Elle avait onze ans, et pleine d'espoir. Car jusqu'à présent, son existence n'avait été que malheur et chagrin. Sa famille avait été décimée par un inconnu quand elle était bébé, et ce qui lui restait de famille affichait à son égard indifférence ou mépris. Solitaire, et apeurée par ces moldus dont elle ne connaissait rien, hormis la folie qui lui avait arraché ses parents et son frère, elle se réfugiait bien souvent dans sa chambre. Morrigan était sa seule amie. La Mort avait eu pitié d'elle et lui avait offert quelques dons pour compenser… mais ces nouveaux pouvoirs ne lui apportèrent toujours pas d'amis et encore moins la considération du reste de sa famille.

Arriver à Poudlard représentait une délivrance. Personne ne la connaissait vraiment, hormis Lucinda sa cousine. Mais comme cette dernière l'ignorait la plupart du temps, elle ne lui poserait que peu de problèmes. Lilith redémarrait donc de zéro. Sa nouvelle vie, le choixpeau avait décidé qu'elle commencerait à Serpentard où son esprit rusé et sa soif de reconnaissance ferait merveille. Elle avait mit beaucoup d'espoir dans cette maison, où sa cousine n'était pas et elle avait accourut à la table des vert et argent avec joie, sous les applaudissements chaleureux de ses nouveaux camarades.

Dans les premiers temps, elle s'était fait beaucoup d'amis, et son intelligence lui valut d'être à la tête de son groupe. C'était merveilleux, elle pensait vivre un rêve… jusqu'au jour de l'accident. Le garçon était en cinquième année, bête, grand et il avait la poigne d'un troll. Lilith avait reçu de sa tante des friandises en quantité, et le garçon avait pensé qu'il serait simple de voler une première année fraîchement arrivée. La peur avait poussé la jeune fille à user de pouvoirs qu'elle ne maîtrisait pas, et les dons de Morrigan se retournèrent contre elle d'une manière tout à fait imprévue : un squelette avait apparut du néant, étranglant sans difficulté le serpentard tandis que d'autres mort-vivants le tenaient fermement pour ne pas qu'il fuit. Si Slughorn n'était pas arrivé à temps, le gaillard serait mort.

La discussion qui s'en suivit dans le bureau d'Albus Dumbledore fut des plus houleuses, et jamais Lilith n'eut le souvenir d'avoir autant pleuré que ce jour là. Elle était sincèrement désolée, et elle avait expliqué d'où lui venait ses dons, et qu'elle ne les maîtrisait pas. Le directeur, sévère mais juste, décréta qu'il valait mieux lui brider cette forme de magie. Une décision qui rassura Lilith, persuadée qu'elle ne ferait ainsi plus de mal à personne.

Hélas, sa souffrance ne faisait que commencer, car la rumeur qu'elle avait faillit tuer un élève se propagea, et ceux qui, la veille, étaient encore ses meilleurs amis se détournèrent d'elle. Elle retrouva sa solitude habituelle et le désespoir redevint son compagnon d'infortune. Morrigan tentait bien de l'aider, mais sans succès. La Mort ne remplaçait jamais le contact humain.

