si quelqu'un la grattait. Le garçon porta la rose à son nez, en respira le parfum subtile et baisa délicatement les pétales avant de lancer la fleur dans la fosse. Le vieux couple l'imita et deux roses supplémentaires vinrent couvrir le cercueil. Pour ma part, je sortis de mon manteau un magnifique bouquet de roses rouges de première fraicheur, et la déposa sobrement sur le cercueil avant de tapoter amicalement l'épaule de mon filleul.

Oui, ce garçon était mon filleul et c'était mon devoir de l'épauler et de le protéger. Je l'appréciais tant que le laisser seul m'étais assez pénible. Je le fis s'éloigner, alors que le fossoyeur commençait déjà à recouvrir la fosse à coups de pelle énergiques. Le jeune homme eut un dernier regard pour la dernière demeure de sa pauvre mère et me suivit sans broncher.

Cela me fait toujours aussi mal d'assister à son enterrement, m'avoua Severus. C'est la deuxième fois, mais je ne m'y fait pas.

Heureusement, répondis-je avec douceur. Sinon je croirais que tu n'as aucun cœur. Et j'en serais fort déçue.

Un silence pesant s'installa entre eux. La tristesse n'avait guère besoin de mots pour s'exprimer. Même avec sa maturité d'adulte emprisonnée dans ce corps juvénile, Severus restait fragile devant la Mort. Je le conduis sereinement vers une crypte non loin, dont les portes en fer étaient gardées par deux archanges armés de lances. Severus eut tout le loisir de voir à qui elle appartenait, l'inscription sur le linteau ne faisant pas mystère de ses malheureux propriétaires.

Famille Rivers, lut l'adolescent avec curiosité. C'est la même que celle de Lilith ?

Il était observateur, et je souris en réponse. Il comprit, loin d'être sot et garda par la suite le silence, un peu intimidé de se retrouver dans le caveau de la famille d'une fille rencontrée récemment et qui lui avait fait un sacré effet.

La crypte plongeait profondément sous terre. Le jeune homme remarqua l'état admirablement bien entretenu de l'endroit, sans poussière, sans fissure, sans toile d'araignée. Il flottait également une agréable et discrète odeur de fleur de printemps. Etonnant pour un lieu peu ouvert et abritant des cadavres. Cela frappa Severus qui se demandait qui pouvait entretenir de la sorte une si grande crypte.

Nous entrâmes dans une première salle, où les plus anciens gisants reposaient en silence dans une demi-pénombre paisible. La peur n'avait pas sa place, pas plus que le bruit. L'adolescent ne se sentit absolument pas à sa place et guettait l'escalier menant à la sortie avec espoir. Mais le chemin n'était pas encore venu à son terme. J'attirais mon filleul vers la pénombre peu engageante du tunnel qui se prolongeait sous terre. Severus ne demanda pas où je l'emmenais, il se contentait de suivre en laissant son regard trainer sur les statues de gens morts des siècles plus tôt, et dont les visages reflétaient divers sentiments humains. Les caveaux de pierre n'en étaient pas moins intéressants, les détails des bas reliefs étant d'une facture minutieuse et de grande qualité. Mais il ne s'attarda pas plus que de raison, se rendant soudain compte que ses observations étaient malvenues et trop osées.

Les salles se succédèrent, presque identiques, et l'ennui s'installa bientôt. Mais Severus n'émit aucune remarque, et suivit docilement mon ombre qui avançait inlassablement vers une destination inconnue.

Votre père se montre toujours aussi froid et insensible, n'est-ce pas ?

Ma voix délivra le jeune homme de sa contemplation morbide des tombes et des gisants, et il refixa son attention sur moi. Il hésita un instant sur la réponse, puis dans un soupir agacé, avoua :

Rien ne l'intéresse, rien n'a grâce à ses yeux. Il râle pour tout et il ne doit pas exister en ce monde quelque chose qui puisse le satisfaire. J'ai longtemps crains sa personne, et finalement, j'ai décidé de m'en délivrer.

Son regard devint fuyant, comme regrettant presque d'avoir décidé cette délivrance. Il culpabilisait d'avoir laissé sa mère derrière et je le comprenais un peu. Mais il avait fait de son côté un pas en avant, et reculer à présent, c'était renier le sacrifice de cette mère à bout de souffle. Elle savait que sa mort était proche, et que rien ne la sauverait. Les coups répétés et trop nombreux de ces dernières années avaient eu raison de sa santé, et un coup de trop avait fait perdre l'équilibre à la pauvre femme, la faisant tomber dans les escaliers. C'était un accident d'après le père, mais pour le fils, c'était un meurtre. Pour ce qui était de moi, je ne voyais qu'une mort lente et pénible, administrée sans honte par un homme qui avait renoncé à l'amour. Et cette pauvre femme avait accueillit le dernier coup comme une délivrance, la conclusion de plusieurs années de servitude et de maltraitance.

Mes pas s'arrêtèrent d'un coup, au milieu d'une salle presque vide. Elle était récente, creusée tout au plus il y a quelques années. En son centre, un gisant gigantesque d'une remarquable beauté. Une statue en taille réelle trônait fièrement sur la tombe et représentait un jeune couple riant et jouant avec un jeune garçon de six ou sept ans, respirant la vie et le bonheur. Severus admira la statue, des questions plein la tête, arquant un sourcil incrédule. Il se rapprocha, certain que c'était de cela qu'il s'agissait. Aux pieds de cette famille respirant le bonheur, il lut le nom de chacun des trois morts. Ils portaient tous le nom de Rivers, mais leur date de décès indiquait que la Mort les avait emmenés prématurément. Un couple et son jeune enfant. Le cœur de Severus se serra un peu, tandis qu'il se demandait quel était le lien avec Lilith.

Ils sont morts peu après la naissance de la cadette, soupiras-je avec amertume. Ils étaient sortis la semaine de Noël pour faire des achats en famille, et un moldu fou les a attaqué, ainsi que d'autres personnes dans la rue. Il a tiré sur eux avec un fusil d'assaut et il n'y a eu que la petite qui s'en est sortie parce qu'une passante a eu la bonne idée de la sortir de la poussette et de l'éloigner du fou. Et cette petite fille était Lilith.

Il s'en était un peu douté, aussi il ne fut pas plus étonné que cela. Le chagrin l'étreignit et il se laissa tomber devant le gisant. Il avait besoin de réfléchir, d'avoir un moment à lui et retrouver ses esprits. Oui, il ne pouvait plus considérer Lilith comme une étrangère et il lui sembla comprendre la solitude qui devait la ronger, dans cette grande maison où son oncle et sa tante ne devait pas beaucoup l'aimer… à l'image du jeune Harry Potter. Il se sentit mal, se sentant coupable de ne jamais avoir eu ce même élan de considération avec le fils de Lily qu'avec cette fille dont il ne savait pas grand-chose au final.

Suis-je aussi méprisable que mon père ?

Je sentis dans sa voix qu'il redoutait la réponse à sa question. Mais au lieu de l'accabler de reproche, je ne fis que sourire et poser une main réconfortante sur son épaule fragile. Il avait encore quelque chose de l'enfant qui venait de réaliser son erreur. Il réalisait peu à peu quelles furent ses erreurs passées et quelles furent les pensées impies qui l'avaient conduites jusqu'au tombeau, dans une solitude malveillante.

Non, parce que vous apprenez de vos fautes et que vous tentez de vous améliorer. Ce n'est pas à la portée de tous. Appréciez votre chance et avisez-vous de ne pas la gâcher.

C'était lourd de sens, et Severus le comprit bien. Il contempla les visages de pierre froide qui n'était rien d'autre que l'écho de trois vies… non quatre, furent emportées par la Mort et guerre. Il baissa la tête, conscient qu'il y avait des choses qu'il pouvait changer et d'autres pas. Et la mort de sa mère était inéluctable, il se devait de l'accepter. Il ne se vengerait pas de son père. Il savait déjà qu'il paierait et que la justice des hommes le condamnerait à vivre le reste de sa vie en prison. Cette pensée, loin d'être heureuse, le réconforta quand même. Sa mère pouvait séjourner, sereine, dans le domaine des morts. Elle y avait une bonne place, il en était persuadé.