Un jour pourtant, alors qu'elle se faisait malmener par des élèves rancuniers, un serpentard plus âgés vint l'aider. Il chassa les autres et demanda à Lilith si tout allait bien. Il ne la gratifia d'aucun sourire, mais dans sa voix, nulle rancœur, nulle haine. C'était agréable. Il n'était pas beau garçon, loin de là, et ne semblait pas particulièrement agréable de caractère. Mais il l'avait aidé et c'était préoccupé d'elle. Emue et redevable, Lilith l'avait remercié chaleureusement, en rougissant. Il parut alors surprit de cette gentillesse et rougit un peu à son tour avant de partir. Mais l'impression qu'il avait laissée dans le cœur de la jeune fille fut grande et troublante et le temps passant, elle se mua en amour. Il ne se passait alors plus un jour sans que Lilith ne se renseigne sur le quotidien du jeune homme et cette passion qui la liait à lui frôlait l'érotomanie. Bien sûr, elle devinait qu'il l'avait déjà oubliée, elle n'était qu'une élève rencontrée par hasard. Timide, elle n'avait jamais osée lui adresser à nouveau la parole, et les années passant, ce n'était plus la timidité qui l'empêcha de le voir, mais cette fille… cette Lily Evans dont il ne se séparait que rarement. Elle n'était pas bête, elle avait compris qu'Evans plaisait énormément à Severus Rogue, à son premier amour. Son cœur le supportait mal, mais elle devait admettre que face à elle, elle n'avait aucune chance. Ils se voyaient quasiment en permanence et elle était belle, intelligente et incroyablement gentille. Une fille aussi populaire que Lilith était ignorée et laissée de côté. La peur de ses dons, la triste réputation de tueuse qui la précédait, rien ne permettait d'espérer à la brune que son prince viendrait la remarquer enfin.

Sauf ce jour béni où il vint chez sa tante. Il ne venait pas pour elle mais pour plaider la cause de cette maudite Lily auprès de Lucinda. Son sang ne fit qu'un tour lorsque, dans la cuisine, elle dégustait sa glace pour l'heure du goûter et qu'elle entendit la voix caractéristique de son amour. Consciente qu'une telle chance ne se reproduirait pas, elle en profita pour se faire remarquer du jeune homme. Elle sortit de la cuisine, et elle le vit, et il n'avait jamais parut aussi charismatique qu'en cet instant. La suite… ils avaient fait plus ample connaissance. Il était encore parti, et elle n'avait plus eu de nouvelles de lui du reste des vacances. Jusqu'à ce jour de pluie, où il se tenait devant la crypte familiale des Rivers où dormaient les parents de Lilith et son frère adoré. Elle pensa à une trahison d'abord, croyant qu'il avait profané leur tombe par rancœur, comme les autres s'en prenaient à elle pour les mêmes raisons… mais non.

"- C'est aussi mon filleul Lilith," avait murmuré Morrigan.

Son cœur s'était arrêté un instant. Voir Severus devant elle, en un lieu aussi incongru, était une épreuve pour elle. Que Morrigan se manifeste à son tour attisa la curiosité et le chagrin, car pour Lilith, l'apparition de la Mort annonçait à chaque fois un malheur à venir. Pourtant, la jeune fille adorait sa marraine, et elle savait que ce n'était pas sa faute si les malheurs tombaient sur elle comme des gouttes de pluie.

"- Il me voit, comme tu me vois," continua Morrigan à son oreille". Lui aussi a des pouvoirs comme les tiens… depuis peu, mais il comprend désormais ton fardeau. Je suis désolée d'avoir eu à me servir des tiens pour…"

Les battements de cœurs dans sa poitrine lui firent mal tant ils étaient puissants et elle n'entendit plus rien de ce que Morrigan lui disait encore. Elle avait peur, car à présent, il connaissait son secret. S'il revenait de la crypte, c'était parce que Morrigan lui avait tout dit, tout montré. Et s'il la rejetait ? Elle préférait se tuer que de l'entendre dire qu'il la détestait. Le temps s'était ralentit, et sous l'émotion, elle laissa choir son beau bouquet de lys à terre. Au lieu de mots durs, Severus prononça des excuses sincères. Le chagrin était grand, mais pas autant que sa crainte de le perdre. Elle fondit dans ses bras, la larme à l'œil, comme si cela allait lui permettre de le faire rester près d'elle. Oui, il devait rester près d'elle. Il était plus proche d'elle que jamais, s'il partait ce serait la preuve qu'ils n'avaient rien à faire ensemble.