Il se releva, son cœur lourd, et planta son regard dans le mien. Un sentiment nouveau l'avait touché et désormais il était capable d'écouter cette voix au fond de lui qui le priait d'user de tolérance et d'empathie.

Je voudrais pouvoir faire quelque chose, annonça le jeune homme. Mais je ne sais pas encore quoi. Avez-vous un conseil ?

Il était sincère, et avait dans son regard la détermination des gens qui voulaient changer le monde en mieux. Hélas, je ne pouvais rien lui conseiller de vraiment concret, car son destin ne dépendait pas de moi. Je ne suis seulement devenue que sa marraine, une personne qui veillait sur lui quand les évènements tournaient mal. Présentement, ce n'était pas le cas, et je ne pouvais me permettre de dicter sa vie pour lui, décider pour lui, lui dire qui aimer ou ne pas aimer, et tout ce genre de chose.

Non, répondis-je. Par contre, je vous suggère de regarder Lilith avec un regard différent de celui que vous avez eu envers elle jusqu'à présent. Après tout, comme vous me l'avez demandé…

Oui, mes nouveaux pouvoirs me permettent d'annuler les siens, termina Severus avec un sourire en coin. Dumbledore risque de ne pas aimer mes choix.

Je haussais les épaules, me sentant fort peu concernée par les problèmes scolaires des humains. Je montrais du doigt la sortie de la crypte et Severus fit demi-tour, tandis que je disparaissais.

Quand il était entré dans cette tombe, Severus Rogue craignait encore la Mort, mais à sa sortie, la visite d'un lieu où les défunts reposaient lui avait apporté un regard nouveau et plus serein, comme si la mort n'était pas une fatalité mais une continuité. Quand les gens étaient aimés de leur vivant, et qu'ils avaient fait beaucoup pour les autres, ceux qui restaient encore en vie et qui les avaient connus entretenaient leur souvenir et leur idéal. Lilith aimait ses parents, même si elle les avait assez peu connus, mais son cœur d'enfant gardait le souvenir de leur amour. De ce fait, elle entretenait avec minutie cette tombe qui gardait le sommeil des siens.

Le jeune homme en avait conclu que lui aussi devait laisser sa marque sur ce monde, un impact positif et non plus cette crainte et cette haine qui l'avait caractérisé jusqu'à sa mort. Plus confiant, il avait un petit sourire serein sur ses lèvres, un sourire qui s'effaça dès qu'il vit que des gens l'attendaient devant la crypte. Il y avait bien entendu ses tuteurs, ce vieux couple bienveillant qui l'avaient recueillit, et ces derniers s'étaient inquiétés de ne plus voir Severus aux alentours. Quand ils le virent sortir d'un tombeau, ils furent très surpris et la veille femme porta une main scandalisée sur sa poitrine, comme si son cœur défaillait.

Se… Severus ! Mais enfin, que fais-tu là dedans ? Cela ne se fait pas… le repos des morts est sacré. Je ne sais pas comment tes parents t'ont éduqué mais…

Ma mère m'a très bien éduqué, coupa Severus très agacé. Et je n'ai rien fait de mal, ma curiosité m'a poussé à entrer. Ce nom… je me suis demandé si c'était la même famille qu'une camarade d'école que je connais.

Le couple s'échangea un regard inquiet et ils ne semblaient pas comprendre. Ils ignoraient même s'ils devaient croire les explications que le garçon leur avait données. Mais une silhouette fluette sortit de derrière le vieil homme et Severus se figea, son visage prenant une teinte dangereusement pâle. Il reconnut Lilith, et elle tenait un bouquet de lys dans ses mains, sans doute pour le déposer devant le gisant de sa famille. Elle avait les cheveux défaits, volant élégamment derrière elle au gré du vent, et était habillée d'une robe estivale blanche qui lui allait très bien. La première pensée de Severus fut que Lilith ferait une mariée extraordinaire, puis, il chassa cette idée, se trouvant ridicule de s'imaginer cela.