Elle l'avait emmené avec lui, à l'intérieur, avait discuté, mais de pas grand-chose. Il n'était là que parce que sa mère venait de se faire enterrer. Pas vraiment sympathique comme sujet de discussion, et il fut rapide de constater qu'en vérité, ils n'avaient à se dire. Elle, impressionnée, avait délaissée sa prestance pour revenir à la timidité de ses jeunes années. Lui, ne voyait pas de quoi discuter avec une inconnue. Finalement, seul le silence meubla l'échange entre eux.

Dehors, la pluie avait cessée, et ils ressortirent sans toujours rien avoir à dire. C'était pathétique, affreux, choquant. Depuis qu'elle l'avait vu la première fois, elle rêvait d'un tel moment d'intimité entre eux, et faire plus ample connaissance, et quand le moment arrivait enfin, tel un miracle, rien ne se passait comme prévu. Désolant. Le malaise s'installant, Severus décida de partir.

Le cœur de Lilith battit très fort, trop fort, et la panique prit la place de la gêne. Que dire et que faire ? Elle ne savait pas, elle ne savait plus… elle trépignait sur place comme une enfant qui chercherait une excuse à donner à sa mère, mais rien ne lui vint. C'était stupide ! Impensable ! Ils ne pouvaient pas se quitter comme cela, sur un néant, surtout que la dernière fois, elle avait bien faillit l'embrasser. Un baiser manqué qui avait depuis tourmenté la jeune fille et marqué ses rêves d'adolescente énamourée.

"- On se revoit à Poudlard ?"

La phrase fut un véritable électrochoc pour elle. A Poudlard ? Là où cette sirène de Lily Evans allait encore lui tourner autour et lui faire perdre la tête ? Cette fille à cause de qui il allait encore l'oublier. Paniquée comme jamais, elle tentait de retrouver un semblant de raison et de sang-froid, mais cela ne changea rien au fait qu'aucune idée brillante ne lui vint à l'esprit. Il ne restait qu'une solution, la plus ridicule, la plus infantile qui soit : lui attraper le bras et s'y accrocher avec fermeté et le supplier de rester près d'elle.

"- Je ne veux pas que tu partes !"

Elle n'osait pas le regarder, elle craignait plus que tout croiser un regard indifférent, voir hostile. Elle enfonçait ses doigts fins et blancs dans la chair de son amour, comme si cela allait le persuader de ne pas la quitter.

Mais contre toute attente, une main tiède, un peu rugueuse, vint caresser sa longue chevelure nuit. La douceur de ce contact la fit frissonner, et elle enfuit d'avantage le visage contre le bras de Severus. C'était un contact agréable et privilégié, et elle rêvait qu'il ne se rompt jamais.

"- Ta tante ne va pas s'inquiéter de ton absence prolongée ?"

La voix de Severus était douce à ses oreilles. Il s'inquiétait pour elle de toute évidence, c'était le même timbre de voix attentionné qu'il avait usé lors de leur première rencontre. Elle était sous le charme, comme au premier jour, et son étreinte se resserra d'autant plus mais avec d'avantage de douceur.

"- Oui, non, peut être, je m'en fiche pas mal en fait," balbutia Lilith perdue dans son trouble.

"- Vraiment ?"

Il avait du mal à la croire, mais elle s'en fichait. Elle lui aurait baisé les pieds à cet instant même. Elle devait paraître sotte, mais l'amour, le vrai, rendait bête, n'est-ce pas ? Severus s'inquiétait pour elle, c'était tout ce qu'elle voyait. Cela ne pouvait signifier qu'une chose : il devait ressentir quelques sentiments pour elle, même minimes. Elle se raccrocha à ce fol espoir.

"- Ce qui importe à ma tante, c'est Lucinda et son avenir. Moi, je ne suis rien d'autre que la petite orpheline dont il faut s'occuper de temps à autre. Tant que je reviens au manoir avant la nuit, elle fait peu de cas de mon absence."

Cette indifférente lui était égale. Maintenant, Severus était comme elle, et à même de comprendre son existence et son calvaire. Déterminée à l'éloigner de Lily Evans, Lilith tentait d'attirer à elle la sympathie du jeune homme. Elle desserra son étreinte et plongea son regard dans celui de Severus. Elle devait le séduire à tout prix. Mais l'attitude aguichante de la brune n'eut pas vraiment l'effet escompté. Au lieu de s'attendrir, il sourit avec malice, presque avec cruauté.

"- Raté," fit-il avec une légère rudesse. "Tes petits tours ne fonctionnent plus aussi bien sur moi. Morrigan m'a doté de dons qui annulent les tiens. Si tu comptais faire de moi ton pantin…"

Les yeux de Lilith s'écarquillèrent et la crainte la reprit. Il savait vraiment tout, et avait eu l'intelligence de demander à Morrigan des pouvoirs qui le protégeaient d'elle. Effrayée, elle en était à présent certaine : il devait la juger sévèrement à cause de ce qu'elle avait tenté de faire. Elle avait voulu influencer son comportement, ses sentiments… mais il s'en était rendu compte. Elle avait si honte, et se sentait si sale. Elle n'avait finalement besoin de personne pour attirer à elle le mépris de celui qu'elle aimait.

Elle s'effondra à terre, et se mit à pleurnicher lamentablement comme une petite fille. Elle était si seule, si désespérée… pour une fois que ses pouvoirs pouvaient l'aider, elle en avait usé à tort et à travers.

"- Je… pardon…"

Il ne lui pardonnerait pas, jamais ! Elle devinait qu'il se détournerait d'elle, qu'il allait à son tour l'ignorer sciemment. Elle n'osait pas le regarder en face.

"- Je voulais… non, je ne voulais pas faire de mal. Mais je suis si seule… et pour une fois que quelqu'un s'intéresse à moi… que je rencontre quelqu'un comme moi."

Ce qu'elle était sotte ! Aucune explication ne la sauverait. Il allait partir, il l'oublierait et Lily aurait définitivement gagnée. Mais deux mains caressèrent ses joues et essuyèrent ses larmes avec une douceur infinie. Relevant la tête, son regard azur tomba sur celui, ténébreux, de Severus. Ni haine, ni rancœur… il était comme ce jour là, encore et encore. Compatissant et gêné.

"- Je suis si amoureuse de toi…"

Elle avait eu besoin de lui dire, de lui avouer ce tourment qui la détruisait en silence. Pernicieux, ce sentiment procurait autant de joie que de malheurs. Son cœur se serra avec douleur, car à tout moment Severus allait lui annoncer que ses sentiments n'étaient pas réciproques, qu'il en aimait une autre. D'ailleurs, elle remarqua immédiatement le demi-cœur en pendentif qui pendait à son cou. Cette vision contrariante lui arracha quelques larmes de tristesse supplémentaires.

"- Je suis désolé."

Voilà, par cette simple phrase il avait tout dit. Il n'était pas amoureux d'elle, il avait juste pitié pour elle, comme Morrigan avait eu également pitié d'elle quand elle eut décidé de la prendre sous son aile. Toutefois, il ne quitta pas. Il la prit dans ses bras avec tendresse, et ne pouvait lui offrir que son amitié.

"- Tu aimes… cette fille… Lily Evans n'est-ce pas ?"

Cela lui avait échappé, mais la rancœur qui étreignait son âme la poussait à vouloir dire des méchancetés sur elle. Elle sanglota amèrement contre son épaule. Severus plongea une main dans la chevelure de la jeune fille, et elle se sentit mieux.

"- Je ne sais plus, " avoua Severus en baisant le front de Lilith.