Severus ?

Elle était encore plus surprise que le vieux couple et le jeune homme rougit légèrement. Normalement, Morrigan l'avait doté de dons qui annulaient sur lui les effets des pouvoirs de la jeune fille. Pourquoi alors il ressentait encore des sentiments aussi puissants pour elle ? La Mort l'aurait dupé ? Non, elle ne lui avait jamais joué d'aussi mauvais tours jusqu'ici. Mais tout simplement, il refusait d'admettre qu'il ressentait bien quelque chose de réelle pour elle qui n'avait rien à voir avec la magie.

Je… bonjour Lilith.

Quelle malchance se disait-il. Il fallait qu'il visite cette crypte au moment même où Lilith venait rendre visite à sa famille décédée. Il se sentait bête et incroyablement déplacé. Il avait conscience que sa visite pouvait être considérée comme un sacrilège et que Lilith pouvait très mal le prendre.

J'ai vu ce nom sur la crypte, je me demandais si… cette crypte… euh… était à ta famille. Mais je n'ai touché à rien c'est promis. Je ne permettrais pas de…

Tais-toi.

Le ton dur et sec de la jeune fille blessa Severus qui préféra baisser la tête. Il n'avait fait que suivre Morrigan après tout. C'était elle qui voulait lui montrer des choses à l'intérieur.

Severus me maudit et il s'apprêtait à cracher sa rancœur contre moi au visage de Lilith quand son regard se figea de surprise. Il me vit à côté de Lilith, ses tuteurs ne me voyant nullement, au contraire de Lilith qui non seulement me voyait, à la surprise du serpentard, mais aussi m'entendait et me comprenait. Je lui expliquais que c'était ma faute, et pourquoi j'avais attiré Severus à l'intérieur. Les larmes coulèrent sur les joues de ma filleule et le bouquet tomba de ses mains. Je m'excusais avec douceur, lui répétais combien je l'adorais et que si elle m'en voulait elle en avait le droit. Mais Lilith secoua la tête, et me pardonna. C'était une enfant qui avait beaucoup de cœur, mais aussi une blessure secrète. Je m'éclipsais, ayant réglé aussi simplement ce malentendu. Pour elle, j'étais sa dernière vraie famille, et elle m'écoutait comme si j'étais sa mère.

Les tuteurs de Severus ne comprenaient rien, et pensèrent que la jeune fille se sentait offusquée et malheureuse que le garçon se soit comporté de manière si cavalière en profanant le tombeau de sa famille. Ils fusillèrent du regard Severus qui les ignora superbement, et qui s'approchait de la demoiselle avant de ramasser le bouquet à ses pieds. Il lui tendit les lys, se sentant maladroit dans ce corps d'adolescent, et murmura encore quelques excuses gênées. Mais Lilith, sous le choc, réagit bien autrement que ce qu'il avait imaginé. Elle ne reprit point ses fleurs et se jeta dans les bras de Severus pour enfuir son visage sur sa poitrine et cacher ses larmes.

Viens, lui dit-elle en se détachant de lui.

Elle lui prit la main et le tira vers l'entrée de la crypte. Le jeune homme était perdu, et lança un regard interrogateur en direction de ses tuteurs. Mais ces dernières restaient hébétés, se fixant sans savoir comment réagir ou agir.

Je vous retrouve à la maison tout à l'heure, leur dit Severus pour qu'ils n'aient pas à l'attendre en vain.

Severus suivit docilement Lilith, sans oser lui dire quoique ce soit. Cette situation était inédite pour lui et jamais personne ne l'avait préparé à un tel cas de figure. Au moins, se disait-il, Morrigan avait arrangé le coup. En même temps, avoir un tête à tête dans une crypte n'était pas non plus ce qu'il s'était imaginé pour un premier rendez-vous improvisé avec une jeune fille… jolie de surcroit. Mais que disait-il ? Cette fille n'était pas Lili ! Il n'avait pas le droit de la trouver jolie à la place de son grand Amour.