Elle eut un hoquet de surprise et pleura de plus belle. Pourquoi était-elle si sentimentale ? Elle laissa au dépourvu un Severus maladroit et troublé, qui ne savait plus comment réagir. Chacun se retrouvait confronté à la dure réalité des sentiments et de la vérité, et le jeune homme se disait qu'il ne s'était jamais imaginé que changer son passé allait le mettre dans une situation aussi complexe. Les sentiments tourbillonnaient en lui en une valse déchainée et il était furieux contre lui-même de s'être laissé déborder par les évènements. Il aimait avoir un contrôle sur sa vie, et il avait cru qu'accepter l'offre de parrainage de Morrigan allait lui permettre de retrouver ce contrôle perdu. Au lieu de cela, les choses se précipitaient, sans qu'il puisse agir à son gré. Il avait l'impression de se retrouver des années en arrière, lorsque Voldemort avait tué Lily alors qu'il lui avait supplié de la laisser en vie. Ou quand Dumbledore lui avait demandé de le tuer quand il était certain que sa mort était proche et nécessaire… ou enfin quand Voldemort l'avait tué quand il n'avait plus été utile pour lui. Finalement, avait-il eu vraiment le contrôle de sa destinée un jour ? Est-ce que les Maraudeurs avaient raisons ? Fallait-il vivre la vie au jour le jour et ne pas se soucier de ce que demain serait fait ?

Combien de temps avait-il gardé Lilith dans ses bras pour la consoler ? Il s'en moquait et elle aussi. Son bonheur était dans les bras de ce garçon. Sans s'en rendre compte, ils exprimaient chacun à leur manière leur tendresse.

"- Hum, hum…"

Ils levèrent la tête ensemble, en parfaite synchronisation. Leur regard se posa sur Edward, le majordome des Dantes, qui les fixait avec indifférence sinon même avec ennui. Lilith parut horrifiée et se releva d'un bond, sans prendre la peine de sécher ses larmes. Inutile d'ailleurs, car les larmes coulaient toujours sans qu'elle ne puisse les retenir. Elle lança un regard désespéré vers Severus qui restait interdit.

"- Madame voudrait vous voir rentrer," annonça le majordome d'un ton neutre." Elle a des invités et aimerait vous voir auprès d'elle pour vous présenter à eux. Elle m'a chargé de vous rappeler que vous avez un rang à tenir."

Il renifla de dédain en observant la mine défaite de la jeune fille. Mais Lilith ne baissa pas les yeux, effrontée, et osa même gratifier l'homme d'un regard noir. Décidément, quand elle se retrouvait seule avec Severus Rogue, il fallait que sa tante, par le biais du majordome, gâche ce moment merveilleux avec plaisir. La faisait-elle suivre ? Elle l'en croyait bien capable.

"- Je… J'arrive, partez devant, je dis au revoir à mon ami," fit savoir la brune sur un ton rude.

Edward parut offusqué mais ne releva pas. L'adolescente était sa patronne, il lui devait respect et obéissance, même s'il lui arrivait de se demander si elle le méritait vraiment. Il était juste payé pour cela, alors il n'avait pas à se plaindre.

Il fit demi-tour et s'éloigna, la silhouette guindée, le pas militaire. C'était comme un robot qui avançait à un rythme régulier et qui avait toujours perturbé Lilith qui se demandait si cet homme était vraiment humain.

Lilith se tourna vers Severus, séchant ses larmes du mieux quelle pouvait mais la tristesse, elle, ne s'en allait pas. Le cœur lourd, elle n'osait prononcer ces mots qui signifieraient qu'ils se séparaient une fois de plus. Et si elle l'invitait ? Mais non, sa tante le chasserait avec sa politesse habituelle. Elle devait donc s'y résoudre.

"- Je dois m'en aller, je le crains."

Sa voix tremblait. Elle laissait transparaitre ses faiblesses, et n'avait jamais parut aussi fragile. Elle était triste et son âme garderait cette mélancolie un moment, et son esprit ressasserait encore et encore ce moment magique où elle était blottie dans les bras de son amoureux.

"- Oui, de toute évidence," répondit Severus sur un ton plus neutre.

Il n'osait pas l'avouer, mais cette séparation provoquait en lui un grand vide. Ce mélange des sentiments, et ces troubles qu'il avait si crument ressentit. Tout cela s'estompait et à la place il n'y avait qu'un vide et de la souffrance. Il la voyait, cette tristesse qui étreignait le cœur de cette fille. Mais il ne savait pas comment réagir vis-à-vis d'elle.

Le choix, il n'eut pas besoin de le faire, Lilith prenant les devants sous l'instinct d'une pulsion. Severus était plus grand qu'elle et l'été lui avait été profitable car il avait gagné quelques centimètres supplémentaires, pour atteindre une taille proche de celle qu'il avait adulte. Lilith, assez petite, n'avait pas d'autre choix que de se mettre sur la pointe des pieds pour atteindre les lèvres du jeune homme. Elle déposa un simple baiser sur les lèvres de Severus qui ferma les yeux sans s'en rendre compte, appréciant la tiédeur du contact et la douceur de la peau. Ce fut un baiser assez court, n'ayant pas duré plus de cinq secondes, avant que Lilith ne le rompe et s'enfuit en courant.

Severus, fort perturbé, resta planté sur place, se contentant d'observer la jeune fille s'en aller vers les grilles du cimetière en courant, les pans de sa robe légère se soulevant avec le vent. Il admira les jambes ainsi dévoilées jusqu'au dessus des genoux, et trouva leurs courbures délicieuses. Bah ! Voilà qu'il recommençait à regarder cette fille. Il y avait décidément quelque chose qui clochait chez lui. A la conclusion, tout clochait dans sa vie depuis son retour chez les vivants.

Le grincement lointain de la grille le fit revenir à la réalité. Il était perplexe, et devait bien s'avouer qu'il avait besoin de remettre en question ses sentiments. Au moins, les choses étaient claires concernant Lilith. Elle l'aimait, tout simplement, et visiblement, elle était prête à tout pour le séduire. Bizarrement, cette idée lui remonta le moral et il se surprit à esquisser un sourire niais. Finalement, même s'il avait une âme d'adulte, ou un corps d'adolescent, cela revenait au même : il n'y avait pas d'âge pour se laisser charmer par les sirènes de l'amour. Et quand quelqu'un aimait, il redevenait cet adolescent maladroit qui avait besoin de séduire et de plaire.

"- Severus ?

La vieille femme toquait à la porte avec douceur. Depuis que le garçon était revenu, elle avait remarqué qu'il n'était plus le même. Lui qui arborait habituellement une mine renfermée et sombre, il était rentré avec le regard rêveur et l'esprit ailleurs. Il demeurait toujours assez sombre, la maturité perçant avec assurance derrière sa dégaine maladroite et juvénile, mais c'était comme s'il avait acquis plus de sagesse en quelques heures.

"- Oui Mrs Londubat ?"

"- Tu es enfermé dans ta chambre depuis ton retour. Je m'inquiétais un peu, je me demandais si tu ne voulais pas venir auprès de nous et te régaler d'un bon chocolat chaud et de quelques biscuits."

Il était décidément amusé de prononcer ce nom. Londubat. Cette femme qui lui parlait était l'arrière-grand-mère de Neville Londubat, et rien dans cette maison ne laissait présager que dans le futur Severus deviendrait la terreur de l'arrière-petit-fils. Cette coïncidence amusante n'était pas pour déplaire au serpentard.

"- Je pense descendre bientôt, madame," répondit-il à travers la porte. "D'ici cinq minutes je pense. Je dois finir ma lettre."