Que faisais-tu au cimetière ? C'est un drôle d'endroit pour se promener.

La voix de Lilith avait reprit son timbre suave habituel, qui était si plaisant aux oreilles du jeune homme. Elle était plus détendue, et amorçait une conversation des plus ordinaires.

Je… on vient d'enterrer ma mère tout à l'heure. Morrigan m'a ensuite trainée jusqu'ici et …

Tu n'as pas à t'expliquer au sujet d'elle, coupa Lilith sur un ton où perçait la tristesse. Elle a tendance à faire comme elle l'entend. Mais elle ne le fait jamais pour rien.

Severus ne répondit rien. Il supposait cela vrai et préférait ne pas disserter sur les raisons et la manière d'agir de la Mort. Il admirait par contre volontiers la chevelure nuit qui se soulevait et ondulait chaque fois que Lilith faisait un pas. C'était hypnotisant, et plutôt que de chercher à fuir cette vision sublime, le serpentard se prit au jeu d'en profiter. Il n'y avait pas de mal à regarder innocemment une jolie fille n'est-ce pas ? Il ne savait pas. Il n'avait fait que regarder en cacher Lili, dont il était fort amoureux et avait détourné volontairement son regard des autres filles.

Le silence s'installait entre eux et chacun était en mesure de palper le malaise de l'autre. Que dire ? Rien, le lieu ne se prêtait pas à la plaisanterie ou à la séduction. Le jeune homme espérait arriver au bout au plus vite. Mais finalement, ce fut Lilith qui parvint à rompre le silence en premier :

Mes condoléances pour ta mère. Je ne savais pas, j'imagine que tu dois être très triste.

Je… oui, merci, se contenta de répondre Severus qui se sentait prit au dépourvu. C'est vrai que je suis triste, mais au moins elle ne souffrira plus. Sa vie n'a pas été spécialement enchantée vois-tu.

Vraiment ?

Elle était très curieuse, trop même mais Severus ne s'en offusqua nullement. Il répondit par une indifférence polie et continua à la suivre. Leurs pas menèrent enfin au gisant et dans un silence religieux, Lilith prit le bouquet de lys et le déposa précautionneusement devant la statue grandeur nature du couple et de l'enfant. La jeune fille resta figée devant, comme en méditation, et il était évident qu'elle priait pour le salut de sa famille.

Severus était troublé, sans doute parce que lui-même venait de subir un deuil, et qu'il comprenait que trop bien ce désir de se recueillir devant une tombe.

Quand ils sortirent de la crypte, la pluie avait cessée depuis un moment. Un détail qui ne les concernait que peu. Ils étaient gênés, ne sachant pas quoi se dire entre eux. Ils étaient seuls, sur la pelouse, se fixant l'un l'autre avec hésitation.

Bon… et bien, je vais y aller.

La phrase de Severus avait ébranlé la jeune fille et paniquée, elle sautillait sur place à la recherche d'un moyen pour faire rester son camarade près d'elle. Que faire ? Que dire ? Elle ne savait pas et elle avait l'air ridicule.

On se revoit à Poudlard ?

Autre phrase électrochoc pour elle, c'était critique. Il allait partir, de la manière la plus banale qui soit et elle était incapable de le faire rester. Etait-elle donc si idiote ? Tant pis, elle allait tenter le tout pour le tout. Alors que Severus préféra ne pas attendre la réponse, amorçant son départ, elle lui empoigna le bras et s'y agrippa de toutes forces.

Je ne veux pas que tu partes !

Des larmes de désespoir perlèrent au coin de ses yeux. Elle l'aimait comme une folle, et ce depuis le premier jour. Elle s'en rappelait, comme si c'était hier, de ce moment fantastique elle l'avait croisé…