Oui, il écrivait une lettre. Pour Lily Evans. Il le faisait presque tous les jours, qu'il se passe quelque chose de significatif ou non dans sa vie. Mais cette fois ci, il hésitait sur ce qu'il convenait d'écrire et de confier. Pour la première fois de sa vie, il voulait garder secret ce qui s'était passé… sa rencontre avec Lilith, ses aveux, et ce baiser dont il choyait à présent le souvenir sans déterminer si ce qu'il ressentait pour elle était de l'amour ou non. Là où se posait le problème, c'était qu'il était toujours amoureux de Lily Evans.

Sa plume tremblait, à peine à un centimètre du parchemin, et Severus eut du mal à se décider. Finalement, il soupira et renonça à tout dire. Oui, il commençait à faire des cachotteries à Lily, en dehors de l'habituel secret sur les sentiments qu'il ressentait pour elle, et cela le perturba encore plus. Il signa sa lettre, la plia avant de la cacheter.

Puis il descendit fébrilement les escaliers pour rejoindre les Londubat qui prenaient le thé et qui l'attendaient patiemment.

"- Je peux vous emprunter votre chouette ?"

Mrs Londubat laissa apparaître une magnifique rangée de dents quand elle sourit, des dents d'une blancheur remarquable. Elle lui désigna la chouette de la famille qui nettoyait ses plumes sur son perchoir. Severus vint la voir, et attacha la lettre à sa patte en lui indiquant l'adresse où la déposer. C'était la même et l'oiseau commençait à avoir l'habitude de faire des allez et retour entre les deux maisons. En fait, Severus n'aurait pas eu besoin d'indiquer l'adresse que l'oiseau avait déjà deviné à qui la lettre était destinée. La chouette gonfla son torse avec fierté avant de s'envoler avec un panache ridicule. Severus réprima un fou rire et s'en alla s'asseoir près du couple.

"- Tu connais Frank, mon petit-fils ?"

Severus leva un sourcil interrogateur. Oui, oui, il se rappelait de Frank Londubat. Et ne savait que trop bien quel serait le destin tragique qui serait le sien. Mais il ne révéla rien, et il prit sa tasse de chocolat chaud en feignant l'indifférence polie tout en offrant une réponse satisfaisante à la vieille femme.

"- Oui, un peu", confia Severus." Nous sommes de la même année, mais pas de la même maison. Nous ne nous fréquentons pas, je le crains."

Il avala une gorgée de sa boisson tandis que la vieille dame exultait de joie.

"- C'est un gentil garçon tu sais. J'aimerais tant que vous soyez amis tous les deux. Frank vient tous les week end pendant les vacances nous rendre une petite visite. Il adore mes cakes et se régale des histoires de mon mari. Frank voudrait faire le même métier que lui."

Elle se rapprocha de l'oreille de Severus, sur le ton de la confidence et termina :

"- Mon mari était auror, et mon petit Frank est fasciné par ce métier. Comme je te le disais, c'est un gentil garçon, droit et honnête."

Elle posa une main amicale sur l'épaule de Severus comme s'il était son meilleur copain, et elle se mit à glousser de contentement. Le garçon écoutait les radotages de sa tutrice d'une oreille distraite, profitant des biscuits et se disait qu'au moins, il savait pourquoi le gryffondor avait choisit cette voie dangereuse. Si la veille Mrs Londubat était au courant de son avenir, au lieu de féliciter son petit-fils de ce choix, elle l'en dissuaderait plutôt violemment. Mais il avait obligation de ne rien dire. Il avait assez modifié le cours du temps comme cela. Inutile de rendre les choses encore plus indécises pour lui.

"- Dites moi Mrs Londubat", fit Severus prit d'une soudaine inspiration." Quel genre de cadeau plairait à une fille que l'on apprécie en toute innocence ?"

La question fit sourire la veille femme qui prit un air taquin, faisant un clin d'œil entendu à son époux qui avait également sourit. Ah ! Les vieux et leur imagination débordante ! Severus replongea dans son chocolat en levant les yeux au ciel.